maladies "anciennes"...

Publié le par ottolilienthal

Presque oubliée, la lèpre fait son retour en Europe...

La Roumanie et la Croatie ont signalé avoir identifié chacune un cas d'infection. Cela n'était plus arrivé depuis plus de 30 ans dans l'Union européenne...

C'est une première en Europe depuis le début des années 1990: deux cas de lèpre ont été identifiés sur le continent, l'un en Roumanie, l'autre en Croatie, rapporte Rai News. Ces deux pays étaient exempts de la maladie depuis 1981 et 1993, respectivement. Les autorités sanitaires se veulent toutefois rassurantes: le risque de contagion est faible.

Le 12 décembre, le ministre roumain de la Santé a annoncé un cas d'infection confirmé et trois autres cas suspects parmi les employées asiatiques d'un salon de massage de la ville de Cluj-Napoca, en Transylvanie. L'une des masseuses serait récemment revenue d'un voyage en Indonésie où elle avait rendu visite à sa mère, elle-même lépreuse, selon l'agence de presse publique Agerpres. Le salon a été fermé temporairement.

En Croatie, les autorités sanitaires ont également confirmé un cas isolé à Split, où un patient s'est présenté il y a une dizaine de jours à l'hôpital, présentant des symptômes compatibles avec la maladie. Il s'agit là encore d'une personne originaire d'Asie, un travailleur népalais qui vit en Croatie depuis deux ans avec sa famille. L'homme a été mis sous traitement, et les personnes qui ont été en contact étroit avec lui ont reçu une prophylaxie post-exposition bien qu'elles aient été testées négatives.

Risque de cécité et de déformations

 

La lèpre, aussi appelée «maladie de Hansen», est provoquée par une bactérie qui se transmet via les gouttelettes émises lors de la toux ou des éternuements. Sa période d'incubation est très longue: de six mois à dix ans, voire plus. Lorsque les symptômes apparaissent, ils se manifestent par des lésions sur la peau et des atteintes des nerfs périphériques. Ces ulcères, lorsqu'ils s'infectent, peuvent ensuite entraîner une amputation des membres touchés. Non traitée, la maladie peut aussi mener à la cécité et à une insuffisance rénale.

Bien qu'elle soit contagieuse, la lèpre a besoin d'une exposition prolongée pour se transmettre d'une personne à l'autre. «Il n'y a absolument aucune raison de s'inquiéter pour la population», estime donc l'épidémiologiste croate Bernard Kaić, cité par Rai News. En outre, de nos jours, la maladie est guérissable avec un traitement antibiotique. Celui-ci est toutefois assez long: entre 6 et 12 mois.

Selon l'Organisation mondiale de la santé, la lèpre est endémique au Brésil, en Inde, en Indonésie, en RDC, au Bangladesh, ainsi que dans les pays limitrophes de ces États. Mais les flux migratoires entraînent une résurgence sporadique de la maladie dans d'autres pays du globe. En 2024, plus de 170'000 cas d'infection ont été recensés dans le monde.

par
E va Grau

https://www.20min.ch/fr/story/sante-presque-oubliee-la-lepre-fait-son-retour-en-europe-103472920

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On pensait savoir quand avait eu lieu la première épidémie de peste: on se trompait de plusieurs millénaires...

L'analyse d'ADN ancien révèle la présence de Yersinia pestis il y a 5.000 ans, remettant en cause la chronologie admise de l'émergence de la maladie. Une découverte qui bouscule les théories sur l'origine de la peste et son impact sur les sociétés préhistoriques.

Les historiens des maladies font face à un casse-tête. En examinant des échantillons d'ADN humain ancien, ils ont découvert des gènes appartenant à la bactérie responsable de la peste, Yersinia pestis. Cette dernière aurait ainsi ravagé l'Eurasie il y a 5.000 ans, soit 3.500 ans avant la «première peste» recensée. Un coup dur pour une théorie communément admise sur l'émergence de cette maladie qui continue de nous hanter.

Ces dernières années, les scientifiques ont identifié dans des restes humains anciens les traces de maladies dites zoonotiques, c'est-à-dire initialement propres aux animaux et franchissant ensuite la barrière humaine. Jusqu'ici, on pensait que ce saut s'était produit après la naissance de l'agriculture, il y a environ 12.000 ans. Mais les analyses génétiques racontent une autre histoire: dans de nombreux cas, la contagion de l'homme s'est produite beaucoup plus tard, certainement lors de la série d'épidémies majeures qu'a traversée l'Europe il y a 5.000 ans. Reste une question: comment les maladies circulaient-elles à la fin du Paléolithique?

Depuis une quinzaine d'années, des chercheurs de l'Université de Copenhague analysent systématiquement les restes humains anciens avec l'objectif d'y trouver des agents pathogènes. Grâce à la datation au carbone 14, ils ont pu reconstituer la trajectoire des maladies à travers les millénaires, tout en observant comment le système immunitaire humain s'y adaptait.

Ce travail de titan a abouti à la publication, en juillet dernier, d'une étude prouvant que Y. pestis, l'agent infectieux responsable de la peste, était déjà présente dans l'ADN dentaire d'individus vieux de plusieurs millénaires –l'échantillon était composé d'environ 1.300 humains couvrant plus de 35.000 ans en Eurasie.

L'élevage comme cause première

Jusqu'à environ 4500 avant J.-C., la majorité des microbes identifiés dans les dents des Eurasiens appartenaient au microbiome buccal –une communauté d'organismes généralement inoffensifs, voire bénéfiques. Puis, les premiers agents pathogènes zoonotiques, dont la peste, ont fait leur apparition, d'abord à de très faibles concentrations. Ce n'est qu'il y a 5.000 ans que les infections par Y. pestis se sont multipliées. À cette époque, les Yamnayas –éleveurs nomades venus des steppes eurasiennes– sont arrivés en Europe. Vivant au contact permanent de leurs animaux –moutons, chèvres, bovins et chevaux– ils étaient les premières victimes de ces nouvelles maladies.

D'autres découvertes semblent corroborer cette hypothèse. L'archéogénéticienne Pooja Swali de l'University College de Londres a montré que des cas de peste vieux de 4.000 ans, les plus anciens recensés en Grande-Bretagne, provenaient de souches apparentées à celles introduites depuis la steppe. Mais une anomalie subsiste.

Des cas de peste antérieurs aux Yamnayas

L'article publié en juillet mentionne en effet deux cas de peste dans les Orcades, au nord de l'Écosse, datées de 500 ans avant l'arrivée en Grande-Bretagne des ancêtres des steppes. Et ce n'est pas tout: l'année dernière, des chercheurs ont identifié trois vagues de peste sur six générations d'agriculteurs néolithiques en Suède, eux aussi dépourvus d'ascendance steppique. Autrement dit, l'Europe avait déjà été frappée avant tout contact avec les nomades de l'est.

Pour l'archéogénéticien Nicolás Rascovan de l'Institut Pasteur à Paris, la peste LNBA aurait émergé au sein de méga-colonies de la culture Trypillia, dans l'actuelle Ukraine, il y a environ 6.000 ans, avant de se diffuser par le biais des réseaux commerciaux – une hypothèse difficile à vérifier faute de sépulture. Quant à savoir à quoi ressemblait la maladie, les chercheurs restent prudents: elle était sans doute mortelle, mais pas forcément aussi contagieuse que la peste noire du Moyen Âge.

Au milieu de toutes ces incertitudes, la question brûlante reste de savoir si la peste a causé le «déclin néolithique», cette chute spectaculaire de la population en Eurasie occidentale. Les agriculteurs du néolithique vivaient dans des villages denses, propices à la contagion, et Frederik Seersholm est persuadé que la peste a causé leur déclin.

Cependant, les indices archéologiques –la diminution des traces d'agriculteurs, les signes de violence et la repousse des forêts– suggèrent que ce déclin a commencé il y a environ 7.000 ans, soit 500 ans avant l'apparition des premières zoonoses en Europe. Le mystère reste donc entier et les chercheurs poursuivent leur quête d'indices. Que la peste LNBA ait ou non causé le déclin, elle l'a certainement exacerbé, en particulier après l'arrivée des Yamnayas.

La perspective de faire la lumière sur notre passé sanitaire tient en haleine les chercheurs. «Nous pouvons désormais poser des questions plus précises sur le rôle des agents pathogènes dans la préhistoire», conclut Megan Michel, archéogénéticienne à l'Université Harvard. Les maladies infectieuses, souvent qualifiées de «silence le plus assourdissant des archives archéologiques» par la communauté scientifique, n'ont pas fini de nous étonner.

Laura Perren

Ni la famine, ni les épées: ce qui tuait en masse les soldats d'antan se trouvait dans leurs intestins...

Les maladies intestinales ont fait de nombreux morts sur les champs de bataille, dès l’Antiquité. Pour éviter les bactéries transmises par les selles, les soldats devaient être particulièrement vigilants.

Ni l'arbalète, ni l’épée, ni même le fusil. Pendant très longtemps, ce qui tuait le plus les hommes en guerre ne provenait même pas du champ de bataille. Les maladies comme le choléra, le typhus ou la dysenterie décimaient autrefois les armées. Interesting Engineering rappelle que, durant les guerres de Crimée, dans les années 1850, l’armée britannique aurait perdu 25 fois plus d’hommes à cause des maladies qu’au combat.

Or, ces maladies se transmettent via les selles. En l’absence de toilettes ou d’endroits dédiés et protégés, elles ont tendance à contaminer tous les hommes qui passent dans la zone. Les armées l’ont compris très vite et ont développé des astuces pour éviter les contaminations. Le premier exemple est celui de l’armée romaine. Avec un empire aussi puissant et des centaines de milliers de soldats, Rome ne pouvait pas fermer les yeux sur les risques. C’est d’ailleurs la première armée à avoir créé des latrines communes dans ses camps permanents.

L’armée romaine avait développé des techniques pour éviter les maladies

Lorsque l’armée romaine était en campagne, en revanche, il lui fallait trouver d’autres moyens de rester loin des maladies intestinales. Les soldats devaient faire leurs besoins hors du camp, dans un trou qu’ils recouvraient ensuite de terre. Si des sources d’eau (non stagnantes) étaient dans les environs, ils s’en approchaient pour faire leurs besoins, en aval de l’endroit où l’eau était récupérée pour être bue, évidemment. Les soldats qui ne suivaient pas ces règles étaient punis.

Si les Romains semblaient être des précurseurs sur le sujet, des siècles plus tard, le risque n’était pas complètement éliminé. Dans les années 1800, les troupes napoléoniennes étaient connues pour laisser leurs camps dans un état de crasse déplorable, malgré les consignes d’enterrer leurs selles et de brûler leurs restes de nourriture. Les maladies entraient donc rapidement dans le système des soldats, trop occupés à lever le camp le plus vite possible pour nettoyer correctement les espaces de toilettes.

Des progrès techniques pour éradiquer les maladies graves sur le champ de bataille

Malheureusement, les hommes ne sont pas les seuls à faire leurs besoins sur le champ de bataille. Jusqu’à très récemment dans l’Histoire, les troupes étaient accompagnées de nombreux animaux : chiens, chevaux, bœufs ou encore ânes laissaient leurs déjections n’importe où dans le camp et sur la route. Si elles pouvaient, elles aussi, apporter des maladies, les armées ont peu souvent créé de véritables dispositifs de traitement de ces déchets organiques.

Avec l’avènement de la plomberie et de règles d’hygiène plus strictes, les maladies graves ont fini par progressivement quitter le front. Le choléra, le typhus et la dysenterie restent toutefois présents dans le monde, notamment dans les régions où les conditions sanitaires ne sont pas optimales, en l’absence d’eau courante, par exemple.

GEO (avec 6medias)
 
https://actu.geo.fr/histoire/ni-la-famine-ni-les-epees-ce-qui-tuait-en-masse-les-soldats-d-antan-se-trouvait-dans-leurs-intestins-226181?
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la lèpre s’installe en Floride

 

Le Covid-19 a démontré que nos sociétés ultra-hygiéniques n’étaient pas à l’abri de nouvelles épidémies dévastatrices. Un épisode que d’aucuns ont comparé aux fléaux les plus redoutables, que l’on assimile au Moyen Âge ou aux pays les plus pauvres dans notre imaginaire collectif. Grossière erreur : ces maladies existent toujours et peuvent faire leur nid dans des pays qu’on imaginerait dotés d’un système de santé trop efficace pour cela.

150 cas par an aux USA

À l’échelle de la population mondiale, il s’avère presque impossible de se débarrasser définitivement d’une maladie. On y est bien parvenu avec la variole, la fameuse « petite vérole » qui tuait jusqu’à très récemment une personne atteinte sur trois ou sur cinq, selon la qualité de la prise en charge. Elle est maintenant considérée comme éradiquée, sans aucun cas signalé depuis 1977, grâce à la vaccination de masse. Une méthode efficace, mais qui encourrait trop de résistances de nos jours. Pourtant, d’autres fléaux qu’on a trop vite oubliés ne demandent qu’à ressurgir.

C’est le cas de la lèpre, qu’on assimile un peu trop vite aux dispensaires des missionnaires dans des coins reculés des tropiques. Cette maladie infectieuse chronique est en train de ressurgir dans le sud des États-Unis : environ 150 cas de lèpre sont signalés dans le pays chaque année, ce nombre augmente depuis le début des années 2000, et un cas sur cinq est détecté dans l’État de Floride.

Sauf que contrairement à ce qu’on pourrait croire, il s’agit de moins en moins d’Américains revenus d’un des 120 pays où cette maladie est encore endémique, comme l’Inde ou le Brésil. Ils l’ont en réalité attrapée localement, à tel point que la région pourrait bien devenir un foyer endémique de la lèpre.

Présente chez des animaux insoupçonnés

Il faut dire que la maladie n’est pas aussi bien connue qu’on l’imaginerait : alors qu’on considérait depuis 150 ans qu’elle était uniquement causée par la bactérie Mycobacterium leprae, on en a découvert une seconde en 2008 dans le sang de lépreux au Mexique. Mycobacterium lepromatosis est génétiquement différente de la source « classique » de la lèpre, mais elle provoque les mêmes symptômes et réagit au même traitement (majoritairement des antibiotiques) : c’est la même maladie, mais avec une origine bactérienne différente qu’on ne soupçonnait pas jusqu’alors.

De quoi compliquer encore le travail des chercheurs, alors que jusqu’à très récemment, on pensait que cette maladie était exclusivement humaine. Or ça n’est pas le cas, mais nous n’avons aucune certitude sur les espèces animales porteuses de la lèpre et susceptibles de transmettre la maladie à l’être humain. Le tatou (fort victime des trafiquants et du commerce illégal d’espèce) est le premier suspect, mais c’est le cas aussi de l’écureuil roux en Angleterre et au Danemark, ce qui n’a été découvert qu’en 2014, ainsi que, peut-être, des primates non humains. « La transmission de cette maladie est probablement beaucoup plus compliquée que ce qui était pensé auparavant », écrivent les auteurs d’une récente revue systématique, qui ont analysé les données mondiales de transmission de la lèpre publiées entre 1945 et 2019, cités par Science Alert.

Une maladie qui mutile

De là à penser qu’il existe des souches endémiques encore inconnues, comme en Floride, il n’y a qu’un pas que seule une multiplication des cas pourrait nous permettre de franchir. Or, la maladie a un temps d’incubation notoirement long : plusieurs années, bien souvent. Elle est en outre plutôt peu contagieuse, même si le mécanisme de transmission d’un humain à l’autre n’est pas toujours bien clair – elle peut se transmettre par voies aériennes, mais il faut généralement un contact prolongé avec une personne malade non traitée. Ces facteurs font de chaque nouveau cas, hors des foyers tropicaux bien connus, un mystère à expliquer et un défi à diagnostiquer.

Avec des conséquences potentiellement très graves : la lèpre est une maladie mutilante touche les nerfs périphériques, la peau et les muqueuses, en provoquant des infirmités sévères. Jusqu’en 1909 en France – et bien plus tard dans d’autres pays d’Europe -, les lépreux étaient systématiquement rassemblés à l’écart du reste de la population.

Matthias Bertrand
publié le

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Attention à la leptospirose, une maladie mortelle qui se propage en France

La leptospirose, également appelée "la maladie des rats", est peu connue et largement sous-estimée. Pourtant, chaque année, 600 formes sévères sont signalées en France.

Covid-19, rage, oreillons, leishmaniose, ... Les maladies qui se transmettent des animaux à l'homme sont de plus en plus nombreuses et représentent 60% des maladies infectieuses. Parmi elles, la leptospirose, également appelée "la maladie des rats" car transmise par l'urine des rongeurs, est trop peu connue et largement sous-estimée. Elle est cependant la zoonose la plus répandue au monde avec un million de cas et 60 000 morts par an, révèle Franceinfo.

La maladie touche certaines professions exposées comme les agriculteurs, les éleveurs ou les égoutiers. Mais également les adeptes de loisirs en plein air notamment aquatiques comme la pêche, la baignade ou le kayaking, par contact avec les eaux douces souillées par les urines d'animaux infectés. Dans les régions tropicales comme les collectivités et les départements français d'Outre-mer, la population est plus largement exposée.

La maladie est transmise par les animaux, via leurs urines, notamment par des rongeurs, tels les rats en ville ou les ragondins à la campagne. "Les bactéries pénètrent dans le corps par les muqueuses, les petites plaies et s'attaquent au foie, aux reins, au cœur", expliquent nos confrères. Le traitement repose sur des antibiotiques.

Après l'incubation, de quatre à une dizaine de jours, la maladie se manifeste dans la majorité des cas par des signes ressemblant à la grippe. Les formes graves peuvent entraîner une atteinte de tous les organes potentiellement mortelle, avec une insuffisance rénale, des hémorragies et une jaunisse.

Un vaccin existe, mais est destiné aux professionnels les plus fréquemment impliqués (égoutiers, vétérinaires). Pourtant, en France, 600 formes sévères sont signalées chaque année, soit deux fois plus qu'il y a cinq ans, indique Franceinfo

Elsa P.

France : le retour du scorbut

 

Le scorbut, maladie que l’on croyait disparue, est bel et bien de retour en France. Cette pathologie, historiquement associée aux grandes expéditions maritimes menées entre le XVe et le XVIIIe siècle, notamment celles de Vasco de Gama, Fernand de Magellan, James Cook, est due à une carence profonde et prolongée en vitamine C. Deux équipes hospitalières rapportent dans le numéro de juin 2019 de la revue La Presse Médicale quatre cas récemment survenus en France. Ces observations cliniques constituent une description du visage moderne du scorbut.

Dans un premier article, des médecins niçois rapportent le cas de trois patients examinés entre août 2017 et janvier 2018 en France métropolitaine.

La première observation clinique concerne une femme de 74 ans hospitalisée pour douleurs des chevilles, rebelles aux analgésiques opioïdes (morphiniques) et associées à des signes hémorragiques (taches, ecchymoses) sur les jambes évoluant depuis trois mois. Les spécialistes parlent de purpura des membres inférieurs. La patiente est amaigrie, une situation sans doute en rapport avec des troubles du comportement alimentaire anciens, décrivent Nathalie Tieulié et ses collègues du service de rhumatologie du CHU de Nice.

Un traitement simple et rapidement efficace

La septuagénaire présente également une anémie (baisse de la concentration sanguine en hémoglobine par manque de fer et d’acide folique (ou vitamine B9). Un dosage de la vitamine C est alors réalisé, lequel révèle un déficit sévère nécessitant une supplémentation vitaminique. Celle-ci est réalisée par voie intraveineuse, la patiente refusant de prendre des comprimés. « L’évolution a été favorable avec régression des douleurs et du purpura dès 72 heures après le début du traitement », indiquent les auteurs.

Le second cas est celui d’un homme de 61 ans adressé pour une douleur du genou évoluant depuis un mois. Ce patient présente un volumineux hématome au niveau du creux du genou gauche, ainsi qu’un hématome de la face antérieure de la cuisse droite, bien qu’il n’ait subi aucun traumatisme. Le scanner du genou met en évidence la présence de sang dans l’articulation (hémarthrose). Enfin, le bilan sanguin révèle une anémie sévère. Ce patient édenté vit par ailleurs dans un état social précaire et a une alimentation déséquilibrée avec un seul repas par jour (de préparation industrielle). Au vu de ce tableau clinique associant des hématomes spontanés, une hémarthrose et une chute spontanée des dents, les médecins réalisent un dosage de la vitamine C. Son taux est si bas qu’il n’est pas dosable. Après supplémentation vitaminique par voie orale, l’évolution a été favorable en trois jours.

Le troisième cas concerne une femme de 41 ans, adressée pour des abcès récidivants, tous survenus après une intervention chirurgicale. S’ajoutent à cela des hématomes spontanés des membres inférieurs et des saignements de nez à répétition (épistaxis). La patiente est en bon état général, socialisée, mariée et mère de famille. Les examens biologiques sanguins ne montrent pas d’anémie, pas de déficit immunitaire ou d’anomalies de la coagulation, mais le taux sanguin de vitamine C est faible. Là encore, l’évolution a été favorable en quelques jours après supplémentation vitaminique par voie orale.

Maladie potentiellement mortelle

Ces trois patients atteints de scorbut présentent des signes cliniques très différents. La maladie peut en effet se manifester cliniquement de multiples façons, parfois trompeuses, telles que des signes généraux (fatigue, anorexie, amaigrissement), des douleurs musculo-squelettiques, des symptômes ostéo-articulaires (pseudo-paralysie, douleurs osseuses), un purpura, des gencives hémorragiques, des saignements dans les articulations.

Selon les médecins niçois, il importe d’évoquer le diagnostic de scorbut devant des signes dermatologiques (purpura, ecchymoses, saignements intra-articulaires spontanés malgré un bilan de coagulation normal), des douleurs articulaires (principalement au niveau des genoux, chevilles, épaules et poignets), des douleurs musculaires mais également en présence de signes généraux (fatigue, dépression). Et de rappeler que « l’évolution est toujours favorable après supplémentation en vitamine ascorbique. Le syndrome hémorragique régresse en 48 heures après le début de la supplémentation ». Mais il convient de ne pas oublier que le scorbut est potentiellement mortel dans la mesure où l’évolution est constamment fatale en l’absence de traitement. Celui-ci est pourtant facile à prescrire, peu couteux et rapidement efficace.

Précarité sociale et malnutrition

L’ensemble de ces observations cliniques atteste que le scorbut est bien présent en France. Maladie désormais méconnue, elle n’est plus enseignée dans les facultés de médecine car considérée d’un autre âge. Autrement dit, comme inimaginable dans notre société d’abondance. On rappelle que figurent parmi les aliments à teneur élevée en vitamine C :  le cassis, le persil frais, le poivron rouge et vert cru, le radis noir cru, le kiwi, la fraise, l’orange, le citron.

Dans un second article, des médecins grenoblois rapportent le cas d’un homme de 60 ans hospitalisé pour une tuméfaction du genou droit évoluant depuis un mois. Ce patient, amaigri et anémique, est en situation d’invalidité depuis 7 ans.

L’examen cutané met en évidence un purpura et des ecchymoses des membres inférieurs, des gencives hypertrophiées mais ne saignant pas. La ponction du genou ramène du sang (hémarthrose) et le dosage de la vitamine C montre un taux sanguin effondré. Le traitement consiste en une supplémentation vitaminique par voie intraveineuse puis orale à 1 g par jour, associée à la prise orale d’acide folique (vitamine B9). Le patient reçoit également des conseils diététiques. Une régression rapide du purpura, de l’hypertrophie gingivale et de l’hémarthrose s’en suit, rapportent Alban Deroux et ses collègues du service de médecine interne du CHU Grenoble Alpes (La Tronche).

D’autres populations à risque

Dans notre pays, le scorbut est principalement observé chez les sujets âgés dépendants ou institutionnalisés, les personnes sans domicile fixe (SDF), les individus atteints de troubles psychiatriques, les enfants en situation de précarité familiale, les sujets dénutris, les éthyliques et/ou tabagiques chroniques.

« Il revient aux professionnels de santé de reconnaître et de traiter à bon escient le scorbut des temps modernes et aux décideurs politiques et aux éducateurs d’éradiquer cette maladie de l’inégalité, de la misère et de la précarité, insupportable et inacceptable dans les pays développés », conclut dans un éditorial le Pr Jean-Louis Schlienger de la faculté de médecine Université de Strasbourg.

Marc Gozlan (Suivez-moi sur Twitter, sur Facebook)

Toute reproduction interdite. Toutes les informations reproduites sur cette page sont protégées par des droits de propriété intellectuelle.

Pour en savoir plus :

Trojani MC, Cabane L, Breuil V, Tieulié N. Le scorbut existe encore. Presse Med. 2019 Jun;48(6):714-715. doi: 10.1016/j.lpm.2019.05.017

Lejeune S, Lohberger Timsit B, Geneletti L, Lugosi M, Colombe B, Deroux A. Acrosyndrome paroxystique révélant une carence en vitamine C. Presse Med. 2019 Jun;48(6):715-718. doi: 10.1016/j.lpm.2019.05.016

Schlienger JL. Le scorbut est de retour. Presse Med. 2019 Jun;48(6):591-592. doi: 10.1016/j.lpm.2019.05.02

Sur le web :

Berche P. L’histoire du scorbut. Revue de Biologie Médicale. N° 347 (mars 2019)

LIRE aussi : Le retour du scorbut, une maladie que l’on croyait disparue

Éliminer les poux, c'est possible, mais ce n'est pas autorisé !

Un médicament existe, nous révèle le Pr Raoult : il est très efficace, pas cher et sans danger, mais il n'est pas autorisé pour cette indication.

 

 

Ils se multiplient de façon spectaculaire dans les écoles. Les poux de tête ont une telle capacité de résistance aux insecticides proposés pour une application sur les cheveux que, souvent, plus aucun traitement ne marche. Les familles ne savent plus que faire. À Paris, plus de 30 % des poux sont résistants aux insecticides les plus couramment utilisés.

 

 

 

Or la situation est tout à fait étrange d'un point de vue scientifique. On sait qu'il existe un traitement parfaitement efficace, sans échec connu à ce jour, et extrêmement facile à mettre en oeuvre. Il consiste en la prise unique, par voie orale, d'un médicament antiparasitaire (l'ivermectine), avec un nombre de comprimés déterminé en fonction de l'âge et du poids. Il a 100 % d'efficacité, il est bien connu, car il est commercialisé depuis 1981 pour d'autres maladies, et il ne présente pas de complications connues ; celles-ci sont d'autant plus rares et peu probables que l'on prend un seul jour ce traitement.

Efficace, bon marché, sans toxicité, mais non autorisé !

Nous avons beaucoup utilisé ce médicament avec mon équipe de la faculté de médecine de Marseille, pour traiter des poux de vêtement chez les SDF. Il a été très employé par une autre équipe, à Paris pour le traitement des poux de tête, avec une efficacité absolument remarquable. Dans mon entourage, j'ai parfois eu recours à ce médicament dans cette indication, car les mères étaient désespérées de voir leurs enfants harcelés par les poux. Or ce médicament n'est pas disponible pour lutter contre les poux, car il n'a pas d'autorisation dans cette indication. Il est bien disponible en pharmacie, mais pour le traitement de la gale et d'un certain nombre de parasitoses tropicales. Pour le traitement de la gale, c'est d'ailleurs de très loin le traitement le plus efficace.

 

Si le médecin prescrit de l'ivermectine contre les poux, il assure la responsabilité totale. Pourquoi n'est-il pas disponible dans cette indication ? Est-ce que le laboratoire l'ayant découvert (Merck) ne veut pas investir de l'argent, car décrocher l'agrément d'une indication nouvelle pour un médicament est un processus très coûteux et qu'il n'est pas assez rentable ? Probablement, car ce médicament ancien peut être utilisé comme générique, et dans ces conditions, les études de mise sur le marché ne seront jamais rentabilisées pour le laboratoire.

 

 

Quoi qu'il en soit, voilà un exemple remarquable de notre incapacité à gérer une épidémie du fait d'un certain nombre de contraintes économiques et réglementaires. Nous ne pouvons pas lutter contre une épidémie incroyablement banale qui parasite nos enfants, alors que nous avons sous la main un produit efficace, facile à utiliser, bon marché et dépourvu de toxicité. Cela n'a plus de sens, où est le pilote ?

 

professeur

 

http://www.lepoint.fr/invites-du-point/didier_raoult/eliminer-les-poux-c-est-possible-mais-ce-n-est-pas-autorise-24-09-2013-1734510_445.php

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