transport maritime : navigation à vue..

Publié le par ottolilienthal

Près de 2000 marins coincés sur des cargos après la faillite de leur armateur coréen

 

 

« Notre liberté et notre dignité nous sont enlevées alors que nous tanguons sans but sur la mer. » Rebecca Moss n'imaginait sans doute pas quel singulier voyage elle allait faire. Pour une résidence artistique, cette vidéaste britannique de 25 ans a embarqué il y a quelques semaines à bord du Hanjin Geneva, mastodonte des océans transportant 65 000 conteneurs entre Vancouver et Shanghaï. Comme 85 autres cargos tout autour du globe, le Hanjin Geneva attend au large du Japon que la situation se débloque.

 

L'armateur sud-coréen propriétaire du bâtiment, la Hanjin Shipping, a fait faillite le 5 septembre dernier. 85 cargos errent, avec 1500 à 2500 membres d'équipage à bord. Ils sont pour la plupart sud-Coréens, philippins, indonésiens, mais aussi polonais, allemands et pour quelques-uns américains. Les ports refusent de les accueillir, sachant que les frais de capitainerie et de manutention ne seront pas réglés par le 7e armateur mondial, en perdition.

 

Surtout, les 500 000 conteneurs contiennent, selon les estimations, 12 à 14 milliards de dollars de marchandise (10,7 à 12,5 milliards d'euros). Dans un mail au Guardian, la jeune artiste, qui prend avec philosophie cette attente, s'insurge en revanche de l'ironie de l'affaire : de grands marques comme LG et Samsung, dont la marchandise est bloquée dans les conteneurs, tentent de récupérer leurs biens. « Des multinationales qui sont bien contentes de nous laisser là pendant qu’ils sauvent ce qu’ils peuvent récupérer », dénonce Rebecca Moss. Le géant du smartphone, qui voit flotter 38 millions de dollars de téléphone qu'il comptait écouler pour Thanksgiving, le grand jour des soldes Black Friday et les fêtes de fin d'année, a intenté mardi dernier une action devant la Cour des faillites des États-Unis, basée à Newark (New Jersey). Par ce biais, Hanjin Shipping a obtenu une décision provisoire qui protège ses actifs aux États-Unis - ou dans les eaux territoriales américaines - des créanciers et des saisies, en attendant que la Korean Airlines, son principal actionnaire, se décide à lancer un véritable plan de sauvetage. Samsung pourrait donc récupérer sa marchandise, à condition qu'elle arrive à quai.

 

Faute d'y parvenir, la firme assure qu'elle devra organiser des livraisons par avion, notamment de pièces détachées pour ses services après-vente. Samsung a calculé qu'il lui faudrait affréter seize avions pour 1470 tonnes de marchandises, soit un surcoût de 8,8 millions de dollars (7,8 millions d'euros). Surcoût qui se répercutera immanquablement sur les consommateurs.

 

Samedi, la Korean airlines a versé à l’armateur une caution de 55 millions de dollars (49,3 millions d’euros), qui s'ajoutent aux 36 millions versés en début de semaine pour permettre de décharger des cargaisons. Mais c'est très insuffisant : les médias sud-coréens estiment qu'il faudrait 543 millions de dollars (486,6 millions d’euros) pour décharger toutes les cargaisons.

 

En attendant, les marins patientent à bord, en espérant ne pas devoir trop vite rationner la nourriture.

leparisien.fr

1 000 cargos à la ferraille.. car on croule sous les surcapacités !

 

source WSJ à propos du dynamisme de ce secteur :

 

« Jusqu’à il y a un an, l’industrie maritime commandait des navires en masse. Cette année, les commandes de nouveaux navires ont chuté à un niveau record et les entreprises ne peuvent pas se débarrasser des navires assez vite.

Environ 1 000 navires qui ont la capacité combinée pour transporter 52 millions de tonnes métriques de fret seront traînés sur les plages, coupés en morceaux et vendus pour la ferraille.

Les plus grandes compagnies ont jusqu’à 30 % de surcapacité et les prix du fret sont tombés tellement bas qu’ils couvrent à peine les coûts du carburant.

« Compte tenu de l’énorme surcapacité, il faudra beaucoup plus de recyclage et au moins deux à trois ans d’absence de croissance de la capacité pour voir un certain équilibre entre l’offre et la demande », a déclaré Basil Karatzas, directeur général basé à New York de Karatzas Marine Advisors Co.

Sur la ligne de référence Asie vers Europe, les tarifs d’expédition sont à une moyenne de 575 $ par conteneur cette année, comparativement à 620 $ l’an dernier et 1 165 $ en 2014. Tout prix en dessous de 1 400 $ est insoutenable, disent les opérateurs. »

La croissance ? Quelle croissance ?

Le problème de la surcapacité a été exacerbé par le ralentissement en Chine et une croissance anémique en Europe. L’ an dernier, les importations chinoises de l’Union européenne ont chuté de près de 14 % ; les exportations chinoises vers l’ Europe ont diminué de 3 % sur la période. Au premier trimestre de cette année, les importations chinoises en provenance de l’UE ont chuté de 7 % par rapport à un an plus tôt.

Cela a considérablement affecté le trafic de conteneurs. L’année dernière, quelque 100 « croisières » (NDLR trajet de cargos) Asie à Europe ont été annulées. Ce qui équivalait à 10 % du trafic qui déplace 98 % des produits manufacturés dans le monde, y compris l’électronique, des articles ménagers, des chaussures, des vêtements et de la nourriture.

 

Un effondrement du prix… de la ferraille !

Il y a deux ans, en Inde, au Pakistan et au Bangladesh, on payait environ 460 $ par tonne d’acier recyclé. L’an dernier, c’était 300 $ et aujourd’hui c’est à peu près 250 $ selon les armateurs.

Voilà pour le tableau concernant le fret maritime qui est le sang « logistique » irriguant l’économie mondiale.

Quand il n’y a rien à transporter, c’est qu’il n’y a plus de flux économiques et plus de production. Quand il n’y a pas de flux, il n’y a pas de croissance. C’est aussi simple que cela.

Quand les besoins en transport diminuent, cela veut même dire que nous sommes en récession.

Alors certes, il faut pondérer cela de la mise en service des super gros porte-containers qui permettent de faire baisser le coût par « boîte » et il est donc logique que l’on détruise les vieux bateaux non-rentables, mais ce phénomène n’explique pas tout.

Il n’y a tout simplement aucune dynamique économique. Le problème c’est que tout le monde dit qu’il y a de la croissance, alors que les faits montrent l’inverse.

Attention donc à cet énorme mensonge, car cela va finir par se voir, en particulier en Chine…

 

Charles SANNAT

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