Pourquoi il ne faut pas rétablir le service national obligatoire

Publié le par ottolilienthal

"les politiques sont dans la nostalgie d'un monde disparu et ils vont chercher des solutions de la IIIe République pour répondre aux problèmes du XXIe siècle… "

 

Jean-Dominique Merchet, journaliste, spécialiste des questions militaires.

 

Menace terroriste, armées «au taquet», recherche d'un «outil égalitaire», plus de brassage social, d'intégration… Les conditions sont-elles réunies, selon vous, pour rétablir un service national en France ?

Absolument pas si l ‘on parle d'un service obligatoire. Je pense que c'est non seulement impossible mais au surplus inutile et à la limite infaisable. Il y a 20 ans, 250 000 jeunes effectuaient leur service, or une génération de jeunes Français, c'est 800 000 personnes, garçons et filles qui seraient aussi concernées. On voit bien là qu'il ne s'agirait donc pas simplement de rétablir mais de créer quelque chose d'encore plus considérable que ce qui existait car même en excluant un certain nombre de jeunes de nationalité étrangère et de réformés, on aurait quand même un contingent pesant deux fois à deux fois et demie celui d'autrefois alors que nous n'avons plus de structures ni d'encadrement pour l'accueillir.

Quel en serait le coût ?

 

Les chiffres qui circulent en général sont de l'ordre de 4 à 5 milliards d'euros par an, mais personne en vérité n'en a la moindre idée, parce qu'il y aurait des investissements de départ considérables, notamment pour les bâtiments. On voit déjà l'extrême difficulté qu'on a à loger les soldats de l'opération Sentinelle, lorsqu'ils sont déployés à Paris, on imagine ce que serait demain, s'ils partaient à 19 ans, même pour des périodes ramenées à trois ou six mois.

Mais, dans les projets, on ne parle pas uniquement de service militaire, on évoque aussi des services civils, humanitaires…

Tout à fait, mais… on va les envoyer où, ces jeunes ? Armée, service civique ou autre, il y a actuellement déjà plus de volontaires que de places disponibles ! C'est donc d'abord à ceux-là qu'il faut répondre en inversant peut-être l'idée de l'obligation : plutôt qu'un jeune effectuant un service obligatoire que ce soit d'abord l'état qui soit obligé de répondre à un jeune voulant servir son pays en donnant six mois de sa vie à la Défense ou pour aider les personnes âgées, par exemple. N'oublions pas qu'aujourd'hui, si l'Armée est mieux acceptée, c'est aussi parce qu'elle n'est plus obligatoire, parce qu'elle relève d'une démarche personnelle et très positive. Or c'est justement ce point qu'il faut cultiver, mais si demain ça redevient obligatoire, cela sera immédiatement insupportable, parce que chacun remettra en avant ses contraintes, ses études, son travail, sa famille, son mariage, etc. En fait, les politiques sont dans la nostalgie d'un monde disparu et ils vont chercher des solutions de la IIIe République pour répondre aux problèmes du XXIe siècle… Ce n'est pas sérieux.

Le brassage social, les valeurs républicaines ?

Deux idées tournent effectivement autour du retour du service militaire : la mixité sociale et le repêchage des jeunes en difficulté, deux problèmes différents. Mélanger les classes sociales, on en parle depuis longtemps, mais ce n'est pas à 20 ans qu'il faut le faire. C'est avant car c'est d'abord un problème de logement social et de carte scolaire et non pas de service militaire. Pourquoi il n'y a pas de mixité sociale ? Parce que le logement social est cantonné dans certains endroits et que la carte scolaire correspond à cette réalité. Ce n'est pas à l'Armée de résoudre ce problème politique.

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