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la gazette des virus et parasites

Publié le par ottolilienthal

Les microbes en embuscade

 

Paludisme, Ebola, peste, choléra… leur potentiel pandémique augmente.

 

Juillet 2016, péninsule de Yamal, nord-ouest de la Sibérie. Une vague de chaleur exceptionnelle frappe cette vaste plaine bordée par l’océan Arctique, bien au-delà du cercle polaire. Alors que la température atteint, voire dépasse, les 35 °C, les éleveurs nomades assistent, impuissants, à un étrange phénomène. Leurs troupeaux de rennes sont décimés par un mal inconnu. Les cervidés tombent raides morts par centaines. Coup de chaud ? C’est ce que les vétérinaires pensent dans un premier temps. Mais, très vite, une autre explication plus inquiétante s’impose. Les bêtes sont terrassées par l’un des agents pathogènes les plus redoutés sur Terre : le bacille du charbon, Bacillus anthracis pour les scientifiques. Aux confins de la Sibérie, c’est donc une épidémie d’anthrax qui sévit. Elle touchera des dizaines d’éleveurs et emportera même un enfant et sa grand-mère. 

L’événement a de quoi marquer les esprits, car il témoigne des menaces associées au changement climatique. Ironie de l’Histoire, il se déroule au cœur de l’un des plus gros gisements de gaz russe. Mais ici, le sol gelé, ou pergélisol, ne cache pas que des hydrocarbures. Piégés dans la glace depuis des milliers d’années, des microbes sont prêts à refaire surface par milliards. Car c’est de la terre qu’a ressurgi le bacille, libéré durant cet été 2016 par la fonte du pergélisol. Les analyses génétiques ont montré que la bactérie était identique à celle que l’on a retrouvée dans les restes congelés d’animaux préhistoriques découverts en 2015 dans la région. 

Des agents infectieux vieux de plusieurs milliers d’années. Ce sol, véritable congélateur géant, conserve au frais nombre d’agents pathogènes ayant sévi à travers les âges. Pire : selon les chercheurs, le microbe zombie que l’on croyait mort ou disparu est probablement le même que celui qui a causé la dernière grande épidémie d’anthrax, survenue dans la région en 1941. « Ce qui m’inquiète le plus, c’est qu’avec le changement climatique, ces épisodes de chaleur vont se multiplier. Petit à petit, le dégel va atteindre des couches de plus en plus profondes. Or plus on s’enfonce dans le sol, plus on remonte dans le temps. Le risque est donc de nous retrouver confrontés à des agents infectieux vieux de plusieurs milliers d’années et contre lesquels nous n’avons aucune protection naturelle car nous n’y avons jamais été exposés », précise Camilo Mora, professeur au département géographie et environnement de l’université d’Hawaii à Manoa. 

Le bacille de l’anthrax n’est effectivement qu’un microbe parmi d’autres qui pourraient bénéficier de ces perturbations climatiques. En août, dans la revue Nature Climate Change, Camilo Mora et ses collègues ont publié une étude limpide sur le sujet. Elle fait l’inventaire des liens entre des menaces climatiques comme la sécheresse, les vagues de chaleur, les inondations ou encore les incendies et les maladies causées par des agents pathogènes. En d’autres termes, est-ce que ces événements, qui devraient se multiplier dans les prochaines décennies, vont favoriser ces affections ? Leur réponse est oui. L’étude révèle d’ailleurs que plus de la moitié des maladies humaines causées par un agent pathogène pourraient être aggravées par ces phénomènes. 

Plus il y a de mouvements, plus il y a de risques d’infections. Si, dans ce travail, les chercheurs étendent la notion d’agent pathogène à des éléments non microbiens et non transmissibles – comme des allergènes –, les chiffres restent spectaculaires. « Nous avons trouvé plus de 3 000 publications scientifiques relatant des cas d’agents pathogènes qui profitent du changement climatique. Et je ne vous parle pas de ce qui va arriver en 2100 mais de ce qui se passe déjà aujourd’hui ou depuis plusieurs dizaines d’années », confie Mora. Pour s’en convaincre, il suffit de naviguer sur son site ( https ://camilo-mora.github.io ) afin de visualiser toutes ces maladies, leurs microbes et les liens avec des phénomènes climatiques. Au menu : choléra, peste, virus Ebola, maladie de Lyme, tuberculose, tétanos… 

Plusieurs facteurs peuvent expliquer l’aggravation de ces menaces. Le plus évident est l’augmentation des mouvements de populations humaines et d’animaux sauvages, véritables réservoirs à microbes. Et plus il y a de mouvements, plus il y a de risques de contacts et d’infections. Prenons le cas des incendies. Ils vont pousser les animaux à fuir la forêt pour échapper aux flammes, mais aussi pour trouver de l’eau, de la nourriture, voire un nouvel habitat. « Imaginez une espèce de chauve-souris vivant au milieu de la jungle. Pendant des centaines d’années, elle a accumulé un grand nombre de pathogènes, par exemple des coronavirus semblables à celui du Covid-19. Pour autant, elle ne constitue pas une menace, car elle est isolée, loin des humains. Jusqu’au jour où les vagues de chaleur, la sécheresse, les incendies vont la pousser à sortir de la jungle. Elle pourra entrer en contact avec les hommes et les rendre malades », alerte Camilo Mora. 

Les moustiques aussi ont la bougeotte. Et les chauves-souris ne sont pas les seules à déménager pour cause de réchauffement climatique. Les moustiques, vecteurs de nombreuses affections, ont aussi la bougeotte. Une augmentation des températures, associée à une réduction de l’humidité, oblige certaines espèces comme le moustique-tigre à se déplacer pour trouver de nouveaux espaces compatibles avec sa survie. Alors qu’il était cantonné aux régions tropicales, il s’installe de plus en plus dans des zones tempérées. Et, localement, il trouve des conditions favorables et plus étendues dans l’année. « En France métropolitaine, il y a quelques décennies, le moustique commun, Culex pipiens, piquait essentiellement en juillet et août. Aujourd’hui, le moustique-tigre, arrivé dans l’Hexagone en 2004, peut transmettre des maladies de mai à novembre », explique Anna-Bella Failloux, professeure d’entomologie médicale à l’Institut Pasteur.

26

cas de dengue

ont été recensés en France métropolitaine depuis le 1er mai. Cette infection est habituellement cantonnée aux régions tropicales ou subtropicales.

Problème, ce nouveau venu peut transporter les virus de pathologies potentiellement graves comme le Zika, le chikungunya ou encore la dengue. D’ailleurs, depuis le 1er mai, 26 cas de dengue ont été recensés en France métropolitaine. « En laboratoire, nous avons aussi montré que ce moustique pouvait transmettre la fièvre jaune », précise Anna-Bella Failloux. Une maladie un peu oubliée en Europe et pourtant très préoccupante. Les espèces de moustiques capables de la véhiculer sont désormais installées partout dans le monde. Même si le virus n’est encore présent qu’en Afrique et en Amérique du Sud, la fièvre jaune a donc un potentiel pandémique. « On ne sait pas pourquoi elle n’a pas encore explosé en Asie, mais, avec le renforcement des échanges commerciaux avec l’Afrique, cela pourrait se produire très vite. Déjà, en 2016, des Chinois sont revenus d’Afrique avec la maladie. Heureusement, c’était en mars ; les moustiques n’étaient pas actifs à cette période de l’année. » Et, s’il existe bien un vaccin efficace, son mode de production est trop lent pour faire face à une pandémie. « Nous ne pouvons livrer que 6 millions de doses par an. Il n’y en aura pas pour tout le monde », prévient Anna- Bella Failloux. 

Si le changement climatique fait surtout redouter la multiplication de phénomènes météorologiques extrêmes, il est une menace plus importante encore – et invisible : celle des microbes. Les grandes épidémies que l’humanité a déjà affrontées ne sont sans doute qu’un échantillon de ce que l’avenir nous réserve. Quand on demande à Camilo Mora quels sont les agents pathogènes qu’il faut le plus redouter, sa réponse est lapidaire : « Ceux qu’on ne connaît pas encore ! »

 

Olivier Hertel

 

 

Variole du singe : l'épidémie risque-t-elle de s'étendre à la population générale ?

La maladie touche pour l'instant essentiellement des hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes, le plus souvent multipartenaires.

"C'est un appel à l'action, mais ce n'est pas le premier." Le patron de l'Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a décidé samedi 23 juillet d'activer le plus haut niveau d'alerte pour tenter de juguler la flambée de variole du singe (ou monkeypox, selon le terme anglais le plus fréquemment utilisé par les autorités sanitaires). La précédente fois qu'une telle urgence de santé publique de portée internationale avait été enclenchée par l'OMS remonte au 30 janvier 2020, sept semaines après la détection des premiers cas de Covid-19, à Wuhan, en Chine.

De quoi laisser entendre que le monkeypox puisse concerner à l'avenir les près de 8 milliards de Terriens, comme le Sars-CoV-2 avant lui ? "Difficile de le prédire aujourd'hui", glisse l'épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé globale à l'université de Genève. Et pour répondre à cette question, il faut examiner les patients touchés à ce jour par le virus.

Une immense majorité d'hommes contaminés

Quelque 18 000 cas de variole du singe ont été détectés dans le monde depuis le début du mois de mai, en dehors des zones endémiques en Afrique. La maladie a été signalée dans près de 80 pays et 70% des cas sont concentrés en Europe. Mais le monkeypox ne frappe pour l'instant pas indistinctement : l'épidémie concerne essentiellement les hommes, et plus particulièrement ceux qui ont eu des relations sexuelles avec d'autres hommes (HSH dits multipartenaires).

C'est le cas en France, où 1 837 personnes atteintes par la maladie ont été officiellement recensées. D'après les données communiquées par Santé publique France, tous les cas de variole du singe comptabilisés à ce jour sur le territoire concernent des adultes de sexe masculin, "sauf douze adultes de sexe féminin et deux enfants". Selon Santé publique France, "96% des cas pour lesquels l'orientation sexuelle est renseignée sont survenus chez des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes" et "74% déclarent avoir eu au moins 2 partenaires sexuels dans les trois semaines avant l'apparition des symptômes".

Pour l'heure, impossible d'expliquer avec certitude pourquoi les HSH multipartenaires sont particulièrement frappés par le monkeypox. "Nous manquons d'informations complètes, mais les données confirment plutôt un événement d'introduction unique puis la propagation, notamment dans la communauté HSH, suite à des événements superpropagateurs", avance Yannick Simonin, spécialiste des virus émergents, dans Le Monde. Le quotidien du soir relève ainsi que plusieurs foyers de cas ont été repérés après la Gay Pride de Maspalomas, dans les îles Canaries, ainsi qu'au festival Darklands, en Belgique, début mai.

Une maladie sexuellement transmissible ?

Les interrogations sur la sur-représentation des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes parmi les personnes contaminées sont d'autant plus vives que la variole du singe n'est pas, en l'état actuel des connaissances scientifiques, considérée comme une maladie sexuellement transmissible. Sur son site internet, le ministère de la Santé affirme que "les rapports sexuels, avec ou sans pénétration, réunissent les conditions pour une potentielle contamination". 

Il précise aussi que le virus peut se transmettre par contact direct entre la peau ou les muqueuses saines et les boutons ou croûtes de personnes infectées, mais également par le "partage de linge (vêtements, draps, serviettes)" ou via "un long face-à-face, par les gouttelettes (postillons, éternuement)". Des situations du quotidien qui poussent Yannick Simonin à appeler dans Le Monde à "faire attention à ne pas stigmatiser la communauté homosexuelle".

"La variole du singe ne concerne pas que cette communauté, même si les cas y sont surreprésentés actuellement."

Yannick Simonin, spécialiste des virus émergents

dans "Le Monde"

Sur les réseaux sociaux, certains ont relevé que des modes de transmission du monkeypox pouvaient laisser craindre des contaminations si le virus finissait par sortir de la population actuellement touchée. Et particulièrement chez les plus jeunes enfants dans un contexte de rentrée scolaire.

Au sujet d'une éventuelle propagation à la population générale, Antoine Flahault tente un parallèle : "On a bien l'exemple de l'épidémie de VIH qui avait commencé au sein de communautés homosexuelles masculines avant de se propager à l'ensemble de la population, mais la propagation se faisait exclusivement par voie sexuelle et sanguine."

Cette fois, la transmission de la maladie "semble surtout se faire par contact entre la peau malade et la peau saine, peut-être aussi par le sperme dans lequel on a retrouvé le virus", ajoute ce spécialiste. Selon lui, les contaminations par voie aérienne ou par les surfaces semblent rares, "aucun soignant [n'ayant] encore été contaminé lors de son activité professionnelle".

Un virus connu mais pas ses conséquences

Antoine Flahault identifie plusieurs leviers pour contenir la progression du monkeypox et éviter sa propagation au plus grand nombre. D'abord, obtenir une "forte adhésion des personnes concernées" pour respecter l'isolement de plus de trois semaines prescrit en cas d'infection. Pour parvenir à cette adhésion, les autorités sanitaires doivent mettre en place des "amortisseurs sociaux", tels que des congés maladies adaptés ou un suivi à distance permettant de briser le sentiment d'abandon.

Viennent enfin "la vaccination et les médicaments antiviraux". Depuis son ouverture le 11 juillet dernier à toute la population la plus à risque de contracter la maladie, la campagne de vaccination française contre le monkeypox a connu des débuts poussifs, avant d'accélérer depuis la fin du mois. A l'échelle mondiale, "le problème que l'on rencontre est une relative pénurie de vaccins", relève l'épidémiologiste. Côté médicaments, il déplore "l'absence de certitude scientifique" quant à leur efficacité pour "réduire la période contagieuse et donc l'isolement des malades".

Pour mieux estimer les risques d'une propagation du monkeypox à la population générale, des essais cliniques sur l'efficacité des traitements ainsi qu'une recherche scientifique plus poussée sur la maladie sont donc indispensables. Le constat peut sembler surprenant, puisque le virus a été identifié et isolé pour la première fois en 1958, mais il n'étonne pas le spécialiste.

"La variole du singe reste très peu connue des scientifiques, comme bon nombre de maladies tropicales négligées tant qu'elles n'affectent pas les populations des pays riches."

Antoine Flahault, épidémiologiste

à franceinfo

Et de relever qu'une situation analogue avait été observée pour le chikungunya ou le virus Zika. Il faut donc s'attendre à ce que de nouvelles découvertes affinent notre compréhension du monkeypox dans les semaines et mois à venir. "La transmission de ce virus entre des hommes ayant des relations sexuelles n'était par exemple pas du tout rapportée jusqu'à l'épisode actuel", conclut l'épidémiologiste.

France Télévisions
 
Publié

 

 

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/variole-du-singe/variole-du-singe-l-epidemie-risque-t-elle-de-s-etendre-a-la-population-generale_5283259.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20220731-[lestitres-coldroite/titre6]

Variole du singe : l’infectiologue Karine Lacombe alerte contre "une pleine poussée épidémique"

Alors qu'une cinquantaine de cas ont été officiellement déclarés en France, le nombre pourrait être beaucoup plus important même si les patients "n'arrivent pas à l'hôpital".

Le nombre de cas de variole du singe ne cesse d'augmenter en France, 51 étaient recensés dans l'Hexagone vendredi 3 juin au soir, dont "22 ont voyagé à l'étranger avant le début de leurs symptômes" et "certains dans plusieurs pays différents", indiquait Santé publique France. Mais la situation pourrait être plus compliquée que cela à en croire l'infectiologue Karine Lacombe qui estime, dans Le Parisien, que les chiffres "actuels sont probablement sous-estimés". D'une part, les spécialistes sont confrontés à des "suspicions cliniques" et seuls quelques cas sont confirmés. "Le problème aujourd’hui, c’est que comme 'monkeypox' est classé agent pathogène par l’OMS, le diagnostic virologique doit être fait par des centres spécialisés", détaille la cheffe du service d'infectiologie de l'hôpital Saint-Antoine (Paris). Or, ces centres sont peu nombreux en France (deux à Paris par exemple).

 

Dans cette interview accordée au Parisien, Karine Lacombe parle de "poussée épidémique" bien que les hôpitaux ne voient pas "arriver les patients". En outre, l'épidémie de varicelle peut "créer des confusions et des sous-diagnostics", raison pour laquelle l'infectiologue et ses collègues militent pour "ouvrir des tests à plus de laboratoires". Si la maladie de la variole du singe est plutôt bénigne en dehors des zones endémiques, la multiplication du nombre de cas "inquiète" Karine Lacombe. "Pour l’instant, il n’existe pas de traitement. Il y a un antiviral, en phase terminale de développement, mais il n’est disponible qu’en quantité limitée", explique l'infectiologue.

Vers une vaccination élargie ?

Le problème aussi, explique-t-elle dans Le Parisien, c'est qu'avec une augmentation du nombre de cas, les formes sévères vont apparaître rapidement. Or, "l’industrie pharmaceutique n’investit que lorsque cela est rentable pour elle. Économiquement, ça tient, mais en termes de santé publique, le calcul est mauvais", déplore-t-elle. Son autre inquiétude tient à la vaccination de "prévention" de cette variole. Ouverte pour l'instant seulement aux "contacts des patients dont on a confirmé le diagnostic", elle ne sait pas si cela sera suffisant. La question d'une vaccination "élargie pourrait rapidement se poser".

Karine Lacombe en dit aussi un peu plus sur le profil des personnes touchées, essentiellement des jeunes pour le moment. Pour elle, les personnes âgées "ont une protection par le vaccin de la variole". Il y a aussi beaucoup d'hommes ; or "les premiers cas ont émergé chez des hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes", rappelle l'infectiologue. Mais elle prévient : "Personne n'est épargné, les femmes, les hétéros, les enfants." Une épidémie qui ne tombe pas au bon moment alors que l'hôpital est en pleine crise, notamment en vue de l'été. D'autant que beaucoup de questions sont encore en suspens : "Je trouve extrêmement étonnant que le virus ait déjà pu infecter autant de personnes qui ne revenaient pas d’Afrique, là où il est habituellement transmis", pointe d'ailleurs du doigt Karine Lacombe.

 

 

https://www.capital.fr/economie-politique/variole-du-singe-linfectiologue-karine-lacombe-alerte-contre-une-pleine-poussee-epidemique-1438274

Grippe aviaire : « Ça sent la mort dans le village », l’ouest de la France submergé

La France connaît actuellement son plus sévère épisode de grippe aviaire, qui décime des élevages de toute la façade atlantique et sème l’effroi.

Rapide, invisible et dévastatrice. Comme un courant d'air, l'influenza aviaire a balayé toute la filière volaille des Pays de la Loire. Lorsque, fin février, le virus est signalé dans une poignée d'exploitations situées à Maché, entre la Roche-sur-Yon et Challans, en Vendée, l'histoire aurait dû s'arrêter là, comme tous les ans. Puis, « un coup de vent l'a diffusé très loin, dans les terres, et on s'est retrouvé avec une vague de contaminations qui s'est élargie à toute la Loire-Atlantique et le Maine-et-Loire,décrit Christophe Labour, président régional de la section volaille à la FNSEA. Ça fait 30 ans que je suis agriculteur, je n'ai jamais connu ça ! ».

Les chiffres donnent d'ailleurs le tournis : dans son sillage, ce « coup de vent » a ainsi laissé plus de 700 éleveurs de volailles (sur les 1 500 que compte la région Pays de la Loire) aussi démunis qu'abasourdis par la fulgurance et la virulence de cette souche dite « H5N1 ». « On devrait atteindre les 20 millions de bêtes abattues », prophétise Christophe Labour. La Vendée, premier producteur de la région, paie à ce jour le plus lourd tribut.

Le calvaire de Caroline

À lui seul, le département a vu quelque cinq cents exploitations touchées en moins d'une semaine entre fin février et début mars, à tel point que les sociétés d'équarrissage, submergées, n'ont pu suivre la cadence. Conséquence, les éleveurs ont dû eux-mêmes se charger de la sale besogne avant d'enfouir leurs dizaines de milliers de cadavres après la visite d'un hydrogéologue pour s'assurer qu'aucune nappe phréatique ne sera contaminée à l'avenir. Et mieux vaut anticiper, car la surface sous laquelle poules, poulets et canards sont enterrés devra rester vierge de toute activité durant plusieurs mois, voire plusieurs années…

Caroline (prénom d'emprunt) est encore hantée par le calvaire qu'elle a subi. « Quand on a appris que des collègues étaient touchés, l'angoisse est montée et en rentrant dans nos bâtiments, on avait peur d'ouvrir la porte, rapporte cette éleveuse vendéenne. On espérait que nos animaux iraient au bout de leurs 90 jours (de croissance), mais, un lundi, il y a eu une mortalité suspecte d'animaux, et une autopsie a montré qu'ils se battaient contre quelque chose, ça ne sentait pas bon. » La suite confirmera le mauvais pressentiment : la grippe aviaire s'est installée, et il faut en finir au plus vite.

Passé « l'effroi », la décision est prise de couper « la distribution des aliments, de l'eau, la ventilation », laissant les milliers de poules mourir de faim, de soif ou étouffer. « La nuit, impossible de trouver le sommeil sachant ce qui se passe dans nos bâtiments, et le jeudi matin, ça sent la mort dans le village. » Outre le traumatisme d'avoir dû agir elle-même, Caroline est envahie par un lourd sentiment de culpabilité. « Je pense à nos parents qui nous ont transmis la ferme, qui assistent impuissants à tout cela, et à nos enfants qui posent plein de questions. »

Des éleveurs désabusés

Des questions sans trop de réponses, précisément parce que la fatalité n'en apporte guère. D'ordinaire, la grippe aviaire, apportée par les flux migratoires des oiseaux remontant vers le nord de l'Europe pour l'été, frappe le sud-ouest de la France jusqu'à la Vendée, où son action mortifère reste limitée à quelques fermes. Là, « un coup de vent » l'a donc essaimé partout jusque dans Maine-et-Loire, la Sarthe et la Loire-Atlantique. Des territoires où il faut maintenant gérer l'urgence.

C'est ce que tente de faire Patrick Prin, chargé des affaires agricoles à la mairie de Pornic. Depuis deux semaines, l'élu a pris l'initiative d'appeler presque quotidiennement la dizaine d'éleveurs de volailles de sa commune pour s'enquérir de leur moral. Au bout du fil, des voix fatiguées ou désabusées et parfois rien, ça sonne dans le vide. « J'ai quelques craintes, car certains ne répondent pas, il faut que j'aille les voir », confie l'adjoint, inquiet.

Problème, les exploitations ont été placées en zone de surveillance, autrement dit les allées et venues y sont très réglementées. « C'est vraiment la gestion du chaos. On a fait une réunion récemment et les gens étaient amorphes, sonnés, en état de sidération. On les oriente vers la chambre d'agriculture, qui a mis en place un numéro d'urgence. Aujourd'hui, ils ont tous la boule au ventre pour ceux qui ont encore des animaux. »

Une « épée de Damoclès »

C'est le cas d'Anicia Marchand. Pour l'instant, cette quadragénaire est l'une des deux seules éleveuses pornicaises à être épargnée, mais jusqu'à quand ? « Tous les matins, j'ouvre la porte en me demandant si je vais trouver des animaux morts, et combien », raconte-t-elle, la voix tremblante. En temps normal, entre 1 500 et 2 000 poules sont élevées en plein air chez elle pour leur viande. Après avoir réussi à disperser in extremis les deux tiers arrivés à maturité dans les différentes Amap (Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne) qu'elle fournit en circuit court, elle a confiné les 700 restantes, plus jeunes, dans l'espoir de les voir terminer leur croissance.

« C'est dur d'aller dans l'exploitation, il n'y a plus de bruit, elles sont toutes dans le bâtiment mais chaque jour qui passe est un jour de gagné », croise-t-elle les doigts. Mais après ? « On se demande si et comment on va repartir. Moi, je ne me vois pas recommencer pour vivre six mois par an dans la peur, avec cette épée de Damoclès chaque année au-dessus de la tête. On aimerait penser que cette fois-ci c'était exceptionnel, mais est-ce que ça le sera vraiment ? »

Inédit par sa vitesse de diffusion, cet épisode de grippe aviaire version 2022 l'est aussi par son ampleur. Depuis le week-end dernier, c'est maintenant la Bretagne qui est placée sous cloche alors que plusieurs élevages dans le Morbihan et l'Ille-et-Vilaine ont déjà dû procéder à des abattages après l'apparition de premiers foyers. À ce jour, la seule solution réside dans un confinement strict des volailles encore vivantes (y compris chez les particuliers) et la création de zones blanches, donc sans élevage, pendant plusieurs semaines. Et comme pour l'épidémie de Covid, l'espoir réside surtout dans l'arrivée d'un vaccin (en phase de test au niveau européen) et dans les futures mutations du virus, qui pourraient alors voir émerger des variants moins violents.

De notre correspondant à Nantes,

L'épidémie de grippe touche désormais toute la France

L'épidémie de grippe continue de progresser en France, où elle a désormais gagné toutes les régions de la métropole, la Corse dernière en date, selon le bilan hebdomadaire de Santé Publique France, publié mercredi 23 mars. La semaine écoulée a connu "une poursuite de l'augmentation de l'ensemble des indicateurs grippe en métropole", indique l'agence de santé publique, observant que "l'ensemble des régions métropolitaines sont actuellement en épidémie". La Corse, jusqu'alors dernière région épargnée, est passée en phase épidémique.

L'essor de la grippe se répercute sur la médecine de ville et l'hôpital. L'intensité de l'activité liée à l'épidémie y a augmenté la semaine écoulée, passée de "faible" à "modérée" dans les deux cas. Hors de la métropole, la grippe reste présente en Guyane, mais l'épidémie y paraît en reflux. Cet envol de la grippe est inhabituellement tardif dans la saison. Ces dernières années, le pic de l'épidémie - mesuré par le taux de consultation par rapport au nombre d'habitants - avait plutôt lieu en février. Ce phénomène a été "très probablement favorisé par la fin des congés scolaires d'hiver et l'allègement des mesures de contrôle de la pandémie de Covid-19", selon Santé publique France, qui rappelle l'importance des gestes barrières.

L'hiver 2020-2021 était toutefois particulier, en raison des mesures de confinement prises contre le Covid-19. Elles avaient, par extension, permis de bloquer la circulation de nombreux autres microbes, comme le virus de la grippe. Mais les Français, moins infectés que d'habitude, sont aussi moins immunisés collectivement, ce qui a pu favoriser une reprise de l'épidémie cet hiver. Quant au vaccin anti-grippe 2021-2022, de premières données estiment son efficacité à 50% vis-à-vis de l'ensemble des virus grippaux, mais elles devront être consolidées dans les prochaines semaines, selon l'agence sanitaire.

 

 

https://www.capital.fr/economie-politique/lepidemie-de-grippe-touche-desormais-toute-la-france-1431882

Etats-Unis : des cas de grippe aviaire mettent en alerte tout le pays

Plusieurs cas avaient déjà été détectés sur des oiseaux la semaine passée et dans un élevage début février.

Les États-Unis en alerte. Le ministère américain de l'Agriculture a confirmé lundi 14 février avoir détecté la présence de grippe aviaire dans deux élevages supplémentaires après un premier cas la semaine dernière, mettant ainsi un peu plus le secteur sur ses gardes. Après avoir déjà observé la présence de la maladie chez des oiseaux sauvages à plusieurs reprises sur la côte est des Etats-Unis ces dernières semaines, le ministère avait annoncé la découverte d'un cas dans un élevage de l'Indiana le 9 février. Il a rapporté lundi que deux élevages supplémentaires avaient été touchés, dans le Kentucky et en Virginie.

Les autorités ont placé les sites concernés en quarantaine et les oiseaux présents vont être abattus afin d'éviter une propagation dans le pays, plus important producteur de volailles au monde selon le ministère. Aucun cas n'a été détecté chez les humains et l'épizootie ne présente pas de problème immédiat de santé publique, précisent les autorités. Mais le secteur reste vigilant afin d'éviter une répétition de l'épizootie de grippe aviaire de 2015, qui avait infecté 211 élevages dans 15 Etats, de la Californie à l'Indiana. Près de 50 millions d'oiseaux avaient été tués ou leurs carcasses détruites à la suite de cet épisode, et plusieurs pays avaient suspendu leurs importations.

3,3 milliards de pertes ?

Le ministère a évalué les pertes à environ 3,3 milliards de dollars au total. Après la découverte du premier cas dans l'Indiana la semaine dernière, le Mexique et la Chine ont rapidement pris des mesures pour limiter les importations en provenance de cet Etat. Toute détection "est préoccupante" et "l'industrie reste en état d'alerte", a souligné un porte-parole de la fédération représentant les volaillers, le National Chicken Council. Mais le programme de contrôle et de surveillance mis en place par les autorités américaines est "le plus robuste au monde" et les producteurs sont encouragés à s'assurer que les mesures préconisées sont respectées, a-t-il ajouté dans un courriel à l'AFP.

Tyson Foods, l'un des plus gros producteurs de poulet aux Etats-Unis, avait souligné à l'occasion de la publication de ses résultats le 7 février avoir déjà relevé ses mesures de prévention, en particulier sur la côte est des Etats-Unis. Le groupe a par exemple limité le nombre de visites sur ses fermes et augmenté le temps de nettoyage des véhicules se rendant sur les exploitations. L'Europe est déjà en pleine épizootie de grippe aviaire, avec plus de 18 millions de volailles abattues en Italie et environ trois millions de volailles en France depuis les premiers cas détectés dans des élevages fin novembre.

 

 

https://www.capital.fr/economie-politique/etats-unis-des-cas-de-grippe-aviaire-mettent-en-alerte-tout-le-pays-1428462

Les dromadaires du Kenya responsables du prochain Covid ?

Les dromadaires du Kenya, célèbres pour leur lait et leur viande, sont susceptibles de pouvoir transmettre à l’homme un cousin du Covid-19. Inquiétudes.

 
 
Après le Covid-19, d’autres virus d’origine animale nous menacent

La nomination d’un vétérinaire au Conseil scientifique sur le Covid-19 a mis l’accent sur la nécessité d'associer des spécialistes des animaux aux spécialistes de la santé humaine. Les zoonoses, maladies d’origines animales, pourraient en effet être de plus en plus nombreuses à l’avenir.

Réclamée par de nombreux experts depuis un an, la récente nomination d’un spécialiste de la santé animale au sein du conseil scientifique français sur le Covid-19 est un symbole fort : il montre qu’il est nécessaire de conjuguer les compétences pour prévenir les maladies nouvelles dont l’émergence se multiplie : 60 % des maladies humaines existantes sont en effet désormais zoonotiques, autrement dit issues du monde animal, et 75 % des maladies émergentes le sont aussi. Les virus, bactéries ou parasites "sautent" la barrière d’espèces pour infecter l'être humain, le plus souvent en transitant par des animaux domestiques. D’où ce concept d’associer les disciplines appelé One Health ("une seule santé") né dans les milieux scientifiques internationaux au début des années 2000.

Médecins, vétérinaires, éleveurs et chefs de villages mobilisés

Dans cet esprit, à la mi-janvier 2021, sous l’égide de la France, s'est tenu à Paris le One Planet Summit. Il a permis de lancer l'initiative Prezode – dont l’objectif est de prévenir de futures crises sanitaires en détectant de manière précoce ces maladies chez les animaux, afin de réagir avant qu’elles ne "sautent" la barrière d’espèce et se diffusent entre humains.

L’unité santé animale du Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) a ainsi évalué le projet australo-français déployé par le groupe Ausvet en Indonésie. Baptisé iSIHKNAS (Indonesia’s National Animal Health and Production Information System), il a notamment développé une application pour téléphone mobile, destinée à partager et faire remonter les informations concernant les cas de maladies détectées dans les élevages d’animaux domestiques, voire les cas de contaminations d’êtres humains.

Cet outil associe les éleveurs (de bovins et volailles), les chefs de village, les responsables de dispensaires, les vétérinaires de districts, ainsi que les niveaux supérieurs. De la sorte chacun sait ce qui se passe dans son village et dans les villages voisins et surtout cela permet aux autorités sanitaires de prendre, en temps réel, les mesures adaptées. En Indonésie, cinq millions d’éleveurs sont dotés de cette application.

Près de 800 000 virus nous menacent

De tels réseaux de surveillance sont d’autant plus nécessaires que les zoonoses se sont multipliées au cours des dernières décennies. Et tout laisse à penser que le Covid-19 marque le début d’une épidémie de pandémies. "Avant le XXe siècle, le monde connaissait une pandémie environ tous les cent ans, explique Benjamin Roche, éco-épidémiologiste à l’IRD (Institut de recherche sur le développement). Or depuis le début du XXIe siècle on en a déjà connu six !"

En 2003 émergeait le premier SARS-CoV-1 (un coronavirus, donc), à l’origine du "syndrome respiratoire aigu sévère", ou SRAS, apparu en Chine avant de provoquer la panique dans le monde entier.

En 2009-2010 émerge au Mexique la grippe A (H1N1), dite "grippe porcine", vite élevée au rang de pandémie par l’OMS. Elle sévit depuis dans le monde entier.

En 2012 le MERS-CoV (un autre coronavirus) surgit en Arabie saoudite puis s'étend à plusieurs autres pays du Moyen-Orient. On le retrouve également en Corée du Sud.

En 2013 en Polynésie puis en 2015 au Brésil, la fièvre Zika fait des ravages.

En 2014 enfin, l’Afrique de l’Ouest subit la plus grande épidémie de fièvre Ebola jamais encore connue dans le continent (où la maladie se maintenait à bas bruit depuis son apparition au Soudan et au Congo en 1976).

Et la liste risque de s’allonger à un rythme soutenu. En effet, en octobre 2019 un groupe de 22 experts internationaux de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) dont fait partie Benjamin Roche, alertait en ces termes : "On estime à 1,7 million le nombre de virus 'non découverts' actuellement présents dans les mammifères et les oiseaux, dont 827 000 pourraient avoir la capacité d'infecter les êtres humains."

La perte de biodiversité : une aubaine pour les nouveaux virus

Parmi les causes de nouvelles maladies : la perte de biodiversité. S'il trouve, comme toutes les pandémies, son origine dans des microbes portés par des animaux, le Covid-19 doit son émergence à l’intensification des activités humaines. Les changements dans la manière dont nous utilisons les terres, l'expansion et l'intensification de l'agriculture, ainsi que le commerce, la production et la consommation non durables augmentent les contacts entre la faune sauvage, le bétail, les agents pathogènes et les êtres humains. C'est un chemin qui conduit droit aux pandémies, explique le rapport final de l’IPBES.

Dans une nature vierge, ou peu perturbée par les activités humaines, une forme d'équilibre se maintient entre la faune sauvage et les microbes (virus, bactéries et parasites) dont elle est porteuse. On appelle cela l’effet de dilution. "Une forte biodiversité permet de 'diluer' les microbes dans la variété des espèces sauvages, explique Benjamin Roche. On l’a observé à de multiples reprises aux États-Unis où l’on voit progresser en flèche la maladie de Lyme [transmise par les tiques] dans les États où la biodiversité est la plus détruite. Pour ce qui est de la fièvre du Nil occidental [arrivée aux États-Unis à la fin des années 90 et transmise par des moustiques aux oiseaux avant le passage au cheval et à l’homme], on a observé que les États où il y avait le moins de cas étaient ceux qui conservaient la plus riche diversité d’oiseaux. Dans le cas du virus Ebola en Afrique, poursuit l'éco-épidémiologiste, on s’est rendu compte qu’il se propageait tout particulièrement dans les zones déforestées, car les chauve-souris originaires des écosystèmes forestiers sont contraintes de se déplacer de plus en plus près des villages et des villes à proximité de ces écosystèmes : c’est là que se fait la transmission à l'homme, puis la transmission interhumaine prend le relais."

L’OMS à la traîne

Par ailleurs, avec la mondialisation, les microbes, qu’il s’agisse de virus ou de bactéries, se propagent dans le monde à la vitesse des transports contemporains, collés aux roues des camions, enfouis dans les bagages des voyageurs, ou dans les soutes des avions et les conteneurs chargés sur les cargos. Ce sont donc les activités humaines dans leur ensemble qui constituent le cocktail déclencheur de l’émergence des zoonoses et par voie de conséquence, des pandémies.

Ces pandémies risquent donc d’être de plus en plus nombreuses à l’avenir. D’autant plus que, si elle s’y prépare, la planète n’est pas encore armée pour y faire face. "Cette articulation entre médecine humaine et vétérinaire, elle commence à se faire dans les pays de l’hémisphère nord, explique l’historien de la santé Patrick Zylberman, mais on en est encore très loin dans les pays du sud. Ces derniers font certes appel à l’OMS, mais l’OMS est à la traîne avec un budget dérisoire." Ce concept de One Health, qui semble frappé au sceau du bon sens, se heurte donc aujourd’hui à un problème de déploiement sur le terrain. Il est inégalement mis en place. Or les virus, eux, ne connaissent pas de frontières.

Anne Brunel (cellule investigation de Radio France) - franceinfo
Radio France

 

 

 

https://www.francetvinfo.fr/sante/enquete-apres-le-covid-19-dautres-virus-dorigine-animale-nous-menacent_4312331.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20210228-[lespluspartages/titre3]

L'IPBES a mené un atelier exceptionnel en juillet dernier afin d'examiner l'état des connaissances scientifiques sur l'origine du Covid-19 et autres pandémies, ainsi que les options pour mieux contrôler et prévenir les épidémies à l'avenir.

70% des maladies émergentes (Zika, Ebola, Nipah) et quasiment toutes les pandémies (Sida, Covid-19) sont des zoonoses, i.e. provoquées par des microbes d'origine animale. Celles-ci sont dues aux activités humaines, les mêmes que celles provoquant la perte de biodiversité : changement d'affectation des sols, intensification et expansion agricole, déforestation, commerce d'espèces sauvages. Ces activités multiplient les contacts entre les hommes, les animaux domestiques et la vie sauvage, augmentant le risque d'épidémies.

Il est estimé que 1,7 millions de virus non-découverts existent chez les mammifères et les oiseaux. Entre 631 000 et 827 000 sont susceptibles d'infecter les humains. Les réservoirs les plus importants d'agents pathogènes se trouvent chez les mammifères (en particulier les chauve-souris, rongeurs et primates), certains oiseaux, et le bétail (cochons, chameaux, volaille).

Chaque année 5 nouvelles maladies émergent chez les hommes, chacune ayant le potentiel de s'étendre et de provoquer une pandémie.

Le changement climatique est de nature à significativement accélérer la tendance, en entrainant des déplacements d'êtres humains, de vie sauvage et de vecteurs de maladie.

Cette revue établit que les pandémies sont de plus en plus fréquentes, et que les stratégies pour y répondre consistent essentiellement à y réagir une fois qu'elles émergent, avec des mesures et des technologies couteuses, plutôt qu'à les prévenir.


Les connaissances scientifiques permettent de cartographier de mieux en mieux les risques épidémiques et d'identifier les mesures préventives à mettre en œuvre. Pour éviter une "Ere des Pandémies", ces mesures comprendraient des politiques de réduction de l'expansion des activités humaines au détriment des territoires sauvages (aires protégées, réduction de la consommation de produits provoquant des changements d'affectation des sols), ainsi que la réduction du commerce d'espèces sauvages.


https://www.ipbes.net/…/IPBES%20Workshop%20on%20Biodiversit…

(résumé, traduit et publié par C Farhangi)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10159997054092281

La lèpre menace les chimpanzés

La lèpre est une maladie infectieuse causée par une bactérie qui touche l'Homme mais aussi les animaux. Une nouvelle étude partage le cas de plusieurs centaines de chimpanzés lépreux en Afrique. L'origine de la contamination échappe encore aux scientifiques.

La lèpre, une maladie infectieuse et chronique provoquée par la bactérie Mycobactérium leprae, est associée au Moyen-Âge en Europe. Pourtant, 173.358 cas de lèpre ont été enregistrés dans le monde en 2016.

Cette maladie a longtemps été considérée comme uniquement humaine, mais récemment, les scientifiques ont découvert qu'elle peut aussi toucher les écureuils roux et les tatous à neuf bandes, qui constituent alors un réservoir pour Mycobacterium leprae pouvant se transmettre à l'Homme lors de contacts rapprochés.

Plus récemment encore, une pré-publication indique que la lèpre peut aussi affecter les primates non-humains sauvages. Une équipe internationale de chercheurs a analysé deux populations de chimpanzés africains. La première vit dans le Cantanhez National Park, en Guinée-Bissau, et la deuxième dans le Thaï National Park, en Côte d'Ivoire.

Des chimpanzés lépreux

En Guinée-Bissau, ce sont 241 chimpanzés, observés entre 2015 et 2019, qui présentent des lésions lépreuses sévères, comme la présence de plaques et de nodules sur tout leur corps, notamment la face, les membres et les parties génitales. En Côte d'Ivoire, une observation similaire a été faite en 2018 sur un mâle appelé Woodstock. 

 

Les selles des animaux ont été analysées : Mycobactrium leprae a été isolé dans tous les échantillons des animaux symptomatiques. Mais l'analyse génétique des deux souches révèle qu'elles n'ont pas la même origine phylogénétique. Les singes de Guinée-Bissau sont infectés par une souche de la branche 2F, qui contient celle qui a provoqué la lèpre humaine du Moyen-Âge, tandis que les singes ivoiriens sont infectés par une souche de la branche 4N/O, plus rare.

Reste à savoir comment ces animaux se sont contaminés. Les singes du Cantanhez National Park n'ont pratiquement aucun contact avec l'humain, à part avec des chasseurs. Au Thaï National Park, les animaux sont plus habitués à l'Homme car ils partagent leur territoire avec des zones agricoles, mais aucun contact rapproché n'a été décrit récemment. La contamination humaine semble peu probable car la lèpre est peu contagieuse et nécessite des contacts longs et rapprochés pour se propager. En outre, aucun employé de ces réserves africaines n'est porteur de la maladie.

L'origine de la lèpre chez les chimpanzés reste mystérieuse. Les scientifiques à l'origine de l'étude supposent qu'un réservoir animal de Mycobacterium leprae encore inconnu aurait pu contaminer les grands singes. Si les individus malades ne mettent pas en péril les groupes de chimpanzés observés, c'est encore une menace de plus qui pèse sur les chimpanzés.

Un coronavirus du porc susceptible d'infecter les cellules humaines

Le coronavirus SADS-CoV, qui affecte habituellement le porc, aurait la capacité à se propager à l'humain, met en garde une nouvelle étude. Faut-il prendre la menace au sérieux et que faut-il savoir sur la dangerosité de ce virus ?

Alors que l'épidémie de SARS-CoV-2 est en plein rebond, voit-on déjà la prochaine pandémie mondiale poindre le bout de son nez ? Découvert chez le porc en 2016 en Chine, le SADS-CoV (qui signifie Coronavirus du syndrome de la diarrhée aiguë porcine) est normalement inoffensif pour l'Homme ; du moins, c'est ce que l'on pensait jusqu'à présent. Car une nouvelle étude parue dans PNAS vient de montrer que ce coronavirus est capable d'infecter et de se répliquer dans un large spectre de cellules humaines (foie, intestins, poumons).

Le SADS-CoV est de la même famille que le coronavirus à l'origine de la pandémie de Covid-19, le SARS-CoV-2, mais il appartient à un genre différent : le premier est un alphacoronavirus et le second, un bêtacoronavirus. Il est cependant du même type que les deux autres alphacoronavirus circulant chez l'humain et à l'origine de rhumes bénins, le HCoV-229E et le HCoV-NL63.

Un alphacoronavirus particulièrement virulent

« Alors que de nombreux chercheurs se concentrent sur une potentielle émergence des bêtacoronavirus comme le SARS et le MERS, les alphacoronavirus pourraient s'avérer être une menace tout aussi importante, sinon plus, pour la santé humaine, étant donné leur capacité à passer rapidement d'une espèce à l'autre », avertit Ralph Baric, professeur d'épidémiologie à l'université de Caroline du Nord et coauteur de l'étude.

« Le SADS-CoV est dérivé d'un coronavirus de la chauve-souris nommé HKU2, dont la distribution est largement répandue à travers le monde », renchérit sa collègue Caitlin Edwards, également coauteure de l'article.

De graves symptômes intestinaux

Chez le porc, les symptômes sont les mêmes que ceux induits par le virus de la diarrhée épidémique porcine : diarrhée aiguë et vomissements. La mortalité dépasse les 90 % chez les porcelets de moins de 5 jours. Contrairement au SARS-CoV-2, qui affecte davantage les poumons, le SADS-CoV se réplique lui principalement au niveau des intestins.

Ce qui ne veut pas dire qu'il est moins dangereux, bien au contraire : les diarrhées et vomissements intenses peuvent entraîner des déshydratations sévères et la mort. Autre mauvaise nouvelle : il n'existe pas d’immunité croisée avec les autres alphacoronavirus du rhume qui aurait pu nous protéger d'un passage interespèce.

Le remdesivir comme possible futur traitement ?

Il semblerait quand même que le remdesivir, prescrit dans les formes graves d'Ebola et de SARS-CoV-2, soit efficace contre le coronavirus SADS-CoV. Des données qui restent à confirmer. En attendant la mise au point d'un vaccin pour le porc, les auteurs de l'étude recommandent un suivi attentif des cheptels de cochons et des éleveurs en contact avec eux afin de surveiller un éventuel passage à l'humain et de prévenir des pertes agricoles catastrophiques.

En 2019, la peste porcine africaine (une maladie causée par un Asfivirus) en Chine avait entraîné la mort de plus de 200 millions de cochons, soit plus de la moitié du cheptel du pays.

Céline Deluzarche

Chine : inquiétante découverte d'un virus pouvant causer une nouvelle pandémie

 

Un virus descendant de la souche H1N1

À mesure que de nombreux pays à travers le monde expérimentent de nouveau une vie "normale", certaines nouvelles inquiétantes viennent rappeler que nous sommes loin d'être sorti de cette pandémie. Après la menace d'une seconde vague pour la rentrée 2020, c'est désormais un nouveau virus, découvert en Chine, qui pourrait replonger le monde dans un cauchemar.

Après le Covid-19, qui est encore actuellement en train de faire des ravages aux quatre coins du monde, un nouveau virus, provenant de Chine, pourrait lui aussi fortement se propager. Il s'agit d'un virus de grippe porcine, descendant de la souche H1N1, qui avait causé une pandémie, moins sévère, en 2009.

Cette souche de virus et ses potentiels effets dévastateurs ont été exposés au sein d'une étude publiée dans la revue scientifique américaine PNAS. Selon cette même étude, les virus descendant de la souche H1N1 : "possèdent tous les traits essentiels montrant une haute adaptabilité pour infecter les humains". Une étude réalisée entre 2011 et 2018, avec plus de 30 000 tests sur des porcs provenant de différentes provinces chinoises.

Si ce virus inquiète, c'est qu'il y a un haut risque de transmission entre l'animal et l'homme. De nombreux ouvriers en contact avec ces animaux ont déjà été infectés. Les chercheurs responsables de cette étude mettent en garde la population, et proposent d'instaurer un système de surveillance des hommes en contact avec ce nouveau virus, qui pourrait bien causer la panique.

Le chef du département de médecine vétérinaire à l'université de Cambridge, James Wood, s'est également exprimé concernant l'importance de rester vigilant face à ces nouveaux virus :

"Les travaux sont un rappel salutaire que nous courons constamment le risque de l'émergence de pathogènes zoonotiques, et que des animaux d'élevage, avec qui les humains sont plus en contact qu'avec des animaux sauvages, soient la source de virus pandémiques importants"
Par Robin Rigaud
Hong Kong : la mystérieuse hépatite E du rat se propage

Cette souche de la maladie, apparue pour la première fois en 2018, mystifie toujours les scientifiques quant à son origine, pointe CNN

C'est en 2018 que cette maladie a été détectée pour la première fois. A l'époque, un homme de 56 ans qui vient de subir une transplantation du foie présente des problèmes de santé sans que les médecins ne puissent en comprendre l'origine. Les tests démontrent qu'il s'agit d'une hépatite E, mais aucune souche humaine du virus ne se trouve dans son corps. Une nouvelle batterie de tests permet alors de lier son cas, que les scientifiques pensent unique en son genre, aux rats. Pour la première fois, l'hépatite du rat aurait alors infecté un être humain. Mais, un peu moins de deux ans plus tard, on compte une dizaine de cas, explique CNN

A l'époque, les médecins s'interrogent pour savoir si c'est un cas unique. Ils s'interrogent notamment sur le fait que le patient pourrait s'être simplement trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. L'histoire leur a montré que non. Le 30 avril dernier, un nouveau patient de 61 ans a été diagnostiqué. Plus d'une dizaine dans son genre ont été diagnostiqués à Hong Kong. Les médecins estiment désormais qu'il pourrait y en avoir des centaines qui ignorent leur situation. Mais comment est-ce donc possible ? C'est la question que les scientifiques se posent toujours aujourd'hui. L'hépatite E se transmet normalement via la contamination d'eau non potable ou de produits souillés. Mais, pour cette souche issue des rats, la question reste toujours sans réponse. Les médecins ne parviennent pas à identifier le processus de transmission de la maladie Comment l'hépatite E du rat passe-t-elle à l'être humain ? 

Des campagnes de sensibilisation

Le dernier cas en date ne favorise pas la compréhension des scientifiques. L'enquête n'a pas permis de trouver des rats ou des déjections de l'animal dans la maison du patient. Aucun autre membre de son foyer ne présente de symptôme. Bref, c'est un mystère qui s'ajoute à une longue liste. Les scientifiques ignorent encore à l'heure actuelle la durée de la période d'incubation ou encore comment soigner efficacement les malades. Les médicaments normalement utilisés pour soigner l'hépatite ont en effet eu des résultats inégaux, précise CNN. Si certains cas s'avèrent bénins, l'hépatite E du rat peut avoir des conséquences graves, en particulier pour les patients ayant déjà un système immunitaire affaibli. 

Les scientifiques qui ont pris conscience du problème ont donc lancé des campagnes de sensibilisation. A Hong Kong, la population de rats est désormais testée afin de pouvoir détecter les fameux "clusters" et ainsi ralentir la propagation de la maladie vers l'être humain. A l'exception d'un homme diagnostiqué au Canada, tous les cas se trouvent actuellement à Hong Kong. Mais, cela ne veut pas dire que la maladie n'est pas présente ailleurs. Ainsi, Cornelia Adlhoch, du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (CECPM) a lancé l'alerte en mars dernier dans la revue Hepatology : "le manque de sensibilisation des médecins et les diagnostics mal standardisés ont entraîné une sous-déclaration" des cas d'hépatite E en Europe

Publié le | Le Point.fr

 

 

 

 Les cas mortels ont progressé de 40% en un an…

 

Si vous vous rendez en Grande-Bretagne, évitez les sausages. Dans un rapport publié par le Department for Environment, Food and Rural Affairs, des scientifiques montrent que 10% des saucisses analysées contenaient le virus de l’hépatite E, indique le site «Medisite».

 

Plus inquiétant encore, les cas mortels de la maladie suite à l’ingestion de porc contaminé, qui sont normalement assez rares, ont augmenté de 40% en un an dans le pays. La maladie tue une personne sur cinquante infectées. Pour les femmes enceintes, le taux monte à une sur cinq

 

Les cuire assez longtemps

 

Heureusement pour les fanas de saucisses, un moyen simple existe pour éviter les risques de contamination: cuisiner les saucisses à 70°C pendant au moins 20 minutes.

 

En France, une étude portant sur des échantillons français de saucisse de foie de porc avait déjà montré en janvier dernier qu'une saucisse sur quatre était contaminée par le virus de l'hépatite E.

 

 

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