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What a wonderful ménage, Nelson Monfort !

Publié le par ottolilienthal

Pierre Salviac : « Stade 2, c'était troisième mi-temps tous les dimanches soir »

VIDÉO. L'ex-commentateur de rugby se souvient des années Chapatte, plaque sévèrement Nelson Montfort et se dit pessimiste sur l'avenir du sport sur les chaînes du service public.

What a wonderful ménage, Nelson Monfort !

Par Raphaël GARRIGOS et Isabelle ROBERTS
 

 

Nelson, Nelson, Nelson… Encore une fois, one more time , le journaliste sportif polyglotte de France Télévisions s’est fait attraper la main dans le pot de confiture. Il y a deux ans, un ménage -- c’est ainsi que, chez les journalistes, on appelle une collaboration extérieure -- pour le compte d’Eurodisney lui avait valu un blâme. Enfin, peut-être. Cette fois, c’est la mise à pied que risque Nelson Monfort. Enfin, sans doute.

 
 

En cause, ainsi que l’indiquait lundi Lepost.fr , une perruque (autre sobriquet pour ces joyeuses entorses à la déontologie) pour le site Athlenergy.com conçu par Areva, sponsor des championnats d’Europe d’athlétisme en salle, que le même Nelson doit commenter pour France Télévisions du 4 au 6 mars prochain. L’affaire fait du vilain au point que Nelson Monfort a décidé de se faire tout petit. «Devant le tollé , déclare-t-il à Libération, j’ai décidé de ne pas donner suite à cette collaboration.»

Trop tard, le mal est fait. Et hier encore, la perruque de Nelson trônait sur le site Athlenergy.com. On pouvait voir le journaliste sur la cendrée (d’accord, c’est du plastique) ou dans les starting-blocks : «Bonjour, c’est Nelson Monfort, bienvenue sur Athlenergy.com dont je suis le consultant exceptionnel à l’occasion des championnats d’Europe d’athlétisme en salle.» Et après avoir expliqué qu’il allait interviewer des athlètes, il conclut: «N’oubliez pas, don’t forget, tout se passe sur Athlenergy.com avec Areva, partenaire de l’athlétisme.»

Alain Vernon, élu SNJ-CGT au service des Sports, ne décolère pas : «C’est un conflit d’intérêt caractérisé, Nelson Monfort entache l’image des journalistes des sports du service public. Il enfreint la loi de France Télévisions. Et les gens qui se croient au-dessus des lois, on appelle ça des mafieux.» En 2009, le service des Sports avait déjà tangué sur l’air des ménages. Et encore une fois, c’est Nelson Monfort qui était en cause. Après avoir animé -- bénévolement, jurait-il alors -- une «tennis party» à Eurodisney, Monfort recevait dans Tennis Club , sur France 4, rien moins que Mickey -- oui, la souris. Surtout, à cette occasion, plusieurs autres cas de ménages au service des Sports de France Télévisions s’étaient fait jour : un rédacteur en chef qui se fait porter pâle un jour de compétition parce qu’il fait le speaker pour ladite compète. Tel autre journaliste vedette qui anime une vente de meubles ou des trophées sportifs locaux. A l’époque, le directeur des Sports, Daniel Bilalian, jure qu’il va intimer l’ordre à tous de lui soumettre toute éventualité de perruque pour autorisation. Sauf que deux ans plus tard…

Pour Arnaud Romera, président de la société des journalistes des Sports à France Télévisions c’est clair et net : «Bill avait pris l’engagement que ce genre de pratiques ne se reproduirait plus mais rien n’a été fait.» Pire, selon Antoine Chuzeville, élu SNJ : par la suite, d’autres têtes d’affiche ont été épinglées, comme Patrick Montel, également commentateur de l’athlétisme sur France Télévisions. «Montel a animé le meeting de Saint-Denis pour l’organisateur sans l’autorisation de Bilalian. Comme pour Monfort, on nous a dit qu’il avait eu un avertissement, mais on n’en a jamais eu la preuve. Et ensuite, Bilalian les a autorisés à faire des ménages : c’est comme si tu te faisais choper à conduire sans permis, et qu’on t’en délivre un derrière !» Plus grave, Arnaud Romera raconte que devant la SDJ, il y a quatre ans, Daniel Bilalian avait justifié les ménages : «Il nous a dit que, comme il ne pouvait pas faire d’augmentations de salaire, il n’empêcherait pas les collaborations extérieures.»

Daniel Bilalian n’a pas donné suite aux demandes d’entretien de Libération , refusant d’évoquer «une affaire interne» . Vaste blague quand on sait que les ménages, dont certains sont restés célèbres, tels ceux de Christine Ockrent, sont un problème vieux comme la mire. Au SNJ, on se bat depuis des lustres pour qu’un code de déontologie soit adopté au niveau de tout le groupe France Télévisions. Souci : il devait être inscrit dans la convention collective, dont les négociations entre syndicats et le président, Rémy Pflimlin, sont au point mort…

Alain Vernon précise que les débordements déontologiques ne touchent pas tout le monde. «Sur 52 journalistes au service des Sports, 5 ou 6, les vedettes, ont des activités extérieures autorisées, les autres tirent 100% de leurs revenus de leur activité journalistique à France Télévisions.» Mais pas l’admirable Nelson. Sa pige chez Athenergy -- «une collaboration exclusivement journalistique» , assure-t-il, feignant de ne pas voir le problème --, il jure avoir voulu la soumettre à Bilalian. Mais voilà, explique Monfort : «La demande a été faite il y a trois semaines et n’a malheureusement pas suivi le cours normal de l’acheminement.» D’ailleurs, dit-il, «si la réponse avait été négative, je ne l’aurais pas fait» . Il faut croire que l’absence de réponse de Bilalian valait consentement…

 

Raphaël GARRIGOS et Isabelle ROBERTS

Paru dans Libération du 23 février 2011

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