érable sycomore

Publié le par ottolilienthal

Une incroyable découverte dans une forêt de l’Ain

Mais quel est donc cet arbre rare et précieux qui vient d’être trouvé à Thézillieu et qui fait le bonheur des violonistes et propriétaires de yachts luxueux?

C'est un arbre rare, un érable sycomore ondé, que Jean-Louis Ogeard, technicien forestier chef à l’office national des forêts (ONF), a découvert dans la forêt domaniale de Saint-Sulpice, sur les hauteurs de Thézillieu. «  Un pur hasard, car rien ne distingue un érable sycomore ondé d’un autre érable.

Situé au cœur d’un lot de bois à abattre pour régénérer la forêt, et âgé d’environ 150 ans, souffrant des premiers symptômes de dessèchement, c’est en le martelant que je me suis aperçu qu’il était ondé. C’est un phénomène extrêmement rare, moins d’un érable sur mille présente cette caractéristique et ces arbres sont recherchés en lutherie où ils servent à fabriquer de prestigieux violons. Mais aussi en placage de luxe et marqueterie sur tableau de bord de voitures ou yachts prestigieux ou certains meubles exceptionnels. Bien droit, sans nœud sur une grande longueur, présentant des ondulations jusqu’à son cœur, il possède plus de 1,5 m³ exploitable », se réjouit le garde forestier qui, dans ses 37 ans de carrière, n’en avait fait abattre qu’un seul exemplaire.

Le symbole du chagrin d'amour

L’érable sycomore est connu pour être le symbole du chagrin d’amour, particulièrement dans le théâtre shakespearien. Cela proviendrait du jeu de mots Sickamour (sick : malade en anglais). C’est un bois homogène, d’un blanc nacré ou rosé dont la feuille est le symbole de l’État canadien. On tire d’ailleurs du sirop d’érable cuit dans les cabanes à sucre canadiennes lors de ses montées de sève au printemps.

« L’origine des ondes reste mystérieuse. Certains évoquent le croisement de forces telluriques à l’endroit où il pousse, mais rien n’est moins sûr. Nous avons effectué des essais pour voir si ces ondulations sont liées à la génétique, en récupérant, il y a une vingtaine d’années, des graines d’érable ondé, mises en semis. Ces arbres poussent actuellement sur des placettes répertoriées, mais il faudra encore attendre des années avant de pouvoir se prononcer » conclut Jean Louis Ogeard.

Vendu aux enchères

«  L’érable sycomore pousse naturellement sur notre moyenne montagne du Plateau d’Hauteville et les pentes du Grand Colombier. D’ailleurs les enfants aiment jouer avec ses fruits, ses samares, qui retombent au sol dans un mouvement d’hélice d’hélicoptère. À l’état normal, les fibres du bois se développent d’une façon droite et verticale, mais, exceptionnellement il présente des fibres ondulées plus ou moins régulières formées de bandes mates et brillantes qui peuvent être verticales, axiales, ou tangentielles qui donnent toute sa valeur à ce sycomore » poursuit le garde forestier.

Soigneusement abattu, l’arbre va rejoindre par camion la forêt de Seillon où aura lieu mi-novembre, une vente de bois. « Nous allons l’inclure dans un catalogue et aussi démarcher différents luthiers ou intermédiaires d’acheteurs de bois luxueux. Il sera vendu aux enchères par soumission sous plis cachetés, au mieux disant. Sa valeur peut vite grimper entre 2 000 et 8 000 euros le m³ contre 40 euros en bois de chauffage. On retrouve les gros spécimens de cette essence dans les forêts domaniales, car dans les domaines privés, il est souvent abattu bien plus jeune pour laisser place aux résineux. Une espèce qu’il retrouvera peut-être dans un futur instrument car il est généralement associé à un autre bois de résonance tout aussi rare, comme certains épicéas du Jura, dans la table d’harmonie d’un violon, d’une guitare ou d’un violoncelle…

  • Guy DOMAIN
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