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Tariq Ramadan, histoire d’une imposture...

Publié le par ottolilienthal

Tariq Ramadan condamné par défaut à 18 ans de prison pour viols...

Absent de son procès et considéré comme un fugitif par la justice, Tariq Ramadan a été condamné à 18 ans de prison par la cour criminelle de Paris, qui l’a jugé par défaut coupable de viols commis sur trois femmes. L’islamologue suisse a également été condamné à une interdiction définitive du territoire français une fois sa peine purgée, et le mandat d’arrêt décerné le 6 mars à son encontre reste actif. Ses avocats avaient certifié qu’il venait d’être hospitalisé à Genève et n’était pas en état de comparaître à cause d’une « poussée » de sclérose en plaques, des affirmations contredites par l’expertise médicale ordonnée, qui concluait à l’absence de « poussée récente » de sa maladie.

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Dix-huit ans requis contre Tariq Ramadan, interné en psychiatrie...

Les avocats de l'islamologue, hospitalisé à Genève, tentent toujours de renvoyer son procès pour viols, dont le verdict est attendu mercredi...

Une peine de 18 ans de réclusion criminelle a été requise mardi au procès pour viols de l’islamologue Tariq Ramadan. L’avocat général a aussi demandé un mandat d’arrêt à l’encontre du Genevois de 63 ans, qui ne s’est pas présenté à la justice française depuis l’ouverture de son procès, ainsi qu’une interdiction définitive du territoire français, une fois sa peine purgée.

Tariq Ramadan est accusé en France du viol de trois femmes entre 2009 et 2016, des faits qu’il nie catégoriquement. La défense tente de renvoyer les audiences, alors que le verdict est attendu demain mercredi. Selon «Le Parisien», deux nouveaux avocats du prédicateur controversé ont averti la cour criminelle de Paris que leur client avait été admis en hôpital psychiatrique à Genève, dans un état «anxieux et dépressif invalidant» lié à sa sclérose en plaques.

Troubles neurologiques

À l’ouverture du procès, le 2 mars, les avocats avaient expliqué qu’une crise de cette maladie dégénérative avait conduit l'islamologue à être hospitalisé aux HUG et l’empêchait de se rendre à Paris. Un rapport médical faisait état de problèmes de continence ainsi que de troubles cognitifs et du langage. Peu crédible, d'après les parties civiles, qui ont relevé que, durant tout le mois de ramadan qui vient de se terminer, l’islamologue tenait une chronique quotidienne sur le jeûne — enregistrée à l’avance selon les proches du Genevois.

Trois plaignantes

L’islamologue, déjà condamné par la justice genevoise pour un viol sur une femme en 2008, est jugé à Paris pour des viols qui auraient été commis sur trois autres femmes entre 2009 et 2016, ce qu’il conteste: un viol aggravé, avec violences et sur personne vulnérable, commis sur «Christelle» (prénom d’emprunt) à Lyon en octobre 2009; un viol qui aurait eu lieu en 2012 à Paris sur Henda Ayari, une ex-salafiste devenue militante laïque qui avait déclenché l’affaire en portant plainte en octobre 2017; et un autre sur une troisième femme, remontant à 2016.
 
par
Arnaud Gallay
 
https://www.20min.ch/fr/story/geneveparis-dix-huit-ans-requis-contre-tariq-ramadan-interne-en-psychiatrie-103533071
Procès pour viols : Tariq Ramadan absent, un mandat d’arrêt international délivré...
La cour criminelle de Paris a ordonné un mandat d’arrêt international contre Tariq Ramadan, absent à l’ouverture de son procès pour viols présumés. Ses avocats ont quitté l’audience, dénonçant une « parodie de procès »...

C’est désormais un fugitif. Tariq Ramadan ne s’est pas présenté à son procès qui doit le voir jugé pour des viols commis sur trois femmes en 2009, 2012 et 2016 – des faits qu’il conteste. La cour criminelle de Paris a considéré qu’il était absent sans raison valable, deux experts neurologues spécialement mandatés par la justice ayant considéré qu’il était tout à fait apte à comparaître. La Cour a ordonné qu’un mandat d’arrêt international soit émis immédiatement à son encontre.

À l’annonce de cette décision, les quatre avocats de l’accusé, qui demandaient le report du procès le temps que la santé de leur client s’améliore, ont quitté la salle d’audience. Protestant contre le fait que Tariq Ramadan soit jugé en son absence, ils ont indiqué refuser de participer à une « parodie de procès ».

« Il s’est toujours présenté à chacune des échéances judiciaires depuis huit ans, a souligné Me Ouadie Elhamamouchi. Depuis le début de cette procédure, Tariq Ramadan n’a pas été traité comme un justiciable comme les autres, au point de lui refuser même le droit d’être présent à son propre procès en pleine possession de ses moyens. C’est un déni de droit. »

« Joker dilatoire »

Seize ans après les faits, au terme de huit ans de procédure, le procès de Tariq Ramadan peut donc enfin débuter. Mais sans le principal intéressé, au grand dam des parties civiles, leurs avocats regrettant que même les conseils de l’accusé ne participent pas aux débats. Et pourtant, « notre client demande ce procès, il souhaite être jugé », avait tonné face aux magistrats l’un de ses avocats en début d’après-midi.

Dans les faits, après avoir dans un premier temps demandé un report de son procès, au motif qu’il serait trop faible pour y assister pendant la période du Ramadan, l’accusé ne s’est pas présenté lundi 2 mars à l’ouverture de l’audience, pour des raisons de santé. Il était, selon ses conseils, hospitalisé depuis la brusque dégradation de son état vendredi 27 février, alors qu’il était au chevet de sa mère de 93 ans malade, à Genève. À 63 ans, il souffre d’une sclérose en plaques.

Aujourd’hui, malgré le rapport des deux neurologues désignés par la cour estimant que la santé de Tariq Ramadan lui permettait de venir aux audiences, ses conseils ont brandi un énième certificat médical, soumis à 12 h 15 pour une audience commençant à 13 heures. Dans ce document, le neurologue, qui suit habituellement l’accusé en Suisse, stipule qu’il a vu l’intéressé jeudi, après sa sortie de l’hôpital, et qu’il lui est apparu « particulièrement fatigué, comme vidé de son énergie vitale ». Et de recommander une période de repos d’une semaine à 10 jours.

Monsieur Ramadan a joué la montre. [...] Il fait montre de lâcheté [...] Il soulèverait exactement le même type d’arguments dans une semaine, 15 jours ou six mois.

Philippe Courroye, avocat général

Un « joker dilatoire », voilà comment l’avocat général Philippe Courroye a qualifié ce dernier certificat : « Monsieur Ramadan a joué la montre. […] Il fait montre de lâcheté […] Il soulèverait exactement le même type d’arguments dans une semaine, 15 jours ou six mois ». Pour le ministère public, Tariq Ramadan veut se soustraire à la justice française : « Il est apte [à comparaître], il n’est pas là, sans raison valable, il est en fuite. C’est son choix mais il doit l’assumer procéduralement. »

Réfugié en Suisse

Plaidant pour que le procès ait lieu malgré tout, Me David-Olivier Kaminski, l’un des avocats des parties civiles, a expliqué qu’avec « son absence, nous y perdons tous, en qualité contradictoire, de débat, de confrontation des arguments. Mais à qui la faute ? », après avoir estimé que l’objectif de l’accusé était de « mettre la justice au pied du mur […], de reculer en espérant peut-être n’être jamais jugé ».

« La réalité, c’est qu’il ne veut pas comparaître dans un procès qu’il qualifie d’inhumain. Il ne souhaite pas être transféré en France et être jugé, a relevé sa consœur Me Sarah Mauger-Poliak. Même si nous reportions d’un an ce procès, dans un an on nous présenterait la même pièce de théâtre. »

Techniquement, Tariq Ramadan est aujourd’hui en Suisse, pays où il est sous le coup d’une peine de trois ans d’emprisonnement, dont un ferme, pour viol – sanction désormais définitive depuis le rejet de son recours en juillet dernier par le tribunal fédéral. Il a indiqué avoir déposé une demande en révision de son procès et saisir également la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Il encourt en France, au terme de ce procès, jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle.

 
Publié le 06/03/2026
https://www.lepoint.fr/societe/proces-pour-viols-tariq-ramadan-absent-un-mandat-darret-international-delivre-JMMMQPIUNBG4NAOZ4BOYNMYFHQ/
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Tariq Ramadan, quand le prédicateur déroge à sa morale

Comment le prédicateur a développé une rhétorique sur la morale conjugale… dont il s’est affranchi pour s’offrir des largesses sexuelles.

Les beaux parleurs finissent-ils toujours par gagner au gré des circonstances ? La tromperie est-elle plus pardonnable lorsqu'elle revêt un habillage islamique ? Le sentiment religieux peut-il excuser une volonté de domination ? Arc-bouté sur une posture religieuse des plus rigoristes, Tariq Ramadan a développé au fil du temps une abondante rhétorique sur la morale conjugale dont il s'est affranchi pour s'offrir des largesses sexuelles qu'il interdisait à ses coreligionnaires.

Lorsqu'il y avait contradiction entre ses préceptes et ses exigences plus terre à terre, il transigeait avec sa propre morale et la transgressait allégrement. En cela, Ramadan est un prophète, c'est-à-dire un homme ordinaire qui « légifère pour tous et fait exception pour lui-même », suivant la célèbre formule consacrée au prophète Mohamed du sociologue égyptien Mansour Fahmy (1886-1959), diplômé de la Sorbonne et de l'université al-Azhar.

Légiférer pour tous

En effet, Fahmy explique que Mohamed exige des maris polygames l'équité dans le traitement des épouses, alors que lui ne cache guère sa préférence à l'égard d'Aïcha. Voilà qu'il limite la polygamie à quatre femmes alors qu'il s'autorise à en épouser davantage. Pour valider un mariage, il impose des témoins et une dot, alors que lui s'en dispense. Il interdit à ses épouses de se marier après son décès.

La vie du prophète n'est pas sans importance lorsqu'on connaît son influence sur la législation islamique jusqu'à nos jours. C'est pourquoi le sociologue a remis en cause la « sacralité » du texte coranique et a plaidé pour l'abandon des lois islamiques, responsables, selon lui, de la domination des femmes.

Suivre l'exemple du prophète, dont les actes sont considérés comme marqués de l'empreinte divine, en a inspiré plus d'un. Le guide des Frères musulmans, Youssef al-Qaradawi (1926-2022), a multiplié les conquêtes féminines, parmi lesquelles certaines sont ses cadettes de 50 ans. L'une de ses anciennes épouses d'origine algérienne, Asma Benkada, a dévoilé, après son divorce, le contenu des lettres que lui envoyait l'imam sexagénaire dans les années 1980 alors qu'elle était jeune étudiante à l'université islamique de Constantine. Devenu populaire grâce à son émission hebdomadaire de la chaîne qatarie Al-Jazira, La Charia et la Vie, le frériste polygame prêchait la chasteté, l'abstinence et l'obéissance des femmes.

Manigances féminines

Le sort de Tariq Ramadan aurait été sans doute sans grand retentissement s'il n'avait pas été accusé de viols et de contrainte sexuelle. Fort de sa victoire judiciaire suisse (faute de preuves étayant la parole de la plaignante), l'islamologue sexagénaire a haussé le ton, lundi en fin d'après-midi, sur BMFTV, où il était invité à commenter ses déboires avec la justice.

D'emblée, il s'est posé en victime du tribunal médiatique et populaire en France, a accusé les plaignantes d'être des menteuses qui ont manigancé avec Caroline Fourest, essayiste et journaliste bien connue, pour le « faire tomber ». Ramadan s'est livré à une entreprise de démolition en règle des femmes qui ont dévoilé au grand jour son appétit des rencontres nocturnes dans les chambres d'hôtel.

Ces plaintes pour viol entre 2009 et 2016 ne sont, à ses yeux, qu'une machination machiavélique pour éliminer un adversaire politique. « Je suis attaqué, a-t-il expliqué, parce que je défends une certaine façon d'être français, européen, de confession musulmane totalement autonome. »

« C'est David contre Goliath »

La meilleure défense, c'est l'attaque ! Ramadan en a fait la démonstration en essayant de retourner en sa faveur n'importe quelle situation. Pour un homme, déroger à sa propre morale est « islamiquement » acceptable. L'ancien professeur le sait fort bien. Sauf qu'un plateau de télévision n'est pas une salle d'audience d'un tribunal. La justice suisse n'est pas la justice française. D'ailleurs, à ce propos, les avocats des plaignantes se montrent confiants sur l'issue des procédures.

Surtout depuis la validation de la notion d'emprise par la justice française. Cette étape devrait constituer un tournant et aboutir à une mise en accusation et un procès. Pour les plaignantes, cette interminable attente est un véritable supplice. « C'est David contre Goliath », s'exclame Henda Ayari, la première plaignante, qui, malgré les difficultés qu'elle a rencontrées depuis sa dénonciation en octobre 2017, ne regrette en rien son geste.

 
Djemila Benhabib*
 

* Politologue et écrivaine, Djemila Benhabib travaille à Bruxelles au Centre d'action laïque (CAL).

Tariq à son meilleur

 

Attention, Tariq Ramadan se lance dans la chanson. Sérieux. Poursuivi pour six viols en France et en Suisse, l'ancien professeur d'études islamiques contemporaines à l'université d'Oxford, auteur, l'année dernière, d'un ouvrage sur Malcolm X injustement passé sous silence, se met au slam.

 

Frère Tariq ne fait pas dans la chanson pour midinettes, non, c'est, comme on dit, un chanteur à texte. Celui ci s'intitule "Qu'est ce que vous croyez ?" et menace l'Occident d'apocalypse : "Vous avez peur ? Vous allez perdre vos privilèges et votre identité." Ramadan aurait_il pris une plume de Génération identitaire pour ses débuts dans la musique ? La suite, plus classique, est là pour nous rassurer sur ce point : ""Soit vous partagez, soit on se servira. Il n'est pas voleur, le pauvre et l'affamé". Entre Renaud Camus et Jean Ferrat, visiblement, son petit coeur balance.

Les débuts artistiques de Ramadan n'ont guère ému les musulmans, raconte "Marianne" (12/4). Le site Saphir-News parle d'un "poisson d'avril", le responsable d'"oumma.com", Saïd Branine, explique froidement : "Tariq Ramadan ne représente plus rien, il a perdu tous ses relais". Notamment la puissante confrérie des Frères musulmans, fondée par son grand-père, Hassan el Banna, qui l'a lâché. Trop voyant.

Mais l'honneur est sauf pour la famille : Tariq pleure, mais Hani rit. Hé oui, Hani Ramadan, le frérot, directeur du Centre islamique de Genève, est en pleine forme. Ce fervent défenseur de la lapidation des femmes -"une sorte de purification"- vient d'obtenir l'autorisation d'agrandir sa mosquée avec une subvention de 5 millions de francs suisses.

Il pourra donner un coup de main à Tariq pour la promo de son album, prévue en mai.

 

Le Canard enchainé, 14/04/2021

 

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Tariq Ramadan mis en examen pour viols sur une cinquième femme

Cette mise en examen avait été réclamée au printemps 2018 par le parquet de Paris, mais les juges avaient jusqu’ici suspendu leur décision sur ce cas.

Tariq Ramadan, déjà poursuivi pour viols sur quatre femmes, a été mis en examen, jeudi 22 octobre, pour des viols remontant à 2013-2014 et dénoncés par l’une de ses premières accusatrices, Mounia Rabbouj, a appris l’Agence France-Presse (AFP) auprès des avocats de l’islamologue.

Cette mise en examen avait été réclamée au printemps 2018 par le parquet de Paris, mais les juges avaient jusqu’ici suspendu leur décision sur le cas de cette ancienne escort-girl. Son témoignage, à l’époque, avait amené Tariq Ramadan, alors détenu, à admettre pour la première fois des relations extraconjugales, selon lui « consenties ».

Article réservé à nos abonnés Lire aussi L’affaire Ramadan disséquée

« Il n’y a aucun élément nouveau » dans l’enquête depuis deux ans, « c’est une mise en examen de pure forme pour pouvoir organiser prochainement la confrontation », ont commenté les avocats de la défense, Nabila Asmane, Ouadie Elhamamouchi et Philippe Ohayon. « Ce n’est pas la parole de Tariq Ramadan contre celle de cette femme, c’est cette femme contre ses propres mensonges graves et concordants », ont-ils ajouté

Pour l’avocat de la plaignante, Eric Morain, « c’est évidemment une satisfaction » et un « tournant fort ». « Les investigations ont démontré combien la parole de ma cliente était aussi fiable que constante », a-t-il ajouté. « Le code de procédure pénale ne connaît pas les mises en examen de pure forme, seuls des indices graves et concordants, que les juges ont aujourd’hui pleinement constatés », a-t-il souligné.

 

Contrôle judiciaire allégé

Le témoignage de Mounia Rabbouj, connue pour avoir été protagoniste du procès pour proxénétisme dit du Carlton, aux côtés de Dominique Strauss-Kahn, a joué un rôle important dans l’affaire. Cette femme de 47 ans avait porté plainte en mars 2018 contre Tariq Ramadan, l’accusant de l’avoir violée neuf fois en France, à Londres et à Bruxelles, de 2013 à 2014.

Tariq Ramadan était alors emprisonné depuis sa mise en examen le 2 février 2018 pour les viols dénoncés par deux premières accusatrices.

 

Contraint par le récit de Mounia Rabbouj, l’islamologue avait admis, le 5 juin 2018, des relations adultères avec cette femme et d’anciennes maîtresses ayant témoigné. Il avait déposé plus de 300 vidéos et plus de 1 000 photos pour convaincre les juges qu’il s’agissait d’une relation consentie, et les magistrats ne l’avaient alors pas mis en examen.

Une troisième et une quatrième mise en examen, pour des soupçons de viols sur deux autres femmes en 2015 et 2016, ont été prononcées en février dernier contre l’islamologue.

Son contrôle judiciaire a été récemment allégé, avec un pointage deux fois par mois au commissariat et l’autorisation de déférer aux convocations de la justice suisse. Une procédure pour viol, parallèle à la procédure française, est ouverte à Genève depuis 2018.

Le Monde

 

 

Hani ramène sa science

Il l'a dit, Hani. Ce grand savant, qui dirige le Centre islamique de Genève, a parlé du coronavirus et c'est, comme toujours, décisif. Hani Ramadan, qui défend bec et ongles son frérot, Tariq, a expliqué ("Le Point", 22/3) : "les hommes se livrent ouvertement à la turpitude, comme la fornication et l'adultère, ce qui déclenche des maladies et des épidémies nouvelles."

L'auteur de la tribune "La charia incomprise", publiée en 2002, hélas interdit de territoire français depuis avril 2017, signifie-t-il que Tariq Ramadan, qui a été mis en examen pour quatre viols en France et a avoué de multiples relations hors mariage, serait le fameux patient zéro ?

 

"le Canard enchainé" 25/03/2020

 

Tariq Ramadan, itinéraire d’un « imposteur »

 

Dans son essai « Tariq Ramadan. Histoire d’une imposture », notre confrère Ian Hamel retrace l’ascension et la chute d’un « prestidigitateur ». Implacable.
Par Thomas Mahler

Une imposture. » Ian Hamel n’y va pas par quatre chemins dans le nouveau livre qu’il consacre à Tariq Ramadan. Peu de personnes connaissent aussi bien le sinueux parcours de l’islamologue que notre confrère du Point, qui réside en Suisse. En 2007, Ian Hamel avait signé une première biographie incisive sur celui que le magazine Time avait classé comme l’un des sept innovateurs religieux du XXIe siècle. Depuis, avec cinq plaintes pour viol, le dossier Ramadan s’est lourdement alourdi et le monde entier a découvert que le fameux double discours ramadanien cachait aussi une double vie.
Pour Ian Hamel, l’imposture est d’abord idéologique. Lancé en Suisse par le sociologue socialiste Jean Ziegler, Tariq Ramadan surfe au début des années 2000 sur la vague altermondialiste et maquille les Frères musulmans (fondés par son grand-père Hassan al-Banna, admirateur de Mussolini et de Hitler) en hérauts de l’anticolonialisme. Quelle meilleure alternative à un capitalisme matérialiste et à « l’économie sans morale » de la mondialisation que l’islamisme ? Mais l’ambitieux troque vite la gauche des forums sociaux européens contre le luxe du Qatar. Il occupe une chaire à Oxford, financée par des dons de l’émirat gazier, et est propulsé à la direction du Centre de recherche sur la législation islamique et l’éthique, à Doha. Selon les révélations du livre « Qatar Papers », de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, le VIP touchait 35 000 euros en tant que consultant auprès de la Qatar Foundation.
Soucieux de plaire. Contrairement à son frère Hani, qui n’a jamais caché son fondamentalisme (selon lui, la lapidation est « une forme de purification »), Tariq Ramadan avait élevé ce qu’on n’appelait pas encore le « en même temps » macronien au rang d’art, soucieux de plaire aux médias occidentaux et à une base islamique. Après l’attentat contre Charlie, il écrit sur sa page Facebook que « rien ne peut justifier ces horreurs ». Mais, dès le lendemain, il explique à la Radio télévision suisse que l’hebdo satirique pratiquait « un humour de lâche », avant de s’interroger dans le quotidien Le Temps sur le « rôle des services secrets dans cette affaire ».
L’imposture est aussi intellectuelle. Ayant eu sa thèse au forceps, l’homme n’a jamais cessé de gonfler son CV, se présentant par exemple comme « professeur de philosophie et d’islamologie de l’université de Fribourg », alors qu’il n’était qu’un simple chargé de cours. Selon Gilles Kepel, le supposé théologien n’est pas « un arabisant de première force ».« Sur le plan théologique, c’est n’importe quoi. Il n’est ni philosophe ni islamologue », fustige Vincent Geisser, chercheur à l’Institut de recherches et d’études sur les mondes arabes et musulmans, à Aix-en-Provence.

Secret de polichinelle. Mais l’imposture se révèle avant tout morale. En attendant que la justice tranche, l’accumulation des affaires d’agressions sexuelles a déjà montré à quel point le prédicateur était un tartuffe. Dans une interview sur BFMTV, en septembre dernier, Tariq Ramadan évoque un « traquenard ». Pourtant, sa vie privée était un secret de Polichinelle depuis belle lurette : en 2010, Ian Hamel avait ainsi rencontré Majda Bernoussi, une Belge d’origine marocaine, qui, dans un manuscrit de 80 pages, racontait sa relation houleuse avec l’islamologue. Faute d’éditeur, le journaliste ne pourra pas en parler. Majda Bernoussi a finalement accepté de se taire sur les réseaux sociaux en échange d’un accord financier d’un montant de 27 000 euros avec Tariq Ramadan. L’année dernière, les enquêteurs ont interrogé une dizaine de femmes ayant eu des relations sexuelles avec lui. Elles évoquent des emprises toxiques et des rapports brutaux, même si consentis. Retrouvés par la police, les 399 textos envoyés à son accusatrice qui se cache derrière le pseudonyme de « Christelle » confirment que, quand il ne parlait pas de sexe en termes orduriers, le prédicateur était menaçant. C’est ce même homme, rappelle Ian Hamel, qui, dans une conférence enregistrée sur l’île de la Réunion, expliquait que « c’est une énormité de vivre quelque chose en dehors du cadre du mariage », allant jusqu’à dénoncer des piscines « non islamiques ».« Cela fait trente ans qu’il nous dit que si tu regardes des filles en maillot de bain, tu iras en enfer. Alors que ses SMS montrent qu’il n’est pas juste un obsédé sexuel, mais qu’il passe des journées entières à ça ! Majda Bernoussi ne l’a jamais vu prier ou manger halal. En privé, l’islam, il s’en fout », persifle Ian Hamel.
Aujourd’hui, l’ex-icône garde quelques soutiens indéfectibles, tel l’islamologue François Burgat avec qui, en 1993, il s’était rendu à une conférence islamique dans le Soudan d’Omar el-Bechir (poursuivi depuis 2009 pour génocide et crime contre l’humanité…). « Mais Ramadan a perdu une grand partie de ses supporteurs, estime Ian Hamel. Son dernier livre, « Devoir de vérité », n’a été vendu qu’à 3000 exemplaires. Un site communautaire comme Oumma.com l’a lâché très vite, car tromper sa femme, c’est grave, surtout quand on donne des leçons de morale depuis des décennies. » Mais, comme le note le biographe, la dynastie n’est pas près de s’éteindre. Après le grand-père Hassan al-Banna, après le père, Saïd, soutenu par les Saoudiens pour développer l’islam politique en Europe mais lui aussi rattrapé par une vie dissolue, voici la fille Maryam, très vindicative sur les réseaux sociaux et dans la presse…
Aveuglement. Passionnant et implacable sur l’itinéraire de la « baudruche » Ramadan, le livre de Ian Hamel l’est aussi dans son analyse approfondie de tous ceux qui ont permis de la gonfler. Qu’ils soient journalistes, trotskistes, catholiques, intellectuels, ils sont nombreux à avoir voulu voir dans ce porte-parole autoproclamé des musulmans un réformiste respectable, mais suffisamment sulfureux pour faire de l’audience. Comme l’écrit en préface le sociologue et ex-Frère musulman Omero Marongiu-Perria, Ramadan « symbolise, à lui seul, tout l’aveuglement dont ont fait preuve des milliers d’acteurs associatifs musulmans et non musulmans, militants laïques, jusqu’à certaines institutions académiques et acteurs politiques, face à la stratégie de respectabilité, pour ne pas dire de « notabilisation » du personnage »…
Sa collaboration avec Edgar Morin : un « détournement de vieillard »
Comment expliquer cette collaboration poussée entre Edgar Morin et Tariq Ramadan ? Ils ont écrit ensemble deux ouvrages, « Au péril des idées », en 2014, et « L’urgence et l’essentiel », sorti en juin 2017, juste avant les dépôts de plaintes pour viol. Ces deux publications n’ont pas rencontré un très grand public. Elles ne laissent pas non plus un souvenir inoubliable en raison d’un niveau conceptuel plutôt faible. Concernant cette étrange collaboration, un témoin peu indulgent (mais bien informé) évoque tristement un « détournement de vieillard ». Mais l’essentiel est ailleurs : l’objectif étant de faire passer Tariq Ramadan pour un intellectuel jouant dans la même catégorie qu’Edgar Morin. (…).
Le philosophe, âgé de 98 ans, assure que Tariq Ramadan a « évolué à partir d’une conception rigide antérieure ». Il se félicite que le petit-fils d’Hassan al-Banna accepte « la démocratie, l’égalité des femmes, l’abandon de la religion musulmane », et qu’il soit « partisan d’un humanisme ». Peut-être aurait-il été intéressant qu’Edgar Morin prête l’oreille à d’autres propos tenus par le prédicateur. En juin 2017, Tariq Ramadan refuse de condamner l’excision ! Il invite les musulmans à… en discuter. Dans une vidéo en anglais de deux minutes et vingt-quatre secondes diffusée sur Internet, Tariq Ramadan prend la défense de l’imam Shaker Elsayed, du Centre islamique de Falls Church, près de Washington, aux Etats-Unis. L’imam avait recommandé de pratiquer l’excision pour éviter « l’hypersexualité » chez les femmes. Ce dernier a été contraint de faire marche arrière devant le tollé suscité chez les musulmans américains. « C’est controversé, mais il faut en discuter. Nous ne pouvons pas nier le fait que [l’excision] fait partie de nos traditions », assure Tariq Ramadan, né à Genève et de nationalité suisse.
Le 11 septembre 2001 : « Par qui ça a été fait ? »
Sur la chaîne Al-Jazeera, le 30 novembre 2000, Youssef al-Qaradawi, le mentor de Tariq Ramadan, explique clairement que, après la conquête de Constantinople, la deuxième partie de la prophétie reste à accomplir, c’est-à-dire la conquête de Rome. « J’ai dit qu’à mon avis cette conquête ne se ferait pas au moyen de l’épée ou des armées, mais par les sermons et l’idéologie. L’Europe finira par se rendre compte qu’elle souffre de la culture matérialiste et se cherchera une solution de remplacement, une échappatoire, un canot de sauvetage ; elle ne trouvera rien qui puisse la sauver, si ce n’est le message de l’islam, le message du muezzin. »
Tariq Ramadan tient pratiquement le même discours lorsqu’il évoque dans sa thèse universitaire « la faillite des fondements sociaux sur lesquels s’est constituée la civilisation des nations occidentales ». Il écrit notamment que « l’islam est plus complet, plus précis, plus globalisant, et finalement de meilleure facture, que ce qu’ont découvert les philosophies sociales et les esprits les plus élevés à ce jour ». (…) En d’autres termes, comme l’Occident va à sa perte, autant accélérer sa chute, puisque l’islam viendra ensuite comme ultime recours à sa rescousse.
Cela ne signifie pas que les frères Ramadan n’éprouvent pas de sympathies pour les djihadistes. Pour eux, ce sont des frères, mais trop impatients. A force, inconsciemment, de les excuser, Tariq Ramadan commet parfois des maladresses. Comme lorsqu’il qualifie les attentats de New York, de Bali ou de Madrid d’… « interventions » en 2004 dans Le Point. (…) Le 29 septembre 2014 à Fribourg, Tariq Ramadan dialogue avec des jeunes musulmans. Il commence par leur déclarer : « Si quelqu’un vient vers moi pour me dire qu’il n’y a pas de conspirations, c’est un conspirateur. » Puis, revenant sur les attentats du 11 Septembre, Tariq Ramadan commence par les condamner, avant d’énumérer aussitôt après les multiples incohérences du dossier. Comme la découverte d’un passeport intact au milieu des débris, ou le fait que l’un des terroristes, assez idiot, aurait laissé « dans sa voiture toutes les instructions de pilotage en arabe alors que les cours sont donnés en anglais ».« Je questionne les faits : par qui ça a été fait ?Pourquoi ça a été fait ? » ajoute l’islamiste

Source :
https://www.lepoint.fr/societe/tariq-ramadan-itineraire-d-un-imposteur-05-01-2020-2356173_23.php#xtmc=tariq-ramadan&xtnp=1&xtcr=1

En Algérie, il est plus difficile de ne pas jeûner que de faire le ramadan

Ils sont jeunes et refusent de se plier au mois de carême, dont ils pensent qu’il est plus dicté par l’habitude que par des motivations religieuses.

 

 

D’abord, Anis avait donné rendez-vous au siège d’un parti politique sur les hauteurs d’Alger. Là-bas, à l’heure du déjeuner, sympathisants et militants ont l’habitude de se retrouver dans une pièce aux fenêtres opaques pour partager gueuleton et cigarettes. Même en cette période de ramadan.

 

Finalement, ce parti progressiste a refusé d’accueillir le groupe d’amis le temps d’une interview : les responsables auraient été prévenus trop tard. Après avoir marché quelques kilomètres vers le centre-ville sous un soleil hostile, la bande de copains se pose dans un recoin du parc de la Liberté, à l’abri des regards et des oreilles, pour évoquer les raisons qui les ont poussés à ne plus suivre le rituel du ramadan pourtant sacré chez les musulmans. « J’aurais aimé vous inviter à boire un café pour échanger sur le sujet », se confond en excuses le jeune homme de 20 ans. Mais, en ce mois de carême, restaurants et bars de la capitale sont fermés toute la journée.

« Hors la foi »

Perfecto sur les épaules, pendentif en forme de marteau de Thor autour du cou, cet étudiant en informatique, qui se dit athée, ne jeûne pas. « Même mes parents ne savent pas pourquoi ils font ramadan : ils jeûnent par habitude. Ah, si, ma mère le fait pour maigrir. » Rire général. Ce fan du groupe de metal néerlandais Carach Angren vit dans une cité HLM de Dely Brahim, dans la banlieue ouest d’Alger, où désormais le voisinage sait qu’il est « hors la foi ». « Au début, j’ai eu des problèmes, j’ai dû mentir, prétexter que j’étais malade. J’aurais tellement préféré leur dire : Je vous emmerde, et je fais ce que je veux », lance-t-il.

Anis ne supporte plus le poids des traditions et la pression sociale qui étouffent une partie des Algériens. « J’ai découvert que la majorité des jeunes de mon quartier ne faisait pas ramadan. Mais ils ne le montrent pas », assure-t-il. Dans son monde, les non-jeûneurs se cachent pour manger : voiture, toilettes, hall d’immeuble… Jamais dans la rue en public. « Cela vaut mieux ainsi, parce que c’est dangereux », souffle-t-il en rappelant que le 11 mai des étudiants ont été violemment agressés dans l’enceinte du campus de Bouzareah, au nord-ouest d’Alger, après avoir été surpris en train de casser la croûte. « Moi aussi j’en suis venu plusieurs fois aux mains », raconte posément Nazim, 22 ans, étudiant en informatique qui habite dans une cité de Bordj Al-Kiffan, à l’est de la capitale. « Mais moi, je ne me cache pas, assure le garçon aux cheveux longs, dégaine de geek. Je sens la frustration des autres jeunes, leur manque de liberté. Ils sont musulmans par héritage sans avoir la possibilité d’interroger les bases de leurs convictions. »

 

« C’est de l’hypocrisie », enchaîne Mehdi, la gorge sèche. Le trentenaire rêve de siffler sa bouteille d’eau d’une traite. Ouvrier en bâtiment sans travail depuis plusieurs jours, il est anarchiste jusqu’au bout des poils de sa barbe taillée façon hipster. « Je suis pour la liberté », affirme-t-il sobrement. Alors, jeûner ou pas est un problème qui, à ses yeux, ne devrait même pas se poser, estime-t-il en regrettant que « la spiritualité soit devenue une pratique mécanique ». « Ainsi, si je ne jeûne pas, on dit que je suis une mauvaise personne. Que je combats l’islam. Si on me voit boire, les gens vont avoir peur de moi, penser que je suis différent, que c’est une provocation, que je vais ruiner la société. C’est un problème psychologique », s’emporte-t-il.

Pour ce groupe de copains, le ramadan n’a donc rien de « sacré ». « On voit des gens se soûler, fumer du shit, trafiquer, mais ils osent dire : Pas touche au ramadan, c’est sacré », ironise Mehdi. « Tu as raison, en réalité, il y a plus de choses à raconter sur les jeûneurs que sur les non-jeûneurs. Ils voudraient être libres comme nous, mais ils subissent », observe Anis qui tient tendrement la main de Zora. « Je ne jeûne plus car je n’y crois plus, c’est aussi simple que cela », raconte la jeune commerciale de 26 ans qui a « quitté » l’islam depuis un moment déjà, même si son visage poupin reste enveloppé d’un voile noir. « Je le porte depuis longtemps et ne peux pas l’enlever, les gens ne comprendraient pas, explique-t-elle d’une douce voix. C’est ça, la pression sociale. »

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Zora s’est éloignée de la religion quand elle s’est aperçue qu’elle n’obtenait pas de réponses à certaines de ses interrogations sur l’évolution et les origines de l’homme. « J’ai eu les mêmes doutes, mais on m’a interdit de poser des questions sur ces sujets scientifiques », renchérit Aymen. Timide, dans son jogging blanc, le garçon fait son premier « non-jeûne » et mesure là qu’il est « plus difficile de ne pas faire ramadan que de le faire… Mais, pour moi, c’est une victoire », ajoute-t-il du haut de ses 24 ans. « Je me sens enfin libre. » Plus jeune, l’étudiant en journalisme issu d’une famille conservatrice était très croyant. Jusqu’à lire le Coran des heures durant. Alors, aujourd’hui, pour ne « pas faire de peine » à ses parents, il leur cache qu’il ne fait pas ramadan. Comme Zora et Mehdi. « Je ne veux pas leur faire du mal », renchérit la jeune fille. « Mon père est imam, si je lui dis, il sera triste, je ne veux pas le perdre, je l’aime », se désole Mehdi.

« Arme idéologique »

A l’heure des grandes manifestations pour exiger le départ du « pouvoir » en place et une nouvelle République, ces jeunes-là espèrent que l’Algérie optera pour la laïcité et que l’islam ne sera plus la religion d’Etat. « On sent une intolérance envers nous. On n’est pas obligés de croire de la même manière, chacun a son mode de vie », ajoute Zora.

Si la Constitution algérienne garantit la liberté de culte, de conscience et d’opinion et n’a pas prévu d’envoyer les citoyens en prison pour celui qui ne « respecte » pas le jeûne, pourtant, un article du Code pénal – le 144 bis 2 – est utilisé « comme arme idéologique », selon des avocats, car il prévoit des peines d’emprisonnement pour « quiconque offense le Prophète (paix et salut soient sur lui) et les envoyés de Dieu ou dénigre le dogme ou les préceptes de l’islam, que ce soit par voie d’écrit, de dessin, de déclaration ou tout autre moyen ». « Voilà pourquoi il faut se cacher, on peut utiliser cet article contre les non-jeûneurs », assure Anis.

Découvrez notre événement le 11 juin Demain, quelle Algérie ?

Rachid Fodil, 29 ans, connaît bien cette loi qui punit le blasphème : il a passé une année en prison, en 2017, pour avoir consacré une page Facebook à « l’islam avec le dialecte algérien ». « Je traduisais le Coran avec l’accent algérien et ça n’a pas plu, raconte-t-il en mâchouillant son chewing-gum. En première instance, j’avais été condamné à cinq ans de prison, en appel ma peine a été réduite. » A l’ombre, il s’est tenu à carreau ; pour faire bonne impression et pour être tranquille, il a dû faire la prière devant les matons, histoire de leur montrer – et de prouver – qu’il n’avait rien d’un hérétique. Il a passé son bac en cellule et étudie aujourd’hui à l’université de Bouzareah pour devenir archiviste. La prison ne l’a pas changé, bien au contraire. « Après ce que j’ai vécu, je devrais jeûner ? Ça n’a pas de sens, je suis athée », argue le trentenaire.

C’est l’heure de se quitter. Certains iront faire des courses dans les boulangeries et les épiceries qui restent ouvertes. L’un d’eux s’apprête à commander une pâtisserie : le commerçant, qui semble avoir compris, lui lance dans un sourire : « A consommer tout de suite ? »

Tariq Ramadan: le viol, les femmes et le Prophète

Ses "enseignements" n'ont pas sombré avec lui

 
 
 

Tariq Ramadan a été fortement affaibli par l’impact de ses affaires privées. En même temps, on a laissé son enseignement intact. N’importe lequel de ses bons élèves, pour peu qu’il ait un soutien financier et soit prudent dans sa vie personnelle, pourra le remplacer en enseignant la même chose.

Quiconque travaille en profondeur sur les livres de Tariq Ramadan, sait qu’on ne peut pas comprendre son message sans tenir compte de ce que disent les livres sacrés dont il parle, et auxquels il se réfère sans cesse. L’histoire que je vais raconter date de février 2009. Elle montre comment Tariq Ramadan, rien qu’en manipulant des mots, parvient à dire à chacun ce qu’il veut entendre, et à empêcher la discussion quand elle l’embarrasse.

Tariq Ramadan, le défilement permanent

En marge d’une conférence que Tariq Ramadan donnait avec l’islamologue Dominique Urvoy à l’Institut du Monde arabe (IMA) à Paris, je demandai la parole et dis :

— J’ai lu vos livres, Monsieur Ramadan. Vous dites qu’il faut suivre le Coran et la Sunna.

— C’est vrai.

— Eh bien, le Coran dit : « Couchez1 avec autant de femmes que vous voudrez, deux, trois, quatre, et si vous craignez de ne pas être équitables, alors, avec une seule ou avec ce que possèdent vos mains droites », c’est-à-dire les esclaves. Et d’après le hadith, Mahomet a couché avec une petite fille, Aïcha, qui avait neuf ans.

— Votre question, Madame ?, dit le modérateur.

— Ma question est : faut-il faire ces choses ?

Tariq Ramadan se trouvait en France : il ne pouvait pas dire qu’il fallait épouser plusieurs femmes, coucher avec des petites filles, transformer les prisonnières de guerre en esclaves et les violer.

Il ne dit donc pas qu’il ne fallait pas faire ces actions. Il fit une réponse hors sujet :

— C’est vrai qu’il y avait des esclaves, mais autrefois, il y avait de l’esclavage partout. Mais les mœurs ont changé. Aujourd’hui, l’esclavage n’existe plus.

Tariq Ramadan s’abolit de l’esclavage

Tariq Ramadan ne disait pas la vérité. L’esclavage existait à cette époque, et l’homme qui le pratiquait de la façon la plus horrible était le dictateur soudanais Hassan Tourabi. Bien avant Boko Haram et Daech, Tourabi avait utilisé l’esclavagisme comme arme durant la guerre de religion qu’il avait menée contre les chrétiens et les animistes du Soudan2.

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Je démentis Tariq Ramadan, mais la foule s’insurgea contre moi, ce qui lui permit de passer la question sous silence et de ne pas dire s’il fallait faire ce que disaient ces textes : pratiquer la polygamie, avoir des esclaves et coucher avec elles sans leur consentement.

Par ce silence, il contredisait à l’avance tout ce qu’il dirait, cinq ans plus tard, pour condamner Daech et l’esclavage sexuel.

« Le Prophète a, paraît-il, épousé une jeune femme (sic) de 9 ans »

Tariq Ramadan traita de la même manière la seconde partie de ma question. Quelques années plus tôt, il avait reconnu par écrit, dans un de ses livres, qu’Aïcha avait six ans quand elle avait épousé Mahomet. Cette fois, il prétendit que « le Prophète a, paraît-il, épousé une jeune femme (sic) de 9 ans ». Puis il dit que les musulmans sunnites s’appuyaient sur le hadith, « le Sahih Bokhari et le Sahih Moslem », précisa-t-il. Et que cet épisode ne pouvait pas être pris au sérieux car il venait de la Sira (biographie) de Mahomet. C’était faux : le récit le plus connu de ce mariage vient bien d’un hadith authentique du Sahih Bokhari. Cette pirouette permit à Tariq Ramadan d’éviter de répondre à la question de savoir s’il fallait coucher ou non avec des petites filles de cet âge.

Six ans plus tard, Tariq Ramadan n’a pas contesté le récit de l’intervention que j’ai fait dans un de mes livres3. En revanche, le compte-rendu de l’IMA que j’y citais a rapidement disparu. Mais j’en ai une copie, et son existence est attestée par un huissier.

Les « textes clairs » du Coran

En réalité, Tariq Ramadan n’a pas véritablement trompé son lecteur. Disciple du Frère musulman Qaradawi et du mentor de Qaradawi, Hassan al-Banna, il a annoncé la couleur dès le début. Ainsi, il affirme que son grand-père Hassan al-Banna est un réformateur. Or Hassan al-Banna défend les châtiments corporels comme la lapidation, la flagellation, l’amputation. Ce que Tariq Ramadan appelle « réforme » est donc le concept frériste de retour aux textes et d’application littérale de ces textes. Aussi, sa demande de moratoire – annoncée sur son site internet et reformulée devant Nicolas Sarkozy lors de leur débat télévisé – n’a aucun sens, puisqu’elle contredit des « textes clairs » du Hadith.

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Tariq Ramadan, en effet, dit qu’il est interdit aux humains de contredire une donnée contenue dans « des textes clairs » du Coran ou de l’un des deux recueils de hadiths authentiques (Bokhari et Moslem). Une fois qu’il a posé ce postulat, il est évident qu’il ne pourra pas interdire à son public de pratiquer l’esclavagisme, la polygamie, la pédophilie et le viol des captives, puisque tout cela se trouve énoncé dans « des textes clairs », tel celui que j’avais cité pendant notre échange.

Les viols de la place Tahrir

En 2017, j’ai travaillé sur les viols de la place Tahrir du Caire lors de la révolution égyptienne. J’ai lu et entendu dire dans des vidéos que le viol était endémique en Égypte. Certains disaient carrément que les Égyptiens étaient un peuple de violeurs. Mais ceux qui se souviennent de l’Égypte d’autrefois savent que c’est faux. Alors pourquoi cette épidémie de viols sur la place Tahrir, allant jusqu’à une centaine de viols déclarés en un seul jour ?

Une partie de la raison est assez simple : pendant des années, les Egyptiens ont subi la diffusion massive de vidéos de sermons ou d’appels encourageant à rétablir l’esclavagisme pour résoudre les problèmes financiers du pays, ou pour permettre à l’homme de satisfaire ses instincts sexuels sur des femmes qui n’étaient pas les siennes « sans pécher » et sans « aller en enfer ».4 Considérer les femmes des autres religions comme des esclaves, ou les musulmanes non voilées et non cloîtrées comme des dévergondées qui peuvent être violées, entraîne l’homme à estimer qu’il a le droit de leur infliger le « viol punitif » voire à les tuer.

Ce que doit entendre Décathlon

Dans ces conditions, croit-on que ce soit innocemment que ceux qui s’opposent au hijab de running de Décathlon ont été victimes d’un tel tollé ? Savez-vous ce qui arrive aux femmes non voilées dans certains quartiers ?

Par une coïncidence tragique, l’actualité nous présente l’affaire du hijab de running, puis la plainte portée par Tariq Ramadan contre des filles qui disent avoir été violées par lui, la veille du 25e anniversaire de l’assassinat de Katia Bengana. Cette jeune fille de 17 ans a été tuée par des islamistes en Algérie, le 28 février 1994, parce qu’elle refusait de porter le voile.

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Ce qu’on ne raconte pas en France, c’est qu’en Algérie toujours, « des imams sont la cible d’agressions quotidiennes de la part d’éléments salafistes cherchant à prendre le contrôle de ces lieux de culte dans plusieurs wilayas du pays »5 : des éléments qui veillent et rêvent de reprendre la main à la manière de Mohamed Morsi.

 

Lina Murr Nehmé

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Tariq Ramadan a acheté le silence d'une femme pour 27.000 euros

TRANSACTION Une Belge d'origine marocaine a signé un accord de confidentialité pour taire leur «relation»...

Il n'y a pas qu'aux Etats-Unis que l'argent achète le silence. L'intellectuel musulman Tariq Ramadan a passé en 2015 un accord avec une Belge d'origine marocaine pour qu'elle cesse, en échange de 27.000 euros, ses révélations publiques sur leur «relation», a indiqué mercredi la justice belge, confirmant des informations de presse.

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Contacté par l'AFP, Luc Hennart, président du tribunal de première instance de Bruxelles, a confirmé des informations parues sur le site français Mediapart et l'hebdomadaire belge Le Vif.

En mai 2015 a été prononcé à Bruxelles un jugement public entérinant un accord entre Majda Bernoussi et Tariq Ramadan. Cette dernière, qui ne l'accusait pas de viol, dénonçait en revanche sur internet son emprise psychologique et une relation destructrice.

Accord respecté

L'accord «prévoit que Majda Bernoussi retire ses publications sur le web et cesse d'en publier de nouvelles, moyennant une somme d'argent donnée par Tariq Ramadan», a dit Luc Hennart à l'AFP.

«Cette transaction intervenue entre les parties a clos l'affaire en ce qui concerne la justice», a-t-il ajouté. «Il n'y a pas eu d'autres actions introduites à Bruxelles, ce qui laisse supposer que l'accord a été respecté de part et d'autre», a-t-il poursuivi.

Majda Bernoussi s'est engagée «à ne plus mentionner publiquement, directement ou indirectement» Tariq Ramadan, «sa famille proche» et «ses collaborateurs», «par écrit, oralement, et y compris par photos, commentaires, mentions, allusions, commentaires publics», sur quelque support que ce soit.

Les deux parties ont promis de ne plus avoir de contacts et Majda Bernoussi de «ne plus envoyer des messages injurieux et/ou menaçants» à l'islamologue suisse et «ses proches», faute de quoi elle devrait s'acquitter de «dommages et intérêts de 500 euros par violation», écrit Mediapart.

Trois plaintes pour viol

La convention comporte une contrepartie financière, selon Mediapart. Tariq Ramadan s'est engagé, «à titre transactionnel», à lui verser une somme totale de 27.000 euros: 15.000 euros sous la forme d'un premier paiement de 3.000 euros puis de mensualités de 1.500 euros, qui viennent s'ajouter à 12.000 euros déjà payés à l'occasion «d'une précédente convention». «Les montants avancés par Mediapart correspondent à la réalité», a confirmé Luc Hennart.

Tariq Ramadan, 55 ans, qui a longtemps été une figure médiatique et influente de l'islam en Europe, est incarcéré en France depuis sa mise en examen pour viols en février, dans l'enquête ouverte après les plaintes de deux femmes fin octobre. Début mars, une troisième femme a porté plainte, affirmant avoir subi de multiples viols entre 2013 et 2014. Tariq Ramadan conteste ces accusations.

 

20 Minutes avec AFP

#MosqueMeToo : le hashtag qui dénonce le harcèlement sexuel à La Mecque

De nombreuses femmes font sur les réseaux sociaux le récit des attouchements subis lors du pèlerinage à la Mecque, en Arabie saoudite.

 

Sous ce hashtag, des femmes musulmanes témoignent du harcèlement sexuel qu'elles ont subi lors du pèlerinage religieux à La Mecque, en Arabie saoudite, où chaque année des millions de pèlerins se rassemblent.

Le hashtag a été lancé lundi 5 février par une jeune femme, journaliste et féministe, américano-égyptienne, Mona Eltahawy, raconte Franceinfo.

"J'ai partagé mon expérience d'agression sexuelle pendant le hadj en 1982 alors que j'avais 15 ans dans l'espoir que cela aiderait les femmes musulmanes à briser le silence et le tabou qui entourent leur expérience de harcèlement ou d'agression sexuelle pendant le hadj ou dans des lieux sacrés", a-t-elle tweeté.

À sa suite, des milliers de femmes ont publié des témoignages sur le sujet.

"Je n'ai jamais été autant harcelée que dans la ville sainte", explique par exemple Farisa Nabila.

"J'ai aussi été harcelée à La Mecque et à Médine pendant le hadj quand j'avais une vingtaine d'années. C'était dégueulasse et ça m'a déroutée", explique une autre.

Nombreuses sont celles qui expliquent ne pas avoir parlé, des années durant, de peur de jeter l'opprobre sur la communauté musulmane. 

Mais il semble que la vague de libération de parole actuelle a finalement aussi emporté cette digue.

Comment Tariq Ramadan faisait taire ses victimes et les musulmans modérés

Plusieurs femmes hésitent toujours à porter plainte contre l'islamologue. De puissants réseaux continuent de les menacer.

 
 
18% de musulmans en France en 2050? «Ces statistiques ne sont pas fiables et ne servent qu'à alimenter la peur»

CHIFFRES Une étude américaine publiée ce jeudi se projette sur le nombre de musulmans en Europe en 2050, mais selon Hervé Le Bras, ce type de projections à long terme n’a aucune valeur scientifique et aucun intérêt…

Propos recueillis par Anissa Boumediene

 
 
 
  • Le Pew Research Center a publié ce jeudi une étude tablant sur le nombre de musulmans en Europe en 2050.
  • Selon l’étude, la France pourrait compter entre 12 et 18 % de musulmans en 2050.
  • Pour Hervé Le Bras, démographe et historien, les chiffres avancés par ces projections à long terme « ne sont pas fiables et ne servent qu’à alimenter les peurs ».

Y aura-t-il 18 % de musulmans en France en 2050 ? Selon le Pew Research Center, qui a publié ce jeudi une étude se projetant sur le poids de la communauté musulmane en Europe d’ici une trentaine d’années, c’est un scénario possible. Selon les données de ce document – réalisé à partir de trois scénarios d’immigration, zéro, moyenne ou forte —, les musulmans pourraient représenter entre 7,4 % et 14 % de la population européenne à l’horizon 2050, contre 4,9 % en 2016.

Les musulmans de France, évalués par Pew à 5,7 millions en 2016 (8,8 % de la population), continueraient de former la première communauté musulmane d’Europe dans l’hypothèse d’une « immigration zéro » (8,6 millions, 12,7 %). Ils seraient 12,6 millions (17,4 %) avec le scénario médian, et 13,2 millions (18%) dans l’hypothèse d’une forte immigration. De quoi alimenter la théorie du grand remplacement .

>> A lire aussi: Entre 12 et 18% de musulmans en France d'ici 2050, selon une étude

Pour Hervé Le Bras, démographe et historien, directeur de recherche émérite à l’Ined et directeur d’études à l’EHESS, les chiffres avancés par ces projections à long terme « ne sont pas fiables et ne servent qu’à alimenter les peurs ».

Comment sont établies les statistiques religieuses aujourd’hui ?

Ce type de travaux soulève beaucoup de polémiques et de questions. Tout d’abord, comment définir un musulman ? Pour établir ses enquêtes statistiques, le Pew Research Center considère que sont musulmans tous les immigrés provenant de pays musulmans et ajoute à ces chiffres leurs descendants. C’est une base de départ déjà tronquée en ce que nombre de musulmans font des mariages mixtes et qu’on ne peut préjuger dans ce cadre que les enfants nés de ces unions sont tous musulmans. Aucune donnée ne vient l’étayer.

Comment définir un musulman ? Avez-vous déjà travaillé à de telles statistiques portant sur leur nombre en France ?

J’y ai été contraint il y a environ trois ans, à un moment où, comme aujourd’hui d’ailleurs, le débat sur la question était passionné et abordé à grand renfort de chiffres faux, assénés tant par la gauche de Manuel Valls que par l’extrême droite, qui avançaient un nombre de 6 à 7 millions de musulmans dans l’hexagone.

>> A lire aussi: VIDEO. Il y a un «problème des musulmans» dans la société française, selon Manuel Valls

Dans le cadre d’un ouvrage coécrit avec le sondeur Jérôme Fourquet, La religion dévoilée(éd. Fondation Jean Jaurès), nous avons mené une enquête sur plus de 50.000 répondants, quand une enquête classique porte sur un échantillon de 1.000 ou 2.000 personnes interrogées). Parmi eux, 3 % se sont déclarés comme étant musulmans. Appliqué à l’ensemble de la population, cela permet de déterminer qu’il y aurait environ 2 millions de musulmans en France. Parmi ces 3 % auto déclarés, 32 % d’entre eux ont indiqué être pratiquants et se rendre au moins une fois par mois dans un lieu de culte. Sur cette base, on peut donc calculer que le nombre de musulmans adultes pratiquants en France n’excède pas 500.000 personnes, soit moins de 1 % de la population française qui pratique l’islam.

Finalement, quel est l’intérêt de telles statistiques ?

Ceux qui s’intéressent aux chiffres invraisemblables que l’on peut lire le font toujours pour faire peur. Il y a une peur ambiante de l’immigration, de l’altérité, de la différence. On entend des voix qui prônent l’intégration mais selon le discours ambiant aujourd’hui : musulmans = islamistes = salafistes = djihadistes. Et ce glissement de sens s’opère avec une facilité redoutable et dangereuse. Pour ma part, il s’agissait d’un travail de déconstruction des préjugés.

Dans le cadre de l’enquête du Pew Research Center, qui avance des chiffres pour 2050, quelle est la valeur de telles statistiques à long terme ?

En un mot : aucune. Déjà, s’agissant des projections démographiques classiques, on a tendance à se tromper lorsque l’on se projette à long terme. Prenez les chiffres de l'INSEE : en 1994, l’institut avançait que la France compterait 60 millions d’habitants en 2050. En 2014, l’INSEE tablait ensuite sur une population de 73 millions de Français. En vingt ans, il a revu sa copie considérablement à la hausse, montrant au passage que ses projections étaient complètement fausses.

Je déconseille donc fortement de prêter trop attention aux prévisions à si long terme, parce qu’elles ne sont pas fiables. Scientifiquement, ces travaux n’ont aucune valeur. Il est impossible de prévoir ces données, déjà parce qu’il y a à la base un problème de définition et ensuite parce qu’on ne peut pas prédire le solde migratoire.

Concrètement, ces projections lointaines n’ont aucun intérêt, aucune utilité pratique : cela ne sert pas sur un plan économique ni sur un plan institutionnel : ces données-là, l’Etat ne se fondera pas dessus pour adapter sa politique, c’est tout simplement inutile.

Le patriarcat reste vivace dans la famille musulmane
Les femmes et l’Islam. Comment traiter ce sujet lors d’une simple conférence ? C’est le défi qu’a relevé mercredi soir à Villefranche Lahraoui Addi, professeur à Sciences Po Lyon, à l’invitation du collectif d’associations « Charlie et après… ? ».

Le sujet, on ne peut plus d’actualité, est de ceux qui enflamment les débats. Les organisateurs de la soirée n’ont donc pas été surpris de voir la salle comble, au foyer L’Accueil, pour écouter Lahraoui Addi.

Dans l’assistance, peu de jeunes. Une majorité de membres du collectif Charlie et après… ? Mais aussi des présidents d’associations solidaires, des militants d’associations citoyennes, des membres de l’association Main dans la main, quelques travailleurs sociaux.

Professeur d’enseignement supérieur, né en Algérie, Lahraoui Addi est arrivé dans les années 1990 en France, fort d’une solide connaissance en sciences humaines. D’où la crédibilité de son propos quand il parle d’une religion qu’il pratique, pour mieux défendre… la laïcité, « cette forme française de la sécularisation », dit-il.

Pour Lahraoui Addi, en effet, les religions n’existent qu’à travers une culture, c’est-à-dire avec des interprétations, dans un contexte historique. « Les problèmes actuels sont liés à une interprétation médiévale du Coran. La théologie musulmane actuelle est celle du XIe siècle. »

Lahraoui Addi explique : « Dieu ne parle pas en dehors d’une culture donnée. Les trois monothéismes se sont construits dans une culture patriarcale.

Pendant des siècles, la reproduction passait par l’homme, comme l’indique le patronyme, la femme étant l’outil de cette reproduction. Or, cette vision a reculé avec la modernisation des pays occidentaux. Mais la société musulmane ne s’est modernisée qu’après la Seconde guerre mondiale. On trouve donc encore, au sein de la famille musulmane, la reproduction ancestrale d’un modèle où les relations mère-fille-belle-mère sont figées dans des codes intangibles. D’autant que, par une mauvaise lecture, on peut faire dire au Coran une chose et son contraire. Mais il y a de l’espoir : j’ai déjà constaté des changements en Algérie. »

Les auditeurs de la conférence ont apprécié qu’un professeur d’origine algérienne affirme avec force : « La laïcité réalise les valeurs de toutes les religions (liberté, égalité, fraternité) » et qu’il synthétise la question du jour en soulignant : « Toutes les religions ont fait corps avec le patriarcat, mais elles s’en détachent petit à petit, grâce à la culture… Sauf dans les pays musulmans arabes. » Il y a donc urgence, pour le sociologue, à faire un détour par la culture pour permettre une lecture moderne du Coran.

De notre correspondante locale Marie-Noëlle Toinon

 

« Dans toutes les civilisations, des femmes ont couvert leurs cheveux »

C’est souvent la même chose, dans les conférences : le public vient écouter une parole à laquelle il adhère déjà, du moins pour partie… Il est aussi des moments où une pensée permet de faire le point sur ses propres convictions, pour les conforter, les ébranler ou les préciser.

La conférence du professeur Addi a donné à l’auditoire des outils pour affronter des questions de premier plan. Sylvie Plantier, ancienne principale de collège, se souvient de cette réflexion d’une élève espérant que la loi sur l’interdiction du voile serait votée : « Pourvu qu’on nous donne la liberté de ne pas nous voiler au collège ! » Mais une jeune fille, la plus jeune de l’assistance, lance ce soir-là : « Pourquoi, dans la République, on ne nous laisse pas la liberté de nous couvrir ? »

Lahraoui Addi répond en distinguant le « petit foulard sur la tête, qui ne gêne personne » et une mauvaise interprétation du Coran.

Approbation de l’auditoire, qui commente : « Dans toutes les civilisations, des femmes se sont couvert les cheveux. »

Certains attendaient peut-être une heure de débat sur ce thème. Mais tous ont reconnu la pertinence du choix du conférencier : « Il faut privilégier la connaissance. Le nationalisme arabe a échoué à moderniser sa culture. En France, il faut éduquer les imams et donc envisager une faculté de théologie musulmane. »

Du débat, il est ressorti que les racines de ces difficultés sont, en fait, d’ordre social. Le professeur Addi dira même avec une certaine émotion : « J’ai fait mes études en Algérie. Je ne serai probablement pas professeur à Sciences Po si j’avais grandi dans la misère sociale, au sein d’un quartier défavorisé. »

Le luxueux train de vie de certains représentants de l'islam en France

L'aumône de la rupture du jeûne, à la fin du ramadan, va-t-elle toujours aux plus démunis ? Un ancien président des Étudiants musulmans de France émet des doutes.

 

 

Mohamed Louizi, longtemps responsable local de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) et auteur de Pourquoi j'ai quitté les Frères musulmans, met une nouvelle fois les pieds dans le plat. Alors que les musulmans s'apprêtent à célébrer l'Aïd-el-Fitr, la fête qui marque la fin du ramadan, il publie une longue enquête, curieusement intitulée « De quoi la quenelle au Sénat est-elle le nom », sur son blog. Il y affirme que Hassan Iquioussen, l'un des prédicateurs vedettes de l'UOIF, surnommé « le prêcheur des cités », est à la tête, avec sa famille, d'un impressionnant patrimoine immobilier dans les Hauts-de-France.

Les musulmans versent la zakat-al-fitr, l'aumône, à la fin du ramadan. Une étude récente atteste de la générosité des musulmans en France, même parmi les moins fortunés, et leurs dons sont majoritairement remis aux mosquées. Pour Mohamed Louizi, il paraît anormal de « ne pas pouvoir avoir accès aux données relatives aux patrimoines et au train de vie des leaders islamistes et autres responsables religieux musulmans, surtout ceux qui s'activent dans les collectes d'argent dans les mosquées ». Ce Franco-Marocain, né à Casablanca en 1978, diplômé en génie électrique, ajoute que le Conseil français du culte musulman (CFCM), en partenariat avec les services de l'État, « devrait peut-être penser à imposer aux responsables religieux, aux imams aussi, de déclarer leur patrimoine, avant et après la prise de leur fonction ».

 

Le geste de la « quenelle »

L'auteur de Pourquoi j'ai quitté les Frères musulmans ne semble pas craindre de se faire des ennemis. Dans son ouvrage, paru au début de l'année, il affirme, documents à l'appui, que l'UOIF, qui appartient à la mouvance des Frères musulmans, organisation créée par Hassan el-Banna en Égypte en 1928, avait bien pour ambition cachée d'islamiser la France et l'Europe. Cette fois, il cible le conférencier Hassan Iquioussen et ses proches. Son enquête, de plus d'une quarantaine de pages, comptabilise pas moins de 108 références.

Mohamed Louizi écrit que le « prêcheur des cités » est un « antisémite décomplexé ». N'a-t-il pas déclaré que « les sionistes ont été de connivence avec Hitler. Il fallait pousser les juifs d'Allemagne, de France à quitter l'Europe pour la Palestine. Pour les obliger, il fallait leur faire du mal » ? Pour Hassan Iquioussen, qui s'affiche avec Alain Soral, « le Hamas, avec sa branche armée, fait du bon boulot ». Apparemment, son fils aîné, Soufiane Iquioussen, marche sur ses traces. Au Sénat, en octobre 2013, avec plusieurs de ses amis musulmans, il s'est fait photographier en train de refaire le geste de la « quenelle », chère à Dieudonné. D'où le titre de cette enquête.

Mélanger prédications et business

L'article s'intéresse plus particulièrement au patrimoine immobilier de la famille Iquioussen, qui, écrit-il, ne se contente pas de « construire des projets ambitieux pour l'islam ». Elle a possédé un grand bâtiment au centre-ville de Roubaix, à 300 mètres de la mairie, divisé en une dizaine d'appartements. Puis « d'anciens bâtiments et un grand terrain, appartenant jadis à EDF », à Lourches. À Denain, Hassan Iquioussen a acquis, le 28 septembre 2015, trois parcelles cadastrales, n° 974, 976 et 1006, pour une surface totale de 633 mètres carrés.

Le prêcheur gère trois sociétés immobilières : la SCI Smolin, avec ses fils Soufiane et Locqmane, la SCI Sainte Reine, à 100 mètres de la mairie de Denain. Il s'agit d'une ancienne école privée catholique, Sainte Reine, qui sera transformée en 19 logements locatifs. Enfin, la SCI IMMO59, avec sa femme. Selon cette enquête, le prédicateur de l'UOIF aurait également acquis des biens immobiliers à Escaudain et à Liévin. « Il est anormal que l'on ignore tout du train de vie de nombreux religieux, donneurs de leçons et moralisateurs, alors que certains parmi eux amassent, par le biais de la religion musulmane, des biens dans des cavernes protégées », écrit encore Mohamed Louizi. Ce dernier a assuré au Point que le cas Hassan Iquioussen était loin d'être unique en France, citant plusieurs dirigeants nationaux de l'UOIF qui mélangeaient eux aussi allègrement prédications et business.

 

Contactés mardi après-midi individuellement, Hassan Iquioussen, Soufiane Iquioussen et Locqmane Iquioussen n'ont pas répondu à nos appels.

 

 

Ecrivain engagé sans être militant, Alaa El Aswani, auteur de "l'Immeuble Yacoubian" est un observateur attentif de la société égyptienne. Il revient avec un nouveau roman et nous livre sa vision des derniers soubresauts subis par son pays.

 

 

 

Marianne : L'histoire de votre nouveau roman, Automobile Club d'Egypte, se situe il y a soixante ans. Pourquoi avoir choisi de traiter de cette époque ? Y voyez-vous un parallèle avec la situation actuelle ?

Alaa El Aswani : J'ai choisi cette époque pour plusieurs raisons. Pour le défi que représentait d'abord le fait de changer d'univers et de poser néanmoins ces mêmes questions qui se posent de tout temps aux hommes. Et puis, oui, je crois qu'il y a un rapport entre ces années-là et aujourd'hui, dans le sens où tous les Egyptiens étaient convaincus que l'ancien régime ne pouvait pas durer, mais ne savaient pas par quoi le remplacer, ou plutôt n'étaient pas d'accord sur ce par quoi le remplacer. J'ajoute que mon père, qui était un écrivain connu en Egypte, était, en même temps, l'avocat de l'Automobile Club où il avait un bureau. Alors, quand j'étais petit, je l'accompagnais là-bas et parlais avec tout le monde, les domestiques, les cuisiniers, et ils me racontaient tous des histoires sur ce qui se passait dans ce lieu clos. J'ai gardé tout ça dans ma tête pendant des années et je l'ai utilisé pour ce roman.

Pourquoi tant de voix différentes dans vos romans ?

A. El A. : Pour moi, le roman, c'est une vie sur le papier qui ressemble à notre vie quotidienne, mais qui est plus profonde, plus significative et plus belle. A mes yeux, il y a quelque chose d'artificiel dans l'utilisation d'un narrateur omniscient. La réalité est multiple, la vie, notre vie, n'est pas tout d'une pièce. Tout dépend de l'angle sous lequel on la regarde. D'où la nécessité d'avoir trois voix pour présenter les différents aspects de l'existence.

On évoque volontiers Dostoïevski ou Naguib Mahfouz à propos de vos livres. Vous acceptez ces influences ?

A. El A. : Je lis de la littérature en quatre langues : l'arabe, le français, l'anglais et l'espagnol, mais ma première influence est française. J'étais élève au Lycée français du Caire, où j'ai étudié tous les grands textes qui m'ont influencé. J'ai par exemple écrit, sous le régime de Moubarak, des sortes de fables qui devaient beaucoup à La Fontaine et mettaient en scène un vieil éléphant, le dictateur, et un jeune éléphant, son fils, qui rêvait de lui succéder. La littérature arabe aussi m'a, bien sûr, influencé, mais je crois que c'est la littérature russe du XIXe qui m'a le plus marqué. Dostoïevski est à mes yeux le romancier le plus important de l'histoire littéraire. Il a dépassé les limites de la littérature. Il avait une vision qui faisait qu'on l'appelait à la fin de sa vie «le Prophète». Il y a aussi la littérature de l'Amérique latine. C'est pour la lire que j'ai appris l'espagnol. Je pense que Gabriel Garcia Marquez est lui aussi l'un des romanciers les plus importants de l'histoire. C'est en tout cas le plus important des romanciers vivants. Et je pourrais continuer à vous citer d'autres noms tant j'ai subi d'influences diverses.

On vous qualifie aujourd'hui de «plus grand écrivain arabe vivant», vous acceptez cette étiquette ?

A. El A. : Merci pour le «plus grand», mais, plus sérieusement, non, je ne l'accepte pas. Bien sûr, je suis arabe, mais je déteste que l'on présente la littérature comme quelque chose de folklorique. C'est l'un des problèmes de la littérature arabe en Occident : on regroupe tous les écrivains arabes, on les met dans une maison d'édition ou dans une collection spéciale. Résultat, quand vous entrez dans une librairie, les écrivains arabes sont rangés à part, comme si c'était un groupe de handicapés et d'auteurs folkloriques. Je suis surtout fier de mon succès à l'étranger parce que maintenant je suis traduit dans 100 pays, et je suis présenté comme un écrivain qui est aussi égyptien, pas comme un élément de la scène folklorique. Bref, je suis un écrivain comme un autre.

Vous vous êtes beaucoup engagé contre les Frères musulmans. Est-ce le résultat de votre éducation, en partie française, qui attache beaucoup de prix à la laïcité ?

A. El A. : Absolument. Je parle comme je vous l'ai dit quatre langues, mais je suis convaincu que le français est beaucoup plus qu'une langue. Le français est une vision du monde. Etre francophone, pour moi, c'est être engagé dans un combat pour la liberté, contre le fascisme religieux. J'ai toujours défendu la francophonie comme culture, et je suis parfois un peu triste quand je rencontre des hommes politiques français qui n'ont pas cette vision de la France, qui la voient juste comme un pays occidental parmi d'autres.

On comprend, en vous lisant, qu'à vos yeux le problème de l'islamisme réside dans le mélange du politique et du religieux...

A. El A. : Oui, tout à fait, et cela n'a rien à voir avec l'islam. Je connais bien l'islam et son histoire ; si certains confondent religion et politique, c'est seulement pour accéder au pouvoir ou pour le conserver. L'islam politique n'existe pas dans l'histoire de l'islam. Il a été inventé en 1928 par les Frères musulmans, c'était uniquement un instrument de prise de pouvoir. Imaginez qu'ils osent présenter l'Empire ottoman comme le modèle de l'Etat islamique. L'Empire ottoman a été terrible pour l'Egypte, et je ne parle pas du massacre des Arméniens mais de celui des Egyptiens. Les musulmans turcs ont commis beaucoup plus de crimes que les Anglais chrétiens. Quand les Turcs ont pris Le Caire, ils ont massacré 10 000 Egyptiens en une journée. Voilà le modèle qu'ils nous proposent. Cela dit, j'ai défendu les Frères dans les années 90, car ils étaient jugés par des tribunaux militaires, ce qui était inacceptable. Mais n'oublions pas que M. Morsi a, le 21 novembre 2012, annulé la démocratie, en promulguant un décret supprimant en fait les lois et la Constitution. Alors, le 30 juin 2013, j'ai appelé les gens à descendre dans la rue et j'y suis descendu aussi. Nous étions des millions. Vous connaissez la suite, face aux militants islamistes qui appelaient au jihad, l'armée est intervenue aux côtés du peuple.

On ne peut donc pas parler de coup d'Etat militaire...

A. El A. : Non, quand il y a des millions d'Egyptiens dans les rues on ne peut pas parler de coup d'Etat. Quand l'armée lance un avertissement et réclame que M. Morsi organise une élection présidentielle libre avant d'intervenir, on ne peut pas parler de coup d'Etat. 1952 était un coup d'Etat qui est devenu une révolution, alors que 2013, c'est le contraire. C'est une vague révolutionnaire soutenue par l'armée, surtout pas un coup d'Etat. Ce qui ne veut pas dire que je suis satisfait de ce qui se passe en ce moment, notamment quand je vois que le ministre de l'Intérieur de Morsi a gardé son poste.

Vous m'aviez dit l'année dernière : «Le passage des islamistes au pouvoir a été utile, c'était un mal nécessaire»...

A. El A. : Oui, je le pense. Il fallait avoir fait l'expérience de ce qu'ils représentaient vraiment. Des millions d'Egyptiens croyaient en eux, alors il était utile pour le peuple de les voir au pouvoir, de constater qu'ils n'avaient rien à voir avec la religion, qu'ils ne l'utilisaient que pour accéder au pouvoir et qu'ils ne sont que des politiciens opportunistes au pire sens du terme. Des tartufes, rien de plus.

Allez-vous soutenir la candidature du maréchal Al-Sissi à l'élection présidentielle ?

A. El A. : Le rôle d'un écrivain n'est pas de soutenir un candidat. Je ne le ferai jamais. Ce que je soutiens, c'est la revendication d'une élection présidentielle juste, ce qui n'a jamais eu lieu en Egypte. Même la dernière élection était truquée.

Vous vivez-vous comme un écrivain engagé ?

A. El A. : Je n'aime pas trop le mot, il comporte trop de risques de dérive vers des livres plus militants qu'artistiques, comme cela s'est passé dans les années 60. Je crois, moi, que c'est l'écriture qui est engagée. Pour moi, l'écriture, c'est d'une certaine manière une défense des valeurs humaines. Si j'écris des romans pour défendre la liberté et qu'il y a des millions de gens dans les rues pour la défendre, je ne peux pas rester chez moi. Mais, surtout, je crois comme Garcia Marquez (on y revient) que la meilleure manière de défendre une idée, c'est être capable d'écrire un bon roman. Ce qui ne veut pas dire que l'on écrit un roman pour des raisons politiques. Cela veut dire que la beauté littéraire ne peut pas ou du moins ne devrait pas exister si l'on ne défend pas des valeurs. La littérature n'est pas un outil pour changer le monde, mais un outil pour changer le lecteur, pour changer sa vision du monde. Et ce sont ces lecteurs changés par la littérature qui seront capables de changer le monde.

Vous sentez-vous menacé ?

A. El A. : Oui, bien sûr. Mais je n'ai pas de policier pour assurer ma sécurité en Egypte. Il faut dire que depuis des années je m'oppose aux pouvoirs en place... Cela étant, je suis tout de même protégé par des jeunes révolutionnaires qui m'ont d'ailleurs, au moins à deux reprises, sauvé la vie. Vous savez, j'ai vu des jeunes gens de l'âge de mon fils tués à côté de moi dans des manifestations. Alors oui, je suis menacé, mais d'une certaine manière tous les Egyptiens sont menacés.

Etes-vous optimiste pour l'évolution de l'Egypte ?

A. El A. : Cent pour cent optimiste parce que cette révolution a suscité chez les gens un changement irréversible. La révolution n'est pas un match de foot de quatre-vingt-dix minutes. La révolution, c'est une ouverture qui va continuer. Il y a des gens qui rêvent de l'annuler, mais ça ne marchera pas. Les Egyptiens d'aujourd'hui n'ont plus rien à voir avec ceux qui vivaient sous Moubarak. Les gens n'ont plus peur, quelque chose a basculé dans leur tête.

Comment réagissez-vous face à ceux qui disent : «La démocratie n'est pas pour les pays arabes, elle ne leur convient pas» ?

A. El A. (éclat de rire) : Je ne peux pas m'empêcher de rire quand j'entends ça, tellement c'est ridicule. On ne peut pas en débattre de manière sérieuse. Ceux qui le disent n'ont en fait aucune idée de ce qu'est la démocratie. La démocratie, c'est l'un des principaux droits de l'homme. Si vous pensez vraiment qu'elle n'est pas faite pour les Arabes, c'est que vous êtes raciste, que vous pensez qu'il y a des êtres humains qui sont plus humains que les autres.

 

 

 

ALAA EL ASWANI EN DATES

1957

Naissance au Caire. Alaa El Aswani est le fils d'un écrivain célèbre (Abbas El Aswani).

1965

Etudes au Lycée français du Caire.

1976

Etudes de chirurgie dentaire à l'université de l'Illinois, à Chicago.

2002

Publie son premier roman, l'Immeuble Yacoubian. Un succès mondial. Il continue néanmoins d'exercer son métier de dentiste à temps partiel, afin de rester en contact avec la réalité des préoccupations de ses concitoyens.

2006

Publie Chicago, qui décrit la vie des étudiants arabes aux Etats-Unis après le 11 septembre 2001.

2010

Publie Chroniques de la révolution égyptienne, un recueil d'articles publiés dans les journaux.

2011-2013

Prend une part active à la révolution, en manifestant et en se faisant le porte-parole des révolutionnaires.

2013

Publie Automobile Club d'Egypte.

 

Propos recueillis par Alexis Liebaert

 

http://www.marianne.net/Les-islamistes-sont-des-tartufes_a237216.html

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