Sécheresse en France : 2023 pire que 2022...

Publié le par ottolilienthal

 

Été 2023. Non, vous ne rêvez pas, ce n'est pas 2050, c'est bien aujourd'hui. Une vague de chaleur s'est abattue sur l'Espagne, le Maroc et les Pyrénées-Orientales françaises ces dernières semaines avec des températures record de 40°C.

Une sécheresse frappe l'Espagne depuis deux ans, épuisant les réserves d'eau et asphyxiant les terres agricoles. Les oliviers séculaires d'Andalousie se fanent, leurs feuilles desséchées tombent, les olives se ratatinent sur les branches. Les champs de blé en Castille, autrefois dorés et ondulants, sont maintenant des étendues stériles et craquelées. Les chercheurs affirment que l'Espagne endure le pire climat de sécheresse vu depuis au moins 1200 ans.

Au Maroc, les agriculteurs, dépendant de la pluie, se retrouvent impuissants face à une vague de chaleur précoce. Les températures élevées provoquent l'évaporation de l'eau des sols, laissant les terres agricoles sèches et stériles.

En France, les conséquences ne se font pas attendre. Selon Le Parisien, il faut craindre une hausse des prix des fruits et légumes, voire une pénurie. À Rungis, l’orange à jus a doublé son prix comparé à l’année dernière et en obtenir est devenu compliqué.

Dans les Pyrénées-Orientales, la situation est la plus alarmante. Le préfet a averti qu'il n'y a pas assez d'eau pour tous les usages. Les rivières et les ruisseaux s'assèchent, laissant derrière eux des lits de pierres craquelées. Le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, a averti : "On est au bord du volcan. Il n’y a pas eu de pluies significatives depuis un an et pas de mois d’avril aussi sec depuis 1959.”

L'heure est à l'action. Le changement climatique n'est plus une menace lointaine, c'est une réalité que nous vivons maintenant. Le futur est là, et il est grand temps de le prendre en main. Nous sommes tous témoins des conséquences de notre inaction passée. Ne laissons pas l'avenir de notre planète et de nos enfants être déterminé par notre inaction présente.

Sources :
Reporterre, "40°C en avril : l'Espagne en voie de pulvériser ses records de chaleur"
FranceTV Info, "Pyrénées-Orientales : les arboriculteurs confrontés à la sécheresse"
20 Minutes, "Pyrénées-Orientales : Le préfet avertit, « Il n’y aura pas assez d’eau pour tous les usages »"
France 3 Régions, "Météo : deux ans sans pluie et 40 degrés en avril, cette sécheresse historique qui frappe l'Espagne et qui inquiète"
La Dépêche, "Sécheresse inédite en Espagne : fruits, céréales, vacances... quelles conséquences pour la France ?"
Meteorologia en Red, "Les effets de la sécheresse espagnole"
Geo, "L'Espagne et le Portugal endurent le pire climat de sécheresse vu depuis au moins 1200 ans, selon une étude"
Libération, "Sécheresse dans les Pyrénées-Orientales : 'On est au bord du volcan'"
Libération, "Une vague de chaleur précoce frappe le Maroc et toute la péninsule ibérique"
Le Parisien, "Sécheresse en Espagne : faut-il craindre une hausse des prix des fruits et légumes, voire une pénurie ?"

Post d'Alexandre Pivain sur LinkedIn :

(publié par Cyrus Farhangi)

Dernière chronique sur RTL : Climat : Jean-Marc Jancovici explique pourquoi le sujet de l'eau en France est plus qu'urgent


Son commentaire sur Linkedin : "Il a plu cette fin de semaine, ce qui est une excellente nouvelle, et il est étonnant de voir Météo France - parfaitement au fait de ce qui va suivre - écrire que l'arrêt de la pluie est une "amélioration" ! https://bit.ly/3KCk87L

Il a plu, mais pas assez pour reconstituer des nappes phréatiques qui abordent la saison de pousse de la végétation dans une très petite forme. Au 1er avril (et il aurait été préférable que ce soit juste une blague) les nappes étaient aux 3/4 sous la normale dans le pays, seul le littoral ouest et une partie de la vallée du Rhône étant à la normale : https://bit.ly/3KZUefB

C'était donc l'occasion d'y revenir fois de plus - sur RTL cette fois - pour rappeler que cette situation n'est malheureusement pas accidentelle, mais une conséquence attendue du réchauffement climatique, qui va, en tendance, assécher les sols de tout le pourtour du bassin méditerranéen, une large partie de la France compris.

Face à cette situation, nous avons deux options :


- la première est de nous dire que pour le moment ca passe encore, et à court terme on va plutôt s'occuper de faire des licornes, relancer la construction, et exporter des avions, et pour l'eau on verra plus tard.


- la seconde est de comprendre que sans eau nous n'aurons plus ni agriculteurs ni licornes (car la gratuité de l'eau qui tombe du ciel ne signifie pas que l'on puisse s'en passer !), et de faire notre "transition sécheresse" (car c'est hélas de cela dont il s'agit) comme nous tentons de faire une transition pour décarboner nos activités.

Bien évidemment, cette "transition sécheresse" ne se résumera pas à faire - ou pas - des bassines. Comme pour l'énergie, il va falloir retrouver le temps long (car modifier un paysage agricole ou forestier c'est 2 générations) et voir la situation d'ensemble. En fonction de ce que nous savons sur la future disponibilité de la ressource, il va falloir hiérarchiser nos envies et concilier au mieux ces dernières et les possibilités physiques du monde (et il est probable que toutes nos envies ne pourront pas être satisfaites : c'est la vie).

Par ailleurs, s'il n'y a pas assez de moyens (comprendre assez de compétences et de ressources) pour faire à la fois une "transition sécheresse" (qui est en fait un morceau de l'adaptation au changement climatique), une transition écologique (climat et biodiversité), et de la 5G et des résidences secondaires, il faudra accepter de faire d'abord ce qui permet d'adapter l'essentiel (l'agriculture et les écosystèmes - dont les forêts - dont nous dépendons) avant ce qui relève seulement de désirs solvables (plus d'antennes relais et de m2 sur le littoral).

Que vaut le plan annoncé par Emmanuel Macron dans ce contexte ? Sachant que l'eau disponible a déjà baissé de 15% en 20 ans, diminuer de 10% les prélèvements non agricoles (soit 4% de baisse au total) d'ici 7 ans est très en dessous du rythme de baisse de la ressource. Comme pour le climat, le politique entre dans le problème à reculons."


https://www.rtl.fr/…/7900255545-climat-jean-marc-jancovici-…
(posté par Joëlle Leconte)

Pyrénées-Orientales : « Nous risquons la perte des récoltes »

 

Agriculteurs du département, qui ne veulent pas être « sacrifiés », et élus locaux se sont réunis jeudi soir pour échanger sur l’alarmant phénomène en cours.

« Ce qui est en train de se passer est inédit dans l'histoire agricole de notre département. Inédit et inacceptable ! » L'heure est grave, les mines sombres, et la voix de Jean-Paul Pelras, rédacteur en chef de L'Agri, tout à tour voilée par l'émotion ou tremblante de colère. Jeudi soir, dans une vaste salle polyvalente de la commune de Saint-Estève, à côté de Perpignan, le journal d'informations agricoles et rurales des Pyrénées-Orientales et de l'Aude a réuni quelque 300 personnes, arboriculteurs, maraîchers, viticulteurs, responsables syndicaux, élus, tous concernés par le pire phénomène de sécheresse qu'a connu le département des Pyrénées-Orientales depuis les premières mesures, à la fin des années 1950.

Du jamais-vu. Des nappes à sec, les retenues des barrages au plus bas, la pluie qui ne tombe pas. Les récoltes des 2 840 exploitations du département sont de plus en plus compromises. Du côté des politiques, c'est l'union sacrée : des députées RN proches du maire de Perpignan, Louis Aliot, voisinent avec un sénateur LR, un vice-président communiste du conseil départemental et des élus de la majorité régionale de la socialiste Carole Delga.

Ne manquent que les associations environnementales et le préfet. Les premières ne sont « ni invitées ni les bienvenues » après le procès, gagné en novembre dernier, par l'association France Nature Environnement, qui avait contraint le préfet à relâcher l'eau d'un barrage dans le fleuve Têt, pour garantir son débit et sauver des poissons. Quant au représentant de l'État dans le département, invité, il « n'a envoyé personne, pas même le type qui balaie à la DDTM », s'indigne Jean-Paul Pelras. La veille, le préfet a publié un arrêté restreignant les quantités d'eau lâchée dans la Têt depuis le barrage de Vinça. Une mesure réclamée par les agriculteurs. Mais qui intervient trop tard, et ne va pas assez loin, déplorent leurs représentants.

« Les récoltes, si c'est comme ça, sont condamnées »

« On sort de la préfecture, on a alerté », raconte à la tribune la présidente de la chambre d'agriculture, Fabienne Bonet. « Pardonnez-moi le terme. Mais on est dans la merde. » « On vient d'être sacrifiés contre le risque incendie ! » l'interrompt David Massot, arboriculteur chargé du dossier eau à la FDSEA du département. « On n'oppose pas le monde agricole au reste du monde », nuance la présidente de la chambre. « Mais comment concilier les deux ? On se sent sacrifiés. On sait qu'on ne va pas tenir, que les récoltes, si c'est comme ça, sont condamnées. » La responsable évoque, déjà, la nécessité de sauver ce qui peut l'être : de « ne pas perdre le capital, nos vergers, nos arbres. Il faut essayer d'avoir un minimum d'eau pour les préserver. »

Comment en est-on arrivé là ? Selon le vice-président du département et président du Syndicat mixte pour la protection et la gestion des nappes de la plaine du Roussillon, Nicolas Garcia, le département des Pyrénées-Orientales est pourtant « un des mieux lotis d'Occitanie, avec ses barrages, deux nappes importantes, sa configuration géologique ». « Je pense que par des erreurs de gestion depuis une trentaine d'années, on a gâché une ressource remarquable », dénonce l'élu. « Finalement, nous devons remercier le président de France Nature Environnement, car il a mis en lumière la gestion catastrophique de l'eau dans ce département », ironise le responsable syndical David Massot. En pointant un paradoxe : « L'État nous a aidés à bétonner en grande partie nos réseaux secondaires », ce qui a contribué, dit-il, à « assécher les nappes ».

À la recherche de solutions

Que faire ? Baptiste Cribeillet, arboriculteur et représentant des Jeunes Agriculteurs, plaide pour « revoir le mode de fonctionnement des barrages », aujourd'hui vidés au mois d'octobre ; Jean-Paul Pelras pour édifier « des barrages et des retenues collinaires ». Fabienne Bonet, qui veut « tout mettre sur la table, sans tabou » propose « la réutilisation des eaux usées » ou même « la dessalinisation » de l'eau de mer. Nicolas Garcia évoque l'utilisation de « ressources alternatives » ou « la recharge ciblée des nappes ». Autant de solutions à long terme, souvent coûteuses, qui ne verront pas le jour avant de longues années.

« Ce qui compte, c'est qu'on passe l'été », rappelle le sénateur LR François Calvet. Face à l'imminence de la catastrophe pour les agriculteurs du département, la présidente de la chambre annonce une offensive sur tous les fronts : elle prépare une attaque en référé devant le tribunal administratif, appelle les agriculteurs à chiffrer leur préjudice, réclame à l'État la création d'un « fonds de solidarité nationale ». Et demande au ministre de l'Agriculture de venir en personne à la rencontre des agriculteurs du département, à l'occasion d'un prochain déplacement en Occitanie les 16 et 17 avril.

 

« Il faut aller vite et se révolter ! » lance un agriculteur dans la salle. « La semaine prochaine, on prend nos tracteurs, on monte au barrage de Vinça et on demande une réunion avec le préfet pour la gestion du barrage », propose David Massot à la tribune. Un autre agriculteur apostrophe l'élu du Département : « Vous venez, vous nous remettez les clés, et on règle la vanne ! » Applaudissements nourris. « Vous vous doutez bien que je ne peux pas faire ça. Mais je peux m'engager à être présent si vous venez pour discuter », esquive le conseiller départemental. Le printemps sera chaud dans les Pyrénées-Orientales.

Henri Frasque

 

 

Commentaire de Jean-Marc Jancovici sur Linkedin :


"Il a plu, mais manifestement pas assez : au 1er mars, alors que début le printemps météorologique, seules 3 zones sur les plus de 30 surveillées par le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) avaient des nappes phréatiques dans un état normal pour la saison.

Au même moment Météo France indique que, pour la moitié du pays, la sécheresse des sols correspond à un niveau rarement observé à cette époque de l'année : https://bit.ly/3Tq1cNF

Que faire à court terme ? Prier. C'est exactement ce que propose un agriculteur du Sud-Ouest qui a obtenu que la cathédrale de Perpignan organise demain une procession pour implorer la pluie : https://bit.ly/3JhDDla

Car si nous "contrôlons" collectivement le climat des prochaines décennies au travers de nos émissions de gaz à effet de serre, ou de leur absence, nous n'avons aucune prise sur ce qui se passera dans les prochains mois (ni même prochaines années).

En quelques mois, nous ne pouvons pas irriguer (et avec quelle eau à terme s'il pleut de moins en moins ?) les parcelles d'agriculture dite "pluviale", nous ne pouvons pas remplacer l'hydroélectricité qui fera défaut (https://bit.ly/3JqkMod ) par autre chose, nous ne pouvons pas remplacer les arbres qui vont mourir par d'autres qui seraient déjà adultes, nous ne pourrons pas sauver les animaux qui vont mourir de soif, bref à court terme nous ne pourrons que pleurer.

Dans son récent rapport annuel, la Cour des comptes pointe une organisation inadaptée à ce défi (https://bit.ly/3yHtFVD ; page 67). Rappelons que nous ne sommes malheureusement qu'au début du phénomène : l'assèchement du pourtour du bassin méditerranéen est une conséquence attendue du réchauffement climatique.

Changer des pratiques agricoles, modifier les espèces forestières, et adapter nos activités à l'eau qui sera disponible demain prend des décennies. Ce n'est pas quand nous aurons le nez collé au mur de la sécheresse que nous pourrons réagir à temps."

https://www.brgm.fr/…/nappes-eau-souterraine-au-1er-mars-20…
(posté par Joëlle Leconte)

 

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