les décimales du futur...

Publié le par ottolilienthal

Tour d'horizon de l'approvisionnement énergétique de l'Europe et de ses dépendances..

en Europe comme dans le monde, le pétrole est la 1ère énergie utilisée : un tiers de l’approvisionnement total.

Le gaz est dans les mêmes proportions (~un quart) mais le charbon est moitié moindre en Europe.

Donc dans l’UE, plus de 70% de l’énergie utilisée est d’origine fossile, c’est un peu mieux que dans le monde (80%) mais c’est pas folichon du tout.

Les Pays-bas 🇳🇱 furent à la fin des années 70 le 3ème producteur mondial de gaz après les Etats-Unis et l’URSS.

Ça n’a pas duré mais leur production est restée stable grâce au développement de l’offshore, et s’est complètement cassée la gueule depuis 2014.

Le Royaume-Uni 🇬🇧 a été un producteur important de pétrole et de gaz grâce aux gisements de la mer du nord, mais il passé son pic de production de pétrole en 1999 et de gaz en 2000.

La Norvège 🇳🇴 ne fait pas partie de l’Union Européenne mais est un gros producteur d’hydrocarbures (là aussi grâce à la mer du nord).

Elle a passé son pic de pétrole en 2000, et le gaz est en baisse depuis 3 années de suite, ce qui n’était jamais arrivé avant.

L’Allemagne 🇩🇪 et la Pologne 🇵🇱 possèdent à eux deux 70% des réserves de charbon restantes en Union Européenne (soit 6% des réserves mondiales), mais leur production est en baisse constante depuis plus de 30 ans.

La conclusion de ce tour d’horizon, c’est que l’Union Européenne 🇪🇺 est extrêmement dépendante des importations étrangères d’énergies fossiles :


95% pour le pétrole, 85% pour le gaz, et 45% pour le charbon (dont 70% pour l’anthracite qui est un charbon de meilleure qualité).

…La Russie est le 1er fournisseur de l’Union Européenne en pétrole brut (27% des imports)…

… La Russie est aussi le 1er fournisseur de l’Union Européenne en charbon (presque la moitié du total des imports)…

… Et enfin, la Russie est le 1er fournisseur de l’Union Européenne en gaz (40% des imports) !

(posté par J-Pierre Dieterlen)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/393966168753605

Rapport de The Shift Project « La résilience des territoires pour tenir le cap de la transition écologique »


Commentaire de Jean-Marc Jancovici : "Les moyens croissants qui ont permis la très rapide expansion physique, donc économique, des 19è et 20è siècles, c'est essentiellement le parc de machines croissant qui nous les ont fournis, et cela a commencé à s'inverser à petite vitesse, et va s'accélérer dans les décennies à venir.

En face, un certain nombre de limites planétaires ont commencé à se faire sentir, dont la dérive climatique, inarrêtable à l'échelle du millénaire, et dont les conséquences vont aller croissant quoi que nous fassions.

Plus de problèmes à gérer avec moins de moyens : voici comment, avec le temps, l'équation va se présenter pour un nombre croissant de collectivités locales. Face à ce constat, que faire ?

C'est à cette question que nous nous sommes intéressés, au Shift Project, dans le cadre du travail "résilience des territoires", dont le rapport intermédiaire vient d'être mis en ligne.

A l'arrivée, nous souhaitons proposer aux élus locaux (et aussi à leurs électeurs !), souvent un peu démunis face à la somme d'expertises qu'il faut maîtriser pour s'y retrouver face aux enjeux, quelques repères et conclusions robustes pour que demain soit, dans la limite de ce qu'ils maîtrisent, le moins possible l'occasion de très mauvaises surprises."
https://theshiftproject.org/…/rapport-intermediaire-resili…/
(posté par Joëlle Leconte)

 

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10160240047467281

Canal de Suez bloqué: «Les Européens se découvrent dépendants d'un monde dont ils ne sont plus le centre»

 La mondialisation s'est édifiée sur un postulat: celui de la rentabilité maximale à court terme, analyse l'économiste. Selon lui, la paralysie du commerce mondial à cause de l'Ever Given échoué dans le canal de Suez, montre que ce système tient sur un fil.

«L'étirement des chaînes d'approvisionnement sur laquelle repose la mondialisation de la production touche à ses limites», explique Yves Perez.
 

Yves Perez est professeur émérite et ancien doyen de la faculté de droit de l'Université catholique de l'Ouest à Angers, auteur des Vertus du protectionnisme (L'Artilleur, janvier 2020).

 

FIGAROVOX. - Un bateau de 400 mètres bêtement coincé dans le canal de Suez et les chaînes d'approvisionnement se désorganisent, le trafic commercial se retrouve en partie paralysé. Comment l'expliquez-vous ?

Yves PEREZ. - Dans la nuit du 24 mars, l'Ever Given, porte-conteneurs de 220000 tonnes, s'est échoué en travers du canal de Suez, bloquant tout passage d'autres navires (NDLR, le trafic a pu reprendre ce lundi). Près de 400 navires ont attendu que la voie se libère dans ce canal où transite 12 % du transport maritime mondial. Le blocage à un coût direct. D'après les estimations d'Allianz, cela représente de 6 à 10 milliards de dollars par jour. Mais il a aussi des coûts indirects plus considérables encore. La Syrie a rationné son carburant. En Europe, cet accident va aggraver la pénurie de composants électroniques et s'ajouter aux problèmes causés par l'incendie d'une usine de semi-conducteurs au Japon et la panne de courant au Texas qui a pénalisé l'industrie des composants électroniques, la pétrochimie et les plastiques. L'industrie automobile européenne a dû ralentir ses chaînes de production du fait de la pénurie de composants électroniques à la suite de ces divers accidents. Nous avons vécu depuis 30 ans sur le dogme du zéro stocks. Le modèle de gestion en flux tendus s'est substitué à celui de la gestion des stocks nécessairement coûteux. Ce modèle du zéro stocks illustre à merveille la logique de la rentabilité à court terme sur laquelle repose la mondialisation. Elle présuppose un monde lisse, parfait, sans accidents, sans conflits et sans épidémies. Bref, un modèle théorique, abstrait, très éloigné du monde réel. Depuis quelque temps déjà, les accidents se multiplient et les virus viennent perturber la vie des sociétés les mieux réglées. Résultat: les entreprises commencent à reconstituer des stocks, dans le cas où un problème imprévu surgirait. L'étirement des chaînes d'approvisionnement sur laquelle repose la mondialisation de la production touche à ses limites.

Depuis quelque temps déjà, les accidents se multiplient et les virus viennent perturber la vie des sociétés les mieux réglées

Yves Perez

Le prix du baril de pétrole a grimpé de 5 dollars en quelques heures. On a l'impression qu'un seul navire vous manque, et toute la mondialisation est dépeuplée. Le blocage du canal de Suez est-il un symptôme des failles de notre économie mondialisée ?

La mondialisation est un système fragile. L'accident du canal de Suez nous en livre un bon exemple. La mondialisation s'est édifiée sur un postulat: celui de la rentabilité maximale à court terme. Les chaînes d'approvisionnement ont été segmentées à l'extrême et les centres de production répartis à travers plusieurs pays. C'est vrai pour l'automobile et la microélectronique mais également pour d'autres industries comme la pharmacie. Ainsi, le fameux vaccin de Pfizer comporte 280 composants qui sont fabriqués dans une douzaine de pays différents. On imagine aisément les risques de rupture d'approvisionnement qui pourraient en résulter.

Les hommes ne vivent pas tout le temps en pensant au calcul des probabilités et pourtant, les crises et les chocs finissent toujours par arriver. Résultat, la machine à produire du cash 24 heures sur 24 se grippe. Elle génère même des surcoûts faramineux. Ainsi, si un porte-conteneurs coincé à l'entrée sud du canal de Suez veut parvenir à Rotterdam en contournant les côtes africaines par le cap de Bonne Espérance, il mettra 12 jours de plus. Par ailleurs, les retards finiront par se cumuler ; il faudra plusieurs semaines pour rattraper les retards créés par cet accident. Les bateaux qui sont partis de Chine et qui auront été bloqués dans le canal de Suez arriveront en retard à Rotterdam. Ils seront également en retard pour le rechargement de leur cargaison lorsqu'ils quitteront le port de Rotterdam pour retourner en Asie. Il faut s'attendre à des hausses sensibles des coûts du fret maritime sans parler du coût des assurances. Tout cela parce qu'une génération de dirigeants aura été formée avec une vision extrêmement étroite des coûts et de la gestion des risques.

Un canal maritime sert pour l'approvisionnement de millions de consommateurs des deux côtés du monde. Est-ce problématique ? Y a-t-il des alternatives ?

Les Occidentaux ont fait de la Chine (NDLR, d'où est parti l'Ever Given) l'usine du monde. Ils étaient guidés par une logique d'optimisation des coûts et des profits à court terme. À court terme ils ont eu raison. À moyen terme, ils se sont trompés. Ils ont lourdement sous-estimé les capacités d'apprentissage de la Chine. Celle-ci n'a fait pourtant que suivre la stratégie de développement en vol d'oies sauvages théorisée par l'économiste japonais Akamatsu dans les années 1930. Appuyées par l'État, les entreprises chinoises ont su capter les technologies occidentales, apprendre à les maîtriser et pratiquer assidûment les stratégies des remontées de filières des biens manufacturés en allant des biens à faible valeur ajoutée vers ceux à moyenne puis à forte valeur ajoutée.

Les Occidentaux ont fait de la Chine l'usine du monde. Ils étaient guidés par une logique d'optimisation des coûts et des profits à court terme

Yves Perez

La Chine est ainsi devenue un concurrent redoutable qui pourrait demain ravir à l'Amérique le sceptre du monde. Par ailleurs, les Européens se découvrent, non sans effroi, dépendants d'un monde dont ils ne sont plus le centre. Habitués à nous blottir sous les ailes de l'aigle américain nous découvrons que celui-ci ne sait plus très bien quoi faire face au dragon chinois. Mais, les inconvénients de la dépendance ne sont pas seulement d'ordre macroéconomique ou géostratégique. Nous découvrons chaque jour les vulnérabilités de nos chaînes d'approvisionnement de biens manufacturés. L’an dernier, nous avons connu l'angoisse lorsque nous étions suspendus à l'arrivée des vols en provenance de Chine pour obtenir les masques et les appareils respiratoires qui nous faisaient si cruellement défaut face à l'explosion de la pandémie. Nous avons redécouvert à cette occasion que certains biens stratégiques comme ceux concernant notre alimentation ou notre santé ne se délocalisent pas et que nous devons continuer à les produire nous-mêmes. Mais il serait bon aussi de rapatrier dans un périmètre raisonnable certains biens à caractère industriel comme l'automobile.

Quelles leçons en tirer ? Doit-on revoir notre rapport aux produits manufacturés venus de l'autre bout du monde ?

Je vois trois leçons à tirer de ces expériences, surtout depuis un an. La première, c'est que nous devons réactiver le concept de sécurité nationale. Nous devons revenir sur l'analyse des vulnérabilités de notre pays dans la mondialisation. Pour cela, il faut redéfinir des priorités stratégiques. Il ne faut pas s'obnubiler avec le fait que la sécurité à un coût. C'est vrai. Mais ne sommes-nous pas en train de redécouvrir en ce moment les coûts cachés de la mondialisation ? Les coûts que nous subissons sont très élevés, les plus importants depuis 1945. Nous devons repenser notre système économique à travers le concept de sécurité nationale. Je parle de sécurité nationale plutôt que de sécurité européenne, parce que l'Europe protège peu. Il ne s'agit évidemment pas de refuser ce que l'Europe peut nous apporter, mais plutôt de ne pas tout attendre d'elle. La France a tout misé sur l'Europe pour l'achat de vaccins. Plus pragmatique, l'Allemagne a accompagné la stratégie européenne d'achat de vaccins par des initiatives nationales. Il ne semble pas qu'elle ait eu tort.

 

La contrainte écologique : un danger pour notre système de santé ?
Consommation phénoménale d’énergie, déchets importants, matériel high-tech… La santé moderne, responsable de 5% de l’empreinte carbone de la France, n’est pas prête à faire face aux prochaines décennies. Une réflexion prioritaire doit être menée.
Nous sommes des membres du corps soignant, de toutes les professions qui le composent. Nous sommes dans nos villes, nos campagnes. Nous sommes libéraux, salariés, fonctionnaires. Soigner est notre but, le système de santé, notre outil de travail. En tant qu’utilisateur de cet outil, nous souhaitons manifester notre inquiétude. En effet, les prochaines décennies seront celles de la contrainte écologique. Notre système santé n’y est pas préparé. Nous craignons pour sa survie.
 
Médicaments, chirurgie de pointe, imagerie médicale, services de réanimation, vaccins, recherche médicale, Samu, néonatalogie, thérapies ciblées… Tous ces exemples illustrent les avancées indéniables en matière de santé publique des décennies passées. Les résultats sont indiscutables : augmentation de l’espérance de vie, éradication de maladies, prise en charge de pathologies autrefois incurables, etc. Voilà peut-être le vrai sens du mot «Progrès», avec son «P» majuscule. L’envers du décor, lui aussi, est impressionnant. Une consommation phénoménale d’énergie (3 millions de tonnes équivalent pétrole par an soit 35 milliards de kWh) correspondant à 2% de l’énergie finale consommée en France. Energie qui, nous le rappelons, est à plus de 60% d’origine fossile. Quelque 700 000 tonnes de déchets incluant près de 20% de déchets d’activités de soins à risque infectieux dont le traitement est coûteux, énergivore et polluant ; environ 800 litres d’eau par jour et par lit d’hôpital ; des intrants à n’en plus finir (nourriture, médicaments, dispositifs médicaux, papeterie…) représentant environ le quart de la facture carbone de la santé ; des déplacements de patients, de personnels et de visiteurs souvent en véhicules thermiques (voitures, ambulances, hélicoptères…) ; enfin, une grande quantité de matériel high-tech immobilisé avec les métaux rares qu’ils contiennent (hémodialyseurs, IRM, respirateurs de réanimation, automates de laboratoire…). Tous ces flux physiques, nécessaires à la structuration de notre système de santé, constituent la face cachée de celui-ci. Le constat est sans appel. La santé moderne est extrêmement émettrice de gaz à effet de serre (GES) : 35 millions de tonnes équivalent CO2 par an, 5% de l’empreinte carbone de la France. Et, de fait, elle est aussi extrêmement dépendante des combustibles fossiles.

Notre mission de soignant

Le dérèglement climatique et ses conséquences, décrites par les différents rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), nous incitent à limiter au maximum son importance, ce qui implique une réduction tout aussi importante de nos émissions de GES. Comment imaginer y parvenir sans impliquer le système de santé dans cet effort ? Une étude publiée en février dans The Lancet précise que le respect des objectifs de réduction des émissions de GES prévues par l’accord de Paris préserverait chaque année des millions de vies dans le monde, comparativement aux objectifs nationaux de réduction annoncés (NDC) et ce dès 2040. Primum non nocere (d’abord, ne pas nuire), apprenons-nous…

Ensuite, le dérèglement climatique amène de nouveaux défis sanitaires, sans doute les principaux de ce siècle. Sécheresses, catastrophes naturelles, canicules, zoonoses ou peut-être, un jour, la malnutrition… Le rapport The Lancet Countdown de 2020 confirme que les capacités des systèmes de santé à faire face aux chocs sanitaires futurs sont insuffisantes et notamment en France. La crise sanitaire du Covid-19 nous en donne d’ailleurs un aperçu plutôt saisissant. Pourtant, nous allons bien devoir faire face à tous ces nouveaux défis, il en va de notre honneur, c’est notre mission de soignant.

Enfin, vient la dépendance aux combustibles fossiles. Nous, soignants, connaissons le sujet. Qui dit dépendance, dit manque et les symptômes qui l’accompagnent… L’hôpital est accro au pétrole, il a besoin de sa dose de psychostimulant noir. En manquera-t-il un jour ? Les rapports «World Energy Outlook» de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), ainsi que celui du Shift Project de juin semblent indiquer que oui… Il y a donc effectivement un «risque» pour nos ambulances, nos médicaments made in ailleurs et notre matériel médical moderne, tous bien utiles (indispensables ?) pour soigner

Repenser une médecine préventive de proximité

Nous demandons donc aux pouvoirs publics d’ouvrir les yeux vis-à-vis de tous ces signaux qui, bientôt, ne seront plus faibles. Nous demandons qu’une réflexion prioritaire soit menée, afin de rendre notre système de santé le plus résilient possible à cette contrainte. Prenons l’exemple du système de santé britannique (NHS) qui, en février 2020, s’est engagé dans une démarche visant la neutralité carbone totale.

Nous pensons que la meilleure façon de garantir cette résilience est de diminuer la charge qui pèse sur les structures les plus dépendantes de l’énergie. Moins nous aurons besoin de soins curatifs, plus l’adaptation sera facile. Nous estimons de ce fait qu’un plan de prévention sanitaire courageux et ambitieux est à la fois indispensable et urgent. Il s’agirait de repenser une médecine préventive de proximité, d’accepter de lutter contre certains lobbies (alcool, agro-alimentaire…) et de réorienter les crédits publics de la recherche médicale vers la prévention.

De même, le système de financement des établissements sanitaires par la tarification à l’activité (T2A) incite à «produire» du soin. Est-il pertinent vis-à-vis de la contrainte écologique ?

Enfin, la relocalisation de la production de médicaments et de dispositifs médicaux garantirait l’indépendance de la France et diminuerait l’empreinte carbone de la santé.

Nous le répétons : soigner est notre objectif. La santé est un bien commun que nous devons préserver. L’histoire récente nous l’a montré. Le 26 décembre, Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS déclarait : «La pandémie a mis en évidence les liens intimes entre la santé des humains, des animaux et de la planète.»

Prenons tous ensemble conscience de l’existence de ces liens, afin de préserver l’ensemble durablement.

Sources :

• «Réalisation d’un bilan des émissions de gaz à effet de serre : secteurs établissements sanitaires et médico-sociaux». Ademe, 2020. 118 pp. Clés pour agir.

• «Vers un plan de transformation de l’économie française en faveur du climat et de la résilience». The Shift Project, juillet 2020. 272 pp.

• «Changement climatique et terres émergées». Giec, 2019.

• «World Energy Outlook 2018». IEA Publications, 2018.

• Auzanneau, Matthieu. «L’union européenne risque de subir des contraintes fortes sur les approvisionnements pétroliers d’ici 2030». The Shift Project, 2020.

Ottaway, Bénédicte. «NHS britannique, le carbonexit est enclenché». Le C2DS, février 2020.

• Hamilton, Ian. «The Public Health Implications of the Paris Agreement : a Modelling Study». The Lancet, février 2021.

Fondé par le médecin anesthésiste-réanimateur Arnaud Chiche le 27 juillet 2020, Collectif Santé en danger est aujourd’hui une association loi 1901 qui compte plus de 9 200 adhérents. Le collectif Santé en danger défend la parole et les revendications de l’ensemble des professionnels de santé, du privé comme du public. Accompagnés de Paul-Simon Pugliesi, médecin réanimateur au centre hospitalier de Chalon-sur-Saône et animateur du groupe de travail environnement du collectif Santé en danger, les soignants sonnent l’alerte quant à la durabilité du système de santé en France. Ils revendiquent une prise de conscience des pouvoirs publics

Collectif Santé en danger

publié le 13 mars 2021
 
«Attachez vos ceintures: la fin de l’argent magique est pour bientôt».

 

 

« Eviter le défaut sur la dette exigera une vision claire et une volonté de fer le moment venu, d’autant que le déni devant la menace nous promet une crise systémique dépassant largement l’Hexagone », met en garde le conseiller de Paris

La France ne remboursera pas sa dette comme convenu. Ce n’est plus une question de volonté mais de lucidité. Notre dette publique a fait un bond de 98% à 120% du PIB en un an. C’est un point de non-retour à en croire l’étude historique des crises par Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff (« This time is different »). Ce « quoi qu’il en coûte » était sans doute nécessaire pour éviter l’effondrement économique et limiter le recul du PIB à -8.3% sur 2020. Revenir à un niveau soutenable de dette est dorénavant une chimère avec une économie exsangue, la pression fiscale la plus élevée au monde et une dépense publique déjà calée à 60% du PIB. Nous devons réfléchir à la séquence suivante, lorsque le virus sera derrière nous.

Entre 2008 et aujourd’hui, la dette publique de la zone euro a grimpé de 70% à plus de 100% du PIB. Dans le même temps, le bilan de la Banque centrale européenne est passé de 2000 milliards à plus de 7000 milliards d’euros, soit une hausse correspondant à 40% du PIB de la zone euro, destinée à monétiser de la dette publique et privée. Achats obligataires massifs et taux négatifs ont incité les pays comme le nôtre à faire du déficit budgétaire la norme.

Perte de souveraineté. C’est ainsi que la France a fait le choix de perdre sa souveraineté financière bien avant la pandémie, aveuglée par le mirage de l’argent gratuit. Ce n’est pas tout. En tirant le niveau de rentabilité attendu des investissements privés vers le bas, l’écrasement de la courbe des taux a découragé la source essentielle de croissance future. Les capitaux se sont tournés vers des placements plus risqués et spéculatifs (voire exotiques comme le Bitcoin) afin d’obtenir un meilleur rendement. Cette euphorie se traduit par une rémunération insuffisante de risques excessifs.

«Tous les signaux annonciateurs d’une crise majeure sont réunis. L’illusion serait de croire que cette fois, c’est différent. Si les nouveaux outils de politique monétaires achètent du temps, ils ne nous feront pas échapper aux lois de la gravité»

L’exubérance irrationnelle des marchés s’accompagne de prix immobiliers historiques, d’un niveau record d’endettement public et privé tandis que la production décroche dans un contexte de montée des incertitudes. Tous les signaux annonciateurs d’une crise majeure sont réunis. L’illusion serait de croire que cette fois, c’est différent. Si les nouveaux outils de politique monétaires achètent du temps, ils ne nous feront pas échapper aux lois de la gravité financière et monétaire.

 

La BCE devra cesser un jour de laisser dériver son bilan, à moins que sa croissance ne déclenche en premier la vague d’inflation tant attendue. Dans les deux cas, les taux d’intérêt remonteront significativement. Nous ne pourrons alors échapper à une cure brutale de désintoxication de notre addiction aux déficits, le seul coût du renouvellement de la dette devenant insoutenable.

Volonté de fer. Déjà, des voix suggèrent que la banque centrale abandonne ses créances sur la France, soit un quart de notre dette publique. S’il devait être mis en œuvre, ce principe devrait viser aussi d’autres pays surendettés de la zone euro par souci d’équité. Les fonds propres de la BCE sombreraient dans des zones négatives abyssales – rien d’illégal en soi. A défaut de pouvoir la recapitaliser dans l’hypothèse d’un abandon de créances pour une valeur de quelques milliers de milliards d’euros, difficile d’éviter une crise de change et des ventes obligataires massives d’investisseurs inquiets. Ce scénario suppose l’accord de l’Allemagne et des pays adeptes de la rigueur : peu crédible, compte tenu de la difficulté à leur faire accepter le principe bien moins transgressif des « coronabonds ».

Eviter le défaut sur la dette exigera une vision claire et une volonté de fer le moment venu, d’autant que le déni devant la menace nous promet une crise systémique dépassant largement l’Hexagone. Nous pourrons envisager de repousser l’échéance d’une partie de la dette française de quelques décennies, en particulier via l’assurance-vie. Ce cadeau empoisonné fait aux générations futures ne fera que renforcer l’inquiétude des investisseurs français et internationaux. Apaiser les créanciers de l’Etat français nécessitera conjointement un plan drastique de réduction de l’encours de la dette restante.

«La huitième et dernière fois que la France a fait défaut remonte à 1812. Nous avons la capacité d’affronter cette crise annoncée et d’éviter un neuvième défaut. Mais les années d’insouciance sont derrière nous»

Il y a trois manières d’y parvenir. L’hyper-croissance en est une, mais les exemples passés sont rares et notre modèle économique et social offre peu d’espoir dans ce sens. Une autre est l’inflation que les banques centrales ont tant de mal à susciter et dont la perte de contrôle peut se révéler dévastatrice. Reste enfin la baisse drastique de la dépense publique : allongement des durées de cotisation et baisse des pensions de retraite, des salaires de la fonction publique et des dépenses sociales. Cette dernière solution reste la plus fréquente dans l’histoire, non par choix idéologique mais tout simplement parce que les caisses de l’Etat sont vides à la fin du mois. C’est ce qui nous arrivera le jour où personne ne prendra le relais de la BCE pour financer à crédit un train de vie dépassant très largement nos revenus.

Au terme d’un demi-siècle de déficits budgétaires ininterrompus, notre pays doit se préparer à un atterrissage douloureux. La huitième et dernière fois que la France a fait défaut remonte à 1812. Nous avons la capacité d’affronter cette crise annoncée et d’éviter un neuvième défaut. Mais les années d’insouciance sont derrière nous. Tous ceux qui pensent pouvoir danser tant que la musique joue doivent être conscients des risques encourus. Nous surmonterons cette crise systémique si notre démocratie ainsi que la cohésion européenne résistent au choc de la douleur des mesures que nous repoussons en les sachant inévitables. En attendant ce jour, plus ou moins proche, attachons bien nos ceintures.

Aurélien Véron est conseiller de Paris, porte-parole du groupe Changer Paris (Républicains, centristes et indépendants), et conseiller métropolitain.

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