Notre-Dame de Paris

Publié le par ottolilienthal

Chantier Notre-Dame : ce qui cloche en coulisse

Un an après l'incendie de la cathédrale, Rémi Desalbres, le président de l'Association des architectes du patrimoine, tire la sonnette d'alarme.

Plus de 90 millions d'euros d'engloutis alors qu'on attend toujours un diagnostic précis et le début des réparations… Pour Rémi Desalbres, le président de l'Association des architectes du patrimoine, l'avancée du chantier est loin d'être satisfaisante : encore trop de lourdeur, d'enlisement, de tracas administratifs et donc de gaspillage à la clé. « Il faut remettre de l'intelligence collective et du bon sens », plaide-t-il. Une voix dans le désert ?

Le Point : On a l'impression que le chantier de Notre-Dame ne fait que s'embourber, et ce, bien avant la crise du Coronavirus : toujours pas de diagnostic et de calendrier précis… Pourquoi tant de lenteur ?

Rémi Desalbres : Il semble qu'il y ait plusieurs raisons à cela. D'abord, le chantier de Notre-Dame est hors norme, et exige donc une organisation importante. Est-ce bien le cas aujourd'hui ? Au vu des enjeux, un tel chantier nécessite de recourir à des logisticiens afin de mener plusieurs taches à la fois. L'organisation n'est pas forcément défectueuse, mais il faut la renforcer. L'argent est là, plus de 900 millions annoncés, c'est bien plus que suffisant, mais il y a certainement un défaut d'ingénierie. De nombreux professionnels en lien avec le chantier me font part d'un climat général peu favorable à une bonne dynamique où des ego prennent trop fréquemment le devant de la scène… Le chantier de Notre-Dame mérite d'être exemplaire, d'autant plus qu'il est largement financé par des dons. Enfin, la réglementation autour de la sécurité des personnes vient peu à peu figer le chantier : elle est nécessaire, bien sûr, mais on est tombé dans un excès de zèle inadapté.

Vous faites allusion au problème du plomb, qui nécessite un protocole très poussé…

C'est l'exemple parfait de la paralysie administrative. L'inspection du travail applique les normes avec une rigidité excessive, qui impose parfois jusqu'à six douches par jour aux compagnons, à chaque fois qu'ils changent de zone de travail sur place. Vous imaginez ? Certains ont fini par jeter l'éponge et ont préféré partir travailler ailleurs ! C'est d'autant plus regrettable qu'un guide pratique sur l'organisation des chantiers patrimoniaux exposés au plomb avait été élaboré en 2018 à la demande du ministère de la Culture et des professionnels de la restauration. Les protocoles définis étaient contraignants, mais beaucoup moins lourds, avec notamment des prises de sang régulières pour surveiller la santé du personnel. Mais l'inspecteur du travail n'a pas jugé bon de le suivre…

L'architecte en chef des monuments historiques ne peut passer outre ?

Impossible, un inspecteur du travail a tout pouvoir et peut décider seul d'arrêter un chantier, avec des délais qui s'allongent et des coûts qui augmentent… Depuis une vingtaine d'années, nous subissons une extrême normalisation et l'application sans recul de textes réglementaires. C'est la conséquence du sacro-saint principe de précaution appliqué à l'excès, ou pire, d'une mauvaise connaissance des textes appliqués parfois à tort. Les chantiers sont de plus en plus soumis à un nombre croissant de normes et de réunions accaparées par des interlocuteurs de plus en plus nombreux. On se noie sous la paperasse et parfois l'incompétence. Les chefs de service n'ont plus le temps de se déplacer et délèguent leurs représentants, pas toujours formés ni expérimentés, ce qui n'arrange rien… L'ouverture quasi systématique du « parapluie » sur les chantiers est devenue une vraie plaie.

Revenons à Notre-Dame : le chantier bute aussi sur des problèmes concrets, comme le démantèlement de l'échafaudage, mis en place avant l'incendie.

Avait-on vraiment besoin d'édifier un tel échafaudage pour restaurer la flèche ? Quand on regarde l'histoire de la cathédrale, des échafaudages bien plus légers ont été mis en place autrefois, notamment au XIXe siècle pour construire la flèche, et en 1935 pour la restaurer. Et cela a très bien fonctionné. Résultat : on se retrouve aujourd'hui avec cette structure surdimensionnée de 500 tonnes qui fait peser une menace sur le monument… Cet échafaudage a non seulement été coûteux à mettre en place, mais il a failli terminer ce que l'incendie n'avait pas achevé ! Cela doit nous questionner.

Pensez-vous qu'on connaîtra vraiment un jour la cause de l'incendie ?

Il le faut, à la fois pour calmer les esprits et éviter demain de nouvelles catastrophes. Pour l'instant, les hypothèses concernant des mégots ou des problèmes électriques ne sont guère convaincantes. L'hypothèse du point chaud, à savoir l'utilisation d'un chalumeau suivie d'une combustion très lente par pyrolyse, est sans doute la plus vraisemblable. L'enquête mettra peut-être du temps, mais je reste confiant : l'incendie de Notre Dame est sans doute le plus documenté de toute l'histoire des monuments. La police a un matériel considérable à sa disposition, elle peut faire des reconstitutions, des essais pour comprendre le sinistre. On est simplement en droit d'attendre plus de transparence.

Plus de 90 millions ont déjà été engloutis… À titre de comparaison, la rénovation complète de l'imposante cathédrale de Tournai coûte 60 millions sur plus de vingt ans. Comment expliquer une telle dépense ?

Il y a eu des coûts d'urgence, notamment de consolidation, auxquels se sont greffées des investigations poussées, pour trier et analyser, scanner les décombres… Mais à cela s'ajoute un coût lié au principe de précaution appliqué à l'excès, qui dissipe beaucoup d'énergie, générant lenteur et frais supplémentaires. Il est certain que le métier s'interroge aujourd'hui sur des délais qui ne font que s'allonger. Pour stopper le dérapage et éviter le gaspillage, il est temps de disposer d'un diagnostic, d'arrêter un calendrier et un coût provisionnel de la restauration, et de faire jouer la concurrence entre les entreprises.

Comment sortir de cet enlisement ?

Il y a eu une réelle volonté du gouvernement d'accélérer les procédures avec sa loi spécifique encadrant la restauration du monument. Mais le projet a été beaucoup amendé, des possibilités de dérogation ont finalement été retirées… Le gouvernement a sans doute payé cher une mauvaise communication, qui a effrayé le métier, c'est dommage. Il est urgent aujourd'hui de remettre du bon sens et de l'intelligence collective dans les chantiers, d'apprendre à travailler ensemble efficacement. On pourrait mettre ainsi à profit cette pause imposée par le Covid-19 pour modifier des lois, assouplir des normes, qualifier des experts dans le domaine des monuments historiques…

Le délai des cinq ans pourra-t-il être tenu pour une réouverture ?

Très certainement. Il faut s'atteler à restaurer rapidement les voûtes, qui ont bien tenu, ce qui permettra une ouverture rapide pour le culte et la visite. Un immense parapluie fera office de toit en attendant la restitution de la toiture, qui peut intervenir dans un second temps, même une fois l'édifice ouvert aux Parisiens. Mais tout cela suppose une organisation fluide et de ne pas s'embourber à nouveau dans la paperasse…

 

Modifié le - Publié le | Le Point.fr

Georgelin joue avec le feu

 

Craint-il que la prochaine réforme Macron lui ratiboise sa retraite ? L'ancien chef d'état-major des Armées Jean-Louis Georgelin, chargé de superviser la reconstruction de Notre-Dame, a réclamé un traitement de 14 000 euros brut par mois pour exercer sa mission. Soit quasi le triple de ce que touche d'ordinaire un président d'établissement public. Une somme rondelette, qui viendrait s'ajouter à sa retraite de général cinq étoiles dépassant largement les 5 000 euros.

 

A ce tarif-là, il fournit le vin de mess ?

 

"Le Canard enchaîné" 24/12/2019

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Florine 17/04/2020 05:58

Hello,
L’incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris nous a tous profondément marqué. Personne n’aurait pensé voir un tel édifice partir en fumée. Cela me fait mal au cœur à chaque fois que j’y pense.