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Covid gazette

Publié le par ottolilienthal

 

Covid-19 : un patient sur huit garde au moins un symptôme durable, selon une étude

Ce travail, réalisé aux Pays-Bas, est, par son ampleur et sa méthodologie, une pièce importante pour mieux comprendre le risque de Covid long.

Parmi les personnes atteintes de Covid-19, une sur huit garde à long terme l'un des symptômes caractéristiques du Covid long, montre une étude publiée vendredi 5 août dans le journal scientifique The Lancet. Ce travail, réalisé aux Pays-Bas, est, par son ampleur et sa méthodologie, une pièce importante pour mieux comprendre le risque de Covid long, c'est-à-dire la persistance de symptômes durables après une infection au coronavirus.

En l'état actuel des connaissances, on sait qu'il existe chez certains patients des séquelles spécifiques à une infection au coronavirus et que celles-ci ne s'expliquent pas uniquement par des troubles psychosomatiques, comme l'ont avancé initialement certains médecins. Mais on ignore largement la fréquence de ces troubles et, plus encore, les mécanismes physiologiques par lesquels ils interviennent. Si l'étude du Lancet ne répond pas à ce deuxième questionnement, elle permet de mieux préciser le premier élément, d'abord car elle a été réalisée sur un nombre important de patients: plus de 4 000 personnes atteintes du Covid.

Ces symptômes comprennent "des douleurs abdominales, des difficultés et des douleurs respiratoires, des douleurs musculaires, une agueusie ou une anosmie, des picotements, une gêne dans la gorge, des bouffées de chaleur ou de froid, une lourdeur des bras ou des jambes ainsi qu'une fatigue générale", énumère cette étude publiée. "Chez 12,7% des patients, on peut attribuer ces symptômes au Covid-19", trois à cinq mois après l'infection, concluent les auteurs.

 
France Télévisions
 
Publié

 

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/covid-19-un-patient-sur-huit-garde-au-moins-un-symptome-durable-selon-une-etude_5294494.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20220805-[lestitres-coldroite/titre4]

« Le variant BA.5 a un boulevard devant lui »

La 7e vague est bien là. La gestion technocratique de l’épidémie par la France l’explique en partie, selon l’épidémiologiste Dominique Costagliola.

L'épidémie de Covid-19 galope de nouveau avec une hausse de 50 % des cas en une semaine. Plus aucun département n'est épargné et toutes les tranches d'âge sont concernées. Les deux tiers des cas sont dus aux nouveaux variants d'Omicron, surtout BA.5. Pour l'épidémiologiste Dominique Costagliola, directrice de recherches émérite à l'Inserm et membre de l'Académie des sciences, le nombre de cas réels pourrait être 25 fois supérieur aux chiffres officiels.

Le Point : Comment qualifieriez-vous la situation actuelle ?

Dominique Costagliola : Elle est tout simplement logique. Nous avons tranquillement observé l'émergence des nouveaux variants d'Omicron, BA.4 et BA.5, sans prendre aucune mesure visant à restreindre leur circulation. Les données sur les contaminations sont sûrement très en deçà de la réalité. Le seul décompte des cas diagnostiqués dans la population générale ne donne pas une image précise de la dynamique et de la reprise de l'épidémie. Surtout lorsque les autorités n'incitent plus vraiment au dépistage. Et même pire, lorsqu'elles décident d'une diminution du tarif de la prise en charge de certains tests, comme celle publiée au Journal officiel hier, le 22 juin dernier. Pourtant, l'augmentation des hospitalisations montre que la situation se dégrade depuis au moins deux à trois semaines. Malheureusement, en France nous manquons d'outils pour suivre l'évolution réelle de l'épidémie. Certains pays, comme la Suisse, ont maintenu des mesures généralisées et systématiques de concentration du virus dans les eaux usées. Le Royaume-Uni a, lui, fait le choix de réaliser une étude régulière sur les contaminations dans un échantillon représentatif de sa population. Ce mode de surveillance montre que le nombre de cas peut s'avérer jusqu'à 25 fois supérieur aux chiffres officiels.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Il est clair que la France a choisi de gérer la crise avec des objectifs technocratiques. Le mot d'ordre est d'éviter que l'hôpital craque. Mais dans une crise de santé publique, la logique consiste aussi à minimiser le nombre global des personnes infectées. Ce n'est pas le choix qui a été fait en France.

Les moments d'accalmie entre les vagues n'ont-ils tout de même pas permis de mieux s'organiser ?

Nous sommes toujours incapables de prendre des mesures à moyen ou long terme, comme investir dans les systèmes de ventilation et de surveillance de l'air dans les lieux clos. Dans les commerces, les cinémas ou les écoles d'autres pays, les indicateurs de taux de CO2 sont devenus obligatoires. Un peu comme les petits écrans avec un niveau de décibels affiché dans certains bars pour inciter à diminuer le bruit, les capteurs de CO2 incitent à ouvrir les fenêtres ou à relancer le système d'aération. Cela ne peut pas se faire du jour au lendemain. Mais si on ne commence pas dès maintenant, les écoles se retrouveront en septembre dans la même situation qu'à la rentrée précédente. Ce sera la grande débrouille, alors que nous aurions eu largement le temps de nous préparer cette fois. Mais j'ai malheureusement le sentiment que le nouveau contexte politique, avec le résultat des élections législatives, n'améliorera pas notre capacité à prendre les bonnes décisions au bon moment.

La vaccination nous a tout de même permis d'en finir avec des mesures drastiques comme le confinement ou le couvre-feu…

 

Les vaccins jouent un rôle capital, mais tout faire reposer sur les vaccins ne suffit pas. En santé publique, il faut une prévention combinée. Nous ne pouvons pas nous appuyer uniquement sur des interventions médicales, comme la vaccination ou les médicaments, sans miser également sur des interventions non pharmacologiques, comme le masque ou la qualité de la ventilation en lieu clos. En France, nous avons néanmoins décidé de lever l'obligation de le porter au mois de mars dernier, sans aucune logique épidémiologique. Désormais, évoquer son retour, c'est comme agiter un chiffon rouge ! Je crains que plus jamais un décideur ne prenne le risque de le rendre à nouveau obligatoire, alors qu'à l'évidence c'est une mesure peu contraignante par rapport à ce que nous avons connu et qui permet de limiter efficacement la circulation du virus.

Peut-on prédire ce qui va se passer dans les semaines à venir ?

Si on regarde les dernières données d'incidence disponibles à Paris, cela tourne déjà autour de 890 cas pour 100 000 habitants. Compte tenu de la sous-estimation, multiplier par 3, ce n'est pas grand-chose si on compare à l'étude conduite au Royaume-Uni. Avec cette hypothèse, la probabilité de croiser une personne infectée dans un groupe de 50 personnes est de 74 % et de 49 % dans un groupe de 25. Le variant BA.5 a donc un boulevard devant lui.

Quelles seront les conséquences de cette nouvelle vague ?

Le Portugal a déjà traversé une vague importante ces derniers mois, provoquée par BA.5. Mais, il est difficile de comparer les pays entre eux. Par exemple, les plus âgés et les plus jeunes sont plus vaccinés au Portugal qu'en France, le délai entre les grandes campagnes de vaccination et l'arrivée du variant n'est pas le même… Il y a trop de différences à prendre en compte. On constate qu'Omicron ne provoque pas une forte réaction de protection immunitaire. Donc, on ne peut pas prétendre, comme cela a été affirmé en début d'année, que c'est une chance d'avoir été infecté par lui.

Le Sars-CoV-2 finira-t-il par être saisonnier ?

Un jour peut-être, mais en attendant, c'est un mythe. À ce titre, vouloir déjà programmer les nouvelles campagnes de vaccination en même temps que celles contre la grippe ne me paraît pas justifié. Il y a actuellement plus de 600 patients qui sont hospitalisés tous les jours et nous ne sommes pas en hiver, que je sache. L'histoire conjointe du virus et de l'espèce humaine est encore très récente. Le Sars-CoV-2 évolue aisément par sélection naturelle en multipliant les variants très transmissibles. Ses deux voies d'évolution pour continuer à infecter les populations consistent à devenir plus transmissible que ses prédécesseurs ou à faire preuve d'un meilleur échappement immunitaire, autrement dit se révéler capable de mieux passer sous le radar de nos défenses développées au cours du temps contre l'infection. C'est le cas pour le variant BA.4 et plus encore pour le variant BA.5. Le virus est endémique, cela ne veut pas dire qu'il est bénin, mais qu'il va nous embêter pendant des années encore.

Que faire en attendant ?

À titre individuel, je recommande donc de se faire tester au moindre symptôme. Pas la peine de se rassurer en se disant : « c'est un rhume ». Le plus probable en ce moment, c'est qu'il s'agit du Covid-19. Et évidemment, il faut recommencer de porter le masque dans tous les lieux clos en privilégiant si possible les FFP2, car les nouveaux variants sont très contagieux. Encore une fois, chacun de nous doit intégrer que le scénario de cette épidémie se joue sur le temps long.

Par

"Il y a une reprise de l'épidémie", alerte l'infectiologue Benjamin Davido

Face à ce virus "qui circule toute l'année", le référent Covid-19 à l’hôpital de Garches  plaide pour une "relance de la vaccination". Il regrette par ailleurs que les masques ne soient plus obligatoires dans les transports.

"Il y a une reprise de l'épidémie et elle est parfaitement inattendue par rapport à la saison", alerte dimanche 19 juin sur franceinfo l'infectiologue Benjamin Davido, référent Covid-19 à l’hôpital de Garches (Hauts-de-Seine). "Avec les nouveaux variants actuels, qui sont plus contaminants, de 10 à 15%, l'épidémie retrouve du sang frais alors même qu'on a passé la période de la saison froide", poursuit-il.

>>> Covid-19 : suivez l'évolution de la pandémie en France et dans le monde

Certains facteurs permettent toutefois d'expliquer ce rebond. L'infectiologue rappelle que l'été dernier "avait été accompagné d'une vague sans précédent" liée au variant Delta. Il pointe également du doigt la suppression "des dernières digues de restrictions qui existaient", comme par exemple la fin du port du masque dans les transports en commun, qu'il dit "déplorer".

"On ne se protège plus"

Selon Benjamin Davido, "le fait que ce virus puisse frapper en plein été, le rend endémique", autrement dit, "il circule tout au long de l'année". Cela suppose, selon lui, "d'agir, d'anticiper les prochaines vagues" et "pour cela, il faut être capable de dire qu'il y aura des rappels vaccinaux". Favorable à une "relance de la vaccination", Benjamin Davido estime qu'il faut "expliquer aux Français pourquoi on va faire des rappels vaccinaux".

"Il n'y a pas d'immunité pérenne face à ces coronavirus, au même titre que la grippe et c'est pour cela qu'on vaccine chaque année"

Benjamin Davido, infectiologue

à franceinfo

"Il faut appliquer au Covid les mêmes outils que la grippe", plaide Benjamin Davido et continuer de se protéger.

"On est dans une situation ubuesque, on ne se protège plus, on est presque tombé dans l'excès inverse", regrette-t-il. Selon Benjamin Davido, "on a décrété un nuage de Tchernobyl" avec la fin du masque dans les aéroports et les avions en Europe, alors qu'il reste obligatoire dans certains pays au-delà de nos frontières.

L'infectiologue s'est dit optimiste quant à notre capacité "à contenir cette vague estivale", notamment parce que beaucoup de Français se sont vaccinés au début de l'année ou ont été contaminés. Mais, selon lui, "cette immunité va commencer à s'effilocher et on n'arrivera pas à dépasser la période de l'automne" sans un nouveau rappel de vaccin.

Radio France
 
Publié

 

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/covid-19-il-y-a-une-reprise-de-l-epidemie-alerte-l-infectiologue-benjamin-davido_5207158.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20220620-[lespluspartages/titre2]

"La courbe épidémique est exponentielle en France, cela ressemble à une nouvelle vague", observe un épidémiologiste

Antoine Flahault, épidémiologiste, alerte ce mercredi sur franceinfo d'un fort rebond de l'épidémie en France, lié à l'apparition des sous-variants venus du Portugal. 

La France est-elle à l'orée d'une nouvelle vague de coronavirus ? C'est ce que craint Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l'université de Genève, qui alerte ce mercredi sur le rebond épidémique lié aux sous-variants BA.4 et BA.5 venus du Portugal"La courbe épidémique est exponentielle en France", prévient-il, alors qu'au Portugal, "la mortalité a été très importante" ces dernières semaines et particulièrement "chez des personnes âgées de plus de 80 ans".

 

Antoine Flahault appelle à la vigilance car "ce qui se produit au Portugal pourrait se produire avec quelques semaines de décalage chez nous" :

Peut-on parler d’une reprise épidémique en France ?

Oui. Dans presque tous les pays d'Europe de l'Ouest en ce moment, on voit un rebond très clair. En France notamment. La courbe épidémique est exponentielle en France, cela ressemble à une nouvelle vague qui a l’air d’être menée par ces nouveaux variants BA.4 et BA.5 d’Omicron. La vague va concerner toutes les régions de France métropolitaine. Et quand on parle de l'Outre-mer, il y a un cas un peu particulier qui est celui de la Martinique. C'est la région française qui a la plus forte incidence aujourd'hui et également le fort taux de mortalité. C’est probablement lié à un autre sous-variant d'Omicron. Un sous-variant nord-américain qu'on appelle le BA2.12.1. Omicron est une famille nombreuse …

Sommes-nous suffisamment protégés par la vaccination aujourd’hui en France ?

Tout dépend de ce qu’on appelle le "nous", c’est-à-dire que les personnes qui un schéma complet sont très bien protégées contre les formes sévères. Elles ne sont pas protégées contre le fait d’avoir le Covid malheureusement parce que ce n’est plus exactement la même souche. Mais la mortalité a été très importante ces dernières semaines au Portugal avec cette vague BA.5.

>> Covid-19 : quels sont les stocks de vaccins en France ?

Ce sous-variant n’est pas beaucoup plus violent que les autres, mais 93% de la mortalité observée s'est produite chez des personnes âgées de plus de 80 ans. Donc, les personnes de plus de 80 ans sont à très haut risque, y compris cet été, de mortalité due à ce variant. Il faudra être extrêmement prudent dans les Ehpad, extrêmement prudents avec les personnes âgées. Il faudra redoubler de vigilance pendant les semaines et les mois qui vont venir. Le risque d'en mourir est important, le risque d'être hospitalisé et de faire une forme compliquée est important.

Avez-vous une idée de la date du pic épidémique ou c'est encore trop ?

C'est trop tôt. La prévision que nous faisons à Genève avec l'Ecole polytechnique de Lausanne et de Zurich porte sur sept jours. Mais je peux dire que l’Afrique du Sud a terminé cette vague en huit semaines, ça a été la plus courte de toutes ses vagues. Le Portugal est à six semaines et il est arrivé à son pic, semble-t-il. Donc le Portugal risque d’en avoir pour neuf ou dix semaines. Si on transposait la situation portugaise à la France, on en aura pour une bonne partie de l’été. On ne peut pas prévoir, on ne peut pas prédire, mais on peut anticiper. On peut se dire que ce qui se passe au Portugal pourrait se produire avec quelques semaines de décalage chez nous. On se rappelle de la Lombardie, de l'Italie et on ne voulait pas y croire. On ne pensait pas que tout cela nous arriverait et puis, tout cela est arrivé. Donc oui, on peut anticiper parce que les morts dont on parle sont des morts qui, pour une large part, sont évitables. Si on teste précocement, si on prescrit des traitements antiviraux efficaces dans les tout premiers jours de l'infection, alors, on peut vraiment sauver des vies. Ça a été démontré dans les essais cliniques, il faut que dans la vie réelle, on profite de ces avancées thérapeutiques.

On avait parlé d'un virus moins résistant à la chaleur. Ce n’est pas le cas finalement ?

Les virus respiratoires, de façon générale, sont moins transmissibles quand on est à l’extérieur. Au moins 95%, peut-être 99% des contaminations ont lieu dans des milieux clos, mal ventilés, où on est nombreux. En été, souvent c’est le contraire, on est plus souvent dehors. Mais en ce moment avec la canicule on dit aux gens de fermer les fenêtres, dans les Ehpad on essaye de ne pas faire rentrer l’air chaud de l’extérieur. Donc, il y a des risques finalement pendant l’été de propagation de ce virus. On l’a vu, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande ont connu une vague importante en plein cœur de leur été. Le Portugal est depuis le début du mois de mai dans des conditions climatiques météorologiques très clémentes.

 
Radio France
 
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https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/variants-du-coronavirus/covid-19-la-courbe-epidemique-est-exponentielle-en-france-cela-ressemble-a-une-nouvelle-vague-observe-un-epidemiologiste_5199994.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20220617-[lespluspartages/titre2]

l'immunité acquise "permet de protéger la population" mais une 4e dose "pas écartée", indique le professeur Bruno Mégarbane

Face aux chiffres quotidiens toujours élevés de contaminations, l'infectiologue a estimé, sur france info, que la vaccination, les infections et réinfections "permettent de vivre avec le virus".

"On n'écarte pas qu'à la rentrée", en septembre, "il faille refaire une 4e dose pour la totalité de la population, mais on verra à ce moment-là en fonction des variants qui vont circuler", a déclaré le professeur Bruno Mégarbane ce dimanche sur franceinfo, concernant l'épidémie de Covid-19. "Mais, pour le moment, il n'y a pas de variant qui l'emporte nettement en termes de capacité à se propager et de virulence", a-t-il nuancé.

"Tous les nouveaux variants et sous-variants ressemblent très largement à la génération d'avant et, de fait, l'immunité que nous avons acquise et que nous maintenons grâce à ces réinfections permettent de protéger la population contre les formes graves de la maladie", a constaté Bruno Mégarbane. "C'est la fameuse immunité collective, c'est une immunité de protection contre les formes graves de la maladie mais malheureusement pas contre les contaminations", a rappelé le professeur, justifiant ainsi le nombre de cas positifs au quotidien.

Pour Bruno Mégarbane, la vaccination, les infections et réinfections "permettent de vivre avec le virus" et, selon lui, le Covid-19, "comme on l'avait prédit", "devrait très progressivement s'orienter vers un virus des rhumes".

Radio France
 
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Dans l’indifférence générale, on continue à mourir du Covid

Deux ans de pandémie et une campagne qui semble n’en avoir tiré aucune leçon. On aurait pu imaginer que, d’un côté comme de l’autre, le Covid soit sinon un sujet majeur au vu de son invisibilisation actuelle, au moins l’occasion d’un retour d’expérience, d’un premier bilan. Il n’en a rien été, et pour cause. Prenant acte de la relative accalmie à l’hôpital, le gouvernement avait délibérément choisi d’anticiper la fin d’omicron en pariant sur une stabilisation des taux de contamination courant avril, afin que l’élection se déroule hors procédure d’exception. Emmanuel Macron n’avait aucune envie de voir rappeler certains épisodes peu glorieux de sa gestion : mensonges sur les masques, paris épidémiologiques risqués, cafouillages divers.

En face, l’opposition n’avait guère intérêt non plus à s’attarder sur son propre passif. La droite «républicaine» s’était vautrée dans les grandes largeurs aux pieds de Didier Raoult, clamant sur toutes les chaînes qu’il était criminel d’attendre des essais cliniques rigoureux avant de déverser par tonnes des molécules inefficaces voire dangereuses sur le grand public au motif de l’urgence. L’extrême droite avait ouvertement dragué les conspirationnistes et les antivax, choisissant d’accélérer le chaos ambiant pour grappiller quelques parrainages et engranger des vues sur les réseaux sociaux. La gauche populaire s’était à maintes reprises fourvoyée, son tribun croyant narcissiquement discerner dans le directeur de l’IHU un de ces hommes exceptionnels «trop mal aimé par les belles personnes pour ne pas éveiller l’intérêt», puis se laissant envoûter par un discours ambigu sur la syndémie. La pandémie n’aurait existé qu’en tant que conséquence des inégalités sociales, et ne touchait que les faibles. Les mesures prises par le gouvernement étaient donc d’autant plus intolérables qu’inadaptées, et devaient être dénoncées comme telles.

A cela s’étaient ajoutés quelques propos ambigus assénés sur les vaccins ARNm au nom d’une spécialisation en surgelés Picard et, pour clore le tout, la mise en avant d’un vaccin russe dont l’incapacité des promoteurs à fournir un dossier scientifique complet avait donné lieu à des soupçons d’atlantisme.

Dans ce marasme, on retiendra en positif le dernier meeting de campagne de Philippe Poutou, et cette injonction à contre-courant du «chacun pour soi», à porter un masque FFP2 «parce qu’on n’est pas tous égaux devant la maladie». Et les prises de position du candidat communiste, Fabien Roussel, de mémoire l’un des seuls à avoir constamment privilégié une approche conforme aux données de la science, sans concession pour le gouvernement mais considérant mesures barrières et vaccins comme nécessaires à la protection de la population, et notamment des plus fragiles médicalement et économiquement parlant, chez qui le virus causait le plus de ravages. Mais, même lui, en fin de campagne, pris à partie chez Cyril Hanouna par Gilles Verdez sur l’absence du masque dans les bureaux de vote, avait eu ce cri du cœur : «Mais aujourd’hui on atteint l’immunité collective !»

 

Multiplication des réinfections

Plus de 100 personnes meurent chaque jourdans une quasi-indifférence générale, depuis des mois. Cent cinquante mille personnes, au bas mot, sont contaminées chaque jour, depuis des mois, sans que cela n’interpelle plus que cela. Je dis «au bas mot», car, répétons-le, les chiffres sont certainement beaucoup plus élevés. Les consignes de test, de traçage, d’isolement, sont devenues absconses au point d’être illisibles. Les malades peu symptomatiques et les cas contacts ne se testent plus. Les réinfections survenant à moins de soixante jours d’un premier épisode de Covid ne sont tout simplement pas prises en compte dans les bases de données, et ce problème, identifié depuis des semaines, n’est toujours pas réglé alors que l’arrivée d’omicron a multiplié ces réinfections depuis le début de l’année. Olivier Véran se félicite a posteriori de son excellente décision d’enlever le masque en lieu clos, en s’appuyant sur des courbes dont il connaît l’inexactitude.

Deux semaines après la levée de toutes les mesures sanitaires, les urgences pédiatriques sont saturées à Rennes, Nancy, Nantes, Perpignan… Le CHR d’Orléans n’accepte plus que les urgences vitales. Une grande partie des aides-soignants et presque tous les infirmiers sont en arrêt maladie. Des services et blocs sont fermés. Des patients passent quatre jours sur un brancard.

 

Et cela se répète. Jour après jour on apprend qu’un service de maternité, d’urgences adultes, d’urgences pédiatriques, ferme ou restreint son activité par surcharge et par manque de soignants. Arcachon, Orsay, Nevers, Le Havre, Toulouse, Le Mans…

Mais comme le martelait avec véhémence l’un des rassuristes de plateaux en chef, Gérald Kierzek : «Plus on teste, plus il y a de personnes positives. Donc il faut déjà arrêter de tester, pour éviter que tout le monde s’affole.» Le gouvernement a tenu compte de ce conseil judicieux.

 

Comme aurait dit Joseph Staline, un autre grand théoricien : «Un homme, un problème. Plus d’homme, plus de problème.»

 

 

 

 
 

 

 

 

 

Christian Lehmann  ( médecin et écrivain)

submergée par Omicron, la Chine court-elle à la catastrophe ?

Après Hongkong, Shenzhen et Shanghai reconfinent, menaçant la croissance mondiale. Faute de vaccins à ARN messager, la Chine risque une vague scélérate

C'est le graphique qui résume tout. Posté sur Twitter par un journaliste du Financial Times, il compare les épidémies récentes de Covid à Hongkong et en Nouvelle-Zélande, deux champions du « zéro Covid », qui ont longtemps tenu le virus en respect et font face à une flambée de cas depuis le début de l'année. En janvier, l'archipel austral a renoncé à contenir absolument l'épidémie. La place financière chinoise, elle, s'y efforce toujours, mais en vain.

Pour l'une comme pour l'autre, de quasiment zéro le nombre de cas quotidien a franchi les 100 pour 100 000 habitants, décrochant dans le cas de Hongkong le record mondial de nombre de cas rapporté à la population depuis le début de la pandémie. Dans l'ancienne colonie britannique, cette vague s'accompagne qui plus est d'un pic de décès sans précédent. D'à peine 250 morts au total en deux ans il y a encore un mois, le bilan a bondi à près de 5 000 décès, établissant un autre record mondial, de 37,68 morts quotidiens par million d'habitants dans la journée du 14 mars. Par contre, la Nouvelle-Zélande n'enregistre qu'une toute petite hausse de la mortalité, culminant à un mort par million le même jour, pour un total de 135 morts au 16 mars.

Jeu des sept différences

Pourquoi une telle différence ?

1) Hongkong n'a pas vacciné autant avec 80 % de vaccinés (deux doses), contre 96 % en Nouvelle-Zélande.

2) Comme alertent tous les observateurs depuis des mois, les populations les plus vulnérables de Hongkong sont particulièrement sous-vaccinées, 36 % seulement des plus de 80 ans étant vaccinés (deux doses) et 65 % des 70 à 80 ans.

3) Hongkong est nettement plus dense, à près de 7 000 habitants au kilomètre carré sur l'ensemble de son territoire, et comprend des quartiers, comme celui de Kowloon, qui dépassent les 30 000 habitants au kilomètre carré, avec des immeubles insalubres où les locataires s'entassent parfois par dizaines dans des « appartements subdivisés ».

4) La population de Hongkong est légèrement plus âgée, avec 18,5 % de plus de 65 ans, contre 16 % en Nouvelle-Zélande.

5) Près de 40 % des vaccinés hongkongais (deux doses) le sont avec le vaccin chinois CoronaVac, du fabricant Sinovac, un vaccin traditionnel à virus inactivé, dont l'efficacité est nettement moindre (à peine 50 % d'infections en moins, contre plus de 90 % pour les vaccins à ARN messager comme le BioNTech).

6) En outre, le CoronaVac est moins efficace en troisième dose et contre le variant Omicron, avec seulement 35 % des triples doses Sinovac développant des anticorps contre Omicron, contre 90 % avec des vaccins à ARN messager, d'après une étude publiée en janvier dans The Lancet à partir de données recueillies au Brésil.

7) La Nouvelle-Zélande, enfin, comme d'autres pays ayant appliqué longtemps la politique zéro Covid, tels la Corée du Sud, Singapour, le Japon et l'Australie, a planifié sa « stratégie de sortie », c'est-à-dire a délibérément relâché les mesures du zéro Covid en rouvrant ses frontières, pour y substituer des mesures d'atténuation des effets de l'épidémie, par exemple en renforçant le système hospitalier. Pour des raisons surtout politiques, Hongkong ne pouvait pas prendre l'initiative d'un tel virage.

En effet, si la vocation naturelle de celle qui se présentait comme la « ville-monde » de l'Asie aurait été de rouvrir le plus tôt possible, le gouvernement central chinois a interdit aux autorités hongkongaises cette option, qui aurait menacé la « sécurité nationale » de la Chine, autrement dit son unité territoriale. Si Hongkong ouvrait avant Pékin, le territoire de la place financière aurait en effet été débranché de la partie continentale, accentuant la distance déjà creusée par la contestation politique des dernières années. En outre, les échanges quotidiens entre Hongkong et le continent auraient rendu quasi impossible le fait de contenir le virus dans la région, à moins de la couper totalement du reste du pays.

La submersion du continent

La conclusion est tragique pour la ville, déjà plombée par les troubles politiques des dernières années : elle a sacrifié son statut international, provoquant un exode des entreprises et expatriés, pour éviter les premières vagues de Covid ; elle s'est longtemps enorgueillie d'avoir un meilleur bilan que les pays occidentaux qui ont opté pour vivre avec le virus ; mais, finalement, elle connaît une vague pire que les premières vagues connues ailleurs ; et, comble de son malheur, elle devra probablement retourner à la case départ, l'instruction de Pékin restant d'appliquer la politique zéro Covid et interdisant de rouvrir Hongkong au monde.

Mais, aujourd'hui, cette faillite hongkongaise n'est pas seulement un problème local. En effet, ce qui a commencé dans le « port parfumé » il y a un mois pourrait se reproduire à l'échelle du pays le plus peuplé au monde. Le 13 mars, les chiffres officiels en Chine continentale se sont brusquement élevés de quelques dizaines à au-dessus des 2 000 cas par jour. La mégapole manufacturière du Sud, Shenzhen, où les usines du taïwanais Foxconn produisent les fameux iPhone, et où se concentrent les sièges des géants de la tech chinoise, a dû décréter un mini-confinement de cinq jours lundi en mettant à l'arrêt ses transports en commun, provoquant des interruptions de ses précieuses lignes de production.

La capitale des affaires chinoise, Shanghai, a, elle, écarté le confinement général, mais a restreint les voyages et met désormais sous cloche des dizaines de quartiers pour deux à quatorze jours, le temps de tester toute la population. Plus alarmant, la province de Jilin concentre près de 90 % des cas du pays. À l'extrême nord, cette région frontalière de Vladivostok et de la Corée du Nord a mis plusieurs villes en quarantaine, et multiplie les constructions en urgence d'hôpitaux temporaires.

Depuis deux ans, des spécialistes avertissent que la stratégie zéro Covid de la Chine n'est pas tenable sur la durée. Tous ses voisins asiatiques ont déjà opéré leur transition vers une réouverture partielle, à l'exception de Taïwan. Plusieurs experts chinois plaident pour un tournant, tel l'épidémiologiste Zeng Guang, qui a encore rappelé au début du mois que « l'objectif à long terme de l'humanité est de coexister avec le virus » et que la stratégie chinoise « ne peut pas rester inchangée pour toujours ».

Mais, depuis qu'un universitaire a été sanctionné, l'été dernier, pour avoir osé critiquer le zéro Covid et appeler à une réorientation, plus personne ne se risque à le remettre en question frontalement. Ce 17 mars, Xi Jinping a réaffirmé dans une réunion que la Chine s'en tiendrait à la politique du zéro Covid « dynamique » (épithète qui reconnaît que le but n'est pas l'élimination totale mais de tendre vers le zéro Covid). Le secrétaire général du Parti a toutefois rappelé la nécessité de « minimiser l'impact de la situation du Covid sur le développement économique et social ».

Le dilemme chinois

Pourtant, les experts craignent que ce qui s'est produit à Hongkong ne survienne de nouveau sur le continent. « Cette possibilité ne peut pas être exclue », craint Huang Yanzhong, spécialiste de la santé au sein du Council on Foreign Relations, un think tank américain. « Le nouveau variant est extrêmement transmissible. Cela dépend de la façon de répondre à la pandémie du gouvernement. Les décideurs politiques sont confiants [dans le fait] qu'en redoublant les mesures les plus strictes la Chine sera capable d'éviter le scénario du pire qui s'est produit à Hongkong. »

Mais le coût de la politique zéro Covid pourrait devenir si élevé qu'elle deviendrait impossible à mettre en œuvre. « Si elle devait confiner le pôle industriel majeur de Shenzhen et le centre d'affaires de Shanghai à la fois pour ne serait-ce qu'une semaine, cela aurait un impact économique très lourd, rendant inatteignables les prévisions de croissance chinoises de 5,5 % pour 2022 et perturbant les chaînes d'approvisionnement mondiales, avertit Huang Yanzhong. D'autant qu'alors que ses voisins tournent la page du zéro Covid la Chine n'est plus avantagée par rapport à eux. »

 

C'est la raison pour laquelle Huang Yanzhong appelle l'État chinois à approuver immédiatement les vaccins à ARN messager occidentaux. Le groupe pharmaceutique chinois Fosun avait pourtant bien noué un partenariat avec Pfizer-BioNTech dès 2020 pour distribuer ses vaccins en Chine, mais le régulateur n'a jamais donné son accord. En réalité, Pékin a lancé entre-temps le développement de son propre vaccin à ARN messager… Mais les premiers résultats sont décevants.

« S'ils veulent éviter le scénario du pire comme à Hongkong, ils devraient approuver le vaccin Pfizer et vacciner en priorité les personnes âgées », conclut Huang Yanzhong. ​​​​

Jérémy André

"On est au début d'une nouvelle ère", se félicite Jean-François Delfraissy

Le président du Conseil scientifique estime que la France va entrer dans une période marquée par une "circulation contrôlée du virus" du Covid-19 et, de temps en temps, "des pics épidémiques" donnant lieu à des restrictions.

"Nous sommes en train d'en finir avec Omicron". Dans un entretien publié mercredi 16 février au soir dans les colonnes du ParisienJean-François Delfraissy estime que la France est "au début d'une nouvelle ère" concernant le Covid-19. Le président du Conseil scientifique décrit une période à venir marquée par une "circulation contrôlée du virus" du Covid-19 et, de temps en temps, "des pics épidémiques" donnant lieu à des restrictions.

"Deux ans après, nous sortons du stade de 'crise' pour entrer dans une phase chronique. On va s'acheminer doucement, probablement à l'automne, vers une situation endémique, avec une circulation contrôlée du virus, mais avec de temps en temps des pics épidémiques dus à l'apparition de nouveaux variants. En clair, nous vivrons encore longtemps avec le Sars-Cov-2, mais de façon différente", poursuit-il.

Selon lui, "avec un niveau de vaccination élevé et des rappels, vivre avec le Covid, c'est (...) avoir une vie presque normale, laisser le virus circuler à condition que le niveau de contamination ne soit pas trop élevé. Et reprendre des mesures de restriction temporaire lors d'une reprise épidémique""C'est le modèle qui commence à se construire", résume-t-il.

"Nous n'irons pas vers une quatrième dose généralisée"

"Vivre avec le virus, c'est peut-être aussi sortir de cette notion d'obligation, qui a été jusque-là nécessaire. Et arriver finalement à ce que les citoyens gèrent eux-mêmes leur vie en fonction du niveau de l'épidémie. On ne peut pas demander la même chose à un jeune de 18 ans ou à quelqu'un d'âgé. Ce sera aux citoyens de choisir [d'enlever le masque, par exemple], d'évaluer le risque".

Le président du Conseil scientifique met toutefois en garde : "ce n'est pas parce que la maladie s'installe de manière endémique qu'elle n'est pas grave ! Il va falloir beaucoup de temps pour que le Sars-Cov-2 devienne aussi bénin que les autres coronavirus. Il y aura des moments de forte circulation virale", rappelle-t-il.

Il juge qu'une quatrième dose sera d'actualité, mais "pour les plus fragiles vaccinés depuis six mois", évoquant "probablement une nouvelle campagne de vaccination en octobre". "Nous n'irons pas vers une quatrième dose généralisée", assure-t-il encore.

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Deux ans après le début de la pandémie de Covid-19, où en est l'enquête sur les origines du Sars-CoV-2 ?

De l'aveu même des enquêteurs de l'OMS, les investigations sont "au point mort". Deux hypothèses restent sur la table : le transmission de l'animal à l'homme ou l'échappement d'un laboratoire. Mais aucun indice ne permet de trancher.

Pangolin ? Chauve-souris ? Accident de laboratoire ? Deux ans après les premiers cas de Covid-19 en France, annoncés par les autorités le 24 janvier 2020, l'origine de la pandémie demeure une énigme. Des inspecteurs de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) se sont bien rendus en janvier 2021 dans la ville chinoise de Wuhan, le berceau de l'épidémie, pour mener des investigations. Mais ils n'ont pas pu établir de façon formelle la manière dont le Sars-CoV-2 avait émergé, comme ils l'exposaient dans leur rapport rendu fin mars. L'enquête est "au point mort", ont fini par reconnaître ces experts, en août. Une remarque faite alors que les services de renseignement américains présentaient leur propre rapport sur les origines du virus. Ces investigations n'ont, elles non plus, pas permis de se prononcer avec certitude sur les conditions d'apparition du virus.

Depuis, les connaissances ont peu évolué. "Globalement, deux hypothèses principales restent sur la table", résume auprès de franceinfo le virologue Etienne Decroly, directeur de recherche au CNRS au laboratoire Architecture et fonction des macromolécules. La première est celle d'une zoonose naturelle, c'est-à-dire une maladie infectieuse qui pré-existait chez les animaux et qui s'est transmise à l'homme, franchissant la barrière d'espèce. La seconde hypothèse relie l'apparition du Sars-CoV-2 à des expérimentations menées en laboratoire. Considéré, par certains, comme une thèse complotiste en 2020, le scénario s'est consolidé l'année suivante, jusqu'à devenir plausible et sérieux.

"Aujourd'hui, nous n'avons aucun élément qui permette de pencher en faveur d'une hypothèse ou d'une autre. Nous sommes dans le flou."

Etienne Decroly, virologue, spécialiste des virus émergents

à franceinfo

La chauve-souris, réservoir du virus ?

Le premier scénario, celui d'une transmission de l'animal à l'homme, a été considéré comme "l'hypothèse la plus favorable parce que l'histoire de l'interaction entre l'homme et les animaux est faite de zoonoses", souligne Etienne Decroly, qui s'est intéressé aux origines de la pandémie dès ses prémices. C'est dans ce contexte que la piste du pangolin a été mise en avant par des scientifiques chinois, avant d'être définitivement écartée. La raison : une correspondance qui n'est que partielle entre le code génétique du Sars-CoV-2 et celui d'un coronavirus prélevé sur cet animal. 

En revanche, l'hypothèse de la transmission du virus de la chauve-souris à l'homme, via ou non un animal intermédiaire, reste envisagée. "Un virus à 96% identique au Sars-CoV-2 a été identifié chez des chauves-souris capturées en Chine. La chauve-souris est donc très vraisemblablement le réservoir du virus", faisait valoir l'institut Pasteur, fin février 2020. L'hypothèse s'est ensuite renforcée avec la découverte, au Laos, de virus "chez des chauves-souris, très proches des premières souches de Sars-CoV-2 qui ont pu être isolées", les plus proches découverts jusqu'à maintenant et capables d'infecter les cellules humaines, explique à franceinfo Marc Eloit, responsable du laboratoire Découverte de pathogènes à l'Institut Pasteur à Paris. Il a mené, fin 2020 et début 2021, une mission au nord du Laos dans des grottes calcaires où vivent des millions de chauves-souris. Ce type de reliefs et cette faune sont communs à des zones voisines, comme le nord de la Birmanie, le nord du Vietnam et le Yunnan, une province du sud de la Chine.

Une "différence importante" entre le Sars-CoV-2 et les virus de chauves-souris découverts (jusqu'ici)

Trois éléments s'opposent toutefois à la validation complète de cette thèse. D'abord, la ville de Wuhan se trouve à quelque 2 500 km au nord-est du Yunnan, et les chauves-souris ne vivent pas dans cette ville de 11 millions d'habitants ou dans ses environs, souligne Etienne Decroly. De plus, aucun animal hôte, qui aurait joué l'intermédiaire entre les chauves-souris et les humains, n'a été identifié. Rien de probant n'a été découvert au cours des investigations menées sur le marché d'animaux de Wuhan, toujours considéré comme un potentiel point de départ de la pandémie.

Enfin, les virus découverts par Marc Eloit et son équipe présentent néanmoins une "différence importante" avec le Sars-Cov-2 : leur génome est dépourvu d'un élément appelé "site de clivage par la furine", qui permet d'augmenter l'efficacité d'entrée du Sars-CoV-2 dans les cellules pulmonaires humaines et son pouvoir pathogène. Ce "site" est fondamental puisqu'il rend le virus dangereux pour l'homme. "Il a pu être acquis par Sars-CoV-2 lors de passages multiples dans des cellules humaines", remarque Marc Eloit. Mais cela signifie "soit des passages successifs sans symptômes chez l'homme, jusqu'au moment où ce site furine est acquis, soit des passages dans des cultures cellulaires en laboratoire", précise-t-il. La circulation d'abord silencieuse du virus chez l'homme, parce qu'initialement sans ou avec peu de symptômes, est "théoriquement possible", explique le virologue. Sans compter que les grottes dans lesquelles vivent les chauves-souris sont fréquentées par des humains : des habitants de ces régions vont y récolter du guano ou consomment parfois ces animaux, et des touristes visitent ces sites.

Un accident de laboratoire pas exclu

L'hypothèse de la zoonose est donc jugée "possible" par l'OMS et demeure privilégiée par la communauté scientifique. Mais "nous n'avons pas de faits scientifiques aujourd'hui qui permettent de démontrer les mécanismes de cette zoonose", conclut Etienne Decroly. L'idée de manipulations en laboratoire mentionnée par le virologue Marc Eloit amène, elle, directement à l'autre grande hypothèse : celle de l'accident. Wuhan compte en effet des laboratoires sensibles : un laboratoire P4 – pour "pathogène de classe 4" – de très haute sécurité, où sont étudiés des virus comme Ebola, et deux laboratoires P3, où sont étudiés les coronavirus.

La virologue chinoise Shi Zhengli, directrice adjointe de l'Institut de virologie de Wuhan, est d'ailleurs surnommée "Batwoman" en raison de sa grande connaissance des coronavirus de chauves-souris. En 2005, elle a codirigé les recherches, publiées notamment dans Nature (en anglais), qui ont permis de découvrir que le virus du Sras avait pour origine un coronavirus de chauves-souris. En 2014, elle a également participé à des travaux, parus dans Nature Medicine (en anglais), impliquant la manipulation du Sras et de coronavirus de chauves-souris, afin d'étudier leur risque de transmissibilité à l'homme. Des scientifiques de Wuhan avaient "l'intention de mener des expérimentations animales pour voir si ces virus étaient capables de franchir la barrière d'espèce, abonde Etienne Decroly. Plusieurs travaux ont été publiés pour présenter les virus chimères élaborés pour étudier ces processus." 

"L'un des laboratoires de Wuhan manipule des coronavirus depuis fort longtemps. C'est la référence mondiale dans ce domaine."

Marc Eloit, responsable du laboratoire Découverte de pathogènes à l'Institut Pasteur, à Paris

à franceinfo

Un éventuel accident n'est donc pas à exclure. Certains virus décrits au cours des dernières années par les scientifiques chinois ont été récoltés dans le Yunnan, selon le virologue de l'Institut Pasteur. Or, "lorsqu'on va échantillonner dans des grottes, il y a un risque de contamination humaine si des conditions drastiques de protection individuelle ne sont pas mises en place ", avance-t-il. "Quand on introduit ces échantillons dans le laboratoire pour en extraire le matériel pour séquencer le virus, ou pour l'amplifier en culture cellulaire, il y a des risques associés si les règles de sécurité ne sont pas strictement respectées", expose le spécialiste. En 2004, le virus responsable de l'épidémie de Sras s'était d'ailleurs échappé de l'Institut de virologie de Pékin, classé P3, comme le rappelait franceinfo en mars 2021.

Malgré des protocoles bien établis, "il peut toujours y avoir un tuyau qui fuit, un filtre mal maintenu", illustre auprès de franceinfo l'ingénieur Rodolphe de Maistre, qui a participé au projet DRASTIC, un collectif pluridisciplinaire d'experts menant des recherches indépendantes sur les origines de l'épidémie de Covid-19. Il souligne que des travaux étaient en cours, à Wuhan, en 2019, à proximité de sites sensibles. Selon lui, "les risques d'accident [de laboratoire] étaient élevés", avec un laboratoire en opération manipulant des virus pathogènes, à côté d'un site en pleine construction et, tous près, une usine fabriquant des vaccins.

"Les accidents de laboratoire, ça arrive, c'est assez commun. J'en ai vu et j'ai moi-même fait des erreurs", a d'ailleurs remarqué, en juillet 2021 lors d'une conférence de presse, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur de l'OMS, faisant référence à sa carrière d'immunologiste dans un laboratoire.

Manque de transparence de Pékin

Mais la Chine a toujours réfuté l'hypothèse de l'accident de laboratoire, dénonçant une simple "rumeur""Elle n'a pas envie de passer pour responsable d'une pandémie", remarque auprès de franceinfo Antoine Bondaz, chercheur à Sciences Po et à la Fondation pour la recherche stratégique, et spécialiste de la Chine. C'est pour cela que le pays a condamné "l'arrogance" et le "manque de respect" de l'OMS qui avait demandé, pendant l'été 2021, la poursuite des investigations sur son sol. Pékin avait aussitôt rejeté les réclamations de l'agence onusienne, jugeant la première enquête suffisante.

Pourtant, l'OMS a pointé un manque de transparence des autorités chinoises quant à ces investigations. Le Danois Peter Ben Embarek, qui a dirigé la délégation d'experts internationaux à Wuhan, a relaté les tensions ressenties lors de la visite. "Jusqu'à 48 heures avant la fin de la mission, nous n'étions toujours pas d'accord pour évoquer la 'thèse du laboratoire' dans le rapport", a-t-il raconté dans un documentaire diffusé par la télévision publique danoise TV2 (en danois). "A la suite de ces échanges, la délégation de l'OMS obtient finalement la permission de visiter deux laboratoires où s'effectuent des recherches autour des chauves-souris", a-t-il expliqué.

"Nous avons pu parler et poser les questions que nous voulions poser, mais nous n'avons pas eu l'occasion de consulter la moindre documentation."

Peter Ben Embarek, chef de la délégation d'experts internationaux à Wuhan

dans un documentaire de la télévision publique danoise

Cette lacune dans l'enquête s'avère regrettable, selon l'OMS. "Afin de pouvoir examiner l'hypothèse du laboratoire, il est important d'avoir accès à toutes les données brutes", a souligné l'agence sanitaire de l'ONU. La Chine a brandi le secret médical pour les premiers patients concernés, afin d'écarter la requête. Elle n'a pas non plus conduit, malgré les demandes, une large enquête sérologique à Wuhan couvrant la période pré-pandémique. Marc Eloit explique que cette "démarche basique" avec des "outils simples et disponibles", d'analyse des sérums stockés dans les biobanques, aurait permis de dater le début de circulation du Sars-CoV-2 par rapport aux premières détections cliniques et d'identifier une éventuelle circulation au sein de la mégalopole avant les premiers signaux connus.

La situation est "paradoxale", juge Antoine Bondaz, entre, d'un côté, la Chine qui vante constamment ses grandes capacités et, de l'autre, "l'impasse totale" qu'elle orchestre sur l'origine du virus et les voies de contamination initiales.

"La Chine pourrait sortir grandie, apparaître comme celle qui a permis de faire toute la lumière. Mais elle a une gestion politique et non pas scientifique de l'enquête sur l'apparition du Sars-CoV-2."

Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique

à franceinfo

Connaîtrons-nous un jour la vérité sur l'apparition du Sars-CoV-2 ? Marc Eloit relève qu'il n'est pas exclu de trouver, lors de prochains prélèvements sur des chauves-souris, des souches virales disposant d'un "site de clivage par la furine". Cela entérinerait l'hypothèse d'une zoonose d'origine naturelle. Si la nouvelle commission d'experts formée par l'OMS est pour l'instant dans l'incapacité de négocier un nouveau mandat d'enquête, Etienne Decroly se montre plutôt optimiste. Il espère que la vérité éclatera un jour, peut-être grâce à de nouveaux outils qui nous sont encore inconnus.

France Télévisions
 
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"Au printemps, tout le monde sera persuadé que tout est fini. Mais pas moi !" avertit l'épidémiologiste Renaud Piarroux

Deux ans après l'apparition du Covid-19, qu'a-t-on appris sur l'épidémie ? Renaud Piarroux, qui surveille de près son évolution, partage ses doutes et ses craintes sur l'avenir du virus.

Entre les records de contaminations et de classes fermées d'un côté, le recul des admissions en soins intensifs et le protocole sanitaire allégé de l'autre, difficile d'y voir clair au milieu de cette cinquième vague du Covid-19. Lundi 17 janvier, sur France Inter, l'épidémiologiste et membre du Conseil scientifique Arnaud Fontanet a des nouvelles rassurantes. "On a le sentiment que le pic est en train de passer devant nos yeux", affirme-t-il. Jeudi, c'est au tour du gouvernement d'annoncer de bonnes nouvelles. Jean Castex et Olivier Véran présentent le calendrier d'une levée progressive des dernières restrictions. "Cette vague exceptionnelle n'est pas terminée, mais je crois pouvoir vous dire que la situation commence à évoluer favorablement", précise même le Premier ministre. Or, le même jour, le ministère de l'Education nationale annonce que près de 19 000 classes sont fermées, un chiffre inédit depuis la réouverture des écoles au printemps 2020. Et le nombre de contaminations atteint un record mardi, avec 464 769 nouveaux cas de Covid-19 dans les dernières 24 heures

L'épidémiologiste Renaud Piarroux, chef du service de parasitologie-mycologie à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP), affirme que la situation devrait s'améliorer d'ici au printemps. Mais, loin de l'optimisme ambiant, ce chercheur de terrain s'interroge sur l'avenir de la pandémie et partage ses craintes sur l'émergence de nouveaux variants.

Franceinfo : A-t-on atteint le pic de cette cinquième vague ?

Renaud Piarroux : Je pense qu'on a passé le pic sur l'Ile-de-France puisque le nombre de nouveaux cas est plus bas cette semaine qu'il y a une dizaine de jours. La région a de l'avance sur les autres. Pour le reste du pays, le nombre de nouveaux cas est très important. En tout, le 20 janvier, on recensait 5,6 millions de cas diagnostiqués en France rien que depuis le début de l’année. En tenant compte des patients non diagnostiqués et de ceux qui ont déjà une immunité efficace, on peut estimer qu'on a passé le pic cette semaine.

Les hôpitaux semblent tenir le choc. Pourquoi arrive-t-on à mieux faire face à cette vague ?

Les hôpitaux sont quand même en souffrance. Je crois qu'on en parle moins car nous nous sommes habitués à ces situations de crise. Les formes graves sont plus rares mais nous avons déjà presque autant de patients hospitalisés qu'au pic des trois premières vagues et beaucoup plus que lors de la quatrième vague. Il y a donc un vrai problème à l'hôpital. Et parfois, un tri doit être opéré, notamment dans le sud de la France, où c'est très compliqué.

"Globalement, ce qui a vraiment changé, c'est la perception de l'épidémie. En disant à tout le monde que ce n'est pas grave, que tout va bien, plus personne ne veut en entendre parler."

Renaud Piarroux, épidémiologiste

à franceinfo

Et d'où vient ce changement de perception ?

De tout le monde. Nous en avons marre. Cela vient du public, de la population, de la presse aussi. A la fin du mois de décembre, l'institut Pasteur a publié plusieurs prévisions, dont certaines franchement catastrophiques. Parmi tous les scénarios, un seul modèle annonçait qu'il ne se passerait pas grand-chose. Or c'est celui qui a été mis en exergue dans la presse. Quelque temps après, l'institut Pasteur a précisé ses calculs et ce modèle "optimiste" a été écarté. Mais la presse n'est pas revenue dessus.

C'est aussi une perception qui est portée par le gouvernement. On garde les écoles ouvertes de manière à pouvoir dire : "Regardez, nous avons préservé la vie de tout le monde". Enfin, même les médecins en ont marre. Ils préfèrent regarder les prévisions les plus optimistes même s'ils savent qu'il faut aussi se préparer à des scénarios plus compliqués.

Le nombre de décès n'est pas l'indicateur qui est le plus suivi en ce moment, à la différence du nombre de cas quotidien ou du nombre d'hospitalisations…

Et pourtant, ils augmentent en ce moment. Alors, ce n'est pas tout à fait aussi haut qu'il y a un an. Pendant l'hiver 2020-2021, nous étions autour de 300 à 400 décès quotidiens. Là, nous sommes entre 200 et 250 morts par jour. Ce n'est quand même pas négligeable. Pourtant, personne n'en parle. Là encore, on ne veut pas le voir.

Qu'en est-il de l'immunité collective ?

Déjà, l'immunité que nous avons acquise, grâce aux vaccins et aux contaminations des vagues précédentes, se traduit par le fait qu'il y a moins de formes graves. Mais cette immunité nous permettra-t-elle de résister à de nouveaux variants ? Je n'en sais rien. Omicron nous montre qu'il peut y avoir une vague importante, au moins au niveau de la transmission, dans un contexte où quasiment toute la population est vaccinée ou a contracté la maladie. Et nous voyons déjà poindre des variants d'Omicron, comme au Danemark.

Le Covid-19 va-t-il devenir une forme de grippe saisonnière après Omicron ?

Je ne dis pas que c'est faux. Ni que c'est vrai. En fait, je n'en sais rien. Et je ne comprends pas que quelqu'un puisse le savoir. D'abord parce que Delta n'a pas disparu. Ensuite, parce que nous ne savons pas quel peut être le comportement d'un virus comme Omicron. Ce variant a une telle contagiosité que les épidémies sont actuellement quasi-simultanées autour du monde. Peut-être qu'il disparaîtra s'il ne reste plus personne pour l'attraper. Je ne sais pas non plus si un autre variant va arriver. Et si cela se produit, je ne suis pas sûr qu'il soit moins virulent qu'Omicron. De toute façon, la contagiosité de ces coronavirus pose un gros problème. Dans le cas d'une épidémie de grippe, seulement 10% de la population est touchée en une saison. Avec Omicron, nous avons changé d'échelle.

Avez-vous des certitudes aujourd'hui sur le Sars-CoV-2 ?

Ce virus nous surprend depuis le début. Il est devenu extrêmement contagieux. Ce comportement est très inhabituel. Par ailleurs, nous n'avons jamais trouvé la source animale qui aurait permis à ce virus de chauve-souris d'infecter l'homme. Je pense qu'il faut maintenant considérer la fuite involontaire à partir d'un laboratoire comme une hypothèse à investiguer sérieusement.

Pensez-vous que ce virus peut encore nous réserver des surprises ?

Oui. Je n'élimine pas l'hypothèse que la situation s'améliore. Pour les semaines qui viennent, nous avons un peu de visibilité et on peut dire qu'on abordera le printemps dans une situation bien meilleure. En mars et en avril, avec le retour du printemps, tout le monde sera alors persuadé que tout est fini. Mais pas moi !

Comme je ne pense pas que les gens vont se précipiter vers une quatrième dose de vaccin, nous aurons, au bout de quatre à six mois, de nouveau une population apte à transmettre le virus. La question, c'est à quel virus nous aurons affaire à ce moment-là. Est-ce que ce sera Omicron, Delta ou encore un autre ? Et dans ce cas, quelles seront ses caractéristiques ?

Vu le nombre de personnes contaminées aujourd'hui, il serait quand même étonnant qu'il n'y ait pas de nouveaux variants. Mais nous ne les verrons pas tout de suite. Ces variants se génèrent chez des personnes immunodéprimées qui hébergent longtemps les virus. Certains n'émergeront que dans quelques mois.

Vous avez l'air très pessimiste…

Ce n'est pas moi qui suis pessimiste, ce sont les autres qui sont optimistes. Et je ne plaisante qu'à moitié. Les gens en ont marre. Ils ne veulent entendre que des nouvelles optimistes. Mais en réalité, personne ne peut prévoir ce qui se passera dans plus de deux mois. L'important n'est pas d'être optimiste ou non, c'est d'envisager les scénarios et de s'y préparer.

Est-ce que cela veut dire que la population doit s'attendre à se faire vacciner régulièrement ?

Je crains que la plupart des gens ne sortent de cette vague avec la conviction qu'il n'est plus nécessaire de se faire vacciner. L'adhésion à la vaccination va être compliquée, puisqu'ils entendent à longueur de journée qu'Omicron leur donne une immunité. Nous allons sortir de cette vague avec un taux de vaccination énorme. Déjà 32 millions de personnes ont reçu leur dose de rappel. Mais ce n'est pas pour ça que les gens vont se faire vacciner tous les trois ou quatre mois. Ce n'est d'ailleurs pas envisageable. De ce fait, l'immunisation contre la transmission ne durera pas.

Cela signifie-t-il que nous sommes contraints d'attendre ? Que nous n'avons pas encore trouvé la bonne stratégie ?

La stratégie du "zéro Covid" a échoué, sauf en Chine, où elle tient encore. Cette stratégie aurait pu être tentée à l'issue de la première vague, quand le virus était moins contagieux et moins virulent. Mais les politiques n'ont pas voulu, et comme nous vivons tous sur la même planète, les pays qui avaient fait l'effort ont dû faire marche arrière avec l'arrivée de variants de plus en plus contagieux. Nous avons laissé trop d'espace au virus pour proliférer et muter. Beaucoup de pays qui contrôlaient la situation se trouvent désormais en difficulté.

D'un autre côté, la stratégie qui consiste à vivre avec le virus n'est pas un succès planétaire non plus. Nous voyons maintenant que cela signifiait que les vagues allaient se succéder. Nous en sommes à la quatrième ou à la cinquième selon les pays, avec, à chaque fois, une désorganisation des soins. Il n'y a pas de quoi pavoiser.

"Si, à l'été 2020, on nous avait dit qu'en laissant filer le virus, on aurait un hiver pourri avec 300 à 400 morts par jour, puis que la vaccination serait uniquement une solution transitoire, je ne suis pas sûr que les gens auraient trouvé ça génial comme perspective."

Renaud Piarroux, épidémiologiste

à franceinfo

Les discours très optimistes de ces derniers jours, les études des autres pays sur Omicron… on se sentait plutôt rassurés.

Oui, ce que nous voyons, c'est que les chiffres baissent au bout de quelque temps, et en France, nous y arrivons. En Afrique du Sud, ça a baissé, ce n'est pas encore redescendu à zéro, il faut continuer à surveiller. En Angleterre, ça baisse aussi, mais au Danemark, non. On voit bien que rien n'est gravé dans le marbre. On a juste une idée de ce qu'il va se passer dans un mois ou deux. Là, nous pouvons être optimistes. C'est l'après, le problème.

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quand et comment la pandémie prendra-t-elle fin ? Voici les hypothèses des scientifiques

Si la transformation du Sars-CoV-2 en épidémie saisonnière est possible à relativement courte échéance, rien ne dit que la situation actuelle ne pourrait pas se prolonger au moins l'an prochain.

L'année 2022 verra-t-elle la fin des masques et le retour de la bise ? Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a suscité une lueur d'espoir en assurant, début janvier dans Le Journal du dimanche (article abonnés), que la cinquième vague de Covid-19 serait "peut-être la dernière". Il n'est pas le seul : plusieurs épidémiologistes croient aussi à une amélioration de la situation à long terme après la vague actuelle. La fin du Covid-19 est-elle vraiment pour bientôt ? Franceinfo dresse un panorama des scénarios envisagés par les scientifiques.

1L'éradication totale du virus : très improbable

C'est l'hypothèse dont tout le monde rêve : après nos vaillants efforts, le Sars-CoV-2 disparaît de la surface de la Terre. Cela s'est déjà produit dans le cas de la variole, que l'OMS a proclamée éradiquée en 1980. Soit plus de vingt ans après en avoir fait une maladie à éliminer et près de deux siècles après la mise au point d'un procédé de vaccination. Un délai difficilement acceptable aujourd'hui.

Ce scénario, extrêmement rare, est de toute façon très peu probable dans le cas du Covid-19, estiment les experts interrogés par franceinfo. "Dans l'histoire des grandes viroses telles que la rougeole ou la variole, contracter la maladie donnait lieu à une immunité à vie stérilisante, c'est-à-dire qui empêchait d'attraper le virus et de le transmettre, explique Jean-François Saluzzo, virologue et expert auprès de l'OMS. Ainsi se créait une immunité de groupe, et seuls les nouveau-nés restaient sensibles à une infection.Les vaccins contre ces maladies permettaient eux aussi d'atteindre ce type d'immunité. Or, ça n'est pas le cas avec le Sars-CoV-2, qui peut contaminer des personnes ayant déjà été infectées. Et les vaccins, s'ils sont efficaces pour lutter contre les formes graves, n'empêchent pas la transmission du virus.

A la différence du virus de la variole, le Sars-CoV-2 se transmet également aux animaux. Il a été détecté chez des visons, des chats, des tigres ou des lions, rapporte une étude publiée fin 2020 dans Science (en anglais). Ces animaux (et probablement d'autres) font donc effet de réservoir au virus. Même s'il arrivait à être éradiqué de l'espèce humaine, il pourrait continuer à circuler chez eux, à muter et, in fine, à réinfecter l'humain.

Reste l'hypothèse d'une disparition spontanée du virus, comme cela s'est produit avec son cousin le Sars-CoV-1, rappelle Jean-François Saluzzo. Il a été observé pour la première fois en Chine en 2002, et s'est répandu dans une trentaine de pays en quelques mois, tuant quelque 700 personnes, malgré la mise en place de mesures barrières et de quarantaines. Mais il a disparu dès 2003, dans des conditions jugées en partie "mystérieuses" par les scientifiques. "Néanmoins, au vu de l'intense circulation du virus du Covid-19 et de sa distribution, cette possibilité est peu probable", estime le virologue.

Cela ne veut pas dire pour autant que la pandémie de Covid-19 ne connaîtra pas de fin. "Il faut découpler la circulation du virus, dont l'arrêt est peu probable, des tensions sur le système hospitalier et de la morbidité associées à l'épidémie, qui, elles, peuvent se réduire", souligne Samuel Alizon, directeur de recherche au Centre interdisciplinaire de recherche en biologie (CNRS/Inserm) et spécialiste de l'évolution des maladies infectieuses.

2L'élimination locale du virus : difficilement atteignable

A défaut d'éradiquer le Covid-19 de la totalité de la planète, est-il possible de l'éliminer localement ? C'est l'un des scénarios envisagés par un article publié dans la revue The Lancet (en anglais) en juillet. Grâce à une forte couverture vaccinale et/ou au maintien de mesures de restriction strictes dans le temps (contrôle des frontières, quarantaine dès l'apparition d'un foyer de contaminations, etc.), l'incidence peut en théorie être réduite à zéro dans une région ou un pays, alors même que la pandémie se poursuit dans d'autres parties du globe. Cette stratégie dite du "zéro Covid" a été utilisée avec un relatif succès par un petit nombre de pays tels que l'Australie, la Chine, la Nouvelle-Zélande, Singapour et le Vietnam, relève l'article du Lancet.

Mais plusieurs conditions empêchent la généralisation de ce scénario. D'une part, "les efforts assez durs qui peuvent être demandés à la population, notamment en termes de contrôle des déplacements", nuisent à son acceptabilité sociétale, note le chercheur Samuel Alizon. D'autre part, plusieurs pays ayant adopté la stratégie "zéro Covid" étaient aidés par le caractère insulaire de leur territoire (Australie, Nouvelle-Zélande), qui leur a permis de mieux contrôler leurs frontières. Ce scénario requiert en outre une maîtrise très fine du "contact tracing", afin de pouvoir détecter et isoler rapidement tout nouveau cas. Une compétence sur laquelle la France n'a pas su miser suffisamment lorsqu'elle était entre deux vagues, regrette le spécialiste. Et ce, malgré la recommandation du Conseil scientifique de développer nos capacités de "tracing", par exemple dans des avis de juillet et d'octobre. Cette stratégie se heurte par ailleurs aux évolutions plus récentes du Covid-19.

"La politique 'zéro Covid' est devenue difficile avec les variants Delta et Omicron car ils sont plus contagieux, donc il faut réussir à prendre des mesures de contrôle de l'épidémie encore plus tôt."

Samuel Alizon, directeur de recherche au Centre interdisciplinaire de recherche en biologie

à franceinfo

L'Australie, qui avait réussi à contenir les infections en fermant ses frontières et en suivant une stratégie de dépistage agressive, a connu le 4 janvier un record de près de 50 000 cas quotidiens, en grande partie liés à Omicron.

S'il est "très difficile à réaliser" à court terme étant donné la vague actuelle de contaminations dans le monde, l'objectif de l'élimination locale du Covid-19 "peut être un horizon vers lequel on peut essayer de tendre", estime néanmoins le chercheur. Mais il nécessite de discuter des modalités à mettre en œuvre "dans les périodes de plus faible circulation du virus, car c'est à ce moment-là qu'on peut efficacement casser les chaînes de transmission". Il restera néanmoins toujours soumis au risque qu'un nouveau variant, plus contagieux, émerge dans une zone où le virus circule encore et finisse par percer la bulle de protection.

3La cohabitation avec le virus : probable… à une échéance incertaine

Et s'il ne fallait pas chercher à faire disparaître totalement le Covid-19, mais attendre de pouvoir vivre avec ? En janvier 2021, près de 90% de la centaine d'experts – immunologistes, virologues et spécialistes des maladies infectieuses interrogés par la revue Nature (en anglais) sur l'avenir de la pandémie estimaient que la situation finirait par évoluer vers un état endémique. Dans ce scénario, le virus continue à circuler, surtout en hiver, mais l'immunité collective conférée par l'infection et par la vaccination est suffisante pour prévenir la majorité des formes graves. Les conséquences de sa circulation seraient comparables à celles des épidémies de grippe, qui ont lieu chaque année en France sans désorganiser la société. Il pourrait toutefois être nécessaire de se refaire vacciner régulièrement pour maintenir un niveau d'immunité important, et d'avoir parfois recours à des mesures de restrictions en cas de vague un peu plus importante.

Ce scénario est jugé probable par beaucoup d'experts car quatre autres coronavirus déjà connus, HCoV-OC43, HCoV-229E, HCoV-NL63 et HCoV-HKU1, se comportent ainsi. Ces virus, qui circulent pour certains depuis des centaines d'années au sein de l'espèce humaine, sont responsables de 15% à 30% des rhumes chez l'adulte, selon l'Encyclopédie de virologie (en anglais).

Dans quels délais ce scénario se réaliserait-il ? C'est la grande inconnue. Une étude publiée dans Science (en anglais) en janvier tablait sur une durée allant de "quelques années" à "quelques décennies". L'article du Lancet paru en juillet évoque "trois à cinq ans". Mais l'arrivée du variant Omicron a bouleversé ces prévisions. Ces derniers jours, Emmanuel Macron, Olivier Véran et plusieurs experts ont estimé que la forte contagiosité d'Omicron associé à sa faible virulence apparente pourraient accélérer le calendrier. Selon le ministre de la Santé, le variant est tellement contagieux qu'il "va entraîner une immunité renforcée" dans le monde et nous serons "tous plus armés après son passage".

"Je suis persuadé que ce ne sera pas la dernière vague (...) mais ça sera peut-être la dernière de cette intensité."

Eric Caumes, chef du service de maladies infectieuses à la Pitié-Salpêtrière

au "Parisien"

La sortie de crise pourrait donc s'annoncer dès le printemps 2022, selon certains. Mais là encore, impossible de garantir ce scénario. Le passage d'une situation pandémique à endémique repose sur l'immunité de la population mondiale face au virus. Or, une grande partie de la planète n'est pas encore vaccinée, a rappelé fin décembre le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Il faudrait que "70% de la population de chaque pays soit vaccinée d'ici au milieu de l'année prochaine" pour en finir avec la pandémie en 2022, selon lui. Au 4 janvier, seule 49% de la population mondiale était entièrement vaccinée, selon la base de données Our World in Data (en anglais). De grandes inégalités régionales subsistent : alors que 69% de la population de l'Union européenne est entièrement vaccinée, c'est le cas de seulement 9% des habitants du continent africain.

Au-delà de l'inéquité vaccinale, l'immunité conférée par l'infection ou les vaccins dans le temps et face aux futurs variants pèsera énormément sur l'avenir de la pandémie. L'arrivée d'Omicron a montré que les vaccins constituent une barrière importante face aux formes graves, mais doivent être complétés d'au moins une dose de rappel pour conserver un niveau élevé de protection, et ne protègent pas aussi bien qu'espéré de la transmission (tout comme une infection passée). Or, un variant qui échappe au système immunitaire est le pire cauchemar des experts.

4Un variant grave qui échappe au système immunitaire : possible… et désastreux

Contrairement à ses prédécesseurs, le variant Omicron a aussi contaminé massivement des personnes ayant déjà été infectées ou ayant reçu deux doses de vaccin. "Si cela se produit une fois, il n'est pas aberrant de penser que cela puisse se reproduire dans le futur", note Samuel Alizon.

Si Omicron ne semble pas causer de formes graves à la réinfection, cela pourrait être le cas d'un prochain variant, s'alarme l'OMS. "Actuellement, Omicron est mortel (…) Peut-être un peu moins que Delta, mais qui peut dire ce que le prochain variant pourrait générer ?" s'est interrogée, en janvier, une responsable des situations d'urgence de l'agence. Jusqu'à l'arrivée d'Omicron, qui fait exception, "l'évolution [du Sars-CoV-2] a conduit à une augmentation progressive de la contagiosité et de la létalité des variants", s'inquiète aussi Gilbert Deray, chef du service de néphrologie de la Pitié-Salpêtrière, dans L'Express.

Si un tel variant devait faire son apparition, il faudrait mettre à jour les vaccins pour retrouver un niveau d'immunité permettant une circulation endémique. Un processus sur lequel les laboratoires assurent depuis plusieurs mois travailler, en ce qui concerne les variants Delta et Omicron, sans que ces nouvelles versions soient pour l'instant commercialisées. En attendant une mise à jour, les cas graves liés à un autre potentiel variant continueraient d'affluer dans les hôpitaux et le nombre de morts de grimper. Il n'aurait pas besoin d'être très virulent pour désorganiser la société. Selon un simulateur développé par l'équipe de Samuel Alizon, si 50% de la population française était contaminée cet hiver au variant Omicron, a priori moins létal que son prédécesseur Delta, "il y aurait, au vu des connaissances actuelles sur l'immunité et la virulence, environ 20 000 admissions en réanimation". Soit l'équivalent "de tous les services de réanimation pleins pendant deux mois uniquement avec des patients Covid".

Heureusement, l'arrivée massive des traitements antiviraux, tels que le Paxlovid, prévue en 2022, pourrait permettre d'éviter ce scénario du pire. Pris quelques jours après l'apparition de symptômes, ils permettent de limiter la survenue de formes graves, donc la saturation des hôpitaux. Quant à la fin de la pandémie, bien malin qui pourra la prédire. Ce qui est certain, c'est que l'évolution de l'immunité et la nature des prochains variants seront clés.

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Patients non-vaccinés : l'appel à l'aide des médecins

En France, lundi 3 janvier, 67 461 nouveaux cas de Covid-19 ont été recensés en 24 heures. Les lits de réanimation commencent à manquer dans certains hôpitaux, et les médecins n'hésitent plus à dire leur colère face à des patients non-vaccinés, qui occupent jusqu'à 90% de soins intensifs.

Submergés par la vague Delta, les hôpitaux de Marseille (Bouches-du-Rhône) sont saturés. À la Timone, 86 % des patients en réanimation ne sont pas vaccinés. Les médecins lancent un appel à l'aide, face aux services de réanimation encombrés par des patients Covid et aux opérations déprogrammées, ils craignent de mal prendre en charge certains malades. "On se retrouve devant des difficultés majeures pour arriver à soigner tout le monde", déplore Jean-Luc Jouve, président de la Commission médicale de l'assistance publique - Hôpitaux de Marseille (AP-HM).

Pas de sanction pour les non-vaccinés

Pour créer une prise de conscience, André Grimaldi, professeur émérite au CHU de la Pitié Salpêtrière, les invite à signer une décharge, précisant qu'ils ne souhaitent pas être réanimés si la situation se présentait. La classe politique s'en mêle, Sébastien Huygues, député (LR) du Nord, propose de faire payer les soins aux non-vaccinés. Lundi 3 janvier, le ministre de la Santé a complètement exclu la possibilité de sanctionner, d'une façon ou d'une autre, les non-vaccinés lors de leur prise en charge.

M. Subra-Gomez, T. Souman, D. Basier, T. Curtet, M. Cazaux, T. Breton, C. La Rocca, O. Gardet, R. Gardeux, J. Cordier - France 2
France Télévisions

 

 

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la "double immunité vaccinale et naturelle sera acquise probablement très rapidement" en 2022, selon l'infectiologue Benjamin Davido

Pour Benjamin Davido, référent Covid-19 à l’hôpital de Garches, si la situation actuelle avec la vague Omicron apparaît comme catastrophique, il prévoit un "scénario optimiste" pour les mois à venir, avec une double immunité vaccinale et naturelle.

Benjamin Davido, infectiologue, directeur médical et référent Covid-19 à l’hôpital de Garches (Hauts-de-Seine), a affirmé vendredi 31 décembre sur franceinfo que la "double immunité vaccinale et naturelle sera acquise probablement très rapidement" en 2022 après la vague du variant Omicron qui touche la France. Malgré "la courbe verticale" des contaminations "qui donne le vertige", c'est un "scénario optimiste", selon lui, que l'on peut envisager.

franceinfo : Le scénario sud-africain, avec une baisse des contaminations du variant Omicron, est-il une lueur d'espoir ?

Benjamin Davido : En Afrique du Sud, les populations sont plus jeunes. Paradoxalement, elles sont également moins vaccinées. Clairement, c'est un scénario qui est évidemment éminemment rassurant parce qu'on peut se dire que, paradoxalement, ils ont eu moins de morts que les vagues précédentes, et notamment celle de l'année dernière, alors même qu'ils ont 30% de vaccinés. On peut imaginer qu'en France, en Europe, où on a largement vacciné, on va avoir possiblement l'effet de la vaccination et l'effet d'Omicron. Ce que l'on espère, évidemment, c'est ne pas avoir un engorgement des hôpitaux. En Angleterre, il y a eu une augmentation de 50% des hospitalisations. Il ne faudrait pas que ce rush hospitalier qui, comme vous le savez aujourd'hui, nous oblige à une déprogrammation massive à l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris, médicale et chirurgicale, entraîne une perte de chance pour certains.

Donc, il faut rester prudent, cela pourrait ne pas être le même scénario en France ?

En Afrique du Sud, c'est l'hiver austral. C'est radicalement différent. Nous, on démarre justement cette saison de l'hiver. Ce qui est sûr, c'est qu'on a l'impression que l'on a affaire à un variant extrêmement contaminant. On peut se féliciter aujourd'hui qu'on ait plus d'un tiers de la population française ayant eu trois doses. Le scénario optimiste, ce n'est qu'un scénario, c'est celui de cette double immunité vaccinale et naturelle qui sera acquise probablement très rapidement à l'issue de ce blast. Quand vous regardez la courbe des contaminations, ce n'est plus une courbe en France, c'est une verticale qui donne le vertige. Donc, on peut espérer que l'année 2022 nous apporte cette immunité collective tant espérée en 2020. On savait à quel point il était difficile de l'obtenir.

L'objectif à court terme, c'est de ne pas engorger les hôpitaux ?

Oui, très clairement. D'abord parce qu'aujourd'hui, il faut rappeler qu'il y a 5 millions de Français adultes qui ne sont pas vaccinés. Parmi ces gens-là, 0,5% vont se retrouver à l'hôpital. Si mes calculs sont bons, ça fait 25 000 personnes, certes pas en une journée, mais durant cette vague. C'est énormément de monde, avec une probabilité pour ces gens-là que ça se passe mal, d'avoir des séquelles... Je ne parle même pas du Covid long. Vous imaginez les enfants qui sont suivis pour des lymphomes et qui ont des chimiothérapies déprogrammées la semaine prochaine parce que les hôpitaux sont à saturation ? C'est terrible ! C'est terrible pour les soignants. Comme dirait l'adage : mieux vaut prévenir que guérir. Encore une fois, si ce scénario se passe très bien, on sera tous contents et ça sera la meilleure nouvelle de 2022.

Radio France
 
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à Marseille, la colère monte parmi les soignants de la Timone contre les non-vaccinés

Marseille (Bouches-du-Rhône) fait partie des villes où le taux de vaccination est le plus faible. Le plan blanc a été déclenché dans les hôpitaux marseillais. La colère des soignants de l’hôpital de la Timone monte contre les patients non-vaccinés.

Aux urgences de l’hôpital de la Timone à Marseille (Bouches-du-Rhône), les soignants sont sur le qui-vive car les patients atteints de Covid-19 affluent. Dimanche 26 décembre, de nombreuses personnes contaminées par le coronavirus franchissent l’accueil. "Une majorité de personnes n’est pas vaccinée et donc on a une unité qui est passée exclusivement Covid pour pouvoir tous les accueillir", explique un infirmier.

Lassitude du personnel soignant

Dans la région, le plan blanc a été réactivé. À l’hôpital de la Timone, les urgences ont été réorganisées. Un secteur est exclusivement dédié aux suspicions et aux cas de Covid-19. Avec cette deuxième année d’épidémie, une certaine lassitude s’est emparée du personnel soignant. "C’est quand même rageant d’avoir tous les gens que je vois aux urgences, non-vaccinés. Si tout le monde était vacciné ici, on aurait pas de problème", confie le docteur Nicolas Bonté.

 

 

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"On a l'impression qu'il y a quelque chose de grave qui va se passer" , alerte le président du Collectif Santé en Danger

Selon le docteur Arnaud Chiche, les malades du coronavirus représentent en moyenne 80% des lits occupés à l'hôpital, au détriment des services de neurologie et de cardiologie.

"Il y a une petite ambiance de février 2020, on n'est pas tranquille. On a l'impression qu'il y a quelque chose de grave qui va se passer", a témoigné samedi 18 décembre sur franceinfo le Dr Arnaud Chiche, anesthésiste-réanimateur, fondateur et président du Collectif Santé en Danger. Les derniers chiffres de Santé publique France montrent que le nombre de patients atteints du Covid-19 admis en réanimation est reparti à la hausse fin novembre.

franceinfo : Quelle est la situation dans les hôpitaux ?

Arnaud Chiche : Il y a en moyenne 80% des lits occupés par des patients Covid, beaucoup de services d'urgence sont fermés par manque de personnel, il y a des lignes de SMUR fermées par manque de personnels, il manque de lits partout et les médecins ont des difficultés pour hospitaliser les malades. Les services de réanimation sont très impactés par l'afflux de patients Covid et les forces en présence sont impactées par 18 mois de difficultés liées à cette épidémie. L'exécutif ne répond pas aux attentes des soignants. Il y a une petite ambiance de février 2020, on n'est pas tranquille. On a l'impression qu'il y a quelque chose de grave qui va se passer.

Que craignez-vous ?

On a tous un peu peur d'être dépassés par quelque chose de très important au niveau de l'afflux des malades. Les soignants feront le maximum comme toujours, c'est notre métier, et en cela les Français doivent être rassurés. Mais l'exécutif est en tort et il devrait en urgence annoncer aux soignants qu'il a compris que la situation de l'hôpital était gravissime et que le système de santé français était fragile et qu'il faut lancer un grand plan Marshall. Je ne comprends pas pourquoi Emmanuel Macron ne l'annonce pas. Même s'il le fait maintenant et que cela prend cinq ans, au moins les soignants qui seront sur le front sauront que leur président a compris l'état de la santé en France.

Les malades atteints d'autres pathologies que le Covid-19 sont-ils en danger ?

Il y a toutes les autres pathologies, des opérations sont déprogrammées pour que les personnels aillent aider dans d'autres services avec des patients Covid. La situation est tellement dramatique que dans les services de cardiologie, de neurologie il manque des lits. On a des difficultés à prendre en charge les personnes qui font des AVC, des infarctus du myocarde. Cela va être décuplé par l'afflux de patients Covid. Il faut dire aux Français de se vacciner, mais ils n'ont pas à pâtir d'un système de santé complètement dégradé.

Radio France
 
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La propagation du Covid-19 chez les cerfs de Virginie commence à inquiéter

Selon une étude américaine, plus de 80 % des cerfs, testés entre décembre 2020 et janvier 2021 dans l'Etat d'Iowa, aux Etats-Unis, s'avèrent positifs au virus. Les scientifiques qui ne s'attendaient pas à une telle proportion craignent que cette espèce ne devienne un réservoir pour le virus.

Le cerf de Virginie, l'un des grands mammifères les plus communs en Amérique du Nord, peut-il devenir une bombe ambulante et transmettre le Covid 19 à l'homme ? Pour l'heure ce n'est pas le cas. Mais, dans une nouvelle étude, des vétérinaires de l'Université de Pennsylvanie s'en inquiètent, tant la présence du virus est forte chez ces cervidés qui ont aussi été introduits dans de nombreux pays tels que la Finlande, l'ancienne Tchécoslovaquie ou bien encore la Nouvelle-Zélande.

Le cerf de Virginie pourrait, selon ces scientifiques, devenir un « réservoir » du virus. En clair il pourrait proliférer et évoluer sous de nouvelles formes au sein de cette espèce avant, en théorie, de redevenir transmissible à l'homme sous une forme non prise en compte par les vaccins.

Une envolée du nombre de cerfs testés positifs au Covid

La présence du Covid au sein de la population des cervidés outre-Atlantique n'est pas une réelle nouveauté. Deux études, publiées au printemps et à l'été par le Centre de recherche américain sur la vie sauvage (NWRC), montraient que ces animaux étaient très contaminés et se transmettaient le virus entre eux. Mais ce qui a étonné et inquiète de ce fait les chercheurs dans cette nouvelle étude qui n'a pas encore été évaluée par la communauté scientifique , c'est la forte proportion de cervidés infectés. « Nous avons été très surpris de voir un si grand nombre d'échantillons positifs », résume l'un des auteurs.

De fait, si entre avril et décembre 2020, seulement un tiers des cerfs étaient positifs, cette part a bondi à 80 % pour ceux analysés entre novembre 2020 et janvier 2021. Et pour rendre ces résultats un peu plus anxiogènes, les deux vétérinaires ont découvert la présence de nombreux variants qui correspondaient à ceux également identifiables chez l'homme. Tous les cerfs étudiés vivaient soit en liberté dans des espaces publics ou en zones périurbaines, soit en pleine nature, soit enfin en captivité dans des enclos réservés à la chasse.

La crainte du précédent des visons d'élevage

Les scientifiques craignent donc implicitement de voir se répéter, avec les cerfs de Virginie, ce qui s'est passé avec les visons d'élevages dans de nombreux pays d'Europe ainsi qu'en Chine. Dans certains cas très spécifiques, en effet, le virus du Covid-19, après avoir subi des mutations, a été transmis à l'homme par ces animaux élevés pour leur fourrure. « Depuis juin 2020, 214 cas humains de Covid-19 ont été identifiés au Danemark avec des variants du Sars-CoV-2 associés à des visons d'élevage, dont 12 cas avec un variant unique […] dans le Jutland du Nord » relevait ainsi l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en novembre 2020.

Or, si dans le cas du vison la méthode choisie pour éliminer le danger a été radicale avec l'abattage des animaux présents dans les élevages contaminés , la solution paraît moins réalisable dans le cas du cerf de Virginie. Aux Etats-Unis on ne compte pas moins de 30 millions de ces cervidés, tandis qu'on en recense 325.000 au Canada et 115.000 en Finlande par exemple.

Mieux surveiller le virus dans la faune

Les scientifiques prônent donc la plus grande vigilance et d'anticiper au maximum l'apparition de variants. Et ils estiment « urgent » de continuer à surveiller l'évolution du virus dans la faune sauvage, « en particulier chez les animaux qui pourraient servir de réservoir, comme le cerf. » Une recommandation qui milite implicitement pour le concept anglo-saxon d'« une seule santé » (« One Health »), très développé outre-Atlantique, et qui repose sur l'idée que la santé de la population humaine et des animaux sont liés.

Reste aussi à déterminer de quelle manière ces cerfs de Virginie sont contaminés par l'homme. Traditionnellement en effet, ces animaux ne vivent pas en groupes importants et ont, finalement assez peu de contacts avec l'homme, sauf dans des parcs ou zoos. La piste la plus pertinente semble donc être celle d'une source de contagion qui passerait par les eaux usées qui contamineraient l'eau que boivent les cervidés.

Claude Fouquet

 

des nouveau-nés hospitalisés, un phénomène nouveau

Le service pédiatrique de l'hôpital de Nice (Alpes-Maritimes) reçoit de plus en plus de nourrissons positifs au Covid-19 présentant des symptômes sérieux. Les cas graves chez les enfants restent rares, mais ils sont plus récurrents depuis l'arrivée du variant Delta.

À Nice (Alpes-Maritimes), les pédiatres font face à un phénomène nouveau : le Covid-19 s'attaque à des nourrissons. Plusieurs nouveau-nés sont en effet hospitalisés. Mais lors des vagues précédentes, le service pédiatrie était vide. Depuis juillet, le nombre d'enfants positifs au Covid-19 a été multiplié par dix. Sur les 9 233 patients hospitalisés en France, figurent seulement 44 enfants de 9 ans ou moins, et 74 jeunes de 10 à 19 ans. Mais le variant Delta a fait grimper les contaminations chez les enfants. 

Faut-il vacciner les enfants ?

Pour les médecins, il s'agit plus d'une inquiétude épidémiologique que médicale, car peu d'enfants positifs développent des symptômes graves. Mais un foyer comprenant un enfant entre 11 et 17 ans augmente le risque d'infection par le Covid-19 des adultes jusqu'à 30%. La rentrée ne devrait pas arranger les choses. Alors, faut-il vacciner les enfants ? Les enfants de moins de 12 ans ne sont pour l'instant pas éligibles. Plusieurs laboratoires, comme Pfizer ou Moderna, ont commencé des phases de test, dont les résultats pourraient commencer à tomber en septembre. 

J.Lonchampt, S.Piard, L.Benzaquen, P.Vaireaux, A. Lo Cascio, N.Murviedro - France 2
France Télévisions

 

 

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la vaccination obligatoire pour les soignants est approuvée par 76% des Français, selon un sondage

Un majorité se prononce également en faveur de l'extension du pass sanitaire (vaccination complète ou test négatif récent), même si l'adhésion varie quelque peu suivant les lieux concernés, n'atteignant que 58% pour les cafés et restaurants.

Un plébiscite. Selon le sondage Elabe pour BFMTV publié mardi 13 juillet, la vaccination obligatoire pour le personnel soignant, annoncée lundi par Emmanuel Macron pour lutter contre la reprise épidémique du Covid-19, est approuvée par 76% des Français. D'une manière générale, toutes les nouvelles mesures liées à la crise sanitaire bénéficient du soutien d'une majorité de la population. 

L'adhésion à l'extension du pass sanitaire (vaccination complète ou test négatif récent) varie quelque peu suivant les lieux concernés. Très forte pour l'accès aux voyages en avion, train et car (76%), aux hôpitaux et maisons de retraite (70%), elle l'est moins pour l'accès aux lieux de loisirs et de culture rassemblant plus de 50 personnes (66%) et l'accès aux cafés, restaurants et centres commerciaux (58%). Toujours selon le sondage, les Français approuvent également (63%) la fin de la gratuité des tests PCR, hors prescription médicale, à partir de l'automne.

Une plus faible majorité (54%) des Français jugent les mesures annoncées "adaptées à la situation", le reste les jugeant plutôt trop strictes (31%) que pas assez (15%).

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Variant Delta du Covid-19 : "Ne pas se faire vacciner, c'est faire preuve d'incivilité", selon le professeur Jean-François Timsit

Face à la progression du variant dit indien, le chef du service de réanimation et des maladies infectieuses de l'hôpital Bichat rappelle la nécessité de se faire vacciner. Une dose ne suffit pas, d'autant plus contre ce variant.

Alors que le variant Delta du Covid-19 gagne du terrain en France, "ne pas se faire vacciner à l'heure actuelle, c'est faire preuve d'incivilité", estime samedi 26 juin sur franceinfo le professeur Jean-François Timsit, chef du service de réanimation et des maladies infectieuses à l'hôpital Bichat, à Paris. "Ce variant est 50% plus contagieux que le variant dit anglais", ajoute Jean-François Timsit. "Il y aura toujours des contre-indications au vaccin, mais ça restera infime par rapport aux gens qui doivent profiter de cette vaccination. A ce stade, si on veut pouvoir revivre, il n'y a pas d'autre solution", insiste le médecin.

franceinfo : Le variant Delta découvert en Inde arrive chez nous. Est-ce qu'il faut redouter dans les jours, les semaines à venir, une hausse des contaminations partout en France, à cause de ce variant ?

Jean-François Timsit : C'est certain. Nous avons des données assez claires montrant que ce variant est 50% plus contagieux que le variant dit anglais. Donc, il y a clairement un risque. D'autant plus qu'à l'heure actuelle, on vit quasiment normalement, alors qu'on a une couverture vaccinale qui est encore très insuffisante. Il faut savoir qu'une dose, d'après ce que l'on sait, ne protège qu'à 33% de la contamination au variant Delta.

Ce n'est qu'avec deux doses des vaccins à ARN messager qu'on obtient des protections qui sont de l'ordre de 85 à 90%.

Jean-François Timsit, chef du service réanimation à l'hôpital Bichat

à franceinfo

Il y a donc une course contre la montre entre la vaccination et l'arrivée de ce variant qui va s'installer si on ne se vaccine pas plus. Si vous ne vous vaccinez pas, vous allez mettre en risque l'ensemble de vos proches et des gens que vous allez croiser et qui sont éventuellement fragiles. Bien entendu, les gens fragiles qui ne se vaccinent pas ont un risque de mortalité qui va être d'autant plus élevé qu'ils ont des facteurs de risque importants.

Les jeunes semblent être plus touchés par ce variant Delta. Parce que ce sont les moins vaccinés ?

C'est comme d'habitude. Le début de la reprise épidémique passe toujours par les jeunes. Pour l'instant, ce sont les moins vaccinés. Ce sont aussi eux qui profitent le plus de la réouverture du pays et du déconfinement complet. Donc on voit une augmentation de la contamination chez les jeunes. Ils ne vont pas être très malades, bien sûr, mais ils vont être la source de la diffusion du virus partout. Je crois que les jeunes sont très motivés pour se faire vacciner et il faut qu'ils le fassent. Ils doivent convaincre leurs aînés de faire la même chose, pour ceux qui sont encore réticents. Ce que l'on craint, c'est que ce variant Delta prenne le pas, parce que l'immunité apportée par le vaccin n'est pas très bonne, et qu'il est plus contagieux que les autres. Avec le risque de repartir vers le mois de septembre. Avoir une reprise des cas, voire même une reprise des cas hospitalisés ou des cas graves. C'est possible, et en particulier si on ne se vaccine pas suffisamment.

Que faut-il faire pour motiver encore les gens à aller se faire vacciner ? On voit que la campagne marque le pas.

Moi, je serais assez raide. Je pense que ne pas se faire vacciner à l'heure actuelle, c'est faire preuve d'incivilité. C'est probablement idiot de ne pas se faire vacciner quand on a des facteurs de risque. Mais en plus, c'est très incivil de ne pas le faire pour les autres. Il y aura toujours des contre-indications au vaccin, mais ça restera infime par rapport aux gens qui doivent profiter de cette vaccination large. A ce stade, si on veut pouvoir revivre, il n'y a pas d'autre solution. Et cette solution, elle est collective. On ne peut pas accepter que 30 à 40 % de la population disent : "Non, je suis contre le vaccin !" Donc oui, ma réponse serait à terme d'être extrêmement incitatif. 

Radio France
 
Publié

 

 

 

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/vaccin/variant-delta-du-covid-19-ne-pas-se-faire-vacciner-c-est-faire-preuve-d-incivilite-medecin_4679475.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20210628-[lespluspartages/titre3]

"Covid" au masculin et sans majuscules dans Le Petit Robert 2022

Le Petit Robert estime que "l'usage fait loi" et retient que le mot "covid" s'emploie majoritairement au masculin dans les pays francophones. 

Le Robert, l'un des deux grands dictionnaires commerciaux en France, estime dans son édition 2022 que le mot "covid" s'écrit avec une minuscule et qu'il est plutôt masculin.

Pour désigner la maladie virale qui s'est répandue dans le monde entier, le Robert distingue le terme générique de "covid", comme dans l'exemple "suspicion de covid", et celui spécifique de "Covid-19" avec une majuscule. La définition donnée est : "Maladie infectieuse et contagieuse causée par un coronavirus".

Son concurrent, le Larousse, met systématiquement une majuscule, donnant comme graphies possibles "COVID-19 ou Covid-19".

Hésitations sur le genre

Covid-19 est un acronyme forgé à partir de l'anglais par le Comité international de taxonomie des virus (ICTV) et adopté par l'Organisation mondiale de la santé en février 2020. Il signifie maladie à coronavirus de 2019.

Son genre grammatical fait l'objet d'hésitations en français. Pour le Robert, il est "masculin ou féminin", donc plus fréquemment masculin, alors que pour le Larousse, il est "féminin ou masculin" : plus correct en féminin, mais masculin chez de nombreux locuteurs.

Dans sa présentation du dictionnaire 2022, Le Robert estime que "c'est l'usage qui fait loi. Si le féminin est adopté au Canada francophone, le masculin est pour l'instant majoritaire en France, où l'avis de l'Académie française a été rendu tardivement, alors que le masculin était déjà bien implanté".

Afflux de mots liés à la pandémie

Le Robert a ajouté de nombreux mots liés à la pandémie. Certains très courants dans le langage aujourd'hui, comme "déconfinement", "distanciel", "cas contact", et d'autres plus rares, comme "aérosolisation" ("diffusion aérienne de fines particules par aérosol") ou "saturomètre" ("appareil qui mesure la saturation du sang en oxygène").

>> Petit Larousse illustré 2022 : 170 nouveaux mots, "un bouleversement" pour ce professeur qui n'a "jamais vu un tel changement linguistique"

Le linguiste Alain Rey, l'un des principaux créateurs des dictionnaires Le Robert, décédé en octobre, fait son entrée parmi les noms propres, aux côtés entre autres du Premier ministre Jean Castex, du président américain Joe Biden et de sa vice-présidente Kamala Harris, ou de l'astronaute Thomas Pesquet.

 

 

https://www.francetvinfo.fr/culture/livres/covid-au-masculin-et-sans-majuscule-dans-le-petit-robert-2022_4618473.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20210511-[lespluspartages/titre2]

"À un moment donné", le Covid-19 "va rentrer dans les rangs des virus saisonniers banals", assure le virologue Bruno Lina

Selon le virologue, membre du Conseil scientifique, l'immunité due à la vaccination et au nombre de personnes contaminées "commence" à avoir un impact sur l'épidémie de Covid-19.

"À un moment donné, le potentiel évolutif" du Covid-19 "va arriver à une fin. Quand il arrivera à cette fin, il va rentrer dans les rangs des virus saisonniers banals qui donneront des rhumes ou des infections pas sévères", a assuré le virologue Bruno Lina membre du Conseil scientifique, jeudi 4 mars,sur franceinfo.

"L'immunité à la fois post-infectieuse et post-vaccinale que l'on commence à avoir impacte le virus, explique Bruno Lina. S'il veut continuer à pouvoir diffuser à l'intérieur de la population humaine, il faut qu'il s'adapte, qu'il évolue. Et c'est ce qu'il est en train de faire".

Aujourd'hui en France, plus d'une personne contaminée sur deux est infectée par le variant britannique, plus contagieux, qui deviendra le seul virus en circulation, probablement fin mars, d'après les spécialistes.

 

D'autres variants apparaissent, notamment celui de New York, mais d'après le virologue, c'est plutôt une bonne nouvelle. "C'est un élément d'espoir, estime Bruno Lina. On est peut-être dans une phase où ce virus a fini de faire son évolution et maintenant on arrive sur une fin de phase pandémique pour rentrer dans une phase de circulation à bas bruit du virus."

« Inaugurer le temps des arbitrages où tout ne pourra, heureusement ou malheureusement, être maintenu »


Prenant l’exemple d’Air France, quatre enseignants-chercheurs montrent, dans une tribune au « Monde », qu’il faut passer d’une gestion du maintien de l’existant à celle de la suppression pure et simple des activités que condamnent les catastrophes à venir.

 "Faut-il sauver Air France ? Maudit soit celui qui répondra : « Oui, sans hésiter. » Un expert du marketing ou un syndicaliste militant se rejoindront pour expliquer à quel point Air France est plus qu’une simple entreprise ; c’est un symbole, un mythe, un patrimoine, un fleuron, une fierté, à tel point que la foison de qualificatifs susciterait immédiatement une curiosité anthropologique qui s’attacherait à décoder ce que cet attachement si particulier et si puissant à cette entité nous dit de la cosmologie des Français.


Maudit soit aussi celui qui répondra trop hâtivement : « Non, Air France est incompatible avec les enjeux écologiques », ignorant justement tous les peuples, les collectifs, les affects qui nous attachent à cette entité si dense.

Les enjeux sociaux et les risques politiques sont en fait trop importants pour répondre trop clairement à la question. On se protégera en affirmant que la situation est soit exceptionnelle, soit trop complexe, deux avatars managériaux très utiles permettant d’échapper à la question qui tue. Au mieux, on cherchera à conditionner le sauvetage à quelques vagues exigences techniques, sociales ou écologiques.
Dans tous les cas, on fera tout pour de ne pas regarder l’anthropocène dans les yeux, cette nouvelle époque climatique et écologique faite d’irréversibilités, de discontinuités et autres situations catastrophiques comme celle que nous vivons en ce moment.


« Vide stratégique »


Or notre monde organisé est peuplé de milliers d’organisations « comme Air France », c’est-à-dire d’entités qui ont fait proliférer des réseaux de dépendance offrant, dès lors, très peu de prises politiques. Ces objets sont puissants, et la crise liée au Covid-19 nous montre à quel point leur puissance réside non pas dans leur solidité financière ou leur modèle économique, mais plutôt dans les attachements, c’est-à-dire dans les réseaux de dépendances fortes qu’ils ont su tisser autour d’eux, faisant de leur existence un préalable à la subsitance de nombreux humains.
Sauver Air France est ainsi un impératif qui ne se discute pas. Tenter de répondre autrement à cette question ouvrirait en effet la boîte de Pandore : celle de l’ingénierie de la fermeture, celle des protocoles de renoncement, celle qui consiste à inaugurer le temps des arbitrages où tout ne pourra, heureusement ou malheureusement, être maintenu.

Cette impossibilité à envisager la fermeture est symptomatique du « vide stratégique », selon le titre du livre de Philippe Baumard (CNRS Editions 2012), dans lequel les organisations et les politiques qui les encadrent se situent. Si nous ne pouvons pas imaginer la fermeture d’Air France, nous ne pourrons jamais imaginer la fermeture d’une compagnie pétrolière, d’une entreprise de croisière, ni d’une société qui promet des voyages spatiaux. La compagnie pétrolière est encore plus essentielle qu’Air France pour faire tourner nos économies sous perfusion aux énergies fossiles. Nos ambulances sont attachées à Total ! L’entreprise de croisière offre des milliers d’emplois et des vacances bon marché à des cohortes de classes moyennes du monde entier. Les voyages spatiaux, du point de vue de la construction de nouvelles mythologies cherchant à forcer le possible, ne sont pas mal non plus ! Cette impossibilité nous dit beaucoup, aussi, de cette incapacité du management à penser autrement que par la continuité, l’action, le possible, le projet ou le processus.


Protocole de soin


La première exigence d’un protocole de redirection écologique consiste à imaginer sereinement et lucidement la possibilité d’une fermeture pour des raisons anthropocéniques. La question est donc moins celle de fermer Air France que de pouvoir penser et anticiper sa possible (et probable à moyen terme) trajectoire de fermeture, c’est-à-dire son « atterrissage », pour prendre au mot le concept du philosophe Bruno Latour.


Ceci débouche alors sur une deuxième caractéristique liée à l’éclosion de nouveaux imaginaires managériaux encore tabous aujourd’hui : le management (qu’il soit stratégique ou opérationnel) serait moins guidé par l’hystérie d’un agir projectif que par un soin porté à la bonne fermeture. Pour employer une analogie médicale, il ne s’agit plus de maintenir en vie coûte que coûte, mais de penser le protocole de soin dans l’accompagnement d’une fermeture.

La redirection écologique des organisations est donc un programme ambitieux d’un point de vue cosmologique (il agit sur les imaginaires) et technique (il exige des nouvelles compétences). Elle fait subir une série de torsions à la question initiale, de manière à faire surgir toutes les questions que l’on préfère cacher sous la serviette.


Sommes-nous réellement en train de sauver Air France ? Ou sommes-nous en train de la mettre en coma artificiel ? A quoi renonçons-nous en sauvant une entreprise ? Qui ne sauve-t-on pas en sauvant Air France ?
Poser sincèrement et démocratiquement de telles questions ouvrirait alors de nouveaux horizons concrets pour l’écologie politique, et notamment la question centrale du « comment fermer ? ».


Technologies « zombies »


Que veut dire vraiment « prendre soin » d’une entreprise condamnée par sa matérialité écologique, par son design fautif ? Car l’anthropocène est un bon révélateur des erreurs en matière de design d’objets pensés dans des imaginaires relativement récents et déjà dépassés. L’avion, comme milles autres réalités de notre héritage industriel, est une anomalie en matière de design, une « technologie zombie » au sens du physicien José Halloy. Pour diverses raisons : sa dépendance à des énergies fossiles, son inscription dans de vastes réseaux de dépendances créant des irréversibilités politiques et écologiques… L’avion en tant que transport de masse est condamné si nous prenons l’anthropocène au sérieux (bien évidemment nous pouvons décider de ne pas le prendre au sérieux).

Sauver Air France, c’est ainsi d’abord sauver les personnes qui dépendent d’elle au jour le jour, c’est leur permettre de retrouver une autonomie et ne plus lier leur existence à la finitude écologique d’Air France. Récemment, un patron de fonds d’investissement nous confiait sous le couvert de l’anonymat : « La décroissance est devenue le principal scénario d’optimisation financière. » Nous faisons le pari que bien penser une trajectoire de fermeture par la création de nouveaux régimes d’assurances et de redirections sera plus efficace socialement, écologiquement et économiquement qu’une fermeture brutale typiquement néolibérale.


La redirection écologique offre ainsi un nouvel horizon d’intervention publique et technique : accompagner lucidement la fermeture d’organisations incapables d’envisager autre chose que la persévérance dans leur être, coûte que coûte et à l’infini.

Emmanuel Bonnet, Diego Landivar et Alexandre Monnin sont enseignants-chercheurs, respectivement en gestion, économie et philosophie, au groupe ESC Clermont, membres d’Origens Media Lab où ils pilotent le projet « Closing Worlds Initiative ». Sophie Marmorat est enseignante-chercheuse en gestion au groupe ESC Clermont."
(publié par Joëlle Leconte)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10159393238157281

 

L'épidémie de coronavirus pourrait déclencher un effondrement de 25.000 milliards de dollars (20.000 milliards de livres sterling) dans l'industrie des combustibles fossiles en accélérant le déclin terminal des entreprises les plus polluantes du monde.

Une étude a révélé que la valeur des réserves mondiales de combustibles fossiles pourrait chuter de deux tiers, plus tôt que ne le prévoit l'industrie, car la crise du Covid-19 a accéléré le pic de la demande de pétrole, de gaz et de charbon.

L'effondrement imminent des combustibles fossiles pourrait constituer "une menace importante pour la stabilité financière mondiale" en anéantissant la valeur marchande des entreprises de combustibles fossiles, selon le groupe de réflexion financier Carbon Tracker.

Le rapport prévoit qu'une baisse de 2 % de la demande de combustibles fossiles chaque année pourrait faire passer les futurs profits des compagnies pétrolières, gazières et charbonnières de 39 à 14 milliards de dollars.

Il avertit qu'un coup porté aux entreprises de combustibles fossiles pourrait provoquer une onde de choc dans l'économie mondiale, car leur valeur marchande représente un quart des marchés boursiers mondiaux et elles doivent des billions de dollars aux banques mondiales.

Kingsmill Bond, l'auteur du rapport, a déclaré "Il est temps de planifier une réduction progressive et ordonnée des actifs liés aux combustibles fossiles et de gérer l'impact sur l'économie mondiale plutôt que d'essayer de maintenir ce qui n'est pas durable".

Le rapport indique que le monde "assiste au déclin et à la chute du système des combustibles fossiles" en raison de la croissance plus rapide que prévu des alternatives d'énergie propre, associée à l'effondrement de la demande de combustibles fossiles dans le contexte de la pandémie.

Il fait suite aux conclusions de l'Agence internationale de l'énergie, qui prévoyait que les retombées du Covid-19 entraîneraient la chute la plus grave de la demande énergétique depuis la Seconde Guerre mondiale et déclencheraient des creux de plusieurs décennies pour la consommation mondiale de pétrole, de gaz et de charbon, alors que les énergies renouvelables continueraient de croître.

La demande mondiale de combustibles fossiles a chuté de près de 10 % en raison du blocage par le coronavirus, et de nombreux économistes de l'énergie pensent qu'elle pourrait ne pas se remettre de la crise.

Selon M. Bond, les entreprises de combustibles fossiles et leurs investisseurs n'ont pas réalisé que le déclin actuel de l'industrie des combustibles fossiles pourrait être fatal.

"Ce qui est bizarre, c'est que les détenteurs de combustibles fossiles ont été si longtemps résistants à l'idée de changement et ont fait tellement de fausses déclarations qu'ils risquent d'être victimes de leur propre rhétorique", a-t-il déclaré.

"Il y a beaucoup plus de risques inhérents au système des combustibles fossiles que ce que l'on trouve habituellement sur les marchés financiers. Les investisseurs doivent augmenter les taux d'actualisation, réduire les prix attendus, diminuer les valeurs finales et prendre en compte les coûts de nettoyage".

(publié par J-Pierre Dieterlen)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10159385677767281

 

“l’économie mondiale doit repenser d’urgence son modèle !”

 

 

 

Les décisions que nous pourrons prendre pour préparer le monde d’après "ne mèneront à rien si l’on ne réalise pas notre transition énergétique, et cela dans les plus brefs délais", met en garde notre chroniqueur Benjamin Louvet, gérant matières premières chez OFI Asset Management.

 

A l’heure où la crise du coronavirus garde encore confinée près de la moitié de la population mondiale, il est important de prendre un peu de recul et de se rappeler un élément essentiel : au cours des dernières décennies, notre monde s’est considérablement amélioré. La richesse mondiale s’est appréciée, beaucoup de gens sont entrés dans la classe moyenne, l’espérance de vie s’est considérablement allongée, la faim dans le monde a reculé : non, ce n’était pas mieux avant ! Cette formidable transformation, nous la devons en grande partie au pétrole et aux énergies fossiles. Energie dense, le pétrole - et le charbon avant lui - est sans doute aussi en partie à l’origine de la fin de l’esclavage. Le pétrole a modifié à jamais la façon de faire la guerre mais aussi la raison de faire la guerre.

La crise du coronavirus, qui s’est soldée par une baisse drastique de notre consommation d’énergie (la consommation de pétrole a perdu près de 30% au pic de l’épidémie), est venue nous rappeler ce lien indéfectible qui existe entre la croissance, dont la définition est la valeur en Euro issue de la transformation des biens et des services, et l’énergie, que la physique définit comme la capacité mesurée en joules de transformation d’un système. Ce que le P.I.B. compte en euro, la physique le compte en joule !

 

Le problème est que nous sommes aujourd’hui confrontés à une double limite. D’abord, la disponibilité de ces ressources est finie. L’AIE a donné l’alerte fin 2018 en actant que le pic de production du pétrole conventionnel avait été atteint en 2008 ! Depuis, nous ne tenons que grâce au développement des pétroles non conventionnels américains et canadiens, dont l’équilibre financier déjà précaire est aujourd’hui encore un peu plus fragilisé par la baisse de consommation et la baisse de prix induites par la crise sanitaire. L’autre souci, c’est qu’aujourd’hui cette énergie nous tue. Les émissions de CO2 qui y sont associées polluent notre air, faisant des centaines de milliers de victimes chaque année à travers le monde, et entraînent un réchauffement qui, si l’on ne fait rien, provoquera des bouleversements climatiques mettant en grave danger notre existence même !

Le réchauffement climatique, au même titre que le virus qui nous frappe, est un ennemi vicieux, car invisible. Comme la grenouille qui ne voit pas le danger si vous la mettez dans une casserole d’eau froide sur un réchaud, nous sommes en train de cuire à petit feu sans nous en rendre compte.

 

Ce que la crise du coronavirus a mis en évidence sur ce point, c’est qu’avec une crise aussi violente que celle que nous traversons, nos émissions de CO2 devraient reculer de moins de 10% cette année. Si cela est une bonne nouvelle pour le climat, ça l’est moins si l’on confronte cela à l’échelle des engagements que l’on a pris notamment lors des Accords de Paris : la COP 21 vise une division par 4 de nos émissions d’ici à 2050. Plus encore, compte tenu de notre mode vie et de la démographie, l’ampleur de la réduction à opérer si nous ne voulons rien changer à nos modes de vie est une division par plus de 10 de nos émissions de CO2 ! Il nous faut donc repenser d’urgence notre modèle économique, nos valeurs.

La crise sanitaire qui nous touche aujourd’hui, en arrêtant totalement notre économie pour plusieurs semaines, nous donne l’occasion de prendre un peu de hauteur et de réfléchir au modèle de société que nous voulons remettre en place une fois ce drame passé. Certaines industries devront par exemple, être abandonnées ou repensées. Mais rien n’est facile. Et c’est dans le domaine énergétique que le challenge est peut-être le plus important. Nous devons décarboner notre économie et, pour cela, décarboner notre énergie. Le problème c’est que l’énergie est partout, et que les énergies fossiles ont des qualités inégalables.

 

Il n’existe pas de solutions simples pour réaliser la transition énergétique aujourd’hui indispensable. Les énergies renouvelables, que l’on qualifie souvent d’énergies nouvelles, sont en réalité les plus anciennes au monde ! Et on ne les a pas abandonnées contraints et forcés, pour se tourner vers des solutions moins efficientes ! Y revenir pose des problèmes énormes, au premier rang desquels leur intermittence, mais aussi leur acceptabilité sociale. La disponibilité des métaux de base nécessaires à leur généralisation est aussi une limite, sur laquelle la Banque Mondiale notamment a déjà fait part de son inquiétude.

Le nucléaire, source d’énergie qui n’émet pas de CO2, pose d’autres problèmes - en particulier la gestion des déchets - et interroge, elle aussi, sur son acceptabilité sociale. Mais elle présente l’avantage, contrairement à une opinion largement répandue, d’être une des énergies la moins émettrice de gaz à effet de serre ! Il n’y a pas de solution magique. Il faudra faire des choix : a-t-on besoin de croître tous les ans pour être heureux ? Le risque nucléaire est-il acceptable ? Le coût des énergies renouvelables est-il supportable ? Et comment gère-t-on l’intermittence ? Ou les déchets radioactifs ? Le développement de l’aviation civile doit-il être limité ? Ce sont autant de questions que nous devrons nous poser en sortie de cette crise sanitaire. Et la sphère politique a bien évidemment un rôle à jouer en fixant des objectifs et des règles claires.

Bien sûr, il y a des raisons d’espérer. Les ingénieurs travaillent sur le stockage de l’électricité pour pouvoir solutionner le problème de l’intermittence, d’autres travaillent au développement de la fusion nucléaire, qui permettrait une énergie quasi infinie et presque sans déchet. D’autres enfin travaillent sur la captation du CO2. Tous ces éléments sont des lueurs d’espoir, mais la situation exige des réponses et un ajustement immédiat de notre modèle. La situation est grave, mais nous nous devons de rester optimistes, tout en prenant bien garde néanmoins de ne pas être complaisants !

Comme le rappelaient Matthieu Auzanneau et Jean-Marc Jancovici, du Shift project, dans une tribune récemment : “La France est le pays des lumières, il est temps de changer l’ampoule” ! Toutes les décisions que nous pourrons prendre pour préparer le monde d’après ne mèneront à rien si l’on ne réalise pas notre transition énergétique, et cela dans les plus brefs délais. C’est cela qui constitue, plus que jamais, notre enjeu d’avenir(s) !

Benjamin Louvet, gérant matières premières chez OFI Asset Management, achevé de rédiger le 18/05/2020

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