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Publié le par ottolilienthal

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La base 311, QG de la guerre d’influence de la Chine

Une étude d’une ampleur sans précédent dévoile le gigantisme tentaculaire et très professionnalisé des réseaux d’influence construits par la Chine partout dans le monde. Le rapport publié lundi par l’Irsem démontre que la base 311 est le centre nerveux de la propagande de Pékin.

Officiellement, elle s’appelle l’unité 61716 de l’armée chinoise, ou base 311, surnommée "la base de la guerre de l’opinion publique, de la guerre psychologique et de la guerre du droit". Dissimulée derrière l'adresse d'une piscine située à proximité, elle a été créée en 2005 dans la province du Fujian à Fuzhou, juste en face de Taïwan. Son rôle est de centraliser les opérations de guerre psychologique qui visent à rallier la population taïwanaise aux thèses de Pékin.

>> INFO FRANCEINFO. Un rapport français dévoile le gigantisme des réseaux d'influence chinois dans le monde

Le rapport que publie lundi 20 septembre l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (Irsem), auquel la rédaction internationale de Radio France a eu accès, apporte des éléments concrets de son fonctionnement et de son commandement bicéphale composé de militaires et de commissaires politiques. Le personnel de la base est généralement présenté comme des chercheurs ou des ingénieurs.

"Les ingénieurs écrivent notamment sur des sujets liés aux questions de sécurité informatique, communications réseaux et autres sujets techniques, précise le rapport.  Les chercheurs, quant à eux, écrivent sur des sujets en lien avec la guerre de l’opinion publique et la guerre psychologique."  Ils travaillent aussi sur les sujets liés à l’intelligence artificielle. La base 311 fait partie depuis 2015 de la Force de soutien stratégique de l’armée qui couvre aussi le spatial et la guerre électronique.

Une nébuleuse d’organisations

Dans sa guerre d’influence, toujours selon le rapport, "la base 311 mobilise trois types d’organisations : des entreprises façades du secteur médiatique, des unités de l’Armée populaire de libération qui lui sont subordonnées, ainsi que des plateformes relais avec lesquels les liens sont davantage distendus et flous."
Cet ensemble forme une nébuleuse tentaculaire et opaque. "La base 311 opère en utilisant des entreprises qui constituent ses façades civiles, notamment la China Huayi Broadcasting Corporation (CHBC) ou la Voice of the Strait (VTS)" , peut-on lire dans le rapport. Ces médias multicanaux ont notamment pour cible la population de Taïwan ou les États-Unis.

D’autres unités secrètes sont affiliées à la base 311, notamment l’unité 61070 qui est un centre de propagande réseaux. Elle est située à proximité de la base 311.

Et puis, la Chine utilise des bataillons de plateformes relais, d’ONG, de structures civiles qui gravitent dans l’orbite de la base 311. "Elles ont en commun, peut-on lire dans le rapport, de servir de relais aux opérations d’influence de la République populaire de Chine ou du moins de les faciliter."

Les plus connues sont la China Association for International Friendly Contact (CAIFC) et la China Association for Promotion of Chinese Culture (CAPCC). "Le mode d’action de la CAIFC consiste à prendre contact et cultiver des relations avec des membres des élites des pays étrangers, notamment dans le secteur de la défense", écrit le rapport. La base 311 est un élément clé de la nouvelle stratégie d’influence de la Chine, qui s’est considérablement durcie ces dernières années. "Ses méthodes ressemblent de plus en plus, conclut le rapport de l’IRSEM, à celles employées par Moscou." Et l’élève chinois a sans doute aujourd’hui dépassé le maître russe… 

https://www.francetvinfo.fr/monde/chine/info-franceinfo-la-base-311-qg-de-la-guerre-dinfluence-de-pekin_4776929.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20210920-[lestitres-coldroite/titre7]

Comment le 11-Septembre a ouvert la voie au complotisme à grande échelle

"Les théories du complot autour du 11 septembre 2001 sont devenues un modèle", analyse pour franceinfo l'historienne Marie Peltier, spécialiste du conspirationnisme.

Les attentats du 11 septembre 2001 sont à jamais associés aux théories du complot qu'ils ont fait naître. Les Twin Towers du World Trade Center ne se seraient pas effondrées à cause des deux avions qui les ont percutées, le Pentagone aurait été frappé par un missile, le gouvernement américain aurait laissé les terroristes d'Al-Qaïda agir... Vingt ans après, ces récits complotistes restent prégnants.

Pour l'historienne Marie Peltier, le 11-Septembre marque l'entrée du monde dans l'ère du complotisme. Les thèses conspirationnistes, qui prolifèrent désormais sur les réseaux sociaux, sont les symptômes d'une société malade de ses fractures. A l'occasion des commémorations des attaques terroristes, franceinfo a interviewé cette spécialiste du sujet, autrice notamment d'Obsession : dans les coulisses du récit complotiste (Ed. Inculte, 2018).

Franceinfo : Vingt ans après, les théories du complot sur le 11-Septembre continuent de circuler. Comment l'expliquez-vous ?

Marie Peltier : La mise en récit des attentats du 11 septembre 2001 a été prolifique en théories du complot, qui sont arrivées très vite après l'événement. Il y a eu une multiplication des narrations, mais aussi une massification de ces récits à travers internet. 

"Le 11 septembre 2001 est l'événement fondateur des vingt années qui vont suivre."

Marie Peltier, historienne

à franceinfo

Ces théories du complot sont devenues un modèle. A chaque attentat terroriste dans les pays occidentaux, il y a une mise en branle d'un récit alternatif qui vient toujours se calquer sur le même schéma que celui des théories du complot du 11-Septembre : l'idée d'une mise en scène, d'un mensonge des politiques et des médias, au service d'intérêts cachés, en général des puissances occidentales, avec souvent une composante antisémite soit centrale, soit marginale.

Les théories du complot ne sont cependant pas nées avec le 11-Septembre…

Le conspirationnisme, dans sa forme structurée idéologiquement, tel qu'on le connaît aujourd'hui, est un phénomène ancien. On voit les pamphlets conspirationnistes pulluler en Europe à la fin du XVIIIe siècle, au moment de la Révolution française. Ce mouvement, très empreint d'antisémitisme, perdure jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Après le génocide juif, de nombreux écrits complotistes, notamment Les Protocoles des Sages de Sion, sont interdits. Jusqu'à la fin du XXe siècle, cette parole est marginalisée. Mais elle n'a pas disparu ; ces livres ont continué à circuler de manière clandestine.

En quoi le 11-Septembre a-t-il permis au complotisme de renaître ?

D'abord, parce que c'est un événement traumatique. Cette attaque a été un choc terrible pour les opinions publiques occidentales et même mondiales. Or, le complotisme est une rhétorique qui s'articule autour des traumatismes. Quand on vit un trauma, on a besoin de retrouver du sens, d'y apporter une explication. C'est autour de cette mise en récit du 11 septembre 2001 que se sont cristallisées les obsessions contemporaines.

Ensuite, le 11-Septembre est venu remobiliser une vieille sémantique. On a eu, d'une part, la portée civilisationnelle donnée à l'événement par George W. Bush et ses alliés, avec cette rhétorique des Lumières attaquées par les ténèbres, de la civilisation frappée par la barbarie, de l'islam perçu comme une menace envers l'Occident… Une vieille opposition déjà à l'œuvre au temps des Croisades est revenue avec la lutte antiterroriste. 

L'intervention en Afghanistan, l'invasion de l'Irak sur la base d'un mensonge… Toute cette séquence politique ancre un désaveu du public. Les citoyens vont avoir l'impression que les politiques mentent, que les médias sont à leur service – la fameuse alliance que les complotistes conspuent en permanence. Une sémantique antisystème s'est réactivée. 

Al-Qaïda a voulu frapper l'Occident dans son cœur symbolique et ça a marché : les attentats ont provoqué une grande peur de la perte de l'hégémonie occidentale. Or l'Occident est assimilé aux régimes démocratiques, et cette remise en cause de la domination occidentale est allée de pair avec une remise en cause de la démocratie.

"La défiance s'est installée et le conspirationnisme l'a assimilée."

Marie Peltier, historienne

à franceinfo

Au même moment, c'est l'avènement d'internet et la naissance des réseaux sociaux. N'est-ce pas là le vrai déclencheur ?

Au début des années 2000, le conspirationnisme n'est pas encore sur les réseaux sociaux, il circule sur les blogs et les forums. Les sphères conspirationnistes ont vite compris l'opportunité que représentait internet pour diffuser leurs récits, notamment sous forme de vidéos, même avant YouTube. Des gens comme Alain Soral [essayiste d'extrême droite condamné à de multiples reprises pour provocation à la haine ou contestation de crime contre l'humanité, notamment] ont fait très tôt des vidéos dans lesquelles ils parlaient seuls face à la caméra. Ils ont perçu la puissance du format image. Internet a permis de rendre de nouveau accessibles à tout le monde les textes et les thèses complotistes. Les réseaux sociaux ont accentué le mouvement, surtout à partir des années 2010. 

Aujourd'hui, les mêmes théories complotistes circulent dans le monde entier. On le constate avec la pandémie de Covid-19. Avec internet, le complotisme ne s'est-il pas globalisé ?

On a eu une telle diffusion des récits conspirationnistes depuis vingt ans qu'aujourd'hui même les gens qui ne sont pas plongés dans du conspirationnisme pur et dur sont capables de s'approprier cette grille de lecture complotiste et de l'appliquer à n'importe quel événement. On le voit avec la pandémie de Covid-19. On n'a même plus besoin d'idéologues conspirationnistes.

Cette trame narrative – selon laquelle les autorités et les médias sont au service d'intêrêts cachés, mentent au peuple et le manipulent – peut s'appliquer à toutes les situations. Ce récit global était déjà à l'œuvre dans les écrits du XVIIIe siècle ou au XXe siècle dans les textes fascistes. Il est donc aussi ancré dans les imaginaires inconsciemment depuis longtemps.

"On est entré dans une phase de conspirationnisme de synthèse."

Marie Peltier, historienne

à franceinfo

Depuis vingt ans, l'exploitation politique des théories du complot ne s'est-elle pas également intensifiée ? 

On l'a oublié pendant trop longtemps, mais le complotisme est une arme pour porter au pouvoir des forces réactionnaires, voire fascistes. Ce n'est pas, comme beaucoup de gens le pensent, une arme de résistance. Ça, c'est un des gros leurres de la posture conspirationniste. 

Historiquement, le logiciel conspirationniste qui s'est développé contre la Révolution française ou la Révolution russe a produit des discours qui visaient à discréditer des mouvements d'émancipation démocratiques et à renforcer des pouvoirs réactionnaires. L'idéologie nazie s'est nourrie des Protocoles des Sages de Sion et a mené à l'accession au pouvoir d'Hitler.

Aujourd'hui, on assiste à une banalisation du conspirationnisme. On a des politiques qui ne sont pas ou ne se perçoivent pas comme réactionnaires ou fascistes, mais qui surfent sur cette vague. C'était déjà le cas lors de l'élection présidentielle de 2017. Il y avait des éléments de discours conspirationniste chez Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Il y en avait aussi chez François Fillon, quand il parlait du complot des juges. Il y en avait même chez Emmanuel Macron, qui se présentait comme le candidat antisystème. 

"L'élection de Donald Trump en 2016 aux Etats-Unis a symbolisé la prise du pouvoir par le complotisme. Il s'est fait élire sur une rhétorique conspirationniste et antisystème."

Marie Peltier, historienne

à franceinfo

Quel est le principal danger du complotisme, selon vous ?

Le conspirationnisme s'attache à reprocher à la démocratie les travers de la dictature. Il attaque les institutions démocratiques en disant qu'elles mentent, qu'elles manipulent… Ceux qui manifestent au cri de "liberté" contre Emmanuel Macron, qui dénoncent la "censure" et la "dictature sanitaire" revendiquent d'ailleurs les grands principes démocratiques. Ils se pensent comme des démocrates, des révolutionnaires, des résistants, ils sont persuadés de pourfendre des logiques dictatoriales.

Aujourd'hui, beaucoup de gens qui se disent antisystème remettent en cause la démocratie, en réalité, et soutiennent aussi fréquemment des régimes autoritaires, comme celui de Vladimir Poutine en Russie. Ils assimilent la démocratie libérale, aussi imparfaite soit-elle, à une dictature, ce qui n'est pas exact. C'est pernicieux. Il y a eu une inversion des valeurs ces vingt dernières années. Avec le temps, cette manière de penser s'est répandue dans la société, cette parole est aussi de plus en plus décomplexée. 

"Le conspirationnisme est une arme contre la démocratie, qui instrumentalise les valeurs démocratiques au service d'un agenda antidémocratique."

Marie Peltier, historienne

à franceinfo

Comment peut-on lutter contre le conspirationnisme ? 

Le conspirationnisme est une mauvaise manière de se poser des questions. Le doute est dévoyé. La personne conspirationniste croit douter, mais en réalité elle a déjà son récit, son postulat en amont. Les conspirationnistes du 11-Septembre sont déjà convaincus que c'est une mise en scène. A partir de là, ils vont remettre en cause tout ce qui est dit et ils vont chercher à corroborer par tous les moyens possibles leur vision. 

Pour ne pas entrer dans la banalisation de ce conspirationnisme, il faut lutter concrètement. Il y a la lutte au quotidien, aussi bien par le "fact-checking"[vérification des faits] que par le "debunking" [démystification], mais aussi la dénonciation de l'idéologie qui sous-tend ce type de discours.

Il faut aussi essayer de recréer de la confiance. Il y a beaucoup à faire de la part des politiques, des journalistes, de toutes les professions d'"autorité". Il faut aller sur le terrain, rencontrer les gens, quitter le monde numérique. Il faut recréer du lien social. 

On ne va pas pouvoir convaincre les personnes qui adhèrent à cette idéologie avec des solutions faciles, parce qu'elles ne nous croient plus. Cela nous oblige à revoir notre propre rapport au monde.

"La lutte contre le conspirationnisme est un chantier collectif et citoyen, abyssal. Ce ne sont pas quelques experts, des journalistes ou des politiques qui vont pouvoir le faire. Il faut travailler sur un projet de société à long terme."

Marie Peltier, historienne

à franceinfo

L'entrée dans le XXIe siècle, c'est le déclin des grandes idéologies. Le "plus jamais ça", qui nous avait structurés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, est en train de disparaître. On ne sait plus très bien à quoi s'arrimer pour avoir quelque chose qui nous relie en tant que société. On peine à parler de ce qui nous arrive avec le même langage. Le Covid-19 nous l'a montré, malheureusement. Face à cette absence de projets politiques enthousiasmants, il y a comme un appel du vide. 

 

https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/attentats-du-11-septembre-2001/grand-entretien-comment-le-11-septembre-a-ouvert-la-voie-au-complotisme-a-grande-echelle_4764351.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20210912-[lestitres-coldroite/titre3]

Avez-vous déjà entendu dire que le langage est violent et que la science est sexiste ? Avez-vous lu que certaines personnes ne devraient pas pratiquer le yoga ou cuisiner des plats chinois ? Et vous a-t-on dit qu¿être obèse est tout à fait sain, que le sexe biologique n¿existe pas et que seuls les blancs peuvent être racistes ? Ces idées vous troublent-elles ? Vous vous demandez comment elles ont pu si rapidement remettre en question la logique même de la société occidentale ?

Dans ce livre approfondi et explosif, Helen Pluckrose et James Lindsay documentent l¿évolution du dogme qui sous-tend ces idées, depuis ses origines dans le postmodernisme français jusqu¿à son raffinement dans les milieux universitaires militants américains. Aujourd'hui, ce dogme est reconnaissable tant par ses effets - à l¿instar de la fameuse "cancel culture" -, que par ses principes, trop souvent considérés comme axiomatiques dans les médias grand public : la connaissance est une construction sociale, la science et la raison sont des outils d¿oppression, toutes les interactions humaines sont des jeux de pouvoir oppressifs et le langage est dangereux.

Comme Pluckrose et Lindsay le soulignent, la prolifération incontrôlée de ces croyances anti-Lumières constitue une menace non seulement pour la démocratie et la liberté de penser mais aussi pour la modernité elle-même. Tout en reconnaissant la nécessité de poursuivre le combat pour une société plus égalitaire, Pluckrose et Lindsay analysent comment cette fuite en avant d¿activistes souvent radicaux fait plus de mal que de bien, notamment aux communautés marginalisées qu¿elle prétend défendre.

Ils détaillent également son éthique douteuse, incohérente et liberticide. Ils concluent que seule une bonne compréhension de l¿évolution de ces idées peut permettre à ceux qui valorisent la science, la raison et la liberté de penser de contester cette nouvelle orthodoxie autoritaire et nuisible, à l¿université, dans la culture et, plus généralement, dans toute la société.

 

"Le triomphe des impostures intellectuelles : comment les théories sur l'identité, la race, le genre gangrènent l'université et nuisent à la société"

Accusations de complotisme : Pierre Barnérias, le réalisateur de "Hold-up", les rejette et défend son film dans "Complément d'enquête"

Sorti en novembre 2020, son documentaire controversé dénonce un "complot mondial" autour du Covid-19. En plein bouclage d’une seconde version de son film "Hold-up", Pierre Barnérias a accepté d’accorder une interview aux équipes de "Complément d’enquête". Comment réagit-il aux accusations de complotisme ?

Sa voix a résonné dans les oreilles de millions de Français. Pierre Barnérias, ancien journaliste de télévision, est l’auteur de Hold-up. Dans son documentaire, il promet de dénoncer des "corruptions", des "manipulations" au plus haut sommet de l’Etat. Interrogé sur les erreurs et approximations relevées dans son documentaire par des journalistes et des universitaires, Pierre Barnérias maintient tous les propos tenus dans Hold-up.

Le scoop de "Hold-up" : la supposée création du virus par l'Institut Pasteur

Par exemple, le "scoop" du film : "Tout a été fabriqué par l'Institut Pasteur", affirme face caméra un pharmacologue à la retraite, Jean-Bernard Fourtillan. "Pour lui, aucun doute, appuie le commentaire, le virus est bien sorti de l'Institut Pasteur avant d'être envoyé à Wuhan ou ailleurs. Le coupable de la Covid-19 a bien été trouvé." Suite à cette accusation, l'Institut Pasteur a saisi la justice.

Qui est le professeur Fourtillan ? Présenté dans le film comme un spécialiste des brevets, il est poursuivi par la justice pour des essais cliniques illégaux – une accusation qu'il conteste. Il testait alors un traitement pour soigner Alzheimer et Parkinson, une hormone qu'il aurait découverte suite à une révélation divine...    

Des intervenants au CV surprenant

D'autres CV ou professions de foi d'experts cités dans Hold-up ont de quoi surprendre. Ainsi, Silvano Trotta, qui croit à des abductions d'extraterrestres, ou Jean-Jacques Crèvecœur, surveillé pour dérive sectaire… Pourquoi leur faire plus confiance à eux qu'à des professionnels dits "sans histoire" ? Cette question du journaliste fait bondir Pierre Barnérias : "Sans histoire ? Des professionnels sans histoire, et qui sont achetés par l'industrie pharmaceutique, qui ont des conflits d'intérêts ? Est-ce que le Pr Fourtillan a des conflits d'intérêts ? Aucun." 

Là, vous êtes en train de déglinguer Silvano Trotta parce qu'il aurait dit que les extraterrestres… J'en ai rien à foutre, des extraterrestres, que la Terre soit plate… Moi, ce qui m'intéresse, c'est ce qu'il dénonce, concrètement, avec des faits, qui sont vérifiables. 

 

Pierre Barnérias, réalisateur de "Hold-up"

à "Complément d'enquête"

Sur la "légitimité de ses intervenants", questionnée par le journaliste de "Complément d'enquête", lui n'a aucun doute : "Pour moi, Fourtillan, il était complètement légitime. (...) Je ne prends pas des gens qui viennent de nulle part. Enfin, j'ai des prix Nobel, des professeurs… ça va ! Je ne vais pas vérifier mot pour mot si effectivement tout ce qu'ils disent… parce que personne ne le fait", soutient Pierre Barnérias. Selon lui, les dizaines de fact-checking auxquels Hold-up a donné lieu "s'avèrent tous faux". Ils n'ont pas entamé non plus la confiance de ses fans...

Extrait de "Fake news, la machine à fric", un document à voir dans "Complément d'enquête" le 2 septembre 2021.

> Les replays des magazines d'info de France Télévisions sont disponibles sur le site de Franceinfo et son application mobile (iOS Android), rubrique "Magazines".

France Télévisions

 

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/video-accusations-de-complotisme-pierre-barnerias-le-realisateur-de-hold-up-les-rejette-et-defend-son-film-dans-complement-d-enquete_4755461.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20210904-[lesimages/image4]

Financement des fake news : quand les sites conspirationnistes encaissent des millions grâce à la publicité

Pour les producteurs de fausses informations, il existe une source de financement particulièrement lucrative et qui semble échapper à tout contrôle : le marché de la publicité. Dans le Missouri, aux Etats-Unis, une équipe de "Complément d'enquête" est allée à la rencontre d'un homme parti de rien qui a fait fortune avec son site.

Jim Hoft n'aime pas les médias traditionnels, qu'il accuse de produire des "fake news". Mais après des semaines de négociations, il a accepté de faire une exception pour France 2. Il reçoit les journalistes de "Complément d'enquête" dans sa luxueuse demeure de la banlieue aisée de Saint Louis, Missouri, un Etat du Midwest des Etats-Unis.

Cet ancien cadre des ressources humaines, aujourd'hui sexagénaire, dirige l'un des sites conspirationnistes les plus influents des Etats-Unis. The Gateway Pundit, créé au début des années 2000, et son audience de 50 millions de pages vues par mois ont fait sa fortune. Selon Jim Hoft, il s'agit d'un vrai site d'information, qu'il anime avec une petite dizaine de rédacteurs.

L'un des sites conspirationnistes les plus influents des Etats-Unis...

Pourtant, sur The Gateway Pundit, on tombe rapidement sur des "fake news" telles que "Les masques sont inefficaces pour bloquer la transmission du Covid-19 et peuvent provoquer une mort prématurée" ou encore "Une vidéo de Joe Biden appelant à un jihad musulman a été créée, traduite, promue et approuvée par le gouvernement américain."

Interrogé, Jim Hoft se garde bien d'approuver ces "infox". "Personnellement, je pense que les masques forment une barrière qui nous protège", déclare-t-il. Quant au prétendu appel de Joe Biden au jihad, ce fervent partisan de Donald Trump (dont il ne reconnaît pas la défaite aux dernières élections) dit n'en avoir aucun souvenir...  

...engrange environ 200 000 euros par mois grâce à la publicité

Combien son site lui rapporte-t-il chaque année ? Pour faire le calcul, les journalistes se sont adressés à un spécialiste, Laurent Nicolas, qui analyse la visibilité des publicités digitales depuis vingt-trois ans. Et des publicités, le site de Jim Hoft en compte beaucoup : 4 par page en moyenne, selon notre décompte.

Chacune ne rapporte au site que 0,1 centime, en moyenne, explique Laurent Nicolas. Il en faut donc 1 000 pour gagner 1 euro. Mais avec 50 millions de pages vues par mois (d'après les statistiques du site), à raison de 4 pubs par page en moyenne, à 0,1 centime chacune, "on obtient le chiffre affolant de 200 000 euros. Donc ce site peut gagner, grâce à la publicité, aux alentours de 200 000 euros chaque mois", conclut-il. Ce qui assure plus de 2 millions d'euros par an à la petite entreprise de Jim Hoft... Chaque année, selon les estimations de NewsGuard, une entreprise qui évalue la fiabilité des infos sur le Net, les sites spécialisés dans la diffusion de "fake news" empocheraient plus de 2 milliards d’euros. 

Extrait de "Fake news, la machine à fric", un document à voir dans "Complément d'enquête" le 2 septembre 2021.

France Télévisions

 

https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/video-financement-des-fake-news-quand-les-sites-conspirationnistes-encaissent-des-millions-grace-a-la-publicite_4756379.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20210903-[lesimages/image2]

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