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présidentielle 2017, les troubles de l'élection

Publié le par ottolilienthal

La start-up Macron, simple parenthèse avant Marine Le Pen ?

Emmanuel Macron a remporté l'élection présidentielle, mais s'il ne tient pas compte des perdants de la mondialisation au sein de son propre pays, Marine Le Pen sera la prochaine présidente en 2022... et il n'aura été qu'une parenthèse.

 

Emmanuel Macron confirme qu'il a bien "signé un contrat en CDI avec la providence", comme l'écrivait joliment le journaliste Nicolas Domenach. Mais attention, s'il faut se réjouir de cette victoire face à Mme Le Pen, il ne faudrait pas que le nouveau président pense qu'il a un blanc-seing pour oublier que le pays qu'il va diriger rejette avec violence les deux piliers qui ont fait sa prospérité depuis 1945.

Les Français, lorsqu'on ausculte leurs votes du premier tour, rejettent en effet à la fois la démocratie représentative et le libéralisme. La démocratie représentative ? Elle a été littéralement "Ubérisée" par la start-up Macron. Il a démontré qu'on pouvait prendre le pouvoir suprême sans passer par les cases supposées obligatoires du "prendre d'abord la présidence d'un parti" ou "être d'abord élu". Le libéralisme ? Il n'y a pas que les partisans de Mme Le Pen qui le rejettent, le fait qu'au moins deux électeurs de Jean-Luc Mélenchon sur trois déclaraient s'abstenir au second tour sur le principe d'un "ni Le Pen-ni Macron" ou "ni patrie-ni patron" en dit long sur l'intensité du rejet du libéralisme en France !

Comme le rappelle le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, Emmanuel Macron aurait tout faux s'il s'imaginait que le mécontentement à l'égard de l'économie mondiale va diminuer. Il ne faut pas se leurrer, la mondialisation a laissé des personnes sur le bord de la route et l'arrivée des nouvelles technologies numériques et de l'intelligence artificielle va saper une bonne partie des jobs de la classe moyenne. Emmanuel Macron est trop intelligent pour ne pas savoir qu'il est considéré par une partie de ses compatriotes comme le représentant des "insiders" (inclus) de la mondialisation. Bref, il est le héros des bourgeois urbains à l'aise dans l'univers de la mondialisation, alors que les "outsiders" (exclus), ceux qui ont voté à l'extrême gauche et à l'extrême droit ne se reconnaissent pas en lui.

 

D'ailleurs, la carte électorale le démontre, on a aujourd'hui deux France : la première intégrée dans l'Europe et la mondialisation, c'est celle des métropoles et des côtes atlantiques. Et, puis, la seconde, celle des exclus, qui rassemble les banlieues, le monde rural et les régions désindustrialisées. C'est ce qui permet de dire que cette élection présidentielle de 2017 est la première élection où le rapport à la mondialisation est devenu un clivage majeur, une nouvelle forme de lutte des classes.

L'enjeu pour Emmanuel Macron est de se rendre compte que si le libre-échange, le libéralisme a en effet sorti de la pauvreté des centaines de millions de Chinois ou d'Indiens, elle a aussi eu pour effet de paupériser les classes populaires et moyennes de nos pays occidentaux. Emmanuel Macron doit donc changer de registre et ne plus tenir le discours de la droite libérale et de la gauche gouvernementale qui consiste à dire: "vous avez perdu votre emploi en Europe, mais soyez rassurés, le monde va beaucoup mieux dans sa globalité, et les Chinois ont pu créer une classe moyenne grâce au libéralisme. Et puis, vous savez, à long terme, tout va rentrer dans l'ordre, car de nouveaux jobs seront créés, comme l'a démontré l'économiste Schumpeter avec sa théorie de la 'destruction créatrice'. Il faut être patient".

Pareil discours n'est pas porteur électoralement et si les gagnants de la mondialisation ne sont pas plus imaginatifs et ne trouvent pas des moyens pour compenser les perdants de la mondialisation, alors Mme Le Pen sera au pouvoir en 2022. Et Macron n'aura été qu'une parenthèse.

 

Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.

Une campagne sans énergie

Fin des vacances  ! Les bagages sont faits, la location nettoyée... et, pile au moment de partir, vous constatez que vous êtes en panne sèche, que la station la plus proche est à 40 kilomètres, et que votre portable n'a pas de réseau. Il ne le sait pas, mais c'est à peu près la situation que s'apprête à vivre notre prochain président. Au dire des candidats, tout est prêt, évidemment, pour donner enfin à la France un souffle que les incapables qui ont précédé n'ont pas su créer. Les uns vont changer la Constitution, les autres supprimer des fonctionnaires, d'autres encore quitter l'Europe ou augmenter le pouvoir d'achat, et tout va s'améliorer, promis  !

Sauf que personne ne s'est préoccupé de savoir s'il y aura du carburant dans le réservoir pour faire tourner la mécanique promise. Et de la mécanique, il en faut pour assurer la production qui permettra de mieux rémunérer tout le monde, d'investir et de rembourser la dette  ! Et si la panne sèche nous guette, ce n'est pas nos biceps qui vont remplacer les moteurs de camion, ascenseurs, fours à pain, hauts-fourneaux et usines chimiques pour maintenir le PIB au même niveau. Or la panne sèche, elle arrive. Pas instantanément, certes, mais la tendance est claire : de 2006 (maximum historique) à 2015, l'approvisionnement européen (importations comprises) a baissé de 20 % pour le charbon, de 17 % pour le pétrole et de 18 % pour le gaz. Ecologie  ? Que nenni  : géologie  ! Le déclin est en route...

Ajoutons-y 13 % de baisse délibérée pour le nucléaire, et nous voici avec 10 % de la nourriture pour machines en moins, malgré l'éolien et le solaire. Les machines sont certes devenues un peu plus efficaces, mais pas assez pour éviter que, de 2007 à 2016, la construction ne baisse de 18 %, les tonnes transportées par camion de 17 % et, plus largement, la production industrielle de 5 %.

Cette contraction énergétique européenne n'empêche pourtant pas le climat d'être en danger  : il reste bien assez de charbon, de gaz et de pétrole ailleurs pour cela, et il faut compter des millénaires entre le maximum des émissions et le maximum des conséquences. Quid de tout cela dans la campagne  ? On cherche encore...

Jean-Marc Jancovici

Jean-Marc Jancovici est associé de Carbone 4 et président du Shift Project.

Elections : Ce qu’en disait le « Petit père des peuples »

 

« Ce ne sont pas les votes qui comptent, mais ceux qui comptent les votes ».

Staline (1878-1953)

S’abstenir, un véritable acte citoyen !

Cet intitulé peut paraître provocateur tant déposer son bulletin dans l'urne semble encore pour beaucoup un gage de démocratie. Dissipons cette impression. Bon an, mal an, depuis une quarantaine d'années, nos concitoyens s'abstiennent progressivement de voter, en particulier pour les élections législatives, les plus intéressantes car sensées élire les représentants du peuple. Ainsi, sur les sept scrutins qui se sont déroulés entre 1986 et 2012, les abstentions sont-elles passées progressivement de 22% à près de 44% des électeurs ! À ces abstentions il faut ajouter celles systématiques des non-inscrits sur les listes électorales, fussent-ils représentés en partie par des étrangers. En 2012, ces non-inscrits s'élevaient à 4,67 millions, soit près de 7% de la population en âge de voter. Début 2016, quoique dans un contexte non électoral, ce chiffre atteignait 13% avec 7,06 millions de non-inscrits. L'élection présidentielle, pourtant la préférée des Français, n'est pas épargnée par cet accroissement qui passe de 13,84% en 1974 à 24,33% des électeurs en 2012.

Une démocratie stagnante

Pierre Rosanvallon souligne que « Le projet démocratique n'a cessé d'être inaccompli là même où il était proclamé, qu'il soit grossièrement perverti, subtilement rétréci ou mécaniquement contrarié. (…). C'est aussi sur ses terres d'origine, dans les lieux où elle [la démocratie] était le plus tôt affirmée et célébrée, en Europe et aux États-unis, qu'elle paraît également incertaine d'elle-même, vacillante, nourrissant des sentiments de déception et des vagues d'impatiences. (…). Les démocraties existantes sont minées par le désenchantement de leurs citoyens ». Pour notre Vème République, les vingt-quatre révisions constitutionnelles n'ont pas apporté d'améliorations significatives quant à la démocratie réelle. L'élection du président de la République au suffrage universel direct en est le meilleur exemple. La Vème République dont la réalité démocratique se résume à une délégation de pouvoirs donnée au rythme des élections au législatif et à l'exécutif, est de plus en plus perçue comme une aristocratie élective. Ce sentiment est surtout le fait objectif de l'évolution des sciences et techniques de l'information et de la communication qui laissent entrevoir à présent aux citoyens des formes de démocraties plus participatives et rendent le système actuel plus insupportable. La démocratie est comme un navire qui remonte le fleuve : le moteur qui le fait progresser doit toujours être actif, sinon il recule et devient ingouvernable !

Des politiciens peu scrupuleux

À la pseudo-démocratie s'ajoutent les mensonges, sophismes, corruptions, clientélisme, avantages en nature indus, conflits d'intérêts, etc., qui discréditent la République et sa classe politique. Fussent les fourberies de cette dernière égales en proportion à celles des citoyens, elles sont particulièrement inacceptables pour qui souhaite servir la France et son peuple. En outre, ce discrédit n'est pas compensé par la résolution des grands problèmes de la société française…

Des luttes sans idéaux

Parmi les raisons incitant à l'abstention, domine l'idée que les principaux partis se livrent essentiellement à des rivalités de clans, voire de personnes, pour l'accès au pouvoir ou s'y maintenir, plutôt qu'à des antagonismes idéologiques réels. Ces derniers sont réduits à l'hégémonie des économistes orthodoxes prônant des lois qui seraient aussi universelles que celles de la physique ou des mathématiques. Ainsi, les pseudo-alternances entre droite et gauche, ne sont-elles plus que des chimères…

Mascarade

La télévision oblige les candidats à passer sous les fourches Caudines des producteurs, plus intéressés par le spectacle de catch entre les politiciens que par le souci pédagogique de faire comprendre le fond de leur pensée. Audience oblige.

De l'abstention pour en sortir

Alors oui, l'abstention est pour le simple citoyen qui n'a pas la vocation de s'engager politiquement, le seul moyen d'exprimer sa désapprobation au système actuel. Par là, il montre qu'il n'est plus dupe du rôle que ses institutions lui font tenir, rôle qui n'a d'autre but que de légitimer un « establishment » aristocratique sous couvert d'une apparence de démocratie. Certes l'ensemble des non-votants est hétérogène, mais uni dans le désintérêt qu'il porte aux élections. Coluche disait : « Je suis le candidat des abstentionnistes ! ». Si les électeurs protestataires, votant vers des extrêmes ou contre plutôt que pour un candidat, choisissaient l'abstention, celle-là serait considérable et alors quelle serait la légitimité des politiques élus avec une si faible participation ? Un quorum virtuel pourrait alors ne pas être atteint invalidant moralement l'élection. Une crise institutionnelle pourrait s'en suivre permettant enfin d'envisager une nouvelle Constitution plus démocratique. Les électeurs devraient réaliser que l'abstention est la force tranquille du coup d'état citoyen !

 

CAHEN

 

N. B. : toutes les valeurs chiffrées du texte ont été calculées à partir des données fournies par l'Insee, France-Politique et le Ministère de l'intérieur.

Élie Cohen : "J'ai cru dans la capacité réformatrice de Hollande..."

Pour l'économiste qui avait contribué à nourrir le programme du candidat François Hollande en 2011, le président a été victime de sa campagne, trop à gauche.

Présidentielle : changez le programme !

 

La démocratie est soumise à des exigences contradictoires. Assurer dans le temps la cohérence de l'action et respecter les engagements pris au jour le jour devant les électeurs n'est pas la moindre. La succession et l'enchevêtrement des programmes est un indice de la difficulté, aggravée par le régime présidentiel.

Des programmes enchevêtrés et contradictoires

Pour gagner une élection, il faut un programme, de grandes affiches qui fassent rêver ou tout au moins plaisent au plus grand nombre. Sont omises les mesures qui fâchent, augmentation d'impôts, réduction des avantages acquis. Sont retenues les dispositions qui satisferont l'électorat visé, sanctionnant les méchants et récompensant les bons.

Le point de départ est le programme du parti inspiré, peu ou prou, par son idéologie et imposé à son candidat. En fait dans une élection présidentielle le prétendant a une marge de manœuvre et les experts en communication remplacent les militants. On peut même dire que dans les années 1980, ils ont pris le pouvoir, décidant de ce qui est vendable à l'opinion, sondages à l'appui. Nul besoin qu'ils aient des liens avec le parti de leur candidat, pourvu qu'ils trouvent le message ou l'image qui accroche. Dans les années 80, l'expert de Michel Rocard était un giscardien talentueux.

Si le parti entre dans l'ombre, les lobbys en sortent, par dizaines, des chasseurs ou pêcheurs à la ligne aux défenseurs des espèces menacées. Ils font des conférences de presse, lancent des appels et écrivent aux candidats. Les équipes bénévoles autour des candidats répondent à chaque lobby et font des promesses, accumulant les contradictions, puisque les intérêts de différents lobbys divergent. Si le lobby est puissant, les candidats intègrent dans leur discours public leurs revendications.

Mesures spectaculaires

La dynamique de campagne suscite souvent l'apparition de mesures spectaculaires absentes du programme initial et rarement étudiées. Ainsi est apparue la taxation à 75%, quasi confiscatoire, dans la campagne de François Hollande. A la fin du processus, l'électeur a vu défiler trois programmes, celui du parti, celui du candidat et celui de la campagne. Sait-il que cela aboutit à un ensemble inapplicable, méconnaissant les contraintes internationales et conjoncturelles, dépourvu de mode d'emploi et de calendrier ?

Les cyniques estiment que moins il y a de mesures moins le programme est mauvais. Ainsi, le programme de François Hollande serait moins mauvais que celui de François Mitterrand : 60 contre 110. De tous ces programmes, la majorité des électeurs n'a retenu que quelques mesures phares.

Peu d'hommes politiques ont échappé à la contradiction. Churchill a promis en 1940 du sang et des larmes, mais c'était la guerre et en 1945 il a été battu. Si Pierre-Mendès France ne s'est pas présenté à l'élection présidentielle, c'est pour une part parce qu'il ne voulait pas être pris par la surenchère liée à ce type de scrutin. Le cas de Jacques Delors est comparable. Raymond Barre a un peu résisté, même s'il avait promis cent mille crèches de trop, mais il n'a pas été élu. Les grands cyniques, comme Jacques Chirac ou François Mitterrand, sont parfaitement à l'aise dans le temps de l'élection et des promesses et vivent parfaitement la contradiction.

Pas de véritable programme de gouvernement

Après l'élection, il faut gouverner et pour gouverner, il faut un programme. Une mutation est nécessaire et, à ce moment charnière, la démocratie française fait moins bien que les autres. Alors qu'il faudrait se donner un peu de temps, en jouant- artificiellement- de l'effet de surprise et préparer les esprits au retour du réel, la précipitation l'emporte dans notre dispositif. Le Président, le jour de son entrée à l'Élysée, nomme un Premier ministre, qui le plus généralement n'a pas été préparé à sa mission. Dans les deux jours qui suivent, les ministres sont nommés à des postes qu'ils découvrent. Les jours suivants, sollicités par les médias, ils commencent à parler sur des sujets qu'ils ne maîtrisent pas. Bien évidemment, à aucun moment, le programme de gouvernement, pour le Premier ministre et chaque ministre, n'a été examiné, de façon bilatérale ou en équipe.

Nous sommes tellement habitués à ces pratiques aberrantes, qu'au cas où le processus dure un peu plus qu'à l'habitude les médias s'impatientent et parlent de crise. Connaissez- vous une organisation de la société civile qui en deux jours renouvellent tout son état- major, en modifiant son organigramme, et en s'abstenant d'expliciter son plan d'action ?

Une précipitation spécifique à la France

Cette précipitation est spécifique à la France. Dans les pays voisins, où il est vrai que les gouvernements de coalition sont fréquents, la mise au point du programme de gouvernement et sa composition prend plusieurs semaines, voire plusieurs mois (Pays-Bas) Et les programmes sont effectivement mis en œuvre.

Il existe un correctif, la déclaration du Premier ministre à l'Assemblée nationale, généralement suivie d'un vote de confiance, qui devrait expliciter l'action du gouvernement. Ce correctif a parfois été prometteur dans le passé. L'exemple le plus marquant est le discours sur la « nouvelle société » de Jacques Chaban-Delmas, qui offrait une vision et proposait une méthode (la contractualisation). Ce discours, préparé essentiellement par Simon Nora et Jacques Delors, n'avait été soumis ni au Président Jacques Pompidou ni à ses collaborateurs (Marie-France Garaud) Jacques Chaban-Delmas ne put résister longtemps à l'opposition larvée de L'Élysée et finit par démissionner. Depuis, les Premiers ministres sont devenus plus prudents et plus lénifiants. La tendance s'est accentuée avec le quinquennat et la centralisation du pouvoir à la Présidence. Quel souvenir a laissé la déclaration du premier « collaborateur » de Nicolas Sarkozy, François Fillon, et celle de Jean- Marc Ayrault ?

Les Primaires, nouvelle source de contradictions

 

 

La généralisation des Primaires devrait accroitre l'enchevêtrement et les contradictions, puisqu' un nouveau programme est présenté à l'électeur. Logiquement, il devrait être plus concis et cohérent puisqu'il s'adresse à un électorat plus limité et plus homogène. C'est compter sans la tactique suivie par les candidats pour accroître la participation électorale. Ainsi, Nicolas Sarkozy cherche à attirer les électeurs de Marine Le Pen aux primaires et Alain Juppé les électeurs de François Bayrou et les déçus de François Hollande...sans perdre les électeurs du parti républicain. Lors du premier tour de l'élection présidentielle, le recadrage de ces programmes est inévitable, la cible électorale et les candidats en présence ayant changé une différenciation.

De faibles chances de sortir du flou et de l'improvisation en 2017

Après les primaires, verra-t-on la cohérence et la méthode s'améliorer ? Plusieurs candidats annoncent que ce coup-ci leur programme de campagne sera leur programme de gouvernement et ils écrivent des livres pour le démontrer. Reconnaissons que l'effort de précision est manifeste, en particulier dans le domaine économique, social et financier. Constatons néanmoins que l'imprécision demeure sur la nature des économies budgétaires et sur la politique européenne définie en chambre sans dialogue préalable avec nos principaux partenaires.

Plus grave, dans le domaine sensible du terrorisme et de l'immigration, au moins un candidat propose des mesures à la fois irréalistes et provocantes, l'internement préalable systématique.

Au stade actuel, tous les candidats sont muets sur les pratiques et le calendrier de mise en place du gouvernement et de définition de son programme. Aucun n'envisage de pressentir dès le lendemain des primaires quelques personnalités pour se préparer à de grands postes ministériels et n'a précisé la structure gouvernementale qu'il retiendra. L'expérience montre pourtant que ce qui n'a pas été préparé avec précision avant la constitution du gouvernement est rarement mis en œuvre et que les meilleurs ministres sont ceux qui ont appris avant. Un de nos meilleurs ministres, celui de la Défense, était quasiment prêt.

Rappelons un précédent. Les grandes lois du Front populaire adoptées durant l'été 1936 avaient été préparées au sein de la SFIO par un groupe d'experts autour de Jules Moch. Certains de nos candidats s'engagent à écrire des projets de loi d'ici mai 2017. Espérons.

Réinvention du programme par Emmanuel Macron ?

Emmanuel Macron est le mieux placé pour réconcilier les électeurs avec les programmes, parce qu'il est nouveau, crédible, actuellement indépendant des partis et que... ses chances pour 2017 sont faibles. Il dit avoir beaucoup consulté sans tomber dans l'illusion de la démocratie participative. Il sait que ce n'est pas en faisant l'addition ou la synthèse des attentes de nos concitoyens que l'on aboutit à un programme pour les cinq ans à venir. Qu'il écoute, c'est bien, mais surtout, qu'il invente. Qu'il invente un nouveau type de programme : ni un inventaire détaillé de mesures, ni un énoncé irréaliste de tout ce qui sera fait dans le quinquennat ; un programme qui laisse de la place à l'environnement et l'imprévu, sources de contraintes et d' opportunités.

Ce qui est nécessaire, c'est une vision de la France dans le temps et dans l'espace, d'une France trouvant sa place dans la mondialisation et respectueuse des valeurs qui ont fondé la République, la liberté et la justice. Une France consciente des réalités, qui accepte le changement et soit ouverte aux autres.

Ce qui est nécessaire ce sont des orientations sur ce qui devra changer et sur ce qu'il faut conserver, à la fois lucides et positives.

Ce qui est nécessaire c'est une indication de la méthode de gouvernement, un partage explicite des rôles entre tous les acteurs, publics et privés et l'annonce d'un rendez-vous à mi-parcours.

Ce qui est nécessaire c'est une annonce de ce qui sera fait dans les six premiers mois (sans tomber dans le mythe des cent jours) et de quelques dispositions immédiates « simples et pratiques »

Bien sûr, les critiques dénonceront l'absence d'un « vrai programme » Il faudra du talent, la mobilisation des supporters et un appui de l'opinion pour faire accepter une approche réaliste et ambitieuse, respectueuse des citoyens, faisant appel à leur intelligence et à leur sensibilité.

Emmanuel Macron pourra alors dire qu'il a fait du neuf.

 

Pierre-Yves Cossé, ancien commissaire au Plan.

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