inflation, stagflation, récession... ?

Publié le par ottolilienthal

L’inflation a explosé avec la guerre en Ukraine et le “quoi qu’il en coûte”, quelles solutions ?

L’inflation que nous nous sommes auto-infligée avec le “quoiqu’ il en coûte”, exacerbée par la guerre en Ukraine, “se cumule avec l’effondrement de l’euro qui lui-même s’additionne avec la stagnation”, avertit notre chroniqueur Georges Nurdin.

Impéritie… “La croissance  va nous permettre de rembourser la dette et les déficits colossaux, historiques, engagés dans le quoiqu’il en coûte" , nous promettait il y a encore quelques semaines un sémillant ministre. C’est le genre d’assertion qui déjà, avant la guerre en Ukraine, faisait froid dans le dos car, bien évidemment, aucune croissance n’était en mesure d’éponger les dettes et déficits abyssaux ainsi générés. Et encore moins en zone euro, zone qui contrairement aux USA, ou à la zone Asie-Pacifique et même Afrique, connaît structurellement la plus faible croissance au monde au cours de ces quinze dernières années. Mais, bien entendu, il fallait essayer de justifier aux yeux de la “plebs” (qui a le droit de vote) l’absurdité économique du “quoiqu’il en coûte” qui ne trouve, hélas, sa raison d’être qu’au seul plan politique.

En outre, comme, on l’a suffisamment démontré, le “quoiqu’il en coûte” en injectant des doses massives de surabondance de liquidités a engendré une inflation de l’ordre de 5% en rythme annuel, qui, même à supposer que la France eût pu soutenir une croissance de 5% par an (à ne pas confondre avec le rebond de rattrapage suite à l’effondrement Covid de 12%) aurait, dans le meilleur des cas, amené seulement à “faire du sur place” : les 5 % d’inflation “mangeant” les 5% de croissance (le fameux déflateur de PIB).

Le raisonnement était plus que vicié, il était inepte. Mais ça, c'était avant. Car devant la guerre qui oppose la Russie à l’Ukraine, la France, à la suite de l’UE, a décidé de “rentrer dans la bataille” et de procéder, ipso facto, à des “paquets” de mesures de rétorsions économiques, propres, toujours d’après ce même sémillant Ministre, à “ruiner l’économie russe”.

La réalité est toute autre, tout le contraire hélas… Non seulement la Russie n’a pas, à date, capitulé, mais le Rouble n’a jamais été aussi fort contre l’euro : 90 roubles pour 1 euro en mai 2021 et … 68 roubles pour 1 euro en mai 2022 soit une dépréciation de l’euro face au rouble de 32% ! (le dollar américain s’est, quant à lui, apprécié durant la même période de 20% contre l’euro). Là encore, on frémit devant un tel niveau d’incompréhension des mécanismes de base de l’économie monétaire. Surtout à ce niveau. Il se passe sous nos yeux tout le contraire des “effets” recherchés. Si ce n’était pas aussi grave pour la majorité d’entre nous, cela en serait comique. Le problème pour la plebs est que ces trois erreurs, ces trois impérities ne s’annulent pas : elles s’additionnent.

L’inflation que nous nous sommes auto-infligée avec le “quoiqu’il en coûte” se cumule avec l’effondrement de l’euro qui lui-même s’additionne avec la stagnation. Pire encore, l’effondrement de l’euro fait mécaniquement encore augmenter l’inflation, car notre balance commerciale est immensément déficitaire. De plus en plus d’ailleurs (c’est là un des tristes records du précédent quinquennat). Ainsi donc, non content d’avoir généré l’inflation en interne, nous l’importons par la structure même de notre balance commerciale où les importations surpassent nos exportations. Objectivement, il était difficile, même avec la meilleure volonté, de faire pire.

Mais alors, que faire pour “redresser la barre” ?

Réutiliser la même formule qui nous a permis de sortir de cette spirale suicidaire, dans les années 80. Exactement comme Red Adair éteignait les incendies des puits de pétrole en les “soufflant”, il est urgent de se sortir de l’état de sidération et de “souffler” l’incendie - inflation, en prenant radicalement les bonnes mesures c’est à dire en :

  1. limitant et en réduisant drastiquement la masse monétaire en circulation (donc, pour faire simple, tout le contraire du dispendieux “quoiqu’il en coûte", dont les seuls effets tangibles ont été l’accroissement record durant cette période des patrimoines des plus grandes fortunes - doublement ! - et du record absolu des bénéfices ET des versements de dividendes du CAC 40 pendant la même période).
  2. bloquant, réglementairement, les prix ET les marges (en valeur et surtout en pourcentage) à tous les niveaux de la chaîne de valeur.
  3. L’ effet “Red Adair”qui s’en suit est garanti. Et, il n y a pas, hélas, beaucoup d’autres moyens pour s’en sortir. C’est ce que le gouvernement socialo-communiste avait fait, avec courage et lucidité, il faut le dire, dans les années 80 pour sortir la France du bourbier dans laquelle elle était engluée… Et , devinez quoi ? : cela a marché ! A l’époque; le slogan était, “en France on n’a pas de pétrole, mais on a des idées”. La première partie de la proposition n’a toujours pas changé, quant à la seconde… hélas…

    Georges Nurdin, économiste, consultant international essayiste et écrivain (Les multinationales émergentes, International Corporate Governance, Le temps des turbulences, Wanamatcha !).

 

https://www.capital.fr/entreprises-marches/linflation-a-explose-avec-la-guerre-en-ukraine-et-le-quoi-quil-en-coute-quelles-solutions-1436694

Face à l'inflation, le boom des prêts sur gage : "C'est mon dernier recours pour faire manger mes enfants"

Depuis plusieurs mois et dans plusieurs villes de l'Hexagone, les Français se tournent davantage vers les prêts sur gage en raison de la hausse des prix et de l'envolée des taux d'intérêt.

Au guichet du crédit municipal de Toulouse, une vingtaine de personnes font la queue. Parmi eux, Jessica tient une petite boite dans ses mains. Le femme vient déposer les bijoux que lui a légués sa grand-mère. "Les temps sont durs", commente-t-elle. Face à la baisse du pouvoir d'achat et à l'envolée des taux d'intérêt, beaucoup de Français comme Jessica, à la recherche de liquidités, se tournent de nouveau vers ces prêts sur gage. Ces établissements communaux et publics proposent des prêts à des taux avantageux en échange d'un objet de valeur.

Jessica pourra par exemple récupérer ses bijoux dans six mois, une fois qu'elle aura remboursé la somme d'argent qui lui sera versée, plus quelques intérêts. Dans la queue, elle dit espérer obtenir 300 euros avec ses bijoux : "C'est mon dernier recours pour continuer à faire manger mes enfants et mettre de l'essence dans ma voiture".

 

Une "recrudescence des prêts sur gage"

Ces profils, comme celui de Jessica, sont de plus en plus fréquents, explique le directeur du crédit municipal de Toulouse Franck Paindessous, avec une hausse de 10% depuis le début de l'année 2022 : "Il y a une période de recrudescence des prêts sur gage. Actuellement, nous avons 80 personnes par jour qui viennent pour faire ces prêts. Le prêt moyen est d'environ 600 euros."

"Ce sont essentiellement des bijoux en or, mais ce peut être aussi des tableaux, de l'argenterie, des foulards."

Franck Paindessous, directeur du crédit municipal de Toulouse

à franceinfo

 

Au total, ce sont 6 000 prêts qui ont été effectués depuis le début de l'année dans ce crédit municipal, pour un montant de quatre millions d'euros. "Avec la reprise de l'inflation, il y a des besoins qui ne sont pas remplis, poursuit le directeur. Dans les banques, c'est difficile d'avoir des petits prêts. Ici, il suffit d'avoir une pièce d'identité et un justificatif de domicile."

Franck Paindessous enchaîne : "Le crédit municipal est un établissement public qui n'a pas pour objectif de dégager des bénéfices, de distribuer des dividendes. C'est donc très intéressant pour les gens de venir. Ils viennent vers nous pour avoir ce dépannage rapide et simple."

Hugo Charpentier - franceinfo
Radio France
 
Publié

 

https://www.francetvinfo.fr/economie/automobile/essence/face-a-l-inflation-le-boom-des-prets-sur-gage-c-est-mon-dernier-recours-pour-faire-manger-mes-enfants_5125750.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20220510-[lespluspartages/titre1]

"Le scénario de stagflation se confirme"

Pour Christopher Dembik*, la guerre en Ukraine confirme l’hypothèse d’une forte baisse de la croissance, doublée d’une inflation record. Avec des conséquences inédites sur le pouvoir d’achat.

La guerre en Ukraine accentue la flambée des prix. Cinquante ans après le premier choc pétrolier, l’Europe est-elle à l’aube d’une nouvelle stagflation ?

Christopher Dembik : Oui, à la différence près que pendant les années 1970, il y avait aussi en Europe une hausse massive des salaires. La donne a changé. La compression sur le pouvoir d’achat de l’intégralité des ménages, déjà sensible, va donc être encore plus marquée. Le cas de l’Italie est frappant : en janvier, les feuilles de paie n’ont progressé, en moyenne, que de 0,6% sur un an… pour une inflation à 5% !

Même dans les pays où les syndicats sont plus puissants, comme l’Allemagne ou l’Autriche, les augmentations de salaire avoisinent 2 ou 3% maximum. Vous avez là le scénario d’une stagflation, avec le risque de sombrer dans une période de très basse croissance. Si ce n’est de récession, mais il est encore tôt pour le dire.

Le resserrement monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) suffira-t-il à contrer la flambée des prix ?

C’est tout le dilemme de la BCE. L’inflation provient d’un phénomène externe, et la politique monétaire qui consisterait à augmenter les taux a peu de chances d’avoir un impact réel. C’est tout l’inverse de la situation américaine, où l’inflation vient en grande partie d’une boucle prix-salaire. Ce probable resserrement monétaire, confirmé lors de la réunion de l’institution le 10 mars dernier, risque donc de ne pas être suffisant chez nous…

En revanche, le ton offensif employé par la BCE pourrait peut-être permettre de soutenir le taux de change de l’euro, et par ricochet de réduire l’inflation importée. Mais je suis très sceptique concernant les prévisions d’inflation de la BCE. Tous ses scénarios pour 2023 tablent sur un retour autour de 2%. C’est très optimiste.

La croissance et la reprise économique post-pandémie risquent-elles de s’effondrer, et les bons chiffres de l’emploi avec ?

Oui, mais cela prendra du temps. Et nous partons d’une situation où les économies de la zone euro sont en bien meilleure santé qu’avant les crises précédentes. En France, le niveau de chômage n’est pas particulièrement bas, mais dans d’autres pays, c’est assez sensible. Par ailleurs, les fonds propres des entreprises sont très élevés. Tout cela grâce au «quoi qu’il en coûte».

Reste qu’il est très compliqué d’avoir de la visibilité sur l’ampleur de cette crise. Je pense que nous aurons probablement une inflation à 7 ou 8% en zone euro. Ce n’est pas encore l’hyperinflation, définie comme une hausse de 50% en un an, mais c’est une compression du pouvoir d’achat que la plupart des générations – même celle de nos parents, qui ont eu des hausses de salaire – n’ont pas connu. C’est une situation inédite.

*Christopher Dembik est directeur de recherche économique chez Saxo Bank

 

 

https://www.capital.fr/economie-politique/le-scenario-de-stagflation-se-confirme-1434316

Michel-Édouard Leclerc : "L'inflation que vont vivre les Français dans les deux prochains mois, ce n'est pas à cause de la guerre en Ukraine"

Invité de BFM, dimanche 3 avril, le patron de Leclerc est revenu sur le contexte actuel fortement inflationniste en France et en Europe. Avec la guerre en Ukraine, il n'anticipe par ailleurs pas de pénurie de produits alimentaires.

Michel-Édouard Leclerc, président du comité stratégique des centres E.Leclerc, était l'invité de BFM Politique, dimanche 3 avril 2022. Il était interrogé sur les conséquences économiques de la guerre en Ukraine, notamment sur les coûts des produits alimentaires en France. Au mois de mars, l’inflation a culminé à 4,5 %, selon les statistiques de l’Insee publiées jeudi 31 mars. Alors que plusieurs dirigeants politiques alertent sur "une crise alimentaire sans précédent" dans les prochains mois en raison du conflit russo-ukrainien, Michel-Édouard Leclerc nuance : "L’inflation que vivent les Français et qu’ils vont vivre pendant les deux mois qui viennent est la cause des événements passés, ce n’est pas à cause de la guerre en Ukraine."

Parler de crise alimentaire à ce stade est prématuré selon lui. "J’ai vécu des crises alimentaires, notamment celles issues des crises pétrolières sous Giscard. On se rappelle comment on a été pris de court. Aujourd’hui, le blé russe ou ukrainien, il n’a pas été semé. Alors avant de dire qu’on ne l’aura pas, il faut raison gardée, prendre de la distance." Le président du comité stratégique des centres E.Leclerc rappelle qu’il avait déjà annoncé cette flambée inflationniste "dès le mois d’octobre" 2021, soit bien avant le début du conflit russo-ukrainien. En revanche, si la guerre en Ukraine venait à durer, elle "va potentiellement ajouter une couche à partir de l’été" sur l’inflation, assure-t-il. Pour cause : "Si les paysans ukrainiens ne peuvent pas semer, si les Russes n’exportent pas leurs céréales, alors là, on aura une crise mondiale, mais surtout autour de la Méditerranée."

Une hausse des prix de la viande "assez conséquente "

Michel-Édouard Leclerc reconnaît que certains produits vont être affectés plus que d’autres par cette inflation et la guerre en Ukraine. Il prévoit notamment une hausse des prix de la viande "assez conséquente ". En effet, les prix des céréales qui servent à nourrir le bétail vont augmenter ces prochains mois, l’Ukraine et la Russie étant des fournisseurs importants du marché européen. "Il va y avoir une répercussion de ce conflit sur les coûts de production de l’élevage français, européen d’une manière générale", explique Michel-Édouard Leclerc. Une situation de crise à laquelle il faut ajouter l’épidémie de grippe aviaire qui fait rage en France. Selon lui, le taux de l’inflation dans l’alimentation pourrait atteindre les "6 % à l’entrée de l’été".

Alors que plusieurs analystes évoquent une prochaine pénurie de produits alimentaires, le patron de Leclerc tient à rassurer : à l’heure actuelle, "il n’y a pas de pénurie" en France. Et surtout pas de pénurie d’huile de tournesol, comme cela est souvent évoqué ces derniers temps, car les stocks actuels "ont été fabriqués avec la production passée". Dans les magasins Leclerc, il y a des stocks "jusqu’au mois de juin, on a des commandes pour couvrir l’été". Selon lui, la pénurie de produits alimentaires pourrait être déclenchée par "les consommateurs eux-mêmes en surstockant", faisant notamment allusion aux scènes du premier confinement, qu’il appelle à "ne pas répéter". Ce sont les consommateurs "qui provoquent le non-assortiment des rayons", assure-t-il sur BFM.

 

 

https://www.capital.fr/conso/michel-edouard-leclerc-linflation-que-vont-vivre-les-francais-dans-les-deux-prochains-mois-ce-nest-pas-a-cause-de-la-guerre-en-ukraine-1432822

“Les sanctions de la guerre en Ukraine et le Covid-19 doperont l’inflation !”

Attention, danger en vue sur l’inflation, avertit notre chroniqueur Georges Nurdin, économiste, consultant international essayiste et écrivain. Et ce, “en raison d’erreurs fondamentales liées à la gestion de l’épidémie du Covid-19” et des “sanctions économiques résultant du traitement de la guerre en Ukraine”.

Dans ma chronique de janvier 2022, je faisais le lien entre l’inflation et les cavaliers de l’apocalypse en ces termes  : “L’inflation n‘ existait pas aux temps anciens, sinon elle aurait certainement été citée comme l’un des cavaliers de l’Apocalypse aux côté des quatre autres que sont la conquête, la guerre, la famine et les épidémies, tant elle est dévastatrice”. Depuis, la conquête et la guerre se sont déclenchées, et la famine nous a même été annoncée au sommet de l’UE du 11 Mars à Versailles. Le tableau est donc désormais complet. Hélas.

L’inflation est un danger mortel. Il ne faut pas s’y tromper. Ce n’est pas un détail, ou juste le “déflateur du PIB”, la case en bas, à droite, d’une feuille Excel, calculée par un techno tout droit sorti “dans la botte” ou de la cuisse de “Jupiter”. Danger économique, bien sûr, mais surtout sociétal. C’est le sacrifice, l’annihilation, d’une génération. C’est un message de ruine et de désespérance : il ne sert plus à rien de travailler car à la fin du mois votre salaire et économies auront de toute façon fondu. Sans parler des projets d’accession à la propriété, et de manière plus générale des projets de construction de vie qui disparaissent instantanément, inexorablement, comme l’eau versée dans le sable : à quoi bon faire, espérer, vivre : il ne restera de toute façon rien. Alors quoi ? Alors danger maximal en vue!… Pro memoria, l’inflation de la république de Weimar nous a amené Hitler, celle du Chili, Pinochet, etc....

Mais n’est-ce pour autant, compte tenu des circonstances, un mal inéluctable ? N’est-ce pas le prix à payer ? Une fatalité ? Une résignation ? Clairement non ! Il s’agit d’un choix politique et de conséquences de choix politiques, en aucun cas d'enchaînements “mécaniques” économiques inexorables, inéluctables, ou hors de contrôle. Procédons par ordre.

La première inflation, l’inflation Covid de 6%… Pardon, je rectifie immédiatement cette facilité de langage : il n’y a pas d’inflation Covid à proprement parler. Le Covid a beau être une maladie encore très mystérieuse à beaucoup d’égards, il est par contre absolument certain qu’elle ne génère, ni ne transmet d’inflation. Par contre, il y a une inflation qui résulte de deux erreurs fondamentales liées à la gestion de l’épidémie du Covid.

La première consistant à enfermer les populations et à geler l’économie, les productions et les échanges pendant plus de 2 ans, tout ceci dans le seul but de “gérer” la pénurie de moyens sanitaires (notamment en capacité hospitalière) conséquence d’une scandaleuse impéritie. Et le comble : ceci se passe dans le pays champion du monde des impôts ! (52% du PIB) et qui donc devrait disposer par construction d’une surabondance d’équipements et de moyens par rapport aux autres (moyenne mondiale 32%).

La seconde a été, et est encore, d’injecter des liquidités par centaines de milliards quasiment toutes les semaines (le fameux “quoiqu’il en coûte"). Cette création monétaire excessive et addictive a généré et a alimenté l’inflation et continue de le faire exactement comme l’oxygène alimente et augmente encore davantage l’incendie.

La deuxième inflation (de 6% supplémentaires, au moins, qui vont s’ajouter aux premiers 6% d’impéritie Covid, pour nous donner une inflation cumulée autour de 12 % en rythme annuel !) est liée non pas à la guerre en Ukraine, mais aux sanctions économiques résultant du “traitement” de la guerre en Ukraine.

Ces sanctions induisent mécaniquement des pénuries et aussi des spéculations (dont on parle, hélas , trop peu mais qui sont dévastatrices) qui associées à un excès massif de liquidités gratuites ( hé oui, les taux sont encore très bas, bien trop bas) encouragent une inflation violente - non seulement il y a trop d’oxygène dans le circuit, mais en plus il est pulsé à jet continu sur l’incendie, et en plus, il est gratuit.

Cette situation est assez grotesque car, là aussi, par construction et en vertu des traités, l’existence même de l’euro repose sur le fait que la BCE (Banque centrale européenne) soi-disant indépendante des Etats, est garante de la NON-inflation dans la zone euro, notamment par sa gestion de la masse monétaire. Or aujourd’hui c’est elle qui alimente et prolonge l’incendie en faisant tourner la “planche à billet” H24 (le Quantitative Easing). Pompier et en même temps pyromane… Les causes étant assez claires, les remèdes maintenant. Là encore en 2 points simples.

Il est urgent d’arrêter d’alimenter l’incendie, donc de limiter, de geler la masse monétaire et d’augmenter les taux d’intérêt. C’est le rôle premier de la BCE de par ses statuts, il serait donc souhaitable qu’elle s’y tienne, et ce sans délai.

Il est également urgent de mettre en place un blocage et un contrôle des marges (en valeur absolue et en pourcentage) et des prix à tous les étages de l’économie. Le Ministre de l’Economie et des Finances a récemment comparé la situation actuelle avec le premier choc pétrolier de 1973. C’est un bon début mais il faut aller au bout du raisonnement et de l’histoire. En 1973, l’inflation générée par la flambée des prix du pétrole et surtout par la sortie du dollar américain des accords de Bretton Woods n’avait pas été maitrisée et avait continué à ravager l’économie et ronger la société. Il a fallu attendre le second choc pétrolier bien plus violent de 1978 provoqué par la guerre Iran - Irak pour que le gouvernement pourtant socialo-communiste de 1982 prenne le taureau par les cornes et applique dans un moment historique de lucidité et de courage, un contrôle et un blocage strict des marges, des prix… et des changes !

Et devinez quoi ?… ça a marché ! L’inflation a non seulement quasi instantanément disparu mais est rapidement entrée comme chapitre (trop) vite oublié dans les livres d’histoire pendant 50 ans, jusqu’ en… 2020 où nos dirigeants ont rouvert, pour pallier leur impéritie, la boîte de Pandore.

Donc non seulement la solution existe dans la "boîte à outils”, mais elle a été pratiquée avec succès. Aujourd’hui l’idéologie de la libre concurrence interdirait, parait-il, le recours à un contrôle des prix… mais est-ce si vrai ? … le prix du gaz a bien été “gelé” par le gouvernement… et comme “nous sommes en guerre”, il est non seulement possible, mais nécessaire d’appliquer des mesures d’exception dérogatoires de sauvegarde (comme cela a bien été fait pour la restriction sans précédent dans l’histoire de la République, des libertés individuelles qui nous a été imposée pendant près de 3 ans pour cause d’impéritie liée à la gestion du Covid).

Mais voilà, si ce sont deux mesures efficaces pour le bien général de la population (et en particulier celui des classes moyennes qui n’ont pas les moyens de spéculer), elles ne sont pas “populaires” de prime abord. En effet ça “pique” un peu au début et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle, toujours en 1982, le gouvernement avait demandé aux administrations et aux entreprises de verser par avance une augmentation afin d’amortir le choc du mois à venir, et ce, une bonne fois pour toutes… puis plus rien… et c’était ”passé crème”. Mais en période électorale la logique économique s’efface toujours derrière l’argument du théâtre politique où Noël se prolonge jusqu’en avril.

Georges Nurdin, économiste, consultant international essayiste et écrivain (Les multinationales émergentes, International Corporate Governance, Le temps des turbulences, Wanamatcha !, La prophétie des pétroglyphes).

 

https://www.capital.fr/economie-politique/les-sanctions-de-la-guerre-en-ukraine-et-le-covid-19-doperont-linflation-1430969

Comment réapprendre à vivre avec l’inflation

 

La hausse générale des prix revient après trois décennies d’atonie. Salariés, consommateurs, entreprises, Etats et banques centrales doivent s’adapter à un nouveau contexte, oublié par la plupart des Français

 

Les faits -

Le taux d’inflation dans la zone euro a atteint 5 % sur un an en décembre, son plus haut niveau historique, a confirmé jeudi Eurostat. L’énergie représente la moitié de la hausse. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a déclaré que la hausse des prix devrait se stabiliser puis baisser courant 2022. En France, la prime inflation de 100 euros sera versée à 3,04 millions d’allocataires de la CAF à partir de ce jeudi.

Comment se réhabituer à vivre avec l’inflation ? Nous l’avions oubliée ces trente dernières années. En décembre, elle a atteint 5 % en glissement annuel dans la zone euro, avec 6,5 % en Espagne, 5,7 % en Allemagne et 2,8 % en France. Aux Etats-Unis, elle caracole à 7 %. Dans l’Hexagone, la hausse des prix de l’énergie et des matières premières se propage désormais aux produits industriels et alimentaires. « On ressort certains outils de la naphtaline, comme les équations qui permettent de passer des prix de production aux prix à la consommation, ou même les équations d’évolution des salaires, auxquelles plus personne ne s’intéressait vraiment », sourit Jean-Luc Tavernier, directeur général de l’Insee.

« C’est sûr qu’on ne reviendra pas rapidement au problème de l’inflation trop basse, à 1%, que l’on avait depuis dix ans », dit Philippe Martin, président du Conseil d’analyse économique (CAE). « Nous sommes sans doute en train de changer d’époque », indique Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes. Tout le monde est concerné : salariés, fonctionnaires, retraités, bénéficiaires de prestations sociales, gouvernements, finances publiques, épargnants et banques centrales... Que va-t-on se (re)mettre à faire ?

1. Négocier les salaires

Avec une inflation entre 0 et 1 %, même si votre salaire stagne, vous ne perdez pas beaucoup de pouvoir d’achat. Lorsque les prix à la consommation augmentent de près de 3 %, c’est une autre histoire. Selon la Banque de France, d’ici à 2023 « les hausses de prix se transmettraient de façon partielle aux salaires, et réciproquement ». Mais gare à ce que les salaires n’augmentent pas plus vite que chez nos voisins européens, sinon nous perdrions en compétitivité. Nous ne pouvons plus dévaluer notre monnaie comme dans les années 1970-1980.

« Un pays comme la France, avec un déficit commercial dans une zone monétaire unique, doit faire attention à ne pas avoir une inflation supérieure à celle de la zone euro – elle aurait même intérêt à une inflation plus basse, souligne la chef-économiste du Trésor, Agnès Benassy-Quéré. A la veille de la pandémie de Covid, le coût du travail dans l’industrie en France était repassé sous celui de l’Allemagne. Il faut faire attention à ne pas perdre cet acquis avec des salaires qui dérapent ». Or, comme la France a un taux de chômage élevé, « on peut s’attendre à moins de tensions sur les salaires que dans d’autres pays avec des pénuries de main-d’œuvre plus importantes comme l’Allemagne et les Pays-Bas », ajoute l’experte.

Le sujet se posera aussi pour les fonctionnaires. Le point d’indice de la fonction publique est gelé depuis plusieurs années, le gouvernement préférant des augmentations ciblées sur les plus bas salaires, les soignants… Or ces gestes risquent d’être vite effacés par l’inflation. « L’Etat se fait fort de dire aux entreprises d’augmenter les salaires, mais pourquoi ne le fait-il pas comme employeur ? interroge un membre de la haute administration. Avec 1 % d’inflation ou moins chaque année, les syndicats ne mobilisent pas les foules en disant “protégez-nous de l’inflation”, mais avec 3 % d’inflation, le sujet devrait devenir explosif ».

« L’Etat devra certainement rehausser certains salaires de fonctionnaires, mais ce serait une erreur de tout réindexer sur l’inflation de manière automatique, car il ne faut pas qu’une boucle prix-salaires s’enclenche et nous fasse perdre le contrôle de l’inflation », estime Philipe Martin. L’augmentation de 1 % du point d’indice pour tous les fonctionnaires coûterait 2 milliards d’euros, estimait le gouvernement l’année dernière.

2. Revaloriser ou désindexer les prestations sociales

D’autres dépenses publiques augmenteront de pair avec l’inflation. « Il faut s’attendre à ce que les minima sociaux, les pensions de retraite et les salaires augmentent en moyenne au même rythme que les prix à la consommation », prévient Agnès Benassy-Quéré. En janvier ont été revalorisés automatiquement le smic, le minimum vieillesse, les retraites de base, les retraites complémentaires, l’allocation pour congé de proches aidants. En février, le taux de rémunération du livret A doublera à 1%. En avril augmenteront les prestations familiales, le RSA, l’allocation adulte handicapé (AAH), la prime d’activité, les pensions d’invalidité. En juillet seront discutées les allocations-chômage, en octobre grimperont les aides au logement, puis en novembre les retraites Agirc-Arrco. Le chiffrage qui circule à Bercy est qu’un point d’inflation ajoute 1,5 milliard d’euros de prestations sociales (retraites, prestations familiales, arrêts maladie, hors minima sociaux et APL).

La majorité de ces revalorisations est définie dans la loi, mais le gouvernement peut, dans chaque budget annuel, décider d’exceptions. En 2019, il avait ainsi désindexé de l’inflation plusieurs prestations sociales pour privilégier des revalorisations exceptionnelles de la prime d’activité, de l’AAH et du minimum vieillesse. Il pourrait y avoir la tentation de faire de même ces prochaines années. « C’est une méthode classique, bête et méchante pour réaliser des économies, au détriment du pouvoir d’achat », explique un haut fonctionnaire. Mais la consolidation budgétaire n’est pas à l’ordre du jour : les taux sont bas, les règles européennes sont mises entre parenthèses.

Pour les finances publiques, l’inflation peut sembler un avantage à court terme, car au début, les recettes (comme à la TVA) augmentent plus vite que les dépenses, et on rembourse ses emprunts plus rapidement. Mais ensuite, dépenses et taux remontent. « La tension sur les prix montre que les effets d’aubaine sur les taux d’intérêt ne peuvent absolument pas dispenser la sphère publique du retour à une trajectoire soutenable pour maîtriser la dépense et l’endettement », avertit Pierre Moscovici.

3. Comparer les prix

Le chiffre d’une inflation à 1 %, 2 % ou 3 % regroupe des millions de produits et des centaines de secteurs où les prix varient tout le temps. « Quand il y a davantage d’inflation, il y a plus de variabilité entre les produits, donc il y a un retour sur investissement pour les consommateurs qui passent du temps à comparer les prix, à chercher des produits moins chers », remarque Xavier Jaravel, professeur d'économie à la London School of Economics (LSE). Mais pour le moment, le comparateur de prix Idealo ne voit pas d’augmentation de trafic. C’est l’année 2020 jalonnée de confinements qui a explosé les records de fréquentation de son site. Les entreprises aussi vont porter plus d’attention aux prix de leurs concurrents, pour s’ajuster en permanence.

4. Epargner différemment

« Comment vivre avec l’inflation ? En arrêtant de mettre de l’argent sur son livret A, pour le placer sur des produits protégés contre l’inflation, comme la Bourse ou l’immobilier » résume Xavier Jaravel. Avec près de 3 % d’inflation en France, l’argent qui dort sur un compte courant ou un livret A permet chaque jour d’acheter moins de choses.

5. Eviter une crise financière

« Les banques centrales sont l’acteur le plus embarrassé par le retour de l’inflation, souligne Philippe Martin. Il y a beaucoup d’incertitudes sur la dynamique d’inflation des deux années prochaines. On ne peut pas exclure des mécanismes où chacun anticipe que les prix augmentent, donc tout le monde demande des salaires plus élevés, et les entreprises augmentent leurs prix car elles anticipent que leurs concurrents vont le faire. Or si les banques centrales craignent de perdre le contrôle de l’inflation, elles vont appuyer sur le frein – la Réserve fédérale américaine (Fed) commence à le faire. Mais le problème est de ne pas le faire trop brusquement, car alors beaucoup d’entreprises, de ménages et d’Etats verront leurs coûts d’emprunt augmenter très rapidement, et c’est la recette d’une crise financière. Viendra-t-elle des pays émergents, dont la dette s’apprécie en dollars ? Ou de l’Europe, avec le problème de soutenabilité de la dette italienne ? Ou du fait qu’on verra d’un seul coup des entreprises, des start-up trop endettées ? » Pour Ricardo Reis, professeur d’économie à LSE, « si l’inflation persiste, nous devrions nous inquiéter car elle pourrait ébranler le succès de l’euro ».

Paradoxalement, le fait que nous nous étions déshabitués de l’inflation pourrait jouer en notre faveur. « A cause de leur expérience prolongée d’une inflation faible et stable, les individus ont peu de chances d’augmenter brusquement et radicalement leurs anticipations d’inflation à long terme, s’ils n’ont pas réellement traversé une longue période de forte inflation », observe Stefan Nagel, professeur de finance à l’école de management de l’Université de Chicago, auteur d’une étude sur le sujet. L’inflation, pour la minimiser, mieux vaut ne pas trop y penser.

 Jade Grandin de l'Eprevier

21 janvier 2022

Pas une journée sans un titre évoquant le retour fracassant de l’inflation. À juste titre. La hausse des prix à la consommation, qui était encore nulle en décembre 2020, a franchi la barre symbolique des 2% en septembre dernier pour la première fois depuis 3 ans.


Prix de l’énergie : une future correction à la baisse


Pour autant, le diagnostic d’un retour définitif de l’inflation n’est pas tranché. Pour qu’il le soit, il faudrait que l’augmentation des prix soit générale, qu’elle s’installe dans le temps et qu’elle soit auto-entretenue. Or, ces conditions ne sont pas remplies.
D’abord, l’inflation est, jusqu’à maintenant, quasi exclusivement nourrie par la flambée des prix de l’énergie : pétrole, gaz, charbon, électricité… Les cours et les tarifs s’envolent et se retrouvent au cœur de la progression de l’indice général des prix. Sur les 2,1 points d’inflation de septembre, plus de la moitié a pour origine l’énergie alors que les produits manufacturés contribuent pour seulement 0,1 point. Or, beaucoup d’éléments poussent vers un scénario de correction à la baisse des prix de l’énergie.

Côté pétrole, la hausse des cours ne vient pas d’une pression de la demande — la consommation mondiale de pétrole demeure en effet inférieure de 4% à son niveau d’avant crise —, mais d’un ajustement plus brutal de la production qui reste plus loin encore de son pic pré-pandémie. Si la production américaine est durablement entravée par la politique énergétique de Joe Biden, l’offre des pays membres de l’OPEP + va s’accroître après avoir été contingentée. C’est une demande forte de la Russie, à quoi va s’ajouter le retour à venir des barils iraniens sur le marché.
- Idem, pour le gaz. La volonté de la Russie de limiter ses exportations vers l’Europe pèse, mais c’est surtout l’incapacité de la Norvège à restaurer son niveau production après l’incendie de sa principale usine de liquéfaction qui a alimenté les cours. Un choc par nature transitoire alors que le pays s’apprête à augmenter de 2% ses exportations annuelles de gaz naturel par gazoduc. C’est bon pour la facture du gaz, mais aussi de l’électricité. L’énergie devrait donc progressivement ne plus peser sur l’inflation, voire avoir un impact légèrement déflationniste en 2022.


Métaux : début de reflux

Autre source d’inquiétude, la flambée des métaux et des produits agricoles qui se retrouvent maintenant dans les prix de production des produits transformés dont les hausses s’amplifient, qu’ils soient fabriqués en France (+10%) ou importés (+13,4%). Des augmentations spectaculaires à replacer dans le contexte d’une année 2020 totalement atypique avec des prix qui s’étaient effondrés avec la pandémie. L’effet de base est donc important. En outre, le diable se cache dans les détails. Dans le sillage du pétrole, ce sont les prix des produits de la cokéfaction et du raffinage qui poussent le plus avec une envolée de plus de 63%. Emmenée par les produits métallurgiques, la catégorie « autres produits manufacturés » progresse également rapidement. Dans un contexte où en amont les cours des métaux plafonnent désormais voire ont commencé à refluer, le soufflé devrait retomber. Pour les autres lignes de produits, les hausses restent limitées de 2 à 3%.


Aucune boucle prix-salaire en formation


Quant à l’évolution de salaires, la tendance de fond reflétée par les fluctuations du salaire mensuel de base montre des augmentations limitées comprises entre 0,3 et 0,5% par trimestre, pas de quoi faire déraper l’inflation, notamment les prix dans les services. Avec la revalorisation du SMIC au 1er octobre, il faut s’attendre à une accélération au 4e trimestre, mais elle restera modérée. Finalement dans la continuité des années précédentes, la progression du salaire mensuel de base atteindra 1,6% cette année avec des perspectives de progression encore modeste en 2022.


Bref, aucune boucle prix-salaire n’est en formation. Oui, il y a de la tension sur les prix, mais ce n’est pas encore de l’inflation.

Alexandre Mirlicourtois

L’économie est « assise sur une bombe à retardement » : la Deutsche Bank met en garde contre les effets « dévastateurs » de l’inflation

L’opinion selon laquelle l’inflation est transitoire pourrait avoir des conséquences dévastatrices pour l’économie américaine, a averti la Deutsche Bank dans un rapport.

« La conséquence d’un retard sera une perturbation plus importante de l’activité économique et financière que ce ne serait le cas lorsque la Fed agira enfin », ont écrit l’économiste en chef de Deutsche, David Folkerts-Landau, et d’autres. « À son tour, cela pourrait créer une récession importante et déclencher une chaîne de détresse financière dans le monde entier, en particulier sur les marchés émergents. »

La Deutsche Bank n’est pas d’accord avec les perspectives de la Réserve fédérale selon lesquelles la flambée d’inflation que l’économie américaine connaîtra cette année sera temporaire et principalement due à des effets de base.

« Nous assistons au changement le plus important de la politique macroéconomique mondiale depuis l’axe Reagan/Volcker il y a 40 ans. Les injections budgétaires sont désormais « hors des charts » en même temps que le modus operandi de la Fed a changé pour tolérer une inflation plus élevée. Jamais auparavant nous avons vu une telle politique budgétaire et monétaire expansionniste coordonnée. Cela se poursuivra à mesure que la production dépassera son potentiel. C’est pourquoi cette fois-ci est différente pour l’inflation », note le rapport. « Les effets pourraient être dévastateurs, en particulier pour les plus vulnérables de la société. »

Le monde sort de son ancien environnement de faible inflation. Ce changement a été accéléré par la réponse monétaire massive à la pandémie de coronavirus.

« Cela peut prendre un an de plus jusqu’en 2023, mais l’inflation réapparaîtra. Et s’il est admirable que cette patience soit due au fait que les priorités de la Fed se tournent vers des objectifs sociaux, négliger l’inflation laisse les économies mondiales assises sur une bombe à retardement « , a déclaré Folkerts-Landau. « La dette souveraine a atteint des niveaux inimaginables il y a dix ans, les grands pays industriels dépassant les niveaux de la ligne rouge de 100 % du PIB. »

Cette crise a été une bête complètement différente, principalement en raison de la quantité de stimulus qui a été introduite dans l’économie. Le Congrès a adopté jusqu’à présent plus de 5 000 milliards de dollars de mesures de relance liées à la pandémie. En plus de cela, la Fed a presque doublé son bilan à près de 8 000 milliards de dollars.

« Il y a une différence frappante entre la réponse d’aujourd’hui et celle des krachs financiers précédents, car la relance d’aujourd’hui éclipse la réponse aux crises de 2008 et des années 1930. La relance budgétaire actuelle est plus comparable à celle observée autour de la Seconde Guerre mondiale. Ensuite, les déficits américains sont restés entre 15 -30% pendant quatre ans Bien qu’il existe de nombreuses différences significatives entre la pandémie et la Seconde Guerre mondiale, nous notons que l’inflation annuelle était de 8,4%, 14,6% et 7,7% en 1946, 1947 et 1948 après la normalisation de l’économie et la libération de la demande refoulée. « , ont déclaré les économistes de la Deutsche Bank. « C’est pourquoi cette fois est différent pour l’inflation. »

L’équipe de Deutsche a souligné que le type d’inflation à venir pourrait être similaire à celui des années 1970 – une décennie qui a vu une croissance des prix moyenne de 7 % et même atteindre des taux à deux chiffres à certaines périodes.

À l’époque, le président de la Fed de l’époque, Paul Volcker, a lutté contre une inflation élevée avec des hausses spectaculaires des taux d’intérêt, ce qui a conduit à une récession. Et le rapport a averti que cela pourrait également être ce qui attend les États-Unis cette fois-ci.

« Déjà, de nombreuses sources de hausse des prix filtrent dans l’économie américaine. Même si elles sont transitoires sur le papier, elles peuvent alimenter les attentes comme elles l’ont fait dans les années 1970 », indique le rapport. « Le risque alors, c’est que même s’ils ne sont intégrés que pendant quelques mois, ils peuvent être difficiles à contenir, surtout avec un stimulus si élevé. »

Face à tout cela, la Fed a promis de maintenir sa politique monétaire souple jusqu’à ce qu’elle atteigne ses objectifs de plein emploi et d’inflation. Et tandis que la banque centrale américaine reste patiente face à une inflation plus élevée, elle pourrait manquer l’occasion d’agir à temps, a ajouté la banque allemande.

« La conséquence d’un retard sera une perturbation plus importante de l’activité économique et financière que ce ne serait le cas lorsque la Fed agira enfin. À son tour, cela pourrait créer une récession importante et déclencher une chaîne de détresse financière dans le monde entier, en particulier sur les marchés émergents », explique le rapport. « Peu de gens se souviennent encore comment nos sociétés et nos économies étaient menacées par une forte inflation il y a 50 ans. Les lois les plus fondamentales de l’économie, celles qui ont résisté à l’épreuve du temps pendant un millénaire, n’ont pas été suspendues. »

Dans l’intervalle, la secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, a déclaré que le plan de dépenses de 4 000 milliards de dollars du président Joe Biden devrait aller de l’avant même s’il déclenche une inflation plus élevée qui pourrait durer l’année prochaine et entraîner une hausse des taux d’intérêt.

« Si nous nous retrouvions avec un environnement de taux d’intérêt légèrement plus élevé, ce serait en fait un plus pour le point de vue de la société et le point de vue de la Fed », a déclaré Yellen à Bloomberg dimanche.

Avertissement: Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et peuvent ne pas refléter celles de Métaux Kitco inc. L’auteur s’est efforcé d’assurer l’exactitude des informations fournies; cependant, ni Kitco Metals Inc. ni l’auteur ne peuvent garantir une telle exactitude. Cet article est strictement à titre informatif. Il ne s’agit pas d’une sollicitation à effectuer un échange de matières premières, de titres ou d’autres instruments financiers. Kitco Metals Inc. et l’auteur de cet article n’acceptent aucune responsabilité pour les pertes et/ou dommages résultant de l’utilisation de cette publication.

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Quand l’inflation reviendra, la crise sera très violente

Des relocalisations au vieillissement, tout concourt à une hausse des prix à moyen terme. Problème, notre économie est structurée par des taux bas.

L’inflation est devenue élevée aux États-Unis (5 % en mai), à un moindre degré en Europe (2 % dans la zone euro en mai). Mais cette poussée d’inflation n’est probablement que transitoire. En effet, elle est liée à des hausses de prix des matières premières (dues à la rapidité de la reprise économique mondiale et à la forte demande pour certains biens, électroniques, par exemple) qui ne vont pas se prolonger, tandis que les hausses de salaire restent faibles (l’emploi est toujours très inférieur à son niveau d’avant la crise du Covid) et qu’il n’y a plus, depuis longtemps, de lien entre création monétaire et inflation. De plus, l’indexation des salaires aux prix est aujourd’hui très faible, ce qui exclut un enchaînement inflationniste entre prix et salaires comme dans les années 1970-1980.

Mais il est en revanche probable que, à moyen terme, l’inflation revienne dans les pays de l’OCDE, et cela pour plusieurs raisons qui vont dans le même sens. La première est le vieillissement démographique. La hausse du nombre de retraités conduit à la baisse de l’épargne (les retraités désépargnent pour consommer), d’où une situation d’excès de demande des biens et services qui est normalement inflationniste.

Le prix des énergies renouvelables

La seconde est la transition énergétique. En raison de l’intermittence de la production des énergies renouvelables, le passage à ces énergies implique que la capacité de production d’électricité soit beaucoup plus importante que la demande puisqu’il faut produire quand c’est possible et stocker l’électricité ainsi produite (le jour et lorsqu’il y a du vent). Le coût du capital à mettre en place devient ainsi beaucoup plus élevé, ce qui accroît le prix de l’énergie.

La troisième explication du retour de l’inflation à moyen terme est la volonté de relocaliser les productions, de raccourcir les chaînes de valeur et de produire moins dans les pays émergents à coûts salariaux faibles. Fabriquer des biens et services dans les pays de l’OCDE est deux fois plus cher que de les fabriquer dans les pays émergents, d’où le caractère inflationniste des relocalisations.

Enfin, il faut rappeler que l’inflation est essentiellement d’origine salariale. Or, on voit apparaître dans tous les pays une volonté de progression des plus bas salaires, une demande sociale forte de réduction des inégalités et de la pauvreté. Il y aura certainement dans le futur des hausses des bas salaires, qui seront inflationnistes puisqu’il s’agit le plus souvent d’emplois peu qualifiés dont il est difficile d’accroître la productivité.

Pour toutes ces raisons, il faut raisonnablement s’attendre à un retour de l’inflation, pas maintenant, mais dans quelques années. L’inflation forcera les banques centrales à remonter les taux d’intérêt à court terme, et aura en plus un effet direct de hausse des taux d’intérêt à long terme.

Des taux d’endettement très élevés

Le problème est que toute l’économie et la finance des pays de l’OCDE sont organisées comme si les taux d’intérêt devaient rester perpétuellement très bas. Les taux d’endettement des États et des ménages sont très élevés. Les entreprises ont également beaucoup accru leur levier d’endettement – en s’endettant et en rachetant leurs actions. Le levier d’endettement des fonds d’investissement est aussi très élevé. Les cours boursiers, les prix de l’immobilier, la valeur des entreprises dans les transactions (acquisitions…) sont cohérents avec un environnement durable de taux d’intérêt bas.

Si les taux d’intérêt remontent dans quelques années avec l’inflation, il en résultera alors l’excès d’endettement public et privé, des pertes pour les fonds d’investissement, le recul des prix des actifs (actions, immobilier) et de la richesse, une baisse forte de l’investissement et des achats de logements puisque les entreprises et les ménages essaieront de se désendetter, la nécessité de passer à une politique budgétaire restrictive, et au total une contraction violente de la demande et de la production, associée à un problème généralisé de solvabilité.

Ce n’est probablement pas aujourd’hui que l’inflation va durablement augmenter, et les hausses présentes des prix sont très certainement transitoires. Mais si l’inflation revient à moyen terme, la crise sera très violente. Tous les choix financiers faits dans l’environnement de taux d’intérêt très bas se révéleront inadaptés.

Patrick Artus

Publié le 24/07/2021

« Notre industrie fait face à des pénuries de la chaîne d’approvisionnement ainsi qu’à une augmentation rapide des prix. Bien que nous n’ayons pas encore eu à aller à cet extrême sur les types de produits spécialisés que nous produisons, j’ai vu les prix de vente des toitures métalliques « à base de matières premières» augmenter de 30 % au cours des six derniers mois, avec des augmentations supplémentaires prévues.

« Nous voyons également le marché des bardeaux d’asphalte leader de l’industrie dans un cornichon. Les prix augmentent, les fabricants ont des distributeurs et des sous-traitants sur l’attribution, et des délais de 30 semaines sont signalés. Nous voyons également l’industrie réduire ses offres de produits.

« Le résultat final est que nous avons un marché de la rénovation et de la construction très robuste, avec une disponibilité limitée des produits et des prix en flèche. Tout le monde est au courant des problèmes de bois d’œuvre, mais nous entendons également parler de problèmes majeurs avec les fenêtres, les portes et les produits de revêtement.

« En tant que fabricant de toitures métalliques, voici quelques-unes des augmentations de matières premières que nous avons connues au cours des six derniers mois :

Aluminium non peint: jusqu’à 15 %
Acier galvanisé non peint: jusqu’à 57 %
Revêtements utilisés sur nos produits: + 10 %
Emballage en carton ondulé : + 15 % en moyenne
Bois pour l’emballage : + 34 %
Fixations : jusqu’à 5 à 8 %.
« En règle générale, les métaux et les revêtements représentent environ 85 % des coûts de nos produits.

« Et puis, nous sommes également confrontés à une augmentation des coûts de fret ainsi qu’à des difficultés d’expédition à l’international. Notre client au Japon connaît également un marché très robuste, mais il peut nous falloir plus de 30 jours pour obtenir un conteneur prévu pour leur apporter le produit.

« Nous importons des sous-couches de toiture en polymère de Chine et le gros problème a également été les livraisons – obtenir des conteneurs pour nous apporter le produit.

Et cet article du site WolfStreet de conclure.

« Ces exemples représentent un mouvement à grande échelle. Et cela se résume à ceci: Oubliez l’inflation de 2 %. Il y a de fortes pressions sur les marges des entreprises partout, et elles ont maintenant recours à de fortes hausses de prix pour compenser la flambée des coûts des intrants. Et leurs clients – d’autres entreprises et consommateurs – paient ces prix plus élevés. Tout l’état d’esprit a changé. Un état d’esprit inflationniste s’est établi en peu de temps et il y aura un dépassement massif de l’inflation que la Fed tentera de qualifier de temporaire ».

 

Todd Miller, président de Classic Metal Roofing Systems

traduction de Charles Sannat :

 

La grande peur de l'inflation

 

Alimentée par la flambée des matières premières et la crainte d'une surchauffe aux Etats-Unis, la menace inflationniste pèse sur l'activité économique et les marchés financiers. Est-elle fondée ?

Envolée du prix des matières premières essentielles dont le pétrole, de 30 à plus de 100 % sur un an, petit frémissement à la hausse des indices des prix, tensions sur les taux d'intérêt à long terme américains : depuis un bon mois, le spectre d'une spirale inflationniste - façon années 1970 - refait surface, comme les bourgeons au printemps. Ironie de l'histoire, avant le coronavirus nombre d'économistes s'inquiétaient du risque de déflation pendant la pandémie. Et beaucoup cherchaient la lumière de la reprise au bout du tunnel. Aujourd'hui, c'est le virus de l'inflation qui obsède certains d'entre eux. Quel retournement!

A priori, la perspective d'un retour de l'inflation dans une économie mondiale qui a connu son plus grand choc depuis un peu plus d'un demi-siècle paraît logique et saine.

 

"Toute la question est de savoir s'il s'agit d'un rebond à court terme ou d'un phénomène inflationniste conséquent et durable" , s'interroge Ludovic Subran, chef économiste d'Allianz. Mais alors que la Chine est repartie sur les chapeaux de roue et que les Etats-Unis devraient afficher une croissance de 6,5 % cette année, certains signaux ne sont guère rassurants. Heureuses de voir leurs carnets de commandes se remplir, nombre d'entreprises industrielles occidentales qui se fournissent en Chine - de l'électronique à

l'automobile en passant par le BTP - doivent faire face à des hausses de prix conséquentes sur certains composants ou sur les matières premières (lire page 66) .

 

"L'industrie est le premier secteur à être reparti, constate Bruno Cavalier, économiste à Oddo BHF. Mais les usines n'ont pas été détruites, elles ont juste été fermées. Une fois les goulets d'étranglement résorbés, l'offre s'ajustera à la demande, la tension sur les prix des matières premières et de certains biens industriels devrait retomber." D'ailleurs, les prix à la production chinois (sortie d'usine) sont plutôt orientés à la baisse sur un an (- 1,5 % en mars).

 

Pourtant, pendant que les industriels s'alarment de voir leurs marges rognées par cette flambée des prix, Wall Street se fait aussi du mouron. L'indice Dow Jones plane à des niveaux stratosphériques et certains investisseurs craignent qu'une remontée des taux d'intérêt, visant à freiner l'envolée des prix, entraîne une chute des marchés actions et un dégonflement de la bulle immobilière. D'autres ont peur que la Re-serve fédérale ne réagisse pas assez vite pour casser les anticipations inflationnistes. Jerome Powell, président de la Fed, s'évertue à tous les rassurer :"Nous nous attendons à ce que l'inflation augmente au cours de l'année, mais elle ne sera ni particulièrement importante ni persistante" , a-t-il déclaré le 22 mars lors de son audition à la Chambre des représentants. Ajoutant :"Nous avons les outils nécessaires pour faire face à cette situation, si elle devient problématique."

Lire aussiLa Chine affole les prix des matières premières

Des signaux qui clignotent

Trois indicateurs sont surveillés pour anticiper les tensions inflationnistes : l'injection massive de liquidités dans l'économie, notamment aux Etats-Unis, la flambée des prix des matières premières et les cours du fret maritime qui explosent.

Scénario noir

Pas sûr que ces déclarations suffisent à désamorcer les critiques de Larry Summers, ex-secrétaire au Trésor des Etats-Unis sous la présidence Clinton, contre l'administration Biden, coupable, selon lui, d'appliquer la politique macroéconomique"la moins responsable" depuis quatre décennies. D'après lui, le programme Biden pourrait entraîner l'économie américaine dans une spirale inflationniste, couplée à une hausse vertigineuse des taux d'intérêt. Provoquant un alourdissement du coût de la dette, alors que les Etats s'endettent actuellement à des taux nuls, voire négatifs.

Force est de constater qu'en additionnant les 1 900 milliards de ce plan à celui de 900 milliards adopté en décembre 2020, le soutien public à l'économie américaine représente 13 % du PIB. Sans compter les 2 000 milliards de dollars du vaste plan d'infrastructures que le président américain vient d'annoncer. Du coup, Olivier Blanchard, ex-chef économiste du Fonds monétaire international (FMI), s'inquiète lui aussi d'un potentiel dérapage inflationniste comparable à celui des années 1960-1970 (lire page 60).

Tous les économistes ne partagent pas les scénarios noirs du tandem Summers-Blanchard."Leur approche suppose une forte reprise de la consommation, une fois toute l'économie rouverte et la mise en route d'une boucle entre l'augmentation des prix et celle des salaires" , note Ludovic Subran. En outre, ce genre de phénomène ne se produit pas du jour au lendemain. Comme l'a souligné le Nobel d'économie Paul Krugman sur Bloomberg TV :"Les gens ne vont pas se réveiller un matin en se disant “tiens l'inflation est de retour, je vais anticiper 10 % de hausse des prix !”"

Tandis que Kenneth Rogoff, ex-chef économiste du FMI, observe :"Lorsque l'inflation avait atteint deux chiffres au sein de nombreux pays riches dans les années 1970, cette forte augmentation s'était étalée sur plusieurs années." Autre différence : les banques centrales ne disposaient pas du même arsenal qu'aujourd'hui pour contrecarrer l'inflation. Mais, surtout, le monde a radicalement changé. Les pressions déflationnistes structurelles - la numérisation de l'économie et l'effet de la mondialisation des salaires -qui s'exercent depuis la crise de 2008 n'ont pas disparu par magie avec la pandémie.

Enfin, ce débat sur le retour de l'inflation est pour le moment plus américain qu'européen."Historiquement, la corrélation entre l'inflation aux Etats-Unis et dans la zone euro est raisonnablement élevée à cause de facteurs communs tels que les chocs pétroliers. Mais, cette fois, il s'agit du stimulus fiscal surdimensionné aux Etats-Unis, qui est spécifique à ce pays" , estime Lorenzo Codogno, professeur à la London School of Economics. Et surtout, de ce côté-ci de l'Atlantique, les vicissitudes des politiques vaccinales sont plus inquiétantes pour la reprise de l'économie que l'évolution de l'indice des prix. Et même si, comme le prévoit le consensus, l'inflation en zone euro pourrait se rapprocher des 2 %, en glissement annuel, courant 2021, ce ne serait pas la fin du monde.

Lire aussiLe baril de pétrole flambe malgré la pandémie

Le plan Biden peut créer une spirale inflationniste

Certains économistes, dont je suis, sont d'accord avec la secrétaire au Trésor, Janet Yellen, sur la nécessité de sortir le grand jeu en matière de relance économique. Mais ils ont des doutes quant à la taille du plan d'aide de l'administration Biden et s'interrogent sur ses conséquences inflationnistes.

Si l'on ajoute ce programme de 1 900 milliards de dollars, adopté début mars à celui de 900 milliards de décembre 2020, l'effort budgétaire total atteint 2 800 milliards de dollars. En prenant un coefficient multiplicateur de la demande de 0,3, ces mesures de relance comblent la perte e production due à la pandémie, soit 900 milliards. Il n'y a plus aucune raison de s'inquiéter. En revanche, avec un multiplicateur de 1, ces programmes combinés génèrent une demande additionnelle de 2 800 milliards, ce qui risque d'entraîner une très forte surchauffe de l'économie.

Ceux qui défendent sans restriction cette relance massive font valoir que même en cas de surchauffe économique importante, celle-ci n'entraînerait pas une inflation élevée et n'obligerait donc pas la Fed à augmenter les taux d'intérêt de façon spectaculaire. Même en prenant des estimations les plus pessimistes d'Emi Nakamura, professeur à Berkeley, l'augmentation de l'inflation ne serait que d'1,25 %, ce qui n'est pas catastrophique.

Durant les dernières années, les anticipations d'inflation des agents économiques étaient rigides, insensibles aux mouvements de très court terme des prix.

Elles restaient ancrées à l'objectif d'inflation de la banque centrale. Mais en cas de surchauffe de l'économie, ces anticipations pourraient se désancrer. Dans ce cas, le taux d'inflation pourrait être beaucoup plus fort, comme dans les années 1960. De 1961 à 1967, les administrations Kennedy et Johnson ont fait tourner l'économie au-dessus de son potentiel de croissance, ce qui a fait chuter le taux de chômage à moins de 4 %. Dans le même temps, l'inflation a légèrement augmenté à moins de 3 %. Ce qui laissait penser qu'il existait un compromis permanent entre inflation et chômage. Mais, en 1967, les anticipations d'inflation se sont ajustées à la hausse.

Résultat : en 1969, le taux d'inflation a atteint près de 6 %. Et les politiques fiscales et monétaires se sont resserrées, entraînant une récession entre fin 1969 et fin 1970."

 

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