Alstom : une sarabande injustifiée

Publié le par ottolilienthal

L'État est depuis trop longtemps un actionnaire – minoritaire ou majoritaire – médiocre et un mauvais gestionnaire. Alstom en constitue un nouvel exemple.

 

 

Minoritaire à Air France, Renault ou Alstom, majoritaire à la SNCF, EDF ou Areva, gouvernement après gouvernement, de droite ou de gauche, le résultat est souvent le même : un relationnel difficile avec les managers qui font tourner l'entreprise (Renault), des conflits d'intérêts parfois violents (SNCF) ou des faillites qui auraient pu être évitées (Areva). Sans compter maintenant, avec Alstom, devant une opinion publique excédée et en surchauffe, cette comédie hypocrite d'un gouvernement et d'un président qui prennent leurs délires politiques pour des réalités sociales, le président en particulier, lequel aurait pu nous épargner une posture aussi démagogique dont la seule explication ne peut être qu'électorale.

En France, et ce n'est pas le moindre des handicaps du pays, la politique finit toujours par salir l'économie. Dès que des politiciens, par nature étatistes et à courte vue, veulent intervenir dans un domaine aussi stratégique qui demande des compétences de haut niveau – ce n'est pas leur cas –, une expérience internationale – encore moins ! – et une vision stratégique de long terme – ils ne pensent qu'au court terme des élections à venir –, il faut s'attendre au pire, et le pire arrive souvent : le naufrage du Crédit lyonnais dans les années 1990 (un trou de 15 milliards d'euros), le plongeon de France Télécom en 2002 (un océan de pertes de 68 milliards) et l'échouage d'Areva (il est question également de 15 milliards).

Je m’y engage : il n’y aura pas de fermeture du site à Belfort

Une observation neutre de la façon maladroite et ridicule dont le pouvoir a fait monter la mayonnaise dans ce qu'il est convenu d'appeler maintenant « l'affaire Alstom » ne donne pas une très haute idée de la qualité de nos dirigeants. Et pour commencer, cette curieuse initiative de lancer dans l'arène deux secrétaires d'État, Alain Vidalies (Transports) qui n'a jamais travaillé de sa vie en entreprise, et le petit dernier, à peine nommé, Christophe Sirugue (Industrie) qui, lui, n'a jamais travaillé du tout de sa vie, mais qui semble avoir deux qualités importantes : être le concurrent naturel d'Arnaud Montebourg en Saône-et-Loire et être un apparatchik du PS depuis toujours.

Deux vaillants soldats du socialisme dont les réactions de vierges effarouchées ont certainement passionné les foules, Sirugue, tout feu, tout flamme, étant même allé sur Europe 1 jusqu'à promettre : « Je m'y engage : il n'y aura pas de fermeture du site à Belfort. » Comme si on pouvait le croire ! Le nouveau secrétaire d'État à l'Industrie, tout imbu de l'importance de ses très hautes fonctions, ne s'est pas contenté de promettre, il a aussi convoqué le PDG d'Alstom et son état-major pour leur passer un savon ! Il faut espérer qu'il n'a pas cherché en plus à vouloir leur apprendre leur métier… La « réunion de crise » de lundi matin à la première heure était pas mal non plus dans le genre « halte au feu », avec le fantôme de Florange virevoltant dans les couloirs du palais de l'Élysée !

Les sucreries électorales de François Hollande

 

Après que la première ligne de défense des secrétaires d'État-fantassins se fut bien disqualifiée, le Premier ministre lui-même, Manuel Valls, s'est lancé dans un vibrant : « Je suis très clair, très déterminé : il est hors de question que le site de Belfort ferme. » Quant à François Hollande enfin, dont plus personne en France n'attend quoi que ce soit d'autre que des sucreries électorales, lui qui avait déjà promis en 2012 de sauver les derniers hauts-fourneaux de Florange, il ne pouvait pas, dans son système perverti de pensée, se permettre de battre en retraite à Belfort. Devenu le chef d'orchestre du grand bal des hypocrites, son interventionnisme aussi ridicule que déplacé, preuve supplémentaire s'il en était besoin de la déconnexion des politiciens à l'égard des réalités économiques, a eu pour résultat immédiat un nouveau mouvement social : les syndicats du groupe Alstom ont annoncé une grève pour fin septembre.

En vérité, quel est le problème ? Alstom est une entreprise brillante, en bonne santé et qui fait des bénéfices. Avec 31 000 salariés dans le monde, dont seulement 9 000 en France, elle réalise un chiffre d'affaires de près de 7 milliards d'euros et son carnet de commandes est riche de 30 milliards. Le site de Belfort étant devenu obsolète au fil du temps, la direction a pris la décision, et tout le monde en a été informé, à commencer par le gouvernement, d'en transférer les activités résiduelles 200 kilomètres plus loin à Reichshoffen en Alsace, et cela dans un délai de deux ans. Il n'y a donc pas urgence.

Il y a tellement à faire ailleurs

Sur les 400 salariés concernés par ce déménagement, la moitié sont des ingénieurs qu'Alstom veut conserver. Restent 200 ouvriers auxquels il est prévu de proposer soit de déménager en Alsace dans des conditions confortables, soit de larges indemnités de licenciement, soit de tranquilles et agréables préretraites, Alstom s'étant engagée à ne laisser personne sur le carreau. Pas de quoi fouetter un chat, même socialiste ! Eh bien non ! Il a encore fallu que la politique vienne se mêler de ce qui ne la regarde pas et pourrir un dossier préparé et géré par les professionnels expérimentés d'une entreprise française de classe mondiale dont l'État actionnaire, en plus, ne détient que 20 % du capital. Au lieu d'intervenir à tort et à travers chez Alstom, au risque d'en saboter l'avenir, il ferait mieux de se concentrer sur ses tâches régaliennes, là où il y a tellement à faire et où le spectacle des rodomontades des uns et des impuissances des autres est suffisamment explicite pour que le citoyen ait déjà largement de quoi se faire une opinion à l'occasion des élections de 2017.

 

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