Libye : le maréchal Haftar à l'offensive ?

Publié le par ottolilienthal

Aguila Saleh, le plan B de l’Egypte et de la Russie

Le président du « Parlement de l’Est » serait l’alternative au maréchal Haftar, dont l’offensive contre Tripoli a tourné au fiasco

Un juriste, prêt au dialogue et malléable, à la place d’un militaire, va-t’en guerre et incontrôlable ? Du côté des puissances engagées derrière le camp libyen de l’Est, la cote d’Aguila Saleh, président depuis 2014 du Parlement de Tobrouk, grimpe à mesure que s’effondre celle du maréchal autoproclamé Khalifa Haftar. Les photos officielles de la rencontre au Caire entre le président égyptien Sissi et les deux dirigeants libyens en disent long : on y voit un Salah aussi affable qu’Haftar est renfrogné.

L’Égypte, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, soutiens affichés d’Haftar depuis son ascension en 2015, mais aussi ses parrains plus discrets que sont la Russie et la France, en ont assez du maréchal. Il y a quatorze mois, il avait lancé une  offensive finale  sur Tripoli, qui devait mettre à genoux le gouvernement de Fayez Sarraj, reconnu par l’Onu, mais soupçonné de  sympathies islamistes . Elle a piétiné, puis tourné au fiasco, à cause notamment de l’intervention militaire de la Turquie aux côtés de Sarraj.

Surtout, les  parrains  d’Haftar, qui le financent et l’arment, lui reprochent d’avoir refusé de négocier une solution politique avantageuse début 2020, alors qu’il était encore en position de force. Aujourd’hui, le camp de l’Est a abandonné Tripoli, reculé sur ses positions de départ, et quémande des négociations avec Sarraj.

Illustre inconnu

C’est là qu’Aguila Saleh sort du chapeau, puisque Tripoli ne veut plus parler avec Haftar. Âgé de 76 ans, pas charismatique pour deux sous, l’homme est un juriste qui a fait toute sa carrière dans la Libye de Kadhafi. L’illustre inconnu a émergé à la chute du dictateur, en 2011, grâce à deux atouts : son appartenance aux Obeidat, une puissante tribu de l’Est, et ses liens avec l’Égypte.

 

Pragmatique, Aguila Saleh plaide pour une Libye unifiée mais largement décentralisée. En clair : il n’est pas hostile à une partition de fait du pays, pourvu que les intérêts de l’Est et ceux des Obeidat soient préservés. On est très loin des rêves fous de  reconquête  militaire d’un Khalifa Haftar, qu’il a pourtant soutenu au départ. Un partage de la Libye colle aux intérêts du parrain égyptien, dont la priorité est la stabilité de ses 1 100 km de frontières avec son voisin, et aussi aux ambitions de la Russie.

 

Machiavélisme

Pour Moscou, demeurer un acteur incontournable sur le théâtre libyen, c’est s’offrir une monnaie d’échange sur d’autres théâtres comme la Syrie (face à la Turquie) ou dans ses face-à-face avec l’Union européenne et les États-Unis.

 

Jalel Harchaoui, chercheur à l’Institut des relations internationales de Clingendael (Pays-Bas) y voit un brin de machiavélisme :  Dès le départ, la Russie savait que l’armée de Haftar n’était pas assez solide [et a] laissé cette absurdité se dérouler, en jouant sur les dysfonctionnements de leur allié [Haftar], dit le spécialiste de la Libye, dans un entretien avec le journal suisse le Temps. Peu à peu, la situation se transforme en un dispositif de défense de la Libye orientale, dans lequel la Russie a réussi à se rendre indispensable. Ensuite, elle n’aura qu’à cueillir la Cyrénaïque comme un fruit mûr. 

Ouest-France Patrick ANGEVIN. Publié le

https://www.ouest-france.fr/monde/libye/libye-aguila-saleh-le-plan-b-de-l-egypte-et-de-la-russie-6871936

bouté hors de Tripoli, le maréchal Haftar mis en échec

Quatorze mois après avoir lancé leur offensive sur la capitale, les troupes de Khalifa Haftar ont été définitivement repoussées par les forces loyalistes, appuyées par la Turquie.

Fin de partie. La bataille de Tripoli, déclenchée le 4 avril 2019, s’est terminée le 4 juin 2020. Le siège de la capitale libyenne a échoué : les troupes du maréchal Khalifa Haftar ont été chassées des faubourgs qu’elles disputaient aux forces progouvernementales depuis plus d’un an. Vendredi, les combattants loyalistes sont même entrés dans la ville de Tarhouna, dernier bastion de Haftar dans l’ouest libyen, situé à une centaine de kilomètres au sud-est de Tripoli.

L’entrée en guerre de la Turquie au côté du gouvernement d’union nationale, en début d’année, a inversé le cours de la bataille. En reprenant le contrôle du ciel, grâce aux drones et aux défenses antiaériennes turques, le camp loyaliste a pu reconquérir au printemps des localités et des sites stratégiques. Des villes de la côte d’abord (le 13 avril), puis la base aérienne d’Al-Watiya (18 mai) et enfin, mercredi, l’aéroport international de Tripoli, hors d’usage depuis six ans mais hautement symbolique.

La débandade de «l’armée nationale arabe libyenne» de Khalifa Haftar a été précipitée par le retrait des centaines de mercenaires russes de la compagnie de sécurité Wagner, le 24 mai. Privée du soutien de ces précieux alliés, elle a vu ses positions enfoncées une à une. Le porte-parole du maréchal a eu beau parler de «redéploiement hors de Tripoli, sous condition que l’autre partie respecte un cessez-le-feu» et évoquer «une initiative humanitaire destinée à arrêter l’effusion du sang du peuple libyen», les images des armes, des véhicules et des caisses de munitions abandonnés – que les combattants progouvernementaux se sont empressés de partager sur les réseaux sociaux – témoignent plutôt d’une fuite désordonnée.

Symétrie frappante

Jusqu’où ira la contre-offensive des forces loyalistes ? La ville côtière de Syrte, aux mains de Haftar depuis le 6 janvier, et les grandes cités du sud libyen sont dans leur collimateur. Son fief de la Cyrénaïque semble en revanche difficilement atteignable. Tout comme le maréchal a été incapable de prendre le contrôle par la force de la Tripolitaine, la coalition construite pour défendre la capitale ne parviendra certainement pas à soumettre militairement l’est libyen. Même si, dans l’euphorie de la victoire, le Premier ministre du gouvernement d’union nationale, Faïez el-Serraj, a déclaré jeudi qu’il était «déterminé à vaincre l’ennemi [et à] imposer le contrôle de l’Etat sur l’ensemble de la patrie».

En réalité, la suite des événements dépendra surtout de la volonté des parrains étrangers des deux camps, devenus incontournables en Libye. Dans une symétrie frappante, le jour de la reconquête de Tripoli, El-Serraj était en visite à Ankara, où il a rencontré le président turc, Recep Tayyip Erdogan, tandis que Khalifa Haftar se déplaçait au Caire. Les alliés du perdant du jour lui conserveront-ils leur appui ? Après ce camouflet militaire, l’Egypte, les Emirats arabes unis – et de façon plus discrète, la France – vont reconsidérer leur soutien. Moscou, pragmatique, a d’autres atouts dans sa manche. Le Kremlin avait déjà été irrité par le refus du maréchal, en janvier, d’entériner un accord russo-turc de cessez-le-feu, sur le modèle syrien. Le deal pourrait revenir sur la table dans les prochains jours : plusieurs observateurs ont relevé que les Turcs ont laissé les hommes de Wagner se replier en bon ordre, évitant une confrontation directe entre les deux forces.

 
Parenthèse tragique

Mercredi, les Nations unies ont annoncé la reprise des pourparlers militaires en vue d’un cessez-le-feu, qui avaient débuté à Genève en début d’année avant d’être interrompus. Sans surprise, après avoir refusé de discuter pendant des mois, Haftar s’en fait aujourd’hui le défenseur, en espérant geler la situation sur le terrain. Sans surprise non plus, Tripoli, qui veut pousser son avantage, n’est plus très pressé de négocier. «Notre combat se poursuit», a déclaré El-Serraj à Ankara.

Dans l’immédiat, l’inquiétude porte sur la gestion des villes reprises par le gouvernement d’union nationale. Tarhouna, en particulier, a été le fer de lance de l’offensive de Haftar dans l’Ouest. Contrôlée par une milice réputée pour sa brutalité, les Kaniyat, qui a fourni des miliciens à Haftar, elle s’expose à une vengeance collective – comme il s’en est produit dans l’histoire récente de la Libye. Les membres du clan auraient déjà fui la ville par peur des représailles. Le comportement des troupes progouvernementales, comme le traitement réservé aux prisonniers, aura des conséquences sur la réconciliation de ce pays de plus en plus déchiré.

Le processus de paix porté par les Nations unies avait volé en éclat, l’an dernier, avec l’attaque surprise de Haftar sur Tripoli. L’échec de son aventure militaire ne signifie pas, pourtant, un retour au statu quo ante. L’émissaire de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, a démissionné en mars et n’a jamais été remplacé. A la faveur de la guerre, les appétits des combattants (ceux qui ont rejoint l’armée de Haftar et ceux qui ont défendu Tripoli) se sont aiguisés. Et les acteurs étrangers sont devenus prépondérants. Au mieux, la bataille de Tripoli aura été une parenthèse tragique de quatorze mois. Au pire, elle a fait reculer l’espoir de la paix de plusieurs années.

Célian Macé

Libye

La National Oil Corporation s’inquiète de ne plus avoir assez d’argent pour importer de l’essence et du diesel pour les besoins de ses citoyens.

Sous la pression du général Khalifa Haftar, qui bloque les ports du pays, la production pétrolière a chuté à 97'000 b/j alors qu’elle dépassait les 1,2 millions il y a quelques mois encore.

 

(extrait de https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1151-energies-economie-petrole-et-peak-oil-revue-mondiale-mars-2020.html#disqus_thread)

Haftar fait alliance avec la Syrie contre la Turquie

Une délégation officielle du général Haftar s’est rendue hier à Damas pour nouer une alliance défensive et offensive contre la Turquie : cette dernière est en effet engagée dans l’appui des rebelles qui ont tenté d’arrêter l’offensive du gouvernement syrien dans la province d’Idlib, et dans la défense de Tripoli aux côtés des milices du GNA contre l’armée du maréchal Haftar (LNA).

La délégation du maréchal Haftar comptait dans ses rangs non le maréchal, mais le vice-président Abdul Rahman al Hiresh et le ministre des affaires étrangères Abdel Hadi Al Awaij. Bachar el Assad était présent à la rencontre, dont la photo a rapidement été détournée par les milieux pro-turcs sur internet pour proclamer qu’un coup d’état avait été fomenté à Damas par les milieux proches de l’Iran. Ce qui est évidemment faux.

Le maréchal Haftar, qui assiège Tripoli et les cités rebelles de la côte depuis près d’un an, est reparti à l’attaque hier avec la prise de Aziziya au sud-sud-ouest de Tripoli. Le mouvement tournant vers l’ouest continue pour tenter de faire jonction avec les zones déjà tenues par l’armée LNA (armée nationale libyenne) à l’ouest de Tripoli.

En même temps, ce 2 mars, l’armée LNA est repartie à l’attaque sur la ligne de front au sud de Tripoli, dans les quartiers de Zaraa et de Salah al Din, avec des progrès limités et plusieurs dizaines de victimes des deux côtés. En Libye, la LNA qui contrôle 85% du territoire est soutenue et armée par l’Egypte, les Emirats, l’Arabie Saoudite – avec le soutien international de la France, de la Russie et des Etats-Unis, tandis que le GNA est soutenu et armé par le Qatar et la Turquie.

Le mémorandum signé entre la Syrie et le gouvernement de Haftar prévoit à court terme le rétablissement des relations diplomatiques rompues depuis 2012. Plus qu’une normalisation accrue du gouvernement de Bachar el Assad, l’alliance est aussi faite contre la Turquie : l’armée syrienne a mis deux à trois jours pour mettre fin aux attaques des drones d’attaque turcs (notamment les Anka) et repartir de l’avant

Ce 2 mars, la ville stratégique de Saraqib, au croisement des autoroutes M4 et M5 et à 15 km de la ville d’Idlib, a été reprise aux rebelles djihadistes dans la nuit et la police militaire russe s’y est déployée. Les combats continuent aux confins ouest et nord de la ville, en direction de Nayrab et Sarmin. Les sources syriennes rapportent aussi que le soutien russe ne faiblit pas : outre des missions de bombardement des rebelles en nombre, l’armée russe a déployé des moyens de défense anti-aérienne et anti-drones au sol, sur les pointes de l’offensive syrienne, et pas moins de 8 avions Il-76 ont atterri ce 2 mars sur la base militaire russe de Hmeymim. Par ailleurs deux frégates avec des missiles Kalibr ont passé ce week-end les détroits du Bosphore pour rejoindre l’est de la mer Méditerrannée.

Au sud de la province, dans les plaines d’Al Ghab, l’offensive rebelle semble aussi marquer le pas, alors que le gouvernement syrien annonce la reprise de trois villages (Khazarin, Kafr Mos, Kakawbah) et le reflux des assaillants devant Kafranbel, un de leurs plus anciens bastions (depuis 2012) libéré la semaine dernière. En Libye, le nettoyage des cieux des drones turcs a été effectué encore samedi et dimanche derniers, avec de 6 à 9 drones turcs abattus par des opérateurs émiratis engagés au sein de l’armée LNA.

 

« En Libye, les kadhafistes pensent que l’alliance avec Haftar leur permettra de revenir au pouvoir »

La chercheuse Virginie Collombier décrypte les enjeux de la chute de Syrte aux mains de l’homme fort de l’est du pays.

 

 
 

Virginie Collombier est chercheuse et professeure à l’Institut universitaire européen de Florence. Après avoir travaillé sur la révolution égyptienne de 2011, elle s’est spécialisée sur la dynamique des conflits et des processus de réconciliation en Libye. Dans un entretien au Monde Afrique, elle décrypte les enjeux de la chute de Syrte aux mains du maréchal Khalifa Haftar, lundi 6 janvier, en analysant notamment le ralliement des kadhafistes à ce dernier. Le patron de l’Armée nationale libyenne (ANL), activement soutenu par les Emirats arabes unis, l’Egypte et l’Arabie saoudite, mène depuis neuf mois l’assaut contre le gouvernement d’accord national (GAN) de Faïez Sarraj, basé à Tripoli et appuyé de son côté par la Turquie.

Lire aussi En Libye, la prise de Syrte est une étape majeure dans l’offensive du maréchal Haftar
En quoi la prise de Syrte est-elle significative pour le maréchal Haftar ?

La ville a une dimension stratégique extrêmement importante. Elle se situe à la frontière entre les deux camps, entre les lignes de Misrata les plus avancées, à l’ouest, et les principales lignes de Haftar, à l’est et au sud. Qui tient Syrte a la capacité de contrôler les déplacements entre l’est et l’ouest libyens et aussi les routes vers le sud, en particulier vers la base d’Al-Djoufrah, aujourd’hui tenue par Haftar. En plus de cette dimension stratégico-militaire, la portée symbolique de Syrte est grande : la ville a été la capitale de l’ancien régime de Mouammar Kadhafi et le siège de l’organisation Etat islamique en Libye [en 2015 et 2016].

Pourquoi Haftar a-t-il pu entrer maintenant ?

Il y avait déjà des épisodes sporadiques de bombardement ces derniers mois, mais qui n’avaient pas provoqué de déstabilisation majeure. On expliquait cette relative stabilité par le fait qu’il y avait une sorte d’équilibre de positions, de partage des tâches, entre les forces de Misrata [affiliées à la coalition Al-Bounyan Al-Marsous] qui étaient déployées plutôt sur les pourtours de la ville et des brigades plus locales, dont la Brigade 604, chargées de la protection stratégique à l’intérieur de la ville, en particulier le conseil municipal. Il y avait donc un relatif équilibre et un peu d’attentisme.

 
Que s’est-il passé pour que cet équilibre soit rompu en faveur de Haftar ?

La nouvelle escalade à Tripoli et la volonté affichée des Turcs d’intervenir de manière plus directe ont aiguillonné en quelque sorte certains acteurs locaux. Une personnalité très influente dans les milieux kadhafistes, Abuzeid Dorda, s’en est pris vivement, dimanche, à la politique turque, ce qui a contribué à galvaniser nombre de ses partisans, en particulier dans les tribus Qadhadhfa et Warfalla. Ces dernières avaient jusqu’à présent fait profil bas parce qu’elles avaient souffert de la cuisante défaite subie en 2011. Elles avaient été socialement et politiquement délégitimées [par la révolution de 2011]. Mais les événements de ces derniers jours ont contribué à les réactiver. Ainsi peut-on expliquer que certains quartiers de Syrte ont accueilli très favorablement l’arrivée des forces de Haftar, même si cela n’a pas été le cas partout. Les forces locales de la Brigade 604, qui étaient très divisées depuis le début de l’offensive de Haftar contre Tripoli [en avril 2019], ont connu des revirements significatifs. Et les forces de Misrata ont dû se retirer.

La chute de Syrte menace-t-elle Misrata, située à 250 km à l’ouest et dont les forces sont déjà engagées dans la défense de Tripoli ?

Le changement de domination à Syrte bouleverse considérablement la carte militaire. Misrata est clairement dans une position fragile, maintenant, surtout avec l’ampleur et l’intensité de la couverture aérienne dont bénéficie Haftar. On est à un tournant. Les Misratis vont devoir intervenir sur deux fronts à un moment où leur moral est quand même assez bas. D’autant plus que protéger Misrata depuis l’est est compliqué sans un soutien aérien. Les forces de Misrata sont très exposées au risque de bombardement. On voit ainsi un sentiment d’inquiétude qui monte au sein de la ville pour la première fois depuis 2011.

 
Cela peut-il entraîner un effet dominos menaçant Tripoli ?

Le fait que Misrata se trouve maintenant prise en étau de cette manière ouvre en effet cette possibilité de manière plus nette. Et du coup, cela augmente le risque d’une continuelle surenchère et d’escalade de la part des acteurs extérieurs. Est-ce que les Turcs vont entrer dans le jeu de manière plus forte et assez rapidement, notamment avec des drones ? Je ne sais pas si c’est possible. Cela va être un des enjeux de ces prochains jours. Les Turcs, s’ils veulent tenir leurs promesses de soutenir le GAN de Faïez Sarraj, sont attendus au tournant.

Syrte est un bastion kadhafiste. Sa capture par Haftar signifie-t-elle que les kadhafistes ont rallié le maréchal et sont de retour dans le jeu ?

Ce n’est pas complètement nouveau. On l’a vu dès 2017. Les deux camps, tant le GAN que Haftar, sont entrés dans une espèce de course pour rallier des figures et les groupes les plus influents de l’ancien régime, qui souffraient de marginalisation après 2011. Haftar a été de ce point de vue plus efficace. Et cela a pris de l’ampleur ces derniers mois.

Mais il est important de comprendre quels sont les objectifs et les ambitions de chacun des groupes. Dans les échanges que j’ai pu avoir récemment avec eux, un des discours qui émergeaient de la part des partisans de l’ancien régime pouvait se résumer ainsi : « Haftar, pour nous, est le train qui nous ramènera au pouvoir à Tripoli. » Il y a donc de leur part une vision opportuniste de l’opération menée en ce moment par Haftar. Ils pensent que faire alliance avec lui leur permettra de revenir au pouvoir.

Nombre d’observateurs soulignaient depuis longtemps la diversité de la coalition autour de Haftar. Celle-ci rassemble des groupes très hétérogènes, au niveau militaire et politique. Ces groupes ont des ambitions et peut-être des intentions différentes. Ils marchent pour l’instant ensemble parce qu’ils partagent un intérêt commun, celui de prendre le pouvoir et se débarrasser du GNA. Mais rien ne dit que cette coalition sera durable. Des tensions sont plus susceptibles d’apparaître quand le pouvoir se rapprochera.

 
Les kadhafistes peuvent-ils finir par se regrouper sous une même bannière ?

Le camp kadhafiste est divisé. Il n’a pas rallié Haftar à 100 %. Ensuite, il y a toujours eu au moins trois grands groupes dans cette mouvance. Les plus anciens sont des pivots du camp ultra qui, depuis 2011, ont toujours prôné la lutte armée et se sont rapprochés de Haftar depuis longtemps. Ensuite, il y a des partis politiques qui ont émergé sur le terrain kadhafiste, des figures plus jeunes dotées d’une vision plus élaborée de ce que peut-être la politique après une victoire. Et enfin, il y a les figures de la famille Kadhafi. J’ai des doutes sur la capacité de Haftar de rallier autour de lui toutes les composantes de l’ancien régime.

Libye : le maréchal Haftar au centre du jeu

 

 

Le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, en visite lundi 18 mars à Tripoli, en Libye, a salué les « progrès significatifs accomplis dans le sud du pays face aux groupes terroristes, aux organisations criminelles et aux bandes armées étrangères ».

Le chef de la diplomatie française a également souhaité « la formation d’un exécutif de transition chargé de rétablir les services de base à la population et de préparer des élections avant la fin de l’année ».

 

► Où en est l’offensive lancée en janvier par le maréchal Khalifa Haftar ?

L’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar a lancé, à la mi-janvier, une opération dans le Fezzan, vaste région désertique aux confins de l’Algérie, du Niger, du Tchad et du Soudan. L’ANL a obtenu le ralliement de tribus locales et s’est emparée sans combats de la ville de Sebha, chef-lieu de cette région, ainsi que des champs pétroliers d’Al-Charara et d’Al-Fil, remis ensuite à la Compagnie nationale des pétroles (NOC). Les opérations de production, bloquées depuis le 10 décembre par des groupes armés touaregs, ont repris début mars à Al-Charara.

En dépit de ces succès, l’ANL – un assemblage disparate d’ex-soldats de Kadhafi, de combattants tribaux, de salafistes et de mercenaires soudanais et tchadiens – n’a pas les moyens militaires et financiers de contrôler un aussi vaste territoire et elle a dû composer avec les rivalités ethniques et tribales.

Les forces de Khalifa Haftar se sont ainsi retirées de Sebha, laissée aux mains d’alliés locaux. Certaines unités ont regagné Benghazi, d’autres se sont redéployées dans le district de Joufra au centre du pays. L’opération de l’ANL a surtout eu un impact psychologique dans le Fezzan et la Tripolitaine sur une population lassée de l’insécurité et de l’absence de services et aspirant à l’ordre.

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► Quelles sont les retombées politiques de cette campagne ?

Le maréchal Haftar, soutenu par les Émirats Arabes Unis, l’Égypte, l’Arabie saoudite, la France et la Russie, entend capitaliser sur ce succès tactique pour négocier en position de force un nouvel arrangement politique.

Selon la mission de l’ONU en Libye, l’homme fort de l’est du pays et le chef du gouvernement d’union nationale Fayez al-Sarraj se sont entendus, le 27 février à Abou Dhabi, « sur la nécessité de mettre fin à la période de transition à travers des élections générales ».

Les tractations en cours portent sur une restructuration du Conseil présidentiel, l’institution exécutive créée sous l’égide de l’ONU en décembre 2015, pour exercer collégialement les fonctions de chef de l’État et assurer le commandement de l’armée nationale. La négociation concerne également la gouvernance de la banque centrale de Tripoli et l’accès aux ressources publiques tirées de la rente pétrolière. Le gouvernement de l’est a contracté une dette de 32 milliards de dinars et fait imprimer en Russie l’équivalent de 10 milliards de dinars.

► Quels sont les obstacles à un accord ?

Misrata, la troisième ville du pays, avec ses différentes factions, reste le principal obstacle à la formation d’un gouvernement de transition incluant des représentants du maréchal Haftar, prélude à l’organisation d’une conférence nationale et à la tenue d’élections.

Des groupes armés hostiles au maréchal peuvent également jouer les trouble-fêtes à Zawiya, Gharyan et Syrte, sans compter des risques d’affrontements à Tripoli.

« Sous couvert de diplomatie, le camp Haftar veut recueillir les fruits de sa victoire, une logique maximaliste qui pourrait conduire les parties qui se sentiraient lésées par un accord à riposter, souligne Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye et chercheur à l’Institut Clingendael. Les États-Unis sont les seuls à pouvoir jouer un rôle de modérateur pour éviter une humiliation de la faction modérée de Misrata qui remettrait en selle les extrémistes. »

 
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LIBYE. Les exportations reprennent. Un tanker a quitté mercredi le terminal pétrolier de Ras Lanouf pour l'Italie avec 776 000 barils de pétrole libyen à son bord. Il s'agit du « premier tanker à quitter Ras Lanouf depuis novembre 2014 », a déclaré Omran el-Fitouri, le coordinateur des exportations de ce port pétrolier, le plus important de Libye. Il s'agit aussi de la première cargaison de pétrole à quitter les installations du Croissant pétrolier depuis que les forces fidèles au maréchal Khalifa Haftar s'en sont emparées la semaine dernière et en ont remis l'exploitation à la Compagnie nationale du pétrole (NOC). (Jeune Afrique)

qui est vraiment Haftar, ce général à part ?

 

 Ses troupes se sont emparées des principaux terminaux pétroliers libyens, une illustration de sa détermination à être le seul maître du jeu.

 

« Dissident », « incontrôlable », « impénitent », « insoumis », « despotique », « incontournable »… Les adjectifs associés au général libyen Khalifa Haftar dans la presse ne font pas dans la demi-mesure, et suggèrent d'emblée le caractère d'électron libre de cet acteur politique. Depuis son retour en Libye en 2011, après 21 ans d'exil aux États-Unis, celui qui fut le compagnon d'armes de Mouammar Kadhafi à la fin des années 60 et chercha à le reverser 20 ans plus tard, semble n'en faire qu'à sa tête. Il impose ses vues, marque son territoire, constitue son armée, lance ses offensives. Son dernier fait d'arme : la mainmise sur les ressources pétrolières. En trois jours, entre le 11 et le 13 septembre, et tandis que les regards étaient braqués vers Syrte d'où est en train d'être délogé le groupe État islamique, il s'est emparé des principaux terminaux pétroliers du pays. Un coup de force qui a valeur de défi vis-à-vis du gouvernement d'union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj installé en avril. Ces nouvelles autorités, appuyées par l'ONU et la communauté internationale, ambitionnaient en juillet de relancer les exportations de brut depuis ces installations qui forment le « croissant pétrolier ». Barrant la route aux efforts de reconstruction du pays par ce gouvernement à qui il dénie toute légitimité, le général Haftar, à la tête de l'Armée nationale libyenne (ANL), incarne l'autre pouvoir. Celui que représente notamment le Parlement de Tobrouk, à l'Est, dans cette Cyrénaïque dont il est natif et qu'il contrôle aujourd'hui partiellement. À 73 ans, Haftar, fraîchement promu maréchal par ces autorités rivales de Tripoli, selon un communiqué de l'armée, continue ainsi d'afficher sa détermination à mener son propre combat en Libye.

Haftar veut dicter les règles

« Haftar, l'homme fort », titre le site d'info guinéen Le Djely. « Turbulent et notoirement insoumis, le général Khalifa Haftar vient de démontrer qu'il est aussi et surtout efficace. Une efficacité qui fait que l'interminable bras de fer qui se jouait entre les deux gouvernements rivaux pour le contrôle du pays tourne en faveur de celui banni par la communauté internationale », peut-on lire sous la plume de Boubacar Sanso Barry, selon qui ces « autorités parallèles » de l'Est engrangent « une victoire symbolique ». « Dans un pays comme la Libye, dont le pétrole est la ressource principale, s'assurer le contrôle des quatre grands terminaux (al-Sedra, Ras-Lanouf, Zueitina et Brega) est un atout non négligeable. Avec un argument aussi persuasif, on peut retourner n'importe quel acteur », poursuit-il. Précisons qu'entre-temps, la gestion des terminaux pétroliers a été confiée à la Compagnie nationale du pétrole (NOC), mais que les forces du général Haftar continuent d'en assurer la surveillance. Que signifie toutefois pour Haftar ce coup de force, qui, à terme, nous dit Zine Cherfaoui dans El Watan, risque « de faire voler en éclats l'accord politique fragile arraché par l'ONU aux différents belligérants libyens » ? Eh bien, cela, précisément : briser cet accord politique-là, en vue de redistribuer les cartes d'un éventuel nouvel État. Dans un article intitulé « le général Haftar cherche à changer les règles du jeu », il explique que l'homme « n'a jamais caché son aversion à collaborer avec Fajr Libya, l'actuelle force de frappe du gouvernement El Sarraj. (…) Pour lui autant d'ailleurs que pour les membres de l'ancien Parlement de Tobrouk, ce conglomérat de milices n'est pas digne de confiance car constitué en majorité d'islamistes. Pas question donc, pour eux, de travailler ensemble. C'est ce qui, officiellement, empêche d'ailleurs la Chambre des représentants de donner son quitus au gouvernement de Fayez al-Sarraj. Pour s'impliquer dans le processus de réconciliation libyenne, l'Est ne demande rien moins que le contrôle de l'architecture sécuritaire de la Libye. » Haftar se veut en effet le rempart contre l'extrémisme islamiste en Libye. Cet objectif présidait au lancement, en mai 2014, de son « Opération dignité ». Pour avoir gain de cause et placer ses hommes dans l'appareil sécuritaire libyen, il cherche donc à inverser les rapports de force, quitte à « étouffer financièrement le gouvernement al-Sarraj ». Rappelons que le pays dispose des plus importantes réserves pétrolières d'Afrique (environ 48 milliards de barils), et que la production a été divisée par cinq depuis 2010.

 

Faut-il avoir peur du général Haftar ?

 

Tantôt qualifié de « Général de pacotille », d'« homme de la CIA », quand d'autres voient en lui un nouveau Kadhafi ou al-Sissi, à quel point Khalifa Haftar peut-il rassembler en Libye ? Quels sont ses atouts et ses alliés ? Celui « qui veut imposer son leadership dans toute la Libye » a « désormais un plus grand contrôle du terrain que ses adversaires, (…) en plus de contrôler les puits de pétrole du pays », avance encore Zine Cherfaoui dans un autre article d'El Watan, consacré à l'appel au dialogue, ce mercredi 14 septembre, du chef du gouvernement Fayez al-Sarraj. S'agissant des forces d'Haftar, il souligne qu'il dispose de sa propre armée (ANL) et du soutien de la plupart des milices de l'Est. Mais ce n'est pas tout. « Il bénéficie de l'appui d'anciens kadhafistes « excommuniés » par le défunt CGN et qui s'emploient actuellement à rebâtir un service de renseignement. Il n'y a pas lieu de s'étonner aussi de voir certaines régions de l'Ouest le rejoindre », nous apprend le quotidien algérien. Ajoutons à ces ralliements ceux de deux vice-Premiers ministres du gouvernement d'union, peu après l'opération du général Haftar dans le croissant pétrolier. À l'étranger, Khalifa Haftar peut compter sur les soutiens de l'Égypte, de la Russie, et des Émirats arabes unis. À cet égard, le site d'info tunisien Webdo s'intéresse aux informations divulguées par le portail d'actualités sur le Moyen-Orient Middle East Eye. Ce dernier s'est procuré des enregistrements sonores dans lesquels on entend notamment des échanges entres des soldats fidèles à Haftar et des pilotes d'avions émiratis... Mais pas seulement. Selon ces documents, rapporte Webdo, « des avions militaires émiratis ont pris part, avec d'autres avions français, britanniques et américains, à des opérations d'inspection et même à des offensives » en lien avec les forces du général Haftar.

Haftar chez Idriss Déby

La quotidien burkinabé Le Pays, quant à lui, rend compte de la visite rendue par l'homme fort de l'Est libyen à Idriss Déby, président du Tchad voisin, dans un article intitulé « L'opération de charme du général Haftar ». Les deux hommes se connaissent. Lors de la guerre lancée par Mouammar Kadhafi contre le Tchad, en 1987, Haftar fut capturé par les hommes d'Hissène Habré. C'est là, d'ailleurs, qu'il va préparer avec un groupe de dissidents libyens soutenus par la CIA un putsch contre le « Guide ». « En rendant visite à son vieil ennemi Idriss Déby, qui avait menacé de l'extrader vers la Libye au lendemain de sa prise du pouvoir en 1990 s'il ne quittait pas le territoire tchadien où il avait été emprisonné avant d'être libéré et retourné contre Kadhafi par le président tchadien d'alors Hissène Habré, le général Khalifa Haftar a non seulement rencontré le président d'un pays voisin, mais aussi celui de l'Union africaine, qui pourrait parier sur lui pour le retour progressif de la paix en Libye », écrit Hamadou Gadiaga. S'il y voit une chance pour l'Union africaine, « dont la voix a été inaudible » lors de l'intervention militaire étrangère en Libye de 2011, de peser dans le processus de réconciliation en Libye, il met aussi en garde sur l'option d'un soutien au général Haftar. « Ses paroles et ses actes devront être scrutés à la loupe, car ses récentes visites chez ses voisins Déby et Al Sissi pourraient être une entourloupe pour se faire adouber par deux puissants dictateurs afin de faire main basse sur la Libye et ses immenses richesses pétrolières. Dans le contexte actuel de la Libye, ce serait une gravissime erreur de penser qu'on peut s'imposer à toutes les autres factions armées, quelle que soit sa puissance de feu, et l'Union africaine devrait aider les Libyens à transcender leur ego et leurs querelles picrocholines en invitant les chefs de guerre et les chefs de tribus à la table de négociations », conclut-il.

Haftar, un « moindre mal » pour l'avenir de la Libye

 

Faut-il donc négocier avec Haftar, et est-il vraiment incontournable, comme l'avancent de nombreux médias africains ? Oui, semble nous dire un autre quotidien burkinabé,Aujourd'hui au Faso. Dans « cette Libye en lambeaux », estime Joachim de Kaibo, il faut peut-être inviter Khalifa Haftar à la table des négociations, quoi qu'il en coûte. « Qu'il ait un passé sulfureux, qu'il soit considéré comme « l'homme des Américains », qu'il ait barboté dans des affaires louches au sein du Conseil national de transition (CNT) alors qu'il en était un des chefs militaires, tout cela est plausible. Mais un semblant de réunification de la Libye, la sécurisation des puits de pétroles, bref, le retour à une Libye presque normale, ne valent-ils pas de pactiser avec ce diable de Haftar ? » interroge-t-il. Et de relever un « fléchissement de la communauté internationale à l'égard de ce général renégat », et notamment de l'ONU. « Lorsque l'organisation onusienne prône la création d'un Haut conseil militaire dont pourrait faire partie Haftar comme le suggère l'envoyé spécial en Libye Martin Kobler, c'est que de plus en plus, le général semble incontournable dans un éventuel retour de la Libye, dans son entièreté étatique. Reste à savoir, comment le mettre dans le circuit sans créer d'autres désiderata », peut-on lire sur le site d'Aujourd'hui au Faso.

 

« La communauté internationale doit revoir sa copie », abonde Le Pays. Il développe deux arguments pour étayer ses propos. Le premier réside dans le choix – contestable – de Fayez al-Sarraj pour diriger le gouvernement d'union nationale mis sur pied au printemps. Un « mauvais casting », déplore Le Pays, selon qui les Nations unies doivent aujourd'hui reconnaître qu'elles ont misé sur le « mauvais cheval ». Pour de nombreux Libyens « nourris durant plus de 40 ans au lait du nationalisme militant de Kadhafi », al-Sarraj fait figure de « valet de l'extérieur », d'homme imposé par l'Occident. « Ce discours fait florès aujourd'hui dans le pays », indique le quotidien de Ouagadougou. « Sociologiquement voire politiquement, nul ne peut gouverner la Libye dans la sérénité, sans la caution de ces tribus. Même au temps de Kadhafi, les institutions du pays leur devaient, en partie, leur stabilité. Or, le moins que l'on puisse dire est que les puissantes tribus du nord-est du pays, dans leur majorité, ont toujours boudé le gouvernement d'union nationale basé à Tripoli. Elles lui reprochent, en plus d'avoir été mis en place par la seule volonté de la Communauté internationale dont il est à la solde, de n'être pas représentatif de la Libye dans sa diversité », poursuit-il. Selon le deuxième argument, le général Haftar serait finalement un « moindre mal » face à la menace des nombreuses milices et autres groupes islamistes armés qui se sont développés depuis la chute de Kadhafi. « Dans la situation actuelle de la Libye, la seule force susceptible d'aider à extirper le pays de l'emprise des forces négatives, pour reprendre une expression abondamment utilisée en Afrique centrale, pourrait être les forces fidèles à Haftar », conlut Le Pays.

 

Agnès Faivre

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blepharoplastie Tunisie 12/02/2020 09:15

La communauté internationale doit revoir sa copie . C'est le temps pour analyser et revoir toutes les possibilités pour un dialogue international :)

Medespoir 12/02/2020 09:13

Un très bon article, bonne continuité !
https://www.medespoir.ch