Le climat et les Mayas

Publié le par ottolilienthal

  La civilisation maya fut-elle victime du climat ? C'est l'une des questions posée par l'archéologie, à la recherche des causes de l'effondrement des  Cités-Etats de l'aire maya, après des siècles de grande prospérité. Un article paru dans Science fait le point sur cette question à l'aide d'une nouvelle chronologie, plus fine, des évolutions climatiques depuis 2000 ans dans la région.

 

Il souligne que la question centrale du changement climatique relève de l’interaction entre ce dernier et les sociétés. Et surtout de la vulnérabilité de ces dernières – leur organisation, leur économie, leur utilisation des ressources naturelles – aux effets du climat bouleversé par nos émissions de gaz à effet de serre. Cette vulnérabilité se lit dans les catastrophes provoquées par les événements violents – cyclones tropicaux, tempêtes, sécheresses, pluies diluviennes… – dont l’ouragan Sandy vient d’infliger une leçon aux habitants de New York.

 

Science en propose là un exemple historique frappant. Signée de l’anthropologue Douglas Kennett (Pensylvania University) et de dix-sept scientifiques et archéologues, une étude (1) analyse les relations entre l’évolution du climat dans la péninsule du Yucatan et le destin des sociétés mayas entre 440 et 1100. L’équipe internationale a établi une chronologie précise de la pluviométrie de la région, à l’aide d’une stalagmite exceptionnelle. Celle-ci a été récupérée dans la grotte Yok Balum (Belize), située près du site maya d’Uxbenka et non loin de plusieurs centres urbains importants, typiques de l’apogée de la civilisation maya. La stalagmite a été soigneusement datée avec les rapports entre l’uranium et le thorium. Elle a ensuite permis de retracer les variations de pluviométrie, avec une précision meilleure qu’une année, accédant aux pluies saisonnières par l’étude de la composition en isotopes de son oxygène.

Vulnérabilité et vicissitudes

L’étude confirme que l’apogée de la civilisation maya correspond en grande partie à une période de forte pluviométrie, entre 440 et 660. Puis, une tendance à un temps plus sec a pris la relève. Une série de sécheresses très sévères (40% de diminution des pluies d’été) entre 820 et 870 et entre 1020 et 1100 correspond à la chute de centres urbains et à une intensification des épisodes guerriers. Si le détail des relations entre les évolutions du climat et les vicissitudes de la civilisation maya (2) exige d’élucider les causes sociales et politiques de tels effondrements, la base matérielle des cités mayas reposait sur une agriculture dont le facteur limitant était la ressource en eau pluviale, stockée dans des réserves naturelles. Sa variabilité et surtout son défaut, ponctuel ou de longue durée, constituait le risque majeur que les Mayas ne pouvaient ni anticiper ni parer.

  

 L’identification de ces points de vulnérabilité aux changements climatiques devient un sujet majeur, tant pour la recherche scientifique que pour les choix politiques. Certains changements sont inéluctables, comme la montée du niveau marin, un réchauffement très fort des régions boréales, l’aridification du pourtour méditerranéen… S’il est utile d’améliorer la prévision de leur ampleur, il est déjà nécessaire de s’y préparer. L’étude des défaillances des systèmes de sécurité civile ou des fautes dans les grandes décisions d’aménagement du territoire – comme l’analysent vingt-cinq chercheurs dans l’étude de la tempête Xinthia qui a frappé les côtes françaises en 2010 (3) – en fournit un exemple éloquent.

 

(1) D. Kennett et al., Science du 9 novembre 2012.
(2) Les Trois Codex mayas, édité par Eric Taladoire (Balland, 240 pp., 45 €) reproduit l’intégralité des trois codex connus : «C. Trocortesianus», «C. Dresdenensis» et «C. Peresianus».
(3) «Gestion des risques naturels, leçons de la tempête Xinthia» (V. Przyluski et S. Hallegatte), Editions Quae, 260 pp., 42€.

 

Par Sylvestre Huet, le 14 novembre 2012
http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2012/11/le-climat-et-les-mayas.html
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