sectes niouzes

Publié le par ottolilienthal

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Le "debunker", l’infiltré, et le pschitt de la secrétaire d’État à la Citoyenneté... Comment sont traquées les dérives sectaires dans le Var et les Alpes-Maritimes?

Alors que sorcellerie, vaudou, chamanisme, pseudo-médecines, complotisme et survivalisme gagnent du terrain dans le Var et les Alpes-Maritimes, avec le risque d’une emprise mentale, nous avons cherché à savoir comment sont traquée les dérives sectaires.

Il fut un temps où les sorcières étaient brûlées vives, au moindre soupçon de maléfice. Dans le Var, deux Hyéroises ont subi ce châtiment en 1435, et six habitantes de Saint-Maximin en 1515. Dans les Alpes-Maritimes, la dernière exécution aurait eu lieu à Castellar, en 1623. Au XXIe siècle, dans une rue bien fréquentée près du port de Toulon, la boutique ésotérique d’Eric Jacques de Mollet prospère. "Toutes sortes de gens viennent me voir. Certains pour se protéger, mais d’autres pour faire de la magie noire. Ceux-là veulent acheter des dagydes, aussi appelées poupées d’envoûtement, sur lesquelles ils collent la photo de la personne qu’ils veulent atteindre, et plantent ensuite des aiguilles. Mais je ne vends pas ces choses-là, affirme cet occultiste. Certains ont des connaissances livresques, ils me demandent de la bave de crapaud ou des testicules d’animaux, etc. Mais du coup, ils sont inoffensifs car ils ne trouvent pas ces ingrédients. J’ai appris la magie noire, parce que pour la démonter, il faut la connaître." S’il ne vend rien pour faire du mal, en revanche, il ne nie pas avoir tout ce qu’il faut pour des protections.

Quant aux sorciers et sorcières qui ont pignon sur rue grâce aux réseaux sociaux, ils ne savent plus quoi inventer. Ainsi, sur TikTok, l’une d’elles entame un "nettoyage spirituel par les œufs", parce qu’elle craint qu’on lui ait jeté un sort. Après s’être frotté l’œuf de la tête aux pieds, elle le casse dans un verre rempli d’eau salée, autour duquel elle agite une cloche.

Bulles et filaments lui révèlent, comme par hasard, que quelqu’un lui en veut. Elle entame une purification, avec sa propre recette de bannissement. Pour cela, on peut tout acheter sur internet, même le balai, qui ne fait pas voler mais sert d’amplificateur d’énergie.

Un démystificateur sur les réseaux sociaux

Infiltrer l’univers des sorcières sur les réseaux sociaux, c’est un des rôles de Mathieu Porzio. Il est le démystificateur du GEMPPI (Groupe d’étude des mouvements de pensée en vue de la protection de l’individu). Il "débunke" les rituels de sorcières, les théories complotistes comme celle de la Terre plate, et les pratiques des pseudo-médecins ou praticiens de médecines alternatives, qui se donnent le titre de docteurs, se disant diplômés de facultés aussi lointaines que méconnues.

 

Depuis Marseille, Mathieu Porzio s’est créé différents avatars, allant même jusqu’à revêtir le personnage d’une ancienne mannequin. Il publie ses propres vidéos sur X (ex-Twitter) pour démonter ces croyances. Du style: "Si quelqu’un te dit que les blessures de ta vie présente sont dues à ta vie passée, c’est sûrement que dans ta prochaine vie tu te réincarneras en pigeon."

Une allusion aux faux souvenirs induits, qui font de plus en plus de victimes et font exploser des familles entières. Il suffit de taper "mathieu gemppi" pour que ses contre-vérités s’affichent.

Pour Jean-Luc Le Gall, président du conseil de l’ordre des médecins du Var, "il y a un essor des formations délivrant des diplômes non reconnus pour des Pratiques de soins non conventionnelles (PSNC). Cela permet à certaines personnes d’abuser de la fragilité de patients, qui vont jusqu’à abandonner les soins en médecine conventionnelle et de les exposer à des dérives sectaires." Des formations qui tendent de plus en plus à utiliser le compte personnel de formation et à se banaliser, souligne Janou Pichon, présidente bénévole de l’ADFI Var, Association de défense des familles et de l’individu, dont le siège est au Pradet. "Une formation à la Hijama est passée par un Pôle Emploi de la région parisienne."

Des formations hallucinantes

Toujours au Pradet, un centre de formation propose de tout: 350 euros les deux jours de formation au magnétisme; idem pour apprendre à pratiquer l’access bar ou encore le channeling, décrit comme un procédé de communication entre un être humain et une entité appartenant à une autre dimension, mais aussi pour maîtriser les 7 flammes sacrées qui offrent sagesse et guérison, etc. C’est 690 euros les quatre jours de formation à la Hijama et la moxibustion, décrite comme une stimulation par la chaleur de points d’acupuncture.

Contacté de façon anonyme en expliquant que je veux changer de vie et de profession, le patron me guide vers "une formation en naturothérapie, très complexe", qui, entre autres, "prend les dernières découvertes en médecine et les traite avec les plantes." 3.000 euros la formation en PDF et e-learning.

 

"Les personnes atteintes d’une pathologie, quelle qu’elle soit, peuvent avantageusement avoir recours à certaines PSNC, à condition qu’elles soient accompagnées par l’équipe de soins", souligne sur son site le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM), qui vient de renouveler un partenariat avec la Miviludes. "Dès qu’il y a emprise mentale, on peut parler, pour toute dérive thérapeutique, de dérive sectaire."

Les trois phases de l’endoctrinement

Trois phases dans l’endoctrinement sont identifiées: la phase d’approche avec promesse de guérison; la phase de séduction passant par une rencontre avec des personnes supposément guéries; et enfin, la phase de soumission, sous la menace d’aggravation de la maladie si le patient ne suit pas le traitement indiqué, accompagnée d’exigences financières allant jusqu’à l’endettement, le déracinement géographique, etc. Distinguer les bons et les mauvais praticiens n’est pas chose aisée. "L’essentiel, c’est d’en parler à son médecin traitant", insiste Jean-Luc Le Gall.

Enquête dans les milieux complotistes du Var

Benoît Judde est détective privé. Son agence, J & D, est basée à Angoulême mais il enquête dans toute la France, en général à la demande des familles. Il prépare en ce moment sa prochaine infiltration dans le Var. "Il s’agit d’un cas de disparition inquiétante. Je ne peux pas en dire trop, mais cela concerne une femme d’une quarantaine d’années, qui n’a plus donné de nouvelles à sa famille du jour au lendemain, abandonnant à son domicile téléphone et papiers d’identité. Elle a laissé une lettre d’adieu, mais rien ne va, selon moi, dans le sens du suicide."

Benoît Judde va donc jouer les clients mystères dans un mouvement complotiste, une de ses pistes. "Je ne reste que quelques heures voire deux ou trois jours." C’est un des rares détectives privés en France à pousser ses enquêtes jusque-là. "J’ai déjà infiltré un stage de respirianisme, où les gens ne se nourrissent que du prana." Quèsaco? Le site internet d’un organisme disant pratiquer les thérapies quantiques explique que le prana remplace le manger et boire "en entrant en relation avec l’être Soleil par le regard" et "par la pratique de sons respiriavibratoires." Il en coûte 600 euros pour un stage d’une semaine, sans l’hébergement et... sans les repas!

"Une personne peut passer sous emprise totale en trois mois", estime Didier Pachoud. Une bascule que Benoît Judde ramène à "une semaine, dans les cas de radicalisation extrême, en passant 10 heures par jour sur internet."

"Avant, les gourous étaient plus facilement identifiables, souligne Benoît Judde, aujourd’hui ce sont des gourous 2.0 qui savent utiliser les réseaux sociaux." Un virage numérique que certains mouvements n’ont pas su prendre.

"Êtres invisibles"

C’est le cas du Mandarom, à Castellane dans les Alpes-de-Haute-Provence. En 1995, il était classé comme secte par une commission parlementaire, puis qualifié de moins dangereux en 2008, par la Miviludes, dix ans après le décès de son fondateur, Sa Sainteté Hamsah Manarah, alias Gilbert Bourdin pour l’état civil.

 

Se présentant comme "messie cosmoplanétaire", il y prônait l’aumisme, une synthèse de toutes les religions. En 2001, sa statue de 33mètres était très médiatiquement dynamitée, aboutissement des actions en justice portées par les écologistes locaux, les époux Josette et Robert Ferrato en tête, estimant qu’elle avait été installée en toute illégalité en 1990. "Notre bataille continue pour la remise en état du site", insiste Josette Ferrato, qui suit toujours le dossier, malgré le décès de son époux, et rappelle qu’une astreinte de 500 euros par jour court toujours depuis décembre 2019.

Le site ressemble aujourd’hui à un parc d’attractions abandonné, surplombant d’un côté un camping pour naturistes, de l’autre le site d’essais de la Direction générale de l’armement sur le lac de Castillon.

En plein mois de juillet, cet été, plusieurs touristes approchent timidement du portail qui n’ouvre qu’au moment des visites guidées à condition de s’être acquitté de 5 euros par personne. À l’entrée, trois statues pointent des armes futuristes. "Ce n’est pas une menace, insiste la guide, c’est pour chasser les mauvaises choses qui pourraient vous atteindre." Ainsi commence la visite, un parcours confus d’une heure et demie entre le bouddhisme, le christianisme, l’islam, en passant par l’évocation "d’êtres invisibles."

Elle se termine dans une salle ronde voûtée où la guide en uniforme bordeaux avec son bandeau autour de la tête, planté d’étoiles à cinq branches, invite les visiteurs dont des enfants, à prononcer de plus en plus fort le son "aum", censé purifier le corps et les chakras.

Grosse concurrence

Si le Mandarom semble dépassé, d’autres mouvements subissent la forte concurrence de ces groupes émergents, notamment du marché New Age. C’est le cas de l’Église de la Scientologie, selon Didier Pachoud, à la tête du GEMPPI, et dans une moindre mesure des Témoins de Jéhovah. Même si ces derniers connaissent un regain d’intérêt sur fond de guerres, de pandémies, de collapsologie rejoignant leur théorie sur la fin du monde, appelée l’Armageddon.

Didier Pachoud a passé douze ans avec femme et enfants parmi les Évangélistes, à qui il versait 10% de son salaire d’agent SNCF smicard. 12 ans avec l’omniprésence du diable, et une croyance en des miracles à laquelle il a mis fin en retrouvant "une autonomie de pensée".

Il fait partie de ceux qui comptaient sur la présentation, par Sonia Backès, de la stratégie nationale de lutte contre les dérives sectaires, prévoyant un renforcement de l’arsenal judiciaire et plus de moyens financiers. Mais la secrétaire d’État à la Citoyenneté, qui plusieurs fois avait évoqué les liens de sa mère avec la Scientologie, a démissionné en septembre, après sa défaite aux sénatoriales, sans le dévoiler. Que fera la Marseillaise Sabrina Agresti-Roubache qui lui succède? Face à l’ampleur du phénomène, un plan de lutte reste d’actualité.

Régine Meunier Publié le 05/11/2023

Savoir+

GEMPPI: Tél. 06 98 02 57 03 ou 04 91 08 72 22 et sur www.gemppi.org.

ADFI Le Pradet: adfivar@protonmail.com. Tél.: 06.02.19.57.76.

 

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La campagne de prévention contre les dérives sectaires dans le domaine de la santé a été lancée cette semaine, alors qu'en France près de 4.000 psychothérapeutes exerceraient sans diplôme...

 

Musicothérapeutes sans aucun diplôme, psychothérapeutes ou naturopathes autoproclamés, associations vantant les pratiques expérimentales, le jus de fruit ou une méthode d’imposition des mains comme le reiki pour vaincre le cancer... Ces charlatans, voire «nouveaux gourous», représentent un réel danger pour la santé des malades qui sont de plus en plus nombreux à y recourir.

>> A lire ici: Quels sont les sites fiables pour l'information sur la santé?

C'est dans ce contexte que le Centre contre les manipulations mentales (CCMM) a lancé cette semaine sa campagne de prévention contre les dérives sectaires dans le domaine de la santé. Une campagne au message choc («Danger ! Attention aux traitements médicaux et aux faux thérapeutes»), réalisée en partenariat avec la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) et le ministère de la Santé.

Grâce au Web et aux scandales sanitaires

Et comme, selon le CCMM, «les patients en souffrance sont des proies faciles», 60 % de ces malades atteints d'un cancer se seraient déjà tournés vers ces pratiques sectaires et leurs thérapies loufoques (chiffre Miviludes). Sans compter que les psychothérapeutes autoproclamés, n'ayant reçu aucune formation et ne figurant sur aucun registre officiel, seraient plus de 4.000 en France.

Des officines sectaires qui pullulent notamment grâce au Web, là où les patients en rupture cherchent forcément des réponses. Comment expliquer le grand pouvoir de ces charlatans? En partie, par les récents scandales sanitaires qui ont éreinté la crédibilité du secteur de la santé.

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