crise de liquidités aux États-Unis : en avant la planche à billets..

Publié le par ottolilienthal

Retour sur la panique à la Réserve fédérale en septembre 2019 et les solutions à la crise (E. Toussaint)

 

« Pour rappel, à partir du 17 septembre 2019, la Réserve fédérale des États-Unis a injecté massivement des liquidités dans les banques car il y avait une situation tout à fait anormale sur le marché des repo [1]. Le marché des repo désigne le mécanisme par lequel les banques se financent pour une courte durée : elles mettent en pension (repo) des titres qu’elles possèdent et s’engagent à les racheter rapidement. Par exemple, elles déposent pour 24 heures en pension (c’est-à-dire en garantie ou en collatéral de l’emprunt qu’elles effectuent) des titres du trésor des États-Unis ou des obligations d’entreprises qui ont une note AAA. En échange de ces titres, elles obtiennent du cash à un taux d’intérêt proche ou égal au taux directeur fixé par la Fed qui est proche de 2 % (voir la vidéo de la chaîne financière CNBC https://www.cnbc.com/video/2019/10/04/what-it-means-when-the-fed-conducts-a-repo-operation.html ).

Partie 1 : Retour sur la panique à la Réserve fédérale en septembre 2019

Qui leur fournit ce cash pour une courte durée ? Les prêteurs sont leurs homologues sur le marché interbancaire [2] ou d’autres institutions financières, par exemple des fonds d’investissements monétaires comme les Money Market Funds [3].

A partir du 16 septembre, une situation de crise s’est présentée : les banques pour se financer sur le marché repo ont été confrontées à des taux anormalement élevés, le marché interbancaire était quasiment asséché, d’où l’expression credit crunch, c’est-à-dire que les banques ne souhaitaient pas se prêter du cash les unes aux autres même pour 24 heures. Les autres prêteurs (par exemple, les Money Market Funds) ont profité de la situation pour exiger une rémunération très élevée. Alors que le taux normal est de l’ordre de 2 %, les prêteurs exigeaient jusqu’à 10 %.

En conséquence, les grandes banques ont frappé à la porte de la Fed et lui ont demandé de jouer le prêteur de remplacement et cela au taux qu’elles considèrent comme normal, c’est-à-dire autour de 2 %. La Fed a hésité un moment, puis est intervenue massivement dans un climat de fortes incertitudes, voire de panique [4], en injectant le 17 septembre 2019 pour plus de 50 milliards de dollars de liquidités [5]. La Fed s’est donc substituée aux marchés.

A la date où cet article est écrit, la Fed poursuit quotidiennement ses interventions et elle a annoncé qu’elle continuerait à le faire chaque jour au moins jusqu’au 4 novembre. Bref, la crise se poursuit.

Il est frappant de constater que du côté des commentateurs financiers des grands médias privés ou publics, personne ne fait remarquer que les marchés qui sont censés s’autoréguler, en réalité ne fonctionnent pas comme ils le devraient. Les grands médias, d’ailleurs fortement liés au monde bancaire et aux grands fonds d’investissement, se taisent sur le fait, qu’une fois de plus, c’est l’autorité publique qui doit venir au secours des grandes banques et aider le marché à continuer à fonctionner. Après avoir injecté le 17 septembre, 53 milliards de dollars dans les banques en se substituant au marché interbancaire et aux autres prêteurs privés, la Fed a renouvelé chaque jour ses injections de liquidités les portant dès le second jour à un maximum quotidien de 75 milliards de dollars, puis elle est passée à un maximum de 100 milliards de dollars. A la date où cet article est écrit, la Fed poursuit quotidiennement ses interventions et elle a annoncé qu’elle continuerait à le faire chaque jour au moins jusqu’au 4 novembre (voir l’interview télévisée publiée par l’agence Bloomberg : https://www.bloomberg.com/news/articles/2019-10-04/new-york-fed-extends-its-repo-operations-through-october).

Bref, la crise se poursuit. Les marchés concernés ne sont pas revenus à la « normale ». Les explications visant à expliquer l’intervention de la Fed par des phénomènes purement ponctuels – comme la facture d’impôts à payer par les banques à cette date de l’année ou l’instabilité du prix du pétrole dû à la fermeture de deux raffineries saoudiennes – ne permettent pas d’expliquer une situation qui s’étend sur plus de 3 semaines. Nous verrons plus loin que l’autre explication avancée, c’est-à-dire le poids exagéré de la réglementation en matière de liquidités, n’est pas convaincante non plus et qu’elle sert les intérêts directs des grandes banques privées.

Situation paradoxale

Comme je l’ai expliqué à plusieurs reprises, les banques ne manquent pas de liquidités… En effet, la Fed a injecté massivement des liquidités dans le système bancaire des États-Unis depuis 2008.

Le problème n’est pas un manque structurel de liquidités mais l’usage que les banques font des liquidités dont elles disposent […] elles utilisent les liquidités mises à leur disposition pour acheter massivement des dettes

Le problème n’est donc pas un manque structurel de liquidités mais l’usage que les banques font des liquidités dont elles disposent. En fait, pour le dire simplement, elles utilisent les liquidités mises à leur disposition pour acheter massivement des dettes. Elles achètent des titres publics garantis par les États et en particulier, dans le cas des banques US, des titres du Trésor des États-Unis. Elles achètent aussi massivement des titres émis par les grandes entreprises privées (banques, entreprises industrielles, secteur informatique, commercial, secteur extractif –minier, pétrolier…-…). Il s’agit de deux grandes catégories de titres : des titres sûrs d’entreprises cotées AAA comme Apple, c’est-à-dire peu rémunérateurs, d’une part, et des junk bonds d’autre part. On appelle junk bonds des obligations émises par des entreprises qui ont une mauvaise réputation, c’est-à-dire une notation basse (BBB, CCC…). Les junk bonds donnent des hauts rendements mais ils ne sont pas sûrs. Les banques achètent également des produits structurés qui peuvent être hautement toxiques.

Le comportement des banques répond à une logique capitaliste : faire un maximum de profits dans le temps le plus court. En conséquence leurs dirigeants cherchent à garder en réserve le moins de cash possible dans leur trésorerie car cet argent qui « dort dans le tiroir-caisse » (ce n’est qu’une image) de la banque ne produit pas de profit. Dès lors, les banques achètent un maximum de titres. C’est ce qui peut à leurs yeux produire le meilleur rendement à court terme. Elles achètent des titres sûrs (principalement des titres publics du Trésor des États-Unis) qu’elle peuvent placer en repo ou ailleurs comme collatéral afin d’obtenir du cash avec lequel elle achètent des junk bonds ou d’autres titres financiers (produits structurés, dérivés, swaps…) qui peuvent produire un assez gros rendement.

Les banques n’investissent pas dans l’économie réelle, elles prêtent très peu à des entreprises moyennes et petites pour des investissements dans la production

Alors que la Fed maintient un haut niveau d’injection de liquidités sur le marché bancaire (en achetant elle-même aux banques les titres que celles-ci ont acheté au Trésor états-unien ou aux entreprises privées), ces liquidités sont dirigées par les banques dans l’achat des titres divers et variés ou dans certains cas des actions. Bref cela tourne en rond, en un véritable cercle vicieux. Cela produit une bulle spéculative sur le marché obligataire (c’est-à-dire le marché des titres, le bond market), une autre bulle spéculative sur le marché boursier et une troisième dans l’immobilier. Les banques n’investissent pas dans l’économie réelle, elles prêtent très peu à des entreprises moyennes et petites pour des investissements dans la production. Cette action des banques privées soutenue et encouragée de fait par la politique de la Fed (c’est le cas aussi en Europe avec la politique de la BCE et de la Banque d’Angleterre, au Japon avec la politique de la Banque du Japon – BoJ, en Chine avec la politique de la banque centrale chinoise) aboutit à ce qu’on appelle depuis l’économiste J. M. Keynes le piège de la liquidité (voir mon article : http://www.cadtm.org/Panique-a-la-Reserve-Federale-et-retour-du-Credit-Crunch-sur-un-ocean-de-dettes).

La Fed ignore-t-elle les signaux envoyés par les marchés ?

Certains disent que la Fed ignore les signes de marché. Premièrement, je pense qu’il est dangereux de reprendre une telle formule qui a un aspect magique et qui entretient le mythe selon lequel le jeu aveugle des forces du marchés contribue au bon fonctionnement de l’économie. Voir encadré : La religion des marchés.

Encadré : La religion des marchés

Presque tous les dirigeants politiques, qu’ils soient de la gauche traditionnelle ou de la droite, qu’ils soient du Sud ou du Nord, vouent un véritable culte aux marchés, aux marchés financiers en particulier. Il faudrait plutôt dire qu’ils fabriquent une religion des marchés. Chaque jour, une messe est dite pour honorer le dieu Marché dans chaque foyer muni d’une télévision ou d’une connexion internet, au moment où l’on rend compte de l’évolution des cotations en Bourse et des attentes des marchés financiers. Le dieu Marché envoie des signaux par la voix du journaliste économique ou du chroniqueur financier. Ce n’est pas seulement vrai pour tous les pays les plus industrialisés, c’est vrai aujourd’hui pour la majeure partie de la planète. Que l’on soit à Shanghai ou à Dakar, à Rio de Janeiro ou à Johannesburg, à Bruxelles ou à Athènes, on recevra les “signaux envoyés par les marchés”. Pour amplifier, dans l’esprit des croyants, la puissance des dieux Marchés, des commentateurs annoncent périodiquement que ceux-ci ont envoyé des signaux aux gouvernements pour indiquer leur satisfaction ou leur mécontentement.
Il faut lutter contre le fondamentalisme et le radicalisme des marchés financiers. Il faut les désarmer. Il faut rompre avec le système capitaliste sur lequel est construite la religion des marchés

Les endroits où les dieux sont susceptibles de manifester leurs humeurs avec le plus de poids sont Wall Street à New York, la City à Londres, les Bourses de Paris, de Francfort ou de Tokyo. Pour mesurer leur contentement, on a inventé des instruments qui ont pour nom Dow Jones à New York, Nikkei à Tokyo, CAC40 en France… Pour s’assurer la bienveillance des dieux, les gouvernements sacrifient les systèmes de sécurité sociale sur l’autel de la Bourse. Ils privatisent, aussi. Ils veillent également à ce que le partage de la valeur ajoutée se fasse toujours plus en faveur du capital au détriment du travail.

Pourquoi a-t-on donné des atours religieux à de simples opérateurs ? Ils ne sont ni des inconnus, ni de purs esprits. Ils ont un nom, une adresse : ce sont les principaux dirigeants des deux cents grandes transnationales qui dominent l’économie mondiale avec l’aide du G7, la complaisance du G20 et des institutions telles que le FMI, revenu grâce à la crise sur le devant de la scène. Les investisseurs institutionnels (grandes banques, fonds de pensions, assurances, hedge funds…) qui dominent les marchés ont reçu des gouvernements des milliers de milliards de dollars sous forme de dons ou de prêts qui ont servi à les remettre en selle après la débâcle de 2007-2008.

Il faut lutter contre le fondamentalisme et le radicalisme des marchés financiers. Il faut les désarmer. Il faut rompre avec le système capitaliste sur lequel est construite la religion des marchés.

 

En réalité, je crois que la situation est plus complexe : la Fed sait parfaitement que la santé des banques est mauvaise et il est partiellement faux qu’elle ignore les signes envoyés par les marchés. Au contraire, on doit lui reprocher de se coucher devant les exigences des marchés et exiger des changements radicaux concernant la politique, les missions et la structure même de la banque centrale.

La Fed sait très bien que la richesse des dirigeants et des actionnaires des grandes banques privées s’est accrue alors qu’ils poursuivent et amplifient jour après jour des pratiques inacceptables. Des pratiques qui conduisent à une prochaine crise brutale. La Fed sait également que l’économie américaine va mal malgré les discours fanfarons de Trump et malgré un taux de chômage historiquement bas. Le taux de chômage est faussement rassurant et trompeur car les patrons soutenus par les gouvernements successifs ont forcé les travailleurs à accepter des contrats de plus en plus précaires et mal payés. De plus, des millions de sans-emplois ont renoncé à faire les démarches officielles pour être indemnisés et ils disparaissent ainsi des chiffres du chômage. La Fed sait très bien que la soi-disant bonne santé de l’économie américaine repose sur une montagne de dettes privées et publiques qui sert essentiellement à de la spéculation, ce qui conduira tôt ou tard à une nouvelle crise majeure. Ajoutons que la croissance de la production du secteur industriel aux États-Unis est fort basse en 2019, elle pourrait même devenir stagnante, voire carrément récessive en 2020 (voir http://www.cadtm.org/Une-recession-manufacturiere-mondiale). Les exportations de produits manufacturés baissent.

La Fed sait très bien que la soi-disant bonne santé de l’économie américaine repose sur une montagne de dettes privées et publiques qui sert essentiellement à de la spéculation, ce qui conduira tôt ou tard à une nouvelle crise majeure

La Fed sait que si elle augmentait les taux d’intérêt et si elle n’injectait pas constamment des liquidités, certaines grandes entreprises (y compris des banques) feraient faillite. La Fed sait que, si dans un souci de prévention des risques de crise bancaire, elle demandait aux banques d’augmenter leurs fonds propres et les liquidités qu’elles doivent garder en trésorerie, celles-ci procèderaient à une levée de boucliers, crieraient au feu et en appelleraient à Trump. En conséquence, la Fed se plie aux exigences des marchés sans enthousiasme mais docilement. Dans le cas présent, les exigences des marchés, ce sont clairement les exigences mises en avant par une quinzaine de grandes banques privées des États-Unis (dont 4 détiennent à elles seules pour 377 milliards de réserves liquides, il s’agit de JP Morgan Chase, Bank of America, Citigroup et Wells Fargo) et par de grands fonds d’investissement comme BlackRock par exemple.

Ce qui est sûr c’est que la situation du secteur financier privé aux États-Unis (et ailleurs dans le monde) est très inquiétante, sinon on ne verrait pas pourquoi la Fed devrait injecter des liquidités en permanence depuis le 17 septembre [6].

En même temps, afin de les combattre, il faut comprendre les exigences et les motivations des banques et de leurs alliés.

En ce qui concerne ce qui se passe aux États-Unis depuis la mi-septembre 2019, je suis persuadé que du côté des grandes banques, il s’agit d’exploiter la situation pour mettre la pression sur l’autorité de contrôle et sur la FED pour abaisser le pourcentage de liquidités exigé d’elles pour faire face aux risques systémiques bien réels. En effet depuis la crise de 2008, les autorités de contrôle exigent des banques systémiques qu’elles conservent en permanence dans leur trésorerie une quantité supplémentaire de liquidités (supplémentaire par rapport à la situation antérieure à 2008) afin de faire face à un accident.

Profitant du soutien dont elles bénéficient de la part de l’administration Trump, du laxisme de la Fed et des autorités de contrôle, elles veulent donc obtenir une baisse du pourcentage de liquidités qu’elles doivent conserver dans leur trésorerie. Elles veulent cela afin de pouvoir légalement utiliser ses liquidités pour acheter des titres financiers à risque et spéculer sur ceux-ci. Du coup, l’assèchement du marché interbancaire est en partie provoquée et/ou entretenue par cette stratégie. Poursuivant cet objectif, elles mènent campagne dans la presse pour faire croire au public que c’est cette exigence de liquidités (pour faire face à un possible accident du type de celui de septembre 2008) qui entraîne les difficultés de trouver des liquidités sur le marché interbancaire. Elles exercent donc un énorme lobby sur la Fed et l’autorité de contrôle pour que soit annulée l’exigence de surplus de liquidités.

Les banques exercent un énorme lobby sur la Fed et l’autorité de contrôle pour que soit annulée l’exigence de surplus de liquidités. Elles ont déjà réussi à obtenir l’annulation dès janvier 2020 d’une mesure connue sous le nom Volcker’s rule.

Elles ont déjà réussi à obtenir de l’administration Trump qu’elle fasse le nécessaire pour annuler à partir de janvier 2020 une mesure connue sous le nom Volcker’s rule (règle Volker).

Cette règle Volcker a été introduite en 2013 pendant la présidence de Barack Obama dans le cadre de la loi Dodd-Franck qui a été adoptée dans le sillage de la crise financière de 2007-2008. Cette règle interdit aux banques de spéculer avec l’argent des déposants. Au-delà du risque lié à la volatilité des marchés financiers, le promoteur du texte, Paul Volcker, un ancien directeur de la Réserve fédérale, jugeait que l’activité de trading pour compte propre détournait les banques de leur métier de financement de l’économie.

Elles veulent aller plus loin et elles remettent en cause the liquidity coverage ratio (= ratio de liquidités à court terme ou LCR [7]) adopté aux États-Unis et dans le reste du monde après la crise de 2008.

En vertu de cette règle, les établissements financiers doivent détenir suffisamment d’actifs liquides pour couvrir les sorties nettes de trésorerie sur une période de 30 jours en situation de crise.

Elles remettent aussi en cause le pourcentage de liquidités qu’elles doivent conserver dans leur trésorerie en permanence (en anglais : intraday liquidity), ce qui complète et s’ajoute au liquidity coverage ratio . D’ailleurs le marché du repo est le lieu où les banques en début de journée vers 7h00 du matin vont chercher à combler leurs besoins de liquidités au jour le jour afin de remplir leurs obligations légales. Le lobby des grandes banques affirme que le montant exigé d’elles est trop élevé et que c’est cela qui a produit la crise ouverte le 17 septembre 2019. Le Financial Times a consacré un article à ce sujet avec comme titre suggestif : « La Fed analyse le rôle de la réglementation dans l’augmentation soudaine des taux » (« Fed analyses regulation’s role in sudden rates rise », publié le 2 octobre dans la version papier. Publié en ligne avec un autre titre le 1er octobre : « Fed wrestles with role of regulation in repo squeeze »). L’article abonde prudemment dans le sens de l’argument avancé par le lobby bancaire des États-Unis. D’ailleurs, le lobby bancaire européen intervient dans le même sens en ce qui concerne l’application du ratio de liquidités sur le vieux continent et en Grande Bretagne. Pour ce qui concerne l’Europe, j’y consacrerai prochainement un article spécifique en rapport avec le bilan de l’action de la BCE sous la direction de Mario Draghi (2011-2019).

Il est clair que ce n’est pas l’obligation faite aux banques de conserver en permanence des liquidités suffisantes pour faire face à une crise qui a provoqué le manque de liquidités sur le marché du repo aux États-Unis.

Il est clair que ce n’est pas l’obligation faite aux banques de conserver en permanence des liquidités suffisantes pour faire face à une crise qui a provoqué le manque de liquidités sur le marché du repo aux États-Unis. La véritable cause, c’est la volonté des banques d’utiliser au maximum les liquidités dont elles disposent pour spéculer afin de faire un maximum de profits au bénéfice de leurs actionnaires et de leurs dirigeants.

Il est également important de compléter le tableau sur la situation des banques. Il est important de tirer la sonnette d’alarme sur les risques que font peser les « marchés financiers » sur la société et d’attirer l’attention sur la crise du marché du repo aux États-Unis. Il est aussi important de prendre conscience que la concentration bancaire a fortement augmenté aux États-Unis et que la concurrence entre les banques a fortement diminué car s’est mis en place un véritable oligopole, un cartel bancaire qui exerce une pression permanente sur les pouvoirs publics afin qu’ils mènent une politique qui favorise systématiquement le grand capital. Ce cartel bancaire est responsable de comportements totalement contraire aux intérêts de la majorité de la population : imposition de contrats hypothécaires abusifs comme la crise des subprime l’a révélé et les nombreux procès qui ont suivi, contrats abusifs en matière de dettes des étudiants (la dette étudiante aux États-Unis dépasse les 1500 milliards de dollars et concerne 44 millions de personnes), manipulation des taux d’intérêts (Libor), spéculations sur les matières premières, blanchiment d’argent des cartels de la drogue, investissements dans les activités qui aggravent la crise climatique… Voir la série d’articles que j’y ai consacré (http://www.cadtm.org/Les-banques-et-la-nouvelle) et que j’espère bien actualiser dans les mois qui viennent.

Il faut également dénoncer le montant des rémunérations des dirigeants des banques et le montant des dividendes versés aux actionnaires privés. Dénoncer le fait que malgré les nombreux délits et crimes commis par les banquiers aucun d’entre eux n’a été condamné à de la prison et aucune grande banque ne s’est vu retirer la licence bancaire. Prenons le cas de la banque Wells Fargo. Cette banque, la quatrième banque des États-Unis en termes de capitalisation boursière et de contrôle du marché bancaire, a pu poursuivre ses activités alors que la justice nord-américaine avait démontré que ses dirigeants avaient sciemment poussé leurs employés à créer de toutes pièces 1 300 000 comptes bancaires « fictifs » ou « fantômes » pour augmenter les profits de la banque grâce aux frais bancaires prélevés sur le dos des clients. La banque s’est contentée de payer une amende. Aucun de ses dirigeants n’a été condamné à de la prison [8].

 

(extrait, suite via le lien ci dessous)

 

E. Toussaint

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