Des pesticides dans les mueslis ? Mais arrêtons le délire !

Publié le par ottolilienthal

 

Avant de sonner l'alerte, il faut faire la différence entre la communication militante et souvent alarmiste des ONG et les véritables études scientifiques.

 

 

L'affaire des perturbateurs endocriniens et du muesli montre bien la disparition de la hiérarchisation des informations. C'est en particulier en France et en Suède qu'elle a pris la dimension la plus importante. Cela n'est pas étonnant compte tenu du fait qu'à la fois la droite et la gauche surenchérissent sur les angoisses écologiques.

D'abord, la qualification de « perturbateurs endocriniens » est une notion qui n'est pas admise par l'ensemble des scientifiques. Ensuite, l'étude citée par l'ONG pour appuyer sa communication, censée rapporter un effet amplificateur des pesticides entre eux, a été retirée de la revue qui l'avait publiée pour tricherie scientifique (Steven Arnold, Science, 2000). Par ailleurs, un panel scientifique américain (J. Keiser, Science, 2005) n'a trouvé aucune évidence de lien entre une surexposition massive aux phtalates et une malformation infantile (Schuman : Environmental Health Pespectives). La plupart des travaux scientifiques rapportant un effet délétère de faibles doses de pesticides ou des OGM ont été démentis ou rétractés. En revanche, les champignons qui prolifèrent sur les céréales non traitées peuvent produire de l'aflatoxine, une molécule vraiment cancérigène identifiée depuis soixante ans !

Seuil de toxicité

 

Un problème majeur concernant la toxicité d'une substance est que l'on est incapable de définir un seuil de toxicité, on sait seulement que plus les niveaux sont bas, moins la toxicité est avérée. Mais, avec les nanotechnologies, les capacités de détection sont devenues telles que l'on peut maintenant détecter des nanogrammes (un millionième de grammes) de n'importe quelle substance. Bien entendu, l'effet toxique, à ce niveau, est ridicule, et c'est uniquement au nom du principe de précaution que l'on interdit la substance.

Le vrai scandale qu'aurait pu soulever la presse est le lobbying de l'agroalimentaire qui cherche à nous faire croire que ses céréales raffinées, sucrées et très caloriques sont bonnes pour la santé. Au lieu de cela, le martelage sur les « mueslis aux pesticides » depuis quelques jours amène une partie de la population à penser qu'elle est en danger en mangeant ses céréales ! Il est important, déontologiquement, que la presse, en particulier celle spécialisée dans l'information médicale, fasse la différence entre la communication des ONG – ici, une association écologiste sort des résultats que personne ne connaît ni ne peut vérifier et qui n'ont fait l'objet d'aucune publication scientifique – et la communication des chercheurs dont on peut analyser les résultats et qui ne se fait qu'après avoir publié dans des journaux d'un certain niveau.

Récemment, cent Prix Nobel ont publiquement protesté contre la délirante campagne anti-OGM de Greenpeace. La confusion des genres entre les alertes alimentant des peurs irrationnelles et l'alerte fondée sur des preuves scientifiques est dangereuse. Pour tout le monde.

 

 

Le professeur Didier Raoult est spécialiste des maladies infectieuses tropicales émergentes à la faculté de médecine de Marseille.

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