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inflation, stagflation, récession... ?

Publié le par ottolilienthal

Inflation : le patron de Système U évoque une « déconsommation » des Français...

Face à l’inflation, les Français serrent la ceinture. Même avec le ralentissement de l’emballement des prix, ils font des arbitrages. Certains produits ne trouvent plus preneurs en ce moment dans les rayons des supermarchés.

Le comportement d'achat des Français témoigne d'une ère de "déconsommation" notable, surtout dans les produits non alimentaires. Selon Dominique Schelcher, directeur de Système U, les articles comme les salons de jardin et le textile sont particulièrement touchés. En effet, l'inflation incite les Français à prolonger l'utilisation des biens déjà possédés. Invité sur RMC-BFMTV, il estime que cette tendance n'est pas nouvelle, elle s'observe depuis la fin des années 2010 mais s'est accentuée avec la hausse des prix.

Les produits de beauté ne sont pas en reste, avec une baisse significative des ventes pour les articles dépassant le seuil symbolique de trois euros. Ce phénomène suggère que même les petits luxes sont scrutés avec prudence par des consommateurs de plus en plus vigilants sur leurs dépenses.

Dans le rayon alimentaire, la viande se distingue comme une victime évidente de cette nouvelle frugalité. Le flexitarisme, manger moins de viande mais de meilleure qualité, se démocratise. Elle est même encouragée par le secteur lui-même désormais. Cependant, l'inflation amplifie cette tendance, poussant de nombreux Français à limiter encore plus leurs achats de viande.

Toutefois, il est intéressant de noter que des exceptions surviennent lors d'occasions spéciales. Par exemple, le week-end de l'Ascension, où les achats de viande ont connu un pic exceptionnel, révélant un désir de plaisir occasionnel malgré un contexte économique contraint.

Cédric Bonnefoy

https://www.economiematin.fr/inflation-consommation-france-2024

Feu, puis glace : notre avenir déflationniste...

De peur que vous ne pleuriez pour ceux dont la richesse fantôme sera perdue, rappelez-vous que peu gagnent quand une monnaie de réserve meurt. Le lendemain de la réinitialisation, un nouveau monde commence, mais le capital perdu est parti pour de bon.

En dehors de la chambre d’écho "tout va toujours bien", le consensus est que les monnaies fiduciaires faciles à créer s’évaporeront toutes car la tentation de continuer à imprimer/emprunter de l’argent est irrésistible : la seule façon d’empêcher l’implosion du système est de dévaluer la dette et les paiements d’intérêts en hausse avec l’inflation, et le cadran contrôlant l’inflation est l’impression monétaire / les banques centrales achètent la dette et toutes les astuces connexes.

Le problème est qu’une fois que le cadran est tourné à 11, les attentes inflationnistes commencent à revenir à l’inflation réelle et l’inflation échappe alors au contrôle des banques centrales et des trésors publics : la création de plus d’argent pour dévaluer la monnaie et le service de la dette finit par détruire la monnaie via l’hyperinflation.

L’histoire offre de nombreux exemples de cette tentation et de cette dynamique. La douleur de la radiation des dettes, de la défaillance des gouvernements sur les obligations et les actifs est trop grande, et nous devons donc imprimer plus d’argent / emprunter plus d’argent pour exister afin d’éviter le pénible calcul de la dépendance à la dette et de l’orgueil des banques centrales.

Pour éviter la douleur de la saturation de la dette et du surendettement, les autorités monétaires font s’effondrer la monnaie et l’économie qu’elles soutiennent, provoquant une douleur maximale pour tous ceux qui utilisent la monnaie ou possèdent des actifs libellés dans la monnaie.

Un nouveau dollar est ensuite introduit à un ratio de 1 nouvelle unité pour 100, ou 1 000, ou 100 000 des anciens dollars. La richesse financière de tout le monde est anéantie. Les outils, les compétences, les métaux précieux, les bâtiments, les mines, les fermes, etc., conservent toujours leur valeur intrinsèque / productive, mais la réinitialisation monétaire signifie que tous ceux dont la richesse fantôme était une forme de dette sont anéantis.

Cette dynamique est tout à fait logique, et c’est une voie bien rodée pour les États-nations. Cependant, les empires pourraient choisir différemment. La différence entre un État-nation et un empire est généralement sous-estimée. Un État-nation peut détruire sa monnaie et mettre en faillite tous ceux qui détiennent ses obligations / dettes et recommencer, mais un empire ne peut pas être aussi cavalier, car la "monnaie de réserve" de l’empire est son fondement de pouvoir.

Oui, le pouvoir dur de la projection de puissance militaire est une force de base, avec le commerce, les alliances, le soft power culturel et diplomatique, mais si la monnaie s’évapore, le projet impérial aussi, et ceux qui sont chargés de maintenir le projet impérial sont obligés de calibrer la douleur par une norme différente que les politiciens et les banquiers centraux.

L’inflation et l’évaporation de la monnaie n’est pas une solution pour le projet impérial, c’est la reddition de tout ce qui est grand et bon. La seule solution viable pour le projet impérial est la déflation, la liquidation forcée de dettes impayables et donc la liquidation forcée de toutes les richesses fantômes générées par la dette en expansion constante.

Tout comme l’inflation a de nombreuses sources, la déflation  également. La technologie peut être une source de déflation, car une nouvelle technologie peut augmenter considérablement l’offre et la durabilité tout en réduisant considérablement les coûts. La substitution peut être déflationniste, car les entreprises et les consommateurs échangent un substitut moins cher et plus abondant contre ce qui devient rare et coûteux.

Si la somme d'"argent" circulant dans l’économie se contracte à mesure que le crédit se resserre, il devient plus difficile d’emprunter plus d’argent pour exister. Chaque dollar de dette qui est réduit à zéro réduit la quantité d’argent qui circule, c’est-à-dire la masse monétaire.

Si l’argent qui est créé est immédiatement accaparé par les riches, il ne circule pas dans l’économie et c’est donc l’équivalent de l’extinction de la dette : l’offre d’argent n’augmente pas parce que l’argent nouveau a été accaparé, en fait enfoui dans la cour.

Pour préserver l’Empire, il devient nécessaire d’effacer la dette et la richesse fantôme qu’il a créée, dont 90% est détenue par les hyper-riches, super-riches et simplement riches. C’est la classe qui a concentré la richesse et le pouvoir au point de déstabiliser les ordres sociaux, financiers et politiques, et donc ceux qui sont chargés de préserver l’Empire (l’État à l’intérieur de l’État) devront dépouiller indirectement cette classe puissante de sa richesse fantôme, car la classe est trop puissante politiquement pour être prise de front.

Rappelez-vous que la déflation — la baisse du prix des actifs, des biens et des services — est bénéfique pour les salariés, car leurs gains augmentent à mesure que les prix baissent. Les profits deviennent plus difficiles à trouver, et ceux qui prêtent et spéculent sur des évaluations d’actifs toujours plus élevées sont anéantis.

Du point de vue impérial, tout cela est bien : étant donné que le seul but est de préserver la monnaie de l’évaporation, alors la chute de la classe hyper-riche qui menace de déstabiliser l’ordre impérial est tout aussi essentielle.

Tout comme l’inflation est une taxe cachée sur le travail, la déflation est une taxe cachée sur le capital. Si l’immobilier commercial, les actions et les obligations de sociétés perdent tous de la valeur pendant une décennie, les 90 % inférieurs ne seront touchés qu’indirectement. Si l’argent qui est créé est canalisé vers les dépenses au bas de l’économie — ceux qui achètent les éléments essentiels —, la déflation de la dette privée et des actifs ne privera pas l’économie réelle de l’argent en circulation, il ne fera que dépouiller les riches du capital qu’ils amassaient et spéculaient sous le couvert d'"investir."

Le feu, puis la glace : comme l’inflation (le feu) menace la monnaie impériale, l’Empire doit choisir la déflation (la glace) pour préserver sa fondation. La monnaie en circulation active est assimilée à la richesse fantôme des actifs basés sur la dette, mais ce sont deux choses différentes. Tout comme l’inflation travaille lentement pour éroder la valeur du travail, la déflation fonctionne mieux si elle est aussi progressive, éteignant lentement la richesse fantôme au fil du temps.

J’ai essayé au fil des ans d’expliquer que la richesse et le pouvoir concentrés des hyper-riches représentent une menace existentielle pour le projet impérial, et l’affrontement entre la richesse fantôme créée par la dette et le fondement du projet impérial, sa monnaie, va se jouer dans les 6 à 8 prochaines années.

La chambre d’écho "tout va toujours bien" soutient que l’inflation pour préserver toute la richesse fantôme créée par la dette est nécessaire, mais ils sont axés sur le service de la richesse privée, pas le projet impérial. Ce qui est vraiment essentiel est de préserver la monnaie impériale, et pour ce faire, la richesse fantôme et le pouvoir des hyper-riches qui en possèdent la grande majorité doivent être éteints. Lentement, lentement, mais quand même éteint.

De peur que vous ne pleuriez pour ceux dont la richesse fantôme sera perdue, rappelez-vous que peu gagnent quand une monnaie de réserve meurt. Le travail peut commencer à gagner le lendemain de la réinitialisation, mais le capital perdu est parti pour de bon.


 

Charles Hugh Smith

https://charleshughsmith.blogspot.com/2024/03/fire-then-ice-our-deflationary-future.html 

Inflation : Michel-Edouard Leclerc craint une «inflation structurelle» les dix prochaines années
 

Michel-Edouard Leclerc tire la sonnette d’alarme : il craint que l’on entre dans une phase d’«inflation structurelle» pour les dix prochaines années.

Les Français en ont désormais l’habitude : l’inflation grève leur budget alimentaire. Les prix des produits ont augmenté ces derniers mois et cela se ressent lors du passage en caisse. Depuis le début de l’année 2024, on observe progressivement une baisse de certains prix. Toutefois, Michel-Édouard Leclerc prévient : «On ne reviendra pas aux prix de 2019.» Dans l’émission du Grand Jury RTL-Le Figaro-M6, le président des centres de distribution E.Leclerc ne s’est pas vraiment montré rassurant, rapporte BFM TV, le 18 mars 2024.

D’après Michel-Édouard Leclerc, «la transition énergétique, l'impact de la géopolitique, de la recherche de relocalisation, de souveraineté, de maîtrise des approvisionnements» vont grandement influencer une hausse générale des prix. C’est ce qu’il appelle «inflation structurelle». Et de préciser sa pensée : «Contrairement à l'inflation précédente qui était spéculative, on rentre dans 10 ans d'inflation structurelle.» Pas question, donc, d’entendre parler de baisse des prix continue prochainement, bien au contraire.

La transition énergétique à l'origine de l'inflation ?

Michel-Edouard Leclerc n’est pas le seul à livrer cette analyse. Bien avant lui, Isabel Schnabel, économiste allemande et membre du directoire de la Banque centrale européenne, avait mis en lumière, lors des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence tenues en 2022, les hausses de prix qu’entraînera la transition énergétique. «La 'réinflation' survient lorsque plusieurs pays se tournent vers une énergie renouvelable. Cela engendre une forte demande en matières premières tels que le cuivre, le lithium ou d’autres, qui impacte de facto les prix», a-t-elle ainsi assuré.

 
https://www.capital.fr/economie-politique/inflation-michel-edouard-leclerc-craint-une-inflation-structurelle-les-dix-prochaines-annees-1493923
La crise en mer Rouge s’intensifie : l’impact pour l’inflation est largement sous-estimé

Les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, continuent de mettre la pagaille dans le fret maritime en mer Rouge. Les tarifs des conteneurs s’envolent.

 

Pourquoi est-ce important ?

Ce qui se passe actuellement en Mer rouge est largement sous-estimé. Obligés de passer par le sud de l'Afrique en évitant le canal de Suez, les navires de fret augmentent leurs prix. Une situation que l'on a bien connue en 2021-2022 avec les goulets d'étranglement dans les chaînes d'approvisionnement. C'est par là que l'inflation a commencé à déferler sur nos régions. Le problème est que les banques centrales n'ont aucun pouvoir sur ce type de conflits.

Dans l’actu : les navires qui traversent le détroit de Bab el-Mandeb, en mer Rouge, continuent d’être la cible d’attaques de drones, par les rebelles houthis.

  • Officiellement, ces attaques ne visent que les navires liés à Israël, ont expliqué les rebelles du Yémen. Mais dans les faits, aucun armateur ne veut prendre le risque d’une attaque de drone ou de faire l’objet d’un raid.
  • Dimanche dernier, le porte-conteneurs Maersk « Hangzhou » a expliqué avoir été touché par un missile lors de son passage par le détroit de Bab el-Mandeb, puis avoir été attaqué par quatre navires des rebelles Houthis qui tentaient de monter à bord. De son côté, l’armée américaine a indiqué avoir coulé trois navires rebelles.
  • Mardi, une nouvelle attaque a eu lieu sans que l’on ne connaisse encore l’identité du navire. Le géant danois Maersk a annoncé dans la foulée qu’il prolongeait son interruption de transit par la mer Rouge et le golfe d’Aden.
  • Dans ce conflit en mer Rouge, beaucoup dépend de la guerre que mène Israël à Gaza. Or, avec l’élimination du numéro 2 du Hamas, au Liban, lors d’une frappe dans la banlieue sud de Beyrouth, le risque d’embrasement de la région est réel, avec le Hezbollah et plus largement l’Iran. Le secrétaire d’État américain Anthony Blinken a été envoyé en Israël pour tenter de calmer les esprits.

Tout le trafic maritime est impacté

Zoom avant : les coûts des conteneurs ont déjà bondi.

  • Pour éviter les frappes des rebelles houthis, les transporteurs ont déjà détourné plus de 200 milliards de dollars de commerce au cours des dernières semaines.
  • Le canal de Suez, par lequel transite environ 25 à 30% du commerce mondial par bateau, n’est plus la voie privilégiée. Les navires de fret passent par le cap de Bonne-Espérance, à la pointe sud de l’Afrique.
  • Forcément, les prix des conteneurs s’envolent :
    • Les tarifs du fret voyageant de l’Asie vers l’Europe du Nord ont plus que doublé cette semaine pour atteindre plus de 4.000 dollars par conteneur, énumère CNBC.
    • Les prix en Asie-Méditerranée ont grimpé jusqu’à 5.175 dollars par conteneur et certains armateurs proposent déjà des tarifs à 6.000 dollars le conteneur.
    • Par ricochet, même les tarifs entre l’Asie et l’Amérique du Nord sont impactés. Vers la côte est, les tarifs ont augmenté de 55% pour être fixés à 3.900 dollars. Même les prix vers la côte ouest ont monté de 63%, atteignant les 2.700 dollars.
    • Tous ont retenu les leçons de la crise de l’approvisionnement après le Covid. Le secteur réagit donc très vite.
  • Pour ne rien arranger, le canal de Panama, crucial pour 270 milliards de dollars de commerce mondial, est aux prises avec une baisse des niveaux d’eau qui limite le trafic maritime.

Joe Biden détient la clé

Zoom arrière : une mauvaise nouvelle pour l’inflation.

  • Les tarifs de fret qui augmentent ont un impact direct sur l’inflation. Et c’est une terrible nouvelle pour les stratégies des banques centrales.
  • Leur politique est totalement inefficace contre un tel conflit. Or cette inflation renforce le risque d’une récession aux États-Unis et en Europe.
  • Car une inflation qui persiste retarderait certainement les baisses des taux d’intérêt des banques centrales. Ce qui limiterait les chances d’un atterrissage en douceur.
  • La clé de ce conflit se trouve dans les mains d’un seul homme : Joe Biden, qui joue sa réélection en novembre prochain. Il ne peut se permettre un rebond de l’inflation.

Baptiste Lambert
publié le

https://fr.businessam.be/la-crise-en-mer-rouge-sintensifie-limpact-pour-linflation-est-largement-sous-estime/

L'inflation - un terme impropre
Comment s'appauvrir de plus en plus dans une économie "florissante" ?


    "Les noms erronés sont souvent dus au fait qu'une chose a été nommée longtemps avant que sa nature exacte ne soit connue, ou parce qu'une forme antérieure d'une chose a été remplacée par une forme ultérieure à laquelle le nom ne s'applique plus correctement.

De nos jours, il n'y a pas de meilleur exemple d'appellation erronée que ce que la plupart des économistes appellent l'"inflation". Contrairement à ce que ce terme implique (c'est-à-dire une augmentation des prix), il s'agit en fait d'une réduction du pouvoir d'achat. Cela signifie que le même argent permet d'acheter moins de pain, de fromage, d'essence, etc. que l'année dernière. Il y a de fortes chances que vous ayez dû faire des choix difficiles, reporter l'achat d'une nouvelle voiture ou même de cadeaux pour Noël.

Certaines personnes ont même dû choisir entre se chauffer et manger. La perte de pouvoir d'achat est une affaire très sérieuse - il n'est pas étonnant que ce terme ne soit pas très répandu dans les communiqués des gouvernements.

Un autre fait important concernant l'"inflation" est qu'elle n'est pas déclarée. Des articles peuvent être ajoutés ou supprimés, et leur poids dans le panier de la ménagère ajusté à volonté pour faire apparaître un chiffre artificiellement inférieur à celui que les gens connaissent. Cela permet non seulement de calmer le public et les investisseurs en envoyant le message que la situation n'est pas aussi mauvaise qu'elle le paraît, mais aussi de montrer une augmentation de la consommation et donc de la croissance du PIB.

Prenons l'exemple des courses. Si votre facture d'épicerie augmente de 30 %, mais que seuls 10 % sont considérés comme de l'inflation, les 20 % restants de l'augmentation des dépenses alimentaires peuvent être attribués à la croissance. Si la consommation globale (en termes réels) devait chuter de 10 % à la suite de cette hausse extraordinaire des prix, le gouvernement pourrait tout de même constater une croissance "économique" de 10 %, bien que toutes les mesures indiquent le contraire. C'est ainsi que l'économie peut croître alors que le citoyen moyen s'appauvrit de plus en plus. Faut-il s'étonner que personne ne parle de la baisse du pouvoir d'achat, mais seulement de la croissance économique ?

Quelle est la réponse habituelle des banques centrales à ce problème mal nommé "inflation" ? En augmentant les taux d'intérêt, ce qui entraîne une hausse du coût du crédit. Or, après avoir payé les frais d'hypothèque et de carte de crédit, on se retrouve avec encore moins d'argent en poche, ce qui a pour conséquence directe de réduire encore la quantité de biens et de services que l'on peut acheter. Il en va de même pour les entreprises qui investissent dans de nouvelles lignes de production, des panneaux solaires ou toute autre chose importante nécessitant un prêt. Désormais, tous ces achats doivent être reportés ou annulés afin de financer les opérations existantes.

Vu sous cet angle, on peut facilement déceler l'erreur logique : les banques centrales luttent contre la réduction du pouvoir d'achat en réduisant davantage le pouvoir d'achat des entreprises et des citoyens ordinaires. Cela n'a pas de sens ? Eh bien, selon nos sages aînés, nous devons tous réduire la consommation de biens et de services - et donc diminuer la demande - afin que les fournisseurs perdent finalement leur appétit pour de nouvelles augmentations de prix. Or, une baisse de la consommation entraîne une baisse de la production économique et des investissements dans tous les domaines, ce qui se traduit par un ralentissement économique. En résumé, les banques centrales s'emploient à provoquer une mini-récession afin de ramener l'"inflation" sous une certaine limite.

Toutefois, ce raisonnement n'est pas seulement malicieux, il est aussi profondément ignorant. Il est ancré dans la fausse croyance - ou plutôt : le principe - de l'offre et de la demande, et ignore complètement les frontières planétaires. Et c'est là que nous en arrivons à la récente poussée d'"inflation", ou plutôt à la récente baisse du pouvoir d'achat. Bien que les grandes entreprises aient procédé à de nombreux ajustements de prix, l'essentiel des récentes hausses de prix est directement imputable à l'augmentation des coûts de l'énergie et des prix des denrées alimentaires. Il va sans dire que ces deux éléments sont profondément liés. Une étude récente a révélé que les systèmes alimentaires représentent actuellement au moins 15 % de l'utilisation mondiale de combustibles fossiles par an. Citation :

 "L'alimentation et l'énergie se croisent à travers la consommation d'énergie dans la production alimentaire (par exemple, la fabrication d'engrais et de pesticides, la fabrication d'emballages en plastique, la transformation des aliments et le transport) et la production d'énergie par l'alimentation et l'agriculture (par exemple, les biocarburants, la bioénergie à partir du bétail et des déchets alimentaires, et l'énergie solaire et hydroélectrique à la ferme). L'intensité énergétique des systèmes alimentaires augmente également en raison de la mécanisation accrue, de l'utilisation croissante d'intrants d'origine fossile, de la mondialisation des chaînes d'approvisionnement, de la demande croissante de viande, de produits laitiers et d'aliments ultra-transformés et, dans une certaine mesure, des nouvelles tendances alimentaires telles que les protéines alternatives qui nécessitent de 1,5 à 6 fois plus d'énergie que certaines viandes et certains aliments entiers. Le maintien du statu quo dans la production et la transformation des aliments signifie que l'utilisation des combustibles fossiles augmentera également, à moins que nous ne transformions radicalement les systèmes alimentaires pour rompre le lien entre la production et la consommation d'aliments industriels et les combustibles fossiles".

Bonne chance ! Par conséquent, lorsque le prix de ces combustibles augmente, le prix des denrées alimentaires augmente également, ainsi que celui de nombreux autres produits fabriqués en utilisant de grandes quantités de charbon, de pétrole et de gaz. La liste comprend : le plastique, le verre, le ciment, le fer, l'acier, l'aluminium, le cuivre, les éléments de terre rare, etc. Faut-il s'étonner alors que la montée en flèche du prix de ces matières premières ait causé d'importants problèmes financiers à l'industrie des "énergies renouvelables" ? Le rapport susmentionné ne tient absolument pas compte de ce fait... De même que de nombreux politiciens et experts qui ne comprennent pas l'importance technique des combustibles fossiles dans la fabrication, la livraison et l'entretien de ces nouvelles sources d'énergie.

Lorsque la production de combustibles fossiles n'a pas retrouvé ses niveaux antérieurs après l'interruption massive de la chaîne d'approvisionnement en 2020, nous avons assisté à une augmentation rapide du coût de ces intrants essentiels à l'économie, qui s'est fait sentir dès 2021. La crise énergétique provoquée par la guerre en Europe n'a fait qu'aggraver la situation en 2022. Aujourd'hui, même un an plus tard, les prix n'ont toujours pas retrouvé leur niveau des années 2010. En fait, le gaz naturel (un intrant essentiel pour la fabrication d'engrais, la fabrication de verre et la fonte de métaux) est encore 2 à 3 fois plus élevé dans l'UE qu'auparavant, et 4 fois plus élevé qu'aux États-Unis. (Et ce, bien que la consommation sur le vieux continent ait déjà diminué de 15 % de manière permanente).

"L'inflation est toujours et partout un phénomène sélectif, qui augmente brutalement le coût de certains biens tout en laissant le prix d'autres biens relativement intact. Dans le cas présent, elle a été provoquée par des perturbations dans la disponibilité des combustibles fossiles, une tendance qui ne manquera pas de s'intensifier à l'avenir. Une mesure universelle, comme l'augmentation des taux d'intérêt, ne peut pas s'attaquer à ce problème. Si l'"inflation" était provoquée - comme son nom l'indique - par une hausse universelle des prix due à une augmentation globale de la masse monétaire, l'augmentation des taux d'intérêt, et donc le ralentissement de l'émission de crédit (la principale source de monnaie), aurait déjà résolu le problème.

Toutefois, comme ce sont les produits de première nécessité (nourriture et énergie domestique) qui sont à l'origine de l'"inflation", l'histoire de la hausse des prix induite par la planche à billets ne tient pas la route. Peut-on raisonnablement s'attendre à ce que les gens commencent à acheter deux fois plus de nourriture et d'électricité si on leur donne de "l'argent gratuit" ? Pas du tout. Cette baisse massive du pouvoir d'achat - qu'il convient d'appeler "inflation" - a été provoquée par deux crises majeures de l'énergie mondiale, en 2020 puis en 2022, qui ont entraîné une hausse massive des prix des produits de première nécessité.


Les augmentations des prix de l'énergie ont toutefois des racines beaucoup plus profondes que les événements récents ne le laissent supposer. En raison de l'incapacité à augmenter les intrants énergétiques au même rythme que la croissance économique, la récente hausse des prix était déjà prévue depuis des années : c'était un désastre en attente de se produire. La production de combustibles fossiles a déjà commencé à diminuer entre 2014 et 2018, alors que la révolution du schiste commençait à s'essouffler et que la Chine atteignait le maximum de sa production de charbon. Il n'est donc pas étonnant qu'il n'y ait pas de croissance infinie, surtout lorsqu'il s'agit d'une ressource finie comme les combustibles fossiles. Comme nous pouvons le constater, les énergies basées sur le carbone ont commencé à atteindre leur apogée bien avant les récentes crises.


Source : Our World in Data : Notre monde en données

Notre petit "problème" est que le pic des combustibles fossiles signifie le pic de la civilisation. Un point c'est tout. À mesure que la production de combustibles fossiles commencera à diminuer, l'approvisionnement mondial en énergie fera de même. Et comme l'énergie est l'économie, la production économique diminuera également, ce qui se traduira par une baisse de la production de biens et de services d'une année sur l'autre.

Certains économistes pourraient faire valoir qu'à mesure que les économies se développent et s'enrichissent, elles se tournent vers les services et consomment de moins en moins d'énergie par PIB gagné. C'est très bien, mais je me demande comment l'augmentation de la demande de biens matériels (voitures, smartphones, maisons, etc.) sera satisfaite par une offre d'énergie en baisse à l'échelle mondiale ? Comment allons-nous produire deux fois plus de choses avec deux fois moins d'énergie ? Ce niveau de myopie me dépasse.

 Si la production mondiale de combustibles fossiles devait commencer à diminuer dans le courant de la décennie, comme cela semble être le cas, il serait tout simplement impossible de continuer à produire autant de nourriture, de panneaux solaires, de voitures électriques (et tous les gadgets de haute technologie auxquels nous nous sommes habitués) qu'aujourd'hui. Les pénuries et les hausses de prix ne manqueront pas de se multiplier.


La baisse de la production de combustibles fossiles sera un processus très inégal, qui touchera certaines régions beaucoup plus tôt que d'autres. Ainsi, alors que la production de pétrole pourrait augmenter dans certains pays jusque dans les années 2030, ces gains seront finalement compensés par un déclin général dans le reste des champs pétrolifères du monde. Entre-temps, les technologies énergétiques alternatives - "énergies renouvelables", nucléaire, hydroélectricité, etc., sans parler du réseau électrique lui-même - continueront toutes à dépendre désespérément des combustibles à base de carbone pour leur fonctionnement continu, sans parler de leur expansion... Que la baisse à venir de la production d'énergie soit le résultat de l'épuisement ou des politiques climatiques n'aura donc pas d'importance.

Pour mémoire : Je suis tout à fait conscient que la libération de gigatonnes de CO2 provoque un changement climatique. C'était déjà un fait scientifique prouvé en 1896, avec toutes ses conséquences exposées au monde entier. Cela ne change toutefois rien au fait que personne sur Terre n'a pu à ce jour produire un seul panneau solaire ou un seul véhicule électrique sans la chaleur et la gamme d'intrants chimiques fournis par ces combustibles hautement polluants. Faut-il s'étonner, dès lors, qu'il n'y ait littéralement aucune transition énergétique dont on puisse parler, mais seulement des ajouts à un tas d'émissions de carbone qui ne cesse de croître ?


Source : Our World in Data : Notre monde en données


Et nous n'avons pas parlé de la destruction écologique qui résulte de l'extraction et du raffinage de quantités considérables de métaux toxiques pour construire ces appareils miracles - pour finalement épuiser les stocks accessibles de ces matières premières plus tôt que la conversion aux "énergies renouvelables" ne pourrait être achevée. L'humanité continue à nier profondément le fait que c'est la technologie qui est à l'origine de la destruction écologique et du changement climatique. Remplacer une forme de pollution - ou une ressource finie - par une autre ne résout donc rien. Rien du tout.

C'est une civilisation basée sur la technologie qui n'est pas durable, pas les émissions de carbone.

Le prix des produits de première nécessité (nourriture et énergie) ne cessera donc d'augmenter, jusqu'à ce qu'il absorbe une part suffisamment importante des revenus des citoyens et de nombreuses entreprises manufacturières pour étouffer la consommation d'énergie dans d'autres domaines. Après cela, la hausse des prix de l'énergie s'arrête et s'inverse brusquement, car les baisses de la demande ont toujours tendance à dépasser l'offre disponible de manière significative. Cela est dû à la psychologie des pics de prix de l'énergie : tout le monde veut continuer à travailler comme d'habitude - en consommant au moins la même quantité d'énergie qu'auparavant - tant que c'est financièrement possible. Lorsque les prix deviennent hors de portée (et de la capacité des entreprises à les payer), le nombre d'entreprises qui ferment soudainement est beaucoup plus élevé que celui qui serait nécessaire pour équilibrer l'offre et la demande. Les prix s'effondrent soudainement, mais ne redescendent jamais en dessous des niveaux précédents, ce qui empêche les entreprises fermées de revenir sur le marché. Le récent épisode de désindustrialisation en Europe en est un bon exemple.

La Chine connaît une situation similaire en ce qui concerne le charbon. Le plus grand centre manufacturier du monde est toujours alimenté par le plus sale des combustibles, consommant plus de la moitié de l'offre mondiale de cette source d'énergie. Contrebalancer la baisse de production dans les mines existantes en raison de l'épuisement, sans parler d'augmenter encore l'offre, nécessiterait de plus en plus d'énergie, car les puits de mine doivent être creusés plus profondément, ce qui, dans un monde où les coûts de l'énergie augmentent, est tout simplement impossible. La hausse des prix de l'énergie augmente le coût de l'exploitation minière, qui à son tour augmente les prix de l'énergie. Tout comme en Europe, il y a eu une hausse des prix, bientôt suivie d'une destruction de la demande. Ainsi, lorsque la Chine parle d'atteindre un pic d'émissions de CO2, elle admet tacitement qu'elle ne peut plus se permettre (de subventionner) la consommation de charbon et qu'elle est confrontée à son propre déclin économique.

    L'installation de panneaux solaires, fabriqués avec du charbon, n'est qu'une tentative désespérée d'arrêter l'irrésistible.


De même, en raison de l'augmentation incessante des coûts énergétiques liés à l'extraction de pétrole et de gaz (à mesure que les puits bon marché s'épuisent), des taux d'intérêt élevés et de la volatilité des prix du pétrole et du gaz, qui ne sont pas encore assez élevés, la plupart des entreprises de combustibles fossiles du monde entier ont renoncé à toute tentative de maintenir la production à un niveau élevé. Pensez aux réductions de production "volontaires" de l'OPEP et aux entreprises privées qui fusionnent ou implorent des subventions plus élevées. Si ce processus se poursuit à l'avenir, et tout porte à croire que ce sera le cas, le monde aura de plus en plus l'impression de ne pas avoir besoin de pétrole, alors qu'en réalité, les gens mourront littéralement d'envie d'en obtenir davantage. Étant donné que le pétrole est la ressource principale, qui permet au monde de passer de l'exploitation minière au transport, dès que sa production commencera à baisser de manière soutenue, l'économie mondiale s'effondrera. Cela exercera une pression supplémentaire sur le coût des produits de première nécessité (nourriture et énergie) et entraînera une baisse constante du pouvoir d'achat pour les décennies à venir.


Le pic des combustibles fossiles ? Que la baisse à venir de la production d'énergie soit due à l'épuisement des ressources ou aux politiques climatiques, peu importe : une baisse de la production de combustibles fossiles, même si elle est une bonne nouvelle pour l'environnement et le climat, entraînera un déclin économique sans précédent.

Source des données : Our World in Data,


Regardons les choses en face : il n'est plus possible de mener une vie confortable de classe moyenne en travaillant dur. À mesure que le coût de la vie augmente et que les dépenses non essentielles diminuent, il sera de plus en plus difficile de maintenir le niveau de vie actuel, et encore plus de l'augmenter. "L'inflation restera sélective et touchera surtout les produits de première nécessité, car la demande dans ces catégories ne peut pas simplement diminuer en raison de la hausse des prix. Les produits non essentiels, tels que les téléviseurs à écran plat, deviendront eux aussi plus chers, mais à un rythme beaucoup plus lent, reflétant une concurrence accrue et une demande en baisse. La pénurie d'énergie à venir entraînera des fusions et des licenciements massifs dans ces secteurs, car de moins en moins d'entreprises seront en mesure de payer leurs factures et leurs employés en même temps. Moins de travailleurs signifierait, bien sûr, des revenus plus faibles et donc une consommation encore plus faible. Telle est la véritable histoire d'une baisse continue du pouvoir d'achat : une longue et difficile descente vers une vie précaire et de subsistance sur fond de chute de la courbe de production mondiale d'énergie.

Jusqu'à la prochaine fois,

B

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A force d’écarter tous les trucs qui servent dans la vraie vie, les calculs de l’inflation (communiqués par le gouvernement) pointent vers 3,7% aux USA.  A noter que l’inflation pour les assurances voitures est à +18,9%, les transports publics +9,1%, les loyers 7,4%, la restauration 6%. Les taux d'intérêts pour les cartes de crédits dépassent les 25%. Alors, au final arriver à un 3,7%, c'est très fort.

 

https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1354-energies-economie-petrole-et-peak-oil-revue-mondiale-octobre-2023.html

Les prix de l'énergie sont déflationnistes

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Le bon sens nous dit que la hausse des prix de l'énergie doit être inflationniste.  Après tout, l'énergie est la force vitale qui anime tout ce que nous faisons.  Comme l'a fait remarquer Steve Keen, "le capital sans énergie est une statue, le travail sans énergie est un cadavre".  Ainsi, lorsque le prix de l'électricité, du gaz ou du pétrole - qui alimentent l'économie industrielle - augmente, non seulement l'énergie devient plus chère, mais tout ce que nous faisons avec l'énergie doit également augmenter.  De plus, comme les entreprises ont tendance à répercuter l'augmentation de leurs coûts, la hausse des prix de l'énergie se traduit par une augmentation des coûts dans l'ensemble de l'économie.

Cependant, comme c'est souvent le cas, le bon sens s'avère être une erreur.  À l'origine, l'inflation désignait uniquement l'inflation monétaire, c'est-à-dire une expansion de l'offre de monnaie qui, si elle était trop importante, entraînerait une dévaluation de la monnaie qui se manifesterait par une hausse des prix.  Mais au fil du temps, l'utilisation imprécise du mot inflation a conduit à ce qu'il devienne un raccourci pour toute forme de hausse des prix, même lorsque celle-ci n'a rien à voir avec la monnaie.  Bien que cela puisse sembler être une simple question de sémantique, la confusion qui en résulte peut avoir des conséquences négatives considérables dans le monde réel.  En effet, lorsque les gouvernements et les banques centrales réagissent à des hausses de prix non monétaires comme s'il s'agissait d'une inflation monétaire - en réduisant l'offre de monnaie en circulation -, ils peuvent transformer une récession en une véritable dépression prolongée, comme celle du début des années 1980.

Réfléchissez à ce qu'il advient des dépenses de votre propre ménage lorsque les prix de l'énergie augmentent.  Peu d'entre nous ont des revenus suffisants pour continuer comme avant.  La plupart d'entre nous doivent modifier leurs habitudes de consommation.  Vous pouvez peut-être réduire vos dépenses énergétiques en baissant le thermostat pour économiser sur le chauffage ou en n'utilisant la voiture que pour les trajets essentiels afin d'économiser du carburant.  Cependant, il est plus probable que vous soyez obligé de réduire vos dépenses discrétionnaires - prendre un plat à emporter plutôt que d'aller au restaurant, ou acheter de la bière au supermarché plutôt que d'aller au pub.  Voyons maintenant ce qu'il advient des entreprises.  Là encore, il est possible de consommer moins d'énergie, mais il est fort probable que l'entreprise doive réduire ses coûts ou augmenter ses prix.  Or, les consommateurs (les ménages) réduisent déjà leurs dépenses. Augmenter les prix peut donc accroître le revenu par vente, mais si les ventes diminuent en conséquence, le revenu total reste le même... ou peut même diminuer.

Dans presque toutes les entreprises, le coût le plus important est de loin la masse salariale.  Ainsi, lorsque les prix de l'énergie augmentent, obligeant les ménages et les entreprises à réduire leurs dépenses, les entreprises finissent par devoir réduire leur masse salariale.  Dans les économies occidentales néolibérales, cela ne se traduit pas automatiquement par du chômage, comme c'était le cas dans les années 1930 et 1980, mais tend à se manifester par une diminution du nombre d'heures travaillées, les entreprises réduisant les heures de travail des travailleurs pour économiser sur les salaires - ce qui présente l'avantage que si l'économie se redresse, l'entreprise n'aura pas à supporter le coût d'une nouvelle embauche.  Mais si la situation ne s'améliore pas, les licenciements deviennent inévitables, ce qui réduit encore le pouvoir d'achat des consommateurs.  En fin de compte, la perte de demande dans l'ensemble de l'économie se traduit par une baisse de la demande d'énergie, ce qui crée un excédent et fait à nouveau baisser les prix.

Les gouvernements sont différents et ne devraient jamais être comparés à un ménage... à moins que vous ne connaissiez un ménage qui possède sa propre presse à imprimer de la monnaie.  En outre, les gouvernements peuvent intervenir dans les économies, et ils le font, d'une manière qui obscurcit ce qui serait autrement un processus déflationniste simple dans lequel, à mesure que le coût de l'énergie augmente, l'activité économique dans son ensemble doit se contracter.  Cependant, les gouvernements peuvent imprimer ou emprunter de la monnaie supplémentaire - comme ils l'ont fait pendant les lockdowns - et les banques centrales peuvent faciliter la création de nouvelle monnaie en abaissant les taux d'intérêt et en fournissant aux banques des réserves supplémentaires - comme elles l'ont fait pendant les lockdowns.  Cela complique évidemment les choses, car au lieu de devoir réduire immédiatement leurs dépenses en réponse à la hausse des prix de l'énergie, les entreprises et les ménages peuvent utiliser la monnaie supplémentaire pour retarder le jour où ils seront obligés de le faire, dans l'espoir que les prix de l'énergie auront baissé à l'avenir.  Toutefois, si les prix de l'énergie ne baissent pas, nous aurons le pire des mondes, car toutes ces devises supplémentaires devront être remboursées - soit par des faillites et des défauts de paiement, soit par l'inflation - et les réductions de coûts devront avoir lieu de toute façon.

Si cela vous semble un peu familier, c'est parce que cela décrit la situation dans laquelle nous nous trouvons au Royaume-Uni.  À l'automne 2021, l'économie britannique a été frappée par deux forces économiques distinctes qui ont déclenché la crise actuelle du coût de la vie.  Cependant, comme les médias, les politiciens et les économistes de l'establishment avaient, presque inconsciemment, redéfini le sens du mot "inflation", presque tout le monde a cru qu'une seule force économique était en jeu.

La difficulté, à l'automne 2021, était que nous étions confrontés à la fois à une inflation monétaire et à des augmentations de prix non monétaires - "du côté de l'offre".  La première était la conséquence de l'injection par le gouvernement de nouvelles devises dans l'économie bloquée, sous la forme de subventions et de prêts aux entreprises, d'une augmentation des prestations de sécurité sociale pour les personnes sans emploi et de généreuses indemnités de licenciement pour les personnes dont le travail n'était pas considéré comme essentiel.  Une grande partie de ces mesures était sans aucun doute nécessaire pour éviter une faillite généralisée des entreprises et un chômage de masse.  Mais comme une grande partie de l'économie discrétionnaire était fermée pour la durée, le problème inflationniste était qu'une grande partie de la monnaie nouvellement créée n'était pas dépensée.

Lorsque l'économie s'est enfin ouverte à l'automne 2021, une grande partie de la monnaie refoulée a été dépensée dans l'économie discrétionnaire, les gens achetant de nouveaux vêtements, prenant des vacances de dernière minute, savourant des repas au restaurant, allant au pub pour rencontrer des amis, etc.  Bref, ils se sont livrés à toutes les activités qu'il est encore impossible de faire en ligne aujourd'hui.  Bref, ils ont fait tout ce qu'il est encore impossible de faire en ligne aujourd'hui. Le résultat a été un afflux de devises plus important que ce que l'économie pouvait fournir.  Les entreprises - qui avaient elles aussi été bloquées pendant près de deux ans - ont eu du mal à trouver des employés et à s'approvisionner.  En d'autres termes, à l'automne 2021, il y avait trop d'argent pour trop peu de biens et de services, ce qui correspond à la définition classique de l'inflation monétaire.

Cependant, une force économique bien plus puissante était à l'œuvre au même moment.  Une grande partie de la production mondiale de combustibles fossiles a également été bloquée après que le marché à terme du pétrole est brièvement devenu négatif au printemps 2020.  S'ajoutant à la hausse des coûts de production et à un climat d'investissement ESG de plus en plus hostile, l'incertitude économique causée par les réponses des États à la pandémie a contribué à freiner les nouvelles productions et à réduire la production existante.  Et contrairement à ce que l'on imagine, les champs de pétrole et de gaz et les raffineries de pétrole, d'une valeur de plusieurs milliards de dollars, ne peuvent pas être simplement ouverts et fermés comme un robinet.  À l'automne 2021, l'économie mondiale s'est donc retrouvée à court de quelque cinq millions de barils de pétrole par jour, ainsi que d'une pénurie similaire de gaz naturel.

Si l'énergie a été - et est toujours - de loin la plus préjudiciable des perturbations de la chaîne d'approvisionnement causées par les fermetures, elle n'a pas été la seule.  Des marchandises de toutes sortes étaient en rupture de stock parce que les chaînes d'approvisionnement mondiales en flux tendu s'étaient interrompues.  Dans les ports à conteneurs des États consommateurs de l'Ouest, les quais étaient remplis de conteneurs remplis de marchandises importées qui n'avaient pas été déplacées en raison du blocage des camionneurs et de la fermeture des magasins.  À l'extérieur de ces ports, des conteneurs encore plus chargés reposaient sur les ponts des navires qui ne pouvaient pas entrer dans les ports pour les décharger.  De manière moins évidente, il n'y avait pas de place pour ramener les conteneurs vides au port ou pour les charger sur ces navires lorsqu'ils accostaient enfin.  Ainsi, dans les ports des États exportateurs, les marchandises sont restées à quai, à l'arrière des camions ou dans les usines, faute de conteneurs vides pour les charger.  Au plus fort de cette crise de la chaîne d'approvisionnement, les tarifs d'expédition britanniques ont été multipliés par dix, ce qui a exercé une pression considérable sur les détaillants britanniques, qui ont dû choisir entre absorber les coûts supplémentaires ou tenter de les répercuter sur des consommateurs de plus en plus pressés.

Les augmentations des prix de l'énergie et de la chaîne d'approvisionnement étaient ce que la Banque d'Angleterre a qualifié, à juste titre, de "temporaires".  Le problème, c'est que personne n'avait défini ce que l'on entendait par "temporaire".  Ainsi, alors que les prix continuaient d'augmenter jusqu'en 2022 - notamment en raison de l'explosion des dépenses discrétionnaires liées à l'utilisation de la monnaie de blocage supplémentaire - les banquiers centraux ont cédé à la tentation, et il s'en est suivi la hausse des taux d'intérêt la plus rapide depuis les années 1980... ce qui prend également du temps pour se répercuter sur l'économie.

Les données officielles sur les ventes au Royaume-Uni en 2023 ont été extrêmement flatteuses et ont été amplifiées par les médias de l'establishment, donnant l'impression que tout va bien.  Mais ce qui ressemble à première vue à une hausse de la consommation n'est qu'un artefact de l'augmentation des prix.  Ce qui se passe en réalité depuis plus d'un an au Royaume-Uni, c'est que les consommateurs achètent moins de biens et de services, mais les paient de plus en plus cher.  En bref, les données officielles comptabilisent la hausse des prix comme de la croissance.  En outre, les détails de ces données montrent que, malgré une inflation officielle obstinément élevée, le prix des biens et services discrétionnaires a déjà chuté.  Les deux éléments qui maintiennent l'inflation britannique à un niveau élevé sont les prix de l'énergie et les coûts du logement.  Les hausses des taux d'intérêt de la Banque d'Angleterre, qui constituent une tentative vaine de freiner l'inflation, sont les principales responsables de la seconde.

 

À l'instar de la période précédant le krach de 2008, en 2022, les économistes avaient prédit avec confiance des prix du pétrole supérieurs à 100 dollars le baril.  Au lieu de cela, le prix est retombé à environ 85 dollars, malgré les sanctions en cours contre la Russie et les réductions de production de l'OPEP+ qui auraient dû faire grimper les prix en flèche.  La raison en est tout simplement la destruction de la demande.  L'Allemagne est déjà en récession, en l'absence de pétrole et de gaz bon marché, la zone euro est un cas désespéré, et le gouvernement britannique n'a évité une récession officielle qu'en incluant la production à l'étranger des entreprises britanniques dans ses données révisées sur le PIB.  Pendant ce temps, la réalité sur le terrain pour des dizaines de millions de personnes à travers le continent européen est celle d'un effondrement du niveau de vie, car l'augmentation des prix de l'énergie, de l'alimentation et des loyers ou des remboursements hypothécaires ne laisse que peu ou rien à dépenser pour des articles discrétionnaires (ou même ce qui était jusqu'à récemment - comme se doucher - essentiel).

Avant le second semestre 2023, cet effondrement des dépenses discrétionnaires - qui était déjà à l'origine d'un grand nombre de faillites et d'une augmentation du sous-emploi et du chômage - était uniquement le résultat de ces augmentations des coûts du côté de l'offre.  En effet, les hausses de taux d'intérêt mettent des années à avoir un impact sur l'économie.  La plupart des prêts hypothécaires et des prêts aux entreprises sont contractés pour une période de deux ou trois ans, de sorte que ce n'est qu'au second semestre 2023 que les prêts contractés lorsque le taux d'intérêt n'était que de 0,1 % ont dû être renouvelés.  Jusqu'à présent, le principal impact des hausses de taux d'intérêt s'est fait sentir sur les cartes de crédit à court terme et les découverts, que, de manière alarmante, un nombre croissant de ménages utilisent dans une tentative vouée à l'échec de combler le fossé entre les revenus et les dépenses.

Les données de UK Finance montrent une augmentation de 7 % des arriérés hypothécaires au deuxième trimestre 2023, avec 81 900 ménages en retard de paiement.  Plus inquiétante encore est l'augmentation de 28 % des arriérés chez les propriétaires de logements achetés à crédit, avec 8 980 arriérés.  Il ne fait aucun doute que la réaction spontanée de la plupart des gens à ces dernières données sera "qu'ils aillent se faire foutre... qui se soucie des propriétaires".  Sauf que les propriétaires, confrontés à des coûts hypothécaires plus élevés, ont augmenté leurs loyers.  Et lorsque les loyers ne couvrent plus les coûts, ils vendent leurs biens.  Résultat : les loyers ont encore augmenté, car il y a moins de logements à louer.

Cela se produit avant que les 1,4 million de prêts hypothécaires contractés il y a deux ans, lorsque le taux d'intérêt n'était que de 0,1 %, ne doivent être renouvelés.  Dans la pratique, ces hypothèques auront eu un taux d'intérêt d'environ 1,5 %, qui passera à 6 % ou plus, à supposer que les banques - qui ont resserré leurs normes de prêt - soient prêtes à offrir une nouvelle hypothèque.  Dans le cas contraire, les ménages se verront imposer un taux variable standard encore plus élevé.  Pour une maison moyenne achetée avec un prêt hypothécaire moyen en 2020, cela se traduit par une augmentation de plus de 900 livres sterling par mois lorsque le prêt hypothécaire sera renouvelé au cours des trois prochains trimestres... une augmentation que peu de ménages seront en mesure d'assumer en combinant épargne et réduction des dépenses.  De plus, avec le resserrement des normes de prêt et la chute des prix de l'immobilier, la revente ne suffira probablement pas à couvrir la dette.  Au milieu de l'année 2024, l'expression "capitaux propres négatifs" sera probablement redevenue courante.

L'idée générale est que le ralentissement économique, les arriérés hypothécaires, les faillites d'entreprises et l'augmentation du sous-emploi que nous avons observés jusqu'à présent n'ont pratiquement rien à voir avec les hausses de taux d'intérêt de la Banque d'Angleterre.  Ils sont plutôt le résultat de millions de ménages et de milliers d'entreprises qui ajustent et réduisent leurs dépenses en réponse à la hausse des coûts de l'énergie, ainsi que d'une diminution du volume de la monnaie en circulation, étant donné que la monnaie supplémentaire bloquée est maintenant retournée - par le biais des remboursements de dettes et des impôts - dans le cercle bancaire et financier de l'enfer, d'où elle a été conjurée pour exister en premier lieu.

Si la Banque d'Angleterre s'en était tenue à son évaluation initiale selon laquelle la hausse des prix était temporaire - bien que temporaire signifie probablement trois ou quatre années inconfortables - nous pourrions maintenant être confrontés à une récession raisonnablement normale - c'est-à-dire dans les limites des données historiques - alors que les dépenses discrétionnaires s'effondrent parce que les ménages et les entreprises sont obligés de dépenser plus pour l'énergie et donc moins pour tout le reste.  Au lieu de cela, comme cela s'est produit en 2008, la hausse des taux d'intérêt est sur le point d'ajouter une crise du logement, de l'insolvabilité des entreprises et du chômage à une économie déjà en récession.  À ce moment-là, nous découvrirons probablement une fois de plus combien de billions de dollars de produits dérivés les banques ont créé sur le dos de toutes les dettes désormais non remboursables.  Plus important encore, étant donné que même les gouvernements occidentaux développés éprouvent des difficultés à assurer le service de leur propre dette libellée en dollars, il se pourrait que nous soyons sur le point de découvrir que les choses qui étaient considérées comme trop importantes pour faire faillite la dernière fois sont maintenant devenues trop importantes pour être sauvées.

 

“L’inflation fait rage, mais l’Etat répond avec la ligne Maginot et la méthode Coué”

Le “blocage” des prix de 5.000 références en magasin, présenté comme “une arme nucléaire”, n’est qu’un remake de la tristement célèbre “ligne Maginot”, dénonce notre chroniqueur Georges Nurdin, économiste, consultant et écrivain.

Non, l’inflation n’est pas le “prix à payer pour la liberté” comme l’a laissé entendre de manière équivoque le Président Macron, laissant croire que la France était à la veille d’être envahie par “l’ennemi”. L’inflation est, hélas, le prix qu’on paie pour augmenter de façon éhontée les surprofits des entreprises. A tous les étages de la chaîne de production et de distribution. Comme nous l’évoquions dans ces colonnes il y a déjà quelques mois, il est désormais mesuré que les 2/3, au moins, de l’inflation que nous subissons sont exclusivement dus à la “surprofitation”. Cette analyse est désormais reprise en boucle par la Fed, UBS, la BCE , le CEPII et même par l’Autorité de la concurrence.

Plus pragmatiquement, Il suffit de voir les profits et dividendes records du CAC 40 en 2021 et 2022 , un bond de respectivement +25% et %33% (établissant même un record de 172 milliards en valeur absolue en 2023), alors que pendant le même temps, le prix des matières premières est à la baisse : la messe est dite. Pour avoir combattu et vaincu l’inflation dans les années 80, il n’y a pas trente six moyens de procéder : Il n y a qu‘une seule voie : il faut établir un blocage des prix et des marges - en valeur absolue - sur tous les produits et services à tous les niveaux de la chaîne de valeur.

Le “blocage” de 5.000 références n’est qu’un remake de la tristement célèbre “ligne Maginot”, un obstacle que de nombreuses entreprises vont facilement contourner

Ce n’est qu’à ce prix que l’on peut éteindre l’incendie. L’inflation qui avait déjà démarré avant la guerre en Ukraine à cause de la funeste décision du “quoiqu’il en coûte”, qui a inondé de 300 milliards de liquidités le système, a provoqué une augmentation des prix en 3 ans de 20%, soit autant que pendant les 20 années cumulées précédentes ! Le “blocage” de 5.000 références, présenté par Bercy comme “l’arme nucléaire” en la matière, n’est qu’un pâle remake de la tristement célèbre “ligne Maginot” ! Un cautère sur une jambe de bois.

Pourquoi ? Parce que les acteurs économiques vont contourner l’obstacle et faire passer leur hausse de prix par les millions d’autres références non bloquées. Sans parler des services laissés, eux, en “roue libre”. Une telle paucité de capacités de raisonnement est consternante, et surtout inquiétante… pour nous… car pour le plus grand nombre des Français, c’est-à-dire ceux qui “ne sont rien”, l’inflation est dévastatrice dans la vie quotidienne, et la pseudo compensation par des micro- hausses de salaires, des chèques en forme d’aumône, et d’aides qui confinent à la mendicité, est encore plus dangereuse car cela consiste à alimenter l’inflation et renforcer une spirale sans fin. Le supplice de la roue appliqué aux salariés : la roue du Hamster.

La solution est donc simple et il est plus que temps de « siffler » la fin de la récré et de mettre un stop définitif aux “superprofiteurs”. Avec effet immédiat car chaque jour compte. En effet, l’inflation, c’est comme les intérêts composés, ce n’est pas “que” du “cumulatif” ça ne fait pas que s’additionner, c’est une fonction puissance : ça se multiplie avec le temps. Donc parler de Décembre ou Janvier… pour discuter…, c’est un luxe que des dizaines de millions de français ne peuvent pas, ne peuvent plus s’offrir.

Le blocage des prix et le “caping” des superprofits sont-ils une vue de l’esprit ?

Absolument pas. Ceci a été mis en place, Le 1er juillet 1916, contre les “profiteurs de guerre” par la loi, qui institue “une contribution extraordinaire sur les bénéfices exceptionnels ou supplémentaires réalisés pendant la guerre (...) depuis le 1er août 1914 jusqu’à l’expiration du douzième mois qui suivra la cessation des hostilités”. A Noter l’effet rétroactif : très inspirant. C’est vrai qu’à l’époque, ils en avaient… du courage. Puis, mis devant la même situation (inflation), Mitterrand l’avait également fait en mars 1983. Alors pourquoi serait-ce impossible aujourd’hui ?

Il n’y a AUCUNE raison objective pour que ce soit impossible (au contraire avec les moyens informatiques actuels ce serait un jeu d’enfant, en temps réel, alors que dans les années 80 il fallait envoyer des kilos de listings à la rue de Rivoli - le prédécesseur de Bercy… chaque fin de mois). Par contre, pour ce faire, il faut, pour un temps, déroger à la doxa Bruxelloise de la loi (d’airain) du marché (c’est-à-dire, dans la pratique, la loi du plus fort… celle du monopole, de l’oligopole ou du cartel le mieux organisé ou… le plus discret). Et jusqu’à présent, le gouvernement actuel a cédé devant Bruxelles.

Ce qui est un comble venant de la France qui est la deuxième puissance économique des 27 et surtout, le 2ème contributeur net (à hauteur de 40 milliards par an) à l’Europe. Ce qui veut dire que nous payons 40 milliards, issus de notre travail et de nos impôts, chaque année aux autres Etats bénéficiaires de l’UE, de manière à leur procurer l’aisance matérielle de pouvoir avoir tout le loisir de nous donner, en retour… des leçons de bonne gestion… de notre propre pays.

L’autre funeste … erreur…, c’est le bouclier tarifaire énergétique. Ce dispositif - faute d’un autre mot - qui nous coûte la bagatelle de 160 milliards de dettes (qui viennent s’additionner aux 300 milliards du quoiqu’il en coûte) n’est absolument pas destiné à nous protéger de l’inflation comme fallacieusement mis en avant pour le justifier. Non, sa seule raison d’être est de protéger les choix ineptes en matière d’énergie de notre “chère moitié” : l’Allemagne (car nous voulons toujours penser que nous “sommes en couple” avec l’Allemagne) qui s’est retirée du nucléaire, a tout misé sur le gaz… russe et sur les courants, pardon les énergies, alternatives… pour finir, l’hiver venu… au charbon !

Or, par le truchement d’un système kafkaïen de fixation des prix pan-européen, on en vient à payer l’électricité au prix de celle la plus chère en Europe : l’Allemagne ! Alors que nous avons fait en France les bons choix stratégiques il y a de cela 50 ans et soutenu par notre travail, notre ingéniosité, notre esprit de souveraineté, et nos seuls impôts, les investissements colossaux que représentait l’édification à partir de zéro du second parc nucléaire au monde, nous permettant de bénéficier d’une énergie sûre, régulière, durable et surtout la moins chère d’Europe, et ce de très, très loin.

Là encore, au lieu de regarder et protéger nos intérêts nationaux, ce qui est le devoir premier de notre gouvernement, on préfère payer à un prix (artificiellement) démentiel l’énergie mais, en plus, on démantèle des centrales en parfait état de fonctionnement ! Tout ceci, tous ces sacrifices, encore au nom d’une certaine idéologie : celle d’une Europe fédérale et d’un gouvernement supranational.

Le gouvernement a donc, ce faisant, purement et simplement renoncé à la souveraineté énergétique et, en même temps, privé les Français de toucher les dividendes de leurs efforts et de leurs investissements (via leurs impôts) sur 50 ans. Il faut donc sortir, de toute urgence, de ce mécanisme mortifère européen de fixation des prix. Le Portugal et l’Espagne l’ont fait et ça a payé : L’Espagne a vu son inflation tomber à 1,6% en juin 2023 (source Eurostat). Aujourd’hui la situation financière et économique de notre pays est critique.

La France n’est pas encore en désinflation

Car, non !, nous ne sommes pas en “désinflation”. La désinflation, ce sera quand la dérivée seconde s’annulera et s’inversera, c’est à dire, en termes plus prosaïques, quand on aura atteint puis passé le “point d’inflexion” et que les prix non seulement cesseront d’augmenter pour de bon, mais diminueront significativement partout… et, donc, ce n’est pas demain la veille, surtout avec la méthode Maginot, psalmodiée matin, midi et soir par Monsieur Coué.

Mais, en plus, ces errements, ces impérities à répétition, nous ont lestés d’une dette supplémentaire de près de 500 milliards en 3 ans, portant l’ensemble de notre dette extérieure à 3.000 milliards d’euros désormais... qu’ il faudra rembourser quoiqu’on en dise. Nous, nos enfants, et nos petits-enfants, etc… Tout ce “pognon de dingue” claqué pour … rien… et pourtant destiné à être remboursé par plusieurs générations de ”ceux qui ne sont rien” : Requiem de… Mozart.

Et, en attendant, déjà un tiers des Français n’ont pas eu d’autres choix que de réduire leur consommation, en particulier celle des produits d’hygiène. Mais en 2024 on pourra se laver (et accessoirement nager) dans la Seine. Panem et circenses. Du pain et des jeux. Traduit littéralement du pain et le cirque (les jeux du cirque au temps de Rome ). Et côté cirque, là, aucun souci, on est largement pourvu, surnuméraire même, pour le pain, par contre, … en 2024 … ?

Georges Nurdin, économiste, consultant international essayiste et écrivain (Les multinationales émergentes, International Corporate Governance, Le temps des turbulences, Wanamatcha !, La prophétie des pétroglyphes).

https://www.capital.fr/entreprises-marches/linflation-fait-rage-mais-letat-repond-avec-la-ligne-maginot-et-la-methode-coue-1478140

Nos factures flambent et nous regardons ailleurs

Quel sera le bon récit politique pour accompagner le coût d’une transition écologique indispensable, mais qui transforme les « rentrées chaudes » en rentrées chères ?

A peine Elisabeth Borne vient-elle de sauver sa tête, que déjà une nouvelle menace pointe au « terminus des emmerdes », comme son ex-directeur de cabinet a joliment qualifié l’enfer de Matignon.

Ces nouvelles « emmerdes », c’est le retour de « la vie chère ». Si l’agenda médiatique est pour l’instant dominé par la vague de chaleur suffocante qui saisit l’Europe, le vent pourrait rapidement tourner. Car en coulisse, ce sont nos factures qui flambent. Et nous n’allons pas regarder ailleurs encore très longtemps.

La liste des hausses s’allonge comme le mercure sous le soleil de l’Acropole. Plus 10% sur l’électricité le 1er août après +15% en février, probable augmentation du Pass Navigo, hausse d’impôts - Bercy vient de lancer un ballon d’essai sur l’augmentation des taxes sur les boissons alcoolisées - et baisse des dépenses - autre ballon d’essai sur le doublement du ticket modérateur pour les visites médicales chez les généralistes-, hausse des taux (sauf pour le Livret A) ou encore inflation à deux chiffres dans l’alimentaire… Les rentrées ne sont plus « chaudes », elles sont « chères ».

L’Etat n’est pas resté les bras ballants. A lui seul, le bouclier tarifaire sur l’électricité aura coûté 40 milliards d’euros entre 2022 et 2023 pour protéger ménages, collectivités et entreprises. Il faut se réjouir de bénéficier aujourd’hui des tarifs parmi les plus bas d’Europe. Un atout pour notre compétitivité.

Mais il n’y a pas d’argent magique. Ce que le consommateur économise d’un côté, le contribuable finit par le payer de l’autre. La seule voie de sortie ? Plus de travail, de croissance pour plus de recettes. Car avec l’indispensable mais très coûteuse transition écologique, nous ne sommes qu’au début de l’histoire de la « vie chère ». L’un des plus grands défis pour un exécutif sur la corde raide.

 Raphaël Legendre

18 juillet 2023
Michel-Édouard Leclerc évoque une inflation bien plus dure que prévu

Alors que l'inflation s'est établie à 16,2 % sur un an en mars, les trois prochains mois devraient être "difficiles" selon le patron de Leclerc.

L'inflation va-t-elle baisser à un moment ou un autre en France ? En février, le ministre de l'Économie avait assuré qu'il n'y aurait pas de "mars rouge" dans le pays, contredit par la suite par le spécialiste de la grande distribution, Olivier Dauvers, expliquant mi-mars qu'il devrait y avoir "encore quatre à six semaines d'inflation franche". Et au mois de mars, les prix étaient encore à la hausse, avec une inflation sur un an à 16,2 % pour les produits de grande consommation et une augmentation des prix record de 1,8 %. Ce qui fait dire à Michel-Édouard Leclerc que les tarifs ne sont pas près de baisser.

Invité de BFMTV mercredi soir, le patron du groupement Leclerc ne s'attend pas à des baisses dans les jours à venir, mais à "trois prochains mois" qui "vont être difficiles". Michel-Édouard Leclerc a fait le bilan des derniers mois, et selon lui, "en 18 mois, on va avoir près de 22-23 % d'inflation sur l'alimentaire, sur les produits de grande consommation", concédant que cela était "dur" pour les Français. La grande distribution peut-elle faire autrement ? Pas vraiment, selon le patron qui se dit contraint de "transmettre" l'inflation à cause de la loi française : "On est obligés d'accepter les tarifs agricoles, les tarifs de matières premières, de coûts de production."

Certains "ne se bougent pas"

Pointant du doigt certains de ses concurrents "qui ne se bougent pas", il a voulu mettre en avant son action, et celles d'autres "qui veulent lutter contre cette inflation". Tout en concédant : "Personne n'a anticipé cette vague inflationniste […], aujourd'hui, il faut repartir au combat". Face à ce phénomène, plusieurs enseignes ont en effet décidé de se joindre le 15 mars à l'opération "trimestre anti-inflation" afin de lutter contre la hausse des prix. Il y a quelques jours, Casino a lancé son opération, en déployant son offre "anti-inflation" dans ses magasins de proximité. Une centaine de produits à moins d'un euro y seront proposés.

“L'inflation a été artificiellement contenue en France, gare à l’énergie”

Secouée par la guerre en Ukraine et la crise de l’énergie, notre économie va vers les mois de tous les dangers, entre une inflation résistante et une croissance qui pourrait pâtir du climat social, juge notre chroniqueur William Gerlach (IBanFirst).

L'année 2022 a été celle du crash test pour l’économie Française, mais - bonne nouvelle - le spectre de la stagflation s’éloigne. Malgré une croissance atone et une inflation qui ralentit, il n'y a plus lieu de craindre ce cercle vicieux tant redouté par les économistes. La France finit l’année à 2,6% (pour la croissance, NDLR), selon les derniers chiffres actualisés de l’Insee, avec un dernier trimestre légèrement moins mauvais qu’annoncé.

Les perspectives 2023 sont également légèrement plus rassurantes qu’initialement prévu. La France devrait éviter la récession, avec une croissance autour de 0,3%. Au niveau mondial également, les dernières prévisions du FMI viennent d’être réactualisées de +0,2 point, à 2,9%. La réouverture de la Chine en particulier va apporter une bouffée d’oxygène bienvenue, l’Empire du Milieu étant bien orienté pour tenir une croissance autour des 5%

Si le moteur de la croissance se maintient, la question demeure concernant l’inflation. Au niveau européen, la décrue se confirme mais elle demeure à des niveaux très élevés. Les derniers chiffres publiés par Eurostat confirment un tassement : l’inflation sur 12 mois s’est établie à 8,5% en janvier contre 9,2% au mois de décembre.

La France, jusqu’à présent bonne élève, affronte en revanche un plancher qu’il semble bien compliqué de casser. Avec une inflation évaluée à 7% contre 6,7% en décembre, les chiffres qui viennent d’être publiés ce 1er février plaident en faveur d’une politique sans concession de la part de la Banque Centrale Européenne, tout comme du maintien de dispositifs de la part du gouvernement. Ce dernier a d’ailleurs, depuis le début de la crise, mis en place des mesures de soutien efficaces, telles que le bouclier tarifaire et l'aide d'urgence "gaz et électricité" destinée aux entreprises grandes consommatrices d'énergie. Grâce à ces mesures, l'inflation a été artificiellement contenue en France.

Les prochains mois seront cruciaux, car une perte de confiance de la part des consommateurs et des entreprises pourrait entraîner une forte dépression économique. Et tous les regards se tournent dorénavant sur le marché de l’énergie. Le redémarrage de la Chine et le besoin de reconstituer les stocks dès le printemps pourraient à nouveau faire remonter fortement les prix.

D’autant que la France demeure très vulnérable aux variations mondiales. Les décennies de sous-investissement dans le nucléaire et les retards sur les projets tels que l'EPR de Flamanville font de la France une économie exposée aux variations mondiales des prix de l'énergie. Et même si des efforts ont été fournis ces derniers mois, nous avons vécu une année 2022 horribilis : 280 térawattheures en moyenne contre 380 entre 2016 et 2019. Quant à l’EPR de Flamanville, il est à nouveau repoussé à 2024.

Ajoutez enfin à ces paramètres énergétiques la question sociale, et vous avez tous les ingrédients d’un début d’année compliqué. La réforme de retraites, contestée dans les enquêtes d'opinion, connaît désormais un réel front du refus dans la rue, qui s’est encore exprimé lors de la manifestation du 31 janvier. Et les prochaines grèves prévues en février vont continuer de désorganiser certains secteurs. Si les effets sur la croissance demeurent limités, les conséquences psychologiques sur les décisions d’investissement et le moral des décideurs pourraient être plus lourdes. Autant de paramètres, qui, in fine, pourraient faire basculer une croissance sur le fil. Ces prochaines semaines et mois, la France jouera bel et bien son année 2023.

William Gerlach, régional manager chez iBanFirst, chroniqueur pour Capital

 

 

https://www.capital.fr/entreprises-marches/linflation-a-ete-artificiellement-contenue-en-france-gare-a-lenergie-1459213

Inflation : Michel-Edouard Leclerc prédit encore un "tsunami" de hausses

Un mois après avoir déjà alerté sur une possible inflation à deux chiffres, le patron du groupement Leclerc réitère ses craintes en vue de 2023.

Au mois de novembre, l'inflation s'est stabilisée en France à 6,2% selon l'Insee. Mais dans le même temps, les prix de l'alimentation ne baissent pas, avec une hausse de 12,2% en un an soit 0,2% de plus que le mois précédent. Des chiffres qui ne rendent guère optimiste Michel-Edouard Leclerc, le patron du groupe éponyme, interviewé par BFMTV lundi soir. Le patron s'est montré une nouvelle fois alarmiste : "Pour 2023, la tendance à la hausse se poursuit. Il n'y a rien en dessous de 10%", a-t-il expliqué dans un premier temps. "Si on accepte toutes ces hausses, ce serait un tsunami", a-t-il poursuivi, évoquant des augmentations de prix oscillant entre 10 et 39%.

Ce terme de "tsunami", Michel-Edouard Leclerc l'avait déjà utilisé le 8 novembre dernier en pointant du doigt les grandes marques qui réclamaient des hausses trop importantes. "Face à ce qui est une vague d'inflation et après celle qu'il y a eu déjà, on va vers un tsunami", déplorait-il, tout en appelant "les acheteurs de la distribution, mais aussi les acheteurs de l'industrie" à "se mettre en mode combat pour éviter de taper les Français avec un mur d'inflation". Si le patron du groupe Leclerc est aussi alarmiste une nouvelle fois, c'est qu'il a reçu les "nouveaux tarifs" 2023. "Même si Leclerc n'a pas répercuté toutes les hausses négociées avec les fournisseurs en 2022, il y a à peu près 10% de hausse moyenne sur l'ensemble du chiffre d'affaires, dont 14% sur l'alimentaire", a-t-il souligné lundi soir.

"Accepter les hausses acceptables"

Des produits sont particulièrement touchés par ces hausses, à savoir ceux "pour animaux" par exemple, mais d'autres pourraient suivre. Selon BFMTV, les bonbons Haribo pourraient flamber de 26%. Si Michel-Edouard Leclerc est d'accord pour aider les petites entreprises et "privilégier les PME françaises", il veut négocier avec les grandes entreprises.

Et éviter aux consommateurs de payer trop cher : "On va négocier, demander de la transparence, de la justification et d'étaler. Le truc, c'est d'accepter les hausses acceptables par le consommateur et explicables par un chef de rayon ou un caissier", a-t-il lancé sur BFMTV. Mais comme il l'avait expliqué au mois de novembre dernier, les négociations restent tendues avec les gros industriels.

 

 

 

https://www.capital.fr/conso/inflation-michel-edouard-leclerc-predit-encore-un-tsunami-de-hausses-1453940

L’inflation a explosé avec la guerre en Ukraine et le “quoi qu’il en coûte”, quelles solutions ?

L’inflation que nous nous sommes auto-infligée avec le “quoiqu’ il en coûte”, exacerbée par la guerre en Ukraine, “se cumule avec l’effondrement de l’euro qui lui-même s’additionne avec la stagnation”, avertit notre chroniqueur Georges Nurdin.

Impéritie… “La croissance  va nous permettre de rembourser la dette et les déficits colossaux, historiques, engagés dans le quoiqu’il en coûte" , nous promettait il y a encore quelques semaines un sémillant ministre. C’est le genre d’assertion qui déjà, avant la guerre en Ukraine, faisait froid dans le dos car, bien évidemment, aucune croissance n’était en mesure d’éponger les dettes et déficits abyssaux ainsi générés. Et encore moins en zone euro, zone qui contrairement aux USA, ou à la zone Asie-Pacifique et même Afrique, connaît structurellement la plus faible croissance au monde au cours de ces quinze dernières années. Mais, bien entendu, il fallait essayer de justifier aux yeux de la “plebs” (qui a le droit de vote) l’absurdité économique du “quoiqu’il en coûte” qui ne trouve, hélas, sa raison d’être qu’au seul plan politique.

En outre, comme, on l’a suffisamment démontré, le “quoiqu’il en coûte” en injectant des doses massives de surabondance de liquidités a engendré une inflation de l’ordre de 5% en rythme annuel, qui, même à supposer que la France eût pu soutenir une croissance de 5% par an (à ne pas confondre avec le rebond de rattrapage suite à l’effondrement Covid de 12%) aurait, dans le meilleur des cas, amené seulement à “faire du sur place” : les 5 % d’inflation “mangeant” les 5% de croissance (le fameux déflateur de PIB).

Le raisonnement était plus que vicié, il était inepte. Mais ça, c'était avant. Car devant la guerre qui oppose la Russie à l’Ukraine, la France, à la suite de l’UE, a décidé de “rentrer dans la bataille” et de procéder, ipso facto, à des “paquets” de mesures de rétorsions économiques, propres, toujours d’après ce même sémillant Ministre, à “ruiner l’économie russe”.

La réalité est toute autre, tout le contraire hélas… Non seulement la Russie n’a pas, à date, capitulé, mais le Rouble n’a jamais été aussi fort contre l’euro : 90 roubles pour 1 euro en mai 2021 et … 68 roubles pour 1 euro en mai 2022 soit une dépréciation de l’euro face au rouble de 32% ! (le dollar américain s’est, quant à lui, apprécié durant la même période de 20% contre l’euro). Là encore, on frémit devant un tel niveau d’incompréhension des mécanismes de base de l’économie monétaire. Surtout à ce niveau. Il se passe sous nos yeux tout le contraire des “effets” recherchés. Si ce n’était pas aussi grave pour la majorité d’entre nous, cela en serait comique. Le problème pour la plebs est que ces trois erreurs, ces trois impérities ne s’annulent pas : elles s’additionnent.

L’inflation que nous nous sommes auto-infligée avec le “quoiqu’il en coûte” se cumule avec l’effondrement de l’euro qui lui-même s’additionne avec la stagnation. Pire encore, l’effondrement de l’euro fait mécaniquement encore augmenter l’inflation, car notre balance commerciale est immensément déficitaire. De plus en plus d’ailleurs (c’est là un des tristes records du précédent quinquennat). Ainsi donc, non content d’avoir généré l’inflation en interne, nous l’importons par la structure même de notre balance commerciale où les importations surpassent nos exportations. Objectivement, il était difficile, même avec la meilleure volonté, de faire pire.

Mais alors, que faire pour “redresser la barre” ?

Réutiliser la même formule qui nous a permis de sortir de cette spirale suicidaire, dans les années 80. Exactement comme Red Adair éteignait les incendies des puits de pétrole en les “soufflant”, il est urgent de se sortir de l’état de sidération et de “souffler” l’incendie - inflation, en prenant radicalement les bonnes mesures c’est à dire en :

  1. limitant et en réduisant drastiquement la masse monétaire en circulation (donc, pour faire simple, tout le contraire du dispendieux “quoiqu’il en coûte", dont les seuls effets tangibles ont été l’accroissement record durant cette période des patrimoines des plus grandes fortunes - doublement ! - et du record absolu des bénéfices ET des versements de dividendes du CAC 40 pendant la même période).
  2. bloquant, réglementairement, les prix ET les marges (en valeur et surtout en pourcentage) à tous les niveaux de la chaîne de valeur.
  3. L’ effet “Red Adair”qui s’en suit est garanti. Et, il n y a pas, hélas, beaucoup d’autres moyens pour s’en sortir. C’est ce que le gouvernement socialo-communiste avait fait, avec courage et lucidité, il faut le dire, dans les années 80 pour sortir la France du bourbier dans laquelle elle était engluée… Et , devinez quoi ? : cela a marché ! A l’époque; le slogan était, “en France on n’a pas de pétrole, mais on a des idées”. La première partie de la proposition n’a toujours pas changé, quant à la seconde… hélas…

    Georges Nurdin, économiste, consultant international essayiste et écrivain (Les multinationales émergentes, International Corporate Governance, Le temps des turbulences, Wanamatcha !).

 

https://www.capital.fr/entreprises-marches/linflation-a-explose-avec-la-guerre-en-ukraine-et-le-quoi-quil-en-coute-quelles-solutions-1436694

Face à l'inflation, le boom des prêts sur gage : "C'est mon dernier recours pour faire manger mes enfants"

Depuis plusieurs mois et dans plusieurs villes de l'Hexagone, les Français se tournent davantage vers les prêts sur gage en raison de la hausse des prix et de l'envolée des taux d'intérêt.

Au guichet du crédit municipal de Toulouse, une vingtaine de personnes font la queue. Parmi eux, Jessica tient une petite boite dans ses mains. Le femme vient déposer les bijoux que lui a légués sa grand-mère. "Les temps sont durs", commente-t-elle. Face à la baisse du pouvoir d'achat et à l'envolée des taux d'intérêt, beaucoup de Français comme Jessica, à la recherche de liquidités, se tournent de nouveau vers ces prêts sur gage. Ces établissements communaux et publics proposent des prêts à des taux avantageux en échange d'un objet de valeur.

Jessica pourra par exemple récupérer ses bijoux dans six mois, une fois qu'elle aura remboursé la somme d'argent qui lui sera versée, plus quelques intérêts. Dans la queue, elle dit espérer obtenir 300 euros avec ses bijoux : "C'est mon dernier recours pour continuer à faire manger mes enfants et mettre de l'essence dans ma voiture".

 

Une "recrudescence des prêts sur gage"

Ces profils, comme celui de Jessica, sont de plus en plus fréquents, explique le directeur du crédit municipal de Toulouse Franck Paindessous, avec une hausse de 10% depuis le début de l'année 2022 : "Il y a une période de recrudescence des prêts sur gage. Actuellement, nous avons 80 personnes par jour qui viennent pour faire ces prêts. Le prêt moyen est d'environ 600 euros."

"Ce sont essentiellement des bijoux en or, mais ce peut être aussi des tableaux, de l'argenterie, des foulards."

Franck Paindessous, directeur du crédit municipal de Toulouse

à franceinfo

 

Au total, ce sont 6 000 prêts qui ont été effectués depuis le début de l'année dans ce crédit municipal, pour un montant de quatre millions d'euros. "Avec la reprise de l'inflation, il y a des besoins qui ne sont pas remplis, poursuit le directeur. Dans les banques, c'est difficile d'avoir des petits prêts. Ici, il suffit d'avoir une pièce d'identité et un justificatif de domicile."

Franck Paindessous enchaîne : "Le crédit municipal est un établissement public qui n'a pas pour objectif de dégager des bénéfices, de distribuer des dividendes. C'est donc très intéressant pour les gens de venir. Ils viennent vers nous pour avoir ce dépannage rapide et simple."

Hugo Charpentier - franceinfo
Radio France
 
Publié

 

https://www.francetvinfo.fr/economie/automobile/essence/face-a-l-inflation-le-boom-des-prets-sur-gage-c-est-mon-dernier-recours-pour-faire-manger-mes-enfants_5125750.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20220510-[lespluspartages/titre1]

"Le scénario de stagflation se confirme"

Pour Christopher Dembik*, la guerre en Ukraine confirme l’hypothèse d’une forte baisse de la croissance, doublée d’une inflation record. Avec des conséquences inédites sur le pouvoir d’achat.

La guerre en Ukraine accentue la flambée des prix. Cinquante ans après le premier choc pétrolier, l’Europe est-elle à l’aube d’une nouvelle stagflation ?

Christopher Dembik : Oui, à la différence près que pendant les années 1970, il y avait aussi en Europe une hausse massive des salaires. La donne a changé. La compression sur le pouvoir d’achat de l’intégralité des ménages, déjà sensible, va donc être encore plus marquée. Le cas de l’Italie est frappant : en janvier, les feuilles de paie n’ont progressé, en moyenne, que de 0,6% sur un an… pour une inflation à 5% !

Même dans les pays où les syndicats sont plus puissants, comme l’Allemagne ou l’Autriche, les augmentations de salaire avoisinent 2 ou 3% maximum. Vous avez là le scénario d’une stagflation, avec le risque de sombrer dans une période de très basse croissance. Si ce n’est de récession, mais il est encore tôt pour le dire.

Le resserrement monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) suffira-t-il à contrer la flambée des prix ?

C’est tout le dilemme de la BCE. L’inflation provient d’un phénomène externe, et la politique monétaire qui consisterait à augmenter les taux a peu de chances d’avoir un impact réel. C’est tout l’inverse de la situation américaine, où l’inflation vient en grande partie d’une boucle prix-salaire. Ce probable resserrement monétaire, confirmé lors de la réunion de l’institution le 10 mars dernier, risque donc de ne pas être suffisant chez nous…

En revanche, le ton offensif employé par la BCE pourrait peut-être permettre de soutenir le taux de change de l’euro, et par ricochet de réduire l’inflation importée. Mais je suis très sceptique concernant les prévisions d’inflation de la BCE. Tous ses scénarios pour 2023 tablent sur un retour autour de 2%. C’est très optimiste.

La croissance et la reprise économique post-pandémie risquent-elles de s’effondrer, et les bons chiffres de l’emploi avec ?

Oui, mais cela prendra du temps. Et nous partons d’une situation où les économies de la zone euro sont en bien meilleure santé qu’avant les crises précédentes. En France, le niveau de chômage n’est pas particulièrement bas, mais dans d’autres pays, c’est assez sensible. Par ailleurs, les fonds propres des entreprises sont très élevés. Tout cela grâce au «quoi qu’il en coûte».

Reste qu’il est très compliqué d’avoir de la visibilité sur l’ampleur de cette crise. Je pense que nous aurons probablement une inflation à 7 ou 8% en zone euro. Ce n’est pas encore l’hyperinflation, définie comme une hausse de 50% en un an, mais c’est une compression du pouvoir d’achat que la plupart des générations – même celle de nos parents, qui ont eu des hausses de salaire – n’ont pas connu. C’est une situation inédite.

*Christopher Dembik est directeur de recherche économique chez Saxo Bank

 

 

https://www.capital.fr/economie-politique/le-scenario-de-stagflation-se-confirme-1434316

Michel-Édouard Leclerc : "L'inflation que vont vivre les Français dans les deux prochains mois, ce n'est pas à cause de la guerre en Ukraine"

Invité de BFM, dimanche 3 avril, le patron de Leclerc est revenu sur le contexte actuel fortement inflationniste en France et en Europe. Avec la guerre en Ukraine, il n'anticipe par ailleurs pas de pénurie de produits alimentaires.

Michel-Édouard Leclerc, président du comité stratégique des centres E.Leclerc, était l'invité de BFM Politique, dimanche 3 avril 2022. Il était interrogé sur les conséquences économiques de la guerre en Ukraine, notamment sur les coûts des produits alimentaires en France. Au mois de mars, l’inflation a culminé à 4,5 %, selon les statistiques de l’Insee publiées jeudi 31 mars. Alors que plusieurs dirigeants politiques alertent sur "une crise alimentaire sans précédent" dans les prochains mois en raison du conflit russo-ukrainien, Michel-Édouard Leclerc nuance : "L’inflation que vivent les Français et qu’ils vont vivre pendant les deux mois qui viennent est la cause des événements passés, ce n’est pas à cause de la guerre en Ukraine."

Parler de crise alimentaire à ce stade est prématuré selon lui. "J’ai vécu des crises alimentaires, notamment celles issues des crises pétrolières sous Giscard. On se rappelle comment on a été pris de court. Aujourd’hui, le blé russe ou ukrainien, il n’a pas été semé. Alors avant de dire qu’on ne l’aura pas, il faut raison gardée, prendre de la distance." Le président du comité stratégique des centres E.Leclerc rappelle qu’il avait déjà annoncé cette flambée inflationniste "dès le mois d’octobre" 2021, soit bien avant le début du conflit russo-ukrainien. En revanche, si la guerre en Ukraine venait à durer, elle "va potentiellement ajouter une couche à partir de l’été" sur l’inflation, assure-t-il. Pour cause : "Si les paysans ukrainiens ne peuvent pas semer, si les Russes n’exportent pas leurs céréales, alors là, on aura une crise mondiale, mais surtout autour de la Méditerranée."

Une hausse des prix de la viande "assez conséquente "

Michel-Édouard Leclerc reconnaît que certains produits vont être affectés plus que d’autres par cette inflation et la guerre en Ukraine. Il prévoit notamment une hausse des prix de la viande "assez conséquente ". En effet, les prix des céréales qui servent à nourrir le bétail vont augmenter ces prochains mois, l’Ukraine et la Russie étant des fournisseurs importants du marché européen. "Il va y avoir une répercussion de ce conflit sur les coûts de production de l’élevage français, européen d’une manière générale", explique Michel-Édouard Leclerc. Une situation de crise à laquelle il faut ajouter l’épidémie de grippe aviaire qui fait rage en France. Selon lui, le taux de l’inflation dans l’alimentation pourrait atteindre les "6 % à l’entrée de l’été".

Alors que plusieurs analystes évoquent une prochaine pénurie de produits alimentaires, le patron de Leclerc tient à rassurer : à l’heure actuelle, "il n’y a pas de pénurie" en France. Et surtout pas de pénurie d’huile de tournesol, comme cela est souvent évoqué ces derniers temps, car les stocks actuels "ont été fabriqués avec la production passée". Dans les magasins Leclerc, il y a des stocks "jusqu’au mois de juin, on a des commandes pour couvrir l’été". Selon lui, la pénurie de produits alimentaires pourrait être déclenchée par "les consommateurs eux-mêmes en surstockant", faisant notamment allusion aux scènes du premier confinement, qu’il appelle à "ne pas répéter". Ce sont les consommateurs "qui provoquent le non-assortiment des rayons", assure-t-il sur BFM.

 

 

https://www.capital.fr/conso/michel-edouard-leclerc-linflation-que-vont-vivre-les-francais-dans-les-deux-prochains-mois-ce-nest-pas-a-cause-de-la-guerre-en-ukraine-1432822

“Les sanctions de la guerre en Ukraine et le Covid-19 doperont l’inflation !”

Attention, danger en vue sur l’inflation, avertit notre chroniqueur Georges Nurdin, économiste, consultant international essayiste et écrivain. Et ce, “en raison d’erreurs fondamentales liées à la gestion de l’épidémie du Covid-19” et des “sanctions économiques résultant du traitement de la guerre en Ukraine”.

Dans ma chronique de janvier 2022, je faisais le lien entre l’inflation et les cavaliers de l’apocalypse en ces termes  : “L’inflation n‘ existait pas aux temps anciens, sinon elle aurait certainement été citée comme l’un des cavaliers de l’Apocalypse aux côté des quatre autres que sont la conquête, la guerre, la famine et les épidémies, tant elle est dévastatrice”. Depuis, la conquête et la guerre se sont déclenchées, et la famine nous a même été annoncée au sommet de l’UE du 11 Mars à Versailles. Le tableau est donc désormais complet. Hélas.

L’inflation est un danger mortel. Il ne faut pas s’y tromper. Ce n’est pas un détail, ou juste le “déflateur du PIB”, la case en bas, à droite, d’une feuille Excel, calculée par un techno tout droit sorti “dans la botte” ou de la cuisse de “Jupiter”. Danger économique, bien sûr, mais surtout sociétal. C’est le sacrifice, l’annihilation, d’une génération. C’est un message de ruine et de désespérance : il ne sert plus à rien de travailler car à la fin du mois votre salaire et économies auront de toute façon fondu. Sans parler des projets d’accession à la propriété, et de manière plus générale des projets de construction de vie qui disparaissent instantanément, inexorablement, comme l’eau versée dans le sable : à quoi bon faire, espérer, vivre : il ne restera de toute façon rien. Alors quoi ? Alors danger maximal en vue!… Pro memoria, l’inflation de la république de Weimar nous a amené Hitler, celle du Chili, Pinochet, etc....

Mais n’est-ce pour autant, compte tenu des circonstances, un mal inéluctable ? N’est-ce pas le prix à payer ? Une fatalité ? Une résignation ? Clairement non ! Il s’agit d’un choix politique et de conséquences de choix politiques, en aucun cas d'enchaînements “mécaniques” économiques inexorables, inéluctables, ou hors de contrôle. Procédons par ordre.

La première inflation, l’inflation Covid de 6%… Pardon, je rectifie immédiatement cette facilité de langage : il n’y a pas d’inflation Covid à proprement parler. Le Covid a beau être une maladie encore très mystérieuse à beaucoup d’égards, il est par contre absolument certain qu’elle ne génère, ni ne transmet d’inflation. Par contre, il y a une inflation qui résulte de deux erreurs fondamentales liées à la gestion de l’épidémie du Covid.

La première consistant à enfermer les populations et à geler l’économie, les productions et les échanges pendant plus de 2 ans, tout ceci dans le seul but de “gérer” la pénurie de moyens sanitaires (notamment en capacité hospitalière) conséquence d’une scandaleuse impéritie. Et le comble : ceci se passe dans le pays champion du monde des impôts ! (52% du PIB) et qui donc devrait disposer par construction d’une surabondance d’équipements et de moyens par rapport aux autres (moyenne mondiale 32%).

La seconde a été, et est encore, d’injecter des liquidités par centaines de milliards quasiment toutes les semaines (le fameux “quoiqu’il en coûte"). Cette création monétaire excessive et addictive a généré et a alimenté l’inflation et continue de le faire exactement comme l’oxygène alimente et augmente encore davantage l’incendie.

La deuxième inflation (de 6% supplémentaires, au moins, qui vont s’ajouter aux premiers 6% d’impéritie Covid, pour nous donner une inflation cumulée autour de 12 % en rythme annuel !) est liée non pas à la guerre en Ukraine, mais aux sanctions économiques résultant du “traitement” de la guerre en Ukraine.

Ces sanctions induisent mécaniquement des pénuries et aussi des spéculations (dont on parle, hélas , trop peu mais qui sont dévastatrices) qui associées à un excès massif de liquidités gratuites ( hé oui, les taux sont encore très bas, bien trop bas) encouragent une inflation violente - non seulement il y a trop d’oxygène dans le circuit, mais en plus il est pulsé à jet continu sur l’incendie, et en plus, il est gratuit.

Cette situation est assez grotesque car, là aussi, par construction et en vertu des traités, l’existence même de l’euro repose sur le fait que la BCE (Banque centrale européenne) soi-disant indépendante des Etats, est garante de la NON-inflation dans la zone euro, notamment par sa gestion de la masse monétaire. Or aujourd’hui c’est elle qui alimente et prolonge l’incendie en faisant tourner la “planche à billet” H24 (le Quantitative Easing). Pompier et en même temps pyromane… Les causes étant assez claires, les remèdes maintenant. Là encore en 2 points simples.

Il est urgent d’arrêter d’alimenter l’incendie, donc de limiter, de geler la masse monétaire et d’augmenter les taux d’intérêt. C’est le rôle premier de la BCE de par ses statuts, il serait donc souhaitable qu’elle s’y tienne, et ce sans délai.

Il est également urgent de mettre en place un blocage et un contrôle des marges (en valeur absolue et en pourcentage) et des prix à tous les étages de l’économie. Le Ministre de l’Economie et des Finances a récemment comparé la situation actuelle avec le premier choc pétrolier de 1973. C’est un bon début mais il faut aller au bout du raisonnement et de l’histoire. En 1973, l’inflation générée par la flambée des prix du pétrole et surtout par la sortie du dollar américain des accords de Bretton Woods n’avait pas été maitrisée et avait continué à ravager l’économie et ronger la société. Il a fallu attendre le second choc pétrolier bien plus violent de 1978 provoqué par la guerre Iran - Irak pour que le gouvernement pourtant socialo-communiste de 1982 prenne le taureau par les cornes et applique dans un moment historique de lucidité et de courage, un contrôle et un blocage strict des marges, des prix… et des changes !

Et devinez quoi ?… ça a marché ! L’inflation a non seulement quasi instantanément disparu mais est rapidement entrée comme chapitre (trop) vite oublié dans les livres d’histoire pendant 50 ans, jusqu’ en… 2020 où nos dirigeants ont rouvert, pour pallier leur impéritie, la boîte de Pandore.

Donc non seulement la solution existe dans la "boîte à outils”, mais elle a été pratiquée avec succès. Aujourd’hui l’idéologie de la libre concurrence interdirait, parait-il, le recours à un contrôle des prix… mais est-ce si vrai ? … le prix du gaz a bien été “gelé” par le gouvernement… et comme “nous sommes en guerre”, il est non seulement possible, mais nécessaire d’appliquer des mesures d’exception dérogatoires de sauvegarde (comme cela a bien été fait pour la restriction sans précédent dans l’histoire de la République, des libertés individuelles qui nous a été imposée pendant près de 3 ans pour cause d’impéritie liée à la gestion du Covid).

Mais voilà, si ce sont deux mesures efficaces pour le bien général de la population (et en particulier celui des classes moyennes qui n’ont pas les moyens de spéculer), elles ne sont pas “populaires” de prime abord. En effet ça “pique” un peu au début et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle, toujours en 1982, le gouvernement avait demandé aux administrations et aux entreprises de verser par avance une augmentation afin d’amortir le choc du mois à venir, et ce, une bonne fois pour toutes… puis plus rien… et c’était ”passé crème”. Mais en période électorale la logique économique s’efface toujours derrière l’argument du théâtre politique où Noël se prolonge jusqu’en avril.

Georges Nurdin, économiste, consultant international essayiste et écrivain (Les multinationales émergentes, International Corporate Governance, Le temps des turbulences, Wanamatcha !, La prophétie des pétroglyphes).

 

https://www.capital.fr/economie-politique/les-sanctions-de-la-guerre-en-ukraine-et-le-covid-19-doperont-linflation-1430969

Comment réapprendre à vivre avec l’inflation

 

La hausse générale des prix revient après trois décennies d’atonie. Salariés, consommateurs, entreprises, Etats et banques centrales doivent s’adapter à un nouveau contexte, oublié par la plupart des Français

 

Les faits -

Le taux d’inflation dans la zone euro a atteint 5 % sur un an en décembre, son plus haut niveau historique, a confirmé jeudi Eurostat. L’énergie représente la moitié de la hausse. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a déclaré que la hausse des prix devrait se stabiliser puis baisser courant 2022. En France, la prime inflation de 100 euros sera versée à 3,04 millions d’allocataires de la CAF à partir de ce jeudi.

Comment se réhabituer à vivre avec l’inflation ? Nous l’avions oubliée ces trente dernières années. En décembre, elle a atteint 5 % en glissement annuel dans la zone euro, avec 6,5 % en Espagne, 5,7 % en Allemagne et 2,8 % en France. Aux Etats-Unis, elle caracole à 7 %. Dans l’Hexagone, la hausse des prix de l’énergie et des matières premières se propage désormais aux produits industriels et alimentaires. « On ressort certains outils de la naphtaline, comme les équations qui permettent de passer des prix de production aux prix à la consommation, ou même les équations d’évolution des salaires, auxquelles plus personne ne s’intéressait vraiment », sourit Jean-Luc Tavernier, directeur général de l’Insee.

« C’est sûr qu’on ne reviendra pas rapidement au problème de l’inflation trop basse, à 1%, que l’on avait depuis dix ans », dit Philippe Martin, président du Conseil d’analyse économique (CAE). « Nous sommes sans doute en train de changer d’époque », indique Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes. Tout le monde est concerné : salariés, fonctionnaires, retraités, bénéficiaires de prestations sociales, gouvernements, finances publiques, épargnants et banques centrales... Que va-t-on se (re)mettre à faire ?

1. Négocier les salaires

Avec une inflation entre 0 et 1 %, même si votre salaire stagne, vous ne perdez pas beaucoup de pouvoir d’achat. Lorsque les prix à la consommation augmentent de près de 3 %, c’est une autre histoire. Selon la Banque de France, d’ici à 2023 « les hausses de prix se transmettraient de façon partielle aux salaires, et réciproquement ». Mais gare à ce que les salaires n’augmentent pas plus vite que chez nos voisins européens, sinon nous perdrions en compétitivité. Nous ne pouvons plus dévaluer notre monnaie comme dans les années 1970-1980.

« Un pays comme la France, avec un déficit commercial dans une zone monétaire unique, doit faire attention à ne pas avoir une inflation supérieure à celle de la zone euro – elle aurait même intérêt à une inflation plus basse, souligne la chef-économiste du Trésor, Agnès Benassy-Quéré. A la veille de la pandémie de Covid, le coût du travail dans l’industrie en France était repassé sous celui de l’Allemagne. Il faut faire attention à ne pas perdre cet acquis avec des salaires qui dérapent ». Or, comme la France a un taux de chômage élevé, « on peut s’attendre à moins de tensions sur les salaires que dans d’autres pays avec des pénuries de main-d’œuvre plus importantes comme l’Allemagne et les Pays-Bas », ajoute l’experte.

Le sujet se posera aussi pour les fonctionnaires. Le point d’indice de la fonction publique est gelé depuis plusieurs années, le gouvernement préférant des augmentations ciblées sur les plus bas salaires, les soignants… Or ces gestes risquent d’être vite effacés par l’inflation. « L’Etat se fait fort de dire aux entreprises d’augmenter les salaires, mais pourquoi ne le fait-il pas comme employeur ? interroge un membre de la haute administration. Avec 1 % d’inflation ou moins chaque année, les syndicats ne mobilisent pas les foules en disant “protégez-nous de l’inflation”, mais avec 3 % d’inflation, le sujet devrait devenir explosif ».

« L’Etat devra certainement rehausser certains salaires de fonctionnaires, mais ce serait une erreur de tout réindexer sur l’inflation de manière automatique, car il ne faut pas qu’une boucle prix-salaires s’enclenche et nous fasse perdre le contrôle de l’inflation », estime Philipe Martin. L’augmentation de 1 % du point d’indice pour tous les fonctionnaires coûterait 2 milliards d’euros, estimait le gouvernement l’année dernière.

2. Revaloriser ou désindexer les prestations sociales

D’autres dépenses publiques augmenteront de pair avec l’inflation. « Il faut s’attendre à ce que les minima sociaux, les pensions de retraite et les salaires augmentent en moyenne au même rythme que les prix à la consommation », prévient Agnès Benassy-Quéré. En janvier ont été revalorisés automatiquement le smic, le minimum vieillesse, les retraites de base, les retraites complémentaires, l’allocation pour congé de proches aidants. En février, le taux de rémunération du livret A doublera à 1%. En avril augmenteront les prestations familiales, le RSA, l’allocation adulte handicapé (AAH), la prime d’activité, les pensions d’invalidité. En juillet seront discutées les allocations-chômage, en octobre grimperont les aides au logement, puis en novembre les retraites Agirc-Arrco. Le chiffrage qui circule à Bercy est qu’un point d’inflation ajoute 1,5 milliard d’euros de prestations sociales (retraites, prestations familiales, arrêts maladie, hors minima sociaux et APL).

La majorité de ces revalorisations est définie dans la loi, mais le gouvernement peut, dans chaque budget annuel, décider d’exceptions. En 2019, il avait ainsi désindexé de l’inflation plusieurs prestations sociales pour privilégier des revalorisations exceptionnelles de la prime d’activité, de l’AAH et du minimum vieillesse. Il pourrait y avoir la tentation de faire de même ces prochaines années. « C’est une méthode classique, bête et méchante pour réaliser des économies, au détriment du pouvoir d’achat », explique un haut fonctionnaire. Mais la consolidation budgétaire n’est pas à l’ordre du jour : les taux sont bas, les règles européennes sont mises entre parenthèses.

Pour les finances publiques, l’inflation peut sembler un avantage à court terme, car au début, les recettes (comme à la TVA) augmentent plus vite que les dépenses, et on rembourse ses emprunts plus rapidement. Mais ensuite, dépenses et taux remontent. « La tension sur les prix montre que les effets d’aubaine sur les taux d’intérêt ne peuvent absolument pas dispenser la sphère publique du retour à une trajectoire soutenable pour maîtriser la dépense et l’endettement », avertit Pierre Moscovici.

3. Comparer les prix

Le chiffre d’une inflation à 1 %, 2 % ou 3 % regroupe des millions de produits et des centaines de secteurs où les prix varient tout le temps. « Quand il y a davantage d’inflation, il y a plus de variabilité entre les produits, donc il y a un retour sur investissement pour les consommateurs qui passent du temps à comparer les prix, à chercher des produits moins chers », remarque Xavier Jaravel, professeur d'économie à la London School of Economics (LSE). Mais pour le moment, le comparateur de prix Idealo ne voit pas d’augmentation de trafic. C’est l’année 2020 jalonnée de confinements qui a explosé les records de fréquentation de son site. Les entreprises aussi vont porter plus d’attention aux prix de leurs concurrents, pour s’ajuster en permanence.

4. Epargner différemment

« Comment vivre avec l’inflation ? En arrêtant de mettre de l’argent sur son livret A, pour le placer sur des produits protégés contre l’inflation, comme la Bourse ou l’immobilier » résume Xavier Jaravel. Avec près de 3 % d’inflation en France, l’argent qui dort sur un compte courant ou un livret A permet chaque jour d’acheter moins de choses.

5. Eviter une crise financière

« Les banques centrales sont l’acteur le plus embarrassé par le retour de l’inflation, souligne Philippe Martin. Il y a beaucoup d’incertitudes sur la dynamique d’inflation des deux années prochaines. On ne peut pas exclure des mécanismes où chacun anticipe que les prix augmentent, donc tout le monde demande des salaires plus élevés, et les entreprises augmentent leurs prix car elles anticipent que leurs concurrents vont le faire. Or si les banques centrales craignent de perdre le contrôle de l’inflation, elles vont appuyer sur le frein – la Réserve fédérale américaine (Fed) commence à le faire. Mais le problème est de ne pas le faire trop brusquement, car alors beaucoup d’entreprises, de ménages et d’Etats verront leurs coûts d’emprunt augmenter très rapidement, et c’est la recette d’une crise financière. Viendra-t-elle des pays émergents, dont la dette s’apprécie en dollars ? Ou de l’Europe, avec le problème de soutenabilité de la dette italienne ? Ou du fait qu’on verra d’un seul coup des entreprises, des start-up trop endettées ? » Pour Ricardo Reis, professeur d’économie à LSE, « si l’inflation persiste, nous devrions nous inquiéter car elle pourrait ébranler le succès de l’euro ».

Paradoxalement, le fait que nous nous étions déshabitués de l’inflation pourrait jouer en notre faveur. « A cause de leur expérience prolongée d’une inflation faible et stable, les individus ont peu de chances d’augmenter brusquement et radicalement leurs anticipations d’inflation à long terme, s’ils n’ont pas réellement traversé une longue période de forte inflation », observe Stefan Nagel, professeur de finance à l’école de management de l’Université de Chicago, auteur d’une étude sur le sujet. L’inflation, pour la minimiser, mieux vaut ne pas trop y penser.

 Jade Grandin de l'Eprevier

21 janvier 2022

Pas une journée sans un titre évoquant le retour fracassant de l’inflation. À juste titre. La hausse des prix à la consommation, qui était encore nulle en décembre 2020, a franchi la barre symbolique des 2% en septembre dernier pour la première fois depuis 3 ans.


Prix de l’énergie : une future correction à la baisse


Pour autant, le diagnostic d’un retour définitif de l’inflation n’est pas tranché. Pour qu’il le soit, il faudrait que l’augmentation des prix soit générale, qu’elle s’installe dans le temps et qu’elle soit auto-entretenue. Or, ces conditions ne sont pas remplies.
D’abord, l’inflation est, jusqu’à maintenant, quasi exclusivement nourrie par la flambée des prix de l’énergie : pétrole, gaz, charbon, électricité… Les cours et les tarifs s’envolent et se retrouvent au cœur de la progression de l’indice général des prix. Sur les 2,1 points d’inflation de septembre, plus de la moitié a pour origine l’énergie alors que les produits manufacturés contribuent pour seulement 0,1 point. Or, beaucoup d’éléments poussent vers un scénario de correction à la baisse des prix de l’énergie.

Côté pétrole, la hausse des cours ne vient pas d’une pression de la demande — la consommation mondiale de pétrole demeure en effet inférieure de 4% à son niveau d’avant crise —, mais d’un ajustement plus brutal de la production qui reste plus loin encore de son pic pré-pandémie. Si la production américaine est durablement entravée par la politique énergétique de Joe Biden, l’offre des pays membres de l’OPEP + va s’accroître après avoir été contingentée. C’est une demande forte de la Russie, à quoi va s’ajouter le retour à venir des barils iraniens sur le marché.
- Idem, pour le gaz. La volonté de la Russie de limiter ses exportations vers l’Europe pèse, mais c’est surtout l’incapacité de la Norvège à restaurer son niveau production après l’incendie de sa principale usine de liquéfaction qui a alimenté les cours. Un choc par nature transitoire alors que le pays s’apprête à augmenter de 2% ses exportations annuelles de gaz naturel par gazoduc. C’est bon pour la facture du gaz, mais aussi de l’électricité. L’énergie devrait donc progressivement ne plus peser sur l’inflation, voire avoir un impact légèrement déflationniste en 2022.


Métaux : début de reflux

Autre source d’inquiétude, la flambée des métaux et des produits agricoles qui se retrouvent maintenant dans les prix de production des produits transformés dont les hausses s’amplifient, qu’ils soient fabriqués en France (+10%) ou importés (+13,4%). Des augmentations spectaculaires à replacer dans le contexte d’une année 2020 totalement atypique avec des prix qui s’étaient effondrés avec la pandémie. L’effet de base est donc important. En outre, le diable se cache dans les détails. Dans le sillage du pétrole, ce sont les prix des produits de la cokéfaction et du raffinage qui poussent le plus avec une envolée de plus de 63%. Emmenée par les produits métallurgiques, la catégorie « autres produits manufacturés » progresse également rapidement. Dans un contexte où en amont les cours des métaux plafonnent désormais voire ont commencé à refluer, le soufflé devrait retomber. Pour les autres lignes de produits, les hausses restent limitées de 2 à 3%.


Aucune boucle prix-salaire en formation


Quant à l’évolution de salaires, la tendance de fond reflétée par les fluctuations du salaire mensuel de base montre des augmentations limitées comprises entre 0,3 et 0,5% par trimestre, pas de quoi faire déraper l’inflation, notamment les prix dans les services. Avec la revalorisation du SMIC au 1er octobre, il faut s’attendre à une accélération au 4e trimestre, mais elle restera modérée. Finalement dans la continuité des années précédentes, la progression du salaire mensuel de base atteindra 1,6% cette année avec des perspectives de progression encore modeste en 2022.


Bref, aucune boucle prix-salaire n’est en formation. Oui, il y a de la tension sur les prix, mais ce n’est pas encore de l’inflation.

Alexandre Mirlicourtois

L’économie est « assise sur une bombe à retardement » : la Deutsche Bank met en garde contre les effets « dévastateurs » de l’inflation

L’opinion selon laquelle l’inflation est transitoire pourrait avoir des conséquences dévastatrices pour l’économie américaine, a averti la Deutsche Bank dans un rapport.

« La conséquence d’un retard sera une perturbation plus importante de l’activité économique et financière que ce ne serait le cas lorsque la Fed agira enfin », ont écrit l’économiste en chef de Deutsche, David Folkerts-Landau, et d’autres. « À son tour, cela pourrait créer une récession importante et déclencher une chaîne de détresse financière dans le monde entier, en particulier sur les marchés émergents. »

La Deutsche Bank n’est pas d’accord avec les perspectives de la Réserve fédérale selon lesquelles la flambée d’inflation que l’économie américaine connaîtra cette année sera temporaire et principalement due à des effets de base.

« Nous assistons au changement le plus important de la politique macroéconomique mondiale depuis l’axe Reagan/Volcker il y a 40 ans. Les injections budgétaires sont désormais « hors des charts » en même temps que le modus operandi de la Fed a changé pour tolérer une inflation plus élevée. Jamais auparavant nous avons vu une telle politique budgétaire et monétaire expansionniste coordonnée. Cela se poursuivra à mesure que la production dépassera son potentiel. C’est pourquoi cette fois-ci est différente pour l’inflation », note le rapport. « Les effets pourraient être dévastateurs, en particulier pour les plus vulnérables de la société. »

Le monde sort de son ancien environnement de faible inflation. Ce changement a été accéléré par la réponse monétaire massive à la pandémie de coronavirus.

« Cela peut prendre un an de plus jusqu’en 2023, mais l’inflation réapparaîtra. Et s’il est admirable que cette patience soit due au fait que les priorités de la Fed se tournent vers des objectifs sociaux, négliger l’inflation laisse les économies mondiales assises sur une bombe à retardement « , a déclaré Folkerts-Landau. « La dette souveraine a atteint des niveaux inimaginables il y a dix ans, les grands pays industriels dépassant les niveaux de la ligne rouge de 100 % du PIB. »

Cette crise a été une bête complètement différente, principalement en raison de la quantité de stimulus qui a été introduite dans l’économie. Le Congrès a adopté jusqu’à présent plus de 5 000 milliards de dollars de mesures de relance liées à la pandémie. En plus de cela, la Fed a presque doublé son bilan à près de 8 000 milliards de dollars.

« Il y a une différence frappante entre la réponse d’aujourd’hui et celle des krachs financiers précédents, car la relance d’aujourd’hui éclipse la réponse aux crises de 2008 et des années 1930. La relance budgétaire actuelle est plus comparable à celle observée autour de la Seconde Guerre mondiale. Ensuite, les déficits américains sont restés entre 15 -30% pendant quatre ans Bien qu’il existe de nombreuses différences significatives entre la pandémie et la Seconde Guerre mondiale, nous notons que l’inflation annuelle était de 8,4%, 14,6% et 7,7% en 1946, 1947 et 1948 après la normalisation de l’économie et la libération de la demande refoulée. « , ont déclaré les économistes de la Deutsche Bank. « C’est pourquoi cette fois est différent pour l’inflation. »

L’équipe de Deutsche a souligné que le type d’inflation à venir pourrait être similaire à celui des années 1970 – une décennie qui a vu une croissance des prix moyenne de 7 % et même atteindre des taux à deux chiffres à certaines périodes.

À l’époque, le président de la Fed de l’époque, Paul Volcker, a lutté contre une inflation élevée avec des hausses spectaculaires des taux d’intérêt, ce qui a conduit à une récession. Et le rapport a averti que cela pourrait également être ce qui attend les États-Unis cette fois-ci.

« Déjà, de nombreuses sources de hausse des prix filtrent dans l’économie américaine. Même si elles sont transitoires sur le papier, elles peuvent alimenter les attentes comme elles l’ont fait dans les années 1970 », indique le rapport. « Le risque alors, c’est que même s’ils ne sont intégrés que pendant quelques mois, ils peuvent être difficiles à contenir, surtout avec un stimulus si élevé. »

Face à tout cela, la Fed a promis de maintenir sa politique monétaire souple jusqu’à ce qu’elle atteigne ses objectifs de plein emploi et d’inflation. Et tandis que la banque centrale américaine reste patiente face à une inflation plus élevée, elle pourrait manquer l’occasion d’agir à temps, a ajouté la banque allemande.

« La conséquence d’un retard sera une perturbation plus importante de l’activité économique et financière que ce ne serait le cas lorsque la Fed agira enfin. À son tour, cela pourrait créer une récession importante et déclencher une chaîne de détresse financière dans le monde entier, en particulier sur les marchés émergents », explique le rapport. « Peu de gens se souviennent encore comment nos sociétés et nos économies étaient menacées par une forte inflation il y a 50 ans. Les lois les plus fondamentales de l’économie, celles qui ont résisté à l’épreuve du temps pendant un millénaire, n’ont pas été suspendues. »

Dans l’intervalle, la secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, a déclaré que le plan de dépenses de 4 000 milliards de dollars du président Joe Biden devrait aller de l’avant même s’il déclenche une inflation plus élevée qui pourrait durer l’année prochaine et entraîner une hausse des taux d’intérêt.

« Si nous nous retrouvions avec un environnement de taux d’intérêt légèrement plus élevé, ce serait en fait un plus pour le point de vue de la société et le point de vue de la Fed », a déclaré Yellen à Bloomberg dimanche.

Avertissement: Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et peuvent ne pas refléter celles de Métaux Kitco inc. L’auteur s’est efforcé d’assurer l’exactitude des informations fournies; cependant, ni Kitco Metals Inc. ni l’auteur ne peuvent garantir une telle exactitude. Cet article est strictement à titre informatif. Il ne s’agit pas d’une sollicitation à effectuer un échange de matières premières, de titres ou d’autres instruments financiers. Kitco Metals Inc. et l’auteur de cet article n’acceptent aucune responsabilité pour les pertes et/ou dommages résultant de l’utilisation de cette publication.

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Quand l’inflation reviendra, la crise sera très violente

Des relocalisations au vieillissement, tout concourt à une hausse des prix à moyen terme. Problème, notre économie est structurée par des taux bas.

L’inflation est devenue élevée aux États-Unis (5 % en mai), à un moindre degré en Europe (2 % dans la zone euro en mai). Mais cette poussée d’inflation n’est probablement que transitoire. En effet, elle est liée à des hausses de prix des matières premières (dues à la rapidité de la reprise économique mondiale et à la forte demande pour certains biens, électroniques, par exemple) qui ne vont pas se prolonger, tandis que les hausses de salaire restent faibles (l’emploi est toujours très inférieur à son niveau d’avant la crise du Covid) et qu’il n’y a plus, depuis longtemps, de lien entre création monétaire et inflation. De plus, l’indexation des salaires aux prix est aujourd’hui très faible, ce qui exclut un enchaînement inflationniste entre prix et salaires comme dans les années 1970-1980.

Mais il est en revanche probable que, à moyen terme, l’inflation revienne dans les pays de l’OCDE, et cela pour plusieurs raisons qui vont dans le même sens. La première est le vieillissement démographique. La hausse du nombre de retraités conduit à la baisse de l’épargne (les retraités désépargnent pour consommer), d’où une situation d’excès de demande des biens et services qui est normalement inflationniste.

Le prix des énergies renouvelables

La seconde est la transition énergétique. En raison de l’intermittence de la production des énergies renouvelables, le passage à ces énergies implique que la capacité de production d’électricité soit beaucoup plus importante que la demande puisqu’il faut produire quand c’est possible et stocker l’électricité ainsi produite (le jour et lorsqu’il y a du vent). Le coût du capital à mettre en place devient ainsi beaucoup plus élevé, ce qui accroît le prix de l’énergie.

La troisième explication du retour de l’inflation à moyen terme est la volonté de relocaliser les productions, de raccourcir les chaînes de valeur et de produire moins dans les pays émergents à coûts salariaux faibles. Fabriquer des biens et services dans les pays de l’OCDE est deux fois plus cher que de les fabriquer dans les pays émergents, d’où le caractère inflationniste des relocalisations.

Enfin, il faut rappeler que l’inflation est essentiellement d’origine salariale. Or, on voit apparaître dans tous les pays une volonté de progression des plus bas salaires, une demande sociale forte de réduction des inégalités et de la pauvreté. Il y aura certainement dans le futur des hausses des bas salaires, qui seront inflationnistes puisqu’il s’agit le plus souvent d’emplois peu qualifiés dont il est difficile d’accroître la productivité.

Pour toutes ces raisons, il faut raisonnablement s’attendre à un retour de l’inflation, pas maintenant, mais dans quelques années. L’inflation forcera les banques centrales à remonter les taux d’intérêt à court terme, et aura en plus un effet direct de hausse des taux d’intérêt à long terme.

Des taux d’endettement très élevés

Le problème est que toute l’économie et la finance des pays de l’OCDE sont organisées comme si les taux d’intérêt devaient rester perpétuellement très bas. Les taux d’endettement des États et des ménages sont très élevés. Les entreprises ont également beaucoup accru leur levier d’endettement – en s’endettant et en rachetant leurs actions. Le levier d’endettement des fonds d’investissement est aussi très élevé. Les cours boursiers, les prix de l’immobilier, la valeur des entreprises dans les transactions (acquisitions…) sont cohérents avec un environnement durable de taux d’intérêt bas.

Si les taux d’intérêt remontent dans quelques années avec l’inflation, il en résultera alors l’excès d’endettement public et privé, des pertes pour les fonds d’investissement, le recul des prix des actifs (actions, immobilier) et de la richesse, une baisse forte de l’investissement et des achats de logements puisque les entreprises et les ménages essaieront de se désendetter, la nécessité de passer à une politique budgétaire restrictive, et au total une contraction violente de la demande et de la production, associée à un problème généralisé de solvabilité.

Ce n’est probablement pas aujourd’hui que l’inflation va durablement augmenter, et les hausses présentes des prix sont très certainement transitoires. Mais si l’inflation revient à moyen terme, la crise sera très violente. Tous les choix financiers faits dans l’environnement de taux d’intérêt très bas se révéleront inadaptés.

Patrick Artus

Publié le 24/07/2021

« Notre industrie fait face à des pénuries de la chaîne d’approvisionnement ainsi qu’à une augmentation rapide des prix. Bien que nous n’ayons pas encore eu à aller à cet extrême sur les types de produits spécialisés que nous produisons, j’ai vu les prix de vente des toitures métalliques « à base de matières premières» augmenter de 30 % au cours des six derniers mois, avec des augmentations supplémentaires prévues.

« Nous voyons également le marché des bardeaux d’asphalte leader de l’industrie dans un cornichon. Les prix augmentent, les fabricants ont des distributeurs et des sous-traitants sur l’attribution, et des délais de 30 semaines sont signalés. Nous voyons également l’industrie réduire ses offres de produits.

« Le résultat final est que nous avons un marché de la rénovation et de la construction très robuste, avec une disponibilité limitée des produits et des prix en flèche. Tout le monde est au courant des problèmes de bois d’œuvre, mais nous entendons également parler de problèmes majeurs avec les fenêtres, les portes et les produits de revêtement.

« En tant que fabricant de toitures métalliques, voici quelques-unes des augmentations de matières premières que nous avons connues au cours des six derniers mois :

Aluminium non peint: jusqu’à 15 %
Acier galvanisé non peint: jusqu’à 57 %
Revêtements utilisés sur nos produits: + 10 %
Emballage en carton ondulé : + 15 % en moyenne
Bois pour l’emballage : + 34 %
Fixations : jusqu’à 5 à 8 %.
« En règle générale, les métaux et les revêtements représentent environ 85 % des coûts de nos produits.

« Et puis, nous sommes également confrontés à une augmentation des coûts de fret ainsi qu’à des difficultés d’expédition à l’international. Notre client au Japon connaît également un marché très robuste, mais il peut nous falloir plus de 30 jours pour obtenir un conteneur prévu pour leur apporter le produit.

« Nous importons des sous-couches de toiture en polymère de Chine et le gros problème a également été les livraisons – obtenir des conteneurs pour nous apporter le produit.

Et cet article du site WolfStreet de conclure.

« Ces exemples représentent un mouvement à grande échelle. Et cela se résume à ceci: Oubliez l’inflation de 2 %. Il y a de fortes pressions sur les marges des entreprises partout, et elles ont maintenant recours à de fortes hausses de prix pour compenser la flambée des coûts des intrants. Et leurs clients – d’autres entreprises et consommateurs – paient ces prix plus élevés. Tout l’état d’esprit a changé. Un état d’esprit inflationniste s’est établi en peu de temps et il y aura un dépassement massif de l’inflation que la Fed tentera de qualifier de temporaire ».

 

Todd Miller, président de Classic Metal Roofing Systems

traduction de Charles Sannat :

 

La grande peur de l'inflation

 

Alimentée par la flambée des matières premières et la crainte d'une surchauffe aux Etats-Unis, la menace inflationniste pèse sur l'activité économique et les marchés financiers. Est-elle fondée ?

Envolée du prix des matières premières essentielles dont le pétrole, de 30 à plus de 100 % sur un an, petit frémissement à la hausse des indices des prix, tensions sur les taux d'intérêt à long terme américains : depuis un bon mois, le spectre d'une spirale inflationniste - façon années 1970 - refait surface, comme les bourgeons au printemps. Ironie de l'histoire, avant le coronavirus nombre d'économistes s'inquiétaient du risque de déflation pendant la pandémie. Et beaucoup cherchaient la lumière de la reprise au bout du tunnel. Aujourd'hui, c'est le virus de l'inflation qui obsède certains d'entre eux. Quel retournement!

A priori, la perspective d'un retour de l'inflation dans une économie mondiale qui a connu son plus grand choc depuis un peu plus d'un demi-siècle paraît logique et saine.

 

"Toute la question est de savoir s'il s'agit d'un rebond à court terme ou d'un phénomène inflationniste conséquent et durable" , s'interroge Ludovic Subran, chef économiste d'Allianz. Mais alors que la Chine est repartie sur les chapeaux de roue et que les Etats-Unis devraient afficher une croissance de 6,5 % cette année, certains signaux ne sont guère rassurants. Heureuses de voir leurs carnets de commandes se remplir, nombre d'entreprises industrielles occidentales qui se fournissent en Chine - de l'électronique à

l'automobile en passant par le BTP - doivent faire face à des hausses de prix conséquentes sur certains composants ou sur les matières premières (lire page 66) .

 

"L'industrie est le premier secteur à être reparti, constate Bruno Cavalier, économiste à Oddo BHF. Mais les usines n'ont pas été détruites, elles ont juste été fermées. Une fois les goulets d'étranglement résorbés, l'offre s'ajustera à la demande, la tension sur les prix des matières premières et de certains biens industriels devrait retomber." D'ailleurs, les prix à la production chinois (sortie d'usine) sont plutôt orientés à la baisse sur un an (- 1,5 % en mars).

 

Pourtant, pendant que les industriels s'alarment de voir leurs marges rognées par cette flambée des prix, Wall Street se fait aussi du mouron. L'indice Dow Jones plane à des niveaux stratosphériques et certains investisseurs craignent qu'une remontée des taux d'intérêt, visant à freiner l'envolée des prix, entraîne une chute des marchés actions et un dégonflement de la bulle immobilière. D'autres ont peur que la Re-serve fédérale ne réagisse pas assez vite pour casser les anticipations inflationnistes. Jerome Powell, président de la Fed, s'évertue à tous les rassurer :"Nous nous attendons à ce que l'inflation augmente au cours de l'année, mais elle ne sera ni particulièrement importante ni persistante" , a-t-il déclaré le 22 mars lors de son audition à la Chambre des représentants. Ajoutant :"Nous avons les outils nécessaires pour faire face à cette situation, si elle devient problématique."

Lire aussiLa Chine affole les prix des matières premières

Trois indicateurs sont surveillés pour anticiper les tensions inflationnistes : l'injection massive de liquidités dans l'économie, notamment aux Etats-Unis, la flambée des prix des matières premières et les cours du fret maritime qui explosent.

Scénario noir

Pas sûr que ces déclarations suffisent à désamorcer les critiques de Larry Summers, ex-secrétaire au Trésor des Etats-Unis sous la présidence Clinton, contre l'administration Biden, coupable, selon lui, d'appliquer la politique macroéconomique"la moins responsable" depuis quatre décennies. D'après lui, le programme Biden pourrait entraîner l'économie américaine dans une spirale inflationniste, couplée à une hausse vertigineuse des taux d'intérêt. Provoquant un alourdissement du coût de la dette, alors que les Etats s'endettent actuellement à des taux nuls, voire négatifs.

Force est de constater qu'en additionnant les 1 900 milliards de ce plan à celui de 900 milliards adopté en décembre 2020, le soutien public à l'économie américaine représente 13 % du PIB. Sans compter les 2 000 milliards de dollars du vaste plan d'infrastructures que le président américain vient d'annoncer. Du coup, Olivier Blanchard, ex-chef économiste du Fonds monétaire international (FMI), s'inquiète lui aussi d'un potentiel dérapage inflationniste comparable à celui des années 1960-1970 (lire page 60).

Tous les économistes ne partagent pas les scénarios noirs du tandem Summers-Blanchard."Leur approche suppose une forte reprise de la consommation, une fois toute l'économie rouverte et la mise en route d'une boucle entre l'augmentation des prix et celle des salaires" , note Ludovic Subran. En outre, ce genre de phénomène ne se produit pas du jour au lendemain. Comme l'a souligné le Nobel d'économie Paul Krugman sur Bloomberg TV :"Les gens ne vont pas se réveiller un matin en se disant “tiens l'inflation est de retour, je vais anticiper 10 % de hausse des prix !”"

Tandis que Kenneth Rogoff, ex-chef économiste du FMI, observe :"Lorsque l'inflation avait atteint deux chiffres au sein de nombreux pays riches dans les années 1970, cette forte augmentation s'était étalée sur plusieurs années." Autre différence : les banques centrales ne disposaient pas du même arsenal qu'aujourd'hui pour contrecarrer l'inflation. Mais, surtout, le monde a radicalement changé. Les pressions déflationnistes structurelles - la numérisation de l'économie et l'effet de la mondialisation des salaires -qui s'exercent depuis la crise de 2008 n'ont pas disparu par magie avec la pandémie.

Enfin, ce débat sur le retour de l'inflation est pour le moment plus américain qu'européen."Historiquement, la corrélation entre l'inflation aux Etats-Unis et dans la zone euro est raisonnablement élevée à cause de facteurs communs tels que les chocs pétroliers. Mais, cette fois, il s'agit du stimulus fiscal surdimensionné aux Etats-Unis, qui est spécifique à ce pays" , estime Lorenzo Codogno, professeur à la London School of Economics. Et surtout, de ce côté-ci de l'Atlantique, les vicissitudes des politiques vaccinales sont plus inquiétantes pour la reprise de l'économie que l'évolution de l'indice des prix. Et même si, comme le prévoit le consensus, l'inflation en zone euro pourrait se rapprocher des 2 %, en glissement annuel, courant 2021, ce ne serait pas la fin du monde.

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Le plan Biden peut créer une spirale inflationniste

Certains économistes, dont je suis, sont d'accord avec la secrétaire au Trésor, Janet Yellen, sur la nécessité de sortir le grand jeu en matière de relance économique. Mais ils ont des doutes quant à la taille du plan d'aide de l'administration Biden et s'interrogent sur ses conséquences inflationnistes.

Si l'on ajoute ce programme de 1 900 milliards de dollars, adopté début mars à celui de 900 milliards de décembre 2020, l'effort budgétaire total atteint 2 800 milliards de dollars. En prenant un coefficient multiplicateur de la demande de 0,3, ces mesures de relance comblent la perte e production due à la pandémie, soit 900 milliards. Il n'y a plus aucune raison de s'inquiéter. En revanche, avec un multiplicateur de 1, ces programmes combinés génèrent une demande additionnelle de 2 800 milliards, ce qui risque d'entraîner une très forte surchauffe de l'économie.

Ceux qui défendent sans restriction cette relance massive font valoir que même en cas de surchauffe économique importante, celle-ci n'entraînerait pas une inflation élevée et n'obligerait donc pas la Fed à augmenter les taux d'intérêt de façon spectaculaire. Même en prenant des estimations les plus pessimistes d'Emi Nakamura, professeur à Berkeley, l'augmentation de l'inflation ne serait que d'1,25 %, ce qui n'est pas catastrophique.

Durant les dernières années, les anticipations d'inflation des agents économiques étaient rigides, insensibles aux mouvements de très court terme des prix.

Elles restaient ancrées à l'objectif d'inflation de la banque centrale. Mais en cas de surchauffe de l'économie, ces anticipations pourraient se désancrer. Dans ce cas, le taux d'inflation pourrait être beaucoup plus fort, comme dans les années 1960. De 1961 à 1967, les administrations Kennedy et Johnson ont fait tourner l'économie au-dessus de son potentiel de croissance, ce qui a fait chuter le taux de chômage à moins de 4 %. Dans le même temps, l'inflation a légèrement augmenté à moins de 3 %. Ce qui laissait penser qu'il existait un compromis permanent entre inflation et chômage. Mais, en 1967, les anticipations d'inflation se sont ajustées à la hausse.

Résultat : en 1969, le taux d'inflation a atteint près de 6 %. Et les politiques fiscales et monétaires se sont resserrées, entraînant une récession entre fin 1969 et fin 1970."

 

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