Nos vrais ancêtres sont multiples et introuvables

Publié le par ottolilienthal

Généticiens et historiens qui se penchent sur nos origines doivent remonter à 3 500 ans pour trouver des ancêtres communs à une majorité de Français. Depuis les Gaulois, les brassages de populations multiplient la diversité de nos origines.

 

L’inventeur de nos ancêtres les Gaulois porte un nom : Ernest Lavisse. En 1870, 150 ans avant que Nicolas Sarkozy en campagne électorale réveille nos origines gauloises, cet auteur du manuel d’histoire pour les instituteurs écrit à la première page : « Autrefois, notre pays s’appelait la Gaule et ses habitants, les Gaulois ».

Pendant près de 100 ans, les écoliers de France et des colonies ont donc découvert leur ancêtre moustachu, querelleur, frondeur et ripailleur sous les traits du perdant magnifique Vercingétorix, aujourd’hui disparu des manuels d’histoire. Les mots béret, banquet, grève entre 200 autres ont bien été empruntés à la langue gauloise. De jolis clins d’œil aux clichés sur le caractère français. Mais pour la descendance, c’est une autre histoire.

« Le problème, c’est qu’on a occulté le récit véridique de notre histoire, beaucoup plus multiculturel et multiethnique. En 1870, le Gaulois permettait aux fondateurs de la République de garantir l’unité et l’indivisibilité nationale », constate l’historienne Suzanne Citron. Il faut donc distinguer une conception politique de l’histoire de la réalité ethnique.

Dans leur atlas des immigrations en France, Pascal Blanchard, Hadrien Dubucs et Yvan Gastaut démontrent que la France s’est construite par 96 vagues successives d’immigration après la Gaule. Romains et Grecs à la fin de l’Antiquité puis Germains, Celtes en Bretagne, Vikings en Normandie au début du Moyen Âge attirés par la richesse de ses sols et sa situation privilégiée ont dilué l’origine gauloise. De 1200 à 1789, les troupes armées et les mercenaires qui s’installent en France au fil des guerres ajoutent de nouvelles origines. Plus grand monde n’a des ancêtres gaulois parmi les 38 millions de Français de 1918.

Le XXe siècle accélère ce brassage avec une dominante méditerranéenne. Ainsi, la population française d’ascendance italienne est estimée à 4 millions de personnes, soit environ 6 %. Proportion trois fois plus élevée en Paca, Lorraine, deux fois plus en Rhône-Alpes, Alsace, Gascogne.

Les Espagnols étaient déjà 254 000 avant la « retirada », l’exil des républicains. Un demi-million de réfugiés se sont établis en France en 1939 puis autant par émigration économique entre 1956 et 1975 : 4,8 % de la population actuelle. Pour les Portugais, le chiffre est plus précis : la France compte 1 522 000 Portugais ou Franco- Portugais de trois générations.

Un autre pays européen a atteint le million d’exilés au siècle précédent : 700 000 Polonais ont choisi la France entre les deux guerres, 200 000 avant et après. Les migrations plus récentes de la rive sud de la Méditerranée sont aussi chiffrées : 1,1 million de ressortissants du Maghreb actuellement, trois fois plus sur trois générations. Quant aux Africains et Afro-Français des Dom ou en métropole, ils représentent 4 % de la population. Enfin, 500 000 Arméniens et autant d’Asiatiques se sont établis en France en 100 ans. Il faudrait un annuaire pour connaître tous nos ancêtres.

La génétique peut aider à déterminer les origines géographiques et ethniques d’une personne avec un simple test ADN. Mais les entreprises américaines spécialisées qui le proposent, moyennant 300 dollars le test, avertissent qu’il existe une marge d’erreur importante malgré leurs bases de données génétiques colossales et leur capacité à décortiquer 500 000 points de génome. En fait, selon le Human Genome diversity center de Houston, ce test fonctionne pour des Afro-Américains ou Antillais, la déportation étant récente et le brassage ethnique ayant été moins fort en Afrique.

Pour des Européens de l’ouest et plus encore pour les Français la conclusion est large : avant 3 500 ans, pas d’ancêtre commun. Chacun a des ancêtres vikings et romains et descend à des degrés divers de Gengis Khan ou de Charlemagne. Cela fait beaucoup de croisements.

Pascal Jalabert

« Il faut rétablir la chronologie, le récit et l’équilibre entre les aspects positifs et négatifs de l’histoire de France. En renonçant à ces trois piliers, l’histoire perd sa capacité à intégrer et les conséquences sont dramatiques dans les banlieues. L’écrivain Romain Gary disait : « Je n’ai pas une goutte de sang français mais la France coule dans mes veines car je connais son Histoire, son hymne ». Le retour au récit, construit, cohérent avec force détails et non pas à un roman national comme au XIXe siècle permet d’entrer dans la complexité et de transmettre un héritage à nos enfants. Ce récit qui apprend à aimer la patrie a permis d’intégrer les populations les plus diverses et les plus variées à notre pays, y compris les Maghrébins de la première génération à qui l’on ne donne hélas pas assez la parole alors que ce sont de vrais patriotes. »

« L’enseignement systématiquement culpabilisant de l’histoire renforce une haine de la France. Quand on enseigne la colonisation de l’Algérie, il n’est pas question de nier les exactions et l’exploitation de la main-d’œuvre, mais pourquoi occulter l’œuvre éducative, sanitaire qui a permis d’éradiquer les épidémies, les 5 000 km de voies ferrées et 50 000 km de routes construits ? Pourquoi la loi Taubira de 2001 limite-t-elle l’esclavage à l’aspect transatlantique et occulte-t-elle l’esclavage des blancs en Orient, l’esclavage interafricain ? Trop de haine, de détestation de la France est distillée entre les lignes de certains manuels. L’histoire sert à donner confiance en l’avenir. C’est l’institutrice de la vie. Et ces maudits nouveaux programmes de collège réduisent son enseignement de trente minutes en troisième. »

« Il faut réhumaniser l’histoire. Ce sont les hommes et les femmes qui font l’histoire, par leurs décisions, par leurs réformes, pas les faits économiques et sociaux. D’ailleurs, depuis trente ans si la France est sclérosée, c’est que la réélection des gens au pouvoir passe avant la réforme. Des inspecteurs généraux interdisent Jeanne d’Arc parce que c’est l’égérie du FN et une sainte catholique. C’est aussi la femme française émancipée, comme Madame de Pompadour en politique ou Marie Curie pour la science. On s’aperçoit d’ailleurs depuis Clovis que ce sont aussi des immigrés qui ont fait la France. »

(*) Auteur de Désintégration française (JC Lattès) et Ce que nos enfants devraient apprendre à l’école (La Martinière).

Propos recueillis par P. J.

Une fiction sans caractère scientifique : voilà comment les historiens qualifient la formule « nos ancêtres les Gaulois ». Mais si les Français sont passionnés par l’histoire plus que par toute autre discipline, c’est grâce aux récits épiques et aux héros plus ou moins fabriqués par les manuels d’histoire. Faut-il enseigner une science ou raconter l’histoire aux écoliers ?

Pour la ministre de l’Éducation, Najat Vallaud-Belkacem, « l’enseignement de l’histoire ne doit pas répondre à une quelconque velléité de présenter un roman parfait et séduisant aux enfants. Il doit faire preuve de rigueur, d’exigence, de souci de vérité. Il doit être alimenté, étayé par les travaux des chercheurs, des historiens. C’est l’enseignement de la vérité de notre pays avec ses périodes de gloire et ses zones sombres : il est utile de savoir pourquoi notre pays a colonisé puis décolonisé ». Lors des rendez-vous de l’histoire à Blois, la ministre a estimé que c’est « en apprenant à connaître aussi les zones d’ombre que nos élèves sentiront totalement ce qu’est devenue la France républicaine ».

À droite, François Fillon, candidat à la primaire, a proposé de revoir l’enseignement de l’histoire à l’école primaire : « Les maîtres ne doivent plus être obligés d’apprendre aux enfants à comprendre que le passé est source d’interrogations. Si je suis élu président de la République, je demanderai à trois académiciens de s’entourer des meilleurs avis pour réécrire les programmes d’histoire avec l’idée de les concevoir comme un récit national ». Le cours d’histoire serait donc une affaire politique. Un débat de plus pour la présidentielle.

Des deux côtés des Pyrénées, la population du Pays basque est la plus étudiée en Europe par les généticiens désarçonnés depuis le XIXe siècle par l’omniprésence du rhésus négatif chez les natifs de ce recoin pyrénéen par rapport aux autres Européens. Voilà encore vingt ans, cette particularité sanguine et l’étrangeté d’une langue sans racines celtes ni latines laissaient accroire que les Basques descendaient des Vascons qui avaient humilié Charlemagne à Roncevaux. Depuis la préhistoire, les Basques reclus dans leurs vallées se seraient peu mélangés aux peuples successifs colonisant la France et l’Espagne. Eux au moins connaîtraient leurs ancêtres avec certitude ? Pas forcément. Une étude en 2009 de l’ADN mitochondrial (celui de la mère) sur les Basques dont la lignée n’a pas quitté le pays depuis deux siècles, trouve 144 marqueurs sur 300 communs aux Français, Espagnols et Nord-Africains. Les ancêtres des Basques, des autres Espagnols, des Français, des Arabes vivaient sans doute au Moyen-Orient il y a 25 000 ans. Bref, à échelle de 25 000 ans, nous serions tous cousins. Mais si l’on se contente de remonter à Charlemagne, c’est en effet avec les Basques que les autres Français sont sans doute génétiquement le moins apparentés.

Une invention des Romains pour désigner le territoire englobant la multitude des tribus au nord de la péninsule italienne et à l’ouest du Rhin. Parmi les plus connues : Allobroges, Helvètes, Tricastins, Ambiens, Burgondes, Ruthènes, Séquanes, Arvernes, Bellovaques.

Les Capétiens, à partir du XIIIe siècle, décrètent que le prince Francion et quelques compagnons qui ont échappé aux flammes de Troie face à Ulysse viennent en Europe fonder le peuple franc. Et finissent par s’établir en France.

L’ancien régime commence à les réhabiliter sous Louis XV.

Mais c’est Guizot, sous Louis-Philippe puis Napoléon III, qui font renaître Vercingétorix : l’empereur inaugure en Côte-d’Or la statue de Vercingétorix sur le site d’Alésia.

La troisième République introduit à la première page du manuel d’histoire nos ancêtres les Gaulois.

200 C’est le nombre approximatif de mots hérités de la langue gauloise dans le dictionnaire (hors noms propres). Beaucoup commencent par b, comme barque, béret, blaireau, borne, brochet, braguette, budget. Citons aussi ambassade, ardoise, chaîne, chemin, charpente, grève, mouton, roche, slogan, truand.

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