présidentielle 2017, les troubles de l'élection

Publié le par ottolilienthal

Penelope Fillon a touché 45000 euros d'indemnités de licenciement

Nouvel épisode dans l'affaire du Penelopegate.

L'épouse du candidat de la droite à la présidentielle, soupçonnée d’emplois fictifs comme assistante parlementaire, a touché au total 45 000 euros d’indemnités de licenciement payées par l’Assemblée nationale, révèle le Canard enchaîné dans son édition à paraître ce mercredi.

Ces indemnités ont été touchées en deux fois, en août 2002, puis en novembre 2013, précise l'hebdomadaire satirique.

"Deux salaires cumulés"

Dans le détail, précise le Canard enchaîné, Mme Fillon a perçu en août 2002 «16 000 euros d’indemnités, soit l’équivalent de cinq mois de salaire», alors qu’elle avait retrouvé un mois plus tôt un emploi auprès de Marc Joulaud, alors suppléant de François Fillon. Penelope Fillon a donc selon l'hebdomadaire «cumulé deux salaires durant un peu plus d’un mois».

"La législation ne prévoit pas un tel niveau d’indemnités"

«La législation ne prévoit pas un tel niveau d’indemnités de licenciement pour un collaborateur parlementaire», affirme encore le Canard enchaîné. Ces indemnités portent sur la période 1998-2002, pendant laquelle Mme Fillon a été rémunérée comme assistante parlementaire de son époux (165 686 euros net de salaires sur cette période, selon le site internet du candidat Fillon).

Par ailleurs, lorsque M. Fillon a mis fin, en novembre 2013, au dernier contrat de son épouse à l’Assemblée nationale, celle-ci a perçu «29 000 euros» d’indemnités de licenciement pour 17 mois de travail (rémunérés 65 839 euros net, selon le site internet de M. Fillon).

 

DEMAIN DANS "LE CANARD" Les flics n'ont trouvé aucun indice matériel du travail de Pénélope, mais la trace de ses indem' de licenciement...

Pourquoi l'affaire Fillon est une catastrophe pour la France

Quel que soit le gagnant de la présidentielle en mai prochain, l'affaire plombe déjà le prochain quinquennat. Avec une crise de régime à venir.

 

Deuxième scénario : François Fillon ne se remet pas de cette tempête judiciaire, Emmanuel Macron lui dame le pion. Il apparaît alors comme le candidat de recours des réformistes de droite et de gauche. Le phénomène Macron se hisse au second tour sans vraiment éclaircir sa ligne politique « de gauche et de droite ». Face à Marine Le Pen, il triomphe. Mais que se passe-t-il aux législatives ? Avec qui peut-il gouverner ? Avec des candidats En marche ! issus de la société civile ? Avec d'anciens députés PS qui se seront collé l'étiquette Macron sur le front ? Avec des centristes qui auront fui – par opportunisme – la débâcle des Républicains ? Bref, c'est une majorité composite qui, éventuellement, se constituera autour d'Emmanuel Macron.

Pourra-t-il gouverner sans négocier avec les uns et les autres en permanence ? Chaque texte devra-t-il être soumis à l'approbation de groupes parlementaires disparates que seule la personnalité de Macron aura réunis le temps d'une campagne ? Macron, social-libéral, devra-t-il, pendant cinq ans, doser pour chaque réforme la part de liberté et la part de solidarité dans un exercice d'équilibriste qui, n'en doutons pas, fera des déçus dans un camp ou dans l'autre ? Macron ira plus loin que François Hollande dans les réformes. C'est son intention et c'est aussi le motif de sa rupture avec le chef de l'État. Pourra-t-il compter sur une majorité stable pendant cinq ans ? C'est la grande inconnue d'un Macron président... Le scénario du blocage, là aussi, ne peut pas être écarté.

Le scénario de la victoire de Marine Le Pen

Enfin, il y a le scénario du Fraxit : la victoire de Marine Le Pen. Totalement exclue ? Le « plafond de verre » qui limite sa progression peut-il tenir longtemps dans un contexte où les scandales affaibliraient les partis traditionnels ? La crainte de perdre l'euro sera-t-elle suffisante pour retenir les votes ? Voyons le monde autour de nous : Donald Trump, populiste en chef, s'est imposé dans une démocratie comme les États-Unis. Partout, le vent du national-populisme souffle en Europe. Pourquoi la France serait-elle vaccinée à vie d'une rage révolutionnaire (car cela en serait une) ?

Pour l'ensemble de ces raisons, l'affaire Fillon est déjà une catastrophe pour le prochain quinquennat.

 

Modifié le - Publié le | Le Point.fr

Élie Cohen : "J'ai cru dans la capacité réformatrice de Hollande..."

Pour l'économiste qui avait contribué à nourrir le programme du candidat François Hollande en 2011, le président a été victime de sa campagne, trop à gauche.

Assurance maladie : la sévère ordonnance du docteur Fillon

 

En proposant de limiter les remboursements de l'assurance maladie aux maladies graves, François Fillon lance une véritable révolution. Le coûts des assurances complémentaires -mutuelles- augmenterait nécessairement

François Fillon et ses propositions sur l'assurance maladie. C'est LE sujet qui est monté ces derniers jours, celui aussi qui a fait le plus polémique lors du débat du 24 novembre entre les deux finalistes de la primaire. Il faut dire que François Fillon n'y va pas de main morte en affirmant vouloir « concentrer la sécurité sociale sur les risques principaux ». Très exactement, que dit le programme du député de Paris :

« Redéfinir les rôles respectifs de l'assurance publique et de l'assurance privée, en focalisant l'assurance maladie notamment sur les affections graves ou de longue durée ; le panier de soins « solidaire » ; et l'assurance complémentaire sur le reste : le panier de sons « individuel ». Le contenu de ces paniers de soins sera dynamique et pourra évoluer chaque année. Les moins favorisés ne pouvant accéder à l'assurance privé bénéficieront d'un régime spécial de couverture accrue ».

 Seules les pathologies graves seraient prises en charge

Concrètement donc, François Fillon propose de réserver la prise en charge par l'Assurance maladie aux seules pathologies lourdes et de longue durée, les autres soins relèveraient d'une assurance privée (mutuelle, assurance individuelle) à laquelle devraient souscrire les assurés.

A noter que le panier de soins « solidaire » serait revu chaque année, ce qui fera, par définition, bouger le panier de soins « individuel » et donc le montant des primes... Et il ne va pas être facile de définir ce qu'est une pathologie « grave ». Quid, par exemple, de la grippe pour les personnes âgés ? De l'angine pour les enfants ?

Le calcul contesté de Marisol Touraine

En revanche, la proposition Fillon est une excellente nouvelle pour les mutuelles et les sociétés d'assurance qui vont voir leur marché potentiel exploser. Avec le danger que les tarifs des complémentaires santé subissent une forte hausse, même si François Fillon propose d'instaurer une sorte d'encadrement. Pour la ministre de la Santé Marisol Touraine, la proposition Fillon va conduire à ce que « chaque foyer paiera en moyenne 3.200 euros de plus par an pour se soigner ». Comment est-elle parvenue à ce calcul ? En divisant le montant des dépenses d'assurance maladie, hors affections longue durée, soit 90 milliards d'euros, par le nombre de foyers fiscaux (28 millions), ce qui fait 3.214 euros. En fait, ce calcul est contesté et contestable, puisque certaines maladies graves continueraient d'être remboursées par l'assurance maladie. François Fillon parle donc de "déclaration mensongère et absurde".

La tendance indiquée par Marisol Touraine n'en reste pas moins réelle: mécaniquement, les prix des assurances complémentaires privées vont déraper, puisque les montants remboursés augmenteront. Cela accentuera la tendance à la non-assurance: déjà, beaucoup de personnes âgées renoncent à la complémentaire santé, dont le coût annuel frôle les 2.500 euros pour les seniors. Ceux-ci s'arrangent pour être couverts par le régime des Affections de Longue Durée (ALD), qui procure un remboursement à 100% des frais médicaux. Un régime théoriquement réservé à la pathologie lourde dont souffre le patient, mais il sert souvent, en réalité, au remboursement par la sécu de tous les soins.

Pour une famille avec deux enfants, le tarif moyen d'une mutuelle est de 1.100 euros par an. En moyenne, pour une complémentaire d'une qualité suffisante accordée à un salarié, le coût annuel dépasse les 700 euros annuels.

L'augmentation des prix dépendra bien sûr de la définition du "panier de soins solidaire" pris en charge par l'assurance maladie.

 

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Présidentielle : changez le programme !

 

La démocratie est soumise à des exigences contradictoires. Assurer dans le temps la cohérence de l'action et respecter les engagements pris au jour le jour devant les électeurs n'est pas la moindre. La succession et l'enchevêtrement des programmes est un indice de la difficulté, aggravée par le régime présidentiel.

Des programmes enchevêtrés et contradictoires

Pour gagner une élection, il faut un programme, de grandes affiches qui fassent rêver ou tout au moins plaisent au plus grand nombre. Sont omises les mesures qui fâchent, augmentation d'impôts, réduction des avantages acquis. Sont retenues les dispositions qui satisferont l'électorat visé, sanctionnant les méchants et récompensant les bons.

Le point de départ est le programme du parti inspiré, peu ou prou, par son idéologie et imposé à son candidat. En fait dans une élection présidentielle le prétendant a une marge de manœuvre et les experts en communication remplacent les militants. On peut même dire que dans les années 1980, ils ont pris le pouvoir, décidant de ce qui est vendable à l'opinion, sondages à l'appui. Nul besoin qu'ils aient des liens avec le parti de leur candidat, pourvu qu'ils trouvent le message ou l'image qui accroche. Dans les années 80, l'expert de Michel Rocard était un giscardien talentueux.

Si le parti entre dans l'ombre, les lobbys en sortent, par dizaines, des chasseurs ou pêcheurs à la ligne aux défenseurs des espèces menacées. Ils font des conférences de presse, lancent des appels et écrivent aux candidats. Les équipes bénévoles autour des candidats répondent à chaque lobby et font des promesses, accumulant les contradictions, puisque les intérêts de différents lobbys divergent. Si le lobby est puissant, les candidats intègrent dans leur discours public leurs revendications.

Mesures spectaculaires

La dynamique de campagne suscite souvent l'apparition de mesures spectaculaires absentes du programme initial et rarement étudiées. Ainsi est apparue la taxation à 75%, quasi confiscatoire, dans la campagne de François Hollande. A la fin du processus, l'électeur a vu défiler trois programmes, celui du parti, celui du candidat et celui de la campagne. Sait-il que cela aboutit à un ensemble inapplicable, méconnaissant les contraintes internationales et conjoncturelles, dépourvu de mode d'emploi et de calendrier ?

Les cyniques estiment que moins il y a de mesures moins le programme est mauvais. Ainsi, le programme de François Hollande serait moins mauvais que celui de François Mitterrand : 60 contre 110. De tous ces programmes, la majorité des électeurs n'a retenu que quelques mesures phares.

Peu d'hommes politiques ont échappé à la contradiction. Churchill a promis en 1940 du sang et des larmes, mais c'était la guerre et en 1945 il a été battu. Si Pierre-Mendès France ne s'est pas présenté à l'élection présidentielle, c'est pour une part parce qu'il ne voulait pas être pris par la surenchère liée à ce type de scrutin. Le cas de Jacques Delors est comparable. Raymond Barre a un peu résisté, même s'il avait promis cent mille crèches de trop, mais il n'a pas été élu. Les grands cyniques, comme Jacques Chirac ou François Mitterrand, sont parfaitement à l'aise dans le temps de l'élection et des promesses et vivent parfaitement la contradiction.

Pas de véritable programme de gouvernement

Après l'élection, il faut gouverner et pour gouverner, il faut un programme. Une mutation est nécessaire et, à ce moment charnière, la démocratie française fait moins bien que les autres. Alors qu'il faudrait se donner un peu de temps, en jouant- artificiellement- de l'effet de surprise et préparer les esprits au retour du réel, la précipitation l'emporte dans notre dispositif. Le Président, le jour de son entrée à l'Élysée, nomme un Premier ministre, qui le plus généralement n'a pas été préparé à sa mission. Dans les deux jours qui suivent, les ministres sont nommés à des postes qu'ils découvrent. Les jours suivants, sollicités par les médias, ils commencent à parler sur des sujets qu'ils ne maîtrisent pas. Bien évidemment, à aucun moment, le programme de gouvernement, pour le Premier ministre et chaque ministre, n'a été examiné, de façon bilatérale ou en équipe.

Nous sommes tellement habitués à ces pratiques aberrantes, qu'au cas où le processus dure un peu plus qu'à l'habitude les médias s'impatientent et parlent de crise. Connaissez- vous une organisation de la société civile qui en deux jours renouvellent tout son état- major, en modifiant son organigramme, et en s'abstenant d'expliciter son plan d'action ?

Une précipitation spécifique à la France

Cette précipitation est spécifique à la France. Dans les pays voisins, où il est vrai que les gouvernements de coalition sont fréquents, la mise au point du programme de gouvernement et sa composition prend plusieurs semaines, voire plusieurs mois (Pays-Bas) Et les programmes sont effectivement mis en œuvre.

Il existe un correctif, la déclaration du Premier ministre à l'Assemblée nationale, généralement suivie d'un vote de confiance, qui devrait expliciter l'action du gouvernement. Ce correctif a parfois été prometteur dans le passé. L'exemple le plus marquant est le discours sur la « nouvelle société » de Jacques Chaban-Delmas, qui offrait une vision et proposait une méthode (la contractualisation). Ce discours, préparé essentiellement par Simon Nora et Jacques Delors, n'avait été soumis ni au Président Jacques Pompidou ni à ses collaborateurs (Marie-France Garaud) Jacques Chaban-Delmas ne put résister longtemps à l'opposition larvée de L'Élysée et finit par démissionner. Depuis, les Premiers ministres sont devenus plus prudents et plus lénifiants. La tendance s'est accentuée avec le quinquennat et la centralisation du pouvoir à la Présidence. Quel souvenir a laissé la déclaration du premier « collaborateur » de Nicolas Sarkozy, François Fillon, et celle de Jean- Marc Ayrault ?

Les Primaires, nouvelle source de contradictions

 

 

La généralisation des Primaires devrait accroitre l'enchevêtrement et les contradictions, puisqu' un nouveau programme est présenté à l'électeur. Logiquement, il devrait être plus concis et cohérent puisqu'il s'adresse à un électorat plus limité et plus homogène. C'est compter sans la tactique suivie par les candidats pour accroître la participation électorale. Ainsi, Nicolas Sarkozy cherche à attirer les électeurs de Marine Le Pen aux primaires et Alain Juppé les électeurs de François Bayrou et les déçus de François Hollande...sans perdre les électeurs du parti républicain. Lors du premier tour de l'élection présidentielle, le recadrage de ces programmes est inévitable, la cible électorale et les candidats en présence ayant changé une différenciation.

De faibles chances de sortir du flou et de l'improvisation en 2017

Après les primaires, verra-t-on la cohérence et la méthode s'améliorer ? Plusieurs candidats annoncent que ce coup-ci leur programme de campagne sera leur programme de gouvernement et ils écrivent des livres pour le démontrer. Reconnaissons que l'effort de précision est manifeste, en particulier dans le domaine économique, social et financier. Constatons néanmoins que l'imprécision demeure sur la nature des économies budgétaires et sur la politique européenne définie en chambre sans dialogue préalable avec nos principaux partenaires.

Plus grave, dans le domaine sensible du terrorisme et de l'immigration, au moins un candidat propose des mesures à la fois irréalistes et provocantes, l'internement préalable systématique.

Au stade actuel, tous les candidats sont muets sur les pratiques et le calendrier de mise en place du gouvernement et de définition de son programme. Aucun n'envisage de pressentir dès le lendemain des primaires quelques personnalités pour se préparer à de grands postes ministériels et n'a précisé la structure gouvernementale qu'il retiendra. L'expérience montre pourtant que ce qui n'a pas été préparé avec précision avant la constitution du gouvernement est rarement mis en œuvre et que les meilleurs ministres sont ceux qui ont appris avant. Un de nos meilleurs ministres, celui de la Défense, était quasiment prêt.

Rappelons un précédent. Les grandes lois du Front populaire adoptées durant l'été 1936 avaient été préparées au sein de la SFIO par un groupe d'experts autour de Jules Moch. Certains de nos candidats s'engagent à écrire des projets de loi d'ici mai 2017. Espérons.

Réinvention du programme par Emmanuel Macron ?

Emmanuel Macron est le mieux placé pour réconcilier les électeurs avec les programmes, parce qu'il est nouveau, crédible, actuellement indépendant des partis et que... ses chances pour 2017 sont faibles. Il dit avoir beaucoup consulté sans tomber dans l'illusion de la démocratie participative. Il sait que ce n'est pas en faisant l'addition ou la synthèse des attentes de nos concitoyens que l'on aboutit à un programme pour les cinq ans à venir. Qu'il écoute, c'est bien, mais surtout, qu'il invente. Qu'il invente un nouveau type de programme : ni un inventaire détaillé de mesures, ni un énoncé irréaliste de tout ce qui sera fait dans le quinquennat ; un programme qui laisse de la place à l'environnement et l'imprévu, sources de contraintes et d' opportunités.

Ce qui est nécessaire, c'est une vision de la France dans le temps et dans l'espace, d'une France trouvant sa place dans la mondialisation et respectueuse des valeurs qui ont fondé la République, la liberté et la justice. Une France consciente des réalités, qui accepte le changement et soit ouverte aux autres.

Ce qui est nécessaire ce sont des orientations sur ce qui devra changer et sur ce qu'il faut conserver, à la fois lucides et positives.

Ce qui est nécessaire c'est une indication de la méthode de gouvernement, un partage explicite des rôles entre tous les acteurs, publics et privés et l'annonce d'un rendez-vous à mi-parcours.

Ce qui est nécessaire c'est une annonce de ce qui sera fait dans les six premiers mois (sans tomber dans le mythe des cent jours) et de quelques dispositions immédiates « simples et pratiques »

Bien sûr, les critiques dénonceront l'absence d'un « vrai programme » Il faudra du talent, la mobilisation des supporters et un appui de l'opinion pour faire accepter une approche réaliste et ambitieuse, respectueuse des citoyens, faisant appel à leur intelligence et à leur sensibilité.

Emmanuel Macron pourra alors dire qu'il a fait du neuf.

 

Pierre-Yves Cossé, ancien commissaire au Plan.

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