Liban..

Publié le par ottolilienthal

Explosion à Beyrouth : "L'urgence, c'est de faire passer le Liban de la tutelle iranienne à un mandat de l'ONU", estime un spécialiste

Le directeur de l'Observatoire des pays arabes Antoine Basbous estime que le Liban souffre du joug iranien et de sa propre classe politique "mafieuse".

"L'urgence, aujourd'hui, c'est de faire passer le Liban de la tutelle iranienne à un mandat de l'ONU pour lui permettre de renaître de ses cendres", analyse le politologue et directeur-fondateur de l'Observatoire des pays arabes, Antoine Basbous, mardi 3 août sur franceinfo, alors que le Liban s'enlise un an après une géante explosion mortelle à Beyrouth.

franceinfo : Le volontarisme français a-t-il abouti à quelque chose au Liban ?

Antoine Basbous : Il a le mérite d'exister. Il a apporté une aide humanitaire et fait connaître cette cause du malheureux Liban. Mais, à vrai dire, le nœud du problème n'est pas l'aide humanitaire. Le problème est politique et aucun des pays n'ose vraiment l'affronter directement de peur des représailles. C'est un pays qui est en quelque sorte soumis à l'Iran, qui a fait main basse sur le Liban à travers son bras armé, le Hezbollah. Celui-ci veut maintenir le statu quo, c'est-à-dire contrôler tous les pouvoirs, les frontières, le port, l'aéroport, les finances et la contrebande vers la Syrie qui l'enrichit. Donc, si réforme il devait y avoir, comme le préconisait le président français, cela lui fera perdre ce contrôle et ses avantages. L'urgence, aujourd'hui, c'est de faire passer le Liban de la tutelle iranienne à un mandat de l'ONU pour lui permettre de renaître de ses cendres.

"On ne voit pas éclater la vérité de sitôt avec cette classe politique mafieuse."

Antoine Basbous

à franceinfo

Quel rôle joue la classe politique libanaise dans cette crise ?

Pour la gouvernance, c'est le vide sidéral. Il n'y a pas de gouvernement depuis un an maintenant. Il y a un refus systématique des réformes qui conditionnent les aides internationales. Et surtout, les magistrats qui enquêtent sur l'explosion du port sont bloqués par une classe politique solidaire qui refuse de lever l'immunité des dirigeants qui se couvrent mutuellement. On ne voit pas éclater la vérité de sitôt avec cette classe politique mafieuse. Cette classe politique prend en otage le Liban. Elle l'a volé, l'a pillé, et aujourd'hui le citoyen vit l'enfer au quotidien. Il n'y a pas de courant, pas de médicaments, très peu d'essence. C'est l'effondrement des salaires, l'envolée des prix. C'est la misère, la famine et surtout c'est le désespoir. Que peut faire la France ? Elle ne va pas envoyer l'armée. La France a entraîné avec elle l'Union européenne pour imposer des sanctions aux dirigeants qui bloquent les réformes et la formation d'un gouvernement, et en même temps l'Union européenne veut punir tous ceux qui veulent entraver les élections qui sont programmées au printemps prochain. L'Iran et le Hezbollah veulent le statu quo pour prolonger le mandat des députés qui vont élire un président de la même trempe que le général Aoun, leur homme au palais présidentiel, et ce sera probablement son gendre.

D'autres pays avec davantage d'influence sur le Liban, comme l'Arabie saoudite, vont-ils intervenir ?

L'Arabie saoudite a totalement tourné la page du Liban. Dans les conférences internationales, Ryad n'envoie même pas un ambassadeur. L'Arabie a tourné cette page parce qu'elle considère que toute aide apportée au Liban est versée directement ou indirectement au Hezbollah. Aujourd'hui, c'est la politique de la carotte et du bâton, sauf que la carotte européenne est trop maigre et le bâton trop faible. De ce fait, les dirigeants libanais jouent avec cette donnée-là et savent que pour l'instant la carotte n'est pas très appétissante et le bâton ne fait pas peur. C'est ça le drame d'aujourd'hui.

 

 

https://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/liban/explosion-a-beyrouth-l-urgence-c-est-de-faire-passer-le-liban-de-la-tutelle-iranienne-a-un-mandat-de-l-onu-estime-un-specialiste_4726421.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20210805-[lespluspartages/titre2]

"Ces substances provoqueront une gigantesque explosion qui détruira le port de Beyrouth" : le rapport ignoré d'un lanceur d'alerte

C'est une bombe à retardement qu'on a laissé se constituer au port de Beyrouth. "Envoyé spécial" a eu accès à des rapports confidentiels, jamais diffusés, mais transmis à la hiérarchie militaire et politique... et jusqu'au Premier ministre libanais. L'alerte avait été lancée en termes explicites quelques semaines avant l'explosion du 4 août 2020

Le 4 août 2020, il est 18h08 quand, dans le hangar numéro 12 du port de Beyrouth, explose l'équivalent d'un dixième de la charge de l'arme atomique larguée sur Hiroshima. Que s'est-il passé exactement ?

Peu avant 18 heures, un incendie se déclare, et des pompiers et des militaires sont envoyés sur place. Ils ne le savent pas, mais derrière la porte du hangar se trouvent 2 750 tonnes de nitrate d'ammonium. Cette substance explosive peut résister aux chocs et aux frottements, mais pas à un incendie violent.

Le hangar n°12 contenait de quoi provoquer une réaction en chaîne

Le nitrate d'ammonium est entreposé ici sans aucune précaution, dans des centaines de sacs, comme le montrent les photos que les journalistes d'"Envoyé spécial" ont pu se procurer. Mais ce n'est pas tout. Le hangar renferme en outre des barils d'essence, de kérosène, d'acide chlorhydrique... et 15 tonnes de feux d'artifice. De quoi provoquer une réaction en chaîne.

Elle a lieu une trentaine de secondes après la première déflagration (l'incendie démarre avant 18 heures, une première petite déflagration se produit à 18h07, l'incendie se propage alors et 35 secondes plus tard, à 18h08, retentit la grosse explosion). Favorisées par les feux d'artifice, les flammes gagnent l'ensemble du hangar... jusqu'au nitrate d'ammonium.

Un rapport transmis à tous les hauts responsables libanais

Lorsque les journalistes d'"Envoyé spécial" sont arrivés à Beyrouth pour ce reportage, l'enquête avançait lentement – comme la reconstruction de la ville. Une trentaine de personnes avaient été arrêtées, sans être formellement inculpées.

Parmi elles se trouve un homme qui avait pourtant tenté d'alerter du danger, d'empêcher la catastrophe. "Envoyé spécial" a retrouvé les rapports confidentiels, jamais diffusés, du commandant Joseph Naddaf, en poste à la Sûreté générale du port de Beyrouth.

En décembre 2019, en patrouillant sur le port, le militaire avait remarqué que la porte du hangar n°12 ne fermait pas et qu'un des murs était troué. A l'intérieur du hangar, il avait découvert des centaines de sacs en mauvais état, contenant du nitrate d'ammonium. Il avait pris des photos.

"Aucun n'a fait quoi que ce soit, et l'explosion a eu lieu"

Quelques semaines avant l'explosion, Joseph Naddaf l'avait écrit noir sur blanc : "Ces substances provoqueront une gigantesque explosion qui détruira le port de Beyrouth." "Les ministres de l'Intérieur, de la Défense, des Finances, les chefs de l'armée, de la Sûreté générale, et tous les plus hauts officiers du pays ont reçu ce rapport, précise aujourd'hui son oncle. Aucun n'a fait quoi que ce soit, et l'explosion a eu lieu. Ils ont été interrogés, et tous relâchés, alors que Joseph, lui, a été arrêté." "Inacceptable" pour sa famille...

France 2France Télévisions
https://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/liban/explosions-a-beyrouth/video-ces-substances-provoqueront-une-gigantesque-explosion-qui-detruira-le-port-de-beyrouth-le-rapport-ignore-d-un-lanceur-d-alerte_4175839.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20201113-[lesimages/image1]
 

 

Saad Hariri désigné Premier ministre

Il promet de constituer un gouvernement d'experts, hors des partis politiques, pour mener des réformes « en accord avec l'initiative française ».

Saad Hariri a de nouveau été désigné jeudi Premier ministre du Liban pour former un gouvernement, a rapporté la présidence après les consultations parlementaires contraignantes menées par le chef de l'État Michel Aoun.

Saad Hariri a été choisi par une majorité de 65 députés, selon un communiqué lu en conférence de presse par un haut responsable de la présidence. Il avait démissionné il y a quasiment un an jour pour jour sous la pression d'un soulèvement populaire inédit et va devoir s'atteler à la formation d'une nouvelle équipe gouvernementale dans un Liban en plein effondrement économique

Le Premier ministre tout juste désigné Saad Hariri a promis au Liban de former un « gouvernement d'experts » en vue de mener des « réformes », en accord avec « l'initiative française » défendue par Paris pour sortir le pays de son effondrement économique. Promettant une équipe « d'experts » qui ne seraient pas issus de partis politiques pour mener « des réformes économiques financières et administratives », Saad Hariri s'est engagé dans une brève allocution télévisée à « former un gouvernement rapidement, car le temps presse et le pays est confronté à son unique et dernière chance ».

Modifié le - Publié le | Le Point.fr

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article