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Alstom niouzes

Publié le par ottolilienthal

«On ne nous avait pas présenté le mariage Alstom-GE comme ça»

L’emblématique usine de turbines hydrauliques de Grenoble se mobilise contre la suppression de 345 postes décidée cet été par General Electric. Lors du rachat de la branche énergie du fleuron français, en 2015, l’américain avait promis de créer 1 000 emplois net dans l’Hexagone d’ici à 2018.

Quelque 345 suppressions de poste d’ici le mois de mars, sur 800 salariés : le plan social que prépare à marche forcée le conglomérat américain General Electric (GE) pour l’usine grenobloise de sa branche hydroélectricité, GE Hydro, est d’une ampleur et d’une brutalité remarquable. «Ce n’est pas comme ça qu’on nous avait présenté le mariage entre Alstom et GE, se désole un représentant du personnel, GE est en train de briser notre outil industriel.»

Cette usine emblématique, historiquement connue sous le nom de Neyrpic, où l’on fabrique des turbines hydrauliques depuis cent ans, est devenue au fil du temps l’un des plus importants centres de recherches et développement (R&D) dans son domaine à l’échelle internationale. Elle fait vivre 600 sous-traitants, dont les deux tiers sont indirectement menacés par le plan social. L’usine faisait partie de la branche énergie (nucléaire, réseaux, éolien, solaire…) du groupe français Alstom, fleuron industriel national racheté en 2015 par GE avec la bénédiction d’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie.

Le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) pour Grenoble, annoncé par surprise début juillet, a abasourdi les salariés, déjà soumis depuis deux ans à des réorganisations internes improductives et décourageantes. Tous les services sont touchés par les suppressions de poste, à hauteur de 30 à 100 % selon les cas. La fabrication des turbines, par exemple, est appelée à disparaître. Le PSE a aussi pris de court les instances représentatives du personnel : les négociations ont en effet démarré une semaine seulement après l’annonce et se déroulent depuis dans une ambiance exécrable. «C’est une pseudo-négociation. Il n’y a rien à négocier : ni les délais, ni le volume des suppressions de poste, ni les conditions de départ, qui sont minimalistes, voire insultantes au regard des moyens dont dispose GE», énumère Grégory Vauclin, représentant CFE-CGC, le syndicat majoritaire, au comité d’entreprise et l’un des piliers de l’intersyndicale CFE-CGC-CFDT-CGT.

À la hâte

Le ton monte peu à peu en cette rentrée. Les salariés viennent cette semaine de débrayer pour la première fois, à deux reprises et massivement. Ces grèves étaient les premières de leur carrière pour certains des 500 cadres, 250 techniciens et 50 ouvriers que compte l’usine grenobloise.

Du côté de l’intersyndicale et des instances représentatives, la détermination est plus forte que jamais : deux rapports d’expertise distincts sur la situation économique et les orientations stratégiques de GE Hydro, commandés à la hâte, viennent d’être présentés et sont convergents : «Nous avons désormais la légitimité pour remettre en cause le constat économique noirci qui constitue, selon GE, le fondement de ce plan de suppression de postes. Ce PSE est injustifié et nous allons le faire valoir, auprès des politiques comme de la direction», a expliqué vendredi matin Georges Beciu, secrétaire du comité d’entreprise et délégué CFE-CGC, aux 320 salariés qui avaient débrayé pendant deux heures pour assister à l’AG organisée devant l’entreprise.

«Les éoliennes l’intéressent bien plus»

Comment, dans ces conditions, la direction de GE Hydro justifie-t-elle ce qu’elle appelle son plan de «transformation de l’activité hydro-électricité» ? L’entreprise raisonne à l’échelle mondiale pour sa branche Hydro, arguant d’un déficit d’exploitation de 455 millions d’euros pour 2016 et d’une perte nette de 130 millions de trésorerie pour la même année. «GE Hydro ne serait pas solvable si elle était indépendante, insiste-t-on chez GE Hydro France, l’activité Hydro n’avait jamais ajusté ses effectifs à l’évolution du chiffre d’affaires, passé de 1,6 milliard d’euros en 2011 à 700 millions en 2016».

GE Hydro envisage ainsi de supprimer «1 300 postes sur les 5 500» qu’elle regroupe au niveau mondial. Outre les 345 emplois de Grenoble, qui arrivent après le non-remplacement de 80 postes sur ce site l’an dernier, 240 postes sont en cours de suppression dans des usines espagnoles et suisses.

«Le tableau dressé par GE est outrancier, noirci artificiellement. C’est une comptabilité à charge, comme le montrent les rapports d’expertise, rétorque Georges Beciu. Après un creux de commandes en 2015-2016, le marché reprend, et les chiffres partiels de comptabilité 2017 sont bons !» Son collègue Grégory Vauclin précise : «Le creux du chiffre d’affaires 2016 est lié à des décisions anciennes, il intègre des dépréciations comptables, des amortissements liés au rachat d’Alstom. L’entreprise a des fondamentaux sains et alors que la situation se redresse, que les commandes reprennent, le PSE compromet la reprise ! Le marché hydro mondial existe, il est pérenne, porteur. Comment faire avec la moitié des salariés virés ?»

Le plan social prévoit notamment la disparition totale de l’atelier mécanique, du montage et de sa chaîne d’approvisionnement. Il taille aussi la moitié des effectifs en gestion de projet et chez les commerciaux, et rabote 20 % de la R&D, qui passe de 150 à 120 salariés. GE Hydro explique vouloir «sauvegarder la compétitivité» de l’activité hydraulique et la «repositionner sur un marché mondial extrêmement concurrentiel». Une stratégie privilégiant le petit et moyen hydroélectrique, c’est-à-dire le marché porteur des petites et microcentrales, mais aussi le numérique et les services, en diminuant les coûts de production. Or l’usine et le centre de recherches de Grenoble sont spécialisés sur les gros équipements : «Nous sommes sur une production d’artisanat industriel, chaque turbine est unique, parfaitement adaptée à la commande… Nous avons des compétences historiques, qui n’existent pas ailleurs, et il y a une demande claire des clients, dans le monde entier, pour cette qualité de production, souligne Grégory Vauclin. Tout le contraire de GE, qui aime des produits standards, de série, à fort taux de marge et sans risque… Nous sommes en fait tous convaincus que l’objectif à court terme de GE est de revendre la totalité de son activité hydro : les éoliennes l’intéressent bien plus.»

L’hydraulique n’est effectivement qu’une petite partie - pas la plus rentable - de la banche Energies renouvelables de GE, qui n’est elle-même qu’une composante secondaire du géant américain de l’énergie… GE Hydro France rejette pourtant toute idée d’une suppression ou d’une vente de son site grenoblois : «C’est le plus grand site d’ingénierie et de R&D du monde en hydro, et c’est appelé à durer. On est et on restera un partenaire de long terme de la ville et de la région sur ces activités.»

Macron mutique

L’adresse aux élus locaux n’est pas anodine : dès juillet, le maire EE-LV de Grenoble, Eric Piolle, et le président PS de la métropole, Christophe Ferrari, ainsi que des élus de tous les bords ont interpellé Emmanuel Macron sur le dossier, soulignant le lourd impact local, la perte de compétences uniques comme la dimension stratégique que revêt l’énergie hydraulique aujourd’hui.

Tous rappellent aussi à l’ex-ministre de l’Economie l’accord scellé avec GE lors du rachat d’Alstom en 2015 : une création nette de 1 000 emplois d’ici à 2018. GE assure que le contrat sera tenu, à l’échelle de l’ensemble de ses activités françaises. Ce qui n’est pas le cas pour l’heure. Si la promesse n’était pas tenue, il lui en coûterait 50 000 euros de pénalités par emplois non créés. Une broutille pour GE… Selon l’accord, l’Etat conserve par ailleurs une minorité de blocage au conseil d’administration de la branche Energies renouvelables de General Electric, dont dépend GE Hydro.

«L’Etat a le pouvoir d’arrêter ce PSE quand il le veut», martèle l’intersyndicale. Emmanuel Macron est resté mutique sur ce dossier. Seul le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie, Benjamin Griveaux, a rencontré l’intersyndicale en juillet, sans conséquence notable. Le maire de Grenoble rappelle que Macron a en revanche reçu le président américain de General Electric à l’Elysée le 16 juin, trois semaines avant l’annonce du plan grenoblois : «Il lui a forcément donné son aval…» Pour l’élu écologiste, le silence du chef de l’Etat sur ces 345 emplois supprimés à Grenoble trahit «son premier renoncement fort dans le domaine industriel».

François Carrel

L'État est depuis trop longtemps un actionnaire – minoritaire ou majoritaire – médiocre et un mauvais gestionnaire. Alstom en constitue un nouvel exemple.

 

 

Minoritaire à Air France, Renault ou Alstom, majoritaire à la SNCF, EDF ou Areva, gouvernement après gouvernement, de droite ou de gauche, le résultat est souvent le même : un relationnel difficile avec les managers qui font tourner l'entreprise (Renault), des conflits d'intérêts parfois violents (SNCF) ou des faillites qui auraient pu être évitées (Areva). Sans compter maintenant, avec Alstom, devant une opinion publique excédée et en surchauffe, cette comédie hypocrite d'un gouvernement et d'un président qui prennent leurs délires politiques pour des réalités sociales, le président en particulier, lequel aurait pu nous épargner une posture aussi démagogique dont la seule explication ne peut être qu'électorale.

En France, et ce n'est pas le moindre des handicaps du pays, la politique finit toujours par salir l'économie. Dès que des politiciens, par nature étatistes et à courte vue, veulent intervenir dans un domaine aussi stratégique qui demande des compétences de haut niveau – ce n'est pas leur cas –, une expérience internationale – encore moins ! – et une vision stratégique de long terme – ils ne pensent qu'au court terme des élections à venir –, il faut s'attendre au pire, et le pire arrive souvent : le naufrage du Crédit lyonnais dans les années 1990 (un trou de 15 milliards d'euros), le plongeon de France Télécom en 2002 (un océan de pertes de 68 milliards) et l'échouage d'Areva (il est question également de 15 milliards).

Je m’y engage : il n’y aura pas de fermeture du site à Belfort

Une observation neutre de la façon maladroite et ridicule dont le pouvoir a fait monter la mayonnaise dans ce qu'il est convenu d'appeler maintenant « l'affaire Alstom » ne donne pas une très haute idée de la qualité de nos dirigeants. Et pour commencer, cette curieuse initiative de lancer dans l'arène deux secrétaires d'État, Alain Vidalies (Transports) qui n'a jamais travaillé de sa vie en entreprise, et le petit dernier, à peine nommé, Christophe Sirugue (Industrie) qui, lui, n'a jamais travaillé du tout de sa vie, mais qui semble avoir deux qualités importantes : être le concurrent naturel d'Arnaud Montebourg en Saône-et-Loire et être un apparatchik du PS depuis toujours.

Deux vaillants soldats du socialisme dont les réactions de vierges effarouchées ont certainement passionné les foules, Sirugue, tout feu, tout flamme, étant même allé sur Europe 1 jusqu'à promettre : « Je m'y engage : il n'y aura pas de fermeture du site à Belfort. » Comme si on pouvait le croire ! Le nouveau secrétaire d'État à l'Industrie, tout imbu de l'importance de ses très hautes fonctions, ne s'est pas contenté de promettre, il a aussi convoqué le PDG d'Alstom et son état-major pour leur passer un savon ! Il faut espérer qu'il n'a pas cherché en plus à vouloir leur apprendre leur métier… La « réunion de crise » de lundi matin à la première heure était pas mal non plus dans le genre « halte au feu », avec le fantôme de Florange virevoltant dans les couloirs du palais de l'Élysée !

Les sucreries électorales de François Hollande

 

Après que la première ligne de défense des secrétaires d'État-fantassins se fut bien disqualifiée, le Premier ministre lui-même, Manuel Valls, s'est lancé dans un vibrant : « Je suis très clair, très déterminé : il est hors de question que le site de Belfort ferme. » Quant à François Hollande enfin, dont plus personne en France n'attend quoi que ce soit d'autre que des sucreries électorales, lui qui avait déjà promis en 2012 de sauver les derniers hauts-fourneaux de Florange, il ne pouvait pas, dans son système perverti de pensée, se permettre de battre en retraite à Belfort. Devenu le chef d'orchestre du grand bal des hypocrites, son interventionnisme aussi ridicule que déplacé, preuve supplémentaire s'il en était besoin de la déconnexion des politiciens à l'égard des réalités économiques, a eu pour résultat immédiat un nouveau mouvement social : les syndicats du groupe Alstom ont annoncé une grève pour fin septembre.

En vérité, quel est le problème ? Alstom est une entreprise brillante, en bonne santé et qui fait des bénéfices. Avec 31 000 salariés dans le monde, dont seulement 9 000 en France, elle réalise un chiffre d'affaires de près de 7 milliards d'euros et son carnet de commandes est riche de 30 milliards. Le site de Belfort étant devenu obsolète au fil du temps, la direction a pris la décision, et tout le monde en a été informé, à commencer par le gouvernement, d'en transférer les activités résiduelles 200 kilomètres plus loin à Reichshoffen en Alsace, et cela dans un délai de deux ans. Il n'y a donc pas urgence.

Il y a tellement à faire ailleurs

Sur les 400 salariés concernés par ce déménagement, la moitié sont des ingénieurs qu'Alstom veut conserver. Restent 200 ouvriers auxquels il est prévu de proposer soit de déménager en Alsace dans des conditions confortables, soit de larges indemnités de licenciement, soit de tranquilles et agréables préretraites, Alstom s'étant engagée à ne laisser personne sur le carreau. Pas de quoi fouetter un chat, même socialiste ! Eh bien non ! Il a encore fallu que la politique vienne se mêler de ce qui ne la regarde pas et pourrir un dossier préparé et géré par les professionnels expérimentés d'une entreprise française de classe mondiale dont l'État actionnaire, en plus, ne détient que 20 % du capital. Au lieu d'intervenir à tort et à travers chez Alstom, au risque d'en saboter l'avenir, il ferait mieux de se concentrer sur ses tâches régaliennes, là où il y a tellement à faire et où le spectacle des rodomontades des uns et des impuissances des autres est suffisamment explicite pour que le citoyen ait déjà largement de quoi se faire une opinion à l'occasion des élections de 2017.

 

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