On l’appelle le rêve américain car il faut être endormi pour y croire

Publié le par ottolilienthal

« Ce qui va se passer autour de l’avortement peut mal tourner »

L’intellectuel canadien Stephen Marche prédit une explosion inévitable des États-Unis. Il développe cinq scénarios catastrophes et comment les éviter.

La fermeture du pont fissuré dans une petite ville déclenche des affrontements, la présidente des États-Unis est assassinée par un jeune radicalisé, un ouragan dévaste New York… Voilà les étincelles qui, selon Stephen Marche, journaliste et essayiste canadien établi aux États-Unis, pourraient déclencher la prochaine guerre civile tant le pays est divisé, armé, inégal. Il envisage aussi la séparation des États, plus du tout unis, à l'amiable. Son livre The Next Civil War (La Prochaine Guerre civile  ») commence par ces phrases : « Les États-Unis touchent à leur fin. La question, c'est de savoir comment. »

Sans une réforme en profondeur de certaines institutions qu'il juge obsolètes, par exemple le collège électoral, il soutient, comme nombre d'experts publiés cette année, que l'explosion est inévitable. Son propos est étayé d'interviews de militaires qui ont travaillé sur des hypothèses d'éruptions violentes et de reportages où la réalité, comme souvent aux États-Unis, n'est pas loin de la fiction et rend l'implosion plausible. Le 20 avril, le Capitole a été évacué quand un avion a survolé une zone interdite avant de larguer six parachutistes de l'armée au-dessus d'un stade pour une démonstration précédant un match de baseball, rappelant l'un des scénarios du livre.

Le Point : Avez-vous pensé à votre quatrième chapitre en voyant le Capitole évacué après le survol d'un avion ?

Stephen Marche : Non, je n'ai même pas remarqué. En écrivant ce livre, j'ai appris qu'on pouvait être happé par les anecdotes qui, chaque jour, jalonnent l'effondrement américain. Mais il est préférable de se concentrer sur la tendance de fond. Il y a des problèmes structurels qui requièrent des solutions profondes. Quand le 6 janvier est arrivé [l'attaque du Capitole l'an dernier par des partisans de Donald Trump qui voulaient renverser le résultat de l'élection de 2020, NDLR], je m'y attendais totalement et je ne pense pas que c'était le « Grand Jour ». C'était l'équivalent de l'attentat contre le World Trade Center en 1993 : mal préparé, peu financé. Il y avait moins d'armes que je ne le pensais. Ce sera différent la prochaine fois. La vraie question, c'est celle d'un système politique en train de s'effondrer et qui ne sera plus une vraie démocratie dans 20 ans.

Pourquoi dans 20 ans ?

En 2040, 50 % du pays contrôlera 85 % du Sénat [chaque État est représenté par deux sénateurs, indépendamment de son poids démographique, ce qui avantage les États peu peuplés, NDLR]. Mais il est déjà impossible de nommer une juge à la Cour Suprême sans qu'elle soit traitée de pédophile et on fait tout un plat de la loi Build Back Better [le grand projet d'investissements de Joe Biden, NDLR] qui, dans toute autre démocratie, s'appellerait un budget. Le gouvernement responsable, voilà ce que les États-Unis sont en train de perdre.

Quelles ont été les réactions à votre livre aux États-Unis ?

Il a été très bien accueilli, alors qu'il soutient une thèse que personne n'a envie d'envisager. De la même façon que les Américains ne pensaient pas que la première guerre civile arriverait [la guerre de Sécession de 1861-1865, NDLR], et que le Nord était si peu préparé que ses dirigeants sont allés en Europe pour se procurer des armes.

Il faut une deuxième république américaine, ce qui n’a aucune chance d’arriver à court terme.

Peut-on faire peser le poids de ce risque de guerre civile sur la seule droite ?

On peut dire que les États-Unis sont hyperpartisans : à mesure que certains sont de plus en plus à droite, d'autres sont de plus en plus à gauche, ce qui engendre de l'extrémisme des deux côtés et conduit au chaos politique. Mais on ne peut pas nier que les forces croissantes de l'autoritarisme, qui constituent la vraie menace, viennent de la droite. Il y a un vaste groupe organisé à droite, avec une aile armée et une aile politique, qui souhaite la fin de la démocratie. Et c'est faux de dire la même chose de la gauche. En revanche, le déclin des institutions dépasse les partis. La réalité démographique et politique est que la Constitution est obsolète. Il faut une deuxième république américaine, ce qui n'a aucune chance d'arriver à court terme.

Parce que les Américains vénèrent leur Constitution.

Comme un document religieux, à droite comme à gauche. Je suis canadien, notre Constitution date de 1982, elle est écrite dans un anglais courant, que tout le monde peut lire. La Constitution américaine est du pur génie, brillante, mais c'est un document du XVIIIe siècle et elle ne reflète pas la réalité contemporaine.

Avez-vous vu l'occupation d'Ottawa par les camionneurs canadiens comme une contagion de cette droite américaine ? Le convoi était très influencé par les théories du complot de QAnon.

Et moins d'un tiers des financements étaient canadiens, donc oui, le chaos américain s'est répandu dans nos vies. Les adeptes de QAnon représentent à peu près 30 % des Américains, ce qui correspond au taux des antivax. Mais ils existent depuis environ 2008, où trois choses se produisent. Primo, la crise de l'immobilier et la dépossession de la classe moyenne américaine. La promesse de la prospérité s'évanouit. Secundo, avec l'élection d'Obama, c'est la fin d'une certaine iconographie blanche et le début de la peur du grand remplacement. Tertio, il y a l'échec de l'intervention américaine en Irak. On ne peut plus prétendre que les États-Unis sont une force bienveillante qui œuvre pour un monde meilleur. Beaucoup de mythes meurent en 2008.

Le mythe d'un pays blanc, pourtant construit au détriment des populations indiennes d'Amérique puis grâce aux esclaves arrachés à l'Afrique, est cependant solide.

Tout pays a son mythe. Mais les États-Unis sont bien plus métissés que tout autre pays occidental. Le Canada est blanc à 78 %, les États-Unis, à 55 %. Dès 2040, les Blancs y seront une minorité. Et, lorsqu'un groupe ethnique se sent menacé par l'essor d'un autre, c'est une cause énorme de violence politique. C'est l'explication la plus puissante de ce qui se passe aux États-Unis en ce moment. L'Amérique, c'est 300 millions de personnes. C'est aussi un pays bien plus ouvert que tout autre au monde, qui accueille plus d'idées. Chacun peut lancer sa propre religion ! Cette capacité unique à tolérer la différence, comme quelque chose qui doit, en soi, être célébré, est ce qui l'a rendue si belle, mais aussi ce qui la déchire.

Y a-t-il un scénario que vous avez laissé de côté et que vous pourriez nous raconter ?

J'avais écrit un chapitre qui décrivait ce qui s'est passé le 6 janvier 2021 au Capitole ! Je l'ai supprimé puisque c'est arrivé. Pourtant, quand j'ai commencé à écrire ce livre, d'abord sous la forme d'un article en 2017, on m'a accusé d'être alarmiste. Les rédacteurs en chef m'ont dit : « Tu ne crois pas que ça puisse arriver, quand même ! » Parce que ce pays est si riche. Il y a quelques années, je suis allé au Sénégal puis dans l'Ohio. Il y avait des hot-dogs à 2 dollars et, en appuyant sur un bouton, on avait de la viande hachée à volonté. Je me demandais comment expliquer aux Sénégalais que les plus pauvres aux États-Unis étaient des gens qui mangeaient du bœuf sortant du mur. Mais les révolutions, les guerres et les guerres civiles arrivent aussi dans les pays les plus développés et les plus riches.

Quelle est la probabilité de vos scénarios ?

Certains sont plus solides que d'autres. Les modèles économiques sont très peu fiables. Personne n'aurait pu prévoir que la Bourse monterait en pleine pandémie. Mais les modèles environnementaux sont extrêmement solides. Le premier, celui du pont, est tiré de l' « Éventail complet des opérations sur le sol américain » (« Full Spectrum Operations in the Homeland ») de l'US Army. C'est le plan de bataille qu'un colonel m'a expliqué. Les experts estiment la probabilité d'un effondrement des États-Unis à 67 %. J'ai vraiment essayé de ne pas exagérer. Je m'en suis tenu à ce que je savais, je n'ai pas donné de date.

La guerre contre un ennemi commun, Vladimir Poutine, peut-elle ressouder les Américains ?

Tout est vu au travers d'un filtre partisan. Pour le 6 janvier, cette relecture a pris à peine six heures. Le fait qu'à la cérémonie en l'honneur du garde tué au Capitole seuls deux élus républicains sont venus veut tout dire. Cet homme est mort pour les protéger, eux et les institutions politiques, et ils ne sont pas capables de lui témoigner la plus infime marque de respect. Rien ne peut les tirer de cette dérive hyperpartisane. La sonnette d'alarme a été tirée le 6 janvier et cela n'a rien changé. Voilà pourquoi je ne pense pas qu'un ennemi extérieur puisse changer quoi que ce soit. Je cite Abraham Lincoln au début du livre : « À quel moment faut-il s'attendre à l'approche du danger ? Je réponds, si jamais il nous parvient, il doit surgir parmi nous. Il ne peut venir de l'étranger. Si la destruction est notre lot, nous devons nous-mêmes être son auteur et finisseur. En tant que nation d'hommes libres, nous devons survivre aux aléas du temps ou mourir par suicide. »

Beaucoup pensent que même un événement comme l'attaque du 11 septembre 2001 échouerait à rassembler les Américains tant les lectures en seraient divergentes.

Je n'en doute pas un instant. Que ferait QAnon du 11 Septembre ? Il n'y aurait sûrement pas d'unification autour d'une menace commune. C'est l'évidence, il y a eu une pandémie qui demandait une participation négligeable de la population : porter un masque et se faire vacciner. Et les Américains ont été incapables de voir cela comme autre chose qu'une opportunité de se déchirer.

Y a-t-il des étapes qui vous inquiètent ? La loi fédérale autorisant l'avortement a de fortes chances d'être annulée cet été, ce qui va encore plus séparer les États, qui adopteront leurs propres lois. Les élections de mi-mandat, en novembre, promettent un moment de tension, de même que la présidentielle de 2024.

Ce qui va se passer autour de l'avortement cet été peut mal tourner. L'Oregon a déjà dépensé 15 millions de dollars pour des centres d'avortement à la frontière de l'Idaho, qui a voté la loi l'interdisant après 6 semaines. La Californie se prépare à accueillir ce que l'on peut appeler des réfugiées médicales. Et le Missouri tente de faire voter une loi qui punira celles qui se feront avorter dans un autre État. Cela fracture le pays exactement comme la précédente guerre civile. À l'époque, l'incapacité à rassembler les États sur la question de l'esclavage a causé la division. Mais, s'il fallait choisir une date qui m'inquiète vraiment, je dirais 2040, l'année où la majorité blanche de la population devient minorité et où le Sénat n'est plus une institution démocratique. Et Dieu sait où en sera le changement climatique.

Dans ce contexte, que penser de cette classe politique très âgée ?

Ces gens sont totalement investis dans le système actuel, on ne peut pas leur dire que l'Amérique est cassée, que le Sénat est cassé. On ne peut pas expliquer à ceux qui ont grandi en pensant que l'Amérique était la solution à l'Histoire que ce n'est plus le même pays. Que, comme tout autre, il a des moments d'intégration et de désintégration. Et que celui de la désintégration, c'est maintenant. Les candidats probables en 2024 sont Bernie Sanders, Joe Biden et Donald Trump. Ce n'est pas normal, ils auront presque tous 20 ans de plus que l'âge de la retraite. C'est un symptôme

The Next Civil War : Dispatches from the American Future, de Stephen Marche – non traduit – (Simon & Schuster, 256 p., 18,50 €)

 

De notre correspondante aux États-Unis,

La bombe qui se cache derrière le succès de la vaccination aux États-Unis

Les vaccinations se déroulent à une vitesse record aux États-Unis. Rien que ce samedi, 4 millions de personnes ont reçu une injection. Mais ce succès a aussi son revers de médaille. Parmi les Américains évangéliques blancs, l’opposition à la vaccination ne fait que croître. La taille de cette communauté pose à elle seule un problème majeur pour la capacité du pays à se remettre d’une pandémie qui a entraîné la mort d’un demi-million d’Américains.

Selon les données des Centers for Disease Control and Prevention, plus de quatre millions de personnes ont reçu un vaccin contre le coronavirus aux États-Unis ce samedi 3 avril – le total le plus élevé en 24 heures depuis le début de la vaccination en décembre.

Mais il y a un problème croissant: les quelque 41 millions d’adultes évangéliques blancs aux États-Unis. Environ 45 pour cent d’entre eux ne veulent pas être vaccinés contre Covid-19.

Les croyances spirituelles profondes ou les arguments contrefactuels peuvent varier, mais cette résistance est enracinée dans un mélange de croyances religieuses et de méfiance à l’égard de la science. Elle est en outre alimentée par une méfiance culturelle plus large envers les institutions et une tendance aux théories du complot en ligne.

À mesure que de plus en plus de variants de virus contagieux émergent, le problème prend une nouvelle ampleur. Un nombre important d’Américains sont de manière générale contre la vaccination – environ 20% – mais les évangéliques blancs posent un tout autre défi dans ce domaine en raison de leur réseau complexe d’objections morales, médicales et politiques. Ce défi est encore compliqué par la méfiance de longue date entre les évangéliques et la communauté scientifique.

Le lien avec l’avortement

Cependant, de nombreux pasteurs et dirigeants politiques conservateurs de premier plan ont approuvé les vaccins contre le Covid-19. Franklin Graham a dit à ses 9,6 millions d’abonnés sur Facebook que Jésus serait lui aussi pour la vaccination. Le pasteur Robert Jeffress, anti-avortement notoire, a même fait l’éloge de la vaccination sur Fox News: ‘Nous parlons de la vie dans l’utérus comme un don de Dieu. Eh bien, la vie hors de l’utérus est aussi un don de Dieu.’

Mais d’autres voix influentes dans le mouvement transconfessionnel ont surtout semé la peur. Gene Bailey, l’animateur prophétique d’un talk-show populaire de Victory Channel, a averti son public que ‘le gouvernement et les entités mondialistes essaieront d’utiliser la force et l’emprisonnement si nécessaire pour vous mettre une aiguille dans le bras’. Simone Gold, une éminente sceptique du Covid-19 qui a assisté au siège du 6 janvier du Capitole, a déclaré à une congrégation évangélique de Floride qu’elle risquait d’être ‘forcée de prendre un produit biologique expérimental’.

Une préoccupation répandue parmi les évangéliques est le lien entre les vaccins et l’avortement: certains vaccins ont été développés et testés en utilisant des cellules dérivées du tissu fœtal d’avortements qui ont eu lieu il y a des décennies. Mais dans les faits, les vaccins ne contiennent pas de tissu fœtal et aucun avortement supplémentaire n’a été nécessaire pour les fabriquer. Pourtant, parmi les évangéliques blancs, de fausses rumeurs circulent en ligne sur les restes humains ou d’ADN fœtal en tant qu’ingrédient des vaccins.

La méfiance à l’égard des scientifiques fait désormais partie de l’identité culturelle

Certains évêques catholiques aux États-Unis ont également exprimé leur inquiétude quant au lien avec l’avortement. Mais le Vatican a conclu que les vaccins sont ‘moralement acceptables’ et a fermement soutenu la vaccination contre Covid-19. Seulement 22% des catholiques en Amérique disent qu’ils ne veulent pas du vaccin, c’est moins de la moitié du nombre d’évangéliques blancs (protestants).

Un autre argument commun parmi les évangéliques blancs pour ne pas se faire vacciner est qu’ils croient qu’ils ne sont pas en danger. Ils en voient des preuves dans le fait que les taux de mortalité du Covid-19 sont environ deux fois plus élevés pour les Américains noirs, hispaniques et autochtones que pour les Américains blancs.

Les pasteurs des communautés évangéliques blanches restent également largement silencieux. C’est en partie parce que la prudence chez les chrétiens conservateurs blancs n’est pas seulement religieuse ou médicale, mais aussi politique. Pour beaucoup de leurs fidèles, lorsque les ministres blancs encouragent directement la vaccination, cela revient à sentir leur parti politique attaqué, et peut-être même leur vision du monde tout entière.

Beaucoup de choses ont changé aux États-Unis au cours du siècle dernier dans la façon dont les chrétiens évangéliques voient la science, un changement largement enraciné dans les débats sur l’évolution. La communauté religieuse n’a pas encouragé ses fidèles à poursuivre des carrières scientifiques. La méfiance à l’égard des scientifiques fait désormais partie de l’identité culturelle de ce que signifie être blanc et évangélique en Amérique.

La question est maintenant de savoir si cette communauté, en plus des antivax, est assez grande que pour perturber l’immunité de groupe aux Etats-Unis.

Source: Newsweek

 

 

https://fr.businessam.be/la-bombe-qui-se-cache-derriere-le-succes-de-la-vaccination-aux-etats-unis/

Les blackouts au Texas annoncent des crises d'une côte à l'autre

 

Les tempêtes qui se sont abattues sur le continent ont déclenché des pannes de courant en Oklahoma et au Mississippi, ont interrompu un tiers de la production pétrolière américaine et ont perturbé les vaccinations dans 20 États.

Alors même que le Texas s'efforçait de rétablir l'électricité et l'eau au cours de la semaine dernière, des signes des risques posés par des conditions météorologiques de plus en plus extrêmes sur les infrastructures vieillissantes de l'Amérique apparaissaient dans tout le pays.

Les tempêtes hivernales de la semaine, qui se sont étendues à tout le continent, ont déclenché des pannes d'électricité au Texas, en Oklahoma, au Mississippi et dans plusieurs autres États. Un tiers de la production pétrolière du pays a été interrompue. Les systèmes d'eau potable de l'Ohio ont été mis hors service. Les réseaux routiers du pays ont été paralysés et les efforts de vaccination ont été interrompus dans 20 États.

La crise est porteuse d'un profond avertissement. Alors que le changement climatique entraîne une augmentation de la fréquence et de l'intensité des tempêtes, des inondations, des vagues de chaleur, des incendies et d'autres événements extrêmes, il exerce une pression croissante sur les fondements de l'économie du pays : Son réseau de routes et de chemins de fer, ses systèmes d'eau potable, ses centrales électriques, ses réseaux électriques, ses décharges industrielles et même ses habitations. Les défaillances dans un seul secteur peuvent déclencher un effet domino de pannes difficiles à prévoir.

Une grande partie de ces infrastructures ont été construites il y a des décennies, dans l'espoir que l'environnement qui les entoure reste stable, ou du moins fluctue dans des limites prévisibles. Aujourd'hui, le changement climatique remet en cause cette hypothèse.

"Nous sommes confrontés à un avenir d'extrêmes", a déclaré Alice Hill, qui a supervisé la planification des risques climatiques au Conseil national de sécurité pendant l'administration Obama. "Nous basons tous nos choix en matière de gestion des risques sur ce qui s'est passé dans le passé, et ce n'est plus un guide sûr".

Bien qu'il ne soit pas toujours possible de dire précisément comment le réchauffement climatique a influencé une tempête en particulier, les scientifiques ont déclaré qu'une augmentation générale des conditions météorologiques extrêmes crée de nouveaux risques importants.

Les réseaux d'égouts débordent de plus en plus souvent, car les puissantes pluies dépassent leur capacité nominale. Les maisons et les routes du littoral s'effondrent à mesure que l'intensification du ruissellement érode les falaises. Les cendres de charbon, résidus toxiques produits par les centrales au charbon, se déversent dans les rivières, les inondations submergeant les barrières destinées à les retenir. Des maisons autrefois hors de portée des feux de forêt brûlent dans des flammes qu'elles n'ont jamais été conçues pour supporter.

Des problèmes comme ceux-ci reflètent souvent une inclination des gouvernements à dépenser le moins d'argent possible, a déclaré Shalini Vajjhala, une ancienne fonctionnaire de l'administration Obama qui conseille désormais les villes pour faire face aux menaces climatiques. Elle a ajouté qu'il est difficile de persuader les contribuables de dépenser plus d'argent pour se prémunir contre des catastrophes qui semblent peu probables.

Mais le changement climatique inverse cette logique, rendant l'inaction beaucoup plus coûteuse. "L'argument que j'avancerais est que nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas le faire, car nous absorbons les coûts", a déclaré plus tard Mme Vajjhala, après que les catastrophes aient frappé. "Nous dépensons mal."

L'administration Biden a beaucoup parlé du changement climatique, en particulier de la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de créer des emplois dans le domaine des énergies renouvelables. Mais elle a passé moins de temps à discuter de la manière de gérer les effets croissants du changement climatique, faisant face aux critiques des experts pour ne pas avoir nommé plus de personnes qui se concentrent sur la résilience climatique.

"Je suis extrêmement préoccupée par le manque d'expertise en matière de gestion des urgences dont souffre l'équipe de Biden chargée du climat", a déclaré Samantha Montano, professeur adjoint à l'Académie maritime du Massachusetts, qui se concentre sur la politique en matière de catastrophes. "Il y a ici une urgence qui n'est toujours pas reflétée".

Un porte-parole de la Maison Blanche, Vedant Patel, a déclaré : "La construction d'infrastructures résistantes et durables, capables de supporter des conditions climatiques extrêmes et un changement de climat, jouera un rôle essentiel dans la création de millions d'emplois syndiqués bien rémunérés" tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre.

Et bien que le président Biden ait appelé à un effort majeur de rénovation et de modernisation des infrastructures du pays, obtenir d'un Congrès étroitement divisé qu'il dépense des centaines de milliards, voire des milliers de milliards de dollars, sera un défi majeur.

En augmentant le coût pour la société, les perturbations peuvent affecter de manière disproportionnée les ménages à faibles revenus et d'autres groupes vulnérables, notamment les personnes âgées ou celles dont l'anglais est limité.

"Toutes ces questions convergent", a déclaré Robert D. Bullard, professeur à la Texas Southern University qui étudie la richesse et les disparités raciales liées à l'environnement. "Et il n'y a tout simplement aucun endroit dans ce pays qui n'aura pas à faire face au changement climatique."

En septembre, lorsqu'une tempête soudaine a déversé un record de plus de deux pouces d'eau (+ de 5 cm) sur Washington en moins de 75 minutes, le résultat n'a pas seulement été une inondation généralisée, mais aussi des eaux d'égout brutes se précipitant dans des centaines de maisons.

Washington, comme beaucoup d'autres villes du nord-est et du Midwest, dépend de ce qu'on appelle un système de débordement des égouts unitaires : Si une pluie battante déborde les égouts pluviaux le long de la rue, ceux-ci sont construits pour déborder dans les tuyaux qui transportent les eaux usées brutes. Mais s'il y a trop de pression, les eaux usées peuvent être refoulées vers l'arrière, dans les maisons des gens - où les forces peuvent les faire éclater des toilettes et des douches.

C'est ce qui s'est passé à Washington. Le système de la ville a été construit à la fin des années 1800. Aujourd'hui, le changement climatique met à rude épreuve une conception déjà dépassée.

DC Water, le service public local, dépense des milliards de dollars pour que le système puisse contenir davantage d'eaux usées. "Nous sommes en quelque sorte en territoire inconnu", a déclaré Vincent Morris, porte-parole de la compagnie.

Le défi de la gestion et de l'apprivoisement des réserves d'eau du pays - que ce soit dans les rues et les maisons, ou dans les vastes rivières et bassins versants - devient de plus en plus complexe à mesure que les tempêtes s'intensifient. En mai dernier, des inondations dues à des pluies diluviennes ont fait sauter deux barrages dans le centre du Michigan, forçant des milliers d'habitants à fuir leurs maisons et menaçant un complexe chimique et un site de nettoyage de déchets toxiques. Les experts ont averti qu'il était peu probable que ce soit la dernière défaillance de ce type.

Une grande partie des 90 000 barrages du pays ont été construits il y a des décennies et avaient déjà grand besoin de réparations. Aujourd'hui, le changement climatique constitue une menace supplémentaire, en provoquant des pluies plus fortes dans certaines régions du pays et en augmentant les risques que certains barrages soient submergés par une quantité d'eau supérieure à celle pour laquelle ils ont été conçus. Une étude récente a révélé que la plupart des plus grands barrages de Californie risquaient de plus en plus de tomber en panne à mesure que le réchauffement climatique s'accentuait.

Ces dernières années, les responsables de la sécurité des barrages ont commencé à s'attaquer aux dangers. Le Colorado, par exemple, exige désormais que les constructeurs de barrages tiennent compte du risque d'augmentation de l'humidité atmosphérique due au changement climatique lorsqu'ils planifient les pires scénarios d'inondation.

Mais à l'échelle nationale, il reste un arriéré de milliers de vieux barrages qui doivent encore être réhabilités ou modernisés. Le coût pourrait s'élever à plus de 70 milliards de dollars.

"Chaque fois que nous étudions les défaillances des barrages, nous constatons souvent qu'il y a eu beaucoup de complaisance au préalable", a déclaré Bill McCormick, président de l'Association of State Dam Safety Officials. Mais étant donné que les défaillances peuvent avoir des conséquences catastrophiques, "nous ne pouvons vraiment pas nous permettre d'être complaisants".

Construire pour un avenir différent

Si les coupures de courant au Texas ont mis en évidence la mauvaise planification d'un État, elles constituent également un avertissement pour la nation : Le changement climatique menace pratiquement tous les aspects des réseaux électriques qui ne sont pas toujours conçus pour faire face à des conditions météorologiques de plus en plus difficiles. Les vulnérabilités se manifestent dans les lignes électriques, les centrales au gaz naturel, les réacteurs nucléaires et une myriade d'autres systèmes.

Des ondes de tempête plus fortes peuvent détruire les infrastructures électriques côtières. Des sécheresses plus profondes peuvent réduire les réserves d'eau des barrages hydroélectriques. De graves vagues de chaleur peuvent réduire l'efficacité des générateurs à combustibles fossiles, des lignes de transmission et même des panneaux solaires au moment précis où la demande s'envole parce que tout le monde met en marche son climatiseur.

Les risques climatiques peuvent également se combiner de manière nouvelle et imprévue.

En Californie, Pacific Gas & Electric a récemment dû couper l'électricité à des milliers de personnes pendant des saisons d'incendies exceptionnellement dangereuses. La raison : Les lignes électriques en panne peuvent déclencher d'énormes incendies dans la végétation sèche. Puis, au cours d'un mois d'août dernier record, plusieurs usines de gaz naturel de l'État ont connu des dysfonctionnements dus à la chaleur, au moment même où la demande augmentait, contribuant ainsi aux pannes d'électricité.
"Nous devons mieux comprendre ces impacts combinés", a déclaré Michael Craig, un expert en systèmes énergétiques de l'université du Michigan qui a récemment mené une étude sur la façon dont la hausse des températures estivales au Texas pourrait mettre le réseau électrique à rude épreuve de manière inattendue. "C'est un problème incroyablement complexe à prévoir".

Certains services publics s'en rendent compte. Après la tempête Sandy en 2012 qui a privé d'électricité 8,7 millions de clients, les services publics de New York et du New Jersey ont investi des milliards dans des murs anti-inondation, des équipements submersibles et d'autres technologies pour réduire le risque de pannes. Le mois dernier, le Con Edison de New York a déclaré qu'il intégrerait des projections climatiques dans sa planification.

Alors que des températures glaciales frappaient le Texas, un pépin dans l'un des deux réacteurs d'une centrale nucléaire du sud du Texas, qui dessert 2 millions de foyers, a déclenché un arrêt. La cause : Les conduites de détection reliées aux pompes à eau de la centrale avaient gelé, a déclaré Victor Dricks, porte-parole de l'Agence fédérale de réglementation nucléaire.

Il est également courant que la chaleur extrême perturbe l'énergie nucléaire. Le problème est que l'eau utilisée pour refroidir les réacteurs peut devenir trop chaude pour être utilisée, obligeant à des arrêts.

Les inondations constituent un autre risque.

Après qu'un tsunami a provoqué plusieurs effondrements à la centrale japonaise de Fukushima Daiichi en 2011, la Commission américaine de réglementation nucléaire a demandé à la soixantaine de centrales nucléaires en activité aux États-Unis, vieilles de plusieurs décennies, d'évaluer leur risque d'inondation pour tenir compte du changement climatique. Quatre-vingt-dix pour cent d'entre elles ont montré au moins un type de risque d'inondation qui dépassait ce que la centrale était censée gérer.

Le risque le plus important provenait de fortes pluies et de chutes de neige dépassant les paramètres de conception de 53 centrales.

Scott Burnell, un porte-parole de la Commission de réglementation nucléaire, a déclaré dans un communiqué : "La NRC continue de conclure, sur la base de l'examen par le personnel d'analyses détaillées, que toutes les centrales nucléaires américaines peuvent faire face de manière appropriée aux inondations potentielles, y compris les effets du changement climatique, et rester sûres".

Les artères d'une nation en danger

L'effondrement d'une partie de l'autoroute 1 de Californie dans l'océan Pacifique après les fortes pluies du mois dernier a rappelé la fragilité des routes du pays.

Plusieurs risques liés au climat semblent avoir convergé pour accroître le danger. La montée des mers et l'augmentation des ondes de tempête ont intensifié l'érosion côtière, tandis que des épisodes de précipitations plus extrêmes ont augmenté le risque de glissement de terrain.

Ajoutez à cela les effets des incendies dévastateurs, qui peuvent endommager la végétation qui maintient le sol des collines en place, et "ce qui n'aurait pas glissé sans les incendies, commence à glisser", a déclaré Jennifer M. Jacobs, professeur de génie civil et environnemental à l'université du New Hampshire. "Je pense que nous allons en voir d'autres."

Les États-Unis dépendent des autoroutes, des chemins de fer et des ponts comme artères économiques pour le commerce, les voyages et le simple fait de se rendre au travail. Mais nombre des liaisons les plus importantes du pays sont confrontées à des menaces climatiques croissantes. Plus de 60 000 miles de routes et de ponts dans les plaines côtières inondables sont déjà vulnérables aux tempêtes extrêmes et aux ouragans, selon les estimations du gouvernement. Et les inondations intérieures pourraient également menacer au moins 2 500 ponts dans tout le pays d'ici 2050, selon un rapport fédéral sur le climat publié en 2018.

Parfois, même de petits changements peuvent déclencher des défaillances catastrophiques. Les ingénieurs qui ont modélisé l'effondrement des ponts de la baie d'Escambia en Floride lors de l'ouragan Ivan en 2004 ont constaté que les trois pouces supplémentaires d'élévation du niveau de la mer depuis la construction du pont en 1968 ont très probablement contribué à l'effondrement, en raison de la hauteur supplémentaire de l'onde de tempête et de la force des vagues.

"Beaucoup de nos systèmes d'infrastructure ont un point de basculement. Et quand vous atteignez le point de basculement, c'est là qu'une défaillance se produit", a déclaré le Dr Jacobs. "Et le point de basculement peut être d'un pouce."

Des réseaux ferroviaires cruciaux sont également en danger. En 2017, les consultants d'Amtrak ont découvert que le long de certaines parties du corridor nord-est, qui va de Boston à Washington et qui transporte 12 millions de personnes par an, les inondations et les marées de tempête pourraient éroder le lit de la voie, désactiver les signaux et finalement mettre les voies sous l'eau.
Et il n'y a pas de solution facile. Pour soulever les voies, il faudrait également élever les ponts, les fils électriques et beaucoup d'autres infrastructures, et les déplacer signifierait acheter de nouveaux terrains dans une région très peuplée du pays. Le rapport a donc recommandé la mise en place de barrières anti-inondation, d'un coût de 24 millions de dollars par kilomètre, qui doivent être déplacées chaque fois que des inondations menacent.

Sites toxiques, aggravation du danger

Une série d'explosions dans une usine chimique endommagée par des inondations à l'extérieur de Houston après le passage de l'ouragan Harvey en 2017 a mis en évidence un danger qui se cache dans un monde assailli par des conditions météorologiques de plus en plus extrêmes.

Les explosions de l'usine ont eu lieu après que les inondations aient coupé l'alimentation électrique du site, coupant les systèmes de réfrigération qui maintenaient les produits chimiques volatils stables. Près de deux douzaines de personnes, dont beaucoup de secouristes, ont été traitées pour exposition aux fumées toxiques, et quelque 200 habitants des environs ont été évacués de leur domicile.

Plus de 2 500 installations qui manipulent des produits chimiques toxiques se trouvent dans des zones fédérales sujettes aux inondations dans tout le pays, dont environ 1 400 dans les zones les plus exposées aux inondations, selon une analyse du New York Times en 2018.

Les fuites des sites de nettoyage de produits toxiques, laissées par l'industrie du passé, constituent une autre menace.

Près des deux tiers des quelque 1 500 sites de nettoyage du Superfund à travers le pays se trouvent dans des zones présentant un risque élevé d'inondations, de marées de tempête, d'incendies ou d'élévation du niveau de la mer, selon un audit gouvernemental réalisé en 2019. Les cendres de charbon, une substance toxique produite par les centrales électriques au charbon et souvent stockée sous forme de boue dans des bassins spéciaux, ont été particulièrement exposées. Après l'ouragan Florence en 2018, par exemple, une brèche de barrage sur le site d'une centrale électrique à Wilmington, en Caroline du Nord, a rejeté les cendres dangereuses dans une rivière voisine.

"Nous devrions évaluer si ces installations ou ces sites doivent effectivement être déplacés ou sécurisés à nouveau", a déclaré Lisa Evans, avocate principale chez Earthjustice, une organisation de droit de l'environnement. Les endroits qui "étaient peut-être en bon état en 1990", a-t-elle dit, "pourraient être une catastrophe en attente en 2021".

(posté par J-Pierre Dieterlen)

https://www.nytimes.com/2021/02/20/climate/united-states-infrastructure-storms.html?campaign_id=54&emc=edit_clim_20210224&instance_id=27446&nl=climate-fwd%3A&regi_id=77705067&segment_id=52262&te=1&user_id=84bd99b51106d84be54c9969a25aab9f

États-Unis : les Américains se ruent sur les armes

Les tensions sociales, la crise sanitaire et un climat politique tendu poussent les Américains à acheter des armes à feu. Près de quatre millions d’armes se sont vendues au moins de juin.

Près de New York (États-Unis), dans un magasin d’armes à feu, c’est la ruée sur les pistolets et les fusils. Avec la crise sanitaire, les violences policières et à quelques jours de l’élection présidentielle, beaucoup d’Américains sont à cran. "Je me suis dit qu’avec la pandémie, beaucoup de personnes allaient se retrouver sans emploi. Il n’y aura pas d’argent pour tout le monde. S’il y a des cambriolages, je veux pouvoir protéger ma maison", confie un homme. Dans ce magasin, les ventes sont en nette augmentation depuis février. Certains fusils et leurs munitions sont même en rupture de stock.

Des citoyens qui ont peur

"C’est assez inquiétant, les acheteurs ne sont pas des propriétaires d’armes à feu. Beaucoup en achètent pour la première fois. Ils viennent acheter des armes parce qu’ils ont peur", indique Andrew Chernoff, propriétaire du Coliseum Gun Traders. Conséquence, les centres d’entraînement ne désemplissent pas. Dans ce champ de tir du Mississippi, des hommes et des femmes sont venus apprendre à manier les armes. Au mois de juin, près de quatre millions d’armes se sont vendues aux États-Unis. Un record.

L. Demirdjian, T. Dorseuil France 2 France Télévisions

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https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/etats-unis-les-americains-se-ruent-sur-les-armes_4148985.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20201021-[lesimages/image3]

Face au coronavirus, une Amérique aux pieds d’argile

 

Inégalités sociales et raciales, système de santé inadapté, désunion politique entre Etats… La pandémie a jeté une lumière crue sur les multiples fragilités dont souffrent les Etats-Unis.

 

Le 4 mai, dans l’espace virtuel que la diplomatie du coronavirus impose désormais aux dirigeants de la planète, Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, annonce le lancement d’un fonds mondial pour la recherche d’un vaccin contre le Covid-19. Parmi les nombreux chefs d’Etat et de gouvernement réunis en mosaïque sur l’écran face à elle, le premier ministre japonais, Shinzo Abe, côtoie la chancelière allemande, Angela Merkel, et l’on reconnaît le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, non loin d’Emmanuel Macron. Un dirigeant brille par son absence : le président des Etats-Unis.

 

Donald Trump n’a pas jugé utile de participer à cette opération internationale, qui réunit dès son coup d’envoi 7,4 milliards d’euros, ni même de s’y faire représenter. En fait, il y a bien une participante américaine, dont le visage s’affiche sur les écrans : Melinda Gates, coprésidente, avec son mari Bill, de la fondation qui porte leur nom. Très active dans le domaine de la santé publique, la Fondation Gates annoncera le même jour que ses dons pour la recherche sur le Covid-19 s’élèvent à 300 millions de dollars.

 
 

Que la présence américaine à un sommet mondial soit assurée par une philanthrope privée, aussi riche soit-elle, et non par un dirigeant politique, en dit long sur l’effacement de la puissance américaine sur la scène diplomatique. La veille, Melinda Gates ne s’est d’ailleurs pas privée de critiquer cette absence : « Le manque de leadership des Etats-Unis est extrêmement décevant, confie-t-elle aux Echos. C’est pour cela que nous nous sommes tournés vers l’Europe. »

 

Amorcé progressivement depuis le début du XXIe siècle, le repli américain s’est accéléré sous la présidence Trump. Le choc du coronavirus l’a accentué. En l’espace de quelques semaines, Washington a tourné le dos à la communauté internationale. En pleine pandémie, Donald Trump a pris prétexte des manœuvres de Pékin à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour suspendre la contribution américaine – la plus importante de l’OMS. Un sénateur républicain du Missouri, Josh Hawley, réclame même l’abolition de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) : son pays, dit-il, doit « recouvrer sa souveraineté économique ».

 

Le vernis craque

 

Vu de l’extérieur, c’est la négation même du modèle américain. Ce monde dont ils se retirent, ce sont eux, les Etats-Unis, qui ont en grande partie contribué à le modeler. Mais si le Covid-19 a fait des dégâts partout, son offensive aux Etats-Unis est particulièrement cruelle : au-delà du bilan humain – près de 80 000 morts, 1,3 million de cas –, elle révèle les failles profondes du système économique, social et politique de la première puissance mondiale.

 

 

Cette offensive, Donald Trump ne l’a pas vue venir. Lorsque, le 4 février, il prononce son troisième discours sur l’état de l’Union, les mots claquent et les formules triomphales s’enchaînent. « En seulement trois ans, dit-il au Congrès, nous avons brisé l’idée du déclin américain, et nous avons refusé l’atrophie du destin de l’Amérique. Nous allons de l’avant à un rythme qui était inimaginable il y a peu de temps encore, et nous ne reculerons plus jamais. » Ce succès, pense-t-il, est irrévocable : le pays vient de connaître son 128e mois d’affilée de croissance, le plus long cycle jamais connu, le taux de chômage est tombé à son plus bas niveau depuis près de cinquante ans, Wall Street atteint des sommets historiques.

 

Deux semaines auparavant, un homme de 35 ans du comté de Snohomish (Etat de Washington), revenu quelques jours plus tôt de Wuhan, a été testé positif au coronavirus SARS-CoV-2. C’est le premier cas confirmé aux Etats-Unis. Mais, ce 4 février, Donald Trump a les yeux rivés sur sa possible réélection en novembre. Il ne peut imaginer que cette première contamination constitue le point de départ d’une crise sanitaire sans précédent, qui va agir comme le révélateur d’un modèle économique rongé par les inégalités et un système sanitaire et social particulièrement inadapté à ce choc.

 

 

Le vernis commence à craquer dès la proclamation de l’état d’urgence, le week-end du 13 mars. A New York, le gouverneur de l’Etat, Andrew Cuomo, et le maire de la ville, Bill de Blasio, affrontent un dilemme : fermer ou non les écoles. Dans la ville qui compte le plus de milliardaires au monde, ce n’est pas la pertinence sanitaire ou éducative de cette décision qui les fait hésiter, mais ses risques sociaux. Car, sur le million d’élèves des 1 700 écoles publiques de New York, 750 000 vivent au-dessous du seuil de pauvreté et un élève sur dix est sans domicile fixe. Pour eux, l’école est d’abord un lieu où ils sont assurés d’avoir un repas par jour et où les services sociaux peuvent apporter un peu de soutien à des familles très précaires. Conscient des enjeux, MM. Cuomo et De Blasio résistent jusqu’au dernier moment, mais, face à l’urgence sanitaire, finissent par opter pour la fermeture.

 

Inégalités caricaturales

 

Deux images résument à elles seules l’ampleur des inégalités sur lesquelles la pandémie jette une lumière crue. D’abord, une photo du producteur de musique et de films David Geffen, postée le 28 mars sur son compte Instagram, qui rapidement enflamme les réseaux sociaux. On y voit son yacht de 140 mètres au mouillage dans une crique de la Grenade, accompagné de cette légende : « Confiné pour éviter le virus. J’espère que tout le monde est à l’abri. » L’autre, c’est celle de trois lycéens de Phoenix (Arizona) découverts par leur proviseur blottis sous une couverture à l’abri de la pluie à l’extérieur de leur établissement, fermé pour cause de Covid-19, utilisant le réseau sans fil du lycée pour terminer leurs devoirs faute de connexion Internet à la maison.

 

 

A New York, la situation frise la caricature, avec un rapport d’un à quarante entre les 20 % les plus riches et les 20 % les plus pauvres, une situation similaire à celles de la Namibie ou de la Sierra Leone. Au plus fort de la crise sanitaire, le Bronx et le Queens, les deux quartiers les plus pauvres, comptaient deux fois plus de personnes contaminées que Manhattan, où pourtant la densité de population est la plus élevée, avant qu’une partie des résidents aisés filent vers les plages des Hamptons ou la verdure de la vallée de l’Hudson. Fin mars, les joueurs de l’une des plus célèbres équipes de basket américaines, les Brooklyn Nets, ont pu se faire tester pour savoir s’ils avaient été contaminés, pendant que des milliers de soignants se voyaient refuser cette possibilité. Dans le Michigan, 40 % des victimes du Covid-19 sont afro-américaines, alors que cette catégorie constitue à peine 14 % de la population.

 

 

Mais c’est la vulnérabilité du système de santé qui se révèle la plus désastreuse. « Dans les classements internationaux sur la capacité d’un pays à affronter une pandémie, les Etats-Unis faisaient toujours partie du peloton de tête avec l’Allemagne, qu’il s’agisse des réserves stratégiques, des capacités industrielles pour produire des traitements et du matériel, de la qualité des laboratoires et des chercheurs, remarque Thomas Philippon, économiste à l’université de New York. La propagation du Covid-19 constitue pour le pays une défaite très lourde, dans laquelle l’administration Trump porte une responsabilité écrasante. » Malgré les alertes répétées des services de renseignement, malgré les deux à trois semaines dont ils ont bénéficié par rapport à l’Europe pour se préparer, les Etats-Unis se sont fait surprendre par la pandémie. L’Etat de New York déplore 1 300 morts de Covid-19 par million d’habitants – un taux trois fois supérieur à celui de l’Italie.

 

L’« absurdité » d’un modèle

 

Les faiblesses du système de santé américain ne sont pas nouvelles. Il coûte cher –11 000 dollars par habitant, 18 % du PIB – pour des résultats très médiocres. L’espérance de vie, qui ne cesse de baisser depuis quatre ans, notamment à cause de la crise des opioïdes, qui a fait des ravages dans la dernière décennie,est très inférieure à celle dans la plupart des pays de l’OCDE, tandis que les taux de comorbidité au Covid-19 (40 % des Américains sont obèses, un sur trois souffre de diabète, un sur deux de maladie cardio-vasculaire) sont parmi les plus élevés du monde. Cet état sanitaire est aggravé par le fait que les Etats-Unis sont l’un des seuls pays au sein du monde développé à ne pas imposer aux entreprises un système d’indemnisation maladie.

 

Pourtant, depuis son élection, Donald Trump n’a cessé de tailler dans les budgets des agences de santé, tout en détricotant l’Obamacare, le système d’assurance mis en place par son prédécesseur. Résultat : lorsque la pandémie se déclare, 30 millions de personnes n’ont aucune couverture maladie, et la moitié de la population déclarait être sous-assurée. Cette situation empire à une vitesse vertigineuse avec l’explosion du chômage, car un Américain sur deux a une assurance santé liée à son emploi. Pour Gabriel Zucman, économiste et professeur à Berkeley, « cette crise illustre très clairement les limites et l’absurdité du modèle, qui est perpétué par le lobbying intensif des compagnies d’assurance privées ».

 

 

Les Américains savaient tout cela. Mais, lorsque les images des hôpitaux débordés défilent sur leurs écrans, lorsque les réseaux sociaux sont submergés par les témoignages déchirants d’infirmières privées de masque et de médecins paniqués par l’absence de respirateurs, lorsque les gouverneurs des Etats doivent rivaliser pour s’approvisionner en équipement médical au lieu de s’entre-aider, l’inadaptation de leur système éclate au grand jour.

Les conséquences économiques de la crise sanitaire aggravent encore le déséquilibre structurel du système hospitalier, constitué, pour l’essentiel, d’établissements à but lucratif, qui accueillent les patients assurés auprès de compagnies privées. Avec la montée du chômage, les assurés sont de moins en moins nombreux et l’on assiste à des faillites d’hôpitaux en cascade, alors que, dans le même temps, le secteur public n’a pas les capacités pour accueillir les malades qui se retrouvent sans assurance.

 

L’état de la désunion

 

Alors que des files de 4 x 4 se forment devant les banques alimentaires, prises d’assaut par des salariés licenciés du jour au lendemain, la violence de la crise, sanitaire et économique, plonge les intellectuels américains nostalgiques de l’ère pré-Trump dans une impitoyable introspection. La gestion erratique de l’épidémie par la Maison Blanche les étonne d’autant moins que ce président a toujours fait preuve d’un profond scepticisme à l’égard de la science. Donald Trump passe successivement du déni à la fanfaronnade, puis au discours guerrier, sans jamais parvenir à donner l’impression qu’il maîtrise la situation, et il place son gendre, Jared Kushner, qui n’a d’autre qualification qu’une brève expérience dans l’immobilier, au centre du dispositif Covid-19. Pour de nombreux analystes, les dysfonctionnements, cependant, dépassent largement le chaos du bureau Ovale.

 

« Alors que, sur le papier, les Etats-Unis ont une énorme capacité d’action publique,l’incompétence choquante de la gestion du coronavirus a montré qu’elle ne servait à rien, observe Yascha Mounk. La population est trop divisée pour suivre les consignes de santé publique. Les autorités sont beaucoup moins efficaces qu’elles n’auraient dû l’être. Et la Maison Blanche est incapable d’organiser une riposte coordonnée à la pandémie. » Ce politiste à Harvard, auteur du Peuple contre la démocratie (L’Observatoire, 2018), met le doigt sur un élément crucial dans cette crise : la division du peuple américain. Polarisés comme jamais, les Américains, qui avaient fait preuve d’une remarquable unité après les attentats du 11 septembre 2001, se déchirent aujourd’hui sur la question du déconfinement et sur le débat qu’elle sous-tend : la suprématie de la valeur économique sur la valeur santé, ou la supériorité de la liberté individuelle sur la sécurité collective.

 

 

En avril, encouragés à coups de Tweet par le président Trump – « Libérez le Michigan ! »« Libérez la Virginie ! » « Libérez le Minnesota ! »–, des manifestants protestent contre le confinement décrété par le gouverneur de leur Etat. A Denver, dans le Colorado, on les voit s’opposer à des soignants en tenue verte d’hôpital, auxquels ils crient : « Retournez en Chine ! » A Lansing, capitale du Michigan, le 30 avril, des manifestants armés envahissent le bâtiment du Parlement local pour protester contre le strict confinement imposé par la gouverneure Gretchen Whitmer.

 

Là encore, cette fracture dans l’opinion n’est pas apparue avec le Covid-19. Les séquelles de la guerre d’Irak, après l’invasion du pays par les forces américaines en 2003, ont rompu la belle unité du 11-Septembre, puis celles de la crise financière de 2008, dont les banquiers se sont rapidement remis alors que la classe moyenne plongeait, ont continué de semer la division et la méfiance. Donald Trump a ramassé la mise en 2016 et n’a fait que souffler sur les braises depuis. Dans le magazine The Atlantic, le politiste Francis Fukuyama prédit que, dans la lutte crise contre le Covid-19, c’est la confiance dans le leadership et sa compétence, bien plus que le clivage entre démocraties et autocraties, qui détermineront le succès. Et, dans le cas présent, ces critères ne sont pas à l’avantage des Etats-Unis.

 

Signes extérieurs de richesse

 

D’autant plus que l’une des caractéristiques du système américain, le fédéralisme, est elle aussi mise à l’épreuve. Faute d’un président capable d’incarner le rassemblement, les Etats se protègent les uns des autres pour tenter de freiner la progression de la maladie. L’Alaska et Hawaï mettent en quarantaine les Américains arrivant du continent. Les citoyens se tournent vers leur gouverneur, dans lequel les sondages montrent qu’ils placent leur confiance bien plus que dans le système fédéral. La Californie, dont le gouverneur, Gavin Newsom, a été le premier à décréter le confinement de la population entière d’un Etat, prend des allures d’Etat-nation. Gavin Newsom et son collègue de l’Etat de New York, Andrew Cuomo, démocrate comme lui, deviennent des figures nationales, dont la gestion de la crise est plus rationnelle. « Les gouverneurs ne doivent rien nous demander », proclame Jared Kushner. Ils retiendront la leçon. A la mi-mars, 16 Etats ordonnent le confinement, qui concerne alors la majorité de la population américaine. Il ne reste plus au président qu’à encourager rageusement les opposants, en tapant sur son smartphone depuis la Maison Blanche.

 

 

Plus la crise avance, moins Donald Trump cache en effet sa fébrilité quant à la reprise de l’activité, alors qu’apparaît l’ampleur de la catastrophe économique. Dans un contexte où la précarité de l’emploi et des salaires était déjà importante, les Etats-Unis ont fait le choix, quand la pandémie a paralysé l’économie, de laisser les entreprises faire faillite et licencier. Tandis que les pays européens ont opté pour des mesures de chômage partiel en attendant que l’activité reparte, 33,5 millionsd’Américains ont perdu leur emploi. Le taux de chômage atteint 14,7 %, un niveau inégalé depuis la seconde guerre mondiale.

« C’est une option très risquée, car elle pourrait se traduire par une reprise beaucoup plus lente qu’en Europe », estime Gabriel Zucman, qui souligne le gâchis que représente la rupture du lien entre un salarié et son entreprise. Pour Patrick Artus, chef économiste chez Natixis, « le gouvernement américain a fait la bêtise d’utiliser les mêmes recettes que d’habitude », alors que la nature de cette crise est très différente des précédentes. « Cette soudaine montée du chômage peut déclencher une crise bancaire avec une hausse massive des défauts sur les crédits », s’inquiète-t-il. Déjà, avant la crise, quatre Américains sur dix étaient incapables de faire face à une dépense imprévue de 400 dollars, selon la Réserve fédérale. Ce chiffre est en train d’exploser.

 

C’est une autre fragilité du modèle américain qui est mise en évidence par l’irruption du Covid-19. « Depuis pas mal d’années, la réussite de ce modèle se résume au succès de la Silicon Valley, dont les entreprises emblématiques vont ressortir renforcées de cette crise, souligne Thomas Philippon. Mais c’est un modèle qui ne fonctionne plus pour les deux tiers des Américains. » Comme le notent Martha Ross et Nicole Bateman, deux chercheuses de la Brookings Institution, dans une récente étude,53 millions d’Américains sont considérés comme « bas salaires », avec une rémunération horaire médiane de 10,22 dollars. « Le dernier cycle de croissance a finalement été très pauvre en termes d’évolution des revenus et d’emploi »,relève l’économiste Véronique Riches-Flores, spécialiste des Etats-Unis. Ainsi, alors que les indices boursiers battaient record sur record, le salaire horaire moyen ajusté de l’inflation n’a pas bougé depuis 1973, tandis que le pouvoir d’achat du salaire minimum fédéral diminue depuis 1968.

 

« Revers majeur »

 

Même constat sur le taux de chômage, dont la baisse tient essentiellement à la faiblesse du taux de participation au marché du travail. Avant que n’éclate la crise, 23 millions d’Américains âgés de 25 à 54 ans étaient sans emploi. La plupart n’étaient plus comptabilisés dans les statistiques du chômage, simplement parce qu’ils avaient renoncé à chercher un poste par découragement ou pour raisons de santé. « Si l’on avait un taux d’activité comparable à celui d’avant la crise de 2008, le chômage serait plus du double des chiffres officiels », estime Véronique Riches-Flores.

 

Diplomatique, politique, économique, social, sanitaire : sur tous les fronts, les fondements du système américain se trouvent ainsi attaqués et se montrent d’autant plus vulnérables qu’ils étaient déjà affaiblis. Pour certains commentateurs, c’est bien le légendaire exceptionnalisme américain qui se trouve remis en cause. Auteur d’un livre d’une grande lucidité publié en 2013, The Unwinding,(« Le défoulement », FSG, non traduit), portrait d’une superpuissance dont le modèle est usé et les acteurs livrés à eux-mêmes, George Packer vient de livrer au mensuel The Atlantic un verdict d’une sévérité glaçante : « Nous vivons dans un Etat failli, dit-il. La crise exigeait une réponse rapide, rationnelle et collective. Les Etats-Unis ont réagi comme le Pakistan ou la Biélorussie. La Russie, Taïwan et les Nations unies ont envoyé de l’aide humanitaire à la puissance la plus riche du monde  une nation réduite à mendier dans un chaos total. »

 

 

Pour Yascha Mounk, qui porte un regard d’Européen sur le pays qui l’a adopté, « si l’Amérique ne renouvelle pas sa culture politique et ses institutions, elle se révélera incapable de servir ses propres citoyens et d’agir en leader du monde libre ». Bien d’autres pensent que cette mission de leadership est déjà sacrifiée, victime de l’hubris et des erreurs de jugement. Le Russe Andreï Kortounov, qui dirige à Moscou un centre d’études sur les relations internationales, est convaincu que le mythe américain ne sortira pas indemne de la pandémie : « S’il y a un pays qui aurait dû savoir faire face à cette crise, c’étaient bien les Etats-Unis, dit-il. C’est un revers majeur pour leur image dans le monde. »

 

Attention à la démoralisation collective, avertit Kurt Campbell, ex-responsable diplomatique dans l’administration Obama, aujourd’hui à la Fondation Carnegie, qui ne compte plus les fois où la théorie du déclin américain a alimenté les hypothèses les plus sombres. « Chaque fois, nous avons fait preuve d’une formidable capacité à rebondir », souligne-t-il. C’est vrai. Les Etats-Unis conservent quelques atouts et pas des moindres, le dollar, la puissance militaire, la force de l’innovation scientifique et technologique. Et tous les yeux de ceux qui veulent le croire sont rivés, comme ceux de Donald Trump, sur l’élection présidentielle du 3 novembre. Mais, quel que soit le vainqueur, la pente à remonter pour rétablir l’aura du modèle américain sera rude.

 

Stéphane Lauer et Sylvie Kauffmann

Un rapport commandé par le Pentagone estime que l'armée américaine pourrait s'effondrer d'ici 20 ans en raison du changement climatique
par Nafeez Ahmed

Le rapport indique qu'une combinaison de famine mondiale, de guerre, de maladie, de sécheresse et d'un réseau électrique fragile pourrait avoir des effets dévastateurs en cascade.

Selon un nouveau rapport de l'armée américaine, les Américains pourraient faire face à un avenir horriblement sombre en raison des changements climatiques qui entraînent des pannes d'électricité, des maladies, la soif, la famine et la guerre. L'étude a révélé que l'armée américaine elle-même pourrait également s'effondrer. Tout cela pourrait se produire au cours des deux prochaines décennies, note le rapport.

Les hauts fonctionnaires du gouvernement américain qui ont rédigé le rapport proviennent de plusieurs organismes clés, dont l'armée, la Defense Intelligence Agency et la NASA. L'étude appelle le Pentagone à se préparer d'urgence à la possibilité que les systèmes d'énergie, d'eau et d'alimentation domestiques s'effondrent en raison des impacts du changement climatique alors que nous approchons du milieu du siècle.

Le rapport a été commandé par le général Mark Milley, le nouveau président de l'état-major interarmées de Trump, ce qui en fait l'officier militaire le plus haut gradé du pays (le rapport le met également en désaccord avec Trump, qui ne prend pas le changement climatique au sérieux).

Le rapport, intitulé Implications of Climate Change for the U.S. Army, a été lancé par le U.S. Army War College en partenariat avec la NASA en mai au Wilson Center à Washington DC. Le rapport a été commandé par le général Milley dans le cadre de son précédent rôle de chef d'état-major de l'armée. Il a été rendu public en août par le Center for Climate and Security, mais n'a pas reçu beaucoup d'attention à l'époque.

Les deux scénarios les plus importants du rapport se concentrent sur le risque d'un effondrement du réseau électrique au cours des " 20 prochaines années " et sur le danger d'épidémies. Les deux pourraient être déclenchés par le changement climatique à court terme, note-t-il.

Le rapport avertit également que l'armée américaine devrait se préparer à de nouvelles interventions étrangères dans des conflits de type syrien, déclenchés par des impacts liés au climat. Le Bangladesh, en particulier, est mis en évidence comme le pays le plus vulnérable à l'effondrement du climat dans le monde.

"Le déplacement permanent d'une grande partie de la population du Bangladesh serait une catastrophe régionale susceptible d'accroître l'instabilité mondiale ", avertit le rapport. " C'est le résultat potentiel de complications liées au changement climatique dans un seul pays. A l'échelle mondiale, plus de 600 millions de personnes vivent au niveau de la mer."

L'élévation du niveau de la mer, qui pourrait dépasser 2 mètres d'ici 2100 selon une étude récente, " déplacera des dizaines (voire des centaines) de millions de personnes, créant une instabilité massive et durable ", ajoute le rapport.

Les États-Unis devraient donc être prêts à agir non seulement au Bangladesh, mais dans de nombreuses autres régions, comme l'Arctique qui fond rapidement - où le rapport recommande que l'armée américaine tire parti de ses ressources en hydrocarbures et de ses nouvelles voies de transit pour repousser l'empiètement russe.

Mais sans réformes urgentes, le rapport avertit que l'armée américaine elle-même pourrait finir par s'effondrer effectivement alors qu'elle tente de réagir à l'effondrement du climat. Elle pourrait perdre sa capacité à contenir les menaces aux États-Unis et pourrait transformer en "échec" les missions à l'étranger en raison d'un approvisionnement en eau insuffisant.

Effondrement total du réseau électrique

Le rapport brosse un portrait effrayant d'un pays qui s'effondrera au cours des 20 prochaines années en raison des répercussions des changements climatiques sur " les systèmes naturels tels que les océans, les lacs, les rivières, les eaux souterraines, les récifs et les forêts ".

Selon le rapport, l'infrastructure actuelle aux États-Unis est terriblement sous-préparée : "La plupart des infrastructures critiques identifiées par le Département de la Sécurité Intérieure ne sont pas construites pour résister à la dégradation de ces conditions."

Environ 80% des exportations agricoles américaines et 78% des importations sont transportées par la mer. Cela signifie que les épisodes d'inondations dus au changement climatique pourraient causer des dommages durables aux infrastructures de transport maritime, constituant "une menace majeure pour les vies et les communautés américaines, l'économie américaine et la sécurité alimentaire mondiale", note le rapport.

Le réseau électrique national des États-Unis est particulièrement menacé, car il pourrait être fermé en raison des " facteurs de stress liés au changement climatique ", notamment l'évolution des niveaux de précipitations :

"Le réseau électrique qui dessert les États-Unis est vieillissant et continue de fonctionner sans un investissement coordonné et important dans les infrastructures. Il existe des vulnérabilités des centrales électriques, à l'infrastructure de transport d'électricité et aux composantes du réseau de distribution ", affirme-t-il.

Par conséquent, les " besoins énergétiques accrus " déclenchés par les nouveaux régimes climatiques comme les périodes prolongées de chaleur, de sécheresse et de froid pourraient éventuellement submerger " un système déjà fragile ".

(...)

(publié par J-Pierre Dieterlen)

 

La crise des subprimes, que certains avaient vu venir, a déclenché la crise financière la plus grave que le monde ait connu depuis 1929. Cette crise, qui avait pour base rappelons-le, des défauts de paiement en série sur des crédits immobiliers (2006) ayant entrainé par une suite d’événements et une crise de confiance dans le système bancaire, la chute de la banque Lehman Brothers (2008). Ce point de départ a été le premier domino d’une formidable et destructrice réaction en chaîne qui allait bientôt faire apparaître la fragilité extrême du système financier. Les banques occidentales cherchent désespérément à se débarrasser de leurs créances douteuses, la défiance des clients se sentant floués (certains titres dangereux avaient été introduits au sein de portefeuilles de titre à court-terme sans la moindre information au client) est un multiplicateur à la crise de liquidité du système bancaire et la panique gagne toute la sphère. Certains fonds souverains (venant particulièrement du Moyen-Orient et d’Asie) prennent d’importantes parts au capital de grandes banques occidentales et bientôt les plans de sauvetages et de renflouement des états viendront éteindre l’incendie. Par le désendettement du secteur privé, le ralentissement de l’activité, la montée du chômage, la baisse de la consommation, les plans de relances et d’autres facteurs, on voit maintenant une crise de l’endettement publique faire son apparition. Le pays qui a vu s’allumer la première étincelle est celui de l’Oncle Sam et 4 ans après la chute de Lehman Brothers, la situation économique américaine a tout pour inquiéter.

 

Avec une dette avoisinant les 16 000 milliards de dollars à l’heure actuelle (si l’on tient compte de la dette totale, cela représente environ 300% du PIB !) , la situation des Etats-Unis est plus que périlleuse. Entre 2007 et 2010, la richesse moyenne des ménages américains a chuté de 40% et le phénomène est exponentiel. Le chômage, à l’instar des pays européens augmente sans cesse mais moins que celui des travailleurs précaires, un enfant sur quatre a connu ou connaitra un épisode de vie dans la rue, 23.1 % des enfants américains vivent sous le seuil de pauvreté (classé entre la Lettonie et la Roumanie) et 46 000 000 d’américains dépendent de la distribution de bons alimentaires par l’état afin de se nourrir (+74% depuis 2007). Un constat de misère social assez terrifiant au sein de la plus grande puissance financière mondiale.

 

Peut-être preuve que si le système ultra-libéral américain permet des réussites fulgurantes qui ne sont possibles qu’au pays de l’oncle Sam, ce dernier laisse également énormément de gens sur le carreau. Le mythe de la reprise US de l’année 2012 va être balayé lorsque la question de la dette abyssale du pays sera contrainte de revenir sur la table. Il est nécessaire de rappeler, qu’au jour d’aujourd’hui, pour générer 1 dollar de croissance, l’état américain et la banque centrale américaine (FED) doivent s’endetter de 2.5 dollars. Une situation totalement intenable, qui a fait illusion le temps d’un mirage de reprise économique mais que la réalité va irrémédiablement rattraper.

 

Afin d’illustrer l’illusionnisme dont font preuve les USA concernant leur reprise économique, les prêts aux étudiants sont un parfait exemples. Il s’avère que cette affaire revêt des aspects assez similaires à la crise des subprimes. Des prêts garantis par l’état américain ont été accordé par les banques dans le but d’aider les jeunes américains à assumer des frais de scolarité exorbitants si bien qu’une bulle s’est formé et qu’elle atteindrait aujourd’hui plus de 1000 milliards de dollars ! Le taux de défaut de paiement sur ces prêts avoisinent aujourd’hui les 20% et l’état va bien devoir assumer ces derniers en tant que garant (à titre de comparaison la crise des subprimes a éclaté lorsque le taux de défaut à dépasser les 10% !). De plus les 15 000 milliards d’actifs fantômes restant au sein du système financier mondial et résultant de la crise financière de 2008 vont s’envoler avant le début de l’année 2013 et ceci va avoir pour effet de nouvelles faillites d’établissements bancaires occidentaux et notamment américains. Seulement, cette fois, les états n’auront plus les moyens de leur porter secours par des plans de renflouement abyssaux. Les actionnaires seront les plus touchés, aux USA également.

 

Un point intéressant est le mode de financement actuel de la dette américaine. Afin de subventionner l’abysse, les Etats-Unis font, là encore, preuve d’un mécanisme assez particulier qui vise à repousser l’échéance vers l’inévitable. Les USA sont insolvables. La dette du pays qui se creuse à la vitesse de l’éclair (voir le compteur en temps réel de la dette américaine pour se faire une idée) a poussé, ces dernières années, de plus en plus de pays à se désolidariser du financement de celle-ci par l’achat de bons du trésor US (chinois en tête). Afin de palier à cette perte de confiance, Ben Bernanke, le patron de la FED (banque fédérale américaine) a décidé de faire marcher à plein régime la planche à billet par le biais de ses deux QE (quantitative easing) dans le but, parmi d’autres, d’acheter les bons au trésor US émis par l’état. En gros, la banque centrale américaine imprime des billets afin d’acheter les bons au trésor de son propre état ce qui sert à financer la dette ! Prenez le billet de 20 dollars qui se trouve dans la poche droite de votre jean et transférez la dans poche gauche ; êtes-vous plus riche ? Cet exemple est assez symptomatique de l’hallucinant système financier dans lequel nous vivons. Les USA gagnent donc du temps mais la fuite en avant ne va pas durer infiniment et un beau jour, qui pourrait être plus proche que ce que l’on croit, il va falloir payer l’addition ou déposer le bilan.

 

Un autre motif d’inquiétude pour le pays à la bannière étoilée et pas des moindres se situe dans la guerre au terrorisme qu’a lancé G.W Bush à la suite des attentats du 11 septembre. En plus des deux guerres déclenchées en Afghanistan (2001) et en Irak (2003) et tous les coûts qu’elles impliquent (munitions, carburant, salaires des troupes, soins aux blessés, pensions d’invalidité etc…), il faut compter l’aide aux pays étrangers et les coûts des programmes de luttes anti-terroristes etc... Sans compter que tout ceci a été financé par l’emprunt ce qui oblige les USA a remboursé des intérêts astronomiques.

 

Une étude publiée en 2011 par l’université Brown (Rhode Island) et réalisé par un consortium d’économistes, anthropologues, politologues, humanitaires, juristes et experts militaires a chiffré le coût de cette guerre contre le terrorisme entre septembre 2001 et juin 2011 à 4 000 milliards de dollars dont 1 185 milliards pour les seuls intérêts (l’étude ne prend pas en compte les 1 000 milliards de dollars d’intérêts dont les USA devront s’acquitter d’ici 2020). Cette somme astronomique aurait coûté 1 point de déficit annuel aux Etats-Unis durant les conflits. Afin d’illustrer l’importance fondamentale de la lutte contre le terrorisme (que GW Bush présentait comme la lutte entre le Bien et le Mal dans des proportions quasi-bibliques) il est nécessaire d’en rapporter le coût par rapport à la dette publique, on s’aperçoit alors que ce dernier représente environ 49% de l’augmentation de la dette publique entre septembre 2001 et septembre 2011 !

En voyant l’effet dévastateur des bourbiers afghan et irakien sur l’économie américaine on comprend pourquoi Barack Obama tente désespérément de freiner les ardeurs du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et de son compère à la défense, Ehud Barak sur l’Iran. L’ayatollah Ali Khamenei et Mahmoud Ahmadinejad ont beau clamé haut et fort que le programme nucléaire iranien n’a que de vertueuses visées civiles, personne ne les croit. L’agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) commence à s’agacer sérieusement des entraves de la République Islamique à la visite de certains sites qu’elle considère comme suspect et les canaux diplomatiques montrent depuis un certain temps leurs limites. Les informations qu’auraient fournies les services secrets israéliens (MOSSAD) faisant état d’une possible capacité de fabrication d’une arme atomique par l’Iran à octobre 2012 n’ont en rien arrangé la situation et l’état hébreu se fait de plus en plus menaçant. Israël, seule puissance nucléaire de la région, craint pour sa survie si sa force de dissuasion devait être en partie annihilée par un Iran possédant l’arme nucléaire. En effet, les cartes seraient totalement redistribuées dans le rapport de force que se livre les deux ennemis au proche orient. Dans ce contexte, Netanyahou et Barak exercent une pression de plus en plus importante sur les Etats-Unis concernant le problème Iranien et agitent le spectre d’une attaque aérienne par les chasseurs à l’étoile de David des installations nucléaires iraniennes et ce, avant les élections américaines de Novembre. Obama, qui entretient des relations exécrables avec son homologue israéliens, compte surtout sur les voix qui s’élèvent au sein même de l’état hébreu contre une attaque de l’Iran, notamment à l’intérieur même de l’état major de Tsahal. La situation est néanmoins plus qu’explosive et un conflit semble inévitable à terme. Et si d’aventure, Netanyahou parvenait, envers et contre tous, à se lancer dans une offensive, on voit mal comment Obama (ou Romney) pourrait éviter de se joindre à son allié et de rentrer de fait dans le conflit.

 

Quand on sait que depuis plusieurs semaines, l’armée israélienne teste une toute nouvelle application d’envoi massif de SMS à la population en cas de bombardement, que des hangars entiers sont remplis de stocks de munitions, de vivres et d’eau par Tsahal, on peut légitimement penser que l’état major américain tremble. Le conflit israélo-américano-iranien pourrait être un véritable coup de grâce à une économie américaine déjà très fragile.

 

Le dernier point majeur d’inquiétude pour l’économie US prend sa forme dans un néologisme que l’on entend de plus en plus ces derniers temps ; le Taxmaggedon. Formé à partir des mots « taxe » et « Armageddon », ce mot est utilisé pour décrire la situation extrêmement difficile à laquelle vont devoir faire face les ménages américains à partir du 1er janvier 2013.

 

En effet la fin des allégements fiscaux décidés en 2001, 2003 et 2010 ainsi que la mise en place des réductions de dépenses et coupes budgétaires automatiques décidées en 2010 et pour finir les difficultés qu’éprouvent le trésor américain à emprunter de l’argent (évoquées auparavant) forment un cocktail explosif. Concrètement, le Taxmaggedon, c’est 1 750 dollars d’alourdissement de la facture fiscale pour un foyer américain de la middleclass dont un grand nombre sont déjà étranglés par le surendettement. Sans compter que tout ceci n’est que le départ d’une politique de rigueur budgétaire drastique visant à résorber le déficit américain par la réduction des dépenses publics (école, police, fonctionnaire, administration, transports, recherche scientifique, NASA etc…). Les familles les plus pauvres, déjà victimes de conditions de vies dignes des pays du tiers-monde, vont, elles aussi, devoir faire face à des hausses d’impôts ce qui aura pour effet de les précipiter un peu plus vers l’abime et parfois la rue. Il est néanmoins nécessaire de mettre un bémol à ce qui a été dit précédemment dans le sens où l’élection présidentielle de novembre va jouer un rôle crucial dans la manière de gérer le problème. En effet, Barack Obama en tant que démocrate et Mitt Romney en tant que républicain ont des conceptions radicalement différentes. Il faut ajouter à cela qu’à l’instar de ce qui s’est passé en France, Barack Obama subit les pressions sur sa gauche du mouvement des Occupy Wall Street de la même manière que Mitt Romney subit sur sa droite les pressions du Tea Party (de la même manière que Nicolas Sarkozy a subit les pressions du Front National pour se droitiser à l’instar de François Hollande qui est la cible des invectives de Jean-Luc Mélanchon qui l’incite à mettre la barre à gauche toute) . Il en résulte que si Barack Obama revenait à être réélu à la tête des USA en novembre, ce dernier pourrait tout à fait prolonger les réductions d’impôts et inciter le congrès à retarder un peu plus les coupes budgétaires à la hache dans les dépenses en faisant miroiter une réforme fiscale courant 2013. Cependant, la condition sinequanone de tout ceci est le relèvement du plafond légal d’endettement des Etats-Unis qu’Obama doit obtenir du congrès. Mais les experts estiment que même si le président actuel parvenait à faire accepter ses conditions, l’échéance serait retardée au plus tard au mois de mars 2013. En d’autres termes, 3 petits mois ! Dans le cas où Mitt Romney serait élu, la situation est très différente. Cet ultra-libéral prône une réduction drastique des dépenses, notamment des allocations versées au plus démunis, des allégements d’impôts pour les plus riches et une dérégulation financière. Ceci revient à faire porter le coût des réductions de dépenses sur la classe moyenne. De plus, il est impensable qu’un candidat élu pour ses positions fermes sur la réduction du déficit puisse demander, quelques temps après son élection, un relèvement du plafond de la dette légale. On peut donc penser qu’il emploiera tous les moyens dont il dispose pour l’éviter et commencera donc bel et bien à tailler à la hache de guerre dans les dépenses.

 

Les classes moyennes et les plus démunis sont prévenus, le réveil du rêve américain pourrait s’avérer cauchemardesque.

 

 

 

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A
Bonjour,<br /> « On l’appelle le rêve américain car il faut être endormi pour y croire », cette phrase m’a fait penser à l’extrait suivant, tiré du livre de Gustav Meyrink « Le Visage Vert » :<br /> « L’homme est fermement convaincu qu’il veille ; mais en réalité, il est pris dans un filet de sommeil et de rêve qu’il a tissé lui-même. Plus ce filet est serré, plus puissant règne le sommeil. Ceux qui sont accrochés dans ses mailles sont les dormeurs qui marchent à travers la vie comme des troupeaux de bestiaux menés à l’abattoir, indifférents et sans pensée. Veiller est tout. Le premier pas vers ce but est si simple que chaque enfant le peut faire. Seul celui qui a l’esprit faussé a oublié comment on marche et reste paralysé sur ses deux pieds parce qu’il ne veut pas se passer des béquilles qu’il a héritées de ses prédécesseurs. Sur ce chemin de l’éveil, le premier ennemi que tu trouveras sera ton propre corps. Il luttera avec toi jusqu’au premier chant du coq. Lis les Écritures saintes de tous les peuples de la terre. À travers chacune d’elles passe comme un fil rouge la science cachée de la veille. »<br /> Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/introduction.html<br /> Cordialement.
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