ces chers religieux...

Publié le par ottolilienthal

Les Frères de Plymouth ou la religion de l’entre-soi

Ils se disent «comme tout le monde» mais n’acceptent de partager un repas qu’avec leurs pairs. Un projet de salle de culte, à Rillieux-la-Pape, remet en lumière, bien malgré eux, les discrets Frères de Plymouth.

Les Frères de Plymouth sont des évangéliques rigoristes, qui se disent 1.400 en France et 52.000 dans le monde - anglo-saxon surtout -. Ils avaient été critiqués, en 2005, par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.

Dans son rapport, dénoncé par la communauté religieuse comme «une série de contre-vérités», la Miviludes s’était inquiétée du sort des enfants, coupés du monde d’après des témoignages recueillis à l’époque.

L’année suivante, une commission d’enquête parlementaire avait également épinglé ce mouvement, né au 19e siècle en Irlande autour d’un pasteur ayant rompu avec l’église anglicane, John Nelson Darby.

L’Église chrétienne des Frères de Plymouth, constituée en association loi 1905, n’a guère fait parler d’elle depuis. Sur internet, elle affiche 33 lieux de culte en région parisienne, dans le Gard, près de Toulon, dans la vallée du Rhône, et, plus près de chez nous, sur le plateau Ardèche/Haute-Loire et à Saint-Étienne.

200 pratiquants dans les environs

Début juillet, un permis de construire est apparu en lisière de Rillieux-la-Pape et Neyron au nord de Lyon, annonçant l’arrivée d’une nouvelle salle d’un millier de places - pour seulement 200 pratiquants dans les environs - et d’un grand parking. 

Le projet oppose les deux communes et un collectif d’habitants dénonce son impact environnemental. «On n’a rien contre eux. Ce serait un supermarché, ce serait pareil», dit un de ses membres.

Le maire LR de Rillieux Alexandre Vincendet, qui a rendu le terrain constructible, est à l’aise face aux critiques: c’est un élu écologiste, dans le passé, qui a fait cette promesse - sans la tenir - aux darbystes.  «Ça fait 18 ans qu’on essaie de construire cette salle, on ne va pas lâcher maintenant», affirment les intéressés.

Dans le voisinage, certains redoutent que le quartier devienne leur fief. Ils possèdent déjà des maisons alentour et huit hectares d’espaces naturels, achetés à l’État 900.000 euros via une SCI associant plusieurs entreprises appartenant à des adeptes.

«On aime bien aider les autres»

M. Guilhot, chargé du projet au sein des Frères de Plymouth, assure ne rien faire dans le dos des riverains. Rencontré à deux reprises avec d’autres membres, M. et Mme Pélissier, il est d’accord pour parler de la communauté mais sans que leurs prénoms apparaissent, «par souci de discrétion».

«On est des gens comme tout le monde, de tous milieux, avec des patrons et des employés», entame M. Pélissier, qui appartient à la première catégorie.

«On aime bien aider les autres», enchaîne son épouse, citant leur association vitrine, Rapid Relief Team, qui distribue de la nourriture sur les lieux de catastrophes, comme récemment dans les Alpes-Maritimes. Leur fonds de dotation bénéficie régulièrement aux pompiers, aux hôpitaux, à des associations.

La célébration de la Cène chaque dimanche

Reste que ces jusqu’au-boutistes du principe biblique de la «séparation» entre le bien et le mal ne s’autorisent à boire et manger qu’avec ceux qui partagent le fondement de leur foi : la célébration de la Cène chaque dimanche. «Ceci ne veut pas dire que nous nous considérons supérieurs à ceux qui nous entourent. Nous vivons et travaillons à côté d’eux en harmonie», précise le site officiel de la communauté.

Se qualifiant de «pure», celle-ci se caractérise par «des relations de solidarité très forte» entre les adeptes et «un comportement discriminatoire» envers les autres, estime-t-on au contraire de source gouvernementale. Aucune dérive sectaire, selon les critères de la Miviludes, n’a été signalée mais l’instance, rattachée récemment au ministère de l’Intérieur, a été sollicitée plus d’une trentaine de fois, depuis 2015, par des particuliers et des institutions.

Un réseau d’établissements scolaires hors contrat

Les Frères de Plymouth ont un réseau d’établissements scolaires hors contrat, OneSchool, où l’on assure que les inspections se passent bien - deux rectorats interrogés n’ont pas démenti - car le programme de l’Éducation nationale y est respecté scrupuleusement.

À une impasse près : l’éducation sexuelle. «Le cours est rédigé mais il est remis aux parents sans être dispensé à l’école», reconnaît Vanessa Jakubowski, directrice dans le Gard depuis 2010.

Scolarisés du CM2 à la Terminale, les élèves peuvent passer deux baccalauréats tournés vers la gestion. En troisième, ils remplissent une fiche d’orientation mais Vanessa Jakubowski, contactée avec la bénédiction de la communauté, n’en a jamais vu aucun choisir une autre filière.

Les professeurs viennent de l’extérieur et toute ingérence religieuse est exclue. «L’école, c’est l’école, on ne mélange pas», assure M. Guilhot. «Il incombe aux administrateurs de s’assurer que tous les aspects de la vie scolaire soient en accord avec la Bible», mentionnait toutefois un guide remis aux arrivants, il y a quelques années, dans un établissement du réseau.

Communauté endogame

Ce document consulté recommandait aux enseignantes «le port de la jupe ou d’une robe en dessous du genou», tandis qu’un contrat de travail signé à pareille époque interdisait de divulguer la moindre information sur l’école.

Questionnée là-dessus, Vanessa Jakubowski répond que les contraintes vestimentaires se sont adoucies - le tailleur-pantalon est admis mais pas le jean - et qu’elle n’a jamais dû signer une clause de confidentialité.

«La place des femmes est celle qui découle d’un principe établi dans la Bible», déclaraient dans les colonnes de notre quotidien, en 2003, des représentants des Frères.  «Je ne reste pas à faire la vaisselle toute la journée», balaie aujourd’hui Mme Pélissier, qui travaille dans l’entreprise de son mari. «Personne n’est emprisonné chez nous, on a la liberté de faire ce qu’on veut.»

Les mariages se font essentiellement entre membres. Une contrainte ? «C’est préférable mais on ne force personne», répond M. Pélissier.  Un agent administratif ayant reçu une mère et sa fille pour une formalité a cependant relaté avoir vu pleurer cette dernière, proche de se marier avec un étranger et de partir dans son pays, «ce qui n’avait pas l’air d’être son choix».

Les entreprises recrutent aussi beaucoup dans la communauté mais celle-ci récuse toute forme de discrimination ou d’embrigadement. «À aucun moment ils n’ont cherché à me convertir», certifie une ancienne secrétaire de M. Pélissier.

«Le jour où vous partez, c’est très violent»

Peut-on quitter la communauté ? «On ne peut pas dire que personne ne sort. Les échecs, ça peut arriver, mais des gens qui renoncent complètement à leur foi, je n’en connais pas beaucoup», indique M. Pélissier.

L’AFP en a retrouvé. «Le jour où vous partez, c’est très violent car c’est la première fois que vous prenez une décision par vous-même», confie un homme. «Vous êtes considéré comme un adversaire», dit un autre. «Très peu s’en vont. Beaucoup ont essayé et ont été récupérés.»

Les témoignages, anonymes et rares, parlent d’emprise mais personne n’a jamais porté plainte contre ceux qui, à l’inverse, poursuivent volontiers leurs détracteurs en diffamation.

«On a la trouille car ils sont puissants. On a envie d’une seule chose quand on sort, c’est qu’ils nous oublient», explique une ancienne adepte.

AFP - 23 oct. 2020

 
"A cause d'eux, nous mourrons tous !" : l'irresponsabilité des ultra-orthodoxes affole les Israéliens
Alors que les villes où les rabbins orthodoxes font la loi deviennent les principaux foyers de l’épidémie, la population redoute la contagion malgré les mesures drastiques prises dans l’Etat hébreu.

« Ils rempliront les lits d’hôpitaux, il n’y en aura plus un seul pour les autres et nous mourrons tous ! » La romancière israélienne Naomi Ragen, qui vit à Jérusalem, exprime la colère de milliers d’Israéliens devant la situation créée en pleine épidémie par les « haredim », les ultra-orthodoxes. Refusant les consignes de confinement, persistant à fréquenter leurs synagogues, ils sont désormais frappés de plein fouet par le coronavirus et représentent la moitié des cas hospitalisés en Israël.

Naomi Ragen, née aux Etats-Unis, vient elle-même d’un milieu très religieux. Elle l’a quitté et dénonce depuis plus de vingt ans les aberrations de l’obscurantisme dans des romans très populaires, comme « Sotah » (la femme adultère), traduit en français aux éditions Yodéa. Naomi a été aussi l’une des premières à combattre la tyrannie des machos religieux qui ordonnent aux femmes de s’entasser à l’arrière des bus. Aujourd’hui, elle voit se vérifier toutes ses peurs. « Les gens sont furieux et stressés, explique–t-elle, Certes, voici quelques jours, un rabbin très écouté a déclaré que tout individu qui se hasardait dehors était un assassin. Cela a eu un certain effet mais des haredim ont continué à aller à la synagogue, aux mariages et aux enterrements. Leur unanimisme commence pourtant à se fissurer. Le ministre de la Santé, Yaakov Litzman, est un orthodoxe mais il veut tout de même boucler complètement Bnéi Brak. Il est temps ! »

Bnei Brak, épicentre du coronavirus

Bnei Brak, banlieue de Tel-Aviv, est l’un des bastions des craignant-Dieu. 34 % des résidents qui se sont fait tester ont contracté le virus. La ville compte 508 cas déclarés mais 1.800 personnes seulement ont accepté l’isolement. En comparaison, Tel-Aviv la laïque compte 261 cas et 15.500 personnes à l’isolement ! A Bnei Brak, constate le reporter du quotidien Haaretz, la directive demandant de ne pas se rendre dans les synagogues est placardée sur les murs : seulement, une autre affiche, en yiddish celle-là, invite les fidèles à venir y étudier et prier ! Pour de nombreuses sectes, dont certaines se proclament anti-sionistes, la langue d’usage reste en effet le yiddish, l’hébreu devant demeurer langue sacrée.

La situation constitue un casse-tête tragique pour les services sanitaires. Sur quelle communication tabler alors que les étudiants des écoles religieuses n’ont pas de smartphone, ne se connectent pas à Internet et ne regardent pas la télévision ? Les seuls vecteurs d’information sont l’affichage, les haut-parleurs aux carrefours et les lettres des rabbins. Le ministre de la Santé, qui voulait ménager ses amis les bigots, semble avoir pris conscience du danger un peu tard et de nombreuses voix appellent à sa démission.

Divorce laïques/religieux

L’épidémie ravive ainsi le conflit entre laïques et religieux qui déchire la société. Le plus grave pour l’unité du pays. Ce divorce a empêché la formation d’un gouvernement et provoqué trois scrutins législatifs en moins d’un an avant que le virus ne pousse voici quelques jours les partis ennemis à conclure un pacte d’urgence nationale. « Les gens ne peuvent pas vivre ensemble, cela se voit aujourd’hui avec une clarté tragique, les haredim manifestent la même indifférence au sort collectif que lorsqu’ils refusent de faire leur service militaire. Maintenant, eux-mêmes sont frappés en raison de leur obscurantisme ! » résume Yaron, un ingénieur tel-avivien de 54 ans.Même révolte douloureuse chez l’écrivain Yishai Sarid, auteur notamment du « Troisième temple » (éditions Actes sud), un conte fantastique où il imagine la prise de pouvoir de l’Etat hébreu par les fanatiques. « Je n’ai rien contre cette communauté qui se trouve dans une situation alarmante mais c’est le fruit mortel de l’ignorance, de l’autorité désastreuse de ses rabbins, du refus des décisions de l’Etat, accuse Sarid, Je respecte les convictions religieuses et je ne les confonds pas avec la bêtise et l’irresponsabilité... »

Dans une intervention télévisée, Benyamin Netanyahou, a interdit tout regroupement de plus de deux personnes. « Les minorités qui ne respectent pas ces restrictions se mettent en danger et mettent en danger les autres ! » a martelé le Premier ministre, lui-même testé négatif mais à l’isolement en raison d’une contamination de sa conseillère. Deux partis ultra-orthodoxes, le Shas (Gardiens séfarades de la Torah) et « Unité de la Torah » (ashkénaze), sont pourtant les meilleurs alliés de Netanyahou. Ils lui imposent leurs conditions depuis des années : crédits illimités aux écoles religieuses et silence sur les dérives fanatiques. La tragédie du coronavirus va-t-elle pulvériser ces liaisons dangereuses ?

Martine Gozlan

Pays-Bas : le combat pas si loufoque d'une fidèle de l'Église du spaghetti volant

La justice néerlandaise vient de refuser sa demande. Elle ne pourra pas porter de passoire sur son passeport explique « The Guardian ».

 
 
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