Philippe Bihouix
L’ingénieur, apôtre des low-tech, annonce la fin prochaine de l’abondance et prône une société frugale… Au risque de précipiter les maux qu’il redoute.
Ingénieur, Philippe Bihouix s'est fait connaître par ses réflexions critiques sur la société industrielle, en particulier à travers son essai L'Âge des low tech (2014). Il s'est notamment penché sur les limites physiques du monde, soulignant les défis d'un développement reposant sur l'extraction massive de ressources non renouvelables. Son diagnostic repose sur une analyse précise de la raréfaction des métaux, de la complexité croissante des objets techniques et de l'impossibilité de recycler indéfiniment.
Comme le suggère le titre de son dernier essai, L'Insoutenable Abondance. Faut-il croire les prophètes du progrès ? (Gallimard, 2025), Bihouix en déduit que le développement technologique n'est plus durable. Aussi appelle-t-il à sortir du mythe d'un salut technologique et à entrer dans un monde fondé sur la « sobriété systémique ». Il ne s'agit pas seulement de consommer moins, mais de revoir en profondeur nos façons de produire, de nous déplacer, d'habiter, bref, de vivre. Cela passe par une relocalisation des activités, une simplicité volontaire, une réhabilitation du travail manuel et un renoncement à certains conforts jugés énergivores ou non durables.
Si ce discours séduit une partie croissante de l'opinion, notamment dans les milieux écologistes, il n'en reste pas moins discutable. Car derrière son apparente lucidité, il véhicule une vision foncièrement pessimiste de l'avenir, fondée sur une lecture quasi malthusienne des ressources et une méfiance envers les avancées technologiques. Or cette perspective minimise la capacité des sociétés humaines à innover, à s'adapter et à créer de l'abondance. En ce sens, elle tue la dynamique du progrès.
La question des ressources
L'un des piliers de l'argumentaire de Bihouix est la thèse de la raréfaction inéluctable des ressources. Selon lui, notre civilisation industrielle repose sur un stock limité de matériaux, notamment des métaux rares, indispensables au fonctionnement des technologies modernes. Or ces matériaux, extraits avec difficulté, sont souvent dispersés dans des objets complexes, ce qui rend leur recyclage coûteux, énergivore et partiel. Dès lors, l'idée même de « transition écologique » portée par les technologies vertes – voitures électriques, énergies renouvelables, réseaux intelligents – relèverait d'une illusion : elle ne ferait que déplacer les contraintes, sans les résoudre. Pour Bihouix, il faut donc anticiper un monde où l'on devra faire avec moins.
D'un point de vue strictement physique, il est vrai que les stocks de matières sont finis. Pourtant, ce qui importe dans le fonctionnement d'une société, ce n'est pas la quantité brute disponible, mais la capacité à y accéder. Or l'Histoire montre que de nombreuses ressources sont devenues plus abondantes au fil du temps, car le progrès technique a permis de mieux les détecter et de mieux les extraire. En ce sens, c'est moins la nature qui nous impose ses bornes que notre manque d'ingéniosité – et, ce qui est lié, notre tendance à croire qu'elles sont infranchissables.
Bihouix n'est toutefois pas un malthusien à l'ancienne. Il reconnaît que l'ingéniosité peut repousser les limites apparentes des ressources. Mais il ne montre guère d'enthousiasme pour cette dynamique extractiviste, allant jusqu'à y voir une « folie destructrice », car elle demande d'aller chercher des minerais dans un nombre croissant de territoires (zones arctiques, forêts tropicales, fonds des océans).
Là où le malthusianisme classique voyait l'humanité comme incapable de dépasser les limites auxquelles elle était confrontée, Bihouix et les malthusiens modernes, contraints de constater que ce pronostic a échoué, changent donc leur fusil d'épaule et affirment désormais que le dépassement sera destructeur. La pénurie a ainsi été remplacée par la catastrophe.
Pourtant, n'avoir qu'une vision négative de notre impact sur l'environnement n'est guère raisonnable. Après tout, pour ne prendre qu'un exemple, les Français ont défriché, labouré, miné, goudronné leur territoire, allant jusqu'à réduire la superficie de la forêt française de moitié en 2 000 ans, sans que ce pays ait pour autant sombré dans la désolation. Il n'y a donc pas de raison de penser, comme Bihouix le laisse entendre, que la poursuite de l'extractivisme serait irréversiblement délétère.
La question de la technologie
Le même esprit défaitiste se retrouve dans sa conception de la technologie moderne qui, selon lui, constitue moins une solution qu'un piège. Plus elle se complexifie, plus elle devient difficile à entretenir, à réparer, à recycler. Chaque innovation entraîne des besoins nouveaux – en matériaux, en énergie, en compétences – et nous enferme dans une spirale de dépendances techniques. Dès lors, plutôt que de prendre le chemin du high-tech, il faudrait, selon Bihouix, redescendre d'un cran : réapprendre la simplicité, se tourner vers des solutions low-tech, plus robustes, plus accessibles, plus compatibles avec un monde de moindre abondance matérielle.
La complexité technique peut, bien sûr, avoir des effets indésirables et n'est pas toujours pertinente, mais s'en tenir à un discours purement critique à son égard revient à négliger une dimension essentielle du développement technologique, à savoir sa puissance d'adaptation et de transformation. Car c'est bien à travers ce développement que les sociétés humaines ont appris à produire davantage avec moins – moins de matière, moins d'énergie, moins de temps. Mieux encore, la technologie n'est pas seulement un outil d'optimisation : elle est ce qui permet de remodeler notre environnement, de l'adapter à nos besoins, de le rendre plus sûr, plus confortable, plus riche en possibilités. Critiquer son développement passé et ne pas encourager son développement futur, c'est donc risquer de nous priver des futurs bienfaits de la technologie.
La suspicion de Bihouix envers la complexité croissante de la technologie est d'autant plus regrettable qu'il reconnaît lui-même qu'elle est loin d'être toujours problématique. Par exemple, il souligne que, dans les années 1980, « les voitures tombaient beaucoup plus en panne qu'aujourd'hui » ; de quoi invalider l'idée d'une opposition inéluctable entre maintenance ou durabilité et complexité croissante. Puis, plus fondamentalement, après avoir exprimé ses réticences envers le high-tech, Bihouix en vient quand même à déclarer : « Oui aux machines complexes dans les services de radiologie et de chirurgie. » Le problème de cette vision où les objets complexes ne seraient réservés « qu'aux usages où ils seraient jugés indispensables » est qu'elle oublie qu'une technologie se démocratise d'autant mieux qu'elle est construite à grande échelle et donc utilisée à des fins que l'on peut juger superflues. Dès lors, réserver le high-tech à la médecine est le moyen le plus sûr de ne pas la voir s'y déployer.
L'erreur de Bihouix est donc d'avoir tendance à présenter la complexité comme une impasse, alors qu'elle rime souvent avec efficacité, économie d'énergie et amélioration de nos conditions de vie. Aussi l'enjeu n'est-il pas de fuir la complexité, mais de mieux l'orienter. Malheureusement, à force de dénoncer le high-tech comme intrinsèquement problématique, Bihouix entretient un état d'esprit qui n'est pas propice à la recherche d'innovations capables de contribuer à relever les défis écologiques.
La question de la décroissance
Dans la logique de son déclinisme, Philippe Bihouix en appelle à une transformation radicale de nos modes de vie : relocalisation de la production, réduction drastique de la consommation, retour à des technologies plus simples, au travail manuel, à la frugalité. Cette « sobriété systémique » n'est pas présentée comme un sacrifice, mais comme un projet désirable, une chance pour retrouver du sens, du lien, de l'autonomie. Il s'agirait d'un monde plus lent, plus humain, moins destructeur.
Pourtant, derrière cette vision apaisée d'un futur low-tech se cache une réalité plus sombre : celle d'une société moins prospère, plus rigide, avec moins de liberté de choix, moins d'accès à la santé, à la culture, à la mobilité, au confort. Il ne faut en effet pas oublier que c'est la consommation de masse, le développement technologique et l'automatisation qui a permis l'amélioration des conditions de vie, autant sur le plan culturel ou sanitaire que matériel.
En outre, vouloir imposer à l'ensemble des sociétés une forme de frugalité revient à oublier que la croissance n'est pas un caprice occidental, mais une aspiration universelle. Les millions d'êtres humains qui n'ont pas encore accès à l'eau potable, à un logement décent, à une électricité fiable, à des moyens de communication performants ne demandent pas du low-tech, mais des infrastructures et des technologies performantes qui permettraient d'améliorer concrètement leur vie.
Au fond, en proposant de renoncer à l'abondance pour prévenir, au mieux, des pénuries et, au pire, des catastrophes, Bihouix minimise l'aptitude des sociétés à transformer les contraintes en opportunités, à inventer des solutions nouvelles, à repousser les limites perçues. Bien sûr, les gains d'efficacité ne permettront pas une croissance indéfinie. Mais il n'y a aucune urgence. Bihouix reconnaît lui-même que l'on peut encore en avoir pour des siècles. Dès lors, prôner une sobriété systémique dès maintenant, sans attendre qu'elle s'impose à nous, dans un avenir éventuellement lointain, revient à précipiter les maux que l'on prétend éviter.
Contre Bihouix, il semble donc encore possible de défendre l'idée de progrès, non pas en niant les défis écologiques, mais en refusant le fatalisme. C'est par plus d'esprit d'entreprise, d'intelligence, de technologie, d'innovation que nous pourrons répondre aux défis du siècle, voire des siècles à venir – non par un repli sur une simplicité qui reviendrait à tourner le dos au désir de vivre mieux. La recherche d'abondance n'est en effet pas l'ennemie de la soutenabilité : elle en est la condition.
Thomas Lepeltier Publié le 01/10/2025
https://www.lepoint.fr/debats/renoncer-au-confort-pour-sauver-la-planete-la-vision-malthusienne-de-philippe-bihouix-01-10-2025-2600072_2.php
Dans son nouveau livre, Le Bonheur était pour demain, Rêveries d'un ingénieur solidaire, (Seuil, avril 2019), Philippe Bihouix met en pièces une série d’utopies technologiques et écocitoyennes persuadées de pouvoir « réparer » ou « sauver la planète ».....
Les machines, c'est bien, mais des start-up en reviennent au salariat humain
La présence grandissante des robots et algorithmes redonne de la valeur aux vrais employés pour gérer les imprévus. La complainte de la serveuse automate de "StarMania" résonne encore que c'es...
http://www.slate.fr/story/111657/robots-et-informatique-partager-etres-humains
Face à la baisse des ressources, l’ingénieur Philippe Bihouix estime que notre monde se perd en innovations énergivores et polluantes. Pour lui, une autre voix est possible : les basses technologies. De tout temps, la technologie est venue à la rescousse des problèmes que l’humanité s’était elle-même créés. Face à la déplétion des ressources, aux changements climatiques, aux pollutions des sols, des nappes phréatiques et de l’air… seules l’innovation et les hautes technologiques apporteraient leur lot de réponses. C’est faux, assure l’ingénieur Philippe Bihouix dans l’Age des low-tech (Seuil), un ouvrage célébrant les basses technologies. L’ère de l’ingénieur thaumaturge est révolue.
Vous prétendez que les technologies ne portent plus les solutions qu’elles promettent. Pourquoi ?
Il faut désormais admettre qu’on ne va pas s’en sortir avec des solutions technologiques, loin de là. Il ne s’agit pas de consommer comme on veut, de jeter la canette de soda dans la bonne poubelle et de laisser les ingénieurs se charger du reste. Ces technologies sont imparfaites. On dit qu’avec l’économie circulaire on va pouvoir tout recycler à l’infini. En réalité, c’est faux : on ne gratte pas la peinture au cuivre et à l’étain des carcasses de bateaux qui sont démantelés au Bangladesh ou en Inde. Par exemple, 95% du titane extrait est utilisé comme colorant blanc universel. On le retrouve partout, dans les matières plastiques, les dentifrices, les crèmes solaires, les peintures… on ne peut pas le récupérer. Même chose pour une partie du chrome, du cobalt, du zinc, de l’antimoine. Et même sans ces utilisations dispersives, le recyclage entraîne souvent une dégradation de l’usage. Difficile de refaire des bouteilles en plastique à partir de bouteilles recyclées, un pare-brise avec du verre coloré, ou un acier noble à base de ferrailles mélangées.
Les technologies de l’information et de la communication dématérialisent l’économie, ce qui ménage énergie et ressources…
Plus il y a d’électronique, plus c’est compliqué : on retrouve des dizaines de métaux dans les appareils, en quantités trop faibles pour les récupérer. Plus on est high-tech, moins on fabrique de produits recyclables et plus on utilise des ressources rares dont on va inexorablement manquer. Avec les nanotechnologies, on nous dit : c’est plus petit, ça consomme moins de ressources, on va remplir les mêmes fonctionnalités avec moins de matière… Mais en réalité, les nanomatériaux incorporent du titane, de l’or, du zinc, et on les disperse encore plus. La bonne foi des consommateurs ne suffit pas, c’est la conception des objets qui pose souci. Le high-tech nous envoie dans le mur. Autre constat : on a un énorme problème d’échelle. Si l’on voulait produire avec des panneaux solaires les 22 000 térawatt-heures d’électricité consommés mondialement, il faudrait l’équivalent de cinq siècles de production au rythme actuel. Quant aux agro-ressources, l’ensemble des résidus agricoles de la planète ne suffirait pas à couvrir notre seule consommation de plastiques. Faire reposer notre avenir sur des solutions aussi incertaines est absurde !
Alors qu’est-ce que la low-tech, concrètement ?
C’est d’abord une réflexion sur les besoins. D’après moi, il existe les écologistes de l’offre et les écologistes de la demande. Les premiers prétendent trouver des alternatives au nucléaire, au pétrole ou au charbon en lançant un programme massif d’énergies renouvelables avec de l’éolien offshore, du photovoltaïque… Les seconds s’interrogent : si on doit faire des choix, de quoi peut-on se passer le plus facilement ? Ne faut-il pas commencer par démonter les panneaux publicitaires énergivores installés dans les couloirs du métro, les magasins, les cafés, etc. ? Je pense qu’on vivait plutôt bien sans. Comment expliquera-t-on aux générations futures qu’on transportait de l’eau en bouteille sur des centaines de kilomètres en prétendant que c’était plus écologique puisque bouteilles et bouchons se recyclaient de mieux en mieux ? Comment justifierons-nous des innovations aussi stupides que les chaussettes «anti-odeurs» dans lesquelles on a glissé du nano-argent ? On extrait de l’argent de mines pour le disperser dans des chaussettes ! Après dix lavages, on le retrouve dans les stations d’épuration. Sur 20 000 tonnes d’argent produites par an, on en disperse au moins 500 pour de telles innovations. Il est bien plus facile de passer à la civilisation du vélo que de déployer la voiture électrique ou d’inventer une «voiture propre» qui restera toujours un oxymore. Non seulement c’est plus simple, mais ce serait sans doute aussi beaucoup plus sympa. Ne vaut-il pas mieux se contraindre un peu, réviser notre rapport à la mobilité, s’organiser différemment, plutôt que de se perdre dans une course éperdue, dans une compétition mondiale exacerbée ?
Prenons une technologie non recyclable par excellence, l’industrie nucléaire, pensez-vous que nous saurons démanteler nos 58 réacteurs ?
Aujourd’hui, on se demande si le bon montant a été provisionné pour les démantèlements. C’est fallacieux. Quel qu’il soit, la vraie question est de savoir si, au moment où nous devrons démanteler, nous disposerons encore d’un macrosystème technique capable de le faire. Ce processus consomme énergie et ressources, il faut des zones de stockage, des moyens de transports, des ingénieurs et techniciens formés et motivés, des robots pour déconstruire des outils dont on ne pourra s’approcher. Ce système sera-t-il encore en place à l’horizon des démantèlements, horizon que l’on repousse d’ailleurs sans cesse ? J’anticipe plutôt que nous ferons de nos vieilles centrales des zones taboues.
Sans énergie, il n’y a pas d’innovation et sans innovation, une société complexe comme la nôtre s’effondre…
Certes, mais en focalisant sur l’énergie, on biaise le problème car il suffirait de trouver une ressource abondante pour s’affranchir d’une réflexion plus globale. Or, il y a aussi la question plus large des ressources, comme les métaux ou les terres arables. Par ailleurs, je reste circonspect sur l’éventualité d’un effondrement brutal. Je pense plutôt que se déplacer, se faire soigner, s’alimenter etc., va devenir de plus en plus compliqué, cher, de manière pénible mais assez graduelle. Cela a sans doute déjà démarré.
Comment expliquer notre appétence pour l’innovation ?
Le collectif grenoblois Pièces et main-d’œuvre, connu pour ses positions antiscientistes, explique que nous sommes «enchâssés» dans un système technique auquel il est impossible d’échapper. Il me semble que c’est le bon terme. Il existe aussi un effet d’emballement lié aux productions intermédiaires. Par exemple, la santé insolente de l’Allemagne dans une Europe en crise, passe, entre autres, par l’exportation de laminoirs pour des usines sidérurgiques vers la Chine et l’Inde. Or, le système s’auto-alimente : le parc de ces machines-outils fait plus que se renouveler, il augmente ; mécaniquement, la production finale va elle aussi augmenter. Si je fabrique et vends des grues, qu’adviendra-t-il des employés si on arrête de bétonner le peu de nature qui reste ? Le système est bordé de toutes parts et je ne suis pas très optimiste sur notre capacité à enclencher une dynamique inverse. Pourtant, techniquement, une baisse drastique des ressources consommées serait absolument faisable, tout en conservant l’essentiel de notre «confort».
Que faudrait-il tenter pour changer les choses ?
Il existe deux gammes d’action, la première, le signal-prix, la taxe, l’incitation… qui sont les seules méthodes auxquelles on croit. La deuxième, c’est la réglementation, le pouvoir normatif qui va de l’interdiction pure et simple à l’obligation. Nous pourrions imposer aux fabricants des durées de vie minimum de leurs produits ou des conditions de reprise obligatoire pour éviter l’obsolescence programmée. On n’utilise pas assez le volet réglementaire, lui préférant toujours le marché.
Mais les gens aiment consommer ! Peut-on fabriquer autrement les objets, consommer d’une autre façon ?
Il faut concevoir des objets plus simples, privilégier le monomatériau, réduire le contenu électronique : le thermomètre à alcool plutôt qu’à affichage digital ! Ensuite mettre en place le réseau de récupération, réparation, revente, partage des objets du quotidien, outils, jouets, petit électroménager… Dans l’automobile — avant d’apprendre à s’en passer -, supprimer les gadgets électroniques, brider la puissance et alléger, rechaper les pneus au lieu de les remplacer, comme pour les camions… Revoir profondément la distribution et la logistique des produits alimentaires et d’hygiène pour générer moins de déchets, en particulier d’emballage : des «formats uniques» de bouteilles, de pots de yaourt et de flacons, avec consigne et réutilisation généralisées, production locale — en pharmacie ? — dentifrices et cosmétiques pour éviter les produits chimiques antibactériens…
Comment expliquez-vous la surdité du monde politique à l’égard des enjeux que vous explorez ?
Aujourd’hui, comment se faire élire sans promettre monts et merveilles ? La principale terreur de nos gouvernants est de détruire des emplois. Il faudrait parvenir à faire comprendre que la décroissance, c’est l’emploi ! Tandis que la croissance, désormais disparue, a détruit le petit commerce et l’artisanat, a délocalisé l’industrie — et bientôt les services -, il existe un gisement d’activité dans l’agriculture à plus petite échelle, la production industrielle locale, les réseaux d’entretien et de réparation…
On va vous taxer de néopoujadisme, voire d’accointances avec certaines idées développées par le FN…
Il faut relire le philosophe Jean-Claude Michéa. Dans Impasse Adam Smith (1), il explique comment la gauche s’est convertie au libéralisme. En renonçant, au début des années 80, à tout programme économique alternatif, elle s’est réfugiée dans un «libéralisme politique» à outrance. Dès lors qu’à gauche, on ne se distingue plus de la droite sur les questions économiques, alors il ne reste plus qu’à mettre en avant les questions sociétales comme le mariage pour tous. Et cette dissolution entre gauche et droite est aujourd’hui le meilleur allié du FN.
(1) Flammarion, Coll. Champs Essais, 2010, 184 pp., 8,20 €.
Libération, 04/07/14, propos recueillis par Laure Noualhat.
http://www.liberation.fr/terre/2014/07/04/la-high-tech-nous-envoie-dans-le-mur_1057532