Jean Marc Jancovici

Publié le par ottolilienthal

"A la suite de la réunion organisée par Emmanuel Macron à l'Elysée, votre serviteur a fait un très bref compte rendu au micro de France Info.

Cette réunion a évidemment une arrière pensée électorale. Mais en démocratie, il n'y a rien d'anormal à cela : s'il y a une démocratie il y a des élections, et s'il y a des élections les personnes qui candidatent cherchent à se faire remarquer sur des points positifs, c'est la règle du jeu. Du point de vue du dirigeant d'association que je suis, toutes les opportunités sont bonnes à prendre, et il faut les saisir quand elles se présentent.

Cette réunion n'avais pas d'ordre du jour communiqué à l'avance (l'invitation disait que le président voulait "échanger"). A chaque participant(e) - nous étions une dizaine - revenait donc le choix de son terrain de jeu et de son angle d'approche, sachant que notre interlocuteur du jour ne nous a pas fait de long discours - ce qui est plutôt une bonne chose puisque cela laisse plus de temps pour les développements des personnes invitées.

Pour ma part j'ai donc choisi de faire des suggestions un peu concrètes, après avoir rappelé deux fois le chiffre 5 :
- il n'y aura que 5 mandats présidentiels pleins avant 2050 (à supposer que l'on soit toujours en démocratie en 2042...)
- il faut baisser l'empreinte carbone de la France de 5% par an soit 25% sur le prochain mandat.

En début de quinquennat, la question se pose de savoir si il faut porter des revendications qui concernent plutôt la manière de travailler, ou plutôt des mesures sectorielles précises.

C'est la première option qui a été la mienne. Cette "manière de travailler" conditionne les bonnes décisions et leur mise en oeuvre par le monde politique et l'administration. Elle doit impérativement s'améliorer sur plusieurs points :


- la transversalité au sein de l'action gouvernementale (la question climatique est une question transverse) -> modalités de gestion de la "planification écologique" par le premier ministre.
- la formation des gens qui devront faire. Parlant au premier magistrat j'ai donc parlé de la formation des fonctionnaires en exercice aux enjeux énergie climat
- la compréhension de la "distance au problème" par les entreprises : j'ai donc parlé des obligations de comptabilité carbone pour ces dernières.

Notre interlocuteur du jour nous a affirmé que son intention était d'avancer rapidement à court terme (ce qu'il peut faire par décrets ou circulaires sur des domaines - comme par exemple la formation des fonctionnaires - qui ne demandent même pas un passage au Parlement). On ne va donc pas tarder à savoir ce qu'il en est !"
https://twitter.com/franceinfo/status/1522091064148041728
(posté par Joëlle Leconte)

Jean-Marc Jancovici : « Beaucoup de gens sous-estiment l’ampleur des efforts à faire pour décarboner »

Cet ingénieur et consultant, président du groupe de réflexion The Shift Project, propose un plan pour réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre dans tous les secteurs d’activité.

Propos recueillis par Perrine Mouterde et Nabil Wakim

Jean-Marc Jancovici, ingénieur et consultant, préside le groupe de réflexion The Shift Project, qui publie Climat, crises. Le plan de transformation de l’économie française (Odile Jacob, 256 pages, 11,90 euros), fruit d’un travail de deux ans pour dessiner les contours d’une France décarbonée. L’objectif affiché est de réduire de 5 % par an les émissions de gaz à effet de serre, au moyen d’une quasi-disparition des énergies fossiles et d’une forte sobriété dans les usages.

Pourquoi pensez-vous qu’il faille un plan pour transformer l’économie ?

Ce qui organise le monde aujourd’hui, ce sont des infrastructures et des capacités de production qui sont l’aboutissement de plusieurs siècles d’accumulation et qui ont des durées de vie très longues. Pour changer un réseau de transport ou d’électricité, il faut environ un siècle. Pour modifier l’urbanisme à large échelle, il faut plusieurs siècles. Le paysage agricole, il faut au minimum deux générations.

Donc si on veut changer ce système, si on veut garder la plus grande part possible de ce que les combustibles fossiles nous ont offert tout en supprimant ces sources d’énergie, on a besoin de voir loin et de faire les choses avec méthode. Sinon, soit on déstabilise tout le système, soit on ne fait rien parce qu’on craint de déstabiliser tout le système. Et faire les choses avec méthode, ça s’appelle planifier.

Mais qui doit bâtir ce plan ?

La seule manière d’avoir un plan qui survive aux alternances politiques, c’est qu’il y ait un consensus très fort des électeurs et de la société civile, qui transcende le responsable du moment. Aujourd’hui, par exemple, pas un seul candidat à l’élection présidentielle ne propose de supprimer la sécurité sociale, parce que les Français y sont viscéralement attachés. Il faut en arriver au même niveau de consensus pour la décarbonation, ce qui implique que ce plan soit forgé avec les acteurs qui devront le mettre en œuvre.

L’idée d’atteindre la neutralité carbone ne fait-elle pas déjà consensus ? La France, l’Union européenne et la plupart des Etats s’y sont engagés…

Il y a un consensus parce que beaucoup de gens n’ont pas vraiment compris l’ampleur du problème climatique, son côté systémique et le fait qu’il n’y a pas d’échappatoire. Ils sous-estiment cruellement « le sang et les larmes » qu’il faudra pour parvenir à la neutralité carbone. De nombreux acteurs, y compris dans le milieu économique, considèrent que c’est un objectif qui peut être atteint en conservant un monde essentiellement inchangé.

Au contraire, quand les gens réalisent à quel point cela demande de tout modifier, certains commencent à se dire que, finalement, le réchauffement climatique de 2 °C, ce n’est peut-être pas si grave… Donc il y a un consensus d’affichage, mais pas sur l’action que cela implique ni sur son ampleur.

Vous utilisez beaucoup la notion de « sobriété » dans le plan. Cela veut-il dire décroissance ?

Comment avons-nous travaillé autour de cette idée ? Nous avons utilisé la même méthode pour tous les secteurs que nous avons étudiés. Nous sommes partis des flux physiques et nous avons regardé à quelle vitesse maximale nous pouvions déployer tout ce qui est du ressort de l’amélioration technique afin de décarboner. Sans faire de pari sur des technologies de rupture qui n’existeraient pas encore à l’état de prototype : nous ne misons que sur des techniques déjà déployées ou déployables dans les trente ans à venir.

Une fois qu’on a fait cela, qu’on a poussé au maximum les améliorations technologiques, on se rend compte qu’en général, ça ne suffit pas pour atteindre la neutralité carbone dans la deuxième moitié du siècle. Il faut donc avoir recours à la sobriété. Par exemple, si on arrive à décarboner la production de 1 tonne de ciment de 70 % alors qu’il faudrait la décarboner de 80 %, les 10 % qui restent, on fait ça par la sobriété. Ce qui veut dire qu’il faudra produire moins de ciment.

Est-ce que cela implique un changement de modèle économique ?

Il faut probablement concilier sobriété et capitalisme. Pour moi, le capitalisme, c’est accepter la propriété privée des moyens de production et la propriété privée du patrimoine. Cela étant, la bonne question, c’est : « Où met-on le curseur entre ce qui relève de la collectivité et qui contraint, et ce qui relève du privé et où l’on fait ce qu’on veut ? »

Mais comment convaincre les Français d’accepter des contraintes nouvelles ?

La planification a un avantage, c’est qu’elle sécurise, et un inconvénient, c’est qu’elle contraint. Aujourd’hui, on a plus de liberté à court terme mais aussi plus d’incertitudes pour l’avenir. Collectivement, nous avons intérêt à évoluer vers un système dans lequel on a un peu plus d’efforts à faire à court terme et beaucoup plus de sécurité à moyen terme.

Par exemple, la France a mis en œuvre un plan pour lutter contre le tabagisme ; nous nous sommes imposés des restrictions sur la consommation de tabac avec l’assentiment de la majorité de la population, dont une large partie des fumeurs. Ou pour prendre un autre exemple, je ne pense pas qu’une majorité de Français considèrent illégitime d’avoir des limitations de vitesse sur la route.

Vous abordez le sujet du modèle agricole, en prévoyant la nécessaire création de centaines de milliers d’emplois alors que le secteur peine à recruter…

Le premier niveau de la réflexion, c’est d’admettre que pour faire baisser les émissions de 5 % par an, il faut redonner une place centrale à l’agriculture. Ensuite, il faut s’interroger sur ce qui peut donner envie à des centaines de milliers de personnes de se tourner vers le monde agricole, comment on les paye, etc. Un système agroalimentaire plus respectueux de l’environnement est un système dans lequel il y a plus de transformation et de valeur ajoutée près de l’exploitation. Donc, ça veut dire plus de monde – environ 1 % de la population française doit y aller –, ce qui est par ailleurs cohérent avec le fait qu’il faut faire dégonfler les villes.

L’équation pour le consommateur final va aussi changer. Ce qui permet aux prix des aliments d’être bas aujourd’hui, c’est le pétrole, le gaz et le charbon ! Ce qui veut dire que dans un monde moins doté énergétiquement, les prix de l’alimentation vont augmenter : nous consacrerons plus d’argent à l’alimentation, et nous achèterons moins souvent des téléphones ou des ordinateurs.

A l’inverse, vous projetez des centaines de milliers de suppressions d’emplois dans l’automobile…

On a essayé de regarder dans le détail ce que voulait dire cette transformation en termes de déplacements d’emplois. Non pas combien ça coûte, mais combien de personnes sont concernées. La logique est « physique » : dans un monde où il y a deux fois moins de voitures, il faut deux fois moins d’ouvriers dans le secteur, deux fois moins de mécaniciens, etc. A l’inverse, la pratique du vélo va se développer fortement, donc il va falloir créer des emplois dans la fabrication en France, mais aussi dans la distribution et la maintenance de cycles.

Sur cette question-là, comme sur d’autres, nous ne prétendons pas fournir une proposition opérationnelle aboutie. Mais nous souhaitons donner un cadre aux discussions : comment rendre attractifs certains secteurs, comment envisager les reconversions et la formation professionnelle nécessaires ?

Quelles sont les mesures qui peuvent être engagées avec un bénéfice rapide sur la baisse des émissions de gaz à effet de serre ?

On peut très rapidement favoriser les déplacements à vélo, la rénovation massive des bâtiments ou relancer la construction de centrales d’électricité bas carbone pilotable – c’est ce que vient de faire le président Emmanuel Macron en annonçant la construction future de plusieurs réacteurs nucléaires. On peut également inventer des modalités de protection de nos productions agricoles, pour mieux rémunérer les agriculteurs qui respectent un cahier des charges particulier.

Dans la campagne présidentielle, le sujet de la trajectoire à adopter face au défi climatique est assez peu présent…

On peut même dire qu’il est absent. Nous avons envoyé aux candidats une demande : nous écrire un texte pour expliquer en quelques pages comment ils comptent réduire les émissions de gaz à effet de serre, quels sont leur stratégie et leur plan d’action. Nous publierons leurs réponses en mars, assorties de nos commentaires.

Perrine Mouterde et Nabil Wakim

(posté par J-Pierre Dieterlen)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/503558151127739

Commentaire de Jean-Marc Jancovici au sujet de la rupture de stock de sa BD avec Christophe Blain “Le monde sans fin”

 

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/469892784494276

Jean-Marc Jancovici sur LinkedIn : "Depuis hier, j'ai un nouvel employeur, qui a la particularité d'être à temps très partiel, et... de ne pas me payer (!), à savoir RTL, qui m'a proposé de diffuser une chronique hebdomadaire intitulée "C'est notre planète" dans la matinale du Samedi matin. L'enregistrement de la première édition, qui portait sur le rapport du GIEC publié cet été, est disponible ici : https://lnkd.in/d6EEGJh7

Bien évidemment, je ne me lève pas à 6h du matin le Samedi pour faire cela. Comme beaucoup de chroniques des matinales, c'est enregistré à l'avance, et je ferai même cela par paquets de 3 ou 4 chroniques, pour ne pas avoir à aller trop souvent dans les locaux de la radio, où il faut être présent pour l'enregistrement. Le sujet que je traite n'a pas que peu besoin d'une réaction au buzz de la veille.

3 minutes une fois par semaine, c'est à la fois ridicule (0,03% du temps d'antenne hebdomadaire) et "significatif" dans une matinale, où il est rare qu'un invité, fût-il ministre, dispose de beaucoup plus de 10 minutes de temps de parole. Donc on tente l'expérience, et on verra bien ce que cela donne.

Même si RTL est une des radios les plus écoutées de notre pays (la matinale week-end revendique un pic un peu en dessous de 2 millions d'auditeurs), ca ne fera qu'un peu moins de 3% de la population. Et surtout l'audience de la radio n'est pas toute jeune (moyenne d'âge pas loin de 60 ans), donc peu "plastique" et ayant du mal à changer ses habitudes. Avant de dire oui, je me suis donc demandé si ca allait servir à quelque chose.

Dans les arguments "pour", j'ai retenu :
- que les gens qui votent sont aussi âgés (l'abstention des jeunes devient record),
- que les propriétaires de logements sont plus âgés que la moyenne (or ce sont notamment eux qui doivent payer pour la décarbonation des bâtiments).
- que RTL ne cherche pas avant tout à me faire plaisir mais avant tout à intéresser son audience, et donc cette demande signifie nécessairement que l'audience en question a une préoccupation qui augmente pour la question environnementale,
- enfin que le monde politique surveille de près ce qui se raconte dans les media.

L'expérience dira si ca sert à quelque chose !"

Pour en savoir plus sur le dernier rapport du GIEC :
👉Pour les anglophones, les 42 pages du Executime Summary (38 en réalité) en valent la peine (ou le plaisir, d'ailleurs !) : https://www.ipcc.ch/…/wg1/downl…/report/IPCC_AR6_WGI_SPM.pdf
👉 Pour les autres, nous espérons que cette synthèse vulgarisée réalisée par les Shifters (https://bit.ly/3tf23Ue) vous motive à lire la future traduction française du résumé

(par Jean-Noël Geist)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/400302178120004

Jean-Marc Jancovici a donné une conférence « Energie et climat : les ( très, très, très, très ) grands défis du XXIème siècle » le mardi 18 octobre 2016 à Jussieu (Paris).  Dans un contexte de situation environnementale alarmante, et d’un ralentissement généralisé de l’économie dans l’OCDE, quel projet de société peut inspirer les ingénieur(e)s et chercheurs(ses) de demain ? Pour répondre à cette question l’Association du Master Science pour l’Ingénieur (AMSPI) a invité un an après la COP 21, Jean-Marc Jancovici, un des experts français les plus réputés dans le domaine du climat et de l’énergie.

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