Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

les aventures de la dette publique

Publié le par ottolilienthal

La Cour des comptes alerte sur la menace d'une dette non maîtrisée de la France

Les Sages appellent à un effort « dans la durée » pour réduire la dette publique « à un rythme adapté » une fois l'économie française repartie.

La Cour des comptes tire la sonnette d'alarme. Dans son rapport annuel sur la situation et les perspectives des finances publiques, elle dit s'inquiéter de la menace pour la France d'une dette publique qui ne serait pas maîtrisée, et appelle à un effort « dans la durée » pour la réduire « à un rythme adapté » une fois l'économie française repartie. « Le rééquilibrage spontané des comptes publics, ne sera, selon toute vraisemblance, que très partiel : sans action de redressement, le déficit risque d'être durablement très élevé (…). La trajectoire de la dette ne serait alors pas maîtrisée », prévient la juridiction.

La crise économique engendrée par la pandémie de Covid-19 va conduire la France à une récession inédite cette année, avec une chute du PIB qui pourrait atteindre 11 % et une dette publique qui devrait gonfler pour s'élever à 120,9 % du PIB, selon les prévisions du gouvernement. Celui-ci a déjà prévenu qu'il comptait sur le rebond de la croissance pour réduire à terme l'endettement de la France, et qu'il n'augmenterait pas les impôts pour rembourser la dette. Les Sages de la rue Cambon ont établi trois scénarios de reprise de l'activité, et même le plus optimiste ne prévoit pas un retour au niveau d'endettement d'avant la crise – soit un peu moins de 100 % du PIB – d'ici à 2030.

Un « examen en profondeur » des dépenses publiques

Pour la Cour, « il ne faut pas tout attendre » de la croissance et « un effort de redressement structurel des finances publiques doit être engagé » dès que les conditions économiques le permettront. « Il ne doit pas être trop brutal pour ne pas casser la reprise, mais il doit être poursuivi avec constance pour obtenir des résultats tangibles », ajoute-t-elle, appelant à la définition d'une trajectoire dans une loi de programmation des finances publiques « au plus tard » au printemps prochain.

Les Sages appellent ainsi à un « examen en profondeur » des dépenses publiques, pour privilégier les dépenses d'investissement, notamment dans la transition écologique et la santé, en parallèle d'un « effort accru de maîtrise des autres dépenses ». Les conditions de taux d'intérêt bas sont « favorables » à de telles décisions, plaident-ils, prévenant en revanche des risques sur la « soutenabilité » de la dette en cas de remontée des taux. Par ailleurs, le plan de relance que prévoit de déployer le gouvernement à la rentrée devra contenir des actions de soutien « temporaires » et ciblées, sans financement par un surcroît d'endettement public, estime la Cour.

Publié le | Le Point.fr

 

 

 

https://www.lepoint.fr/economie/la-cour-des-comptes-alerte-sur-la-menace-d-une-dette-non-maitrisee-de-la-france-30-06-2020-2382364_28.ph

« Annuler la dette, c’est toujours en transférer le fardeau à d’autres »

 

De Jean-Luc Mélenchon à Alain Minc, nombreux sont ceux qui prônent l’annulation pure et simple de la dette européenne. Mais, demain, il faudra bien payer, prévient l’économiste dans sa chronique.

Jusqu’ici, la réponse économique à la crise sanitaire a été rapide et forte. Les règles budgétaires ont été suspendues, la surveillance des aides publiques aux entreprises a été assouplie et, avec l’appui de la Banque centrale européenne (BCE), les Etats ont pu jouer leur rôle de pompiers. La France en a efficacement tiré parti.

Ce n’était que le début. Il va falloir faire plus : immédiatement pour aider les entreprises à redémarrer et pour préserver autant que possible l’emploi ; dans quelques mois pour redonner confiance aux ménages, appuyer les transitions professionnelles, stimuler l’investissement, renforcer le service de santé, accélérer la décarbonisation, relancer la politique industrielle. Il va aussi falloir abandonner des créances fiscales et sociales, et reconnaître des pertes sur les garanties de crédit.

Le gouvernement prévoit qu’en fin d’année la dette publique atteindra 115 % du produit intérieur brut. Ce sera certainement plus et, à défaut d’une improbable disparition du virus, encore plus un an après. Il ne serait pas étonnant que le quinquennat se solde par une trentaine de points de dette en plus.

Il faut prendre ce risque parce que les plus grandes menaces sont l’affaissement de notre système productif, le retour du chômage de masse et, partant, la contraction des recettes fiscales et sociales. Ce n’est pas le moment de précipiter le retour à l’orthodoxie budgétaire.

Mais beaucoup vont plus loin et tirent du fameux « quoi qu’il en coûte » présidentiel la conclusion que la contrainte budgétaire est imaginaire. Mobiliser des centaines de milliards d’euros ne serait qu’affaire de volonté politique.

Tour de magie monétaire

C’est oublier que nous avons eu la chance que cette crise intervienne dans un contexte de taux d’intérêt extrêmement faibles, où le coût de l’endettement est nul. Il serait beaucoup plus difficile d’agir avec la même force s’il était au niveau d’il y a dix ou vingt ans. C’est aussi négliger que la leçon de cette crise est allemande : pour ne pas devoir lésiner sur le keynésianisme face à des chocs financiers, sanitaires ou écologiques, mieux vaut disposer de marges d’action. La Commission européenne prévoit qu’en 2020 l’Allemagne va émettre 430 milliards d’euros de dette, mais l’Italie 180 seulement et la Grèce rien du tout. L’Europe risque un nouveau cercle vicieux au gré duquel les Etats fragiles affaiblissent leurs économies et donc leur base fiscale.

Qu’à cela ne tienne, entend-on de plus en plus : annulons les dettes ! De Jean-Luc Mélenchon à Alain Minc, nombreux sont ceux qui prônent, soit de rayer d’un trait de plume les obligations publiques détenues par la BCE ; soit, ce qui revient au même, de les convertir en une dette perpétuelle non rémunérée ; soit encore, ce qui n’est pas très différent, de les échanger contre des titres à 50 ans assortis de taux zéro. Cela permettrait, dit-on, d’alléger sans coup férir le fardeau de la dette.

Le sujet ne doit pas être tabou. Dans le jargon des financiers, l’annulation s’appelle restructuration et bien des pays s’y sont résolus, faute de pouvoir honorer leurs échéances. L’opération n’est pas mortelle, mais elle est généralement douloureuse parce qu’elle appauvrit les épargnants, détruit les banques et dégrade la réputation financière du pays. C’est pourquoi c’est une solution de dernier ressort.

Mais ce n’est pas cela que prônent les avocats de l’annulation. Ils présentent l’affaire comme un tour de magie monétaire qui ne coûterait rien à personne.

C’est une mystification. Supposons que la BCE, qui détient aujourd’hui plus de 2 000 milliards d’euros d’obligations publiques, décide de les échanger contre une obligation perpétuelle non rémunérée. Les Etats, qui sont aussi ses actionnaires par leurs banques centrales, s’allégeraient d’une dette mais aussi, et pour un même montant, du flux des futurs dividendes qui leur reviennent aujourd’hui par les banques centrales. Ils ne seraient à l’arrivée ni plus riches ni plus pauvres. Car la BCE, qui leur appartient, serait toujours endettée à l’égard des détenteurs d’actifs monétaires. La dette du secteur public (Etats + BCE) resterait la même (« Monetisation : Do Not Panic », [article en anglais d’]Olivier Blanchard et Jean Pisani-Ferry, Vox EU, 10 avril 2020).

Un choix social

Alléger la dette pour de bon supposerait de dévaloriser ces actifs monétaires. Et pour cela il y a un moyen bien connu (quoiqu’un peu oublié) : l’inflation. Si la BCE s’engageait à ne pas augmenter les taux d’intérêt le jour lointain où l’inflation sera de retour, alors elle réduirait, vraiment, le poids de la dette. Cela s’appelle la monétisation et c’est simplement une autre forme de restructuration, subreptice mais plus injuste car elle atteint les petits épargnants.

Peut-être devrons-nous demain choisir entre restructuration et monétisation. Ou peut-être leur préférerons-nous une expropriation des détenteurs d’assurance-vie par la taxation. Ou bien nous opterons pour la répression financière, en forçant les ménages à détenir de l’épargne sous-rémunérée. Il n’y a là que des technologies alternatives pour Etats impécunieux. Aucune n’est indolore, mais elles ne font pas payer exactement les mêmes.

Annuler la dette, c’est toujours en transférer le fardeau à d’autres. C’est un choix social. On ne peut jurer, devant une crise comme celle à laquelle nous faisons face, qu’on ne devra pas s’y résoudre. Aujourd’hui, nous nous endettons parce qu’il le faut. La BCE fait son travail et bloque les crises spéculatives. Pour le reste, on verra bien quand nous aurons vaincu le virus. Annoncer aujourd’hui notre conversion à l’économie vaudoue ferait monter brutalement le coût de l’endettement public. L’effet serait contraire au but recherché.

Demain, il faudra bien payer. Parce que les taux d’intérêt ont toutes chances de rester bas, ce ne sera pas bien cher. Mais il n’est ni sérieux ni démocratiquement honnête de prétendre que ce sera gratuit.

Jean Pisani-Ferry, Economiste

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/16/jean-pisani-ferry-annuler-la-dette-c-est-toujours-en-transferer-le-fardeau-a-d-autres_6039837_3232.html

Dettes publiques : la lourde facture de la crise due au coronavirus

 

Face au choc de la pandémie, les Etats dépensent sans compter. Cet endettement colossal va peser longtemps sur les politiques publiques.

C’est aujourd’hui une double urgence : soutenir ménages et entreprises face à l’arrêt partiel de l’activité, puis relancer l’économie lorsque la pandémie du Covid-19 refluera.

Seulement voilà : lorsque la crise sera derrière nous, les Etats se retrouveront alourdis d’une dette publique colossale. Avant 2008, celle des pays développés tournait autour de 75 % du produit intérieur brut (PIB). Avec la grande crise financière, elle a grimpé à un peu plus de 100 %, se stabilisant à ce niveau pendant une décennie. L’impact des mesures de confinement et les plans de relance vont la faire bondir à 120 % du PIB d’ici à la fin de l’année, selon le Fonds monétaire international (FMI).

Certes, des gouvernements ont connu des situations bien plus complexes par le passé − au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’endettement public dépassait les 200 % de PIB en Europe. Reste que, quelle que soit la façon dont les Etats s’attaqueront à cette montagne de 66 000 milliards de dollars (61 000 milliards d’euros) de dette − effacement partiel, intervention des banques centrales, cocktail de croissance et d’inflation −, celle-ci risque de peser longtemps sur les politiques publiques et le paysage politique.

  • Quels Etats s’endettent le plus ?

Dans cette crise, le pays qui dépense le plus pour maintenir son économie à flot face à la pandémie est les Etats-Unis : le plan de soutien américain frôle 2 000 milliards de dollars, soit presque 10 % du PIB. « Sans précédent », estime le FMI.

En comparaison, la zone euro est plus parcimonieuse : ses plans de soutien dépassent à peine les 3 % du PIB en moyenne. L’Allemagne a mis les plus gros moyens, à 4,4 %. Le plan français atteint 4,1 % du PIB. En Italie ou en Espagne, dont les marges de manœuvre budgétaires sont plus limitées, ils sont de 1,4 % du PIB seulement.

Pour financer ces plans, les Etats vont devoir d’autant plus s’endetter que les recettes fiscales vont chuter en raison de la récession. Les déficits publics vont s’envoler, à 15 % du PIB pour les Etats-Unis, 9 % pour la France et 7,5 % pour la zone euro.

Selon Generali, rien que dans l’union monétaire, les gouvernements vont émettre pour 1 120 milliards d’euros d’obligations cette année, soit un tiers de plus que la moyenne des années précédentes. Si ce montant est encore très incertain, il représentera quoi qu’il en soit un niveau historique.

  • Qui achète ces obligations souveraines ?

Traditionnellement, ces obligations sont achetées sur les marchés financiers par les investisseurs privés. Il peut s’agir, par exemple, de l’argent des assurances-vie des Français, de fonds de pension américains ou de fonds souverains du Moyen-Orient. Pour eux, il s’agit d’un placement très sûr, au rendement fixe et garanti.

A ces acheteurs se sont ajoutées, ces dernières années, les banques centrales. Pour soutenir l’économie au lendemain de la crise de 2008, beaucoup se sont mises à racheter en masse les obligations émises par leur propre gouvernement. Pour cela, elles créent de l’argent ex nihilo, ajoutant une ligne de crédit dans leur système informatique. C’est ce qu’on appelle le « quantitative easing » (QE), pratiqué par la Banque centrale européenne (BCE) depuis 2015.

En mars, cette dernière a annoncé un « plan pandémie » de 750 milliards d’euros supplémentaires d’achat de titres. De quoi absorber l’ensemble des nouvelles dettes émises dans la zone euro, souligne Vincent Chaigneau, directeur de la recherche chez Generali : « Les rachats de la BCE vont dépasser les émissions nettes d’obligations (émissions brutes moins remboursement). »

  • Les banques centrales peuvent-elles racheter des obligations sans limite ?

Avant même la pandémie, la BCE possédait 20 % des dettes publiques de la zone euro (18 % pour la France). D’ici à la fin de l’année, cette part va s’envoler. Mais jusqu’où ? Y a-t-il une limite ? A l’extrême, une banque centrale finit par provoquer de l’hyperinflation si elle émet trop d’argent pour financer la dette publique.

Mais ce scénario à la Zimbabwe paraît aujourd’hui très lointain et peu probable. Quand la Réserve fédérale (Fed), la banque d’Angleterre et la BCE se sont lancées dans les achats d’obligations, il y a une décennie, beaucoup craignaient un retour de l’inflation, mais celui-ci ne s’est pas matérialisé. En Europe, c’est même la déflation qui menace.

  • Est-ce un problème d’afficher un endettement public trop élevé ?

La réponse est délicate, et pour cause : « Il n’existe aucun seuil absolu à partir duquel une dette devient soudainement problématique ou insoutenable », résume François Ecalle, ancien conseiller maître de la Cour des comptes. Ainsi le Japon n’a aucun mal à se financer en dépit d’un endettement frôlant les 250 % du PIB. Mais l’Espagne, elle, fut attaquée par les spéculateurs en 2010 alors que le sien était de 67 % du PIB seulement.

En fait, tout dépend de la capacité de l’Etat à rembourser. « Et celle-ci dépend d’une grande variété de critères, tels que son niveau de croissance, sa capacité à lever l’impôt, la stabilité de son système politique ou encore son degré de dépendance aux financements extérieurs », détaille Mathieu Plane, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Lorsque, en fonction de ces éléments, les créanciers commencent à douter, ils exigent des taux d’intérêt plus élevés en échange des prêts, au risque d’alourdir encore le poids des remboursements… C’est l’effet boule de neige, susceptible de conduire le pays au défaut de paiement.

Pour éviter que l’Espagne, l’Italie et la Grèce sombrent dans un tel scénario lors de la crise des dettes de 2010, la BCE a baissé son taux directeur au maximum – il est aujourd’hui à 0 % – pour faciliter leurs emprunts. En 2012, elle a éteint la spéculation en se disant prête à racheter massivement des obligations en cas de besoin, ce qui a rassuré les investisseurs.

Avec une dette qui devrait bondir de 135 % à 150 % du PIB cette année, l’Italie est de nouveau au centre des inquiétudes. Pour le moment, les taux bas et les rachats de la BCE assurent sa soutenabilité. Mais l’équation reste délicate : dans les années à venir, le poids des remboursements limitera la capacité de Rome à investir dans les projets susceptibles de gonfler sa croissance future – et donc, de l’aider à se financer.

  • Peut-on annuler la dette publique ?

Depuis le début de la pandémie, les tabous économiques, tels que la règle européenne limitant le déficit public à 3 % du PIB, sautent les uns après les autres. Pourquoi ne pas faire preuve du même pragmatisme avec la dette ?

Plus facile à dire qu’à faire… Prenons l’exemple de la France, dont les obligations sont détenues à hauteur de 54 % par des investisseurs non résidents, comme des fonds de pension. Effacer les titres qu’ils détiennent serait courir le risque qu’ils refusent, à l’avenir, de prêter de nouveau à notre Etat − ou alors, à des taux prohibitifs.

Que dire des 25 % de dettes détenues par les banques et assureurs tricolores ? Les annuler pourrait déstabiliser ces établissements, au risque qu’ils réduisent leurs prêts aux entreprises et aux ménages, qui détiennent d’ailleurs, eux aussi, une partie de ces dettes dans leurs assurances-vie.

Reste les 20 % environ du fardeau français détenus par la BCE, par l’intermédiaire de la Banque de France. En théorie, les effacer serait indolore, soulignent nombre d’économistes tels que Laurence Scialom, professeure à l’université Paris-Nanterre. Mais les obstacles politiques ne manquent pas : « Cela reste interdit par les traités européens et surtout, les pays du Nord ne l’accepteraient jamais, souffle un fin connaisseur des institutions européennes. Une telle mesure pourrait conduire à la rupture de la zone euro, alors qu’il existe d’autres façons, plus subtiles, d’alléger les dettes. »

  • Comment alléger ce fardeau sans l’effacer ?

« Une dette n’est pas faite pour être remboursée, mais pour être gérée », avance Frederik Ducrozet, de la banque privée Pictet. Lorsque l’activité repart, l’Etat engrange de nouvelles recettes fiscales et le PIB regonfle, ce qui contribue à réduire mécaniquement le poids de la dette – surtout si la croissance s’accompagne d’une inflation modérée. Augmenter la fiscalité ou couper dans les dépenses peut également y contribuer… Mais si elles sont mal calibrées ou activées trop tôt, de telles mesures peuvent briser la reprise et déclencher une autre récession : c’est ce qui s’est passé dans la zone euro en 2012.

Autre option : la BCE. « Tant qu’elle conserve les obligations souveraines qu’elle détient et les rachète lorsqu’elles arrivent à échéance, l’effet est très proche d’une annulation », résume Patrick Artus, chez Natixis. Pour enfoncer le clou, d’autres suggèrent que les Etats émettent des dettes sur vingt ou trente ans pour faire face à la crise du Covid-19, voire des bonds « perpétuels », jamais remboursés, que la BCE conserverait dans ses coffres. En zone euro, l’émission d’obligations communes – coronabonds ou eurobonds – permettrait également de soulager un peu les Etats du Sud, aux finances publiques plus fragiles.

Que faire lorsqu’un Etat est incapable d’honorer une échéance ? Dans ce cas, la restructuration, comme celle mise en œuvre pour la Grèce en 2012, est difficilement évitable : allongement de la durée des prêts, réductions des montants dus aux investisseurs privés, aides d’urgence des autres Etats… Des mesures exigeant de longues et douloureuses négociations avec les créanciers, parfois assorties de conditions draconiennes.

  • Comment soulager les pays pauvres surendettés ?

La composition de la dette des pays pauvres diffère de celle des pays industrialisés : elle est en effet détenue en bonne partie par des créanciers publics, à savoir d’autres Etats qui leur ont accordé des prêts, ou bien des institutions internationales telles que le Fonds monétaire international (FMI) ou la Banque mondiale.

Face à l’ampleur de la crise, les ministres des finances du G20 ont accordé, le 15 avril, une suspension temporaire des remboursements de 77 Etats à bas revenus, à hauteur de 14 milliards de dollars. « On peut imaginer qu’ils parviendront à s’entendre pour effacer une partie de ces dettes, mais il n’est pas sûr que cela suffise », ajoute Olivier Blanchard, ancien chef économiste du FMI.

Car près de la moitié des obligations de ces pays est détenue par des créanciers privés, comme des fonds d’investissement, bien plus difficiles à convaincre. Après le défaut de l’Argentine en 2001, le fonds vautour Elliott a ainsi harcelé Buenos Aires pendant plus de quinze ans pour obtenir le remboursement de son dû

Par Eric Albert, Londres, correspondance, Marie Charrel

Pourquoi la dette publique française est un vrai problème
 
 

Certains experts émettent de plus en plus de réserves sur le danger que représente l'endettement massif des Etats. Pour l'économiste Jean-Yves Archer, la gravité de la dette française ne fait, elle, aucun doute : « Notre niveau d'endettement excède ce que notre potentiel fiscal peut absorber ».

La dette publique de la France représente près de 100 % de notre PIB. Parallèlement, il existe de sérieuses incertitudes quant au taux de croissance pour l'année 2019. Tant le FMI que la Commission européenne ont revu significativement à la baisse leurs prévisions.

Se caler sur le chiffre de 1,3 % de la Commission - comme les experts de Rexecode l'ont fait préalablement - semble réaliste à l'opposé de ceux qui pensent que  la pseudo-relance du 10 décembre 2018 de 11,5 milliards d'euros nous permettrait, par le soutien de la demande, d'atteindre 1,8 %. C'est parier sur un multiplicateur hors de proportion avec la réalité d'une économie vulnérable.

Le pari d'Olivier Blanchard

S'agissant de pari, Olivier Blanchard, ancien économiste en chef du FMI en a récemment fait un, en janvier, devant la réunion annuelle de l'Association des économistes américains. Massif autant qu'attractif en première lecture. Selon lui, il est crédible et honorable de fustiger ceux qui s'inquiètent des niveaux d'endettement public qui seraient assimilables par les pays à partir du moment où le taux d'intérêt emprunteur serait inférieur au taux d'inflation.

 
 

On retrouve ainsi une pratique qu'ont bien expérimenté les emprunteurs immobiliers des années 1960-1975 en France. C'est le vieux rêve de l'inflation qui grignote une part de l'endettement.

 

Avec ce type de logique, on accorde peu de considération à la rémunération des épargnants et surtout à la capacité bénéficiaire des établissements bancaires. Plus les taux d'intérêt sont bas, moins la capacité de prêter des banques est établie. Il suffit de voir le nombre d'établissements qui, en zone euro, sont valorisés à environ la moitié de leurs fonds propres. Or la création de monnaie via les banques est depuis des décennies un vecteur fondamental de la croissance d'une économie. La configuration actuelle et le pari de Blanchard vont à l'opposé de l'expansion.

Un feu vert pour le laxisme d'Etat

Faute de savoir attaquer la mutation de l'Etat comme ont su le faire le Canada ou la Suède il y a plus d'une décennie, certains esprits lâchent prise face aux chantiers de la dépense publique et mettent désormais en avant l'idée que la dette serait, finalement, une affaire opportune. D'aucuns vont jusqu'à citer le Japon et ses 240 % du PIB de dette. Sans préciser les impacts bancaires et financiers de la déflation qui aura duré des années sur l'archipel.

Ce message est à l'opposé des démonstrations du regretté Raymond Barre qui a notamment écrit sur l'effet d'éviction des emprunts publics au détriment de la sphère privée. Cette semaine, la France via l'Agence France Trésor a emprunté un peu plus de 7 milliards sur les marchés et s'est félicitée que cet emprunt ait été quatre fois sursouscrit. La qualité de la signature et le couple rendement-risque de la dette publique obligataire sont présents depuis de nombreux mois tant que notre spread avec les taux allemands est acceptable. Est-ce une situation pérenne dans l'absolu, nul ne saurait l'affirmer sous faute d'être intellectuellement laxiste ou volontairement myope.

Nous sommes en période de bas taux d'intérêt et pourtant la dette, c'est 116 millions d'euros par jour.

Si les adorateurs de la dette publique avaient « totalement » raison, le plan Juncker de relance des investissements européens aurait atteint son objectif de 300 milliards d'euros en lieu et place de son crash retentissant. Nul besoin de tendre la main, des dizaines d'écrits convergent pour indiquer qu'un endettement additionnel permettrait de répondre aux multiples besoins publics et notamment de concrétiser des investissements disposant d'un taux de rentabilité interne (TRI) bien supérieurs au taux d'intérêt emprunteur.

La dette, bonjour les dégâts

Sur le papier, j'aimerais vivre dans une situation néokeynésienne aussi apaisante. Mais la réalité est autre car le niveau d'endettement excède ce que notre potentiel fiscal peut absorber.

Nous sommes en période de bas taux d'intérêt et pourtant la dette, c'est 116 millions d'euros par jour. C'est surtout l'impôt de demain comme l'avait écrit avec lucidité David Ricardo dans son ouvrage « Des principes de l'économie politique et de l'impôt » (1817). Pour être concret et ricardien, il faut avoir un chiffre en tête qui répond à une question simple : combien d'années d'impôts faut-il pour rembourser notre dette ?

Posons des hypothèses non alarmistes et à l'inverse plutôt optimistes. Premier point, on retiendra que la France peut continuer à subir  1.038 milliards de prélèvements obligatoires. Deuxième point, on suppose inchangé le niveau des taux d'intérêt. Puis, faisons un rêve : celui de voir diminué par deux le déficit budgétaire qui atteindra mécaniquement plus de 100 milliards d'euros lors du vote, en avril prochain, de la loi de finances rectificative que tant Joël Giraud (rapporteur général du budget) que Didier Migaud (premier président de la Cour des comptes) appellent de leurs voeux.

Ces hypothèses sont un exercice de style pour ne pas forcer le trait, pour ne pas tirer la couverture vers ceux qui demeurent sceptiques face à l'affirmation d'Olivier Blanchard et alii.

 

Contraindre valablement la dette de la France, c'est la ramener à 1.000 milliards d'euros soit un effort de 1.300 milliards à matérialiser. Si l'on estime qu'on ne peut dédier chaque année que 10 % du montant des prélèvements obligatoires (soit 130 milliards), on situe assez vite l'ampleur de l'effort décennal hors les 500 milliards de déficits budgétaires accumulés sur ladite décennie.

Un chiffrage précis mériterait d'être réalisé pour que certains décideurs et économistes conceptualisent l'ampleur de la tâche. Nous savons bien que 130 milliards de contraction de la dépense publique annuelle est une chimère. Dès lors, si l'on quitte la carte du Tendre pour épouser celle du réalisme, on perçoit qu'il faudra près de 27 ans si l'on éponge de 30 milliards par an.

27 ans d'effort pour amoindrir la seule moitié de notre dette. Ceci étant bien entendu la dette dite de Maastricht sans y inclure les près de 4.000 milliards additionnels de la dette hors-bilan. Certains s'accrochent à l'idée que  cette dette discrète ne serait pas exigible : qu'ils aillent expliquer cela aux futurs agents publics retraités dont la présence au sein des engagements hors-bilan s'élèvent à plus de 2.500 milliards.

Et la conjoncture dégradée ?

L'Allemagne  a frôlé la récession au quatrième trimestre de 2018. Donc l'hypothèse d'une inversion des taux (taux d'intérêt et taux d'inflation) est imminente car la crise va générer de véritables tensions déflationnistes que la BCE a déjà anticipées. Encore plus nettement en Italie où la géopolitique européenne a actuellement de sales relents que l'année 2019 va conforter avec un crash-landing de la croissance déjà évoquée.

Dans un contexte de coup de frein tangible affectant la croissance, les propos visant à penser que la dette publique n'est pas une difficulté sont porteurs d'une déconnexion que David Ricardo a censurée. Relier l'inflation au taux d'intérêt emprunteur est un calcul que font les particuliers qui vont souscrire un crédit à la consommation. C'est du « daily business » et non de la lucidité en matière de finances publiques, donc de soutenabilité de la dette.

 

L'endettement de l'Europe relève d'une économie de guerre et atteint des scores inconnus en temps de paix. Notre ensemble continental n'a pas su, dans beaucoup de pays, digérer la fin des Trente glorieuses.

Dire que l'on peut, aux niveaux d'endettement où nous sommes, continuer en « Chantant la même chanson sur le même chemin » (Charles de Gaulle, 1963) revient à tendre un paquet de nougats à un diabétique. Passé 100 % du PIB, la dette publique reste silencieuse comme le diabète jusqu'au jour où les vraies complications surgissent. Quant aux générations qui viennent, elles écrivent déjà le mot impôt avec leurs futures larmes de travailleurs.

Jean-Yves Archer est économiste.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article