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Jean Marc Jancovici

Publié le par ottolilienthal

 Jean-Marc Jancovici dans "Le Moniteur" : «Nous ne pouvons pas négocier avec la physique»


" Pourquoi la transition vers une économie décarbonée doit-elle être une priorité ?

La stabilité des sociétés humaines sédentaires est, malgré notre technologie, très dépendante de la stabilité de nos conditions environnementales, en particulier notre climat.

Or, si nous ne parvenons pas à diviser par trois ou quatre nos émissions d'ici à 2050, le réchauffement dépassera les + 2 °C. Il faut bien avoir en tête qu'avec une « simple » augmentation de 1 °C, déjà des arbres meurent ou brûlent en masse, des cultures souffrent, des coraux blanchissent, des migrations se déclenchent et des espèces disparaissent. Franchir le seuil des 2 °C de plus nous exposera à des famines, des émeutes, des migrations massives et des guerres. Nous décarboner est essentiel pour éviter un avenir trop hostile."


(publié par Joëlle Leconte)

 

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10159746321242281

 "Nous nous dirigeons vers un monde où nous aurons moins de moyens pour plus de problèmes"

Sommes-nous dans une nouvelle phase de la transition énergétique ? 

Il y a une transition énergétique cachée derrière cette crise dont on ne se rend pas compte qui concerne le pétrole. Avant la crise du covid, la production de pétrole dans le monde s’est arrêtée de croitre depuis maintenant un an et demi. Et le covid n’a fait qu’accélérer cette tendance là. La crise économique a fait plonger les prix du pétrole vers le bas. Et l’offre de pétrole va baisser.

"La transition énergétique qui va se faire sans qu'on s'en rende compte, c'est que l'après ne pourra pas revenir au niveau de l'avant parce qu'il n'y aura pas assez de pétrole. Donc, une partie du tourisme ne pourra pas revenir. Quoi qu'on fasse, une partie des déplacements ne pourra pas revenir quoi qu'on fasse tout comme une partie de l'économie."

Les conséquences d'une transition faite de force 

On va opérer graduellement une transition de force car on a pas voulu faire celle qui était de gré. En ce moment la transition énergétique est une diminution de la consommation subie. En France comme dans beaucoup de pays européens, on voit la transition énergétique comme une évolution technologique dans un univers en croissance. On a des lois en France de « croissance verte ».  En fait, la transition énergétique va passer par une privation du pétrole, du charbon et du gaz. Donc toute cette production va se contracter et l’économie va elle-même se contracter. Et la grande question est d'organiser un monde dans lequel il n’y a pas de plus en plus mais de moins en moins.

"Dans un monde qui se réchauffe de quelques degrés, disons 4 à 5 degrés d'ici à 2100, il y aurait à partir de 2070 entre 1,5 et 3 milliards d'hommes sur terre qui devraient vivre dans des conditions qui sont plus chaudes que le Sahara actuel. Et il y aurait 1 milliard de personnes qui vivraient donc dans des zones dans lesquelles, à peu près tous les jours de l'année, les conditions extérieures seraient mortelles."

Va-t-on vers un vrai changement de modèle ? 

"Remplacer du nucléaire qui ne fait pas de CO2 par de l'éolien ou du photovoltaïque qui n'en font pas non plus en fonctionnement, ça ne fait rien gagner. Et comme par ailleurs, il faut dépenser plus de CO2 pour faire le panneau pour faire de la centrale nucléaire. En fait, on peut même perdre quand on remplace par du photovoltaïque. (..) Le grand paradoxe, c'est que développer du solaire et de l'éolien augmente le risque nucléaire et non pas le baisse. Ce qu’on est en train de faire est le parfait exemple d’un problème mal compris."

La chose la plus évidente pour remplacer une voiture qui consomme 6L/100km, c'est de la remplacer par une voiture qui consomme 2L/100Km. Il y a aussi le passage sur le vélo, le vélo électrique en particulier, est quelque chose qui a un potentiel très important dès que vous avez 10 ou 15 km à faire, parce que c’est un vélo sans effort. Le problème du vélo électrique, c'est de construire des pistes cyclables pour avoir une voirie séparée pour les vélos. Et pour vous donner un ordre de grandeur avec l'argent qu'on a déjà mis ou déjà promis de mettre dans l'éolien et le solaire à fin 2018, c'est-à-dire 120 milliards d'euros, on aurait pu doubler toutes les routes en France d'une piste cyclable.

Vous pouvez (ré)écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page :

https://www.franceculture.fr/emissions/linvitee-des-matins-2eme-partie/la-pandemie-va-t-elle-accelerer-la-transition-energetique

En route vers les énergies renouvelables !


Demain, faute de combustibles fossiles disponibles, les énergies vertes s'imposeront. Comme hier, avant la révolution industrielle.

L'avenir sera renouvelable, c'est une évidence! Depuis que la question se pose de savoir comment nous allons juguler le changement climatique, toutes les réponses partagent une même conviction : il va falloir plus de renouvelables, jusqu'au moment où nous n'aurons plus que cela.

Et, même dans le contexte actuel, où les "contreparties environnementales" demandées aux entreprises à qui l'Etat tend légitimement la main sont anecdotiques voire inexistantes, la seule politique où il a été dit et répété que les milliards seront bien là demeure la poursuite du développement des énergies renouvelables.

Les énergies renouvelables ont longtemps dominé le monde

Mais ces énergies renouvelables sont pleines de surprises. Tout d'abord, en les regardant, on inverse le cours du temps : ce n'est pas tant l'avenir que l'on contemple, mais le passé. En effet, un monde 100 % renouvelable, c'est celui dans lequel l'humanité a vécu depuis ses origines jusqu'à l'apparition des combustibles fossiles, quand le charbon a commencé à remplacer le bois dans les forges, les poêles (pour se chauffer), les fours, et les premières machines à vapeur fournissant de la force mécanique.

Avant cela, c'est le vent et l'eau qui faisaient tourner les moulins (connus depuis l'Antiquité, et dont les barrages modernes ne sont qu'une version améliorée); c'est l'animal de trait - renouvelable et mangeant de l'herbe qui l'est tout autant - qui fournissait la force mécanique du transport et de l'agriculture; c'est le vent, la rame (donc le marin ou le galérien, parfaitement renouvelables!) ou le cheval (sur les chemins de halage) qui faisaient avancer le bateau; c'est le soleil (renouvelable) qui séchait les cultures...

Et en 1900, ce sont encore les énergies renouvelables qui dominaient l'approvisionnement mondial, le bois représentant 55 % du total des kilowattheures utilisés sur terre, devant le charbon - 42 % -, et le pétrole - 2,3 % seulement. Il faudra attendre 1906 pour voir les fossiles dépasser les renouvelables, puis grimper jusqu'à 80 % du total au moment des chocs pétroliers, valeur qui est quasi la même aujourd'hui, après deux décennies de discours martiaux sur le climat ("la maison brûle" de Chirac, c'était en 2002)... qui n'ont rien changé.

Vers un épuisement inéluctable des combustibles fossiles

Mais, si on y réfléchit bien, le "nucléaire" aurait aussi pu être une bonne réponse. Car toutes les énergies que nous utilisons sur terre sont issues de près ou de loin de l'énergie nucléaire. Le soleil - qui nous donne son énergie - n'est rien d'autre qu'un gros réacteur à fusion! La photosynthèse permise par son rayonnement donne du bois, qui peut donc être vu comme un dérivé du nucléaire. La chaleur solaire permet le cycle de l'eau qui produit l'hydroélectricité, et le cycle de l'air qui permet l'énergie éolienne et la marine à voiles...

A l'avenir, abandonner les combustibles fossiles ne sera pas une option : mettant des centaines de millions d'années à se former, ils sont épuisables, et nous en aurons de moins en moins à disposition, que cela nous plaise ou non.

En revanche, que nous puissions les remplacer un pour un par des renouvelables est extrêmement peu probable. Si les moulins à vent et à eau, le bois et le rayonnement solaire avaient été suffisants pour permettre le développement industriel que nous avons connu, et par la suite ce monde urbain, avec peu de travail et pléthore d'objets à consommer, plein de temps libre et des déplacements faciles, comment expliquer que ce monde ne soit pas survenu avant l'extraction du charbon, puis du pétrole et du gaz? L'avenir sera peut-être un jour à nouveau 100 % renouvelable. Mais sûrement pas dans les conditions figurant actuellement dans les programmes électoraux."

Jean Marc Jancovici


(publié par Joëlle Leconte)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10159269522692281

Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) en 10 points :
https://lnkd.in/gPUf_PX
Commentaire de Jean-Marc Jancovici : "Le Ministère de l'environnement publie un résumé de la programmation pluriannelle de l'énergie soumis à "consultation" (qui ne changera rien ou si peu au texte, d'où les guillemets) : https://lnkd.in/gPUf_PX

Ce document est l'occasion de rappeler un objectif né au moment de la campagne de Hollande, et qui, depuis, s'est retrouvé dans les textes sans avoir jamais fait l'objet du moindre argumentaire sérieux de la part du gouvernement : la baisse à 50% du nucléaire dans l'électricité. Le texte du gouvernement soutient que la réduction du nombre de réacteurs sera proportionnelle à la baisse de la production (si l'on en croit la presse, les sites qui devront fermer sont déjà identifiés).

Sauf que ce n'est pas ce que disent les observations : ni l'Allemagne ni l'Espagne n'ont baissé la puissance pilotable installée dans leur pays lorsque la puissance intermittente (éolien - solaire) a augmenté. Serons nous considérablement plus intelligents qu'eux ? Surement...

Je ne vois qu'une seule explication logique à la persistance dans cet objectif qui n'a aucun intérêt pour le pays (https://lnkd.in/gZVfYjc ). Elle ne porte pas un joli nom : démagogie."
(publié par Joëlle Leconte)

 

 

Situation hydrologique au 1er janvier 2020
Article de Météo France : http://www.meteofrance.fr/…/78479489-situation-hydrologique…
Commentaire de Jean-Marc Jancovici :
"D'abord une chaleur et une sécheresse record, puis des pluies record : malheureusement, même si cela fait "en moyenne" quelque chose de suffisamment arrosé, les pluies actuelles ne vont pas ressusciter les arbres qui sont morts cet été.

Cette année qui vient de s'écouler illustre une des difficultés de la modélisation climatique : cette dernière donne de façon plus fiable l'évolution des tendances (ou "moyennes") que l'évolution des franchissements de seuil (ou "extrêmes").

Or, ce qui compte pour les êtres vivants et les infrastructures, ce sont les franchissements de seuil. Il suffit d'une fois pour qu'une sécheresse, une inondation, une vague de chaleur, ou une tempête change les cours des choses pour des décennies ou plus (par exemple les incendies actuels en Australie vont changer le cours des choses pour les écosystèmes concernés pour des décennies, voire plus si des espèces disparaissent à cette occasion).

Et comme l'inertie climatique interdit de "remettre le climat en état" une fois que l'on commence à voir apparaître ces franchissements de seuil, il serait de bon ton de ne pas les attendre... ce que nous nous sommes révélés incapables de faire jusqu'à présent."
(publié par Joëlle Leconte)

 

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10158896054247281

 

Noël au balcon…

Depuis plus d'un siècle, les cris d'alarme se multiplient pour expliquer que la planète n'est pas faite de ressources infinies et que nos modes de vie - surpopulation, surconsommation - contribuent à la rendre de moins en moins viable. Notre monde physique n'est désormais plus synonyme d'expansion mais de contraction, écrit Jean-Marc Jancovici. A nous de faire en sorte que ce monde fini n'en finisse pas trop vite.

 

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Quand Arrhénius, en 1896, a prédit que l'utilisation intensive des combustibles fossiles allait réchauffer le climat planétaire, il n'a pas fait la une des magazines. Pourtant nous y sommes. En 2019, décembre sera encore plus chaud que juillet par rapport à la normale, et malheureusement ce que nous observons aujourd'hui n'est qu'un apéritif par rapport à ce qui se profile à l'horizon, à cause du fait qu'il faut plus de 10.000 ans pour épurer en totalité un surplus de CO2 une fois mis dans l'air.

Quand, en 1972, « The Limits to Growth » annonçait que la recherche de la croissance perpétuelle allait conduire à un processus d'effondrement démarrant dans le courant du XXIe siècle, nous nous sommes dépêchés de ne rien vouloir voir, et d'accélérer sur ce qui était précisément la cause du problème : la croissance des prélèvements et des rejets, puisque c'est de cela que se nourrit notre économie.

 
 

Surpopulation

Mais le futur est en train de devenir le présent, et tous les indicateurs physiques virent progressivement à l'orange puis au rouge, qu'il s'agisse des espèces vivantes, des sols, des minerais, ou du pétrole, sans que cela ne nous incite le moins du monde à remettre en cause la confiance religieuse que nous avons dans la pertinence des seuls indicateurs économiques pour représenter notre condition.

Dans les années 1970, la surpopulation a suscité de nombreux débats de société. Alors que le nombre de convives est devenu encore plus excessif autour d'une table de repas qui n'est pas mieux garnie, la démographie n'existe quasiment plus dans les débats.

Incantation sans réalité

Alors je forme un voeu pour l'année qui va bientôt commencer. Il est un peu moins sympathique, peut-être, que les traditionnels « santé, amour, réussite et bonheur ». Mais il est probablement bien plus nécessaire si nous voulons précisément que la partie habituelle des voeux de nouvel an ne devienne pas de plus en plus une incantation sans réalité.

Il est que nos dirigeants de toute nature prennent le temps de comprendre que notre condition présente et future n'est pas détachable de notre monde physique, et que ce dernier n'est désormais plus synonyme d'expansion, mais de contraction, et qu'il faut arriver à marier enthousiasme et monde fini. Le faire sera très difficile, et demandera des trésors de pédagogie. Mais ne pas le faire est désormais être lâche ou inconséquent. Bonne année !

 
 

Jean-Marc Jancovici est associé de Carbone 4 et président de The Shift Project

Jean-Marc Jancovici

Vous aimez bien les simulateurs, en voilà un d'actualité Pilotez le système de retraite français avec le simulateur du COR
Commentaire de Jean-Marc Jancovici : "C'est d'actualité : le Conseil d'Orientation des Retraites propose un simulateur pour voir, en fonction des hypothèses d'ici à 2070, comment évolueront un certain nombre de paramètres du système, dont le revenu par rapport aux actifs ou l'équilibre du système.

L'ensemble repose évidemment sur un scénario macroéconomique, pour lequel l'utilisateur peut choisir entre... la croissance et la croissance !

Oyez donc, bonnes gens, parce que nos retraites les valent bien, il y aura de la croissance jusqu'en 2070 dans notre pays. Pourquoi pas jusqu'en 2200 ?

 

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10158819022947281

«L’Allemagne est le contre-exemple absolu en matière de transition énergétique»

 Alors que la COP25 s’achève à Madrid, le spécialiste reconnu des enjeux écologiques Jean-Marc Jancovici a accordé au FigaroVox un grand entretien. Sceptique quant à l’issue de la COP, il plaide pour des économies d’énergie et la poursuite du nucléaire comme «canot de sauvetage».

LE FIGARO.- Vous évoquez souvent l’immense décalage entre le coût de l’énergie et son utilité sociale. Nous ne nous rendons pas compte de la valeur de l’énergie? Est-ce l’impensé de l’écologie?

Jean-Marc JANCOVICI.- La quantification économique a pris le pas sur d’autres métriques pour juger l’utilité de quelque chose. On pense spontanément que ce qui est utile vaut cher, que tout ce qui fait notre vie s’achète, or comme l’énergie ne coûte pas très cher dans notre poste de dépense (environ 10% pour un ménage pour logement et transports), le lien de dépendance n’est pas ressenti. Or ce qui fait notre mode de vie: les villes, le pouvoir d’achat, les études longues, le basculement dans le tertiaire, les week-ends, les 35h, les retraites, les six semaines de congés payés, la viande à tous les repas, c’est l’énergie, et très majoritairement les combustibles fossiles.

Les machines sont invisibles dans la convention économique: on continue à dire que les gens travaillent mais en réalité ce sont surtout les machines qui produisent. La puissance des machines dans le monde occidental, c’est 500 fois la puissance des muscles des Occidentaux. Pour que la France produise ce qu’elle produit aujourd’hui, sans machines, il faudrait multiplier sa population par 500 à 1000. Les machines sont totalement dépendantes de l’énergie, qui est un facteur beaucoup plus limitant que la force de travail pour l’économie. On ne se rend pas compte car on juge les choses à travers leur prix, convention humaine qui ne tient pas compte des réalités physiques. Dans le système économique moderne, on a considéré que tout ce qui venait de la nature était gratuit, n’avait pas de prix. En ce sens le pétrole est aussi gratuit que le vent car personne n’a rien payé pour qu’il se forme. La gratuité de ces sources énergétiques fait qu’elles ne sont pas dans notre radar. Nous sommes des urbains déconnectés des flux physiques qui nous permettent de vivre. Le thé que nous sommes en train de boire en ce moment a poussé à des milliers de kilomètres d’ici!

Vous ne croyez pas à la possibilité d’une transition énergétique à 100% vers le renouvelable?

J’y crois tout à fait: il suffit de revenir à là où on en était en 1700, un monde à 100% renouvelables, avec 500 millions d’agriculteurs. Est-ce que c’est possible? La réponse est oui. Est-ce que ce sera le monde actuel, avec 8 milliards d’habitants consommant ce qu’ils consomment? La réponse est non. Le monde actuel repose sur les combustibles fossiles, qui ne sont pas renouvelables. On en aura un jour de moins en moins, c’est inexorable. Cela a déjà commencé en Europe depuis 2006: nous avons déjà une baisse du gaz, du pétrole et du charbon disponibles, et cela ne vient pas de politiques climatiques, qui pour le moment restent bien trop timides.

Ne faites-vous pas l’impasse sur la possibilité du progrès technologique? Ne va-t-on pas trouver des façons de stocker l’énergie verte?

Je vous retourne la question: souhaitez-vous vous reposer en totalité sur la possibilité d’une avancée qui pour le moment n’existe pas? Peut-être que ça va arriver. Mais, si vous êtes raisonnable, vous ne pariez pas sur sa survenue certaine. Avec les connaissances qui sont les miennes, je pense que le pari le plus intelligent à faire n’est pas de croire qu’on va trouver des solutions techniques inédites pour résoudre les problèmes environnementaux et garantir le niveau de vie. Le changement climatique a des effets différés après le maximum des émissions. Donc même si on trouve une solution miracle il y a des dégâts irrémédiables qui sont déjà là.

Est-ce à dire que le nucléaire seul pourra sauver le climat?

Le nucléaire fait partie des canots de sauvetage. À partir du moment où le navire principal -les fossiles - prend l’eau, et que vous devez le saborder aussi vite que possible pour des raisons climatiques, il vous reste les canots de sauvetage: les économies d’énergie, les énergies renouvelables et le nucléaire. Les militants qui s’opposent au nucléaire disent en fait «je ne veux pas utiliser un des canots de sauvetage car le gouvernail pourrait grincer». Ça ne fait pas baisser le risque global, ça l’augmente!

La France a-t-elle eu tort d’abandonner la quatrième génération de réacteurs nucléaires?

Bien sûr. D’une manière générale, la France gère ses filières de long terme à la petite semaine, au nom d’une idéologie discutable - la concurrence généralisée, et d’une démagogie électorale, «l’antinucléaire qui fait peur». Dans le domaine des infrastructures, qu’il s’agisse d’un réseau électrique, d’un système de production, de transports, ou d’aménagements du territoire, la période pertinente pour penser le système est de l’ordre d’un siècle. Cela ne peut se gérer en se basant sur les prix du marché de la semaine dernière ou des objectifs court-termistes de rentabilité. La mise en concurrence généralisée dans ces domaines est un piège qui déstructure totalement le pilotage des investissements et raccourcit les horizons de temps. Et pour planifier on doit défaire d’une main ce que l’on a fait de l’autre: les tarifs d’achat sur les renouvelables consistent justement à sortir un mode de la concurrence après avoir créé cette dernière…. Les travaux gigantesques de fortification mise en œuvre par Vauban n’auraient pas été possibles si on avait dû le mettre en concurrence! C’est la même chose dans le ferroviaire, ou le nucléaire qui a besoin d’un système planifié. Démagogie électorale ensuite: Superphenix le réacteur de quatrième génération créé dans les années 1970 a été arrêté pour des raisons électorales en 1997 par Jospin. Fessenheim a été arrêté par Hollande pour des raisons similaires. Satisfaire 3% d’antinucléaires dans un électorat est plus important que l’avenir de long terme..

Que pensez-vous de l’exemple allemand?

L’Allemagne est l’exemple de tout ce qu’il faut ne pas faire en matière de transition énergétique. Elle a commencé à supprimer son nucléaire avant de supprimer son charbon. Elle est vent debout contre les contraintes sur les émissions de l’industrie lourde, via un système de quotas, et contre une réglementation sévère sur les voitures neuves vendues. L’Allemagne plaît beaucoup aux antinucléaires, mais l’Angleterre est un pays beaucoup plus intéressant pour nous. Cette attitude est un vrai problème pour l’axe franco-allemand, moteur de l’Europe.

On l’a vu pendant la crise des gilets jaunes, une simple augmentation de la taxe carbone peut avoir des conséquences sociales violentes. Il y a une tension grandissante entre le désir de consommation des classes populaires et l’impératif écologique prôné d’abord par l’élite (les plus gros scores des verts sont dans les métropoles). Pensez-vous que la transition énergétique puisse se faire sans douleur sur le portefeuille des classes populaires occidentales ou est-ce un mensonge?

Malheureusement, quand on regarde la physique, on se rend compte que même le niveau de vie d’un smicard est trop consommateur de ressources non renouvelables pour qu’on puisse le maintenir en l’état. Son niveau de vie n’a rien à voir avec celui d’un paysan, et même d’un baron du Moyen Âge. Il vit dans un appartement chauffé, a un poste de télévision, part en vacances, mange à sa faim, et mobilise un énorme flux de ressources pour sa consommation de produits de toute nature. À 8 milliards, se remettre dans un système compatible avec les limites de la planète ne pourra se faire sans un effort de tous, y compris des classes populaires. Certes les plus riches devront donner l’exemple et être sur le front, pas à l’arrière, mais tout le monde va devoir faire des efforts.

«L’humanité n’a pas dit son dernier mot», a assuré le premier ministre Édouard Philippe avant sa visite à la COP25. Faut-il être comme lui optimiste? Attendez-vous quelque chose de cette COP?

De manière un peu désabusée, on pourrait dire que toutes les COP qui ont précédé n’ont servi à rien. La concentration de CO2 dans l’atmosphère n’a pas augmenté moins vite dans l’air depuis le début des réunions de ce type en 1995. Il n’y a eu aucune inflexion. Une COP, c’est une assemblée de 198 copropriétaires, où chaque pays-propriétaire possède une voix, qu’il possède un placard à balais ou le duplex du dernier étage, et qui doivent se mettre d’accord à l’unanimité sur une rénovation de l’immeuble de fond en comble, sans syndic, sans projet de résolutions, où les charges seront payées par chacun au prorata de sa surface. Les chances de réussite sont nulles.

Quelle est la bonne échelle?

La puissance publique, la puissance privée, les particuliers ont chacun des possibilités d’agir. L’ONU ne fait qu’entériner ce que ces trois corps ont déjà décidé par ailleurs.

Que peuvent faire les individus?

Nous avons sorti une étude avec Carbone 4 intitulée «Faire sa part» pour essayer de calculer comment diminuer de moitié son empreinte carbone par des gestes et des investissements sans que ça soit trop violent. Il y a quatre gros postes d’émissions carbone chez les particuliers. D’abord l’alimentation: un premier geste peut être de manger moins de viande. En France, il faudrait diviser le cheptel bovin par deux et multiplier les prix unitaires par trois pour que les éleveurs puissent se payer correctement. Ensuite, les déplacements. Le particulier doit privilégier les voitures les plus petites possibles, et les déplacements sans voiture (bus, vélo, marche, train, diminution des trajets en portée, ou covoiturage). L’état devrait mettre une prime à la casse extrêmement élevée dès lors qu’on achète une voiture neuve qui consomme moins de la moitié de l’ancienne. Il peut aussi remettre en place la vignette et réglementer à la baisse les émissions des voitures neuves. Troisième poste d’émission: la consommation: il faut acheter moins de «tout», que ce soit des vêtements ou de l’électronique (cette dernière représente un pas qui croit très vite!). Enfin, le chauffage: on peut baisser le thermostat, isoler, ou changer sa chaudière fioul ou gaz pour une pompe à chaleur ou au bois en milieu rural.

Et au niveau de l’état, quelle serait la mesure la plus urgente à mettre en œuvre qui aurait le plus d’impact?

D’abord, je dirais, passer du temps à bien comprendre le problème! Ensuite, arrêter demain matin le soutien au solaire et à l’éolien et réorienter les quelques milliards d’euros qui y sont consacrés chaque année dans des mesures vraiment efficaces: aider les ménages modestes à passer à la pompe à chaleur, à isoler, à acquérir des voitures consommant très peu tout en obligeant les constructeurs à en faire, à faire des pistes cyclables et de l’agriculture moins émissive, etc..

 

"Un signe de plus que l'économie "physique" ne suit plus les chiffres du PIB : le taux de chômage des nouveaux diplômés est plus élevé pour la génération arrivée sur le marché du travail en 2010 (donc "après" la crise financière de 2009, qui en fait est une crise partiellement énergétique) que pour celle arrivée en 1998 (donc bien avant la crise pétrolière démarrée en 2005).
La progression salariale est aussi plus faible, ainsi que le temps travaillé sur 10 ans.
https://lnkd.in/gYn9ySg
Dans un monde à l'énergie contrainte, il est impossible de compter sur un PIB en croissance pour absorber la hausse des diplômés : la seule manière de le faire sera de diminuer le salaire moyen par diplômé... et par ailleurs, dans un monde sans croissance, la question de la progression salariale à l'ancienneté devient une question (une telle progression des revenus moyens avec l'âge n'existait pas avant l'arrivée des combustibles fossiles)."
(publié par Joëlle Leconte)

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https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10158682723482281
 

Jean-Marc Jancovici : "En avril 2020, le 2 très exactement, je deviens éligible au prix Nobel de la Paix. Si si, je suis sérieux, puisque ce jour là j'effectuerai la 1000è conférence de ma modeste carrière. A ce moment je réunirai les mêmes critères que ceux qui ont valu ce prix à Al Gore : alerter sur le climat, et l'avoir fait 1000 fois. En plus, chez moi c'est moins cher, puisque notre ami facture 175000 dollars la causerie (je l'ai appris en faisant l'intermédiaire pour les élèves de l'X qui voulaient le faire venir) ; une démonstration de générosité qui n'échappera assurément pas au comité Nobel.


Evidemment, une fois que j'aurai ce prix, il va falloir partager avec tous les gens qui en revendiqueront un morceau, au motif que s'ils ne m'avaient pas invité à m'exprimer jamais le compteur n'aurait atteint 3 zéros. Bon, partager j'y survivrai, mais signer 1000 chèques, moi qui n'aime pas la paperasse...
En attendant, la typologie des futurs réclamants est donnée ci-dessous. Elle reflète grosso modo la segmentation des demandes.


Pourquoi il y a des années avec plus et des années avec mois ? C'est à cause du soleil, évidemment : quand on se rapproche du minimum de taches (2005 et 2015), le nombre de conférences augmente, il y a une abondante littérature scientifique pour le démontrer !"
(publié par Joëlle Leconte)

Aucune description de photo disponible.
 
 
https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10158653434697281

Un climatosceptique pour les livres scolaires ?


« Le réchauffement climatique n'est pas suffisamment enseigné dans le secondaire, ce n'est pas Greta qui dira le contraire. Le Conseil Supérieur des Programmes est donc chargé de réfléchir à la manière de pallier cette carence. A qui demande-t-il des conseils (pas que, mais aussi) ? A un imposteur qu'il est convenu d'appeler "climatosceptique" ! (le discours dudit imposteur est décortiqué là : https://www.youtube.com/watch?v=XGq4WRTLfvc)


Le Canard a jugé utile de relater ce fait d'armes de la présidente du CSP, qui justifie cela au nom de la "pluralité des opinions". Faut-il rappeler à cette personne qu'un fait n'est pas une opinion ?


Une précision utile : je sais de source sure que ce qui est contenu dans ce papier est vrai, j'ai vérifié ! »

 

Jean-Marc Jancovici

(publié par J-Pierre Dieterlen)

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La lettre de mission à la nouvelle commissaire chargée de l'énergie

 

Jean-Marc Jancovici : «La lettre de mission à la nouvelle commissaire chargée de l'énergie (https://ec.europa.eu/…/f…/mission-letter-kadri-simson_en.pdf) ne rassure pas (du tout) sur la compréhension des enjeux énergétiques.


Le "pétrole" ? Il n'est pas mentionné ! C'est pourtant la première énergie utilisée en Europe (38% du total), engendrant la moitié du CO2 européen, importé aux 3/4 (le reste vient d'une Mer du Nord en déclin), et en contraction subie en tendance depuis 2006, en réponse au pic de production du pétrole conventionnel passé en 2008, ce qui nous interdit de retrouver la croissance.


Le gaz ? C'est "[un composant de la] transition vers une économie neutre en carbone, notamment par le captage et le stockage du carbone." La neutralité étant assurée par un miracle technologique (parvenir en 30 ans à séquestrer 1 milliard de tonnes de CO2 par an, ce qui n'a évidemment aucune chance d'arriver), la seule question est de "diversifier l'approvisionnement à un cout raisonnable".


Le nucléaire ? Pour la première source électrique bas carbone en Europe (de loin, avec 25% du total), la seule question est de "garantir la sureté et poursuivre le démantèlement" !


Heureusement, la "promotion d'un système électrique largement basée sur les renouvelables" va permettre de régler tous les problèmes.


Greta a raison : retournez à l'école.»

(publié par J-Pierre Dieterlen)

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Restrictions d'eau, incendies : les agriculteurs paient les conséquences d'une sécheresse exceptionnelle
Quatre-vingt-cinq départements sont désormais touchés par des mesures de restriction d'eau, soit une douzaine de plus que fin juillet. Le Gard, notamment, fait face à une sécheresse exceptionnelle. Les agriculteurs sont particulièrement touchés.


Commentaire de Jean-Marc Jancovici sur l'article :


"Cela fait longtemps que ceux qui s'intéressent au réchauffement climatique savent que le climat français deviendra plus chaud (cet été en a donné un nouvel avant-gout), mais surtout plus sec, notamment dans la partie sud du pays. Et un jour l'avenir finit par devenir le présent, la flèche du temps veut qu'il en soit ainsi.


Nos ennuis liés à la disponibilité de l'eau ne font malheureusement que commencer, et ces ennuis seront plus ou moins sérieux en fonction du nombre de centrales à charbon, cimenteries, voitures, usines chimiques, aciéries, avions, bateaux, camions, forêts supprimées et troupeaux de vaches dans le monde. Comme nous autres français ne pouvons garantir la prise que nous aurons sur ces sources d'émissions ailleurs dans le monde, et que de toute façon les conséquences atteignent leur maximum des siècles ou millénaires après le maximum des émissions, un autre chantier devient très (très) urgent : s'adapter au mieux (au mieux car nous y laisserons de toutes façons des plumes) à un changement climatique qui reste largement devant nous.


Pour le moment la plaie n'est que d'argent : on achète ailleurs ce qui ne pousse plus chez nous. Mais il faudra un jour s'organiser autrement..."


(publié par Joëlle Leconte)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10158497800057281

Discours de Greta Thunberg à l'Assemblée Nationale


Commentaire de Jean-Marc Jancovici :


"Si, comme moi, vous ne supportez pas les traductions simultanées en "voice over", voici une version originale (en anglais donc, pas en suédois !) du discours de Greta Thunberg à l'Assemblée Nationale.


Peut-être que "quelqu'un" lui écrit ses discours. En attendant, ce qui est contenu dans celui qu'elle a prononcé dans cette vidéo ne contient rien qui puisse donner lieu à critique.


Elle nous reproche des discours en décalage complet avec les actes, et des actes qui ne tiennent aucun compte d'une science climatique qui, l'essentiel du temps, n'est même pas connue de la part des gens qui ont à prendre des décisions ou à diffuser des informations dans les sphères économique, médiatique, politique. Difficile de lui donner tort... parce que c'est exactement le cas !

 

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10158440661217281

 
 

Comment réduire en 5 minutes le poids d’une vidéo tout en gardant une bonne qualité ? [GUIDE] - The Shift Project

L’équipe du Shift met à la disposition de toutes et tous un guide de 4 pages permettant de réduire le poids d’une vidéo tout en gardant une bonne qualité.

Pourquoi ce guide ?

Il s’agit de contribuer à la sobriété numérique, dans le but d’éviter le chaos climatique et de ralentir la déplétion des ressources. Le visionnage de vidéo représente en effet 80% du trafic internet annuel et cela va en augmentant. Réduire le poids de ses vidéos réduit l’énergie nécessaire pour les diffuser et donc les émissions de gaz à effet de serre qui y sont liées. Réduire le poids des vidéos sur internet est un premier pas vers un internet plus sobre.

Et si je veux utiliser ce guide ?

Vous êtes libre d’utiliser et de diffuser ce guide : c’est pour cela qu’il a été fait ! N’hésitez pas à accélérer sa diffusion, par exemple en renvoyant vers cette page. C’est ce que nous faisons dans le descriptif de nos vidéos postées sur YouTube depuis mai 2019. Vous pouvez par exemple écrire sous vos vidéos ou autre part :

Le poids de cette vidéo a été réduit, car réduire le poids de ses vidéos réduit l’énergie nécessaire pour les diffuser, et donc les émissions de gaz à effet de serre qui y sont liés. Voici un court guide qui permet de réduire fortement le poids de vos vidéos : https://www.theshiftproject.org/guide-reduire-poids-video-…/

A qui doit-on ce guide ?

Ce guide a été conçu par Gauthier Roussilhe, designer engagé dans une démarche low-tech, et finalisé avec l’équipe du think tank The Shift Project, qui a publié en 2018 le rapport «Lean ICT : Pour une sobriété numérique».

(publié par J-Pierre Dieterlen)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10158340340022281

« On n'a pas trouvé mieux que le nucléaire pour produire de l'électricité sans trop polluer »

ENTRETIEN. Jean-Marc Jancovici, créateur d'un think tank dédié à la décarbonation de l'économie, prône le maintien du nucléaire dans la transition énergétique.

 
 

Commentaire de Jean-Marc Jancovici au sujet de la déclaration de politique générale d'Edouard Philippe


"Hier, le premier ministre a prononcé un discours de politique générale, qui insiste sur le fait que l'acte II du gouvernement sera écologique. J'ai donc fait une recherche avec les mots suivants :


- pétrole : 0 résultat
- gaz naturel (qui est une énergie fossile) : 0 résultat
- pompe à chaleur : 0 résultat
- vélo : 0 résultat
- isolation : 0 résultat (la rénovation fait juste l'annonce d'une mesure d'aide, mais le centre de l'affaire est de savoir quoi faire avant de savoir qui aider à faire)


Par contre on a droit à l'habituel couplet antinucléaire (hors sujet pour le climat, mais très utile pour "acheter" le vote antinucléaire - donc une partie de l'électorat de Jadot https://static.xx.fbcdn.net/images/emoji.php/v9/ta5/1.5/16/1f642.png:-) - en vue des prochaines municipales), et au non moins habituel couplet sur la croissance verte qui va nous sauver.


Une rapide conclusion : cet acte II n'est toujours pas, loin s'en faut, à la hauteur du défi qui se dresse devant nous. Faudra-t-il attendre encore 3 ans ?"

 

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10158313379122281

« toutes les capacités pilotables du Vieux Continent sont menacées : le gaz par la baisse de la production de la Mer du Nord, qui va avoir du mal à être totalement compensée par des importations, sans compter que le pic de la production mondiale de gaz est attendu pour 2030-2040 au plus tard (c'est à dire si on se fiche de faire baisser cette consommation avant pour cause de climat) ; le charbon par la "sortie du charbon" (et la baisse géologique de la production du Vieux Continent), enfin le nucléaire hors UK par l'activisme des antinucléaires. »

Carburant : « La mobilisation était prévisible », selon Jean-Marc Jancovici

...

Dans le plan d'Edouard Philippe, le gel pour six mois de la taxe sur les carburants. Cette dépendance au pétrole « reste un angle mort » pour le spécialiste de l'écologie Jean-Marc Jancovici.

Les annonces d'Édouard Philippe sont-elles une mauvaise nouvelle pour la transition écologique ?

Proposer un moratoire, si c'est une étape dans une solution construite, cela ne pose pas de problème. En revanche, si le gouvernement espère voir l'épisode actuel comme un simple orage qui passera - ce que je crains - cela devient grave. Car, quand la France a commencé la transition énergétique, elle ne s'est occupée ni de mobilité ni d'énergie fossile : elle a investi dans d'électricité, et préféré baisser le nucléaire. Notre dépendance au pétrole reste un angle mort.

La mobilisation contre l'augmentation du prix du carburant était-elle prévisible ?

Oui ! Le gouvernement a géré dans l'urgence un problème dont il aurait dû s'inquiéter depuis longtemps. On sait très bien depuis 2008 que la production de pétrole conventionnel (hors sables bitumineux et pétrole de schiste) baisse. Par conséquent, la consommation de pétrole dans les pays de l'OCDE a décru parce qu'il n'y en avait plus autant qu'avant. Cela s'est traduit par des prix qui augmentent. Or, dans une économie qui commence à manquer de pétrole, ceux qui souffrent le plus sont ceux qui habitent loin des villes.

 

 

À quelle transition est affectée la fiscalité sur les carburants ?

Aujourd'hui, sur les trente-trois milliards de taxes que l'on prélève sur le carburant, cinq milliards vont financer les panneaux solaires et les éoliennes, et cela devrait passer à sept en 2019. Les éoliennes et panneaux solaires augmentent en retour le prix de l'électricité par rapport au nucléaire existant. Ce plan augmente les importations, donc détruit de l'emploi et ne fait rien gagner sur le CO2, puisque l'électricité supprimée, le nucléaire, en produit peu. L'État français a déjà signé pour 120 milliards d'euros de contrats. Vous en faites des choses pour des gens qui ne peuvent pas se déplacer avec 120 milliards d'euros !

Que doit-il faire dans les prochains mois ?

Il n'y a pas de solutions immédiates, malheureusement. Quand vous taxez la cigarette, l'alternative est d'arrêter de fumer. Si vous voulez faire que les gens cessent de consommer du carburant, vous devez leur proposer des alternatives. Les Gilets jaunes sont des gens qui n'en ont pas assez. Le gouvernement doit rediriger les milliards qu'il dépense dans l'éolien et le solaire pour les mettre d'une part dans l'aide à la mobilité, en développant notamment les lignes de bus, de trains, le covoiturage et le vélo électrique. D'autre part, il doit mettre fin au fioul dans le chauffage des ménages modestes, par passage à la pompe à chaleur ou au bois.

En a-t-il les moyens politiques ?

 
 

Plus le temps passe, moins il en aura. Mais il n'a pas le choix. Abdiquer sur la transition écologique ne serait pas responsable, car le pétrole va continuer à baisser en volume, et le climat continuer à se détériorer.

 

Recueilli par Cécile FRANGNE.   Ouest-France  

Jean-Marc Jancovici (1/2) : “Les slogans simplistes nuisent à la compréhension des dossiers scientifiques !”


 

Après l’édition 2018 du One Planet Summit, l’EnerGeek a rencontréJean-Marc Jancovici, le co-fondateur de Carbone 4. Dans la première partie de notre entretien, il nous explique pourquoi, sans le nucléaire, nous aurons du mal à respecter l’Accord de Paris…

  • Dans votre interview au journal Les Echos du 30 septembre 2018, vous expliquez qu’”il ne suffit pas de dire “make our planet great again” pour que les problèmes soient réglés”… Pensez-vous cependant comme François de Rugy et Pascal Canfin, qu’économie et écologie peuvent marcher dans la main en changeant les techniques et les comportements ?

Oui mais pas à n’importe quelles conditions, ni sans contreparties. En réalité mettre l’écologie dans l’économie, cela revient à supprimer des degrés de liberté de façon délibérée en ce qui concerne les activités productives. Les contraintes environnementales vont de toute façon finir par impacter nos activités productives, c’est inexorable, puisque notre planète dispose de dotations initiales données une fois pour toutes en ce qui concerne les ressources à transformer (métaux, minerais non métalliques, sols, etc) et l’énergie pour les transformer (pétrole, charbon, et gaz pour l’essentiel).

Jusqu’à maintenant notre activité économique repose sur des indicateurs qui ne tiennent pas compte de la diminution des stocks naturels de matières premières, pourtant indispensables à l’activité en question. Par exemple, pour que le PIB relatif aux objets en métal devienne nul, il suffit que nous n’ayons plus de minerai fer à extraire de terre, ou de métal à recycler. Dans cette situation on peut dire que je suis dépendant d’une ressource, qui n’existe pas dans la convention comptable, ou plus exactement qui n’apparaît dans l’économie qu’à partir du moment où des hommes sont intervenus pour l’extraire de l’environnement ou la transformer. Tant que la ressource se trouve dans l’environnement, elle est considérée gratuite par convention dans l’économie classique. Quand elle apparaît, son prix n’est que la somme des revenus humains qu’il a fallu pour l’extraire de l’environnement (salaires et rentes), mais ca ne correspond pas au prix de reconstitution de la ressource elle-même. Pour résumer, on peut dire que nous faisons actuellement de l’optimisation sans grosse contrainte, et l’environnement va petit à petit nous forcer à faire ce que les ingénieurs connaissent par coeur, à savoir de l’optimisation sous forte contrainte.

Ce qu’affirment François de Rugy et Pascal Canfin peut être vrai si on ne prend pas “économie” comme “croissance”. Ce qui sera difficile, c’est de rendre “politiquement acceptable” le mariage de l’environnement et de l’économie, parce que cela signifie l’arrêt de la croissance en volume. Comme toute activité productive nécessite de la matière, la croissance perpétuelle supposerait des flux de matière perpétuellement croissants (l’OCDE vient de le rappeler dans une publication récente). Avec des flux de matière décroissants, le PIB ne pourra pas être maintenu à son niveau actuel, car même les services sont fortement demandeurs de flux physiques sous-jacents. (The Shift Project a par exemple montré, dans une étude récente, que le numérique était déjà à l’origine de 4% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, et ces émissions sont en croissance de 10% par an !).

Ainsi, l’ensemble des objets que nous fabriquons est constitué par les 92 éléments répertoriés dans le tableau de Mendeleïev. Or nous disposons d’un certain stock donné de ces atomes, avec de plus ou moins grandes quantités en réserve (il y en a plus pour le fer ou le silicium que pour l’or ou l’indium). Depuis la création de notre planète, le stock de cuivre n’a pas été augmenté (il n’y a pas de processus faisant rapidement apparaître des mines de cuivre au cours du temps après formation de la planète !), tout comme le stock de tout métal par exemple. Pour tous ces éléments non renouvelables, les réserves résiduelles disponibles sur notre planète deviendront à un moment insuffisantes pour alimenter la croissance, et alors la contraction commencera… Dans la préface française du rapport « THE LIMITS TO GROWTH », j’explique pour résumer que l’histoire de l’humanité a longtemps consisté à transgresser des limites ; aujourd’hui nous ne pourrons pas le faire avec celles – physiques – de l’environnement !

  • Dans son interview au Monde du 10 septembre 2018, le nouveau ministre de Rugy évoque un mix électrique à 50% EnR et 50% nucléaire dans la prochaine Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), que pensez-vous de cette déclaration ?

Cette déclaration de François de Rugy atteste d’une mauvaise appréhension des priorités du gouvernement. Après avoir déclaré l’importance de décarboner l’économie, commencer par se focaliser sur la baisse du nucléaire, qui n’aura strictement aucun impact sur nos émissions, ne correspond à rien de logique. Si la première déclaration de François de Rugy avait été « je vais m’occuper des transports », ou « de la rénovation des bâtiments », ça aurait clairement montré qu’Emmanuel Macron avait compris que la question climatique était ailleurs que dans le nucléaire. Le fait que le président laisse dire au nouveau ministre de l’environnement, dans sa première interview au Monde, « je vais commencer par m’occuper du nucléaire », même s’il précise qu’il souhaite pacifier le débat, illustre que rien n’a changé dans la mauvaise gestion des priorités. La démission de Nicolas Hulot n’y aura rien changé : le nucléaire reste le passage obligé de tout discours environnemental du gouvernement, et la place qu’il occupe dans les esprits et les débats annihile tout débat environnemental sérieux…

Attaquer sur le nucléaire est donc avant tout une erreur stratégique et tactique, car cela signifie que l’on va continuer à regarder ailleurs que là où sont les vrais problèmes. Il n’y a qu’à voir, la loi mobilités vient de passer de 130 à 30 articles, mais personne chez les écologistes ou ailleurs ne proteste… Par ailleurs, les ONG comme WWF entretiennent volontairement la confusion des genres. Ainsi, alors que l’organisation est en pleine campagne pour lever des fonds afin de protéger la biodiversité, elle publie un rapport non sur l’inquiétante disparition des espèces, mais pour démolir le nucléaire, alors que ce dernier n’a qu’un impact parfaitement marginal sur les espèces vivantes !

Cette obsession autour du nucléaire vient peut-être de ce que ni François de Rugy, ni le président, ne disposent des leviers d’action pour agir sur les autres déterminants majeurs du système énergétique qui concerne la France, à savoir l’ouverture des mines de charbon en Chine ou en Indonésie, l’exploitation des gisements de gaz russes et le développement de l’activité des foreurs de shale oil aux États-Unis… Car c’est là que sont les grands facteurs déterminants de notre système énergétique depuis que nous sommes entrés dans une civilisation thermo-industrielle, où les machines produisent à notre place. Face à ce constat, le chef de la cinquième république française a finalement assez peu de possibilités d’agir à court terme.

  • Avec l’Accord de Paris et l’exemplarité du nouveau champion de la Terre et du climat, Emmanuel Macron, peut-on tout de même croire que nous sommes sur une bonne trajectoire ?

Malheureusement, comme la plupart des pays qui ont adopté l’Accord de Paris, nous ne faisons pas les efforts qui correspondent à ces déclarations. Que fait-on pour lutter réellement contre nos émissions ? Pas grand-chose, et d’ailleurs elles ont augmenté en France en 2017. Quand on regarde les postes d’émission et les ordres de grandeur pour estimer ce qu’il faudrait faire, on ne peut pas dire qu’on tienne compte de l’Accord de Paris. On ne s’occupe sérieusement ni des transports, ni du bâtiment par exemple. En Allemagne c’est pareil, les constructeurs automobiles sont vent debout contre la réduction des émissions, les industriels sont vent debout sur la baisse des quotas à distribuer, les électriciens sont vent debout contre la baisse du charbon… L’Allemagne ne peut absolument pas être citée en exemple : ils vont certes dépenser 500 milliards d’euros dans les énergies renouvelables, mais cela n’aura quasiment rien changé à leur trajectoire sur les émissions de CO2.

En France, nous finançons essentiellement des investissements « de transition » qui ne correspondent pas à la question climatique. D’après un récent rapport de la Cour des comptes, à fin 2017 120 milliards d’euros ont été engagés dans l’énergie solaire et les éoliennes (sans compter les 25 milliards promis pour l’offshore à l’été 2018), sans modifier la part non fossile de la production d’électricité française, qui est à 90% depuis 1987. Question : à quoi ont servi les dépenses dans ces énergies renouvelables électriques intermittentes, si ce n’est à préparer une transition énergétique à l’allemande, c’est-à-dire pour faire moins de nucléaire, alors que ce dernier ne contribue pas aux émissions ? La plus grande confusion règne sur les objectifs, et elle est entretenue par une partie du monde politique qui met dans un même sac les énergies fossiles et le nucléaire. Au point que récemment encore, un sondage indiquait qu’environ deux tiers des Français pensent que le nucléaire est un contributeur significatif aux émissions de gaz à effet de serre, alors que c’est évidemment inexact. Ce qui est sûr, c’est que les slogans simplistes nuisent à la compréhension correcte des dossiers scientifiques !


Retrouvez la suite de l’interview de Jean-Marc Jancovici à paraître la semaine prochaine…

Démagogie énergétique

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