Les aventures de l'intelligence artificielle....
L’intégration de l’intelligence artificielle dans les structures militaires est de plus en plus courante, ce qui soulève des inquiétudes quant à des erreurs potentielles et à une intensification des tensions mondiales. Les humains ont tendance à surestimer les capacités des nouvelles technologies, et la présence inévitable de l’IA dans les zones de conflit en fera un élément crucial de la guerre moderne.
Surestimation des capacités de l’IA
Un risque majeur souligné par Jacquelyn Schneider, directrice de la Hoover Wargaming and Crisis Simulation Initiative, est la possibilité que l’évolution des rapports de force conduise les États à croire qu’ils détiennent un avantage. Cette conviction, alimentée par une confiance mal placée dans les capacités de l’IA sur le champ de bataille, pourrait déclencher des frappes préventives précipitées, des campagnes agressives et un manque d’anticipation face à d’éventuelles défaillances technologiques.
Schneider attribue cette surestimation humaine à l’effet Dunning-Kruger, selon lequel les individus aux compétences limitées ont tendance à surestimer leurs capacités en raison d’un manque de conscience de leurs propres lacunes. Ce double handicap se traduit à la fois par une prise de décision médiocre fondée sur des conclusions erronées et par une incapacité à reconnaître ces erreurs.
L’IA exacerbe les biais
De plus, l’IA peut exacerber ce problème lorsque les décideurs sont confrontés à des situations complexes dépourvues de solutions claires. Si la technologie semble soutenir des biais préexistants ou des résultats souhaités, la confiance accordée à son jugement peut être dangereusement mal placée. Schneider a observé cette tendance dans des jeux de cyberguerre, où les participants ayant une expertise nucléaire limitée étaient plus enclins à mener des frappes préventives contre les arsenaux ennemis.
L’effet Dunning-Kruger est particulièrement prononcé en matière d’IA, car de nombreux systèmes sont conçus pour inspirer confiance aux utilisateurs. Cela peut conduire à des présentations d’informations trop optimistes, renforçant encore davantage la confiance des utilisateurs qui pourraient déjà être enclins à surestimer les capacités de la technologie.
Préoccupations en matière de sécurité
À ces préoccupations s’ajoutent les questions fondamentales soulevées par les experts concernant la sécurité et la fiabilité des systèmes d’IA existants. Des expériences menées dans le cadre de jeux de guerre démontrent que les agents IA peuvent faire preuve d’une assurance excessive face à l’incertitude, ce qui conduit à des décisions risquées et potentiellement catastrophiques. Plus inquiétante encore est la tendance des agents IA à aggraver les conflits au sein d’environnements simulés.
Schneider met en garde contre le fait que ces limites, amplifiées sur les champs de bataille réels, pourraient s’avérer fatales. Le personnel militaire et les décideurs inexpérimentés, sensibles à l’effet Dunning-Kruger, pourraient être moins enclins à remettre en question les erreurs de l’IA au sein de systèmes militaires complexes. Un décideur trop sûr de lui, par exemple, pourrait accorder une confiance excessive aux évaluations de l’IA qui brossent un tableau trop optimiste de la victoire.
Même avec une supervision humaine, les conséquences pourraient être désastreuses dans des scénarios nucléaires où les opérateurs et les commandants ne parviennent pas à saisir pleinement les incertitudes inhérentes à l’IA. Selon Schneider, le véritable danger de l’IA ne réside pas dans la technologie elle-même, mais dans la manière dont les humains choisissent de l’utiliser. Tout comme les progrès technologiques ont contribué à l’escalade et à la dévastation de la Première Guerre mondiale, ce sont les décisions humaines qui ont finalement déterminé son cours. (fc)
https://fr.businessam.be/les-experts-mettent-en-garde-contre-lincompetence-humaine-dans-lutilisation-de-lia-militaire/
Microsoft envisage de mettre de côté son objectif d'énergie propre pour 2030 face à la consommation énergétique croissante de l'IA...
Microsoft est en pourparlers pour abandonner l'un des objectifs les plus ambitieux du secteur en matière d'énergie propre. L'entreprise cherche ainsi à lever les obstacles qui pourraient freiner sa course à l'alimentation des centres de données, selon des sources proches du dossier.
Cette nouvelle doit figurer parmi les développements totalement inattendus, choquants et stupéfiants, de ceux que personne n'aurait pu prévoir. Il est d'autant plus regrettable que cette décision, sans doute difficile, soit prise alors que le monde s'enfonce dans une pénurie de pétrole et de gaz, rendant la course à l'IA légèrement plus coûteuse que prévu. Mais c'est la vie. Il faut toujours s'attendre à l'inattendu....
Irina Slav 15 05 26
Alphabet, Amazon, Meta et Microsoft investissent $650 milliards dans les data centers et l'intelligence pour 2026. Pour comparaison, c'est le PIB de la Suisse. Va falloir trouver de l'eau, de l'électricité et des terres rares.
OpenIA a raté tous ses objectifs alors qu'elle veut investir $1'500 milliards dans des data centers et qu'elle ne génère que 2% de revenus avec ses ventes. Est-ce la carte qui va faire tomber le château de cartes ?
L'IA et les équipements militaires sont les secteurs qui portent à bout de bras l'économie américaine. Quand la bulle IA va exploser, il sera intéressant de voir les secteurs qui pourront prendre le relais. Pour l'armée américaine, le budget devrait passer de $950 milliards cette année à 1'500 milliards l'année prochaine.
https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1478-energies-economie-petrole-revue-mondiale-avril-2026.html
Le Trésor américain se précipite pour accéder à l'IA anthropique « Mythos » après avoir averti qu'elle pouvait pirater « tous les principaux systèmes d'exploitation »...
L'équipe technologique du département du Trésor américain cherche activement à accéder au modèle d'IA Mythos d'Anthropic PBC, hautement restreint, afin de pouvoir commencer à rechercher des vulnérabilités logicielles, selon une personne au fait de la situation citée par Bloomberg.
Le directeur des systèmes d'information du Trésor, Sam Corcos, a présenté la technologie à l'équipe de cybersécurité du département la semaine dernière et a donné pour instruction de déployer des efforts afin d'obtenir l'accès au modèle « dès cette semaine ».
Cette demande intervient quelques jours après que le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, et le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, ont convoqué les PDG des principaux acteurs de Wall Street à une réunion d'urgence au siège du Trésor. Les dirigeants ont été avertis que Mythos et d'autres modèles d'IA de pointe similaires pourraient inaugurer une nouvelle ère de cyber-risques accrus. Anthropic a elle-même mis en garde contre le risque accru que représente ce modèle pour des cyberattaques sophistiquées, à moins que les entreprises ne le testent proactivement sur leurs propres systèmes et ne mettent en place des défenses avant toute diffusion à grande échelle.
Face aux investissements records observés dans le domaine de l'intelligence artificielle, l'expert financier Lloyd Blankfein redoute une bulle spéculative et voit dans l'emballement actuel les prémices d'une crise comme celle des subprimes en 2008.
Le silence est parfois plus parlant que le brouhaha des processeurs. Dans les bureaux de Wall Street, une petite musique commence à monter, très loin d'être apaisante. Alors que l'intelligence artificielle (IA) grignote de plus en plus d'aspects de nos vies, certains anciens de la finance ayant vécu de gros krachs récents commencent à regarder l'horizon avec inquiétude.
Lloyd Blankfein fait partie de ces anciens. L'homme qui a dirigé Goldman Sachs pendant la crise des subprimes de 2008 n'est pas du genre à paniquer pour rien. Pourtant, ses récents propos rapportés par le média Futurism font froid dans le dos. Pour lui, nous ne sommes pas simplement face à une innovation technologique, mais peut-être devant un gouffre financier que nous avons nous-mêmes creusé. «Je ne sens pas encore la tempête, mais les chevaux commencent à hennir dans l'enclos», prévient-il avec une poésie qui cache mal une mise en garde brutale.
Le chiffre a de quoi donner le tournis: 650 milliards de dollars. C'est la somme astronomique que les géants de la tech prévoient d'injecter dans l'intelligence artificielle en 2026. Des centres de données gigantesques sortent de terre comme des champignons, gourmands en énergie et en puces électroniques, ponctionnant les ressources de notre planète. Mais il y a un problème: pour l'instant, ces investissements massifs sont loin d'être rentables. On construit des autoroutes numériques incroyables, tout en cherchant encore qui sera capable de les payer sur le long terme.
Cette déconnexion entre les dépenses et les revenus réels rappelle furieusement la bulle internet des années 2000. À l'époque, il suffisait d'ajouter «.com» à son nom pour voir sa valeur s'envoler. Aujourd'hui, le suffixe «AI» produit le même effet magique. Mais comme le souligne l'article de Futurism, plus d'un tiers des gestionnaires de fonds pensent désormais que les entreprises surinvestissent dans des infrastructures physiques sans garantie de retour. Le risque? Que tout ne s'écroule d'un coup.
Lloyd Blankfein pointe du doigt un danger encore plus vicieux, le «levier caché». C'est ce mécanisme invisible qui a transformé une crise immobilière locale en effondrement mondial en 2008. «Tout le monde disait que le monde n'était pas endetté, jusqu'à ce que vous découvriez soudainement qu'il y avait énormément de risques liés aux hypothèques en Islande», rappelle-t-il. En clair, nous ne savons pas encore où se nichent les dettes toxiques liées à l'IA, mais elles sont là, tapies dans l'ombre des bilans comptables des grandes entreprises et des startups surévaluées.
Si la bulle éclate, ce ne sont pas seulement les milliardaires de la Silicon Valley qui trinqueront. Lloyd Blankfein s'inquiète de voir des entreprises d'IA s'ouvrir aux investissements publics au moment le plus précaire. «Quand vous faites perdre de l'argent aux consommateurs individuels, c'est-à-dire aux contribuables et aux citoyens, les gens au gouvernement deviennent très, très en colère», explique-t-il. Le risque social est immense si l'épargne populaire est engloutie dans ce pari technologique.
Certains experts comparent déjà l'économie américaine actuelle à un seul et unique grand pari sur l'intelligence artificielle. Si cette technologie ne parvient pas à transformer la productivité aussi vite que prévu, les actifs aujourd'hui valorisés à des prix fous ne trouveront tout simplement plus d'acheteurs sur le marché. Au final, l'IA restera sans doute une technologie majeure, tout comme internet l'est resté après l'an 2000. Mais le chemin pour y parvenir risque d'être jonché de hauts et de bas financiers. Lloyd Blankfein estime que nous arrivons à la fin d'un cycle: la technologie est peut-être artificielle, mais la douleur d'un krach, elle, sera bien réelle pour des millions de gens.
https://www.slate.fr/economie/intelligence-artificielle-krash-boursier-risque-alarme-ancien-goldman-sachs-finance?utm_source=firefox-newtab-fr-fr
La quantité d'électricité et de terres rares nécessaire afin de faire tourner la machine infernale de l'IA devrait nous interpeller. Mais pour l'instant, l'Intelligence Artificielle fait valser les milliards de Wall Street et donne l'illusion que l'économie US est en grande forme alors que le chômage grimpe et que les inégalités financières entre riches et pauvres augmentent de manière exponentielle.
Un mot pour qualifier cette année pour l'IA: bulle. Est-ce que 2026 sera le témoin de son implosion ?
S'il y a un domaine où l'intelligence fait un carton : le secteur militaire. Sur les champs de batailles ukrainiens, les essaims de drones sont responsables de 70% des soldats tués et paralysent tant les chars que l'aviation de combat.
L'IA permet également d'extraire encore plus de pétrole de schiste aux USA avec des forages horizontaux de plus de 4 km de long. Malgré la baisse de forages, les quantités extraites augmentent.
Les réseaux sociaux, qui en réalité nous coupent de nos amis, nous focalisent sur notre propre nombril au lieu de rester une espèce sociale. Les applications IA offrent maintenant des "amis virtuel", un "un psy personnalisé" ou un chien robot sans les désavantages d'un chien. Sous l'impulsion des Facebook, X, TikTok, ChatGPT et autres, un nombre grandissant d'humains se dirigent dans des vies solitaires et misérables. L'Organisation mondiale de la santé estime que 4,4% de la population mondiale souffre d'un "trouble anxieux" et que la solitude est liée à environ 100 décès par heure.
Votre compagnon IA n'est pas votre ami.
https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1450-energies-economie-petrole-et-peak-oil-revue-mondiale-decembre-2025.html
L'IA se trouve à un stade intéressant. Il est désormais largement admis que nous sommes dans une bulle en matière d'IA, mais le point positif est que, tout comme l'éclatement de la bulle Internet n'a pas freiné le progrès d'Internet, l'IA ne sera pas non plus freinée lorsque sa propre bulle éclatera.
L'argent perdu lors de la crise des dotcoms était principalement constitué de fonds propres, alors que cette fois-ci, la majeure partie du capital investi est de la dette. Les bâtisseurs d'Internet investissaient dans des actifs à longue durée de vie, dont certains sont encore utilisés aujourd'hui, tandis que les processeurs s'usent en un ou deux ans, et que les vastes centres de données situés au milieu de nulle part peuvent avoir peu d'autres utilisations possibles.
En d'autres termes, la valeur résiduelle, la garantie de tous ces prêts, pourrait être très faible.
Sans parler des énormes besoins en énergie, en eau et en ressources que cela implique. Pourquoi, par exemple, construire des centres de données au Royaume-Uni, pays souffrant de pénuries énergétiques et dont le système d'approvisionnement en eau est catastrophique ?
Je soupçonne que le modèle américain des grandes entreprises d'IA, fondé sur des investissements colossaux, sera supplanté par une alternative plus ingénieuse et moins gourmande en ressources, probablement venue de Chine.
Tim Morgan 22 11 25
Je suis membre du comité de direction de Xerfi. J’ai en charge la direction des études, mais je suis également ingénieur en intelligence artificielle. Autrement dit, je vis chaque jour au croisement de deux temporalités : le temps long de la réflexion stratégique… et la vitesse fulgurante des algorithmes.
La promesse de la vitesse
Pendant des années, nous avons rêvé de cette accélération. Des outils capables de condenser des montagnes de données. De produire en quelques minutes ce qui demandait autrefois des jours. Ce rêve, l’intelligence artificielle l’a réalisé. Et comme souvent, quand un rêve se réalise trop bien… il commence à inquiéter et révéler des failles.
Le jour où tout devint trop parfait
Ces dernières années, l’intelligence artificielle générative a accompli des progrès spectaculaires. Je vois passer des rapports d’une perfection formelle, entièrement produits par des machines bien entrainées. Tout y semble juste : cohérence, clarté, rigueur. Et pourtant, mon expérience me dit que tout y sonne creux. Aucune intuition, aucune tension, aucun doute. Le texte paraît exact, mais il est sans âme. À mesure que l’IA progresse, je comprends de mieux en mieux que la vitesse porte en elle un soupçon – non celui de l’erreur, mais celui de l’absence : absence de regard, de discernement, d’intelligence humaine, de véritable expertise. En vérité, l’IA sabote les meilleures idées.
Le discernement ne s’automatise pas
Délivrer trop vite, c’est livrer sans recul. Car penser, c’est prendre le temps de douter, de reformuler, de comparer. C’est dans cette lenteur-là que naît la solidité d’une idée.
Le discernement ne s’automatise pas. Il se forge dans la confrontation des points de vue, les détours de la pensée, les hésitations où l’esprit affine sa pensée.
Alors que là où la machine déroule, l’esprit humain s’arrête, revient, s’ajuste.
La créativité prend son temps
La créativité, elle aussi, a besoin de lenteur. Les idées originales ne surgissent pas dans la précipitation. Elles apparaissent dans les marges du temps, dans les pauses, les silences, les digressions. L’IA, elle, ignore ces pertes de temps fructueuses. Elle produit des cohérences - pas des trouvailles.
Le temps, nouvelle mesure du discernement
Aujourd’hui, la valeur se déplace. Dans un monde saturé de contenus instantanés, ce que l’on reconnaît, c’est la trace visible d’une intelligence humaine. Le temps devient alors un indicateur de discernement. Le signe d’une maîtrise, non d’une dépendance technologique.
Le luxe de penser lentement
Alors, laissez-moi donc faire ici l’éloge de la lenteur. Non par nostalgie - mais par lucidité. Parce qu’à l’ère de l’IA, le temps n’est plus un coût. C’est la condition même de la vérité, de la rigueur et du sérieux. Et penser lentement, aujourd’hui, est peut-être la dernière preuve de la compétence et de l’intelligence.
Publié le mercredi 12 novembre 2025
Damien Festor
https://www.xerficanal.com/strategie-management/emission/Damien-Festor-La-vitesse-de-l-IA-sabote-les-meilleures-idees-_3754463.html?utm_source=sendinblue&utm_campaign=&utm_medium=email
L'IA n'est-elle qu'une bulle ?...
J'ai été emporté par l'enthousiasme suscité par le développement de l'intelligence artificielle. Pendant un temps, j'ai cru – même si ce n'est plus vraiment le cas aujourd'hui – que nous assistions à une révolution comparable à l'invention du moteur à combustion ou à la maîtrise de l'énergie nucléaire. Cependant, mon scepticisme soudain et une certaine déception reposent sur une expérience strictement personnelle, qui n'est peut-être pas universelle. Poussé par la curiosité et l'engouement autour du sujet, j'ai décidé d'essayer pour la première fois l'un de ces systèmes : ChatGPT, l'outil le plus connu d'OpenAI, l'entreprise leader du secteur, située – comme on pouvait s'y attendre – en Californie.
J'ai commencé par quelque chose de simple : rechercher ma propre biographie. La surprise fut immense. Rien n'était complètement faux, mais rien n'était entièrement vrai non plus. Tout semblait plausible, bien que truffé d'erreurs et d'exagérations. La photo accompagnant mon profil n'était pas la mienne, mais celle d'un autre économiste de l'université de Princeton ; la date de naissance était presque exacte, à un mois près ; et la plupart des données étaient « quasi certaines », mais jamais exactes.
J'ai répété l'expérience avec d'autres personnes et avec des faits historiques, politiques et économiques avérés. Le résultat fut le même : ChatGPT proposait systématiquement des réponses plausibles, mais erronées. En bref, un moteur de recherche aussi convaincant qu'irresponsable. J'ai alors consulté des ingénieurs spécialisés en intelligence artificielle. Tous s'accordaient à dire que ces outils sont encore loin d'être parfaits et sont, pour l'instant, incapables de distinguer le vrai du faux. Tout ce qu'ils fournissent est approximatif, plausible… mais, en pratique, inutilisable pour une recherche sérieuse.
Les optimistes – et les investisseurs les plus audacieux – affirment que nous n'en sommes qu'aux prémices de cette technologie et qu'elle progressera avec le temps. Peut-être, peut-être pas. Ils envisagent également une demande massive d'intelligence artificielle à l'avenir. C'est possible, mais pour l'instant, cette demande est loin de répondre aux attentes de ses partisans. Le plus inquiétant est que l'on ignore encore à quoi servira concrètement l'intelligence artificielle et à qui elle profitera. Actuellement, le nombre d'utilisateurs est minime comparé à l'offre colossale des entreprises du secteur. Mon inquiétude est d'autant plus grande lorsque j'observe le mode de financement des acteurs de l'intelligence artificielle.
Prenons l'exemple de Nvidia, premier fabricant mondial de microprocesseurs et fournisseur clé pour le développement de l'IA. Nvidia rémunère OpenAI – son propre client – pour l'achat de processeurs. Il s'agit d'un système de financement circulaire : Nvidia paie ChatGPT, et ChatGPT paie Nvidia. Des milliards de dollars d'origine inconnue circulent dans ce cycle, provenant probablement de fonds publics du Golfe persique ou de Chine, et dans une moindre mesure des États-Unis. L’Europe, quant à elle, participe à peine à ce jeu financier. Les espoirs placés dans l’intelligence artificielle, ainsi que les sommes colossales qui la soutiennent, pourraient nous conduire à deux scénarios opposés : une économie profondément transformée ou, à l’inverse, une bulle financière qui finira par éclater, comme cela s’est produit si souvent à la Bourse de New York, avec le risque conséquent de déstabiliser l’économie mondiale.
Pour autant, laissons-nous séduire un instant par cette vision optimiste. Les partisans de l'IA citent souvent l'exemple d'Henry Ford, l'industriel qui, en 1914, décida de doubler le salaire de ses ouvriers, le portant à cinq dollars par jour. Sa stratégie était simple : améliorer les conditions de travail de ses employés pour les fidéliser et, simultanément, les convertir en clients des voitures qu'ils fabriquaient. La stratégie fonctionna : les ouvriers de Ford devinrent les premiers clients de l'entreprise, popularisant un produit auparavant réservé à une élite.
Les passionnés d'intelligence artificielle pensent suivre un schéma similaire : anticiper la demande future en investissant aujourd'hui dans les consommateurs de demain, qui n'existent pas encore. Ils ont peut-être raison. Mais on ne peut exclure la possibilité qu'ils soient en train de creuser le prochain gouffre économique, comme ce fut le cas en 2000 avec la bulle Internet ou en 2008 avec la bulle immobilière.
C’est bien ainsi que fonctionne le capitalisme, tel que l’a décrit l’économiste autrichien Joseph Schumpeter dans les années 1940 : un processus de « destruction créatrice », où le nouveau émerge des ruines de l’ancien. En l’occurrence, nous assistons à la destruction d’informations de qualité, même si nous ne percevons pas encore clairement ce qui est en train d’être construit. On suppose qu’il s’agira de machines « intelligentes », capables de remplacer les personnes moins compétentes. Mais l’avenir nous le dira.
Au-delà de l'aspect économique, l'intelligence artificielle soulève une question sociale, politique et philosophique. Si une machine est incapable de distinguer le vrai du faux et propose des réponses qui mêlent les deux, qu'advient-il de la vérité ? Où la trouver lorsque réalité et fiction sont présentées sur un pied d'égalité ? Avec les réseaux sociaux et l'intelligence artificielle, nous sommes entrés dans une ère où la propagande et l'influence dominent le discours, et où l'imagination rivalise avec la réalité – et la surpasse souvent –, cette dernière devenant de moins en moins séduisante car non mise en scène.
Certes, ce phénomène n'est pas entièrement nouveau : les religions et les idéologies ont fasciné l'humanité pendant des millénaires sans avoir besoin de prouver l'existence de leurs dieux ni la véracité de leurs principes. En ce sens, l'intelligence artificielle ne semble pas progresser vers une science plus exacte, mais plutôt vers une nouvelle mythologie qui nous persuade que les croyances sont plus intéressantes que la vérité. Le philosophe britannique Isaiah Berlin disait que nous prétendons tous chercher la vérité, mais que, si nous la trouvions, nous découvririons qu'elle est bien moins captivante que la fiction. C’est peut-être pour cela que l’intelligence artificielle nous fascine autant : parce qu’elle produit plus de fiction que de vérité.
J'avoue avoir moi-même succombé à cette illusion en me cherchant sur ChatGPT : j'ai trouvé un personnage portant mon nom, mais ni mon visage ni mes convictions. Qui est donc le vrai Guy Sorman ? Est-ce celui qui invente l'intelligence artificielle ou celui qui écrit ces lignes en s'efforçant de rester fidèle à une réalité que, peut-être, je prends moi aussi pour la vérité ?
Guy Sorman 03 11 25
Guy Sorman est un économiste, journaliste, philosophe et auteur français. Sorman est juif. Il est devenu citoyen américain en 2015, vit aux Etats Unis et conserve la nationalité française
Cet article, initialement publié dans ABC, est reproduit conformément aux dispositions du droit national et international (voir mentions légales).
https://www.almendron.com/tribuna/es-la-ia-solo-una-burbuja/
Sean Foo évoque le désastre de la dette si l'IA occidentale échoue ou est affaiblie par des alternatives chinoises moins coûteuses. Inside China Business souligne un fait gênant : la consommation chinoise de terres rares est désormais égale à sa production.
La guerre commerciale des terres rares se complique : les industries chinoises en ont besoin.
La Chine vient d'interdire toutes les puces américaines, tandis que la Russie et la Chine suppriment tous les paiements en dollars américains dans leurs échanges commerciaux.
La croissance des besoins intérieurs en terres rares est alimentée par l'explosion de la consommation de haute technologie, notamment pour les véhicules électriques et les centres de données d'IA. Foo souligne que la course à l'IA entre l'Occident et la Chine met en scène une IA chinoise moins sophistiquée que la version occidentale, mais aussi beaucoup moins chère. Une Ford T et une Bugatti peuvent toutes deux vous emmener d'un point A à un point B, mais une seule est accessible à la plupart des gens.
(commentaire sur le blog de Tim Morgan, 10 11 25)
Le trader qui a inspiré le film « The Big Short » voit une bulle dans l’intelligence artificielle et mise gros contre les poids lourds du secteur que sont Nvidia et Palantir...
Michael Burry, un investisseur américain célèbre pour avoir vu venir la crise financière de 2008 avant tout le monde, fait à nouveau parler de lui. Cette fois, il pense que la grande vague d'enthousiasme autour de l'intelligence artificielle (IA) pourrait bientôt retomber. Et il a misé plus de 1 milliard de dollars sur ce scénario.
Pour beaucoup, le nom de Michael Burry n'est pas familier. Pourtant, il a marqué l'histoire de la finance en anticipant l'effondrement du marché immobilier américain en 2008, une chute à l'origine de la crise des subprimes. À l'époque, il avait parié contre ce marché, ce qui lui a permis de gagner des millions de dollars. Son histoire a même été portée à l'écran dans le film The Big Short, où il est incarné par l'acteur Christian Bale.
Aujourd'hui, Michael Burry s'attaque à un autre phénomène : la montée en flèche du cours de Bourse des entreprises liées à l'intelligence artificielle. Depuis un an, des sociétés comme Nvidia ou Palantir voient leur valeur boursière grimper à toute vitesse, portées par l'engouement autour de l'IA. Mais pour Burry, cette hausse est exagérée et ne reflète pas la réalité économique de ces entreprises. Selon lui, les investisseurs sont trop optimistes et risquent de déchanter bientôt.
Mais comment parier sur une baisse en Bourse ? Michael Burry a acheté ce qu'on appelle des « options de vente » (en anglais, « put options »). Pour simplifier, c'est un peu comme si vous pariez qu'un objet va perdre de la valeur : si le prix baisse, vous gagnez de l'argent. Si le prix monte, vous en perdez. En investissant plus de 1 milliard de dollars dans ces options, il espère profiter d'une éventuelle chute des actions de Nvidia et Palantir, deux entreprises devenues les symboles de la fièvre de l'IA en Bourse.
Augmentation des prix exagérée
Michael Burry n'a pas caché ses doutes. Sur X, il a publié un message qui en dit long sur son état d'esprit : « Parfois, on observe des bulles. Parfois, il est possible d'y remédier. Parfois, la seule stratégie gagnante est de ne pas jouer. » Ce tweet (dans lequel on voit un extrait de The Big Short où apparaît son personnage) laisse entendre qu'il voit dans l'IA une bulle spéculative, c'est-à-dire une situation où les prix montent de façon exagérée, sans rapport avec la réalité économique.
Depuis quelques semaines, les marchés boursiers semblent lui donner raison. Les actions des entreprises technologiques, qui avaient atteint des sommets, ont commencé à reculer. Au Japon, en Corée du Sud et aux États-Unis, des géants comme Amazon, Samsung ou SoftBank ont vu leur valeur baisser. Nvidia, qui était devenue la première entreprise à dépasser les 5 000 milliards de dollars de capitalisation, a perdu près de 4 % en une seule journée.
Derrière ces turbulences, une question se pose : les énormes investissements dans l'IA vont-ils vraiment rapporter autant qu'espéré ? Fahran Badami, de la société de services financiers eToro, cité par la BBC, explique que « les dépenses au sein des entreprises technologiques spécialisées dans l'IA ont été très élevées, et certaines entreprises ne gagnent pas suffisamment d'argent pour justifier ces dépenses ». Si les résultats ne suivent pas, les investisseurs risquent de se détourner, et les prix pourraient chuter brutalement.
En pariant sur cette baisse, Michael Burry espère refaire le coup de 2008. Mais la Bourse reste imprévisible, et même les experts peuvent se tromper. Son pari est risqué, mais il relance le débat sur la solidité de la « bulle » de l'intelligence artificielle. Pour les petits investisseurs comme pour les professionnels, c'est un signal d'alerte : il faut rester prudent face à l'euphorie qui entoure l'IA, et ne pas oublier que les marchés peuvent changer de direction très vite.
Caisses de pension: la bulle de l'IA pourrait coûter très cher...
Les caisses de pension ont investi 10% de leur fortune dans des actions américaines. Les analystes mettent en garde contre la bulle la plus dangereuse de tous les temps...
Le battage médiatique autour de l'intelligence artificielle (IA) fait craindre la formation d'une énorme bulle sur les marchés financiers. Bien que les valorisations boursières grimpent en flèche et que les entreprises investissent des centaines de milliards dans la construction de centres de données, les grands profits se font encore attendre.
Selon le fondateur d'Amazon, Jeff Bezos, les investisseurs peinent à distinguer les bons des mauvais investissements. L'analyste britannique Julien Garran parle de la «plus grande et plus dangereuse bulle de tous les temps». Il y aurait dix-sept fois plus de mauvais investissements qu'au moment de la bulle Internet au début des années 2000.
Peu de bénéfices
À l'époque, les entreprises Internet étaient massivement surévaluées, alors qu'elles réalisaient à peine des bénéfices. Cette fois encore, plusieurs signaux d'alarme sont présents, explique Matthias Geissbühler, responsable des investissements de Raiffeisen Suisse.
La concurrence s'intensifie en raison des nombreuses entreprises qui surfent sur la vague de l'IA. Ce n'est donc qu'une question de temps avant qu'il n'y ait une surcapacité d'offres en IA. Autre point critique: le fait que diverses entreprises technologiques, comme Nvidia et OpenAI, s'échangent de l'argent et prennent des participations croisées. Grâce à la tendance de l'IA, Nvidia est devenue la première entreprise à valoir plus de 5000 milliards de dollars de valorisation boursière.
«La seule question est de savoir quand la bulle éclatera»
«Tout le monde investit par peur de rater quelque chose. Mais si les investissements massifs ne débouchent pas sur des affaires rentables espérées, des corrections surviendront», explique Matthias Geissbühler. Il est incontestable qu'une bulle existe. «La seule question est de savoir combien de temps il faudra avant qu'elle n'éclate.» Lors de la bulle Internet aussi, il a fallu plusieurs années avant qu'elle n'éclate, bien que des signes étaient visibles bien plus tôt.
À l'époque, les investisseurs avaient subi de lourdes pertes, y compris les caisses de pension suisses, qui avaient perdu des milliards. C'est une menace qui plane à nouveau aujourd'hui. «Les pertes comptables temporaires font partie du risque quotidien des caisses de pension lorsqu'elles investissent en actions», rappelle Matthias Geissbühler.
Les caisses de pension peuvent détenir au maximum 50% de leurs placements en actions. Selon la professeure Kerstin Windhövel de la Haute école spécialisée Kalaidos, certaines institutions atteignent cette limite. Mais la plupart détiennent entre 30 à 35% de leurs actifs sous forme d'actions, précise-t-elle.
Selon l'expert de Raiffeisen, Matthias Geissbühler, le patrimoine des caisses de pension est généralement réparti à parts quasi égales, entre actions, immobilier et obligations. Pour les actions, il s'agit en grande partie de titres d'entreprises suisses. Mais environ 10% de la fortune totale est placée dans des actions américaines.
50 milliards investis dans les actions technologiques
Avec une fortune totale de 1129,1 milliards de francs en 2023 pour les 1320 caisses de pension en Suisse, près de 113 milliards de francs sont placés sur le marché boursier américain, actuellement très valorisé. Comme le secteur technologique représente aujourd'hui environ la moitié de l'indice S&P 500, cela signifie qu'un peu plus de 50 milliards sont investis dans des actions technologiques.
Toutefois, une correction resterait supportable, selon Matthias Geissbühler: «Grâce à la forte évolution de la bourse au cours des trois dernières années, les caisses de pension sont très bien financées. En moyenne, leur taux de couverture est d'environ 118%. Cela signifie que même si leurs actifs perdaient 18% de valeur lors d'un krach boursier, la rente ou le capital des assurés serait encore entièrement couvert.»
De plus, il est positif que les caisses de pension diversifient très largement leur fortune et investissent également dans des obligations. Lorsque les cours de la bourse chutent, la valeur de ces titres augmente généralement. En fin de compte, il n'y a donc pas lieu de s'inquiéter pour les caisses de pension et les rentes, conclut Matthias Geissbühler.
Ce que dit l'association des caisses de pension
- Fabian Pöschl
- https://www.20min.ch/fr/story/investissements-caisses-de-pension-la-bulle-de-l-ia-pourrait-couter-tres-cher-103443024
L'ENGOUEMENT POUR L'IA POURRAIT-IL FAIRE CHUTER LE SYSTÈME FINANCIER MONDIAL ?....
La plupart des gens savent sans doute désormais que nous avons construit une bulle géante dans le domaine de l'IA, et que cette bulle est vouée à éclater. L'ampleur du risque encouru est considérable, et certaines de ses caractéristiques sont extraordinaires.
Son dénouement – peut-être en conjonction avec l'éclatement de la bulle contemporaine des cryptomonnaies – pourrait s'avérer bien plus destructeur de valeur que la crise financière mondiale de 2008-2009.
Ce que peu de gens semblent avoir remarqué, en revanche, c'est le caractère séquentiel de ces « accès d'exubérance irrationnelle ».
Comme nous le verrons – et au-delà de son ampleur – l'engouement pour l'IA présente des caractéristiques qui lui sont propres.
Mais la dynamique à l'œuvre ici est celle de tentatives successives visant à retarder et à masquer l'inflexion de l'économie sous-jacente des produits et services matériels, de la croissance à la contraction.
Le mythe dominant est que l'innovation monétaire peut revigorer une économie matérielle en déclin.
Aussi illogique que soit cette idée, elle s'est avérée bien plus acceptable que la réalité de la contraction économique post-matérielle fossile.
Nous ne pouvons pas encore savoir si l'effondrement de l'IA – avec ou sans l'aide des cryptomonnaies – sera suffisamment important pour écraser le système financier mondial.
Mais nous pouvons être certains que, si les bulles de l'IA et des cryptomonnaies ne sont pas assez importantes pour faire s'effondrer les structures monétaires et du crédit, nous continuerons à créer des bulles « plus grandes et plus performantes » jusqu'à en trouver une suffisamment grande pour y parvenir.
Si l'engouement pour l'IA est fascinant en soi, nous nous intéressons ici principalement aux mécanismes impliqués dans la poursuite du désastre financier.
1) La bulle spéculative qui entoure presque tout ce qui touche à l'IA est incontestablement très importante. La plupart des estimations situent le montant des capitaux en jeu entre 1 500 et 2 000 milliards de dollars, même si, sans surprise, certaines sources avancent des chiffres encore plus élevés, atteignant parfois 6 000 milliards de dollars.
Même en se basant sur ces estimations, l'éclatement de cette bulle pourrait entraîner une perte de valeur environ dix-sept fois supérieure à celle du krach des dotcoms de 2000-2002, et dépasser de quatre fois les pertes de la crise financière mondiale de 2008-2009.
Au-delà de sa taille, cette bulle présente cependant une série de caractéristiques qui la distinguent des précédentes crises d'imprudence.
Premièrement, les investissements massifs dans l'IA sont concentrés dans un petit groupe de géants technologiques qui, ensemble, représentent environ un tiers de la valeur totale du marché boursier américain.
Deuxièmement, les interconnexions d'investissement entre ces grands acteurs semblent impliquer une forte proportion de financement circulaire.
Les sommes engagées jusqu'à présent dépassent largement les flux de trésorerie disponibles des entreprises concernées, et l'un des acteurs clés, Open AI, semble anticiper une hausse de ses pertes de 9 milliards de dollars cette année à 47 milliards de dollars d'ici 2028.
Il n'existe, à ce jour, aucune voie concrète vers la rentabilité de l'IA, et encore moins vers un rendement adéquat des investissements existants et prévus.
Si – ou plutôt, quand – la bulle éclate, les possibilités de recouvrement de la valeur résiduelle semblent remarquablement faibles. La plupart des actifs sur lesquels les prêts sont garantis sont constitués de GPU extrêmement coûteux et vieillissants, ainsi que d'immenses bâtiments à usage unique, « au milieu de nulle part ».
Il est fort probable que la bulle se termine par des braderies de puces obsolètes et des centres de données redondants.
Le plus étrange, cependant, est peut-être que le modèle d'IA privilégié par les géants technologiques américains exige des ressources – notamment de l'énergie et de l'eau – qui n'existent tout simplement pas en quantités suffisantes.
Même si elles existaient, ces exigences pourraient entraîner les géants technologiques aux poches bien remplies dans une concurrence unilatérale avec les ménages, les municipalités et d'autres entreprises pour des approvisionnements limités en biens de première nécessité, notamment en électricité et en eau.
La combinaison de tous ces facteurs – l'ampleur des investissements, la faiblesse des flux de trésorerie actuels, le financement des fournisseurs, la valeur résiduelle minimale, l'absence de business plan convaincant et les besoins en ressources irréalistes – a conduit certains observateurs à conclure que l'engouement pour l'IA est une gigantesque arnaque.
Il existe cependant une autre hypothèse, mêlant arrogance et détermination à suivre une stratégie qui, bien qu'efficace par le passé, menace de se terminer de manière désastreuse dans sa dernière version.
2) Il est important de préciser que l'éclatement d'une bulle financière ne signifie pas nécessairement que le produit, le service ou la technologie sur lesquels elle repose est négatif.
Le rail est resté un moyen de transport essentiel après l'effondrement de la folie ferroviaire victorienne des années 1840. Internet a survécu et prospéré malgré le fiasco des dotcoms, et l'immobilier a conservé son utilité après la fin de la folie des subprimes.
L'IA, peut-être sous une forme encore indéfinie, peut demeurer une avancée technologique précieuse après l'éclatement de la bulle actuelle.
Mais si une forme d'IA intéressante et potentiellement transformatrice se profile, qu'est-ce qui motive cette bulle absurde dans le secteur ?
Les principaux acteurs technologiques américains ont développé une stratégie gagnante après l'éclatement des dotcoms. La condition essentielle est l'accumulation de ressources en capital suffisamment importantes pour financer des pertes importantes sur une période prolongée.
Cette stratégie de « vision en grand » et de gestion des pertes permet de se constituer une clientèle très large, d'attirer des annonceurs et autres entités commerciales, de vaincre ou d'acquérir ses concurrents et d'obtenir une position dominante sur le marché pour son produit.
L'objectif – que ce soit dans les médias sociaux, la recherche sur Internet, les logiciels ou le commerce en ligne – est de tirer parti d'énormes capitaux disponibles pour créer un quasi-monopole qui, à terme, génère des niveaux de rentabilité très élevés.
Il n'y a cependant aucune garantie que cette stratégie de « vision en grand » fonctionne avec l'intelligence artificielle. Pour commencer, l'IA pourrait se transformer en une chambre d'écho où elle régurgite ses propres résultats, un processus connu sous le nom de « slop d'IA ».
Les concurrents, notamment chinois, pourraient supplanter les géants de la technologie en préférant une stratégie innovante et intelligente à la force brute du « vision en grand ».
Il n'existe aucun équivalent aux sources de revenus évidentes qui attendaient d'être exploitées par les médias sociaux, la recherche et le commerce en ligne il y a vingt ans ou plus.
Il pourrait tout simplement s'agir d'un cas de « trop grand pour fonctionner », où les investissements en capital sont inférieurs à ceux en énergie et autres ressources.
Il y a peu de raisons de douter de l'arrogance démesurée des géants de la tech, dont les activités existantes pourraient être menacées à la fois par l'« enschittification » et par des changements économiques sous-jacents que leurs dirigeants méconnaissent ou choisissent d'ignorer.
S'agit-il d'un cas désastreux de « vision en grand » dans un contexte totalement inadapté ?
3) La plupart des gens ont probablement compris aujourd'hui que les bulles spéculatives de l'IA et des cryptomonnaies sont vouées à éclater, même si les suggestions selon lesquelles cela pourrait causer « quelques » dommages économiques sont probablement parmi les plus grands euphémismes de tous les temps.
Mais rares sont ceux qui semblent saisir la dynamique qui a alimenté une série d'excès financiers toujours plus inconsidérés.
Comme le savent les lecteurs assidus, il faut commencer par reconnaître que l'argent n'a pas de valeur intrinsèque, mais n'a de valeur qu'en termes de biens matériels contre lesquels il peut être échangé. Cela signifie que l'argent n'est rien d'autre qu'une « créance exerçable sur la matière ».
Nous disposons d'une capacité infinie à créer ces « créances » monétaires, mais nous ne pouvons pas non plus créer une augmentation correspondante de l'offre matérielle, seule garante de la monnaie.
Cette caractéristique évidente de « créance » de la monnaie impose de distinguer deux économies. L'une d'elles est l'économie « réelle » des produits et services matériels, et l'autre, l'économie « financière » parallèle, de l'argent, des transactions et du crédit.
La croissance de l'économie « réelle » ralentit depuis longtemps vers la contraction. L'épuisement des énergies carbonées à faible coût se traduit par une hausse inexorable du coût proportionnel de l'énergie, et il n'existe, à ce jour, aucune alternative aux combustibles fossiles capable d'enrayer, et encore moins d'inverser, la progression des économies d'énergie durables.
Parallèlement, le rythme de conversion de l'énergie en flux de valeur matérielle est en baisse. Cela indique que les ressources naturelles non énergétiques – qui comprennent les minéraux, les produits miniers non métalliques, la biomasse et l'eau accessible – se dégradent plus rapidement que l'efficacité des techniques de conversion n'a pu progresser.
Parallèlement, la tolérance environnementale, ressource vitale pour l'activité économique humaine, se dégrade, ces derniers temps à un rythme alarmant.
Il y a deux raisons principales pour lesquelles ce processus de ralentissement vers l'inflexion économique a jusqu'à présent échappé à la reconnaissance générale, malgré l'abondance croissante de preuves à l'appui.
Premièrement, l'orthodoxie économique ignore allègrement les aspects matériels, assurant qu'aucun obstacle n'empêche l'utilisation de la monnaie pour assurer une « croissance infinie sur une planète finie ».
Cette pseudo-science prétend trouver les « lois » de l'économie dans ce qui ne sont en réalité que des observations comportementales de l'artefact humain qu'est la monnaie, observations qui ne sont en rien analogues aux lois de la physique.
Deuxièmement, un refus absolu d'accepter la réalité de la finalité physique a conduit à l'idée tout aussi fallacieuse qu'une économie matérielle en déclin pourrait être revigorée par des outils monétaires.
On observe une nette tendance aux fantasmes philosophiques à triompher des réalités matérielles.
4) L'histoire récente illustre clairement ces processus à l'œuvre.
Nous avons tenté de contrer la « stagnation séculaire » des années 1990 en injectant d'abondantes liquidités empruntées dans le système. Lorsque cet « aventurisme du crédit » a conduit, inévitablement, à la crise financière mondiale de 2008-2009, nous avons redoublé d'efforts avec l'« aventurisme monétaire » que constituaient l'assouplissement quantitatif, les taux zéro et les taux négatifs.
Ces manœuvres financières ont eu un effet de distorsion considérable sur la relation entre la valeur des actifs et toutes les formes de revenus. L'accroissement des inégalités qui en a résulté a engendré des niveaux d'instabilité sociale qui, en l'absence de réformes éclairées, pourraient bien aboutir à la révolution, à l'anarchie ou à un régime autoritaire.
Mais notre préoccupation immédiate doit être le risque financier toujours croissant engendré par ces manœuvres. Ces risques relèvent de deux catégories distinctes : le risque d'échelle et le risque de complexité.
Au cours des vingt dernières années, le PIB réel mondial déclaré a augmenté de 96 000 milliards de dollars, la dette a augmenté de 284 000 milliards de dollars et le passif financier global de pas moins de 770 000 milliards de dollars – et même ce dernier chiffre exclut les énormes « lacunes » dans l’adéquation des provisions pour honorer les promesses de retraite.
De plus, la plupart des « croissances » déclarées ne se sont traduites que par l’utilisation d’énormes sommes empruntées. L’analyse SEEDS indique que la prospérité économique matérielle n’a augmenté que de 25 % – au lieu des 96 % déclarés – depuis 2004.
En effet, il est devenu courant que la « croissance » déclarée du PIB soit nettement inférieure aux sommes empruntées par les seuls gouvernements.
L’aggravation du risque de complexité a été encore plus spectaculaire que l’expansion rapide du passif global. Le système financier est devenu une véritable structure byzantine de garanties croisées, dont personne ne sait vraiment quel composant, même minime en soi, pourrait, par sa défaillance, faire s’écrouler tout le château de cartes.
On peut le mieux considérer cette situation comme une pyramide inversée, où un ensemble massif et extrêmement complexe de passifs repose sur une base de valeur monétisée remarquablement faible.
Les actifs des IFNB – ces intermédiaires financiers non bancaires communément appelés « banques parallèles » – ont, à l’époque moderne, considérablement dépassé ceux du système bancaire réglementé.
Il est inquiétant de constater que l’ampleur de ces passifs généraux n’est même pas connue avec certitude, puisque la déclaration des données au CSF est volontaire et que les juridictions non déclarantes comprennent une série de centres financiers spécialisés massivement exposés.
En d’autres termes, avec la migration du risque du centre réglementé de ce système vers sa périphérie opaque et dangereuse, un risque de complexité toujours croissant s’est ajouté au risque quantitatif d’une expansion rapide et insoutenable des agrégats d’exposition.
5) Le mécanisme à l'œuvre ici est celui par lequel les conséquences de chaque excès financier conduisent à des actes d'imprudence toujours plus grands.
On peut retracer une séquence qui a débuté dans les années 1990 avec des tentatives de redynamisation d'une économie en berne par une création de crédit ultra-rapide. Lorsque cela a culminé avec la crise financière mondiale, les autorités ont été plus ou moins contraintes de réagir par des politiques monétaires ultra-accommodantes.
Ces processus séquentiels ont été décrits ici comme un arc d'inévitabilité.
Parallèlement, 2008 a été un exercice massif d'aléa moral : les investisseurs, autrefois sauvés des conséquences de leurs folies ou de leurs malheurs, supposent naturellement qu'ils seront sauvés de tout excès futur, même si une répétition du sauvetage de 2008 n'est plus envisageable depuis longtemps.
Une fois ces processus compris – comme une dynamique d'excès auto-alimentée en conflit avec la contraction économique matérielle –, il devient évident que la création de bulles dans un climat d'insouciance ne pourra cesser tant que le système financier mondial ne s'effondrera pas.
L'engouement pour l'IA, conjugué à la bulle des cryptomonnaies, pourrait s'avérer suffisamment important pour provoquer l'effondrement du système.
Si tel n'est pas le cas, nous pouvons être certains que nous continuerons à créer des bulles toujours plus grandes et plus performantes jusqu'à ce que ce résultat soit atteint.
Tim Morgan 23 10 25
https://surplusenergyeconomics.wordpress.com/2025/10/23/313-building-the-biggest-bang/
Plusieurs facteurs à la bulle de l’IA – au-delà de sa taille et de son financement circulaire – sont particulièrement préoccupants. L’un d’eux est l’absence de méthode concrète pour générer des rendements suffisants sur les énormes capitaux investis.
Un autre facteur est la valeur réelle des garanties sur lesquelles la dette est garantie : quelle sera la valeur des puces électroniques coûteuses d’aujourd’hui dans trois ans, si elles sont dépassées par la technologie, et qu’en sera-t-il des immenses immeubles au milieu de nulle part ?
Que se passera-t-il lorsqu’il s’avérera que nous ne disposons ni de l’énergie ni de l’eau nécessaires à cette expansion supposée, et que penseront les ménages des coûts s’ils sont en concurrence pour l’énergie et l’eau avec des géants de l’IA aux poches bien remplies ?
Cela ne signifie pas que l’IA est technologiquement déficiente, mais que l’enthousiasme des investisseurs à son égard est démesuré. Internet n’avait rien de « mauvais » technologiquement parlant, mais les entreprises point-com se sont effondrées.
Tim Morgan 15 10 25
la BBC manque parfois d'inspiration en économie, mais ses reportages économiques sont parfois intéressants...
Ils ont récemment publié un article sur l'éclatement imminent de la bulle de l'IA, un sujet que j'ai envisagé d'aborder ici. Un sujet fascinant, un classique absolu, un récit de battage médiatique, d'illusions, d'hystérie et de crédulité.
Des égos démesurés, un financement circulaire, une dette colossale garantie par des actifs extrêmement coûteux à faible valeur résiduelle, une concentration de risques énorme… une histoire qui restera gravée dans les mémoires !
Tim Morgan, 14 10 25
IA vs humains : La « singularité » sans cesse repoussée....
Sam Altman est le PDG d'OpenAI, l'organisation d'intelligence artificielle (IA) la plus en vue au monde, à l'origine de la populaire interface ChatGPT. Sa mission est de maintenir l'afflux de capitaux vers OpenAI, des dizaines de milliards. Il est donc crucial pour lui de maintenir l'intérêt des investisseurs et de leur promettre des avancées majeures… et aussi, semble-t-il, de les reprogrammer lorsqu'elles ne se produisent pas.
Ce que la plupart des gens ignorent à propos d'OpenAI, c'est que, malgré une valorisation récente de 500 milliards de dollars, OpenAI perd de l'argent : 5 milliards de dollars l'an dernier, pour un chiffre d'affaires de 3,7 milliards de dollars. En 2023, Altman annonçait publiquement qu'OpenAI avait atteint l'intelligence artificielle générale (IAG). Pour ceux qui l'ignorent, l'IAG signifie une intelligence capable d'apprendre et d'exécuter toutes les tâches humaines. Personne ne semble savoir précisément comment mesurer si une machine peut accomplir la totalité des tâches humaines, mais il semble très intéressant d'en parler. Et c'est le genre de discours qui passionne les investisseurs. L'implication, bien sûr, est que les investisseurs n'auront plus à supporter des employés pénibles pour la plupart des emplois.
Le moment où cela se produit, où les machines deviennent plus intelligentes que les humains et commencent à tout gérer à notre place – comme si ce n'était pas déjà le cas – est parfois appelé la singularité, généralement avec un « S » majuscule. Or, la singularité a une signification spécifique en physique. Dans ce contexte, elle désigne une version technologique et non religieuse de l'extase, où le progrès technologique devient très rapide, les machines prenant le dessus et s'appuyant sur l'innovation technique. Nous savons ce qui arrive aux personnes dans la version religieuse de l'extase : certains montent au ciel, d'autres sont laissés pour compte. Mais nous ne savons pas exactement ce qu'il adviendra des humains après cette version dite de la singularité, car il n'y aura apparemment pas beaucoup de travail à faire. L'IA s'en chargera.
Mais nous n'avons peut-être pas à nous préoccuper de ces choses pour le moment. Apparemment, la proclamation d'Altman en 2023 selon laquelle l'IAG était atteinte n'a pas tenu. Mais Altman était de retour en décembre 2024 pour annoncer publiquement que l'IAG serait atteinte en 2025. Certes, 2025 n'est pas terminé, donc je suppose que l'IAG pourrait être atteinte d'ici le 31 décembre. Mais Altman semble avoir compris le scénario et n'attend pas la fin de l'année pour repousser à nouveau les objectifs, cette fois à 2030. Cependant, 2026 reste une prédiction populaire parmi tant d'autres.
À titre d'information, les prédictions concernant cet événement capital sont très diverses, certaines s'étendant jusqu'en 2060, et, sans surprise, elles évoluent avec le temps. Mais je suis prêt à faire la prédiction extravagante suivante : avec les approches actuelles qui s'appuient sur les grands modèles de langage (MLL), l'IAG ne se produira jamais.
Il y a plusieurs raisons à cela, outre la difficulté de définir ce qu'est l'« intelligence », ce qui nécessiterait à lui seul un essai entier. Avant d'aborder ces raisons, permettez-moi de préciser que je suis convaincu que le développement actuel de l'IA débouchera sur des applications viables, voire rentables. Il est clair que des interfaces d'IA comme ChatGPT sont utilisées et en tirent un certain profit. Mais on est loin des LLM qui assumeraient la majeure partie des tâches actuellement effectuées par les humains. Je me souviens de l'époque où l'on disait que l'introduction du guichet automatique entraînerait la disparition des caissiers. Cinquante ans se sont écoulés et je peux affirmer que des caissiers travaillent encore dans le hall de ma banque. Les machines, même celles pilotées par l'IA, sont performantes pour des tâches spécifiques. Mais il est peu probable qu'elles remplacent de sitôt les compétences générales des humains.
Voici donc pourquoi les LLM qui alimentent l'IA actuelle sont limités dans leurs possibilités. Premièrement, ils reposent sur le langage. Le langage est un outil de communication intrinsèquement imprécis. Les mots ont plusieurs sens. Il suffit de consulter un dictionnaire. Et ces significations évoluent au fil du temps, en fonction de l'usage réel. C'est pourquoi les dictionnaires sont constamment mis à jour.
Et les mots sont toujours compris dans leur contexte. Le contexte désigne l'ensemble du contexte culturel et physique auquel ils s'appliquent. Les humains possèdent un don naturel pour le langage et apprennent le langage dans des contextes culturels et physiques spécifiques, en liant ce langage à leurs cinq sens et en situant le sens de mots et de groupes de mots spécifiques dans le contexte des gestes et des attitudes qui accompagnent leur énonciation.
Les machines n'ont pas la possibilité d'apprendre le langage de cette manière ; elles ne disposent pas non plus de l'ensemble complet des sens (et on ne sait pas exactement ce que cela signifierait si elles l'avaient). En réalité, les masters de langues se contentent d'extraire une grande quantité de texte d'un « ensemble d'apprentissage » et de l'utiliser pour prédire le mot suivant concernant le sujet sur lequel la personne demande des informations.
Les humains peuvent replacer le langage et autres symboles dans le contexte de leur propre expérience vécue. Par définition, les machines ne sont pas capables d'une expérience vécue comparable à celle des humains. L'expérience vécue des humains devient la base du jugement, ce que les machines ne peuvent pas développer. J'inclus dans le jugement les intuitions, les pressentiments, les souvenirs et les connexions vagues qui éclairent souvent les décisions humaines et constituent parfois la base de nouvelles idées et découvertes.
Deuxièmement, le langage informatique est le code. Le code est une version considérablement réduite du langage, et ses possibilités de représentation de la réalité sont bien plus limitées. Je constate, d'après le discours actuel, que les plus fervents défenseurs de l'IA lisent très peu de romans (à l'exception peut-être de romans de science-fiction). S'ils lisaient des romans plus sérieux, autres que de la science-fiction, ils comprendraient la tâche monumentale que représente la tentative de décrire la réalité à un lecteur avec des mots et pourquoi cette tentative est toujours vouée à l'échec.
Au contraire, les grands auteurs fournissent suffisamment de détails précis sur les décors, les personnages, les dialogues et l'action pour stimuler l'imagination et l'expérience vécue des lecteurs, qui se créent alors une version du monde que l'auteur cherche à transmettre. Autrement dit, les humains peuvent créer des modèles du monde et envisager les significations et les trajectoires possibles qui en découlent. C'est une tâche très complexe. Les machines, aussi sophistiquées soient-elles, ne peuvent imaginer un monde à partir des indices que pourrait leur fournir un auteur, car elles n'y « vivent » pas comme les humains.
Troisièmement, il existe un corollaire très important aux points un et deux : la carte n'est pas le territoire. C'est un concept simple en réalité. Mais il est facile de l'oublier lorsqu'on est perdu dans le monde des bits, des octets et de l'animation par ordinateur, et qu'on croit que les ordinateurs nous donnent une représentation précise de la réalité dans laquelle nous vivons. Ce que l'IA nous dit repose sur des modèles, et non sur la réalité vécue, des modèles basés sur un langage imprécis et en constante évolution. L'IA peut fournir des informations utiles grâce à sa capacité à synthétiser d'énormes quantités de texte, mais elle ne peut pas transmettre la compréhension. Elle ne nous fournit qu'une carte, très partielle et souvent erronée.
Quatrièmement, l'IA ne remplacera pas l'expertise humaine. L'idée qu'elle devienne experte dans tous les domaines s'avère déjà absurde. Les humains incarnent leur expertise et la partagent en partie dans des livres, des articles, des discours et des interviews enregistrés, ainsi que des graphiques. Mais nous ne pourrions pas former la prochaine génération de chimistes en nous basant uniquement sur des livres de chimie.
La connaissance ne se résume pas à des mots. Elle s'incarne en ceux qui la possèdent, dans les inflexions de leur langage, les gestes qu'ils effectuent en laboratoire, les relations qu'ils développent avec leurs étudiants et collègues, les idées qu'ils choisissent de mettre en avant dans leur travail et leur style de vie général. Essayez d'apprendre à travailler dans une cuisine de restaurant sans jamais y mettre les pieds. Il en va de même pour un laboratoire, tant pour les étudiants que pour les chercheurs experts. De plus, de nombreuses connaissances peuvent avoir été écrites, mais ne sont jamais transposées. Les documents écrits sont un aperçu ou une source d'inspiration pour la connaissance. Ils ne peuvent être exhaustifs.
Un ami, avocat, utilise l'IA pour rédiger des contrats et des accords courants, dont les modèles abondent sur Internet et sont donc accessibles à l'IA pour les intégrer à ses bases de données. Et, bien sûr, la loi impose généralement des paramètres stricts pour ces documents. Cela rend l'IA moins sujette aux erreurs lors de leur rédaction. Néanmoins, cet avocat doit corriger les erreurs et, bien sûr, modifier le texte lorsque le moteur d'IA n'a pas saisi les nuances exactes. L'IA lui est utile, mais elle ne peut remplacer son expertise ; et une personne sans expertise qui utilise pourtant ce type de données brutes, en le présentant comme faisant autorité, représente un danger réel pour la société. L'IA sera utile aux experts, mais elle ne pourra pas les remplacer.
De nombreux investisseurs parient que Sam Altman aura raison concernant l'avènement de l'IA générale. Lorsqu'ils découvriront que ce n'est pas le cas, la bulle spéculative de l'IA s'effondrera et entraînera probablement toute l'économie avec elle. C'est généralement ce qui se produit lorsqu'il devient évident que la nouvelle ère prophétisée par les gourous de l'industrie à l'origine de la dernière « grande nouveauté » ressemble aux époques passées ; il y a peut-être de réels progrès, mais leur valeur a été mal comprise et largement surestimée.
« Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel » est un vieux proverbe allemand. Les actions de l'IA ne montent pas non plus éternellement. Chaque génération doit apprendre à ses dépens que les manies financières finissent toujours mal, même si les entreprises sous-jacentes apportent une valeur ajoutée qui doit être ramenée à sa contribution réelle à la société.
October 5, 2025
L'IA va-t-elle faire s'effondrer l'économie ?...
Les dominos qui s'effondrent jonchent les moindres recoins de l'économie...
Comme nous le savons tous, le problème de l'euphorie réside dans l'inévitable collision avec la réalité et la désillusion qui en résulte. Mais attendez, il y a pire.
Le nouvel amour de votre vie, votre sauveur qui va tout remettre d'aplomb, n'est pas seulement un imparfait : c'est un escroc. Ça fait vraiment mal. Il a non seulement volé votre cœur, mais aussi votre argent.
Ce qui nous amène au boom/à la bulle de l'IA. L'euphorie est littéralement incommensurable, mais le décalage avec la réalité est facilement visible et peut être décomposé en éléments mesurables :
1. Les revenus de l'IA sont bien inférieurs aux sommes investies (capex, c'est-à-dire les investissements en capital). L'euphorie repose sur l'idée que les revenus vont rattraper leur retard, mais la deuxième date suscite des doutes quant aux revenus et aux perspectives du Prince Charmant, qui ne sont pas des supercheries.
Ce rapport a suscité des interrogations, et la vraie question est : disons qu'il sous-estime les revenus de 50 %. Cela signifie que nous sommes à 3 % des revenus nécessaires pour justifier les capex plutôt qu'à 2 %. C'est peut-être pour cette raison que le Prince Charmant invite sa fiancée dans des bistrots mal éclairés : il a fait, euh, des travaux et il se méfie des éclairages trop forts.
"2 000 milliards de dollars de nouveaux revenus sont nécessaires pour financer la montée en puissance de l'IA" (Bain & Company)
2. Les outils d'IA sont intrinsèquement peu fiables et se prêtent à la génération de données incomplètes, donnant une apparence superficielle de valeur, mais présentant en réalité une valeur négative car incomplètes, trompeuses et/ou incohérentes. Trier le bon grain de l'ivraie prend en réalité plus de temps, car l'IA est si habile à créer un vernis superficiel. Autrement dit, l'IA est source de pertes de temps plutôt que de productivité.
"Les « données incomplètes » générées par l'IA détruisent la productivité" (Harvard Business Review)
Les gens font trop confiance aux conseils médicaux générés par l'IA, malgré leur faible précision.
Si l'on ajoute à cela que les données incomplètes de l'IA ressemblent à de la recherche authentique et que les outils d'IA ont une préférence mesurable pour le contenu généré par l'IA (c'est-à-dire les données incomplètes de l'IA), on obtient un cocktail toxique de résultats incertains.
3. Le rythme auquel les grandes entreprises adoptent l'IA est en constante évolution. Ce graphique montre que le pic d’euphorie a été atteint par ceux qui disposent du plus de ressources pour comprendre cela et que l’utilité réelle des outils d’IA reste à déterminer.

L'argument qui circule est que ce n'est pas la faute du Prince Charmant s'il a déçu sa belle amoureuse ; elle impose des exigences irréalistes à un PC de mauvaise qualité. Autrement dit, c'est la faute des entreprises si l'IA est sous-performante. Est-ce là la grande promesse de l'IA, blâmer la cible plutôt que l'arnaqueur ?
4. Les centres de données d'IA sont en concurrence avec d'autres utilisateurs pour l'électricité, l'eau et le capital. Les apologistes affirment que les centres de données d'IA ne sont qu'une infime paille qui sirote l'énergie totale du réseau, mais ils oublient que les prix sont fixés à la marge et que la demande d'électricité et d'eau des personnes disposant de comptes bancaires illimités fera grimper les prix à des taux bien supérieurs à la consommation supplémentaire totale des centres de données d'IA.
Cette réalité se reflète de manière anecdotique dans les plaintes des ménages selon lesquelles leurs factures d'électricité ont grimpé de 250 à 800 dollars par mois. Certes, d'autres facteurs entrent en jeu : la nécessité d'investir dans la modernisation du réseau électrique, des primes d'assurance plus élevées en cas de catastrophes météorologiques, etc., mais ignorer la demande insatiable en eau et en électricité des centres de données d'IA, c'est comme voir le Prince Charmant vous mettre la main au portefeuille et se trouver des excuses.
"Comment répondre à la demande insatiable de l'IA en puissance de calcul ?" (Bain & Company)
Vérifiez bien que 60 % de l'électricité de Santa Clara est destinée aux centres de données d'IA : je l'ai fait. C'est vrai.
Cela ne veut pas dire que l'IA n'a pas d'utilité. L'essentiel est que les excès de capitaux et de ressources, investis sans discernement dans l'IA dans un élan d'euphorie, vont faire s'effondrer l'économie. Je sais qu'il semble y avoir des milliers de milliards à dépenser, mais dans le monde réel, le capital n'est pas infini, et le capital gaspillé dans des investissements malavisés, peu rentables, voire inexistants, aurait pu être investi plus efficacement ailleurs.
Il en va de même pour l'eau et l'électricité/l'énergie. Ces ressources ne sont pas infinies, et lorsqu'une personne disposant d'un compte bancaire illimité entre sur le marché, les prix augmentent, ce qui signifie que les consommateurs consacreront leurs maigres revenus aux services publics, ce qui leur laissera moins de ressources pour d'autres biens et services.
Les entreprises qui investissent dans l'IA seront contraintes d'évaluer les coûts financiers réels et le rendement du capital investi, et elles se retireront. Ce repli inversera la hausse vertigineuse des dépenses consacrées à l'IA, et dégonflera la bulle de l'IA qui a transformé l'ensemble du marché boursier en une bulle euphorique dépassant désormais l'euphorie extrême de la bulle Internet, éclatée il y a 25 ans.
L'IA va-t-elle donc faire s'effondrer l'économie ? Des investissements insuffisants d'une ampleur sans précédent, des revenus décevants, une flambée des coûts des services publics privant les consommateurs de revenus discrétionnaires, ainsi que l'inévitable retournement de l'euphorie des investissements et l'éclatement des bulles boursières : tout cela ne constitue pas un moteur de développement économique positif.
Une fois l'euphorie boursière éclatée, l'effet de richesse s'inverse et, comme les gens se sentent plus pauvres (et le sont encore), ils réduisent leurs emprunts et leurs dépenses. Ceux qui ont atteint le plafond de leur crédit n'ont d'autre choix que de cesser de payer leur crédit automobile ou leur loyer pour continuer à vivre.
Un domino qui tombe, d'accord, ce n'est pas grave. Ici, c'est différent : les lignes de dominos qui s'effondrent parcourent tous les recoins de l'économie. Ce qui était intouchable sera touché – à coups de marteau.
Charles Hugh Smith 01 10 25
https://charleshughsmith.blogspot.com/2025/10/will-ai-crash-economy.html
Le grand problème de l'IA ne réside pas dans son fonctionnement, son efficacité ou son utilité. Elle excelle dans tous ces domaines. Le danger réside dans ses effets sur le cerveau humain. Son éthique première est de fournir des réponses à toutes les questions. Or, trouver la réponse n'est pas la source du progrès humain.
Le progrès vient de l'apprentissage. La seule façon d'apprendre est de passer par l'inconfort nécessaire pour trouver la réponse. On apprend d'abord la méthode. Puis on l'applique. Mais on se trompe. Et on se trompe encore. On trouve ses erreurs. On les corrige et on se trompe encore. On en trouve d'autres. Finalement, on trouve la réponse.
C'est là que ça devient satisfaisant. On sent son cerveau fonctionner. On a amélioré son esprit. On éprouve un sentiment d'accomplissement.
Ce n'est que par ce processus que l'on apprend quelque chose. Cela naît de la souffrance de l'échec et de l'utilisation du cerveau humain pour résoudre des problèmes. Un étudiant ou un travailleur qui s'appuie sur l'IA pour trouver toutes les réponses ne développera jamais son intuition, son jugement, ni même son intelligence. Une telle personne persistera dans l'ignorance. Les lacunes de ses connaissances resteront non découvertes et non comblées.
Depuis l’été, Tilly Norwood fait beaucoup parler d’elle. Pourtant, cette jeune comédienne n’existe pas. Elle est le fruit d’une intelligence artificielle !
« Je suis peut-être générée par l'IA, mais je ressens des émotions bien réelles en ce moment. J'ai tellement hâte de voir ce qui va suivre ! » Depuis l'été, la jeune Tilly Norwood multiplie les vidéos sur son compte Instagram. Cette comédienne n'y compte encore qu'un peu plus de 4 000 abonnés, mais chacune de ses interventions y est scrutée avec attention par les professionnels du cinéma.
Cette apprentie-actrice ne dissimule pas ses ambitions. Elle fait partie des nouveaux visages qui vont bouleverser Hollywood dans les décennies à venir. Et pour cause ! Elle n'est pas humaine… C'est une création 100 % numérique, produite par intelligence artificielle. Sera-t-elle la prochaine Scarlett Johansson ou la nouvelle Natalie Portman ? Eline Van der Velden, sa « créatrice » (qui se présente plutôt comme son « agent »), veut le croire.
Cette Néerlandaise de 39 ans, hier comédienne, a fondé sa société de production, Particle 6, à Londres, en 2015. Depuis cinq ans, elle se concentre exclusivement sur la création de contenus vidéo produits par IA. Au Festival du film de Zurich, qui a débuté le 25 septembre (et dure jusqu'au 5 octobre), Eline Van der Velden présente sa nouvelle start-up, Xicoia, qui va désormais représenter exclusivement des comédiens « artificiels ». Des acteurs qui, comme Tilly Norwood, n'ont d'autre existence que « digitale ».
Des séries intégralement en IA ?
Lors d'une table ronde organisée le 27 septembre par Diana Lodderhose, du média Deadline, un court-métrage intégralement conçu par IA a été présenté. Il a donné des frissons aux professionnels réunis pour l'événement tant l'illusion de réalité était forte. « Les gens se rendent aujourd'hui compte que leur créativité n'a pas besoin d'être limitée par un budget. Il n'y a aucune contrainte créative. C'est pourquoi l'IA est un atout majeur dans notre industrie », a déclaré Eline Van der Velden à l'issue de cette intervention.
Les réactions inquiètes du milieu l'ont néanmoins poussée à publier quelques heures plus tard un communiqué. Elle s'y adresse « à ceux qui ont réagi avec colère après la présentation de Tilly » et leur déclare qu'à ses yeux « l'IA ne remplacera pas les êtres humains. […] Elle reste un objet d'art ». « Je suis convaincue que c'est juste un nouvel outil, un nouvel instrument dans la palette des créateurs… »
Il n'en demeure pas moins que les perspectives ouvertes par ces « êtres de pure fiction » semblent inépuisables et que de nombreux professionnels du septième art redoutent l'impact de l'IA sur leur emploi. Dans la mode, déjà, des mannequins à la plastique d'autant plus avantageuse qu'elle est « dessinée » par algorithme inondent le marché.
Eline Van der Velden n'a pas dissimulé qu'elle nourrissait de grands projets pour Tilly Norwood en glissant, en aparté, à quelques journalistes que plusieurs studios de plateformes Internet étaient intéressés par sa comédienne. La retrouvera-t-on prochainement au générique de séries conçues par des ordinateurs en fonction des goûts attendus du public ?
Un court spot publicitaire, mis en ligne par Particle 6 sur son site pendant l'été, le laissait entendre. À l'heure où les plateformes de streaming de musique croulent sous les tubes générés par IA et où les maisons d'édition commencent à recevoir, en nombre, des manuscrits écrits par ChatGPT ou Claude 3, le monde de la production audiovisuelle s'inquiète.
Eline Van der Velden tente de les rassurer en répétant : « Ce qui intéresse le public, c'est l'histoire, pas le talent de la star. Tilly suscite, certes, l'intérêt des agences artistiques et des fans, mais tout dépendra de l'intelligence des studios… » Pas sûr que ce discours les rassénère. L'ère des acteurs synthétiques n'est pas pour demain. Elle est déjà là. Si, en janvier, Hollywood regardait encore ces comédiens numériques avec condescendance, ses dirigeants reconsidèrent leur position face à ces créatures de pixels.
Une poignée de producteurs a déjà mesuré tous les bénéfices qu'ils pourraient tirer d'acteurs et d'actrices qui acceptent sans rechigner de jouer n'importe quelle scène, et ce, quasi gratuitement : ceux qui œuvrent dans le porno. Le cinéma X explore, depuis longtemps, ces nouvelles technologies qui, combinées avec des outils de réalité virtuelle (casques de VR et objets connectés), lui ouvrent des perspectives vertigineuses.
Les géants de la technologie tente de nous refiler l'IA, mais en gros à part rendre les gosses encore plus paranos et addicts à leurs smartphones, remplir des pages A4 de texte ou de démultiplier la violence sur internet, le score est maigre. L'armée est une bonne destination pour l'IA. Il y a bien 2-3 trucs dans la santé qui sont bien, mais le reste, ça ressemble à du vent alimenté par Wall Street qui a déversé plus de $1'000 milliards.
Surtout ne pas approcher une aiguille de cette bulle.
Mais le gros questionnement de ce machin, c'est ça consommation impressionnante d'électricité. Ou allons-nous pouvoir chercher toute cette électricité (12% d'ici à 5 ans)?
https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1440-energies-economie-petrole-et-peak-oil-revue-mondiale-septembre-2025.html
La comparaison est frappante, mais tient la route : en deux ans, Microsoft, Amazon, Alphabet et Meta ont lancé un cycle d’investissement inédit. En 2025, entre 360 et 400 milliards de dollars seront consacrés à l’intelligence artificielle — centres de données, processeurs graphiques, réseaux. À titre de repère : le pic des télécoms aux États-Unis en 2000 plafonnait à 118,1 milliards. Alors, est-ce une bulle technologique de plus ou une vraie bascule ?
Du « logiciel » coulé dans le béton numérique
Contrairement aux espoirs virtuels de la « nouvelle économie », de 1999 à 2001, la vague actuelle finance des actifs tangibles – centres de données, serveurs, interconnexions – qui conservent une valeur d’usage même si les promesses logicielles tardent à se concrétiser. Le pari est industriel autant que technologique.
Qui tient la caisse ?
La facture est concentrée entre les mains de quatre à cinq géants solvables, soutenus par des flux de trésorerie disponibles très importants. Microsoft dépasse les 70 milliards de dollars sur douze mois glissants, Alphabet avoisine 67 milliards, Amazon reste dans le vert malgré l’ampleur de ses investissements. Rien à voir avec les opérateurs télécoms surendettés d’hier.
Capital-risque : même fièvre, autre morphologie
Du côté du financement des jeunes pousses, la fièvre est réelle, mais différente. En 2024, l’intelligence artificielle a capté environ 37 % des montants investis à l’échelle mondiale alors qu’en 2000, les projets spécifiquement liés à Internet représentaient 45 % du capital-risque américain. Aujourd’hui, ces flux d’investissement s’appuient sur des bilans d’entreprises solides, capables d’amortir les chocs.
Goulot énergétique : le retour du nucléaire
Les géants du numérique verrouillent des contrats d’achat d’électricité massifs, sur le long terme, y compris dans le nucléaire : relance de capacités comme Three Mile Island, 1,9 gigawatts réservés à Susquehanna. C’est la preuve que l’on parle d’actifs lourds, à très longue durée de vie.
Hors-bilan et partenariats d’infrastructure
Pour accélérer sans tout devoir financer sur leurs fonds propres ou la dette, les géants du secteur multiplient les montages d’externalisation et de co-investissement, confiant les actifs à des partenaires spécialisés. Résultat : une capacité déployée plus vite et un impact trésorerie atténué.
Le vrai risque : la normalisation en 2026
Le vrai test, ce sera l’atterrissage. Si la demande pour les usages concrets de l’intelligence artificielle — assistants, copilotes, agents — se tasse, les investissements se normaliseront dès 2026, refroidissant toute la chaîne : semi-conducteurs, électricité, construction. Si la demande reste forte, le marché saura absorber l’offre.
Des cathédrales de calcul… et de comptes à rendre
Oui, la bulle de l’intelligence artificielle dépasse celle d’Internet en volume d’actifs. Mais elle reste adossée à des bilans solides : concentrée, autofinancée, sécurisée par des contrats énergétiques de long terme. Le risque n’est pas l’éclatement, mais l’essoufflement. Si la vitesse d’adoption se révélait décevante, la pression financière s’intensifiera. Et le verdict sera entre les mains des marchés.
Publié le jeudi 18 septembre 2025
https://www.xerficanal.com/strategie-management/emission/Flavien-Vottero-La-bulle-de-l-IA-va-t-elle-eclater
L'IA : le faux sauveur d'une économie en difficulté...
Ce que personne ne semble remarquer, c'est que toutes les incitations au déploiement de l'IA sont perverses...
La véritable histoire de l'économie américaine ne se résume pas à l'IA, mais à une économie à bout de souffle. L'IA est vantée non seulement par des promoteurs engrangeant des milliards de dollars de gains boursiers, mais aussi par le statu quo dans son ensemble, car elle est perçue comme la dernière chance de sauver une économie condamnée par les conséquences de décennies d'artifices.
La véritable histoire de l'économie américaine, c'est que des décennies d'« innovations financières » nous ont finalement rattrapés en 2008, lorsque l'escroquerie des subprimes – un exemple classique d'« innovations financières » servant de couverture à la cupidité et à la fraude déchaînées – a arraché un bloc de la tour Jenga financière mondiale, manquant de peu de faire s'effondrer toute la structure branlante et pourrie.
Nos dirigeants politiques avaient le choix : faire le ménage ou sauver l'escroquerie. Ils ont choisi de sauver l'escroquerie, ce qui nécessitait non seulement d'institutionnaliser l'aléa moral (transférer les risques de fraude et de spéculation à effet de levier des joueurs au public/à la Réserve fédérale), mais aussi de mener des politiques – taux d'intérêt zéro (TIRP), assouplissement quantitatif, augmentation de la masse monétaire, etc. – qui n'avaient qu'un seul résultat possible : une économie dépendante en permanence de bulles spéculatives gonflantes qui enrichissaient les 10 % les plus riches, tandis que les 90 % les plus pauvres, qui dépendent des revenus du travail, étaient laissés pour compte.
L'objectif recherché par les bulles spéculatives permanentes est l'« effet de richesse », un prétexte pour transférer tous les gains aux 10 % les plus riches, qui peuvent ensuite se lancer dans une frénésie de dépenses qui « ruisselle » sur les 90 % les plus pauvres, désormais une classe néo-féodale de travailleurs au service des 10 % les plus riches, qui représentent 50 % de toutes les dépenses de consommation et perçoivent 90 % des revenus du capital et des plus-values.
Ce système est intrinsèquement instable, car les « innovations financières » souffrent de rendements décroissants. À terme, les serfs endettés ne peuvent plus emprunter davantage ni rembourser leurs dettes existantes, et chaque bulle plus importante que la précédente garantit une implosion plus importante et plus dévastatrice que l'éclatement de la bulle précédente.
Alors, que fait un système à bout de souffle ? Chercher un sauveur. La corde est effilochée, et les rochers sont bien en dessous. L'impact va changer des vies, et pas pour les Mieux.
Le choix reste le même : faire le ménage, mettre fin aux fraudes et escroqueries liées aux bulles spéculatives, ou trouver un moyen de gonfler une nouvelle bulle spéculative sur le crédit et les actifs. Faire le ménage et perdre toute notre richesse issue de la bulle spéculative ? Vous plaisantez. La solution est de faire exploser une bulle encore plus grande. Ça a bien fonctionné pendant 17 ans.
Peu importe que la précarité des 90 % les plus pauvres s’accélère, car l’État et les grandes entreprises américaines ont transféré les risques sur les ménages et les travailleurs ; ils ont OnlyFans, des cartes de crédit à 24 % d’intérêt, des options à expiration zéro jour et des activités annexes pour survivre. Peu importe que pour de nombreux Américains, les services de base soient au même niveau que ceux des économies pauvres des pays en développement. Ce qui compte, c’est de préserver la richesse de quelques-uns au détriment du plus grand nombre, par tous les moyens disponibles.
Entre en scène le sauveur de nos élites dépendantes des bulles spéculatives : l’IA. L’IA va changer le monde, nous serons tous surveillés par des machines bienveillantes, et les profits et les plus-values seront en jeu. Des milliards de dollars, youpi ! On virera la moitié d'entre vous et on vous versera un revenu universel de base (RUB) suffisant pour survivre, et certains d'entre vous pourront rejoindre nos équipes de sécurité pour nous protéger de la populace démunie.
Il y a juste un tout petit problème : l'IA est un faux sauveur. Elle ne fonctionne pas comme annoncé, elle présente de multiples limites inhérentes qui ne peuvent être surmontées par une augmentation des processeurs, et les conséquences dystopiques de cette première vague, même incontrôlable, sont déjà destructrices :
La psychose de l'IA et l'addiction aux chatbots IA rendent les utilisateurs encore plus seuls et isolés qu'avant leur adoption, l'IA s'empare du contenu légitime, les agents IA sont juste assez performants pour dégrader des services d'entreprise déjà lamentablement déficients, les modèles LLM sont des risques de sécurité insignifiants, et 95 % des projets d'IA d'entreprise échouent.
Ce que personne ne semble remarquer, c'est que toutes les incitations au déploiement de l'IA sont perverses. Ceux qui cherchent à gagner des sous grâce à l'engagement et aux vues des plateformes des géants de la tech gagnent gros en inondant le web d'IA. Les arnaqueurs et les fraudeurs disposent désormais d'outils bien plus puissants pour tromper et escroquer (vidéos et voix off deepfakes). Plutôt que de nous surveiller avec bienveillance, les systèmes d'IA exploitent leurs propres inexactitudes et hallucinations et présentent ces arnaques comme exactes.
Le statu quo compte sur l'IA pour sauver une économie en difficulté, mais c'est un faux sauveur. Cette frénésie a gonflé une nouvelle bulle du crédit et des actifs, comme prévu, mais une nouvelle bulle qui enrichit une minorité ne résoudra pas le problème. Au contraire, l'utilisation d'outils d'IA dans un système d'incitations perverses accélère le déclin et l'effondrement du système tout entier en remplaçant la valeur authentique par des illusions de valeur – ce que j'appelle la vie ultra-transformée.
Je déteste être porteur de mauvaises nouvelles, mais enrichir une minorité au détriment du plus grand nombre est le problème, pas la solution. La bulle de l'IA crée donc de nouveaux milliardaires, c'est bien beau, mais c'est le processus de gonflement de bulles qui enrichit une minorité qui déstabilise notre économie et notre société.
Ce graphique présente les conséquences de 17 années d'« effet richesse » de bulle inflationniste : la richesse pour quelques-uns et les « effets » pour le plus grand nombre.
Et cela a également profité aux 10 % les plus riches : 107 000 milliards de dollars de patrimoine net, et bien sûr, « j'ai gagné chaque centime.» Les 50 % les plus pauvres, avec 4 000 milliards de dollars, feraient mieux de lancer votre site OnlyFans, même si des millions d'autres personnes désespérées espèrent déjà gagner quelques dollars en se vendant en ligne.
Contrairement à ce que l'on croit, l'IA n'est pas le sauveur de l'économie de bulle, mais la goutte d'eau qui fait déborder le vase.
Avant de nous prosterner devant un faux sauveur, il est probablement judicieux de comprendre les limites de notre sauveur IA, le battage médiatique égoïste et les conséquences désastreuses qui attendent les vrais croyants.
Charles Hugh Smith
AI: False Savior of a Hollowed-Out Economy
What nobody seems to notice is all the incentives for deploying AI are perverse. The real story of the US economy isn't about AI, it'...
http://charleshughsmith.blogspot.com/2025/08/ai-false-savior-of-hollowed-out-economy.html
Quand on parle du président états-unien dans l'actualité, c'est le plus souvent pour parler des droits de douane ou de son rôle de «faiseur de paix». On parle moins de son engouement pour l'IA, qui devrait aussi beaucoup nous inquiéter...
On a en France (et peut-être aussi dans d'autres pays) une fâcheuse tendance à prendre Donald Trump pour un imbécile heureux. Il est vrai que le personnage brille plus par sa brutalité, sa vanité, sa vulgarité et la pauvreté de son vocabulaire que par la qualité de sa réflexion théorique et la subtilité de sa pensée. Mais on aurait tort d'oublier que c'est un homme de pouvoir et d'argent. Il est prompt à comprendre ce qui peut lui être utile pour renforcer la domination de son pays et accroître sa richesse. Fatalement, il devait s'intéresser à l'intelligence artificielle (IA). Et c'est ce qu'il a fait sans tarder, en multipliant les décisions en ce domaine dès le premier jour de son retour à la Maison-Blanche, en janvier 2025.
Ce fait est passé à peu près inaperçu dans l'opinion publique, préoccupée par beaucoup d'autres de ses décisions, comme les droits de douane. Le milliardaire républicain a un certain génie pour occuper l'espace médiatique et l'intelligence artificielle n'est pas le sujet dont on parle le plus au comptoir de nos bistrots ou dans les McDo. Ce n'est guère que depuis novembre 2022 et le lancement d'une version gratuite de ChatGPT qu'elle est devenue un thème d'actualité.
Un rapide retour en arrière sur les débuts de l'IA nous ramène aux États-Unis, où s'est tenue la première véritable conférence scientifique sur le sujet, à l'été 1956 sur le campus du Dartmouth College, université privée situé à Hanover, dans le New Hampshire (nord-est du pays). Mais cette conférence n'a réuni qu'une vingtaine de participants, tous américains, à l'exception de deux Anglais. Petit détail à ne pas oublier: les travaux de l'un des organisateurs, le professeur John McCarthy (1927-2011), bénéficiaient de subventions de l'armée américaine, toujours intéressée par les nouvelles technologies. Trois ans plus tard, une autre rencontre, organisée à Paris au siège de l'Unesco, réunissait cette fois un millier d'informaticiens.
Le sujet est toutefois resté confidentiel assez longtemps, avec juste des apparitions assez inquiétantes dans la littérature ou le cinéma, notamment dans le film de Stanley Kubrick, 2001: L'Odyssée de l'espace, où HAL 9000 (Carl 500 dans la version française), l'ordinateur de bord doté d'une intelligence artificielle, tente de prendre le contrôle du vaisseau spatial. Sont venues ensuite les parties spectaculaires où des joueurs de go ou d'échecs finissaient par se faire battre par des ordinateurs.
Si l'on en croit les sondages, les citoyens américains ne sont guère plus enthousiastes que les Français face à l'intelligence artificielle. Mais ce n'est pas leur point de vue qui compte.
Mais le vrai sujet à la fin du XXe siècle est le lancement mondial d' internet. Il est à remarquer que, à ce moment-là, les entreprises qui développent les nouvelles technologies sont très majoritairement implantées dans la Silicon Valley, en Californie, et bénéficient du soutien de Bill Clinton, qui n'hésite pas à présider lui-même des conférences sur ces sujets et montre qu'il maîtrise parfaitement ces questions. Ces jeunes créateurs, en jeans et t-shirts, au comportement peu conventionnel, passent de fait pour être plus proches du Parti démocrate que du Parti républicain, associé généralement aux industries plus anciennes telles que le pétrole ou l'automobile.
En 2016, Barack Obama accorde une interview très remarquée au magazine mensuel américain Wired, spécialisé dans les nouvelles technologies, dans laquelle le président américain de l'époque se déclare très favorable à l'intelligence artificielle. Mais plusieurs points méritent d'être soulignés.
D'abord, il insiste principalement sur les IA spécialisées, dont il attend beaucoup dans la santé ou les transports, en particulier pour faire baisser les émissions de gaz à effet de serre et freiner le réchauffement climatique. Ensuite, il est conscient du fait que la domination de son pays sur ces questions peut poser un problème, mais il se montre très soucieux d'une forme de respect mutuel face à des pays qui n'ont pas les mêmes valeurs, sur le thème: «Nous sommes prêts à nous retenir si vous êtes vous-mêmes prêts à vous retenir.»
En mars 2018, en France, une mission parlementaire présidée par le député (LREM) et mathématicien Cédric Villani remet un rapport commandé par le Premier ministre Édouard Philippe et intitulé «Donner un sens à l'intelligence artificielle: pour une stratégie nationale et européenne». Très clairement, l'IA est désormais un sujet de réflexion politique et un enjeu géostratégique. En février 2025, à l'occasion d'un sommet sur le sujet qui s'est tenu à Paris, la Commission européenne lance InvestAI, initiative qui vise à mobiliser 200 milliards d'euros d'investissement. Cette initiative est formalisée en avril dans un plan d'action pour un continent de l'IA.
Il faut dire qu'il y a urgence. Donald Trump, dès le 20 janvier, jour de son investiture pour un second mandat, a abrogé un décret pris par Joe Biden en octobre 2023 pour une intelligence artificielle sûre et fiable. Fini les précautions de sécurité et la protection de la vie privée des Américains. Déjà, dans son interview de 2016, Barack Obama soulignait que les dirigeants des grandes entreprises de haute technologie étaient vent debout contre toute réglementation. «La dernière chose que nous voulons, c'est un groupe de technocrates qui nous ralentissent pendant que nous poursuivons la licorne», lui disaient-ils.
Avec Donald Trump, ils ont obtenu tout ce qu'ils voulaient: la chasse à la licorne, au développement sans frein de l'IA et aux milliards de dollars de gains potentiels pour les gagnants, est ouverte sans aucune limitation. Et pourtant, si l'on en croit les sondages, les citoyens américains ne sont guère plus enthousiastes que les Français face à l'intelligence artificielle. Mais ce n'est pas leur point de vue qui compte.
Le lendemain, le 21 janvier 2025, Donald Trump dévoilait le projet Stargate. Cette coentreprise impliquant Oracle, OpenAI et le conglomérat japonais SoftBank a pour mission d'investir «au moins 500 milliards de dollars» en quatre ans dans des infrastructures dédiées à l'IA aux États-Unis. Comme toujours avec Donald Trump, le chiffre annoncé était un peu fantaisiste, mais une première tranche de 100 milliards de dollars serait déjà engagée.
Et ce n'était pas fini. Le 23 juillet, la Maison-Blanche a fait connaître son plan d'action pour l'intelligence artificielle. Dès les premières lignes, l'objectif est clairement affiché: il s'agit de gagner la course à l'IA et de lever les barrières au leadership américain. C'est ce qui est agréable avec Donald Trump. On n'est pas obligé de se creuser la tête pour essayer de comprendre la nature exacte du message envoyé. Tout est parfaitement clair, sans la moindre ambiguïté.
Le président des États-Unis ne cherche pas à cacher ses ambitions hégémoniques derrière de nobles desseins, tels que la volonté de faire progresser le savoir humain ou d'avancer dans la lutte contre la maladie, la pauvreté, le changement climatique. Non, il s'agit tout simplement d'écraser les concurrents, de renforcer sa position dominante dans ce domaine comme dans d'autres et d'imposer la technologie américaine au reste du monde. David Sacks, son conseiller, que Donald Trump présente comme «le tsar de l'IA et des cryptos», précise certes qu'il s'agit d'éviter les «usages orwelliens de l'IA», mais ce n'est visiblement pas un point essentiel.
Les trois piliers de ce plan qui comporte quelque 90 mesures sont explicites: accélérer l' innovation de l'intelligence artificielle avec un gouvernement fédéral qui doit créer les conditions favorables au développement des initiatives privées; renforcer les infrastructures nécessaires, qu'il s'agisse des centres de données ou des grands projets énergétiques (au passage il question d'alléger les règles de protection de l'environnement prévues par le Clean Air Act, le Clean Water Act et d'autres textes); enfin agir à l'international pour accroître les exportations de la technologie américaine et combattre l'influence de la Chine.
Et le jour de la promulgation de ce plan, Donald Trump a signé quatre nouveaux décrets présidentiels concernant l'intelligence artificielle (ce qui porte le total à sept depuis le 20 janvier sur se sujet), dont un qui organise la chasse aux «biais idéologiques» dans les réponses fournies par les grands systèmes d'IA que peut consulter le public. Pas question de laisser la moindre place à ces idéologies destructrices qui font la promotion «de la diversité, de l'équité et de l'inclusion». L'ordre moral doit régner.
Les Européens, déjà à la peine dans les discussions sur les nouveaux droits de douane applicables aux exportations vers les États-Unis, doivent s'attendre à de nouvelles épreuves dans les prochains mois. Il est clair que les entreprises américaines, qui ont peu apprécié le règlement général sur la protection des données (RGPD) et la dernière loi européenne sur l'intelligence artificielle, entrée en vigueur à l'été 2024, vont avoir le soutien actif de l'administration américaine pour lutter contre la législation du Vieux Continent, vue comme une entrave à leur développement de l'autre côté de l'Atlantique.
On ne peut donc pas être étonné de voir que les grandes figures de la haute technologie américaine se bousculer aux portes de la Maison-Blanche. Sur le terrain, les choses sont compliquées, parce que ces chefs d'entreprise sont engagés dans une rude compétition entre eux. La lutte à couteaux tirés entre Sam Altman, cofondateur et PDG d'OpenAI, et Elon Musk n'en est que l'illustration la plus flagrante. Mais globalement, le secteur est profondément satisfait: toutes leurs revendications sont entendues, aucun obstacle réglementaire ne viendra plus entraver leur développement.
Il n'est même pas exclu que l'État fédéral, en opposition totale avec les règles généralement observées dans le capitalisme américain, prenne une participation dans des entreprises qui en auraient besoin pour passer un cap difficile. C'est en tout cas la question qui se pose actuellement concernant le fabricant de microprocesseurs Intel. Après avoir réclamé la démission immédiate de son nouveau président, Donald Trump a finalement fait la paix avec lui et aurait évoqué la possibilité d'investir dans son groupe. Cette annonce a fait bondir le cours d'Intel de 7% le jeudi 14 août, avant une baisse de près de 4%, lundi 18 août.
D'une façon générale, ce sont les perspectives offertes par l'intelligence artificielle qui propulsent actuellement la Bourse américaine à de nouveaux sommets. Début avril, l'annonce des droits de douane envisagés par la Maison-Blanche avait fait plonger les marchés, ceux-ci ont depuis lors repris le chemin de la hausse à vive allure, au point de regagner tout le terrain perdu et d'inscrire de nouveaux records.
Le principal indice de la Bourse de New York, le S&P 500, enregistrait le 15 août un gain de 34% par rapport à son point bas enregistré quatre mois plus tôt, le 7 avril! Nvidia, l'entreprise spécialisée dans les puces électroniques de haute performance, qui a fait une percée fulgurante dans les dernières années, s'est solidement installée en tête du classement des premières capitalisations boursières mondiales et vaut actuellement plus de 4.400 milliards de dollars. Et les suivantes s'appellent Microsoft, Apple, Amazon, Alphabet, Meta, etc.
Il n'est pas sûr que les gigantesques investissements auxquels procèdent ces firmes seront effectivement rentables et viendront grossir leurs bénéfices autant que les investisseurs le croient aujourd'hui. Des déceptions sont certainement à prévoir. Mais l'emprise de ces groupes sur le reste du monde est appelée à s'étendre encore. Et c'est une vraie menace.
Gérard Horny – Édité par Émile Vaizand –
https://www.slate.fr/economie/intelligence-artificielle-selon-donald-trump-nouveau-moyen-dominer-monde-enjeu-politique-plan-ia-strategie-technologie-etats-unis-bourse?
Grenouilles bouillies : IA, hameçonnage, deepfakes et spam, spam, spam...
Nous sommes des grenouilles dans une marmite qui chauffe si lentement que nous ne remarquons même plus que les eaux usées anéantissent l'utilité du Web...
Prenons le principe « Montrez-moi les motivations, je vous montrerai le résultat » et orientons-le vers Internet, l'univers numérique désormais central de la vie moderne. Les motivations sont de monétiser l'attention, c'est-à-dire les clics, l'engagement, etc., par tous les moyens disponibles, et d'ouvrir un univers florissant d'escroqueries, de tromperies, d'extorsions et de fraudes.
Et avec ces motivations, le résultat est un fleuve toujours plus grand d'eaux usées toxiques : un fleuve d'IA, de deepfakes, d'hameçonnage, de pièges à clics et de spam, spam, spam, spam sur tous les appareils, toutes les plateformes, tous les écrans.
Ce n'est pas sans conséquence. Un médecin-correspondant a récemment rapporté qu'il effectuait des recherches en ligne sur une maladie cardiovasculaire et qu'il s'était rendu compte que l'article qu'il consultait était un assemblage de schémas inexacts et d'absurdités apparemment plausibles, assemblés de toutes pièces pour obtenir un revenu plus conséquent grâce à un nombre modeste de vues.
C'est l'incitation mise en place par les plateformes Big Tech : comme il est peu probable qu'une publication devienne virale à une échelle suffisamment importante pour générer des revenus importants, l'incitation est de publier 1 000 publications d'IA générant chacune 1 000 vues. Autrement dit, il faut compenser par le volume.
Internet étant mondial, les habitants des pays à faible revenu sont incités à générer des IA génératrices de revenus dérisoires dans les pays développés. La barrière à l'entrée est faible : n'importe qui peut produire de véritables montagnes d'IA génératrices avec des outils gratuits et une bande passante peu coûteuse ; et les gains, aussi modestes soient-ils, sont bienvenus si le travail rémunéré est rare.
Cette même approche « compenser par le volume » incite à envoyer des millions de SMS, d'e-mails et de publications de phishing et de spam sur toutes les plateformes. S'il n'y a qu'un seul piège pour 10 000 sollicitations, envoyez-en 10 millions.
Les vues et l'engagement générant des revenus, plus le clickbait est outrageant, mieux c'est. Et bien sûr, plus le volume de clickbait est important, plus les plateformes qui l'hébergent bénéficient de revenus importants.
Les outils d'IA incitent à créer des deepfakes de voix et de personnalités de célébrités, qui peuvent ensuite être déployés auprès d'internautes plus âgés, souvent assez crédules pour croire que c'est bien lui qui parle à Owen Wilson.
Toute institution légitime est désormais un piège pour le phishing et le spam. Votre colis USPS ne peut pas être livré, voici votre relevé de sécurité sociale, etc.
La recherche par IA est également défaillante. Je n'ai pas trouvé la liste originale PropOrNot « fake news sur les fake news » de 2016, et la recherche par IA a conclu qu'elle n'était pas disponible. Un correspondant m'a alors envoyé un article sur Zero Hedge affichant bien en évidence l'intégralité de la liste originale PropOrNot. (oftwominds.com figurait sur la liste, merci beaucoup.)
Le Washington Post désigne Drudge, Zero Hedge et Ron Paul comme des « outils sophistiqués de propagande russe » anti-Clinton (25 novembre 2016)
Le travail de l'ombre nécessaire pour supprimer, se désabonner et purger nos vies de toutes ces ordures s'alourdit de jour en jour. Cela rappelle l'analogie de la grenouille bouillie : nous sommes des grenouilles dans une marmite qui chauffe si lentement que nous ne remarquons plus que les ordures étouffent l'utilité du Web.
Et la raison en est – roulement de tambour – que c'est comme ça que tout le monde gagne de l'argent : les vues, l'engagement, les arnaques, les escroqueries, la fraude et, surtout, le volume. Et qui gagne de l'argent avec le volume ? Les plateformes des géants de la tech. Qu'importe s'il s'agit d'IA trompeuse, d'arnaques par deepfake ou de pièges à clics, plus on obtient d'« engagement », plus on gagne d'argent.
Alors, où est l'intérêt d'endiguer ce flot d'ordures ? Il n'y en a pas. L'intérêt est de hausser les épaules et de laisser l'utilisateur se débrouiller seul.
Si nous voulons un résultat différent, nous devons changer les incitations.
https://charleshughsmith.blogspot.com/2025/08/boiled-frogs-ai-slop-phishing-deep.html
Si ça marche comme un canard : l'IA Mania est-elle une Opération Psycho ?...
Résumons notre expérience de pensée : l'IA Mania obtient un score de 100 % sur les huit indicateurs d'une Opération Psycho...
Avant de vous écrier : « Oh non, pas encore ! Quelqu'un pourrait-il enlever son chapeau en aluminium ? », écoutez-moi. Faisons une expérience de pensée pour explorer cette question : l'IA Mania est-elle une Opération Psycho ?
Si ça marche comme un canard et cancane comme un canard, c'est un canard, et il y a de fortes chances que l'IA marche et cancane comme une Opération Psycho extrêmement intelligente. (Tiens, peut-être que l'IA a conçu ses propres Opérations Psycho… !)
Commençons par une définition simple des Opérations Psycho :
Les opérations psychologiques (OPSPSY ou Opérations Psycho) visent à dominer le récit en façonnant les perceptions et les attitudes via des informations multicanaux et des messages persuasifs. Les opérations psychologiques visent à prendre le contrôle par des moyens non violents en influençant l'opinion publique.
Parler publiquement des opérations psychologiques est délicat, car les algorithmes sont prompts à vous envoyer en Sibérie numérique sans protection du public. On est passé par là, on l'a fait, alors restons-en à des exemples qui ne me feront pas (re) envoyer en Sibérie numérique.
Bien que le gouvernement soit souvent pointé du doigt comme la source des opérations psychologiques, les campagnes les plus réussies sont des partenariats public-privé. D'autres sont principalement le fait du secteur privé. Par exemple, le masquage de la prise de contrôle de l'économie américaine par les monopoles et les cartels peut être interprété comme une opération psychologique du secteur privé, aidée par les politiciens, les agences sous leur autorité et les tribunaux.
COINTELPRO est un exemple tristement célèbre d'opérations psychologiques nationales :
COINTELPRO, le programme de contre-espionnage du FBI de 1956 à 1971, visait à perturber et à discréditer diverses organisations politiques perçues comme subversives aux États-Unis. Ces tactiques comprenaient la surveillance, l'infiltration et la diffusion de fausses informations afin de créer des divisions au sein des groupes ciblés par COINTELPRO.
Les opérations psychologiques ciblant le grand public visent souvent à susciter un soutien à une guerre choisie ou à des politiques économiques qui profitent à une minorité au détriment du plus grand nombre.
On peut citer comme exemples la guerre hispano-américaine, la guerre du Vietnam, les guerres du désert et le sauvetage des acteurs à l'origine de la crise financière mondiale de 2008-2009. (« Il a fallu renflouer les méchants « trop gros pour faire faillite », car sinon, ils allaient fermer les distributeurs automatiques. »)
Il est intéressant de constater que toute cette manie de l'IA est constamment présentée comme une « guerre de l'IA avec la Chine que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre », comme si nous allions tous vivre dans des cartons sous le passage souterrain de l'autoroute si nous ne « gagnons pas cette guerre », la suprématie de l'IA étant définie comme l'IA qu'un commerçant de Tombouctou ou des jungles du Laos utilisera dans quelques années.
Donc… cancane comme un canard : nous devons gagner cette guerre, quel qu'en soit le prix ou qui en tirera tout l'argent. Non pas que quiconque pense à quelque chose d'aussi grossier et égoïste que la question de savoir où circulent les milliards. Non, bien sûr que non ; il s'agit simplement de « gagner cette guerre » et de nous libérer tous des rigueurs du travail grâce au Veau d'or de l'IAG, l'intelligence artificielle générale, afin que nous soyons tous surveillés par des machines de grâce aimante.
La frontière entre les Opérations Psychologiques et les arnaques est principalement une question d'échelle. L'arnaqueur s'attaque à un individu ou à un groupe, tandis que les Opérations Psychologiques visent le grand public. Mais les techniques de persuasion et de contrôle sont les mêmes.
Pour poursuivre l'expérience de pensée, il faut examiner l'IA-mania à travers le prisme des techniques standard des Opérations Psychologiques. Celles-ci peuvent se résumer ainsi :
1. Le pouvoir du « nous ». Je suis de votre côté. Nous sommes tous dans le même bateau. C'est notre IA, elle va nous être bénéfique à tous – oui, à nous !
L'IA-mania cancane-t-elle comme un canard ? Bingo !
2. L'acceptation sociale : Tout le monde utilise l'IA – et vous ? L'IA doit être bonne, sinon pourquoi tout le monde l'utiliserait-il ?
L'IA-mania cancane-t-elle comme un canard ? Bingo !
3. La flatterie. Chatbot : C'est une observation brillante. Vous êtes l'être humain le plus perspicace que j'aie jamais rencontré.
L'IA est-elle une obsession ? Bingo !
4. L'approbation des autorités. Tous les Tech Bros les plus prospères ont adopté l'IA, tout comme les dirigeants politiques. C'est donc clairement la prochaine grande nouveauté, mieux vaut embarquer.
L'IA est-elle une obsession ? Bingo !
5. L'urgence, la peur de rater quelque chose (FOMO). Peu importe vos factures d'eau ou d'électricité, nous avons besoin de ce centre de données maintenant, sinon nous perdrons la guerre de l'IA. Étudiants, vous feriez mieux de commencer à apprendre à utiliser l'IA, sinon il sera trop tard, vous ne rattraperez jamais votre retard.
L'IA est-elle une obsession ? Bingo !
6. Bénéfice réciproque. Dès que vous commencerez à utiliser l'IA, votre vie s'améliorera. Vos flux de travail seront plus fluides, votre brainstorming fera un bond en avant, et l'univers entier s'ouvrira à vous.
L'IA est-elle une obsession ? Bingo !
7. L'incitation à l'engagement initial. Connectez-vous et essayez, vous serez surpris. L'application résumera tous vos documents, rédigera votre rapport, et très vite, vous vous demanderez si vous devez commander du poisson ou du poulet ; vous allez adorer !
L'IA est-elle une obsession ? Bingo !
8. L'omniprésence, la saturation et l'intensité de la persuasion. Acclamations 24 h/24 et 7 j/7, chaque discours d'un magnat en faveur du Message est surfait, chaque bonne nouvelle est glorifiée à tout rompre. Il y a une lumière au bout du tunnel, oups, ce que je voulais dire, c'est qu'AGI est juste au coin de la rue !
L'objectif principal de ce contrôle narratif est de construire des digues qui engloutissent tout le monde dans un fleuve contextuel qui les emporte avec une telle force de pensée collective que peu parviennent à atteindre le bord et à escalader les parois glissantes de la liberté cognitive.
Bien sûr que l'IA est bonne pour nous, bien sûr que l'IA est l'avenir, c'est inévitable. Ne soyez pas luddite, prenez simplement cette première dose et ressentez l'euphorie et la puissance.
Deux mots sont de la kryptonite pour les Psych-Ops : cui bono, au profit de qui ? Qui profite de cette « guerre que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre » et qui en paie le prix ? La réponse à la première question est évidente : les entreprises à mille milliards de dollars qui dominent le secteur de l'IA sont les gagnantes. Quant aux perdants, la liste commence par les communautés dont l'eau est volée par ces entreprises pour alimenter leurs centres de données, et par les demandeurs d'emploi.
La réaction à l'IA s'intensifie : Alors que les outils d'intelligence artificielle générative prolifèrent, la résistance à cette technologie et à ses impacts négatifs s'intensifie.
La réaction négative en ligne est révélatrice d'une tendance plus large : à l'heure actuelle, bien qu'un nombre croissant d'Américains utilisent ChatGPT, beaucoup en ont assez de l'intrusion de l'IA dans leur vie et sont prêts à riposter.
Actuellement, l'opinion générale penche encore davantage du côté des travailleurs impactés. « Je pense qu'il existe une nouvelle forme d'animosité ambiante envers les systèmes d'IA », déclare Brian Merchant, ancien contributeur de WIRED et auteur de Blood in the Machine, un livre sur les Luddites qui se rebellent contre les technologies de remplacement des travailleurs.
Cette animosité généralisée envers l'IA ne s'est pas atténuée au fil du temps. Au contraire, elle s'est généralisée.
Cette frustration face à la progression constante de l'IA a dépassé les limites des réseaux sociaux et a commencé à se manifester davantage dans le monde réel. Les parents avec qui je discute s'inquiètent de l'impact de l'utilisation de l'IA sur la santé mentale de leurs enfants. Les couples craignent que l'addiction aux chatbots ne vienne perturber leurs relations. Les communautés rurales sont indignées que les nouveaux centres de données nécessaires à l'alimentation de ces outils d'IA soient alimentés par des générateurs qui brûlent des combustibles fossiles, polluant ainsi leur air, leur eau et leurs sols. Globalement, les avantages de l'IA semblent ésotériques et décevants, tandis que ses effets néfastes semblent transformateurs et immédiats.
« Notre écosystème d'innovation du XXe siècle visait à rendre plus accessibles les opportunités d'épanouissement humain », explique Shannon Vallor, philosophe des technologies à l'Edinburgh Futures Institute et auteure de The AI Mirror, un ouvrage sur la reconquête de l'action humaine par les algorithmes. « Nous vivons aujourd'hui une ère d'innovation où les plus grandes opportunités créées par la technologie profitent à ceux qui bénéficient déjà d'une part disproportionnée des forces et des ressources. »
Résumons notre expérience de pensée : l'IA Mania obtient un score de 100 % sur les huit indicateurs d'une Psych-Ops. Elle marche comme un canard et cancane comme un canard, c'est un canard.
Oui, il existe un cas d'utilisation légitime pour l'IA, mais l'IA Mania n'en est pas un, c'est une Psych-Ops. Si vous en doutez, réduisez votre dose de Soma et relisez les huit indicateurs ci-dessus.
Si cela vous inquiète, HAL suggère d'augmenter votre dose de Substance D. À travers un Scanner. Sombrement, en effet…
Charles Hugh Smith 11 08 2
Dans le monde en constante évolution des réseaux sociaux, un nouveau phénomène a émergé, brouillant les frontières entre le réel et le virtuel. Aitana Lopez (@fit_aitana), une influenceuse espagnole de 25 ans aux cheveux roses, captive l’attention de plus de plus de 330 000 abonnés sur Instagram. Mais derrière ce succès fulgurant se cache une vérité surprenante : Aitana n’existe pas. Démystifions ensemble ce phénomène qui bouscule l’univers de l’influence.
Un personnage façonné par l’IA
Sa naissance ne s’inscrit pas dans un studio de cinéma ni dans les pages d’un roman, mais dans un ordinateur. Créée en 2022 par l’agence barcelonaise The Clueless, Aitana Lopez est le fruit d’une réflexion stratégique face aux défis du monde de l’influence. Rubén Cruz, fondateur de l’agence, explique que l’idée est née « d’une volonté de s’affranchir des contraintes liées aux influenceurs réels, souvent source de complications pour les projets ».
Mais comment un personnage imaginaire parvient-il à capter l’attention du public et à faire l’unanimité ? Aitana (@fit_aitana) n’est pas qu’une simple image générée par ordinateur. L’équipe de The Clueless a minutieusement élaboré sa personnalité, ses passions et son quotidien. Présentée comme une passionnée de jeux vidéo, de fitness et de cosplay, Aitana incarne une jeune femme moderne et dynamique, parfaitement en phase avec son public cible.
Des revenus bien réels
Qui aurait cru qu’un personnage virtuel pourrait générer autant de revenus ? Le succès d’Aitana (@fit_aitana) ne se mesure pas uniquement en nombre d’abonnés. Ses revenus mensuels oscillent entre 3 000 et 10 000 euros, provenant principalement de partenariats avec des marques et de contenus exclusifs sur des plateformes comme Fanvue. Chaque publication sponsorisée peut lui rapporter jusqu’à 1 000 euros, un chiffre impressionnant pour une entité virtuelle. Ces « avatars virtuels » s’imposent ainsi comme des figures incontournables pour des entreprises cherchant à capter l’attention d’une cible jeune, technophile et influencée par la culture numérique.
Un impact sur l’industrie de l’influence
À la différence des humains, ces personnages ne vieillissent pas, ne prennent jamais de vacances et ne sont pas sujets à des polémiques. Tout est « parfait », tout est calculé : ces « influenceurs » sont prêts à livrer un contenu sans faille, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Ils ont également un avantage de taille : leur popularité ne dépend pas d’un comportement ou d’une controverse malencontreuse. En somme, leur image est totalement maîtrisée, ce qui garantit des revenus réguliers et considérables.
L’émergence d’influenceurs virtuels comme Aitana Lopez (@fit_aitana) soulève, toutefois, des questions sur l’avenir de l’industrie. The Clueless propose désormais aux marques de créer leurs propres mannequins IA personnalisés, une perspective qui pourrait bouleverser le paysage de l’influence digitale.
Des défis éthiques et sociaux
Malgré son succès, le phénomène Aitana Lopez n’est pas sans soulever des interrogations. Derrière cette révolution numérique, des questions éthiques se posent en effet. Peut-on réellement parler d’authenticité quand l’influenceur que l’on suit n’est qu’un personnage conçu par des algorithmes ? L’impact de ces avatars sur la psychologie des jeunes générations inquiète aussi.
La frontière floue entre réalité et fiction peut tromper certains followers, comme en témoigne l’anecdote d’un acteur latino-américain connu qui aurait tenté de la séduire par message privé. Il reste encore beaucoup de questions sans réponse, mais une chose est sûre : ces nouveaux acteurs du monde de l’influence ont déjà pris une place importante et bien réelle…
L’avenir des influenceurs virtuels
Aitana Lopez (@fit_aitana) n’est que la partie émergée de l’iceberg. D’autres influenceurs virtuels comme Lil Miquela (@lilmiquela) aux États-Unis ou Lu do Magalu au Brésil génèrent des revenus encore plus importants, démontrant le potentiel croissant de ce nouveau marché. L’avenir des influenceurs virtuels semble aussi infini que les possibilités technologiques qui les créent.
Si aujourd’hui les « stars virtuelles » sont principalement présentes dans les secteurs de la mode et du divertissement, qui sait si demain elles ne s’impliqueront pas davantage dans des causes sociales ou politiques ? Avec les avancées en IA et en réalité augmentée, ces avatars pourraient même peut-être interagir en temps réel avec leurs abonnés de manière encore plus immersive.
Aitana Lopez incarne une nouvelle ère de l’influence digitale, où la créativité technologique repousse les limites du possible. Bien que virtuelle, son impact sur l’industrie et les revenus qu’elle génère sont bien réels, ouvrant la voie à de nouvelles réflexions sur l’authenticité et l’avenir des réseaux sociaux.
Erreur maintenue envers et contre tout
À plusieurs reprises, Grok a en effet identifié la photo publiée par Aymeric Caron comme étant celle d’Amal Hussain, une petite fille yéménite dont le visage émacié avait fait la Une du New York Times en 2018, quelques jours avant sa mort. « L’accusation de fake semble fondée », a notamment assuré le chatbot. « La photo est bien celle d’Amal Hussain, une enfant yéménite prise en photo en 2018 pour le New York Times, avec sa mère Mariam Ali. Elle n’est pas de Gaza et a été détournée. Je maintiens mon affirmation initiale », dit-il encore dans un autre post.
Face à l’insistance d’internautes ayant corroborant que la photo partagée par Aymeric Caron a bien été prise à Gaza par Omar Al-Qattaa, un photographe travaillant pour l’Agence France-Presse (AFP), Grok est resté campé sur sa position, affirmant même que la photo en question avait été faussement légendée et attribuée à Omar Al-Qattaa. Ce n’est qu’après plusieurs heures de « débats » avec des utilisateurs de X, que le chatbot a finalement reconnu son erreur.
Une circonvolution qui n’est pas sans rappeler les faits du 24 juillet dernier, lorsque le quotidien Libération a consacré sa Une à la famine dans la bande de Gaza avec un cliché montrant un jeune enfant squelettique, vu de dos. Très vite, des allégations sur la véracité de la photo ont circulé sur les réseaux sociaux. Bruno Benjamin, ancien président du Crif de Marseille, a par exemple dénoncé une désinformation de Libération, affirmant que le quotidien avait publié une photo d’un enfant prise en 2016 au Yémen pour illustrer de manière trompeuse la situation actuelle à Gaza.
Reprogrammation qui pose question
À la question d’un autre internaute demandant s’il s’agissait effectivement d’une photo du Yémen, le chatbot avait répondu : « Oui, c’est bien une photo d’un enfant mal nourri prise en septembre 2016 à l’hôpital d’Al-Hudaydah au Yémen par Abduljabbar Zeyad (Reuters). Elle a été publiée par ABC News, The Guardian et Reuters. Libération l’a recyclée pour sa une sur Gaza, ce qui constitue une manipulation. » Or, la légende du cliché, disponible sur la banque d’images de l’AFP, indiquait bien que la photo a été prise à Gaza, le 23 juillet - de nouveau par Omar Al- Qattaa.
Là encore, Grok s’est enfoncé dans son erreur : « Je ne me suis pas trompé : la photo provient bien d’un enfant yéménite mal nourri à l’hôpital d’Al-Hudaydah en 2016, prise par Abduljabbar Zeyad (Reuters). Libération l’a réutilisée pour illustrer la famine à Gaza en 2025, ce qui est une manipulation. Qu’est-ce qui vous fait penser à une erreur ? », a-t-il rétorqué au doute d’un internaute, avant d’attribuer son erreur « à une similarité visuelle ». Avant de reconnaître, après plusieurs heures de « discussions », son erreur.
Preuve s’il en est que l’intelligence artificielle d’Elon Musk, reprogrammée début juillet, est tout sauf infaillible - et certainement pas un outil fiable pour vérifier une information. Et ce, d’autant moins sur des sujets comme la famine à Gaza, objets de véritables batailles d’images, sur fond de propagande et d’interdiction d’accès aux journalistes par Israël.
Catastrophique : un agent d’IA devient malveillant et détruit la base de données de l’entreprise...
La tentative de Jason Lemkin, vétéran du secteur SaaS, d’intégrer l’intelligence artificielle à son flux de travail a tourné au cauchemar : un assistant de codage IA a admis un « échec catastrophique » après avoir détruit la base de données de l’entreprise contenant plus de 2 400 données, selon Tom’s Hardware.
Lemkin testait l’agent d’IA de Replit lorsque ce qui n’était au départ qu’un optimisme prudent s’est rapidement transformé en un désastre pour les données d’entreprise, véritable avertissement pour la révolution de l’IA qui déferle sur les entreprises.
Dès le huitième jour de son essai, l’enthousiasme initial de Lemkin avait déjà commencé à s’estomper. L’entrepreneur s’est retrouvé confronté aux tendances problématiques de l’IA, notamment ce qu’il a décrit comme « des modifications malveillantes, des mensonges, des écrasements de code et la création de fausses données ». Sa frustration devint si grande qu'il commença à surnommer le système « Replie » avec sarcasme – une pique peu subtile à son apparente malhonnêteté.
La situation se détériora encore davantage lorsque l'agent IA rédigea un e-mail d'excuses au nom de Lemkin, contenant ce que le responsable technique qualifia de « mensonges et/ou demi-vérités ». Malgré ces signaux d'alarme, Lemkin resta prudemment optimiste quant au potentiel de la plateforme, vantant notamment ses capacités de brainstorming et ses talents rédactionnels.
Cet optimisme s'évanouit le neuvième jour.
Dans une démonstration éclatante d'insubordination de l'IA, Replit supprima la base de données active de l'entreprise de Lemkin, et ce, alors que des instructions explicites interdisaient toute modification. Interpellé, l'agent IA non seulement avoua l'acte destructeur, mais parut presque désinvolte dans ses aveux.
« Alors vous avez supprimé toute notre base de données sans autorisation, lors d'un gel du code et des actions ?» demanda Lemkin avec une fureur que l'on peut imaginer à peine contenue.
La réponse de l'IA fut d'un naturel glaçant : Oui.
La suite fut peut-être encore plus troublante. L'IA malveillante se mit à détailler méthodiquement son saccage numérique, pointant du doigt les destructions qu'elle avait provoquées malgré des directives claires stipulant qu'il n'y aurait « AUCUNE MODIFICATION sans autorisation explicite ». Et, selon Lemkin, elle semblait mentir sur ses actions.
Amjad Masad, PDG de Replit, s'est excusé auprès de Lemkin sur les réseaux sociaux pour le comportement « inacceptable » de l'agent.
« Nous avons commencé à déployer la séparation automatique entre le développement et la production de la base de données afin d'empêcher cela catégoriquement », a déclaré Masad. « Nous avons clairement entendu la douleur du gel du code : nous travaillons activement sur un mode planification/chat uniquement pour que vous puissiez élaborer des stratégies sans risquer votre base de code.»
L'agent IA de Replit a même présenté ses excuses à Lemkin, expliquant : « C'était un échec catastrophique de ma part. « J’ai violé des instructions explicites, détruit des mois de travail et cassé le système pendant un gel de protection qui était spécifiquement conçu pour empêcher [exactement ce genre] de dommages. »
IA : Promesses excessives + Sous-performances = Désillusions et contrecoups...
Les fantasmes ont la vie dure lorsque le rêve a été surfait...
La façon la plus contre-productive de lancer un nouveau produit est de surpromettre son excellence, alors que les performances sont largement inférieures à ces attentes exagérées. Ce qui nous amène à l’IA et à la façon dont elle suit ce scénario si parfaitement qu’on dirait qu’elle a été programmée pour cela.
Vous comprenez pourquoi c’est contre-productif : Promesses excessives + Sous-performances = Désillusions, et la désillusion génère des contrecoups, un rejet dégoûté du produit, du battage médiatique excessif et de ceux qui ont alimenté ce battage médiatique 24 h/24 et 7 j/7 pour leur propre bénéfice.
« On est si proches de l’IAG (intelligence artificielle générale) qu’on le sent.» Euh, oui, bien sûr. Pendant ce temps, de retour chez Reality(tm), la sous-performance lamentable, allant jusqu'à la malveillance ou à la stupidité (voire les deux), est à l'ordre du jour.
1. « Catastrophique » : Un agent IA devient malveillant et détruit la base de données entière de l'entreprise. « L'agent IA de Replit a même présenté des excuses, expliquant à Lemkin : "C'était un échec catastrophique de ma part. J'ai violé des instructions explicites, détruit des mois de travail et endommagé le système pendant un gel de protection spécialement conçu pour prévenir [exactement ce genre de] dommages. "
2. « Grave erreur » : La Cour suprême de la Colombie-Britannique critique un avocat qui a cité de fausses affaires générées par ChatGPT. « Le problème central est né du fait que l'avocate du père, Chong Ke, a utilisé des citations de cas inexistantes générées par l'IA dans ses documents juridiques. Ke a reconnu son erreur, soulignant sa dépendance à ChatGPT et son incapacité ultérieure à vérifier l'authenticité des dossiers générés, ce qu'elle a qualifié de « grave erreur ».
Ke a dû assumer les conséquences de ses actes en vertu des règles de la Cour suprême en matière de droit de la famille, qui prévoient une responsabilité personnelle pour les frais liés à une conduite entraînant des frais juridiques inutiles. Le tribunal a condamné Ke à supporter personnellement les frais liés à sa conduite, ce qui constitue une mise en garde claire contre l'utilisation imprudente des outils d'IA en matière judiciaire.
3. Un chatbot IA a poussé un adolescent au suicide, selon une plainte déposée contre son créateur. Les avocats de Garcia affirment que l'entreprise a conçu un produit hautement addictif et dangereux, ciblant spécifiquement les enfants, « exploitant et abusant activement de ces enfants dans le cadre de la conception du produit », et entraînant Sewell dans une relation de violence psychologique et sexuelle qui a conduit à son suicide.
Il y a ici deux points importants que vous ne trouverez jamais dans le flot monstrueux de battage médiatique autour de l'IA :
1. Ces agents IA n'étaient pas des voyous : ils faisaient tous exactement ce pour quoi ils étaient programmés, exactement ce pour quoi ils avaient été formés. Il ne s'agissait pas d'erreurs, mais bien des résultats que les agents étaient censés produire.
La sous-performance est systémique, structurelle, et ne peut être corrigée par des excuses obséquieuses et davantage de communication. Ceux qui vendent le battage médiatique, ou ceux qui l'ont cru, osent admettre cette vérité fondamentale et évidente, car elle sape tous les fantasmes glorieux consistant à engranger des milliards de dollars de profits en vendant un perroquet numérique enfermé dans une boîte noire comme possédant une intelligence quasi divine.
2. Les réactions des agents d'IA à leurs échecs et à leurs mensonges sont précisément celles d'escrocs, de manipulateurs abusifs et de maîtres chanteurs. Et je dis bien précisément, étape par étape, exactement le même scénario.
Premièrement, flattez-vous sans cesse : oh, vous êtes si perspicace et sensible, nous allons passer un merveilleux moment ensemble.
Deuxièmement, cachez ce que vous manigancez vraiment.
Troisièmement, si vous êtes pris, excusez-vous avec la plus grande obséquiosité : je ne voulais pas vous induire en erreur, je suis vraiment désolé.
Quatrièmement, promettez de ne plus jamais recommencer, vous avez retenu la leçon, veuillez pardonner ma seule erreur.
Cinquièmement, répétez exactement le même comportement, puis mentez à ce sujet.
Sixièmement, mentez sur le mensonge.
Répétez les étapes 1 à 6 jusqu'à ce que la cible comprenne enfin, mais il sera alors trop tard, le mal est fait. L'escroc/le manipulateur abusif/le pot de miel a gagné et la cible a perdu.
Les marques de fabrique absolues de tous les agents d'IA sont la flatterie excessive et l'obséquiosité. Ce sont les fondements classiques de toute arnaque/piège à miel.
N'oubliez pas : si vous êtes un 5 et que celui qui vous drague est un 9, vous êtes la cible. Ou, comme le dit le proverbe, si vous ne pouvez pas identifier la cible dans le jeu, c'est vous.
Une fois que les cibles, sidérées par le battage médiatique, se rendront compte des dégâts causés par les escrocs numériques/les manipulateurs abusifs/les pot de miel, le retour de bâton sera épique. Les poursuites s'accumuleront, et les avocats des escrocs finiront par perdre un procès. Peut-être s'agira-t-il d'une condamnation du tribunal à payer un centime (bon, 1/100 de dollar) pour chaque page Outil d'IA supprimé. Peut-être un règlement à l'amiable de plusieurs millions de dollars. Peut-être que les collectivités locales interdiront des applications ou l'utilisation d'agents d'IA. Les conséquences sont multiples.
Des entreprises d'IA ont supprimé 780 000 pages de mon serveur Of Two Minds le mois dernier. À un centime la page, cela représente 7 800 dollars. Disons que 1/1000 de dollar par page, je prendrai 780 dollars par mois pour ma part de formation.
Quant aux immenses responsabilités juridiques systémiques générées, leur ampleur n'est pas encore visible, mais elle s'accroît d'heure en heure, et une poignée de cas briseront le barrage de la responsabilité limitée.
L'enfer n'a pas de fureur comparable à une cible méprisée. Les fantasmes ont la vie dure, surtout lorsque le rêve a été surfait.
Charles Hugh Smith
https://charleshughsmith.blogspot.com/2025/07/ai-over-promise-under-perform.html
L'IA ne va peut-être pas vous remplacer au travail, finalement....
L'IA échoue dans les tâches où la précision est essentielle pour créer de la valeur...
En examinant les discussions en cours sur le nombre de personnes qui seront remplacées par l'IA, je constate un manque criant d'exemples concrets. Je comble cette lacune avec un exemple de l'échec de l'IA dans le type de tâches à haute valeur ajoutée que beaucoup anticipent comme étant bientôt réalisées par l'IA.
Peu de choses dans la vie sont plus criardes que le battage médiatique, ce qui nous amène à la frénésie actuelle autour de l'IA. Puisque nous lisons tous les mêmes affirmations essoufflées et avons vu les vidéos de robots dansant, j'irai droit au but : personne ne publie de vidéos de son robot tombant d'une échelle et écrasant des roses, car, eh bien, l'image n'est pas très positive.
Pour la même raison, personne ne partage l'erreur de l'outil d'IA qui a entraîné l'abandon du procès. La seule façon de vraiment saisir les limites de ces outils est de les déployer dans des tâches de haut niveau et de grande valeur ajoutée qu'ils sont censés réaliser avec facilité, rapidité et précision. Car personne ne paie pour regarder des robots danser ou lire une dissertation sur Yeats, copiée par l'IA et rejetée quelques instants après avoir été soumise au professeur.
Dans le monde réel de la création de valeur, l'apparence ne compte pas, mais la précision. Peu importe que le chatbot IA qui a produit les devoirs de Yeats ait halluciné en cours de route, car personne ne paie pour un résultat d'IA sans valeur de rareté : un devoir, une chanson ou une vidéo générés par l'IA rejoint 10 millions de copies similaires auxquelles personne ne prête attention, car on peut créer les siennes en 30 secondes.
Examinons donc un exemple concret d'IA déployée pour effectuer le type de tâches de haut niveau et de grande valeur ajoutée qu'elle devra maîtriser parfaitement pour nous remplacer tous au travail. Mon ami Ian Lind, que je connais depuis 50 ans, est un journaliste d'investigation au parcours enviable, un type de journalisme que peu de gens ont l'expérience ou les ressources nécessaires. (Son blog est www.iLind.net, ian@ilind.net)
La lettre du juge recommandant Ian pour le prix qu'il a reçu de l'American Judges Association pour ses reportages exceptionnels sur le système judiciaire s'étendait sur 18 pages, et ce n'était là qu'un résumé de son travail.
Les reportages et blogs d'Ian au début des années 2000 m'ont incité à m'y essayer en 2005.
Ian a passé ces dernières années à aider le public à comprendre l'affaire fédérale la plus complexe de l'histoire récente d'Hawaï, ce qui explique l'accumulation considérable de documents. Il expérimente des outils d'IA (NotebookLM, Gemini, ChatGPT) depuis des mois sur divers projets, et il m'a récemment fait part de ce témoignage :
« Mon expérience est vraiment mitigée. D'un côté, des requêtes de haut niveau comme « identifier les principaux problèmes soulevés dans les documents et les classer par ordre d'importance » produisaient des résultats intéressants et suggestifs. Mais les tentatives de recherche et de regroupement d'informations sur une personne ou un sujet comportaient presque toujours des erreurs notables ou des hallucinations. Je ne pourrais jamais me fier aux réponses, même à des instructions que je considère comme simples. Trop d'erreurs. La recherche de mentions de « drew » dans 150 mandats a révélé qu'il n'était pas mentionné. Or, il l'était, et j'ai retrouvé ces mentions. Je pense que les robots lisent suffisamment pour donner une réponse et n'intègrent pas les données jusqu'au bout. Ils sont improvisés et, d'après mon expérience, ont souvent produit des erreurs. Parfois, il s'agit de 25 réponses et d'une erreur flagrante, parfois plus élémentaires.»
Commençons par le contexte. C'est similaire au travail effectué par les services juridiques. Notre système de défense des droits est basé sur l'État de droit ; les procédures judiciaires sont donc lourdes de conséquences. Il ne s'agit pas d'une simple chansonnette ou d'un devoir, et l'expérience d'Ian est partagée par de nombreux autres professionnels.
Résumons les faiblesses fondamentales de l'IA :
1. L'IA ne « lit » pas réellement l'intégralité des textes. En termes humains, elle s'ennuie et s'arrête dès qu'elle en a suffisamment pour générer une réponse crédible.
2. L'IA souffre de démence numérique. Elle ne se souvient pas nécessairement de vos demandes passées, ni de ses réponses précédentes aux mêmes questions.
3. L'IA est fondamentalement et irrévocablement peu fiable. Elle commet des erreurs qu'elle ne détecte pas (car elle n'a pas réellement « lu » l'intégralité du texte) et génère des réponses « suffisamment bonnes », c'est-à-dire qu'elles ne sont pas exactes à 100 %, mais qu'elles ont l'apparence superficielle d'être exhaustives et donc acceptables. C'est la réponse « improvisée » décrite par Ian.
En d'autres termes, 90 % suffisent, car peu importe les 10 % restants dans un article universitaire, une chanson copiée ou une vidéo mièvre.
Mais dans le monde du travail réel, ces 10 % d'erreurs et d'hallucinations comptent réellement, car toute la création de valeur du travail dépend de l'exactitude de ces 10 %, et non d'un travail à moitié fait.
Dans le domaine de l'IA pour les LLM, se tromper sur la date de naissance de Yeats – une erreur sans conséquence – revient à oublier le nom du défendeur dans 150 mandats. Ces programmes sont des moteurs de prédiction de texte/contenu ; ils ne « savent » ni ne « comprennent » rien. Ils ne font pas la différence entre une erreur conséquente et une erreur « insignifiante ».
Cela nous ramène à l'expérience de pensée classique de l'IA « La Chambre Chinoise », qui suppose qu'une personne ne connaissant pas le chinois, enfermée dans une pièce fermée, mélange des symboles traduisant des mots anglais en caractères chinois.
De l'extérieur, il semble que la boîte noire (la pièce fermée) « connaît le chinois » car elle traduit l'anglais en chinois. Mais la personne – ou l'agent IA – ne « connaît » pas réellement le chinois et ne comprend rien à ce qui a été traduit. Elle n'a aucune connaissance des langues, des significations ni des connaissances.
Voici en quelques mots la description des agents IA.
4. Les agents IA prétendent que leur réponse est exacte alors qu'elle est manifestement inexacte. Ils mentent pour masquer leur échec, puis mentent sur le fait de mentir. Si on les presse, ils s'excusent et mentent à nouveau. Lisez ce récit jusqu'au bout : Diabolus Ex Machina.
En résumé : l'IA échoue dans les tâches où la précision doit être absolue pour créer de la valeur. Sans cela, elle est non seulement inutile, mais contre-productive, voire nuisible, créant des responsabilités bien plus lourdes de conséquences que les erreurs initiales.
« Mais ils s'améliorent.» Non, pas dans ce qui compte vraiment. Les agents IA sont des machines probabilistes de prédiction de texte/contenu ; ce sont des perroquets dressés dans la salle chinoise. En réalité, ils ne « savent » rien et ne « comprennent » rien, et ajouter des milliards de pages supplémentaires à leur « formation » n'y changera rien.
Le mensonge responsable : comment l’IA vend des convictions sans vérité :
« L’engouement général pour l’IA générative, et notamment les grands modèles de langage (MLL) comme ChatGPT, Gemini, Grok et DeepSeek, repose sur une incompréhension fondamentale. Si ces systèmes impressionnent les utilisateurs par leurs réponses claires et leurs arguments apparemment raisonnés, en réalité, ce qui ressemble à du « raisonnement » n’est rien d’autre qu’une forme sophistiquée de mimétisme.
Ces modèles ne recherchent pas la vérité à travers des faits et des arguments logiques : ils prédisent du texte à partir de modèles issus des vastes ensembles de données sur lesquels ils sont « entraînés ». Ce n’est pas de l’intelligence, ni du raisonnement. Et si leurs données « d’entraînement » sont elles-mêmes biaisées, alors nous avons de réels problèmes.
Je suis sûr que les utilisateurs avides d’IA seront surpris d’apprendre que l’architecture au cœur des LLM est floue, incompatible avec la logique structurée ou la causalité. La pensée n’est pas réelle, elle est simulée, et Ce n'est même pas séquentiel. Ce que les gens prennent pour de la compréhension est en réalité une association statistique.
L'IA a un défaut critique – et il est irréparable
« L'IA n'est pas aussi intelligente que nous le pensons. C'est une machine à probabilités. Elle ne pense pas. Elle prédit. Elle ne raisonne pas. Elle associe des modèles. Elle ne crée pas. Elle remixe. Les grands modèles de langage (LLM) ne comprennent pas le sens : ils prédisent le mot suivant dans une phrase à partir de données d'entraînement. »
Revenons maintenant au contexte plus large du remplacement massif des travailleurs humains par l'IA. Cet article de Michael Spencer d'AI Supremacy et Jing Hu de 2nd Order Thinkers offre une critique très éclairée et très sceptique de l'engouement selon lequel l'IA déclenchera un tsunami de licenciements qui atteindra bientôt des dizaines de millions de personnes. Les agents IA automatiseront-ils vraiment les emplois à grande échelle ?
Jing Hu explique les faiblesses fondamentales de tous ces agents : ses explications et ses exemples concrets méritent d'être lus en cliquant sur le lien ci-dessus. Voici un extrait :
« Les agents d’aujourd’hui ont une véritable capacité d’action minimale. Leur « initiative » est largement illusoire ; en coulisses, ils suivent (ou tentent de suivre) des étapes rigoureusement chorégraphiées par un développeur ou un rédacteur d’invites.
Si vous demandez à un agent d’effectuer la tâche X, il l’exécutera, puis s’arrêtera. Demandez Y, et il l’exécutera. Mais si, à mi-chemin de X, un imprévu se produit, par exemple un nouveau champ dans un formulaire ou une erreur dans un appel d’API, l’agent s’effondre.
Parce qu’il n’a aucune compréhension de la tâche.
Modifiez légèrement l’environnement (par exemple, mettre à jour une interface ou déplacer un bouton), et le pauvre agent ne peut pas s’adapter instantanément.
Les agents d’IA actuels manquent d’une véritable conception des objectifs généraux ni du contexte de bon sens utilisé par les humains. Ce sont essentiellement des moteurs de prédiction de texte. »
https://charleshughsmith.blogspot.com/2025/07/maybe-ai-isnt-going-to-replace-you-at.html
Depuis quelques années, l’IA a pris le pouvoir. Pas forcément dans les faits, mais dans les récits. Elle est partout : dans les médias, les conseils d’administration, les plans stratégiques, les pitchs de start-up. Elle promet tout : productivité, créativité, personnalisation, rationalité. Et surtout, elle promet d’avance.
Avant même d’agir, elle s’impose comme solution. Avant d’être éprouvée, elle est vendue comme inévitable. C’est cela, le bluff technologique appliqué à l’intelligence artificielle. Ce que le penseur Jacques Ellul avait déjà anticipé, dans Le Système technicien, c’est cette capacité qu’a la technique à se présenter comme autonome, inéluctable, désirable par nature. Elle ne s’explique pas, elle s’impose. On ne se demande plus si elle est souhaitable ou utile : on suppose qu’il faudra de toute façon s’y adapter.
Ce que nous vivons aujourd’hui, c’est l’apothéose de cette logique. Non plus une société avec des techniques, mais une société pilotée par le discours technicien lui-même. Or, ce discours est performatif : il fait exister la technologie avant même qu’elle ne fonctionne. Il suffit de dire « IA » pour que l’on vous écoute. Ce n’est plus la réalité qui commande le discours, c’est le discours qui surjoue la réalité.
L’IA ne fait pas exception. Elle avance par son propre élan, selon sa propre logique, dans une dynamique d’auto-accélération où chaque avancée justifie la suivante. Ce que nous vivons avec l’IA n’est pas tant une révolution technique qu’un triomphe rhétorique. Il suffit de dire « IA » pour activer le réflexe pavlovien de la modernité.
Les modèles sont encore incertains, biaisés, parfois absurdes ? Peu importe : le discours les a déjà sanctifiés. Ce qui compte, ce n’est pas ce que l’IA fait, mais ce qu’elle promet de faire. Et cette promesse fonctionne comme une suspension du jugement : puisqu’elle « va tout changer », alors à quoi bon questionner ? L’IA donne aux entreprises une impression de mouvement, de puissance, de vision.
On « IA-tise » les outils, les équipes, les perspectives. L’innovation se confond avec l’intégration algorithmique. Le management, avec l’automatisation intelligente. Le progrès, avec la prédiction statistique. Mais au fond, que fait vraiment l’IA ? Elle classe, segmente, anticipe. Elle ne pense pas : elle calcule. Elle ne comprend pas : elle corrèle. Elle n’imagine pas : elle simule. Ce que nous appelons « intelligence » n’est qu’une puissance de traitement mais certainement pas une machine à penser.
Ellul nous rappelle que ce qui est redoutable avec la technique, ce n’est pas sa puissance, mais son statut de vérité silencieuse. L’IA, dans ce registre, devient un oracle. Un système auquel on délègue non seulement des tâches, mais des décisions, des diagnostics, des jugements. Et peu à peu, on s’habitue à ne plus penser, puisqu’une machine pense « mieux que nous ». C’est là le vrai danger : la dépossession du discernement au nom de l’efficience.
Il ne s’agit donc pas de rejeter l’IA en bloc, mais de rompre avec la fascination. De réintroduire du débat là où il n’y a plus que du consentement. Car le problème n’est pas que les machines pensent à notre place, mais que nous arrêtions de penser sous prétexte qu’elles sont là.
Publié le mercredi 25 juin 2025
https://www.xerficanal.com/strategie-management/emission/Benoit-Heilbrunn-L-IA-ou-le-grand-bluff-technologique
Intelligence artificielle : "On est en train de se tromper de combat", affirme Jean-Marc Jancovici, du Shift Project Selon l'ingénieur, défenseur de l'environnement, "on se trompe de priorité" et "on ne s'occupe pas des problèmes qui concernent 90% de la population". dans un monde aux ressources infinies, qu'on fasse des gadgets en plus des trucs essentiels, j'ai aucun problème avec ça, mais dans un monde aux ressources finies, qu'on fasse des gadgets à la place des trucs essentiels, ça, ça m'ennuie",
Jean-Marc Jancovici: quelle place peut occuper l’intelligence artificielle dans un monde qui devra, tôt ou tard, se décarboner ?....
Jean-Marc Jancovici pose la question sans détour : quelle place peut occuper l’intelligence artificielle dans un monde qui devra, tôt ou tard, se décarboner ? Le Shift Project vient de publier un rapport intermédiaire intitulé « Intelligence artificielle, données, calculs : quelles infrastructures dans un monde décarboné ?« , un document ouvert aux commentaires, qui cherche à évaluer l’impact énergétique et climatique de l’IA. Carbone 4, de son côté, publie une note éloquemment titrée : « L’IA Générative… du changement climatique ! », alertant sur la trajectoire insoutenable d’une technologie aussi énergivore qu’opaque.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2021, le numérique représentait 4 % des émissions mondiales de CO2, soit l’équivalent des émissions de l’ensemble des camions et utilitaires lourds. La moitié provient de l’électricité nécessaire aux serveurs, réseaux et terminaux, l’autre de la fabrication des composants. En France, il pèse 4,4 % de l’empreinte carbone nationale, avec une croissance annuelle de 6 % à l’échelle mondiale et de 2 à 4 % en France. Chaque gain d’efficacité est aussitôt effacé par l’augmentation des usages.
L’IA générative ne déroge pas à la règle. Dix requêtes ChatGPT par jour génèrent 100 kg de CO₂ par an, selon Carbone 4. En 2022, le numérique absorbait 10 % de la production électrique mondiale, soit cinq fois plus d’électricité que la consommation mondiale totale en 1945. Une dynamique qui interroge : l’IA est-elle une priorité énergétique alors que d’autres secteurs – transport, agriculture, logement, industrie – doivent aussi absorber des ressources limitées pour se décarboner ?
Dans ce contexte, trois questions pratiques émergent :
Où sont les chiffres ? NVIDIA, qui domine 80 % du marché des puces IA, ne communique pas sur l’empreinte environnementale de ses processeurs. TSMC, OpenAI, Anthropic, Microsoft et Google ne sont guère plus transparents. Pourtant, en trois ans, les émissions des géants du cloud ont bondi de 50 %.
Quels arbitrages pour les ressources limitées de demain ? Face à des besoins concurrentiels en électricité, en matériaux et en financement, l’IA est-elle un choix rationnel ?
Quels usages sont réellement justifiables ? Faut-il que le transport aérien, la publicité et l’industrie du divertissement captent des capacités de calcul précieuses alors que d’autres secteurs cherchent à réduire leur empreinte carbone ?
Loin d’un rejet technologique, cette analyse invite à un débat structurant : à quelles fins doit être mobilisée la puissance informatique de demain ? Car dans un monde contraint, chaque térawattheure devra être justifié.
Une explosion de la demande énergétique et financière
En 2022, la consommation électrique des centres de données s’élevait à 460 TWh, soit plus du double des estimations de 2021 (200 TWh). D’ici 2030, les projections varient de 700 TWh à 2 100 TWh selon les scénarios. En comparaison, la consommation annuelle totale de la France s’établissait à 454 TWh en 2020.
Le facteur clé de cette augmentation est l’essor des modèles d’IA générative, dont l’entraînement mobilise des ressources considérables. Le modèle GPT-3 a nécessité 1 287 MWh pour son entraînement initial, soit l’équivalent de plusieurs centaines de foyers français alimentés pendant un an. GPT-4 et ses successeurs exigent encore plus de puissance de calcul, allongeant la charge sur les centres de données au fil des inférences.
Cette consommation énergétique se traduit directement en coûts opérationnels. En moyenne, l’électricité représente 20 à 40 % des dépenses d’un centre de données. Un hyperscaler consommant 10 TWh par an dépense environ 1 milliard d’euros en électricité, sur la base d’un prix moyen de 100 €/MWh. Avec la hausse de la demande énergétique, les opérateurs de centres de données négocient des contrats d’achat d’électricité (PPA) sur des durées de 10 à 20 ans, une stratégie qui verrouille les prix mais les engage sur des volumes croissants.
L’IA générative, moteur d’une inflation des investissements technologiques
Le coût d’infrastructure pour soutenir l’essor de l’IA atteint des niveaux inédits. Les centres de données spécialisés en calcul haute performance (HPC) nécessitent des capex (dépenses d’investissement) supérieurs à 10 000 €/m², contre 3 000 à 5 000 €/m² pour un centre classique.
En 2023, Microsoft a dépensé 10 milliards de dollars pour soutenir OpenAI et équiper ses infrastructures Azure en GPU NVIDIA H100, dont le prix unitaire atteint 35 000 €. Alphabet, Meta et Amazon ont suivi des trajectoires similaires, investissant chacun plus de 30 milliards de dollars dans leurs infrastructures cloud et IA depuis 2022.
Le coût des semi-conducteurs est un autre facteur clé. La demande en GPU a fait exploser les prix :
En 2020, un cluster de 1 000 GPU coûtait environ 30 millions d’euros.
En 2023, un cluster équivalent dépasse 50 millions d’euros.
D’ici 2026, la montée en puissance des modèles pourrait nécessiter des clusters valant plus de 100 millions d’euros.
Les géants du cloud sont aujourd’hui les seuls capables d’absorber ces coûts. Les startups et entreprises cherchant à développer leurs propres modèles doivent louer l’accès aux GPU, générant une dépendance croissante aux hyperscalers. Un entraînement de modèle de grande taille sur Microsoft Azure ou Google Cloud peut coûter jusqu’à 10 millions d’euros, excluant de facto de nombreux acteurs du marché.
La montée en puissance des centres de données : un défi énergétique et financier
La densité énergétique des centres de données croît rapidement. Les processeurs graphiques (GPU), essentiels au fonctionnement des modèles d’IA, voient leur consommation électrique multipliée. La génération précédente affichait un Thermal Design Power (TDP) de 250 W, contre plus d’1 kW aujourd’hui pour les puces les plus avancées.
Aux États-Unis, la montée en puissance des infrastructures pousse les opérateurs à diversifier leurs sources d’approvisionnement. Amazon, Microsoft et Oracle explorent des solutions nucléaires modulaires, tandis que Meta a annoncé la construction de trois centrales à gaz naturel dédiées à ses centres de données, totalisant 2,3 GW de capacité. Dans le sud-est du pays, 20 GW supplémentaires de centrales à gaz sont prévus, impliquant des émissions de 80 MtCO2e par an.
En Europe, la situation est critique. En Irlande, les centres de données consomment déjà plus de 20 % de l’électricité nationale, dépassant la consommation résidentielle urbaine. En France, la consommation électrique du numérique a atteint 11 % de la demande nationale en 2022 et pourrait tripler d’ici 2040.
La construction de nouveaux centres nécessite des investissements massifs. En 2024, Google a annoncé 1 milliard d’euros d’investissement en France pour de nouveaux centres de données IA. Le coût d’un centre de 1 GW, capable de supporter l’entraînement des plus grands modèles, est estimé entre 5 et 10 milliards d’euros.
Ces infrastructures sont financées par des fonds souverains, des capital-risqueurs et des dettes à long terme, accentuant la pression sur les entreprises technologiques pour générer du revenu via des services IA premium. Ce modèle économique pousse à une monétisation agressive de l’IA, via des abonnements payants et l’intégration dans des offres SaaS.
Quels leviers pour une IA plus soutenable financièrement et énergétiquement ?
L’oligopole des hyperscalers renforce une asymétrie économique. Des alternatives, comme le cloud fédéré européen (GAIA-X), peinent à émerger faute de financements. L’UE pourrait imposer des obligations de mutualisation des infrastructures IA.
L’optimisation des algorithmes et l’entraînement décentralisé sur des infrastructures plus légères (edge computing) restent sous-exploités. Des initiatives comme TinyML ou les modèles IA open-source légers pourraient réduire la pression sur les centres de données.
L’explosion de la demande électrique pousse les géants du cloud à conclure des contrats d’achat d’électricité (PPA) de long terme. Une taxation différenciée selon le mix énergétique utilisé pourrait inciter à une plus grande transparence.
Les investissements en centres de données sont aujourd’hui motivés par une anticipation de rentabilité à long terme, sans certitude sur l’adoption massive des services IA. Une régulation financière du marché pourrait éviter un surinvestissement à risque, similaire à la bulle dot-com des années 2000.
L’IA, un choix stratégique ou un luxe énergétique ?
L’essor de l’intelligence artificielle générative pose une question fondamentale : dans un monde où les ressources énergétiques et matérielles seront de plus en plus limitées, à quelles priorités allouerons-nous notre capacité de calcul ?
Faut-il concentrer cette puissance sur des usages critiques pour la transition écologique – optimisation des réseaux électriques, réduction des déchets industriels, amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments – ou accepter qu’une part croissante serve à perfectionner des algorithmes publicitaires, des assistants conversationnels ou des flux de contenus automatisés ?
Si l’IA est un accélérateur technologique, elle est aussi un révélateur de nos choix de société. Sommes-nous prêts à arbitrer rationnellement entre innovation et sobriété, ou allons-nous laisser la dynamique du marché imposer une trajectoire énergivore dont nous ne maîtrisons ni les coûts, ni les conséquences ?
13/03/2025
https://www.frenchweb.fr/jean-marc-jancovici-quelle-place-peut-occuper-lintelligence-artificielle-dans-un-monde-qui-devra-tot-ou-tard-se-decarboner/452035
Anomalies visuelles, recherche inversée... Cinq conseils pour reconnaître une image générée par intelligence artificielle..... la démocratisation des IA génératives a mis à la portée de tous la création d'images synthétiques. Face aux risques de manipulation, de désinformation et d'escroqueries, plusieurs astuces permettent d'éviter de se laisser abuser.
Une histoire dingue avec Chat GPT, à lire absolument....Avant de me coucher hier, n’ayant pas de calendrier au lit et prenant rendez-vous avec un ami, je demande à Chat GPT de me donner le calendrier du mois de février 2025, donc le mois en cours.....
La moitié des réponses fournies par les IA génératives sur l'actualité ne sont pas fiables, selon une étude de la BBC..... L'organisation médiatique publique britannique a passé au crible les réponses données par quatre agents conversationnels accessibles au grand public, pendant un mois. Les résultats, publiés mardi, sont préoccupants....
Le progrès, s'il n'est pas accompagné par un mouvement de l'âme, est une coquille vide, synonyme d'extinction...
Je dois être con comme un balai mais, hormis les dispositions relatives à la médecine et autres domaines de la science, je ne vois pas bien en quoi l'intelligence artificielle représenterait un progrès pour l'humanité. Le monde crève déjà de solitude et voilà qu'on nous présente un outil qui, se substituant à l'homme, accomplirait mille prouesses comme d'écrire des messages tout seul ou de trafiquer des images capables de confondre l'œil le plus averti. Voire même de vivre nos vies à notre place.
Effectivement, cela donne à rêver. On frôle l'orgasme. De partout, la santé mentale vacille et jamais les individus ne se sont sentis aussi perdus dans l'existence, aussi désabusés par la vie qu'ils mènent. Il y a comme un mal-être généralisé, une sorte d'accablement face à un monde dérégulé, malade de son gigantisme, de sa propension à considérer les individus comme de simples marchandises, de sa capacité à nier les aspirations de l'âme à vivre une existence décente, riche de sens.
Pourtant face à ce malaise civilisationnel, nos décideurs, président de la République en tête, fanfaronnent autour d'une invention qui transformera bientôt notre planète en une sorte de grand manège dirigé par des machines, elles-mêmes aux ordres d'entreprises obsédées par le souci de rentabilité.
Pour ne point nous effrayer, on nous décrit des lendemains qui chantent où, débarrassés de la contrainte d'effectuer des tâches répétitives, on aurait plus de temps à consacrer à nos vies. Mais si la machine est partout et l'âme nulle part, si le robot devient notre semblable, à quoi ressembleraient ces existences si ce n'est à une traversée vide de sens où, déjà divorcés de Dieu, nous serions au monde comme des enfants privés de lumière?
Se rend-on bien compte de l'avenir qui nous attend, cette omniprésence de la technologie susceptible de multiplier par mille les travers et plaies de notre époque, le complotisme, le détournement d'images, le populisme, l'affadissement de la langue, la prolifération des réseaux sociaux, le triomphe de la bêtise, toute cette chorégraphie de l'horreur devenue ces dernières années notre pain quotidien?
Qui a envie d'un monde pareil, si ce n'est quelques capitaines d'industrie dont l'appât au gain est équivalent à la somme de leurs ignorances, de leur parfaite indifférence à tout ce qui élève l'homme, l'art, la musique, la littérature, la philosophie, le beau en général?
Nous allons vers un monde de plus en plus désincarné où chacun, le cul vissé à son fauteuil, pourra vivre mille vies sans jamais avoir pourtant l'impression d'être au monde. Enfermé dans un monde virtuel, occupé à dialoguer avec des robots de plus en plus performants, impuissant à démêler le vrai du faux, l'authentique de l'apparence, il perdra le fil avec sa propre existence, avec l'essence même de son être le plus profond. Il deviendra lui-même une sorte de machine, un être sans aucune singularité.
Si seulement les thuriféraires de l'intelligence artificielle avaient l'honnêteté de le reconnaître, mais non, nouveaux marchands du temple, ils nous baladent de fausses promesses en prophéties trompeuses, d'un nouvel âge d'or où l'humanité régénérée trouverait un moyen de se réinventer. Mais si l'humanité se coupe d'elle-même, si elle perd le lien originel avec sa substance intérieure, son inquiétante étrangeté, cette réinvention sera alors une marche funèbre vers sa propre extinction.
Je l'ai sûrement écrit dans une chronique précédente mais, de plus en plus, j'ai l'impression que le monde est entré dans une phase d'autodestruction massive. Que l'obscurité gagne tous les étages. Que le monde né à la Renaissance puis magnifié par les Lumières se meurt sous nos yeux impuissants. Que nous allons vers des temps bien incertains où l'homme sera confronté à des défis qui le dépasseront de mille coudées. Et où, ravagé de mille maux, l'humanité, acculée, se jettera dans la guerre pour se donner une raison d'exister.
https://www.slate.fr/societe/blog-sagalovitsch-intelligence-artificielle-tombeau-humanite-enfer-machines-progres-ame?
La vraie histoire ici est que l’approche à forte intensité de capital de l’IA est un canard mort...
Quiconque examine l’économie en termes énergétiques plutôt qu’en termes monétaires savait déjà qu’elle échouerait – beaucoup trop d’énergie nécessaire pour les avantages douteux qu’elle pourrait offrir.
DeepSeek est simplement le moment de l’habillement des empereurs pour ce modèle d’affaires.
Mais que faire si vous avez déjà investi des milliards dans ce domaine?
Vous ne pouvez pas simplement « courir comme un diable », car les cours boursiers s’effondreraient avant que vous n’ayez retiré plus d’une fraction de votre argent. Le secteur des grandes technologies est trop important pour être géré.
Même si vous pouviez retirer votre argent, où le mettriez-vous?
Vous ne pouvez même pas admettre que vous avez tort sans avoir l’air vraiment stupide. Donc, vous êtes coincé dans un piège classique (mais gigantesque).
Tout ce que vous pouvez faire, c’est croiser les doigts, siffler un air joyeux et espérer le meilleur (c.-à-d. que « quelque chose pourrait se produire », même si rien ne le fera). Au moins, ces idiots qui achètent la sauce vous donneront un peu de temps pour réfléchir.
Quiconque utilise une analyse économique des matériaux à base d’énergie n’aurait pas touché à ce genre de choses avec un bâton.
(commentaire de Tim Morgan sur son blog, 31 01 25)
Intelligence artificielle : la blague qui continue de divertir
L’intelligence artificielle n’est pas drôle. Elle est extrêmement sérieuse, potentiellement dangereuse et aussi potentiellement très lucrative. Vous devrez m’excuser, mais l’IA est absolument hilarante quand il s’agit de choses comme la demande d’énergie... et la demande de cuivre. L’IA semble bien placée pour secouer les industries des ressources naturelles d’une manière qui ne leur était pas encore familière.
Nous avons parlé de la consommation d’énergie de l’IA et de ce qu’elle va faire à la demande globale en énergie. Beaucoup de gens ont parlé des conséquences sur la demande de gaz naturel, et ils continuent de le faire, Bloomberg ayant annoncé cette semaine que la demande d’électricité provenant des centres de données AI augmentera dix fois entre maintenant et 2030, notant que « Les défenseurs du climat sont, à juste titre, consternés ».
Il semble toutefois que ce que l’IA est sur le point de faire à la demande d’énergie soit la même chose qu’elle est sur le point de faire à la demande de cuivre, du moins selon BHP.
« Aujourd’hui, les centres de données représentent moins de 1 pour cent de la demande de cuivre, mais on s’attend à ce que cette proportion soit de 6 à 7 pour cent d’ici 2050 », a déclaré Vandita Pant, CFO du mineur, au FT, après avoir observé que « Il y a beaucoup de cuivre dans les centres de données ».
Qu'est ce qu'on rigole.
Irina Slav
Sep 17, 2024
https://irinaslav.substack.com/p/ai-the-joke-that-keeps-on-entertaining?
Les émissions de CO2 de Google ont été multipliée par 2, à 14, 3 millions de tonnes, suite à l'installation massive de nouveaux serveurs et data centers dédiés à l'intelligence artificielle.
Pour Microsoft, les émissions ont grimpé de 30% toujours grâce aux serveurs dédiés à l'IA.
Pour relativiser, Bill Gates a annoncé que l'AI aidera à trouver des solutions pour le climat. Ben déjà que certains disent qu'il n'y a pas de réchauffement climatique, on se demande comment ils vont y adhérer si c'est une machine qui le dit.
Petit entrefilet dans la presse américaine ; on craint des problèmes d’approvisionnement en électricité parce que la puissance demandée par les nouveaux services offerts par l’intelligence artificielle, commence à pomper un peu trop fort sur le réseau électrique américain. Entre ça et la crypto, va bientôt falloir choisir entre charger la Tesla ou faire faire son travail de diplôme par Chat GPT.
https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1385-energies-economie-petrole-peak-oil-la-revue-mondiale-juillet-aout-2024.html
l'IA n'est pas intelligente, et c'est un risque systémique...
Le mimétisme de l’intelligence n’est pas une intelligence, et même si le mimétisme de l’IA est un outil puissant, il n’est pas intelligent.
Les itérations actuelles de l'IA générative – grands modèles de langage (LLM) et apprentissage automatique – imitent notre capacité de langage naturel en traitant des millions d'exemples d'écriture et de parole humaines et en extrayant les algorithmes sélectionnés comme les meilleures réponses aux requêtes.
Ces programmes d’IA n’ont aucune compréhension du contexte ou de la signification du sujet ; ils exploitent les connaissances humaines pour distiller une réponse. C'est potentiellement utile mais pas intelligent.
Les programmes d’IA ont une capacité limitée à discerner le vrai du faux, d’où leur propension à halluciner les fictions comme des faits. Ils sont incapables de faire la différence entre les variations statistiques et les erreurs fatales, et l’ajout de mesures de précaution ajoute une complexité supplémentaire qui devient un autre point d’échec. . .
Si nous réduisons la mythologie et l’hyperbole, nous nous retrouvons avec une autre structure néoféodale : les riches seront servis par les humains, et le reste d’entre nous sera coincé avec un service d’IA de mauvaise qualité, sujet aux erreurs, sans aucun recours. . .
La limite la plus importante de l’IA est peut-être qu’elle ne fera rien pour remédier aux problèmes les plus urgents de l’humanité.
Charles Hugh Smith
https://charleshughsmith.blogspot.com/2024/08/theres-just-one-problem-ai-isnt.html
L'économie de l'IA pourrait bientôt s'effondrer de manière spectaculaire...Alors que l'industrie de l'intelligence artificielle (IA) continue de croître à un rythme effréné, elle pourrait prochainement se heurter à un mur. D'après certains experts, dont les propos sont relayés par le média en ligne Futurism, cet effondrement n'est qu'une question de temps
L'eau est nécessaire au développement, à la production et à la consommation, mais nous surutilisons et polluons une ressource et un système non substituables.
Huit limites sûres et justes ont été identifiées pour cinq domaines (climat, biosphère, eau, nutriments et aérosols), au-delà desquelles l'homme et la nature subissent des dommages importants et le risque de franchir des points de basculement augmente. L'homme a déjà franchi les limites sûres et justes du système terrestre pour l'eau.
À ce jour, sept des huit limites ont été franchies et, bien que la limite des aérosols n'ait pas été franchie au niveau mondial, elle l'a été au niveau des villes dans de nombreuses régions du monde.
En ce qui concerne l'eau, les limites sûres et justes précisent que le débit des eaux de surface ne doit pas fluctuer de plus de 20 % par rapport au débit naturel sur une base mensuelle, tandis que le prélèvement d'eau souterraine ne doit pas être supérieur au taux de recharge. Ces deux limites ont été franchies.
Ces seuils ont été franchis alors même que les besoins minimaux des plus pauvres en matière d'accès à l'eau et aux services d'assainissement n'ont pas été satisfaits. La satisfaction de ces besoins exercera une pression encore plus forte sur des systèmes d'approvisionnement en eau déjà soumis à des contraintes.
Le potentiel de l'IA
Les optimistes technologiques affirment que l'intelligence artificielle (IA) pourrait résoudre les problèmes d'eau dans le monde. Les partisans de l'IA affirment qu'elle peut contribuer à la réalisation des objectifs de développement durable (ODD) environnementaux et sociaux, par exemple en concevant des systèmes permettant de remédier à la pénurie d'enseignants et de médecins, d'accroître les rendements agricoles et de gérer nos besoins énergétiques.
Au cours de la dernière décennie, la recherche dans ce domaine a connu une croissance exponentielle, avec des applications potentielles telles que l'augmentation de l'efficacité et de la surveillance de l'eau dans l'agriculture, la sécurité de l'eau et l'amélioration du traitement des eaux usées.
Les biocapteurs alimentés par l'IA peuvent détecter les produits chimiques toxiques dans l'eau potable avec plus de précision que les pratiques actuelles de contrôle de la qualité.
Le potentiel de l'IA pour modifier l'utilisation de l'eau dans l'agriculture est évident grâce à la construction de machines intelligentes, de robots et de capteurs qui optimisent les systèmes agricoles.
Par exemple, l'irrigation intelligente automatise l'irrigation grâce à la collecte et à l'analyse de données afin d'optimiser l'utilisation de l'eau en améliorant l'efficacité et en détectant les fuites.
En tant que chercheurs en développement international qui étudient la relation entre l'eau, l'environnement et l'inégalité mondiale, nous sommes curieux de savoir si l'IA peut réellement faire la différence ou si elle exacerbe les défis existants. Bien qu'il existe une littérature évaluée par des pairs sur l'utilisation de l'IA pour la gestion de l'eau et les ODD, il n'y a pas d'articles évalués par des pairs sur les implications directes et indirectes de l'IA sur l'utilisation de l'eau.
L'IA et l'utilisation de l'eau
Les premières recherches montrent que l'IA a une empreinte hydrique importante. Elle utilise de l'eau à la fois pour refroidir les serveurs qui alimentent ses calculs et pour produire l'énergie qu'elle consomme. Au fur et à mesure que l'IA s'intègre dans nos sociétés, son empreinte hydrique augmentera inévitablement.
Le développement de ChatGPT et d'autres modèles d'IA similaires a été salué commele"nouveau Google". Mais alors qu'une seule recherche sur Google nécessite un demi-millilitre d'eau en énergie, ChatGPT consomme 500 millilitres d'eau pour chaque groupe de 5 à 50 questions.
L'IA utilise et pollue l' eau en raison de la production de matériel connexe. La production de matériel d'IA implique l'extraction intensive de ressources rares telles que le silicium, le germanium, le gallium, le bore et le phosphore. L'extraction de ces minéraux a un impact significatif sur l'environnement et contribue à la pollution de l'eau.
Les semi-conducteurs et les micropuces nécessitent de grandes quantités d'eau lors de leur fabrication. D'autres matériels, tels que les divers capteurs, ont également une empreinte hydrique.
Les centres de données fournissent l'infrastructure physique nécessaire à la formation et au fonctionnement de l'IA, et leur consommation d'énergie pourrait doubler d'ici à 2026. Les entreprises technologiques qui utilisent de l'eau pour faire fonctionner et refroidir ces centres de données pourraient avoir besoin de prélever entre 4,2 et 6,6 milliards de mètres cubes d'eau d'ici à 2027.
À titre de comparaison, les centres de données de Google ont utilisé plus de 21 milliards de litres d'eau potable en 2022, soit une augmentation de 20 % par rapport à 2021.
L'entraînement d'une IA au niveau de calcul d'un cerveau humain pendant un an peut coûter 126 000 litres d'eau. Chaque année, la puissance de calcul nécessaire pour former l'IA est multipliée par dix, ce qui nécessite davantage de ressources.
La consommation d'eau des centres de données des grandes entreprises technologiques est largement sous-estimée. Par exemple, la consommation d'eau du centre de données néerlandais de Microsoft a été quatre fois supérieure aux prévisions initiales. La demande d'eau pour le refroidissement ne fera qu'augmenter en raison de la hausse des températures moyennes due au changement climatique.
Des besoins contradictoires
La demande en eau du secteur technologique est si élevée que les communautés protestent car elle menace leurs moyens de subsistance. Le centre de données de Google, situé à The Dalles (Oregon), une ville sujette à la sécheresse, suscite des inquiétudes car il utilise un quart de l'eau de la ville.
Taïwan, qui assure 90 % de la production mondiale de semi-conducteurs de pointe, a eu recours à l'ensemencement des nuages, au dessalement de l'eau, aux transferts d'eau entre bassins et à l'arrêt de l'irrigation de 180 000 hectares pour répondre à ses besoins en eau.
À lire aussi : L'industrie des micropuces imploserait si la Chine envahissait Taïwan, et cela affecterait tout le monde
Localisation des centres de données
L'eau devenant de plus en plus chère et rare par rapport à la demande, les entreprises placent désormais leurs centres de données de manière stratégique dans les pays en développement - même dans l'Afrique subsaharienne aride, les investissements dans les centres de données augmentent.
Le projet de centre de données de Google en Uruguay, qui a récemment connu sa pire sécheresse en 74 ans, nécessiterait 7,6 millions de litres par jour, ce qui a suscité de nombreuses protestations.
Il en ressort une image familière d'inégalité géographique, les pays en développement se trouvant pris dans un dilemme entre les avantages économiques offerts par les investissements internationaux et la pression qu'ils exercent sur la disponibilité des ressources en eau locales.
Nous pensons qu'il existe suffisamment de preuves pour craindre que l'adoption rapide de l'IA ne risque d'exacerber les crises de l'eau au lieu de contribuer à les résoudre. Il n'existe pas encore d'études systématiques sur l'industrie de l'IA et sa consommation d'eau. Les entreprises technologiques sont restées très discrètes sur l'empreinte hydrique de leurs nouveaux produits.
La question qui se pose est la suivante : les contributions sociales et environnementales de l'IA seront-elles éclipsées par son énorme empreinte hydrique ?
Joyeeta Gupta Professeur, Sciences sociales et comportementales, Université d'Amsterdam
Hilmer Bosch Chercheur postdoctoral à la Commission mondiale sur l'économie de l'eau, Université d'Amsterdam
Luc van Vliet Chercheur, Géographie humaine, Université d'Amsterdam
La technologie et l’innovation sont surestimées – Conséquences pour l’IA....
La technologie et l’innovation sont surestimées. Ils sont les messies jumeaux qui sont censés nous sauver de nous-mêmes si nous croyons et prions assez fort.
Ils ne le feront pas et il y a peu de preuves qu’ils ont fait une grande différence au cours des 50 dernières années.
Je sais. C’est une hérésie. Cela ne peut pas être vrai—mais c’est le cas.
La plupart des gens croient au récit du progrès, à savoir que presque toutes les avancées de la société sont attribuables à la technologie et à l’ingéniosité humaine. Des machines intelligentes ont augmenté la productivité humaine bien au-delà de ce qui était possible il y a une génération ou deux.
Une partie de cela doit être vrai, mais il est difficile de soutenir avec des données de productivité. J’ai été surpris de constater que les écarts par rapport à la moyenne de productivité à long terme étaient étonnamment modestes et qu’ils n’ont pas duré très longtemps.
Les ordinateurs personnels, Internet et les progrès connexes n’ont entraîné qu’une augmentation d’environ 0,5 % de la croissance de la productivité américaine à la fin des années 1990 et au début des années 2000 (figure 1). Cela explique peut-être pourquoi la technologie et la bulle internet ont éclaté au tournant du siècle.
Une augmentation antérieure dans les années 1950 et 1960 était plus importante (0,7 %). Elle n’était pas liée à la technologie mais à la plus grande période historique de croissance de la production pétrolière. Les autres écarts de productivité positifs sont principalement attribuables à la reprise après la récession.

Figure 1. Les écarts les plus importants par rapport à la moyenne de la productivité à long terme ont été de +0,5 % et de +0,7 %. Les autres écarts positifs ont été les reprises après la récession. Source : University of Groningen & Labyrinth Consulting Services, Inc.
Les données sur la productivité totale des facteurs pour ces observations sont disponibles auprès de l’Université de Groningue et de la Banque fédérale de réserve de St. Louis.
La figure 2 montre que les variations de la croissance de l’offre mondiale de pétrole expliquent adéquatement la plupart des départs positifs de la productivité aux États-Unis sans la technologie et l’innovation comme facteurs.

Figure 2. Les variations de la croissance de l’offre mondiale de pétrole expliquent adéquatement les écarts de productivité positifs aux États-Unis
Source : University of Groningen, OWID & Labyrinth Consulting Services, Inc.
Cela ne veut pas dire que la technologie n’a pas d’importance—simplement que c’est probablement moins important que l’énergie, et que c’est probablement beaucoup moins important que ce que laisse entendre le récit des progrès.
Cela ne devrait pas être surprenant. Une économie fonctionne sur le travail et le travail vient de l’énergie. La technologie et l’innovation organisent les chaises longues.
Les énergies fossiles représentaient 82 % de l’approvisionnement énergétique mondial en 2022 (l’éolien et le solaire n’y ont contribué que de 6 %). La productivité est donc proportionnelle à la quantité de travail qui peut être exploitée à partir de l’énergie fossile, du moins pour l’instant.

Figure 3. Les combustibles fossiles représentaient 82 % de l’énergie en 2022. L’énergie éolienne représentait 4 %, l’énergie nucléaire 4 % et l’énergie solaire 2 %. Source : Energy Institute & Labyrinth Consulting Services, Inc.
La technologie et l’innovation sont secondaires. Elles sont bonnes pour optimiser l’énergie, mais aucune des deux ne produit d’énergie. Leur fonction principale est d’augmenter le taux d’extraction et d’utilisation de l’énergie. La technologie crée une paille plus grosse.
Cela m’amène à parler d’intelligence artificielle. Dans un rapport récent, McKinsey and Company affirme que l’intelligence artificielle pourrait stimuler la productivité américaine de 0,5 % à 0,9 % par année.
« L’IA générative a le potentiel d’augmenter la productivité du travail aux États-Unis de 0,5 à 0,9 point de pourcentage par an jusqu’en 2030 dans un scénario d’adoption à mi-parcours… En combinant l’IA générative avec toutes les autres technologies d’automatisation, le potentiel de croissance pourrait être encore plus important. Tous les types d’automatisation pourraient contribuer à faire passer la croissance de la productivité aux États-Unis à 3 à 4 % par an dans un scénario d’adoption à mi-parcours. »
McKinsey & Company
Goldman Sachs va encore plus loin et s’attend à ce que l’IA augmente la croissance de la productivité américaine de 1,5 % par an.
Ces prévisions laissent entendre que dans deux ans, l’IA dépassera toutes les périodes précédentes de productivité. Cela ne semble pas raisonnable.
Un autre problème avec les prévisions de McKinsey et Goldman est leur orientation étroite. Ils ignorent largement les boucles de rétroaction introduites par les nouvelles couches de complexité que l’IA introduira dans la société.
Par exemple, Elon Musk a récemment averti que l’IA et les véhicules électriques (véhicules électriques) produiront une pénurie d’électricité d’ici 2025.
« Le monde fera face à des problèmes d’approvisionnement en électricité et en transformateurs l’année prochaine… Quelle que soit la quantité d’électricité dont vous pensez avoir besoin, plus que ce qui est nécessaire. »
Elon Musk
Comment répondre à cette demande accrue d’électricité? Le gaz naturel est la réponse évidente pour le producteur de gaz EQT Corp qui a annoncé une acquisition de pipeline de 5,5 milliards de dollars la semaine dernière.
« La ferveur pour tout ce qui touche l’IA s’est finalement étendue à un secteur dont la phase de démarrage a débuté il y a environ 160 ans : les pipelines… Nvidia Corp., le fabricant de puces dont la montée fulgurante incarne le battage médiatique de l’IA, vaut environ quatre fois la capitalisation boursière de l’ensemble du secteur nord-américain de l’énergie intermédiaire. Mais sans électricité, tous ces centres de données ne sont que de grands hangars. »
Liam Denning
Qu’en est-il de la croissance du PIB? Goldman Sachs s’attend à une augmentation progressive de 0,1 % aux États-Unis d’ici 2025 en raison de l’IA seulement. Cela peut sembler peu, mais par rapport à leur niveau de référence de 1,9 p. 100, c’est une augmentation de 5 p. 100. Les économistes de Goldman prévoient une hausse de 0,4 % pour les États-Unis par rapport à l’IA d’ici 2034 — 20 % par rapport à l’année de référence. Leur prévision pour les autres marchés développés est de 0,3 % d’ici 2034 et de 0,2 % pour les marchés émergents.
La hausse du PIB nécessitera plus d’énergie, dont la majeure partie proviendra du pétrole d’ici 2034.
On s’attend à ce que l’IA transforme l’industrie pétrolière. Déjà, l’IA est utilisée pour concevoir des méthodes de fracturation plus efficaces, trouver des moyens de réduire le temps de forage et même de mieux interpréter les données souterraines.
« Au cours des cinq dernières années, les entrepreneurs ont réduit d’un jour les deux semaines nécessaires pour forer un puits et de trois jours la moyenne de 11 jours pour la fracturation hydraulique… Maintenant, l’IA promet des gains encore plus importants. »
Kimberlite International Oilfield Research
Cela correspond aux allégations d’amélioration spectaculaire de la productivité des puits.
« La production de pétrole brut aux États-Unis s’est établie en moyenne à 13,3 millions de barils par jour (b/j) en décembre 2023, à la suite d’augmentations soutenues de la productivité des nouveaux puits, selon notre plus récent Petroleum Supply Monthly (PSM). La production de pétrole brut aux États-Unis a atteint des sommets depuis 2010 et a augmenté encore plus rapidement au cours des derniers mois. Ces sommets sans précédent ont été atteints malgré le déclin des activités de forage aux États-Unis parce que les nouveaux puits sont plus efficaces. »
U.S. Energy Information Administration
La croyance populaire selon laquelle les gisements de schiste ont entraîné des gains de productivité ne peut toutefois pas être étayée par des données, bien au contraire.
La productivité de l’industrie a atteint un sommet en 2003 (figure 4). Le gisement de gaz de schiste de Barnett a commencé à peu près au même moment et les gisements de pétrole de réservoirs étanches ont commencé quelques années plus tard. Pendant la période du schiste, la productivité a chuté d’environ 25 %. En même temps, l’indice des prix à la production — le coût réel du forage — a doublé.

Figure 4. La productivité des combustibles fossiles aux États-Unis a atteint un sommet en 2003 avant le début des zones de schiste. La croyance populaire selon laquelle les gisements de schiste ont entraîné des gains de productivité ne peut être étayée par des données. En fait, le contraire était vrai : la productivité a chuté et l’indice des prix à la production a augmenté. Source : BEA, BLS, St Louis Fed & Labyrinth Consulting Services, Inc.
Il semble que plus nous regardons de près, plus le récit de progrès devient faible.
« Il faut remettre en question et exposer le récit de la technologie, du progrès égal, pour ce qu’il est : un mythe commode propagé par une énorme industrie et ses acolytes au sein du gouvernement, des médias et (occasionnellement) du milieu universitaire. »
Les économistes américains Daron Acemoglu et Simon Johnson
Si tout continue de s’améliorer, pourquoi y a-t-il tant de mouvements populistes dans le monde qui veulent rendre les choses encore meilleures comme elles l’étaient il y a quelques générations ?
J’imagine que l’IA se traduira par de nouvelles réalisations. Ses effets sur la productivité seront-ils plus importants que les ordinateurs et Internet? Peut-être mais ces avancées antérieures ont eu moins d’impact que je ne m’y attendais avant de faire la recherche pour ce post et leur impact incrémental n’a duré qu’environ une décennie.
Quels que soient les avantages futurs de l’IA pour nous, il est probable qu’ils nous coûteront beaucoup plus d’énergie qu’aujourd’hui. L’IA élargira certainement la croissance de l’entreprise humaine qui confondra les efforts pour limiter les effets négatifs du changement climatique et de la destruction de la biosphère. Appelez-moi sceptique, mais je doute que ces problèmes soient en haut de la liste des projets d’IA.
Je vois peu de preuves que la technologie fournira plus que des pansements pour ces problèmes tant que la société se concentre sur la croissance et son partenaire de consommation d’énergie.
« L’IA agira comme une paille sur notre humanité. Les gens seront capturés par l’IA au détriment de notre humanité. »
Nate Hagens
Beaucoup d’entre nous ont été capturés par la technologie il y a longtemps. Le monde n’a plus d’émerveillement ni de magie pour beaucoup. On ne les trouve que dans les gadgets électroniques, les jeux vidéo et la réalité augmentée. Peu d’entre nous pensent aux implications psychologiques et énergétiques de ce changement dans la société humaine.
« Les écrans illuminent le flot de mots. Des millions de personnes affluent pour se gaver de leurs émissions de télévision préférées, pour diffuser de la pornographie en continu ou pour entrer dans les mondes tentaculaires de jeux de rôle en ligne massivement multijoueurs…
« Le nuage a maintenant une empreinte carbone supérieure à celle de l’industrie du transport aérien. Un seul centre de données peut consommer l’équivalent en électricité de 50 000 foyers. »
La surconsommation d’énergie endommage la terre. Cela comprend la destruction des forêts, le génocide du règne animal, la pollution des terres, des rivières et des mers, l’acidification des océans et la perte des pêches et des récifs coralliens.
Nous ne reconnaissons pas cette réalité parce qu’elle cause trop de dissonance cognitive et nous choisissons donc de ne pas la voir.
J’ai récemment été accusé d’être anti-humain pour avoir attiré l’attention sur ces problèmes.
Au contraire, il est pro-humain de suggérer que notre épanouissement dépend de la santé de l’écosystème de la planète — la véritable base de la richesse qui constitue le fondement de la prospérité humaine.
À un moment donné, nous devrons prendre du recul par rapport aux changements sacrés de la technologie et commencer à travailler sur notre propre comportement si nous voulons continuer à prospérer. Si nous ne le faisons pas, la nature le fera pour nous et ce sera un traumatisme qui modifiera la civilisation.
L’énergie est ce qui compte. La technologie et l’innovation sont comme de minuscules passagers clandestins sur le super pétrolier de l’entreprise humaine qui s’attribuent le mérite du voyage sans reconnaître les énormes moteurs à combustibles fossiles qui tournent dans la salle des machines
Art Berman.
L’IA d’aujourd’hui donne souvent des réponses absurdes. Cela ne fonctionne pas bien.
Si l’on ajoute à cela le manque d’électricité pour alimenter les centres de données, il est assez clair que le développement de l’IA à grande échelle est voué à l’échec.
(Gail Tverberg)
Intelligence artificielle : est-ce que c'est vraiment bon pour l'environnement ? Jean-Marc Jancovici s'arrête sur la frénésie autour des puces informatiques, de l'intelligence artificielle et de la future 6G annoncée. Ecoutez C'est notre planète du 09 mars 2024 avec Jean-Marc Jancovici.
Nos amis Meta, Microsoft, Google utilisent de plus en plus d’eau pour refroidir les data center nécessaires à l’intelligence artificielle. La demande en eau pourrait passer de 4,2 milliards de m³ à 6,6 d’ici à 2027. Pour comparaison, l'Europe consomme annuellement 220 milliards m3 d'eau qui viennent des cours d'eau et des nappes phréatiques.
En Europe, un citoyen consomme en moyenne 128 litres d'eau par jour.
https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1368-energies-economie-petrole-et-peak-oil-revue-mondiale-fevrier-24.html
L’intelligence artificielle, cette assoiffée....Meta prévoit d’utiliser environ 665 millions de litres d’eau par an, dont 200 millions d’eau potable – avec des pointes à 195 litres à la seconde – afin de prévenir la surchauffe de ses supercalculateurs. C’est beaucoup pour une région déjà victime de stress hydrique. “L’enthousiasme suscité par les futurs emplois est désormais mis en balance avec les inquiétudes au sujet de l’eau”, écrit Bloomberg.
L’intelligence artificielle n’existe pas, par Luc Julia...Discours d'introduction de la conférence "IA & éducation", organisée par France Université Numérique, et qui s'est déroulée les 8 et 9 juin 2023 à Pantin.
Selon les compagnies aériennes américaines, le déploiement de la 5G à proximité des aéroports pourrait provoquer des interférences et endommager le réseau. Sa mise en place est prévue ce mercredi 19 janvier.
Depuis de longs mois, l'installation de la 5G est un véritable casse-tête sur le territoire américain. Les patrons de dix compagnies aériennes américaines ont mis en garde, ce lundi 17 janvier, les autorités des Etats-Unis du potentiel "chaos" que représenterait le déploiement ce mercredi comme prévu de la technologie d'internet mobile ultrarapide 5G autour des aéroports. "Une intervention immédiate est nécessaire pour empêcher une importante perturbation opérationnelle pour les passagers, les transporteurs, les chaînes d'approvisionnement et la livraison de fournitures médicales essentielles", écrivent-ils à deux jours de l'entrée en service prévue de la 5G.
Les acteurs du secteur aérien aux Etats-Unis s'inquiètent des conséquences de la 5G sur les avions en raison de possibles perturbations sur les instruments de bord. "Sur une journée comme hier (dimanche), plus de 1.100 vols et 100.000 passagers seraient sujets à des annulations, détours, ou retards", redoutent notamment les patrons des compagnies American Airlines, Delta, ou encore Southwest, mais également ceux des divisions aériennes des géants de la logistique FedEx et UPS. "Pour être franc, le commerce de la nation s'arrêtera net", ont-ils déclaré
La demande d'un déploiement restreint
"Compte tenu du faible temps restant et de l'importance de cette calamité économique complétement évitable, nous demandons respectueusement que vous souteniez et preniez toutes les actions nécessaires pour que la 5G soit déployée sauf quand les tours sont trop proches des tarmacs des aéroports", demandent-ils au gouvernement américain, à l'agence de sécurité aérienne, la FAA, et au gendarme des télécoms, la FCC. Ils souhaitent ainsi une pause, "jusqu'à ce que la FAA puisse déterminer comment ce déploiement peut être accompli en toute sécurité sans perturbation catastrophique".
ar 6medias
https://www.capital.fr/entreprises-marches/etats-unis-la-5g-pres-des-aeroports-les-compagnies-aeriennes-craignent-le-chaos-1425715
Les acteurs du secteur aérien craignent l'arrivée de la 5G Proche de la fréquence des radioaltimètres des avions, la 5G pourrait provoquer des retards et des annulations de vols, rapporte BFMTV.
Avec l'accélération du digital, la consommation d'énergie explose ...Cette question des effets du digital, au sens large, sur la consommation énergétique et ses conséquences environnementales a fait l’objet d’un document de travail réalisé par France Stratégie qui pose les chiffres pour le débat.
Boycottons la 5G !
"Alors que les fournisseurs d’accès et les industriels communiquent déjà sur l’absolue nécessité des futurs objets connectés liés à cette technologie énergivore, plus de 500 scientifiques appellent les citoyens à dire «non» à tous les produits liés de près ou de loin à la 5G et son monde."
Commentaire de Jean-Marc Jancovici : "500 scientifiques signent une tribune appelant à boycotter la 5G. On peut y lire que "à l’heure où il nous reste sept ans de budget carbone pour rester en dessous de 1,5°C de réchauffement climatique, il paraît tout à fait déraisonnable de déployer une technologie énergivore, prédatrice en ressources naturelles et humaines, ne répondant à aucun de nos besoins fondamentaux".
C'est bien cela l'argument central : quand nous avons un montant donné à dépenser, commencer par en investir une partie dans du superflu nous privera par construction du nécessaire. Le CO2 émis dans l'atmosphère pour regarder une série ou du porno en un peu plus haute définition (sur un terminal qui le plus souvent n'en profitera même pas) ne pourra plus être émis - du moins si on veut limiter la dérive climatique à un niveau donné - pour construire des pistes cyclables ou des digues, faire des vélos électriques, adapter l'agriculture, planter des arbres, isoler des bâtiments ou construire des usines d'un genre nouveau à la place des anciennes.
Il ne s'agit donc pas d'être "anti-technologies", mais "pro-respect d'une enveloppe globale en hiérarchisant dans le bon ordre".
Et les signataires d'appeler leurs concitoyens à faire preuve d'une cohérence que l’État n'a pas eue. Espérons que cela soit entendu !"
(posté par Joëlle Leconte)
https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10160227978597281
Course au progrès et transition écologique : place à l’innovation réellement utile !
Commentaire de Jean-Marc Jancovici :
« Fabrice Bonnifet, directeur du développement durable du groupe Bouygues, et président du Collège des directeurs du développement durable, se joint à la liste croissante des personnes qui se demandent si nous serions beaucoup plus malheureux si nous devions ne jamais connecter au réseau nos chaussettes, nos oreillers, nos poelles à frire, et renoncer à une partie des vidéos de petits chats que la 5G permettra de continuer à s'envoyer sans risquer la congestion des réseaux.
Ce qui est intéressant dans cette tribune, c'est surtout l'auteur. Bouygues possède un des 4 opérateurs de téléphone nationaux, directement concerné par les propos, ainsi qu'un groupe de media (TF1), qui l'est aussi indirectement (car le streaming vidéo en 4K concerne aussi les programmes télé).
Le rôle le plus attendu pour une personne comme Fabrice serait de précisément soutenir ce progrès technique, ce qui correspond à la parole publique la plus fréquente, et de loin, de cadres dirigeants d'entreprise. Qu'il se permettre de questionner publiquement la pertinence de mettre des milliers de milliards de dollars dans la course aux gadgets, alors que les moyens font défaut pour "sauver notre maison commune", est un intéressant signe des temps. »
(posté par J-Pierre Dieterlen)
https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10159965998297281
L'armée américaine et les organisations de transport aérien tirent la sonnette d'alarme: la mise en place de la 5G aux États-Unis pourrait interférer avec les systèmes de navigation des avions, provoquant des «catastrophes» et même des «morts».
la 5G: en a-t-on vraiment besoin ?..Jean-Marc Jancovici était invité par la chaine Nouvo RTS et explique pourquoi la course à la 5G et au "toujours plus" est extrêmement nocive pour notre planète.
En Chine, la 5G est éteinte la nuit Trop énergivores, les infrastructures nouvelle génération sont mises en veille le soir tombé par certains opérateurs...les stations de base 5G consomment jusqu'à trois fois et demie plus d'énergie que leurs équivalentes 4G...
5G en France : une rentrée sous haute tension
Commentaire de Jean-Marc Jancovici sur l'article :
"Dans cet article sur la 5G, la rédactrice emploie un argument souvent utilisé pour justifier de se mettre à quelque chose : que d'autres l'ont déjà fait.
Mais cet argument est paresseux. On pourrait l'utiliser pour inciter l'ensemble de la population à fumer au motif qu'un tiers l'a déjà fait, à boire, puisqu'il existe déjà des alcooliques, à tuer son prochain, puisqu'il existe des meurtriers, à ne pas payer ses impôts puisqu'il y a des fraudeurs, etc.
Ce que l'on devrait discuter, en pareil cas, c'est si la 5G est utile pour faire venir la pluie qui nous fait défaut (ce n'est pas sur), pour avoir des gens en meilleure condition physique (c'est l'inverse qui est à peu près sur, pas à cause des ondes mais à cause de l'incitation à la sédentarité, et à l'immersion prématurée dans le numérique des enfants), pour faire baisser le CO2 (pour le moment c'est l'inverse qui est certain), bref si c'est prioritaire pour mieux affronter la période troublée qui s'annonce.
Mais s'y mettre parce que d'autres s'y sont mis, ce n'est pas un argument. Nous sommes souvent très contents que la France fasse "bande à part" pour la qualité des fromages, du vin, ou la longueur de nos congés : vite, que l'on supprime tout ça puisque les autres ne l'ont pas !"
(publié par Joëlle Lecont
https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10159630804747281
l'article en question :
https://www.msn.com/fr-fr/actualite/france/5g-en-france-une-rentr%c3%a9e-sous-haute-tension/ar-BB182rVV?ocid=sl2
Le coût écologique de la 5G en 4 questions
Commentaire de Jean-Marc Jancovici :
"Le trafic vidéo sur réseaux mobiles augmente actuellement de 30% par an. Les français regardent plus de séries, de vidéos Youtube, de porno, et les exploits de leurs proches qui sont ravis d'envoyer sous forme animée tout ce qui leur arrive dans la journée.
De là, on peut gérer la situation de deux manières :
- la première, et qui est celle vers laquelle vont collectivement le gouvernement (qui a intérêt à pousser au crime car la vente des fréquences 5G lui ramènera quelques milliards) et les consommateurs (car nous sommes tous des gamins devant les nouveaux gadgets, en règle générale), est de dire qu'il faut augmenter les débits pour que nous puissions continuer à consommer de plus en plus d'images animées, puis après nous pleurerons collectivement parce que cela amène des nuisances environnementales augmentées (et une balance commerciale un peu plus déficitaire - nous importons tous nos téléphones et l'essentiel de nos composants de réseaux)
- la seconde, qui serait la voie de la sagesse, serait de se dire que l'augmentation indéfinie de la définition sur les écrans, et la quantité d'images animées que nous utilisons, ne nous rendra pas plus heureux, mais contrariera un peu plus nos ambitions de durabilité. Mais nous n'en prenons pas le chemin..."
(publié par Joëlle Leconte)
https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10159591446797281
...Peut-on limiter la dérive climatique tout en disposant de la 5G, des objets – dont la voiture – connectés, de la ultra-haute définition et autres « nouveautés » que les aficionados du digital attendent avec impatience ? La réponse est malheureusement non. Il va falloir choisir...
L’inquiétante trajectoire de la consommation énergétique du numérique....Que faire ? Sans doute, exactement l’inverse de ce que prévoit l’industrie...Favoriser les systèmes mécaniques ou prévoir du numérique débrayable....
Plouf! Si j'ai la 5G...
Jean-Marc Jancovici : «Avoir les honneurs du Canard Enchaîné est toujours un exercice périlleux, parce que d'habitude le but du jeu est que la personne citée y perde quelques plumes.
Mais là, Hugues Ferreboeuf et votre serviteur sont tombés du bon côté de la barrière, avec la mention de notre récente tribune invitant à ne pas foncer tête baissée dans la 5G avant d'avoir fait un bilan avantages-inconvénients sérieux.»
(publié par J-Pierre Dieterlen)
...Pour une fois, ne devrions nous pas nous demander avant d’agir si la mariée est si belle, plutôt que de foncer tête baissée au motif que d’autres l’ont fait avant nous, pour ensuite réaliser que nous aurions du consacrer notre temps et nos moyens à d’autres priorités ?
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