Trump, un Donald entouré de Picsous

Publié le par ottolilienthal

La victoire de Donald Trump, un Brexit américain

Longtemps, les médias l’ont pris pour un clown. Et se sont gaussés de ses pitreries, synonymes de buzz et d’audience. Mais lorsque les journaux et chaînes de télévision se sont réveillés, il était déjà trop tard : la fusée Trump avait déjà décollé. Laissant sur place les Jeb Bush et autres rivaux républicains. Le bouffon s’est transformé en démon de la politique américaine, qu’il fallait à tout prix immobiliser.

Depuis le début de l’automne, les révélations se sont succédé sur ses frasques sexuelles ou ses fraudes fiscales. Rien n’y a fait : Donald Trump a su trouver les mots et les tweets pour convaincre un peuple en colère de voter pour lui. Sa campagne, jamais dans la finesse, a été redoutablement efficace. Faisant exploser les unes après les autres les digues démocrates. Il fallait voir, cette nuit du 8 novembre, les visages atterrés du clan Clinton, dépassé par un phénomène que l’ex-First Lady n’a jamais su analyser. Or loin d’être le fruit du hasard, la victoire de Donald Trump sonne comme la réponse populiste au malaise profond de la société américaine. Un malaise soigneusement dissimulé par une croissance économique correcte et un taux de chômage inférieur à 5 %.

Mais les fractures béantes créées par la mondialisation, les trouées dans le tissu industriel du pays, l’héritage jamais soldé de la récession de 2008 ont été les puissants ressorts du ressentiment populaire. Une colère sourde, comparable à celle qui s’est exprimée en juin en Grande-Bretagne : avant de dire oui à Donald Trump, l’Amérique a surtout dit non à Hillary Clinton. Et c’est avec cette Amérique récalcitrante que le reste du monde, consterné, va devoir composer.

Eric Chol

"Trump pourrait déclencher une nouvelle crise mondiale"

 

Thomas Wright,  chercheur au think tank américain Brookings Institution, revient sur les dangers possibles de la politique étrangère de Donald Trump. S’il tente de mettre en œuvre sa vision du monde, il pourrait signer la fin désordonnée de l'ère américaine.

 

Tribune de Thomas Wright chercheur au think tank américain Brookings Institution, sur les dangers possibles de la politique étrangère de Donald Trump

Sur la politique étrangère, Donald Trump est beaucoup plus cohérent et idéologique que les gens ne le pensent. Opposé aux alliances stratégiques traditionnelles de l'Amérique, opposé à l'économie mondiale ouverte, pro-autoritaire et pro-russe, il n’a pas de raison de modérer ses vues une fois au pouvoir. Nous ne devrions en effet pas attendre d’un homme de 70 ans qui s’est accroché à ses croyances pendant trois décennies qu’il les abandonne au moment où il se sent complètement légitimé et acquiert des niveaux impressionnants de pouvoir. Nous ne devrions pas écarter la possibilité qu'il gouverne comme il a fait campagne.

S’il tente de mettre en œuvre sa vision du monde, il pourrait donc déclencher une nouvelle crise mondiale. Examinons ce qui pourrait arriver dans ce scénario.
Les crises mondiales sont rares. Elles surviennent lorsqu'une ligne de rupture s'ouvre dans le système international qui génère une énorme instabilité et libère des forces opposées puissantes, sans moyen de les concilier. La dernière crise mondiale a eu lieu à la fin des années 1940 avec la rupture du règlement de l'après-guerre, l'expansionnisme soviétique, le confinement et l'avènement de la guerre froide. Avant cela, l'émergence de l'Allemagne nazie a détruit l'équilibre en Europe et a ouvert la voie à la Seconde Guerre mondiale.

La crise étape par étape

La crise que pourrait déclencher Donald Trump est assez simple à comprendre. Elle commencerait par les États-Unis qui se retireraient de leur rôle de chef d'un ordre international libéral. L'ordre s'effondrerait alors et d'autres pays s'efforceraient d’y remédier. Certains en profiteraient. D'autres tenteraient de se protéger. D'autres encore se soumettraient à leurs plus grands voisins. Nous ne savons pas où cela finirait, mais ce sont les conditions, peut-être les seules, où une guerre majeure est possible.

Comment cela se produirait-il étape par étape? Cela commencerait par l'implosion du système d'alliance des États-Unis. Trump a dit que les alliés de l’Amérique doivent payer leur juste part. Cela a été largement mal interprété comme signifiant qu'ils devraient payer 2% de leur PIB pour la défense, comme le président Obama et d'autres ont demandé. Mais Trump calcule les coûts différemment. Il croit que les alliés devraient payer le coût de la présence américaine en Asie, en Europe ou au Moyen-Orient. Par exemple, le Japon et la Corée du Sud devraient payer pour la flotte du Pacifique et le parapluie nucléaire américain. Si nous additionnons ces montants en Europe, au Moyen-Orient et en Asie, cela représente des centaines de milliards de dollars par an. Si vous en doutez, il suffit de se référer à ce qu’a dit Trump en avril:
«Nous avons dépensé des milliards de dollars dans le temps - sur des avions, des missiles, des navires, des équipements - pour renforcer notre armée afin de fournir une défense solide en  Europe et en Asie. Les pays que nous défendons doivent payer le coût de cette défense et, dans le cas contraire, les États-Unis doivent être prêts à laisser ces pays se défendre seuls ».

Et même si le Congrès criait à la faute, il n'aurait aucun moyen de forcer Trump à respecter les engagements en matière de sécurité. Et même si Trump n'avait finalement pas l'intention de dissoudre les alliances de l'Amérique, le fait qu'il ait flirté avec l’idée pourrait avoir un impact majeur, en terme de confiance avec ses partenaires.

Sans compter que Trump pourrait rejoindre Vladimir Poutine, s'associant à la Russie et Bachar al-Assad en Syrie pour combattre Daech. Poutine à son tour aiderait Trump dans la direction qu’il souhaite, mais à une condition qui apparaît clairement: la fin de l'OTAN. Xi Jinping pourrait essayer de conclure un accord similaire pour l’Asie. La Chine accorderait aux États-Unis des concessions économiques en échange d'une main mise en mer de Chine méridionale et la mer de Chine orientale.

La fin désordonnée de l'ère américaine

En peu de temps, l'ordre mondial libéral pourrait disparaître. L'Europe de l'Est serait alors confrontée à une Russie toute puissante. Les pays d'Asie de l'Est seraient confrontés, eux, à une Chine hégémonique. Nous n'avons aucune idée de ce qui se passerait ensuite, mais il y a un risque élevé de conflit majeur contre lequel les pouvoirs régionaux ne pourraient se protéger. En Asie de l'Est, le Japon et la Corée du Sud pourraient recourir au nucléaire, menant à une course régionale aux armements nucléaires avec la Chine et la Corée du Nord, tandis que Kim Jong Un pourrait voir une opportunité stratégique sans précédent pour une agression majeure...

Depuis plus de 70 ans, toutes les nations ont organisé leur politique étrangère autour du pouvoir américain, qu'ils l'aient vue comme un avantage ou comme une menace. Aujourd’hui, ce calcul a peut-être changé fondamentalement. La victoire Trump pourrait très bien marquer la fin désordonnée de l'ère américaine. Pour éviter cela, l'armée, l'établissement de la politique étrangère et les alliés des États-Unis vont devoir faire des heures supplémentaires pendant la période de transition pour convaincre Trump qu'il doit suivre un chemin différent.

 

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