ONG, monde associatif, l'envers du décor...

Publié le par ottolilienthal

Guerre en Ukraine : la faute d'Amnesty International

ÉDITO. En mettant sur le même plan, dans un rapport, l’agresseur russe et l’agressé ukrainien, la célèbre ONG confirme sa dérive tendancieuse.

La défense des droits de l'homme est entre de drôles de mains. Créée en 1961 par un avocat britannique, Amnesty International n'en finit pas de publier des rapports déconcertants, qui n'ont plus grand-chose à voir avec ses combats initiaux pour la liberté individuelle et la dignité humaine (défense des prisonniers politiques, lutte contre la torture et la peine de mort...).

Amnesty s'est peu à peu installée dans un rôle d'arbitre moral de l'humanité. Revendiquant toujours son « impartialité », elle prend en réalité des positions très tendancieuses et peu soucieuses des faits. En février 2022, l'ONG a ainsi repris à son compte l'accusation d'apartheid contre Israël

Son agenda également laisse perplexe. Témoin sa dernière note sur l'Ukraine. L'ONG accuse l'armée ukrainienne de violer le droit humanitaire international. Selon elle, cette dernière met en péril la population civile en « établissant des bases et en utilisant des systèmes d'armement dans des zones résidentielles habitées, notamment des écoles et des hôpitaux ».

L'agresseur et l'agressé sur le même plan

C'est probablement vrai. Mais Amnesty a peut-être de meilleures idées à soumettre aux Ukrainiens pour se défendre contre leur agresseur. Ne feraient-ils pas mieux d'installer leurs systèmes d'armement à découvert, dans les champs ou sur les routes ? Et ainsi constituer une cible plus facile ? On attend qu'Amnesty fasse la même enquête dans les zones tenues par les Russes... 

Comprenons bien le message induit par son communiqué : si l'armée russe tue des civils en Ukraine, c'est la faute des Ukrainiens eux-mêmes… Mettre sur le même plan l'agresseur et l'agressé, voilà la définition de l'impartialité selon Amnesty International.

La première à dénoncer cette communication fut… la responsable de la section ukrainienne de l'ONG, Oksana Pokalchuk. Elle reproche à l'organisation de ne pas avoir été associée à cette enquête menée par deux chercheurs étrangers peu familiers de l'Ukraine. Et, surtout, elle dénonce un « outil de propagande russe ». « Si vous ne vivez pas dans un pays envahi par des occupants qui le morcellent, vous ne comprenez probablement pas ce que c'est de condamner une armée de défenseurs », a-t-elle déclaré.

La course à l'abîme

Amnesty a ensuite présenté ses excuses, regrettant « la détresse et la colère provoquées » par son communiqué. Il n'empêche, le trait d'équivalence que l'ONG trace entre la Russie et l'Ukraine trahit son « consentement au pire », selon l'expression d'Alexis Lacroix, dans La République assassinée. Weimar 1922 (Ed. du Cerf). Un ouvrage magistral qui narre avec force les derniers jours de la république de Weimar et, à travers celle-ci, « le grand basculement de la civilisation européenne et son effondrement dans la barbarie ».

Un cataclysme qu'accompagnèrent certains pacifistes extrêmes du camp des démocraties occidentales, « insensibles aux misères du présent et pour lesquels n'existait aucune différence de nature entre le régime démocratique de Weimar en ses imperfections connues et le national-socialisme en son abjection émergente ».

 
 

Avec sa mise en équivalence fallacieuse, Amnesty International étouffe sa flamme et fait mentir sa devise : « Mieux vaut allumer une bougie que maudire les ténèbres ».

Climat : pourquoi l’étude qui cible les milliardaires est problématique

TRIBUNE. Selon Greenpeace et Oxfam, 63 milliardaires auraient une empreinte carbone équivalente à celle de 50 % de la population française. Qu’en est-il ?

Les ONG Greenpeace et Oxfam ont publié une courte étude dans laquelle elles expliquent que le patrimoine financier de 63 milliardaires émettrait autant de gaz à effet de serre que la moitié des Français. Pour en arriver à cette comparaison, les ONG ont considéré les participations des milliardaires dans leur entreprise principale : Auchan pour Gérard Mulliez, CMA-CGM pour Rodolphe Saadé, Lactalis pour Emmanuel Besnier… Cette comparaison est problématique à plusieurs titres.

La concentration de l'actionnariat est un sujet qui peut être discuté sous un angle social ou économique, mais ce n'est pas spécialement un enjeu environnemental. En effet, si les entreprises mentionnées dans l'étude avaient un actionnariat dispersé, leur empreinte carbone ne serait pas inférieure.

Ce n'est pas le fait qu'une entreprise soit possédée par un nombre réduit ou non de personnes qui rend son secteur d'activité compatible avec la neutralité carbone, ou qui conditionne les efforts qu'elle peut faire pour réduire son empreinte carbone.

Quid du rôle des entreprises ?

Si les entreprises de MM. Mulliez et Saadé existent, c'est parce qu'elles ont une clientèle, qui paie pour leurs services. Il n'est donc pas légitime d'imputer à ces personnes l'intégralité de l'empreinte carbone de leur entreprise, au pro rata de leurs actions, en dédouanant au passage leur clientèle de sa responsabilité.

Prenons un exemple : si j'achète une voiture lourde et que je l'utilise pour tous mes déplacements, le CO2 que j'émets est-il davantage de la responsabilité des actionnaires des compagnies pétrolières qui m'ont vendu le carburant, ou de la mienne ? C'est moi qui ai choisi d'acheter un tel véhicule et de l'utiliser autant. La responsabilité est donc a minima partagée.

Se concentrer sur l'offre en visant les entreprises – ou les milliardaires qui les possèdent – tout en niant le service qu'elles apportent est une approche stérile sur le plan environnemental. Si une entreprise produit des biens ou fournit des services incompatibles avec la neutralité carbone, il ne suffit pas de lui faire cesser son activité. Vu qu'elle répond à une demande, d'autres prendraient le relais. Et si aucune ne prend le relais, la pénurie risque de faire perdre l'adhésion des populations aux enjeux de décarbonation.

Espérer sevrer la population du pétrole via de la pénurie si les pétroliers cessaient d'investir sous la pression des ONG risquerait surtout de susciter des mouvements de type Gilets jaunes. Si on met à bas le transport maritime, ce sont tous les produits bon marché fruits de la mondialisation auxquels la population estime avoir droit (smartphones, ordinateurs, fruits hors saison, etc.) qui deviendront économiquement inaccessibles.

Pour faire avancer la neutralité carbone en démocratie, il est essentiel de réussir à réduire la demande – plutôt que l'offre – des biens et services non durables : cela peut passer par l'éducation de la population pour lui faire prendre conscience de l'impact de son mode de vie, par la pression sur les autorités politiques pour qu'elles fassent évoluer les réglementations, etc.

L'impact des modes de vie des milliardaires

Les personnes riches ont des impacts sur l'environnement et le climat supérieur aux personnes pauvres, de par leur mode de vie : logements plus grands et nombreux, davantage de déplacements et avec des modes de transport plus carbonés, consommation plus importante en général, etc. Le sujet de la justice sociale est donc un élément central quand on parle de décarbonation. Mais il doit être traité correctement et n'autorise pas les comptabilités scabreuses destinées à pointer d'artificiels coupables.

 

Plus qu'inutile, cette approche est dangereuse : comment motiver la population à faire des efforts pour réduire son empreinte carbone si on lui explique (à tort) que 63 personnes en France auraient une empreinte carbone équivalente à celle de la moitié de la population ?

Qui agit réellement pour le climat ?

Il y a finalement un point commun entre les entreprises, les politiques et les ONG : la plupart ne s'intéressent pas fondamentalement aux enjeux environnementaux et climatiques mais à la perception qu'en ont, respectivement, leur clientèle, leur électorat, leurs militants/adhérents. L'enjeu est moins d'être efficace sur ces sujets que de donner l'impression de l'être, sans contraindre le segment de population servi.

Une entreprise ne va pas chercher à contraindre sa clientèle. Une personnalité politique pourra reconnaître la gravité de l'urgence climatique si cela inquiète ses électeurs, sans pour autant s'attaquer résolument à la cause du problème si ça doit demander des efforts ou aller à l'encontre des convictions de son électorat.

Enfin, de nombreuses personnes sincèrement préoccupées par l'environnement rejoignent des ONG pour avoir le sentiment d'agir. Mais qui a envie de comprendre que ce sont nos modes de vie qui, en large partie, posent problème ? Que nous ne répondrons pas à l'urgence climatique sans faire évoluer profondément notre rapport à la consommation ? Certaines ONG répondent donc à leur demande : elles pointent des coupables faciles, nécessairement autrui. À défaut de faire progresser l'écologie, c'est rassurant. Nous ne sommes pas responsables. C'est aux autres d'agir…

 
 

 Maxime Cordiez, ingénieur dans le secteur de l'énergie.

Oxfam à poigne

 

On en sait un peu plus sur les licenciements et les fermetures de bureau annoncés par Oxfam le 20 mai. Il s'agit donc de 18 bureaux et de 1 500 emplois, soit près du tiers des effectifs. Petit détail troublant : alors qu'Oxfam France se présente sur son site internet comme "un mouvement citoyen qui lutte contre les injustices et la pauvreté", on découvre que le dégraissage, du genre massif, ne concerne que les pays pauvres (Thaïlande, Afghanistan, Tanzanie, Burundi, Bénin..). Curieusement, ces pays ont un point commun : aucune législation sociale ne défend les salariés en cas de licenciement. Mais tout celà n'est pas grave, puisque, comme l'a expliqué Duflot sur son compte twitter : "Oxfam ne "licencie" pas 1 500 personnes, mais organise le départ progressif de certaines de ses équipes". Si c'est progressif...

C'est pourtant la même Cecile Duflot qui avait signé une tribune dégoulinante, le 27 mars, appelant à préparer le fameux "jour d'après" : "Pour éviter une très grave crise sociale qui toucherait de plein fouet chômeurs et travailleurs, il faut interdire tous les licenciements dans la période"..

Sauf si c'est loin des médias et si c'est progressif...

 

Le Canard enchaîné, 17/06/2020

La descente aux enfers d'Oxfam

Sa réputation était déjà écornée par plusieurs scandales. La crise du Covid va contraindre l'ONG à mettre en place un plan de licenciements.

 
 
L'exploitation sexuelle serait «endémique» dans le secteur humanitaire selon un rapport
 

Le problème de l’exploitation sexuelle est « endémique » dans le secteur de l’aide humanitaire, qui n’en a pas fait assez pour tenter de l’éliminer, une attitude qui frise « la complicité », selon un rapport parlementaire britannique publié ce mardi.

Ce rapport de la Commission du Développement international de la chambre des Communes fait suite au scandale provoqué par les révélations en février d’abus sexuels commis par certains employés de l’ONG britannique Oxfam après le séisme dévastateur de 2010 en Haïti. Ces révélations avaient déclenché une cascade de plaintes à travers le secteur.

« C’est endémique, et ça l’est depuis longtemps »

La Commission estime que l’ampleur du problème est impossible à déterminer mais soupçonne que les cas connus ne sont que le sommet de l’iceberg.

« Il y a des cas d’exploitation et d’abus sexuels, et ils ont lieu à travers les organisations, les pays et les institutions. C’est endémique, et ça l’est depuis longtemps », souligne-t-elle. « La fourniture d’aide aux personnes et communautés en crise a été minée par des prédateurs sexuels qui exploitent des systèmes de gouvernance affaiblis », a-t-elle ajouté.

Des pistes pour lutter contre l’exploitation sexuelle

Selon les députés, le secteur humanitaire surestime les efforts déployés pour résoudre le problème : l’autorégulation qu’il a mise en place est insuffisante. Ils recommandent notamment le déploiement d’un registre mondial des travailleurs humanitaires pour empêcher les prédateurs sexuels de se maintenir en passant d’une ONG à une autre.

« Le secteur humanitaire, collectivement, a connaissance depuis des années des cas d’exploitation et d’abus sexuels par son propre personnel mais l’attention qu’il a donnée au problème n’est pas à la hauteur du défi », a déploré le rapport, dénonçant une « culture du déni » au sein des ONG comme des Nations unies.

La réponse « molle » du secteur a créé « une impression globale de suffisance, qui frise la complicité », a-t-il ajouté, estimant que les ONG étaient plus soucieuses de protéger leur « réputation » que des victimes.

Le Royaume-Uni accueillera en octobre une conférence internationale destinée à définir une approche commune à tout le secteur. Judith Brodie, qui supervise le réseau britannique des ONG de développement international, a assuré dans un communiqué qu’elles œuvraient à mettre fin aux abus sexuels et que « le changement a commencé ».

 

20 Minutes avec AFP

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