aliments et changement climatique

Publié le par ottolilienthal

Pourquoi lutter contre le réchauffement climatique ne sauvera pas le vin, le café et le chocolat...

Même si les températures étaient artificiellement réduites dans certaines régions, la pluie et l’humidité resteraient imprévisibles. La viticulture française, notamment, n’est pas épargnée...

Café, cacao et vin. Le triplé essentiel dans la routine hédoniste de celui qui aime se réveiller avec une tasse d'arabica, trinquer avec un verre de rouge et terminer ses repas sur une note sucrée. Mais, pour les habitants de vastes régions du monde, café (Colombie, Brésil, Éthiopie…), cacao (Côte d'Ivoire, Ghana, Pérou…) et vin (France, Californie, Australie, Italie, Espagne…) sont avant tout des piliers de l'économie locale. Or l'avenir de ces cultures est menacé par les bouleversements climatiques, qui modifient les conditions de croissance essentielles à leur survie. Un article de recherche scientifique, paru mardi 4 novembre dans la revue Environmental Research Letters, vient ajouter de nouvelles perspectives alarmantes.

Le réchauffement de la planète entraîne des changements profonds : les températures augmentent, les régimes de pluie deviennent imprévisibles et les événements météorologiques extrêmes, comme les vagues de chaleur ou les gelées tardives, se multiplient. Ces perturbations affectent directement la quantité et la qualité des récoltes.

Les vignes, par exemple, ont besoin de températures spécifiques et d'un certain nombre d'heures de froid en hiver pour bien se développer. Le café, en particulier la variété arabica, très appréciée, est sensible à la chaleur. Le cacao, bien que plus tolérant aux températures élevées, est vulnérable aux maladies favorisées par l'humidité et la pluie. Ces cultures ne peuvent prospérer que dans des zones géographiques bien définies, et le changement climatique pousse ces zones à se déplacer, voire à rétrécir.

Les aérosols stratosphériques, une solution miracle ?

Face à cette menace, des stratégies plus ou moins farfelues dites d'« ingénierie solaire » sont mises en avant, comme l'injection d'aérosols dans la stratosphère. Cette technique, qui consiste à envoyer de fines particules dans la haute atmosphère pour réfléchir une partie de la lumière du Soleil, vise à réduire le réchauffement de la surface de la Terre. L'idée est de stabiliser les températures et de protéger ainsi les cultures.

Cependant, l'étude parue dans Environmental Research Letters examine l'efficacité de cette méthode pour ces cultures. Les résultats sont nuancés. Bien que l'injection d'aérosols puisse aider à modérer les températures, elle ne garantit pas une amélioration fiable des conditions de croissance. En effet, les cultures de luxe sont sensibles non seulement à la température, mais aussi aux variations de pluie et d'humidité. Or ces facteurs restent très imprévisibles, même avec l'intervention climatique. 

L'étude a montré que, sur dix-huit régions étudiées, seules six ont vu leurs conditions de croissance s'améliorer de manière constante grâce à cette technique. Dans d'autres régions, les effets étaient très variables, parfois positifs, parfois négatifs, selon les années et les spécificités locales. Par exemple, en Espagne, certaines régions viticoles pourraient bénéficier de températures plus fraîches, réduisant le risque de gelées printanières et de maladies. En revanche, pour le café en Amérique du Sud ou le cacao en Afrique de l'Ouest, les bénéfices sont moins clairs et dépendent fortement des variations naturelles du climat.

 

Résultat, les revenus générés par ces cultures pourraient fluctuer énormément d'une année à l'autre. Par exemple, pour la France, les différences de revenus potentielles pour le vin pourraient se chiffrer en dizaines de milliards de dollars, selon les conditions d'humidité et les précipitations. Cette variabilité rend difficile la planification à long terme pour les producteurs et les pays qui dépendent de ces exportations.

https://www.lepoint.fr/environnement/pourquoi-lutter-contre-le-rechauffement-climatique-ne-sauvera-pas-le-vin-le-cafe-et-le-chocolat-05-11-2025-2602524_1927.php

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Plusieurs rapports indépendants publiés ces derniers mois montrent qu'il existe un lien direct entre le changement climatique et l'inflation des prix des denrées alimentaires. Les conséquences nous affectent tous, mais ce sont les plus pauvres qui en pâtiront le plus.

En juillet, les Nations unies ont averti que les extrêmes climatiques avaient fait grimper les prix des denrées alimentaires dans une grande partie du monde. La FAO a confirmé que les pays à faible revenu sont les plus durement touchés, les prix des aliments de base ayant augmenté de 20 % par rapport aux niveaux d'avant la crise. Le changement climatique entraîne un changement structurel dans l'agriculture mondiale.

Les conséquences sont évidentes :

* La chaleur extrême, les sécheresses et les inondations ont réduit les rendements du blé, du maïs et du riz de 𝟯-𝟭𝟬% dans les principales régions productrices.

* En 2023, des vagues de chaleur dans toute l'Asie ont suffisamment réduit les rendements en riz pour faire grimper les prix à l'exportation de 15 % en l'espace de deux mois.

* Le stress de la chaîne d'approvisionnement, des ports inondés aux transports endommagés par la chaleur, a ralenti la distribution et augmenté les coûts logistiques.

* L'indice FAO des prix alimentaires reste bien supérieur à sa moyenne 2014-2019, même après la stabilisation des marchés de l'énergie.

* En Afrique subsaharienne, les flambées des prix du maïs liées au climat ont augmenté le coût des régimes alimentaires de base de plus de 10 % en glissement annuel.

Kotz et al. (2025) montrent que ces chocs se répercutent au-delà des caisses, alimentant l'instabilité politique, poussant à la migration et mettant à rude épreuve les systèmes de santé. Les effets se répercutent en cascade : baisse de la nutrition, baisse de la productivité et aggravation des tensions sociales.

Les prévisions britanniques pour 2025-27 suggèrent que même avec des prix de l'énergie stables, les perturbations climatiques maintiendront l'inflation alimentaire au-dessus de l'IPC. Le stress thermique des cultures, les maladies du bétail et la pénurie d'eau maintiendront la pression à la hausse sur les prix.

Pourtant, les réponses politiques restent à court terme – plafonnement des prix, subventions et interdictions d'exportation – alors que les conditions météorologiques extrêmes deviennent de plus en plus volatiles. L'Autonomy Institute prévient que l'inflation induite par le climat est persistante et non cyclique. Si le climat n'est pas intégré dans les politiques monétaires, fiscales et alimentaires, le monde risque d'être confronté à une inflation persistante des prix des denrées alimentaires.

Les preuves sont irréfutables. L'inflation alimentaire liée au climat est là pour durer. En la traitant comme une anomalie passagère, les gouvernements et les marchés se retrouveront en porte-à-faux. Il faut donc passer d'un contrôle réactif des prix à un renforcement proactif de la résilience.

- Premièrement, intégrer le risque climatique dans la planification économique afin que les prévisions d'inflation reflètent les tendances météorologiques extrêmes, et pas seulement l'histoire.

- Deuxièmement, investir dans la capacité d'adaptation, les cultures résistantes au climat, les systèmes d'approvisionnement en eau efficaces et les réseaux commerciaux diversifiés afin de réduire l'exposition aux défaillances ponctuelles.

- Troisièmement, coordonner la politique commerciale mondiale afin de limiter les effets déstabilisants des interdictions d'exportation et des événements extrêmes.

Sources :

https://www.nature.com/articles/s41586-025-09085-w

https://iopscience.iop.org/article/10.1088/1748-9326/ade45f

https://autonomy.work/.../On-the-horizon-climate-induced...

(par adrien Couzinier)

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La sardine en boîte mise à mal par le changement climatique...

On la trouve dans tous les placards de cuisine. La sardine en boîte serait-elle la prochaine victime du réchauffement climatique? Sa taille réduite et sa moindre abondance mettent au défi les conserveries bretonnes.

"La difficulté d'un poisson petit, c'est que ça a un impact immédiat sur notre productivité", décrit Caroline Hilliet Le Branchu, PDG de la Belle-Iloise. "Il faut plus de temps pour fabriquer une boîte."

L'an dernier, la célèbre conserverie de Quiberon (Morbihan), qui ne travaille que du poisson frais, n'a ainsi pas pu fabriquer suffisamment de boîtes pour satisfaire l'appétit de ses clients.

Résultat: "jusqu'à mi-juillet, il y a quelques références qui vont être en rupture", explique la dirigeante.

La faute à une pêche particulièrement calamiteuse en 2024 sur les côtes bretonnes. Mais le phénomène le plus étonnant reste la réduction de la taille, et donc du poids, de la sardine, qui s'est réduit de 50% en 15 ans, à âge égal, selon l'Ifremer.

Or, une sardine plus petite, "quand on travaille à la main, à la fois pour l'étripage et la mise en boîte, c'est deux fois plus de main d’œuvre", a souligné Jean-François Feillet, directeur qualité-sécurité-environnement de la conserverie Chancerelle, lors d'un colloque à Brest.

- Le zooplancton, suspect n°1 -

Déjà observé chez la sardine de Méditerranée, dont la pêcherie s'est effondrée dans les années 2000-2010, cette diminution de taille serait due au réchauffement climatique, qui affecte le zooplancton dont se nourrissent les poissons.

Au sein du zooplancton, les scientifiques ont ainsi observé une augmentation de la proportion de petits copépodes (des petits crustacés) tandis que celle des gros a diminué.

La sardine doit ainsi déployer plus d'efforts pour se nourrir de petites proies, de moins bonne qualité, dans un océan plus chaud et moins oxygéné, ce qui lui réclame des besoins énergétiques plus élevés.

"Généralement, quand on a une augmentation de la température dans les écosystèmes, ça va avec des tailles d'organismes plus petites", résume Martin Huret, chercheur en halieutique à l'Ifremer.

Cette tendance, liée au réchauffement climatique, "est partie pour durer", ajoute Mathieu Doray, lui aussi chercheur à l'Ifremer: "ce qu'on anticipe, au mieux, c'est une stabilisation de la taille et du poids."

- Une pêche moins fructueuse -

A ce problème de taille, s'ajoute celui d'une ressource en berne. Longtemps surpêchée, la sardine du golfe de Gascogne a vu sa biomasse divisée par près de trois en 20 ans. Elle évolue désormais tout près du niveau "limite", sous lequel un stock de poissons est considéré comme "effondré", selon les estimations scientifiques.

"Le niveau des captures, c'est notre première préoccupation", assure M. Feillet, en soulignant que la conserverie Chancerelle, à Douarnenez (Finistère), a besoin de sardines fraîches et locales pour fabriquer ses marques haut de gamme (Label Rouge, Connétable, Pointe de Penmarc'h).

Pour pallier le manque de poisson, des conserveries s'approvisionnent au Portugal ou en Espagne. Et d'autres jusqu'au Maroc, en poisson congelé.

Face à ce défi d'approvisionnement pour la filière, certains plaident même pour une interdiction de la pêche à la sardine en hiver, afin de permettre aux stocks de se renouveler.

Mais les bolincheurs, qui pêchent la sardine au filet tournant, sont très dépendants de ce petit poisson, surtout depuis qu'ils ont vu leurs quotas de chinchards et de maquereaux coupés drastiquement. "Les jeunes se détournent de ce métier parce qu'il n'est pas viable", déplore Yvan Le Lay, 55 ans, président de l'association des bolincheurs bretons.

Autrefois très prisé, ce métier n'est plus pratiqué que par 21 bateaux, qui vendent leurs poissons 70 à 80 centimes le kilo aux conserveries.

La sardine en boîte demeure pourtant très convoitée par les Français, qui apprécient ce poisson bleu, réputé pour ses bienfaits pour la santé: ils en achètent plus de 16.000 tonnes chaque année, à 11 euros le kilo en moyenne.

"Quand il n'y a plus rien à manger, on a toujours la sardine comme sécurité", décrit Sigrid Lehuta, chercheuse à l'Ifremer. Jusqu'à récemment, "c'était à la fois un produit refuge pour les consommateurs et une espèce refuge pour les pêcheurs."

AFP 19/04/2025

Les vignerons arrachent leurs vignes, les larmes aux yeux...

 

Parce que la sécheresse a tué leurs pieds de vigne, nombreux sont ceux à se résoudre à les arracher en échange de quelques aides...

Les yeux de Nicolas Castan s’embuent face au vide laissé par les vignes plantées par son père et son grand-père il y a plus de 70 ans dans le sud de la France, et qu’il a fallu arracher, la sécheresse les ayant tuées à petit feu.

«Tout le monde me dit: ce n’est pas de ta faute s’il n’y a pas d’eau», confie ce viticulteur de 42 ans installé entre Roquefort-des-Corbières et Leucate. Il ne peut toutefois pas s’empêcher de ressentir un sentiment d'«échec total» face à cette décision difficile. «Mon père et mon cousin me laissent un patrimoine, et il faut que ce soit moi qui le mette à feu et à sang», se désole-t-il.

Détruire 27 461 ha de vignes dans toute la France

Face à la crise qui étrangle la filière viticole française, frappée par les aléas climatiques et une demande en berne, un dispositif d’aide à l’arrachage a été mis en place mi-octobre par le ministère de l’Agriculture: 4 000 euros par hectare arraché, financés avec des fonds européens destinés au soutien des exploitations viticoles affectées par les conséquences de la guerre en Ukraine. Afin de résorber la surproduction, plus de 5  400 viticulteurs français ont donc postulé à cet «arrachage Ukraine» en un mois et demi, pour détruire 27 461 ha de vignes dans toute la France.

En plus de l’affaiblissement de la demande, c’est surtout la sécheresse prolongée qui a poussé tant d’exploitants de la plaine du Roussillon à se résoudre à avaler cette potion amère. Contrairement au reste de la France, où 61% des nappes phréatiques affichaient début janvier des niveaux au-dessus des normales, le Roussillon présente toujours une situation «inquiétante» due à un gros déficit de pluviométrie depuis 2022, explique le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

«Crève-cœur»

Jean-Pierre Fournier, vigneron de 38 ans et vice-président de la cave coopérative de Leucate, observe un tracteur faire des ravages dans ses vignes à Roquefort. Pour lui aussi, c’est un «crève-cœur» de voir ces pieds, plantés en 1999 par ses parents lorsqu’il était enfant, brutalement arrachés de terre. «J’y ai gambadé», se souvient-il.

Lesté à l’avant pour ne pas basculer, l’engin agricole parcourt le terrain en long, en large, tirant derrière lui une sous-soleuse, sorte de pieu métallique acéré qui s’enfonce dans la terre et soulève les pieds de vigne avant qu’ils ne soient traînés sur plusieurs mètres par une lourde barre en acier qui termine d’arracher leurs racines.

«Des fois, le matin, tu te lèves et tu te dis, qu’est-ce que je vais foutre à la vigne?»

Nicolas Castan, vigneron

La parcelle, deux heures plus tard, ressemble à un champ de bataille où quelque 5 000 pieds de grenache noir et de syrah reposent sur le flanc, tels des soldats désarticulés. En tout, il a renoncé à 7 hectares sur 32. L’occasion de tout «remettre à plat, payer les fournisseurs» et l’organisme de sécurité sociale agricole, avant de changer de stratégie: produire moins de muscat, qui n’attire plus autant le consommateur, et «rationaliser les coûts de production» en essayant de «tout faire (lui)-même».

Le revers de la médaille, se désole-t-il, c’est l’enlaidissement du paysage, qui ne fera plus autant «carte postale» dans ce département qui dépend pour beaucoup du tourisme. Et une vulnérabilité accrue aux incendies, une fois que les vignes ne joueront plus le rôle de coupe-feu.

Nicolas Castan, «le moral à zéro» lors des vendanges 2024, a songé à arrêter: «Des fois, le matin, tu te lèves et tu te dis, qu’est-ce que je vais foutre à la vigne?» Il s’est finalement ravisé, trop attaché au métier, et opère lui aussi un changement de cap de la dernière chance, en ne gardant que 32 hectares sur 68. «Mais s’il ne pleut pas, dans deux ans, je suis mort! Je ne pourrai pas me relever.»

https://www.20min.ch/fr/story/sud-de-la-france-les-vignerons-arrachent-leurs-vignes-les-larmes-aux-yeux-103274838

 

Changement climatique et implications pour l’agriculture en Europe...

Les agriculteurs européens sont confrontés à une année désastreuse en raison des phénomènes météorologiques extrêmes alimentés par le changement climatique. Les sécheresses et les inondations ont ravagé les régions agricoles de toute l’Europe, entraînant des pertes de récoltes et des décès de bétail à grande échelle. Alors que la Commission européenne a promis une aide de 10 milliards d’euros pour les efforts de restauration, il est inquiétant de constater que la dégradation des sols n’est pas considérée comme un facteur contribuant à ces crises. Ceci est rapporté par Politico.

L’économiste agricole Benedikt Bösel souligne le lien alarmant entre la santé des sols et les phénomènes météorologiques extrêmes. Il affirme que le fait de négliger la capacité du sol à absorber et à stocker l’eau entraîne des cycles d’inondation et de sécheresse. Malgré ce lien évident, les discussions sur la dégradation des sols sont largement absentes des plans de relance post-crise.

Facteurs contribuant au silence sur la santé des sols

Plusieurs facteurs contribuent à ce silence autour de la santé des sols. La restauration de la couche arable est un processus lent qui prend des décennies, ce qui le rend impraticable dans le cadre d’une réponse immédiate à une crise. La mise en œuvre de mesures telles que la réduction de l’utilisation de produits agrochimiques et la promotion d’une couverture végétale diversifiée peut se heurter à l’opposition politique des agriculteurs et des décideurs politiques qui hésitent à mettre en œuvre de tels changements. La proposition de loi européenne sur les sols, la directive sur la surveillance et la résilience des sols, a également été considérablement affaiblie au cours de son parcours législatif.

Les conséquences de la dégradation des sols

La situation est désastreuse. Soixante pour cent des terres agricoles européennes sont en mauvais état en raison de l’érosion, du compactage, de la salinisation, de la pollution, de la perte de biodiversité et de l’imperméabilisation. Cette dégradation a un impact direct sur la productivité agricole et menace la sécurité alimentaire. L’érosion hydrique, un problème particulièrement grave, arrache la couche arable – la couche la plus riche en nutriments, cruciale pour les cycles de l’eau et la disponibilité des nutriments.

Les faibles rendements enregistrés cette année en France, où des champs détrempés combinés à des températures extrêmes ont considérablement réduit la production de blé, nous rappellent brutalement les conséquences de la dégradation des sols. À l’échelle mondiale, la dégradation des sols coûte plus de 5 500 milliards d’euros par an, soit 8 pour cent du PIB mondial.

Une action urgente s’impose

L’Agence européenne pour l’environnement a identifié la santé des sols comme un risque important nécessitant une action urgente, prévoyant une aggravation de l’érosion et de l’aridité dans les années à venir. En l’absence d’améliorations significatives, la dégradation généralisée des sols pourrait déclencher des effets catastrophiques en cascade sur la production alimentaire, l’approvisionnement en eau et la biodiversité d’ici à 2100.

M. Bösel souligne que les politiques agricoles actuelles exacerbent le problème. Si la directive européenne sur la surveillance des sols représente un pas en avant, elle a été considérablement affaiblie au cours de son processus législatif, faute d’objectifs juridiquement contraignants et de plans nationaux obligatoires en matière de santé des sols.

Une voie à suivre

Malgré ses limites, l’approche prudente de la directive peut s’avérer bénéfique pour obtenir le soutien des agriculteurs qui ont montré une résistance farouche aux autres initiatives du Green Deal. Toutefois, les experts affirment qu’un changement durable nécessite à la fois une action rapide et une évolution progressive vers des pratiques durables. La présidence hongroise du Conseil de l’UE a donné la priorité à la directive, cherchant à équilibrer les préoccupations environnementales et les intérêts agricoles.

 

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70 % des régions à vin vont devoir arrêter leur production...

 

Les vignes sont l'une des cultures les plus affectées par le changement climatique, et à de multiples niveaux. Leur phase de croissance est de plus en plus décalée, elles sont sujettes aux dégâts liés aux violents orages, la qualité du raisin varie en fonction de la chaleur et de l'ensoleillement, mais pas seulement... Une grande partie des régions qui produit actuellement du vin ne pourra plus continuer d'ici quelques dizaines d'années, selon une nouvelle étude publiée dans Nature.

De nos jours, les principales régions productrices de vin sont la Californie, le sud de la France, le nord de l'Espagne, l'Italie, mais également l'Australie, l'Afrique du Sud et l'Argentine. Dans ces zones, le climat est assez chaud pour la vigne, sans être excessif, assez sec pour éviter les maladies, mais avec suffisamment de précipitations pour permettre la croissance de la vigne. Mais le réchauffement climatique bouleverse le paysage viticole : la récolte de a été avancée de deux à trois semaines en 40 ans, et cela sur l'ensemble des régions productrices.

Les vignes vont disparaître des régions méditerranéennes

Une nouvelle étude de Nature explique que 70 % des régions viticoles dans le monde vont devoir arrêter leur production avant la fin du siècle en raison du changement climatique, dont la quasi-totalité des régions les plus productrices : d'une manière générale, toutes les régions méditerranéennes (dont le sud-est de la France), en particulier l'Italie, la Grèce, l'Espagne et la Californie. Les chercheurs ont étudié de multiples paramètres : l'évolution de la température, des précipitations, du taux d'humidité dans l', de l'ensoleillement et des de CO2.

Dans ces 70 % de régions productrices de vin qui vont connaître des difficultés, 29 % seront complètement incapables de poursuivre leur production. Cependant, les 41 % restants pourront peut-être s'adapter, seulement si ces régions changent de variétés de vignes et réussissent à transformer leur manière de produire. Cependant les mesures nécessaires pour s'adapter seront coûteuses et probablement pas économiquement viables, précise l'étude. En France, les chercheurs précisent que la culture de vignes près de l'Atlantique est à risque, mais de manière moins importante que sur la zone méditerranéenne : les techniques d'adaptation pourront certainement fonctionner au sud-ouest du pays, mais pas au sud-est.

Le réchauffement ne va pas faire que des perdants

Cependant, le constat n'est pas uniquement négatif pour la filière, car derrière les régions qui vont devoir se résoudre à arrêter de cultiver des vignes, d'autres régions du monde vont s'imposer dans la production de vin : le nord-ouest du continent américain (État de Washington et Oregon aux États-Unis), la Tasmanie, le nord de l'Allemagne, le sud de l'Angleterre, le nord de la France et même la Scandinavie.

Et comme le précisent les chercheurs qui ont collaboré à l'étude, le changement de la répartition des régions productrices de vins aura de grandes répercussions économiques : la culture de la vigne est l'une des plus importantes du monde au niveau économique, après celles des pommes de terre et des tomates.  

 

Fleuron du secteur agricole, l’industrie fromagère s’inquiète du réchauffement climatique et commence à se réorganiser pour limiter son impact. Quitte à modifier ses cahiers des charges

La France est réputée pour sa gastronomie, et certains secteurs plus que d’autres. À commencer par le fromage puisqu’il existerait plus de 1 200 sortes de variétés selon le décompte du Centre national interprofessionnel de l'économie laitière (CNIEL). Signe d’un attrait croissant, les ventes de fromages sont au beau fixe en France, l’emmental en tête (150 000 tonnes écoulées par année), avec une percée de la mozzarella et des fromages à raclette en cinq ans, respectivement +55% et +34%, selon Statista. Sans oublier les bûchettes de chèvre et le comté. Mais la filière s’inquiète, en particulier du réchauffement climatique, selon Les Échos. Hausse des températures, sécheresse, problèmes de récoltes ou feux de forêt… C’est tout un secteur qui est touché.

Or, avec une baisse des rendements céréaliers dans de nombreuses régions, c’est toute l’alimentation des animaux qui est affectée à son tour. Et dans certaines exploitations, la lactation a été touchée de plein fouet, jusqu’à 20% selon les chiffres de nos confrères. Dans le Jura, la production de mont-d’or est une des principales concernées avec une baisse de production de 10% cette saison, soit 8,8 millions de boîtes contre 9,7 millions l’année précédente. Problèmes de production, mais aussi de qualité ? Une étude de l’université de Lausanne (Suisse) met en exergue un risque d’altération du goût du fromage à cause de la modification de la flore qui a un impact sur la composition du lait. «Dans les zones de pâturage entre 1 200 et 1 800 mètres d'altitude, la sécheresse est très présente et va de pair avec une baisse de la diversité floristique», est-il précisé.

Les cahiers des charges de 32 fromages adaptés

En effet, le réchauffement climatique pourrait être responsable de la disparition de certaines plantes que les animaux mangeaient. Jusqu’à donner moins de saveurs aux fromages de montagne ? Face à ce risque, la filière a décidé de se réorganiser, et notamment de changer les cahiers des charges des fromages dans certaines régions. C’est le cas dans la Loire, comme le confie aux Échos l’éleveur laitier et président du Conseil national des appellations d'origine laitière (Cnaol) qui produit de la fourme de Montbrison AOP. Il avait besoin d’une «marge d'adaptation au niveau des fourrages».

En Savoie, des chaînes de production ont été arrêtées, des vaches étaient «soumises au stress hydrique» et produisaient ainsi moins de lait. Le pâturage est ainsi passé de «cent cinquante jours obligatoires» à «quatre-vingt-dix jours minimum» l’année passée, explique la directrice de l’organisme de gestion de la tomme de Savoie. En tout : 32 fromages ont été concernés par une modification de leur cahier des charges l’année passée. Pour faire face à ce phénomène, qui devrait s’installer dans le temps, le Cnaol a mis en place le projet ADAOPT pour s’adapter aux effets du changement climatique avec 6 territoires pilotes dont celui des camemberts, des picodons ou du laguiole AOP. Cette année, plus de 18 600 éleveurs se sont aussi engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Autant d’enjeux à prendre en compte dans les années à venir pour faire perdurer la filière.

Réchauffement climatique : en Camargue, le sel détruit les vignes avec "une fulgurance et une ampleur" jamais observées

En Camargue, le réchauffement climatique est en train de tuer une partie des vignes qui poussent sur le sable. Et elles ne sont d'ailleurs pas les seules victimes du sel qui remonte à la surface, les arbres souffrent aussi.

"Cette vigne était en pleine activité, il y a un an et demi. Maintenant tout est mort, c'est devenu un cimetière,"déplore Gilles Bardon, vigneron à côté d'Aigues-Mortes, en Petite Camargue. Ses vignes poussent dans le sable. Elles produisent du vin gris depuis des générations et elles sont sous la menace du sel qui remonte près de la surface. "Nous sommes en Camargue et du sel, il y en a toujours eu, reprend ce vigneron. 

"Historiquement, on connaît les problèmes de sel. En revanche on n'a jamais vu une telle fulgurance et une telle ampleur. Ça été foudroyant."

Le Syndicat de défense et de promotion des vins de sable constate les dégâts depuis un an. Il estime que 600 hectares sont maintenant touchés. Et il n'y a pas que les vignes qui souffrent de cet excès de sel. Le centre de recherche camarguais La tour du Valat pointe également des difficultés pour les arbres : plusieurs d'entre eux sont aussi en train de mourir. Nicolas Beck qui travaille pour ce centre de recherche a fait des relevés de sel et les concentrations sont spectaculaires : "Dans les années 2012, 2013, 2014, on était sur un maximum de dix grammes de sel par litre d'eau. Actuellement, on est à plus de 66 grammes. On a donc deux fois la teneur de l'eau de mer en l'espace de cinq ans. On constate effectivement un changement qui est en train de s'opérer, notamment par la mort des grands arbres." 

Les effets du "dérèglement climatique"

La situation actuelle résulte d'un bras de fer souterrain entre les nappes d'eau douce et l'eau salée. Normalement, le sel est maintenu dans les profondeurs, mais il ne pleut plus assez pour garantir la pression de l'eau douce. "La principale cause, c'est quand même le dérèglement climatique, souligne Cédric Santucci, de la chambre d'agriculture du Gard. On observe quand même une rareté de la pluie, notamment au printemps. On avait toujours quelques puits au printemps que maintenant on a du mal à avoir. Des chaleurs plus intenses, donc forcément plus d'évaporation. La première raison, c'est ça."

C'est ce qui a sans doute aussi renforcé le déficit en eau douce et le manque d'entretien des canaux dans le secteur. Un observatoire a été mis sur pied pour évaluer le phénomène et tenter d'apporter artificiellement plus d'eau.

Radio France
 
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https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/agriculture/rechauffement-climatique-en-camargue-le-sel-detruit-les-vignes-avec-une-fulgurance-et-une-ampleur-jamais-observees_5272420.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20220723-[lestitres-coldroite/titre6]

« Désormais, aucun endroit ni aucun d’entre nous n’est à l’abri du changement climatique »

Selon le climatologue américain Michael E. Mann, les événements climatiques extrêmes se produisent plus tôt et avec une plus grande ampleur que ce que les modèles avaient prévu.

Propos recueillis par Audrey Garric pour Le Monde le 22/09/20

Incendies en Californie ou en Amazonie, multiplication des ouragans, chaleurs extrêmes, fonte de la banquise spectaculaire, débâcle des calottes glaciaires : les catastrophes climatiques se succèdent sans relâche. Le climatologue américain Michael E. Mann, directeur du Earth System Science Center de l’université de Pennsylvanie, décrypte cette « nouvelle normalité ».

Le dérèglement climatique est-il responsable de toutes les catastrophes qui se multiplient cette année, ou bien d’autres phénomènes jouent-ils également un rôle ?

Un phénomène connu appelé La Niña est en cours, et ces températures de surface anormalement fraîches dans le Pacifique équatorial est facilitent la formation d’ouragans et de tempêtes dans l’Atlantique. Mais la variabilité naturelle du climat ne peut expliquer les extrêmes météorologiques et climatiques sans précédent auxquels nous assistons actuellement. Nous sommes témoins des effets du dérèglement climatique d’origine humaine, et ce n’est pas sorcier à comprendre : davantage d’humidité s’évapore dans l’atmosphère, d’une part en raison d’un océan plus chaud, ce qui aggrave les inondations dues aux tempêtes côtières, et d’autre part en raison de sols plus chauds, ce qui aggrave les sécheresses. Le réchauffement climatique entraîne des vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses. Or, si la chaleur et la sécheresse se combinent, les incendies de forêt s’intensifient.

Ainsi, la canicule qu’a connue le nord de l’Europe en 2018 a été rendue deux fois plus probable par le changement climatique. La probabilité qu’un ouragan comme Florence (catégorie 4) touche les Etats-Unis, toujours en 2018, a été multipliée par 50 en raison du réchauffement des océans. En 2019, Dorian, avec des vents qui ont frôlé 300 km/h, s’est avéré le cyclone le plus puissant de l’Atlantique à avoir touché terre (à égalité avec une autre tempête). Et fin août, Laura est devenue l’ouragan qui s’est intensifié le plus rapidement dans l’histoire avant de frapper la côte du golfe du Mexique. Nous faisons désormais face à un dérèglement climatique dangereux et il faut savoir jusqu’à quel point nous sommes prêts à le laisser s’aggraver.

Cette année enregistre-t-elle davantage d’événements climatiques intenses ?

Je dirais qu’elle est similaire à ce que nous avons vu à l’été 2018, avec des extrêmes météorologiques sans précédent dans l’hémisphère Nord. Il s’agit d’une nouvelle normalité. Désormais, aucun endroit ni aucun d’entre nous n’est à l’abri du changement climatique. Mais la situation va encore empirer si nous n’agissons pas. De grandes parties des tropiques et des régions subtropicales deviendront inhabitables d’ici à la fin du siècle si nous ne réduisons pas considérablement les émissions dans les décennies à venir.

Le climat se dérègle-t-il plus rapidement que ce que les derniers modèles scientifiques prévoient ?

Certains changements, comme le réchauffement de la planète (+ 1,1 °C par rapport à l’ère préindustrielle), sont tout à fait conformes aux prévisions des modèles. Mais d’autres impacts, comme la fonte des calottes glaciaires et l’élévation du niveau de la mer, ainsi que l’augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes (les feux de forêt, les super-tempêtes, les inondations, etc.), se produisent plus tôt et avec une plus grande ampleur que ce que les modèles avaient prévu. Les incendies de forêt en Californie et en Australie cette année ont par exemple été sans précédent en termes d’intensité et de dommages. Nous savons aussi que les projections futures pour ce type d’événements sont sous-estimées.

Les climatosceptiques aiment invoquer l’imperfection des modèles pour justifier l’inaction en matière de climat. Mais c’est tout le contraire : le climat réel est probablement plus dynamique que ce que nos modèles climatiques simplifiés peuvent rendre compte, ce qui signifie que les impacts du réchauffement sont davantage susceptibles d’être plus importants que ce que les modèles ont prévu. Cela nous rappelle que l’incertitude n’est pas de notre côté et que le coût de l’inaction est bien plus élevé que le coût de l’action.

De nombreux scientifiques jugent désormais que la trajectoire actuelle des émissions est moins dramatique que celle du scénario le plus pessimiste du GIEC (le RCP 8.5). Qu’en pensez-vous ?

D’autres travaux, que je trouve convaincants, montrent qu’en fait, nous sommes très proches de ce scénario pessimiste. Les critiques de ce scénario affirment que les émissions de CO2 provenant des combustibles fossiles sont actuellement inférieures à celles supposées dans le RCP 8.5. Mais ils négligent le fait que l’amplification des « boucles de rétroaction » compense largement cette situation, comme par exemple les rejets massifs de CO2 libéré dans l’atmosphère lors des mégafeux causés en Australie et dans l’ouest des Etats-Unis, qui aggravent le dérèglement climatique. Il est, à mon sens, tout à fait raisonnable de retenir la trajectoire du RCP 8.5 comme scénario catastrophe potentiel : les concentrations de CO2 pourraient augmenter encore plus rapidement, étant donné les incertitudes quant à la réaction du cycle du carbone mondial au réchauffement en cours.

Jugez-vous que la Terre a atteint un point de non-retour ?

Il n’y a pas de « point de basculement » ou de « point de non-retour » unique. Plus nous brûlons de combustibles fossiles, plus nous réchauffons la planète et plus les impacts sont importants. Si nous arrêtons de brûler des combustibles fossiles maintenant, la température de la Terre se stabilisera d’ici quelques années. Certains dégâts sont déjà irrémédiables et nous devons déjà nous adapter aux risques élevés provoqués par le réchauffement qui a eu lieu. Mais nous pouvons prévenir les pires impacts si nous agissons maintenant.

Croyez-vous qu’il soit encore possible de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C ?

Il n’est absolument pas trop tard pour limiter le réchauffement à 1,5 °C. Nos travaux montrent que c’est encore possible, à condition de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 7,5 % par an au cours de la prochaine décennie. Rien, dans la physique de la Terre, ne nous empêche d’y parvenir. Les seules véritables limites à l’heure actuelle sont la volonté politique. Si nous n’agissons pas dans les prochaines années, la possibilité de limiter le réchauffement à 1,5 °C pourrait bien disparaître. Mais même si c’était le cas, cela ne signifie pas que nous devons baisser les bras. Limiter le réchauffement à 2 °C permettra d’éviter des dommages bien plus importants que de laisser le réchauffement dépasser 2,5 °C. Et ainsi de suite pour 3 °C.

Que répondez-vous à Donald Trump qui estime que le climat va se refroidir et que les scientifiques ne peuvent pas prévoir le climat à venir ?

Donald Trump est un maelström d’ignorance, d’avidité et d’égoïsme. Plus largement, les principaux obstacles à la lutte contre le changement climatique aux Etats-Unis sont les efforts de certains « inactivistes » pour minimiser la menace, pour détourner l’attention des vraies solutions (arrêter de brûler des combustibles fossiles, changer de modèle agricole, etc.), pour rejeter la faute sur les individus plutôt que sur les pollueurs, pour diviser la communauté des militants pour le climat et même pour promouvoir la fatalité et le désespoir, ce qui peut être aussi handicapant que la négation pure et simple.

Malgré les efforts déployés par ces forces de l’inaction, je continue de conserver un optimisme prudent. Il y a plusieurs raisons à cela : le fait que les émissions mondiales de CO2 se sont stabilisées en 2019, en grande partie en raison de la transition des combustibles fossiles vers les énergies renouvelables à l’échelle mondiale ; le mouvement des jeunes pour le climat et le regain d’activisme en faveur du climat aux Etats-Unis et à l’étranger ; la résurgence d’une politique progressiste aux Etats-Unis ; et la prise de conscience, partout dans le monde, de la réalité de la crise climatique. Pour toutes ces raisons, je pense que nous relèverons collectivement le défi avant qu’il ne soit trop tard.

Michael E Mann est l'auteur de l'article sur la cross de hockey des températures : https://www.facebook.com/notes/jean-marc-jancovici/le-jour-de-la-terre-et-la-crosse-de-hockey-un-message-singulier/10156550059618191

(publié par J-Pierre Dieterlen)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10159685003992281

Denver, Etats-Unis : de 35°C lundi... à 15 cm de neige mardi !

L’ouest des Etats-Unis connait actuellement une chaleur record, et notamment la région de Los Angeles (la température a encore atteint 46°C à Burbank ce dimanche). Et pourtant, entre lundi et mercredi, un changement spectaculaire de temps va se produire, affectant principalement les Montagnes Rocheuses où un blizzard succédera à la vague de chaleur actuelle : la région de Denver dans le Colorado sera la plus impactée par cette météo extrême !

Grégory Derville : «S'il y en a encore qui ne comprennent pas pourquoi on ne doit pas seulement parler de "réchauffement" mais surtout de "dérèglement" climatique, la météo à Denver ces derniers jours fournit une illustration spectaculaire: on y a connu la canicule et le blizzard dans les mêmes 24 heures!


- Lundi 7 septembre, il y faisait 34 degrés, soit 9 degrés au DESSUS des normales de saison.


- Mardi 8, il y faisait 3 degrés, soit 22 degrés en DESSOUS des normales de saison.


Une chute 31 degrés en seulement 24 heures! De la canicule à la tempête de neige (15 centimètres prévus).


- Dans la nuit de mercredi on annonçait -5 à -7 degrés, soit un record pour septembre.


- Et les prévisions annoncent un rebond vers les 30 degrés seulement 2 jours plus tard!


Avec de telles conditions, tout être vivant est soumis à un stress extrême. Quelle plante, quel animal est capable d'encaisser sans broncher de tels chocs en si peu de temps?


Et cela vaut autant pour la faune et la flore sauvages que pour les cultures et les animaux d'élevage vivant à l'extérieur...


Décidément, il faut vraiment être inconscient pour ne pas se faire du souci sur la sécurité alimentaire dans les temps qui viennent...»


https://actualite.lachainemeteo.com/…/denver-etats-unis-de-…

Page FB de Grégory Derville : https://www.facebook.com/gregory.derville.1

(publié par J-Pierre Dieterl

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10159653699832281

Le coronavirus pourrait être une partie de plaisir à côté des maladies futures

Le nouveau coronavirus laisse planer la menace d’une pandémie. Si les populations sont terrorisées, elles pourraient trembler plus fort dans le futur.

Dans un monde qui se réchauffe, le visage des épidémies de demain pourrait être beaucoup plus terrifiant que celui du coronavirus. « Avec le réchauffement climatique, on observe un déplacement de certaines maladies qui vivaient au sud vers le nord, note Jean-Michel Claverie, chercheur au laboratoire Information génomique et structurale (CNRS/Aix-Marseille Université). On le voit avec la fièvre de la dengue et du chikungunya, qui sont dues au fait que des insectes des régions tropicales ou chaudes font une marche vers le nord ». Ces animaux amènent avec eux les maladies dont ils sont vecteur. Le paludisme qui est au départ purement africain pourrait revenir en France métropolitaine.

Des virus disparus mais toujours en vie

Plus inédit encore : la progression du nord vers le sud, en raison du dérèglement climatique des zones antarctiques et, surtout arctiques, qui se réchauffent deux fois plus vite que le reste de la planète. Le permafrost (pergélisol, en français), une couche géologique gelée en permanence, composée de glace et de matières organiques, représente près du quart des terres de l’hémisphère nord. Le réchauffement du permafrost pourrait faire réapparaître des virus ou des bactéries dangereux pour l’homme comme on l’a vu en 2016, en Sibérie.  Un garçon de 12 ans a été tué par l’anthrax et une vingtaine de personnes ont été contaminées, à la suite du dégel d’un cadavre de renne contaminé il y a 70 ans.

« Plus le permafrost se réchauffe sur une distance importante et plus il ramène à la surface des choses qui ont existé et qui étaient infectieuses il y a très longtemps, souligne Jean-Michel Claverie qui a découvert en 2014 avec son équipe deux nouveaux virus, des virus géants, datés de 30.000 ans, dans le pergélisol sibérien. Avec nos travaux, on a été les premiers à montrer que cette capacité de stase [lenteur ou arrêt d’une matière organique] se prolonge beaucoup plus loin. On est allé jusqu’à 30 mètres de profondeur, qui correspond à l’âge de Néandertal. Il y a des virus qui sont encore parfaitement vivants, qu’on peut réactiver après 40.000 ans de congélation dans le permafrost ».

Le risque des maladies de l’époque de l’homme Néandertal

« Les virus du permafrost, vont-ils être capables de percer le système de défense immunitaire des hommes, s’interroge François Renaud, chercheur du CNRS, spécialiste des maladies infectieuses et vecteurs. Pour caricaturer, un virus a une clé et les cellules qu’il va infecter, une serrure. Il faut que la clé corresponde à la serrure. Si elle ne correspond pas, le virus ne passera jamais ». C’est bien ce qu’il s’est passé avec le coronavirus qui vient d’un l’animal, probablement le pangolin. Il y a eu un transfert sur l’homme et la contagion d’homme à homme s’est produite. « Ce qu’on craint, c’est que la clé devienne de plus en plus perfectionnée pour rentrer dans les cellules, c’est l’adaptation », reprend François Renaud. Plus la clé est perfectionnée, plus le virus se transmet.

Pas de (trop grosse) panique, donc. Tous les virus congelés dans la couche gelée du pergélisol ne sont pas dangereux pour l’homme. Nombre d’entre eux n’ont pas la bonne clé. Et, en réalité, on a assez peu de chances de rencontrer des virus à ARN, comme le coronavirus, qui sont plus petits et plus fragiles. Ils ne résistent pas longtemps, même dans des conditions atmosphériques normales alors que les virus à ADN, comme la variole, dont la boîte qui entoure l’ADN est plus solide, peuvent être conservés au réfrigérateur à 4°C. Ils peuvent survivre sans problème dans le permafrost.

La variole (seule maladie officiellement éradiquée dans le monde) pourrait donc être de retour, tout comme des maladies de l’époque de l’homme Néandertal ou des mammouths. « On a pu découvrir que les gens qui étaient enterrés là étaient morts de la variole, note Jean-Michel Claverie. On est capable de détecter par des méthodes de médecine légale la présence d’ADN du virus ».

Le retour de la variole

Avec la folie du développement industriel de l’Arctique et la centrale nucléaire flottante construite par la Russie, censée couvrir la consommation électrique de 100.000 personnes, le développement de colonies sur les côtes des mers polaires est de plus en plus probable. « On va se mettre à creuser pour atteindre la couche minérale puisque le permafrost, c’est de l’humus », précise Jean-Michel Claverie. Dans l’humus, il n’y a pas de pétrole, d’or ou de terres rares qui servent aux nouvelles technologies. « On va retirer l’équivalent d’un million d’années d’accumulation d’humus avec les microbes correspondant pour accéder à ces zones où il y a de l’argent à faire », envisage-t-il.

On imagine aisément comment la variole pourrait renaître de ses cendres dans ce scénario : un individu d’une colonie de la côte arctique est infecté par le virus de la variole réactivé et, si le symptôme n’est pas rapidement repéré, le transmet à d’autres, qui le transmettent à leur tour. Et ainsi de suite. « Quand je vois ce qui se passe avec l’épidémie du coronavirus qui est bénin par rapport à ce qu’on a pu voir dans le passé, observe Jean-Michel Claverie. Le SRAS tuait environ 9% des gens touchés, la variole et la peste 30 %… On a connu des épidémies dans l’histoire humaine qui ont tué la moitié de l’humanité. On est arrivé dans un tel état de mondialisation et de connexion les uns avec les autres, que toute anicroche comme le coronavirus suffit pour désorganiser l’économie ».

Sans même songer à un scénario où une maladie disparue dont on ne connaîtrait pas la virulence frapperait l’humanité, imaginez une seconde un futur où la variole serait de retour. Un cauchemar.

Laure Beaudonnet

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Les raisons de la diminution surprise de la taille des sardines

 

 En Méditerranée notamment, les sardines et les anchois sont plus petits : ils ont perdu trois centimètres et sont bien plus maigres, selon une étude de l'Ifremer.

 

Le phénomène n'est pas nouveau, mais il inquiète de plus en plus les chercheurs. En dix ans, la taille des sardines et des anchois des golfes du Lion et de Gascogne a diminué et leur masse aussi. Ce sont les constats de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer), dont les chercheurs tentent de comprendre et d'enrayer cette évolution préoccupante. « L'alerte a été donnée dès 2007 par des pêcheurs méditerranéens qui n'arrivaient plus à commercialiser leurs sardines, trop petites pour la conserverie », explique un chercheur, cité par Le Figaro.

Les sardines comme les anchois font partie de la famille des poissons pélagiques et se déplacent en larges bancs. Les premiers ont perdu environ trois centimètres de taille en Méditerranée, et sont ainsi passés de 13 à 10 centimètres, à l'âge d'un an. Ils pèsent 10 grammes, soit trois fois moins que par le passé, estiment les chercheurs. Un amaigrissement et un rapetissement intervenus en à peine un an, et qui semblent irréversibles. Ce phénomène n'est pas sans conséquence sur les activités de pêche : si le nombre de sardines est resté stable, du fait de cette masse divisée par trois, on ne pêche plus que 2 000 tonnes de sardines dans le golfe du Lion alors qu'on en pêchait 20 000 tonnes en 2008, note le quotidien.

La faute au réchauffement climatique ?

Même chose du côté de l'Atlantique, même si l'on remarque que le phénomène a été plus lent. La situation est également moins problématique pour les pêcheurs puisque les sardines y sont à la base plus grandes et plus grosses qu'en Méditerranée. De 18 centimètres et 40 grammes, elles sont passées à 14 centimètres et 20 grammes. Ces évolutions ont un impact sur l'espérance de vie de ces poissons pélagiques, estime l'Ifremer : dans le golfe de Gascogne, celle-ci atteint cinq ans aujourd'hui, contre huit ans auparavant. Dans le golfe du Lion, aucune sardine ne dépasse l'âge de deux ans. « De toute évidence, les deux phénomènes sont liés. Moins grasses, plus fragiles, les sardines meurent prématurément », évoque l'institut auprès du Figaro.

Une évolution de morphologie qui intéresse bon nombre de scientifiques depuis plusieurs années. Ceux-ci pencheraient davantage pour la piste du réchauffement climatique, qui a un impact sur la température de l'eau dans laquelle vivent les poissons, mais aussi de leur nourriture. « Il semble maintenant très probable que le rétrécissement des sardines soit lié à une diminution du plancton dont se nourrissent les poissons, mais aussi peut-être à une détérioration de sa qualité », indique au Figaro un chercheur en écologie des petits poissons pélagiques à l'Ifremer. Dans le détail, alors que l'eau en surface se réchauffe plutôt rapidement, l'eau profonde des mers et des océans se réchauffe à un rythme plus lent, ce qui crée une sorte de barrage empêchant les nutriments dont se nourrit le plancton de remonter. Un phénomène qui risque de bouleverser la chaîne alimentaire marine dans sa totalité.

 

Modifié le - Publié le | Le Point.fr

Réchauffement climatique : le vin sera la prochaine victime, alertent des scientifiques

 

 

La production mondiale de vin sera durement touchée par l'augmentation des températures : plus de la moitié des régions viticoles pourraient être perdues.

Les scientifiques le répètent depuis des années : l'impact du réchauffement climatique sur la planète et les hommes sera massif. Des territoires deviendront inhabitables, d'autres ne seront plus cultivables, l'eau se raréfiera, etc. Comble du malheur, la production viticole mondiale sera l'une des premières à souffrir de ce phénomène. Avec un réchauffement de +2°C, 51 à 56% des régions viticoles pourraient être anéanties. À +4°C, 77 à 85% de ces terres ne pourraient plus produire de vins, ou du moins plus de vins de bonne qualité.  

C'est ce qu'indique une étude menée par une équipe internationale de chercheurs, dont des scientifiques français de Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement, publiée ce lundi 27 dans Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas). "Les vignobles seront les premières victimes du réchauffement climatique et de ses conséquences, parce que les raisins sont extrêmement sensibles au changement de température", explique dans un communiqué Benjamin Cook, co-auteur de l'étude et chercheur à l'Université de Columbia (États-Unis) et à l'Institut Goddard de la Nasa. 

Une solution : remplacer les cépages

Heureusement, les scientifiques ne sont pas arrêtés à ce constat, ils ont également cherché des solutions pour tenter de contrer le désastre à venir. Selon eux, il serait possible de remplacer certains cépages par d'autres plus tolérants aux fortes températures ou aux sécheresses. Les résultats de leurs travaux indiquent que ce stratagème devrait permettre de réduire de moitié les pertes potentielles en cas de réchauffement égal à +2°C et d'un tiers si le réchauffement atteint +4°C. 

Pour réaliser leurs travaux, les chercheurs ont d'abord passé en revue les quelque 1100 variétés de raisin de cuve qui poussent sous des climats très variés. Ils ont pour cela bénéficié d'excellentes données concernant les récoltes de vin, la plupart remontant à plusieurs siècles. Cette combinaison leur a permis d'effectuer des recherches extrêmement précises sur l'adaptabilité de chacune et de déterminer celles qui seront les plus à même de résister aux changements climatiques. 

Ce premier travail leur a permis de sélectionner 11 variétés de raisin de cuve les plus populaires : le cabernet sauvignon, le chasselas, le chardonnay, le grenache, le merlot, le mourvèdre, le pinot noir, le riesling, le sauvignon blanc, la syrah et l'ugni blanc. L'équipe a ensuite utilisé les archives des viticulteurs et des chercheurs concernant ces cépages afin de créer un modèle mathématique permettant de déterminer la période à laquelle ces variétés bourgeonnent, fleurissent et mûrissent dans chaque région viticole du monde. Puis ils ont utilisé leur modèle pour prédire les évolutions des cépages en fonction de trois scénarios de réchauffement climatique : +0, +2 et +4°C et ont pu déterminer dans quelle région chacun de ces cépages serait le plus viable. 

Du mourvèdre et grenache à la place du pinot noir et du merlot
 

Une première certitude a émergé : les pertes seront inévitables dans les deux scénarios "réchauffement", parce que l'évolution des températures perturbera quoi qu'il arrive les processus de maturation des variétés. Pire encore, ces facteurs affecteront aussi la qualité des vins. Mais l'équipe a découvert qu'il était "possible de changer certaines variétés pour réduire significativement les pertes", indique Benjamin Cook

Avec +2°C, 51% des régions viticoles du monde deviendraient impropres à la culture du vin. Mais si les viticulteurs remplacent leurs cépages par des variétés mieux adaptées au changement climatique, seulement 24% d'entre elles seront perdues, indique l'étude. En France, qui produit 17% du vin mondial, les variétés de pinot noir en Bourgogne pourraient par exemple être remplacées par des cépages de mourvèdre et de grenache, qui supportent mieux la chaleur. Le cabernet sauvignon et le merlot des vignobles de Bordeaux pourraient eux aussi céder leur place au mourvèdre.

"Remplacer le pinot noir par du grenache ou du cabernet sauvignon, planter du trebbiano là où l'on cultive le riesling : ces changements ne s'effectueront pas sans douleur, mais ils peuvent faciliter la transition des viticulteurs vers un monde nouveau et plus chaud", explique l'auteur principal de l'étude, Elizabeth Wolkovich, professeure à l'Université de Colombie-Britannique, dans un autre communiqué. 

 

Le même scénario épargnerait globalement les régions viticoles "plus froides", comme l'Allemagne, la Nouvelle-Zélande et le nord-ouest des États-Unis. Ces régions pourraient notamment accueillir des cépages de merlot et de grenache, tandis que les variétés qui préfèrent des températures plus fraîches, comme le pinot noir, pourraient trouver un nouveau refuge dans des régions qui ne sont aujourd'hui pas propices à la culture du vin. En revanche, les régions viticoles "chaudes" d'Italie, d'Espagne ou d'Australie subiraient des pertes importantes quoi qu'il arrive, puisqu'elles sont déjà limitées aujourd'hui aux variétés qui supportent le mieux les fortes températures. 

 

+4°C, un défi important, mais pas insurmontable

L'échange de cépages se montre logiquement moins efficace dans un scénario à +4°C. Mais cette stratégie permettrait tout de même de faire tomber les pertes de 85 à 58%. Selon les auteurs de l'étude, ces changements de cépages s'accompagneront de défis importants sur les plans juridique, culturel et financier, mais pas forcément insurmontable. 

"Des discussions ont déjà commencé en Europe au sujet d'une nouvelle législation qui permettrait aux grandes régions viticoles de changer plus facilement les variétés qu'elles cultivent", souligne ainsi Elizabeth Wolkovich. Mais les producteurs devront apprendre à cultiver ces nouvelles variétés, ce qui constituera un obstacle majeur dans certaines régions spécialisées depuis des centaines d'années. Et ils devront aussi trouver des consommateurs prêts à accepter que leur vin préféré change de goût". 

Elizabeth Wolkovitch et son équipe notent également l'amélioration des techniques d'irrigation ainsi que l'utilisation de voiles d'ombrage pourrait contribuer à protéger les vignes, mais seulement si les températures augmentent peu. "Il existe encore des possibilités d'adapter la viticulture à un monde plus chaud, souligne Benjamin Cook. Pour les mettre en oeuvre, il faut simplement prendre au sérieux le problème du changement climatique". En définitive, la meilleure stratégie pour sauver un maximum de vignes consiste bien sûr à réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement climatique, rappellent les auteurs. 

Par Victor Garcia,
La santé des futures générations risque d’être affectée par le changement climatique

Asthme et risques cardiaques à cause de l’air pollué, infections et malnutrition dues au réchauffement… Un rapport de spécialistes de la médecine alerte sur les risques sanitaires liés au changement climatique, pour les enfants nés aujourd’hui.

 

 

 

 

 
 
 

Si rien n’est fait contre le changement climatique, la santé des enfants qui naissent aujourd’hui sera de plus en plus menacée au long de leur vie, s’alarment des experts dans un rapport publié jeudi 14 novembre.

« Les changements climatiques définiront la santé de toute une génération », assure le docteur Nick Watts, responsable de ce rapport. Publié dans la revue médicale The Lancet quelques semaines avant la conférence internationale sur le climat (COP25), il résonne comme un écho aux craintes dont la Suédoise Greta Thunberg est devenue l’emblème dans le monde.

« Si les choses restent en l’état, avec des émissions de carbone élevées et le changement climatique qui se poursuit au même rythme, un enfant né aujourd’hui vivra dans un monde plus chaud de 4 degrés en moyenne d’ici à ses 71 ans, ce qui menacera sa santé à toutes les étapes de sa vie », écrivent les auteurs.

 

Action immédiate contre les émissions de gaz a effet de serre

« Les enfants sont particulièrement vulnérables aux risques sanitaires liés aux changements climatiques. Leur corps et leur système immunitaire sont encore en train de se développer, ce qui les rend plus vulnérables aux maladies et aux polluants », fait valoir le docteur Watts, de l’Institut pour la santé mondiale de l’université de Londres. Or, les conséquences sur la santé « persistent à l’âge adulte » et « durent toute la vie », souligne-t-il, en demandant une « action immédiate de tous les pays pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ».

Ce rapport est l’édition 2019 d’un document publié tous les ans par The Lancet. Intitulé « Compte à rebours sur la santé et le changement climatique », il mesure 41 indicateurs-clés sur ces deux sujets et est réalisé en collaboration par 35 institutions, dont l’OMS (Organisation mondiale de la santé), la Banque mondiale et des universités.

Cette année, les chercheurs se focalisent sur la santé des plus jeunes. Parmi leurs sujets de préoccupation, la pollution de l’air. « Tout au long de l’adolescence et jusqu’à l’âge adulte, un enfant né aujourd’hui respirera un air plus toxique, causé par les combustibles fossiles et aggravé par la hausse des températures », prévoit le rapport.

« C’est particulièrement préjudiciable pour les jeunes, car leurs poumons se développent encore », ajoute-t-il, en dressant la liste des conséquences potentielles : « Diminution de la fonction pulmonaire, aggravation de l’asthme et risque accru de crise cardiaque et d’accident vasculaire cérébral ».

Selon le rapport, « les émissions mondiales de CO2 provenant des combustibles fossiles continuent d’augmenter (hausse de 2,6 % entre 2016-2018) » et « les décès prématurés liés aux (particules fines) PM 2,5 stagnent à 2,9 millions dans le monde ».

 

Développement des bactéries et propagation des moustiques

Autre effet redouté du changement climatique : l’augmentation des épidémies de maladies infectieuses, auxquelles les enfants sont particulièrement sensibles. En cause, le passage à un climat plus chaud et avec davantage de pluies. Cela favoriserait le développement des bactéries responsables des maladies diarrhéiques ou du choléra, ainsi que la propagation des moustiques vecteurs d’infections.

« Sous l’impulsion des changements climatiques, la dengue est la maladie virale transmise par les moustiques qui se propage le plus rapidement au monde », prévient le rapport. « Neuf des dix années les plus propices en matière de transmission de la dengue ont eu lieu depuis l’an 2000, permettant aux moustiques d’envahir de nouveaux territoires en Europe », selon les chercheurs.

Ils s’inquiètent aussi des phénomènes de malnutrition que pourrait provoquer la hausse des températures, en entraînant une diminution des récoltes et donc une hausse des prix des denrées alimentaires.

Enfin, plus globalement, les auteurs du rapport soulignent qu’un enfant qui naît aujourd’hui sera de plus en plus exposé aux phénomènes météorologiques extrêmes : canicules, sécheresses, inondations ou feux de forêt. Ces chercheurs jugent crucial de « limiter le réchauffement à moins de 2 °C » comme le prévoit l’Accord de Paris. Et réclament que « les impacts des changements climatiques sur la santé soient au premier plan de l’agenda de la COP25 », début décembre à Madrid.

 

Le Monde avec AFP

 
Inondations dans le Midwest, guerre commerciale et pandémie de grippe porcine: la grande tempête agricole et alimentaire est arrivée!

 

 
 

En mai 2019, pour la deuxième fois en trois mois, le centre des États-Unis est frappé par des inondations record. Ces inondations ont des répercussions sur l’Oklahoma, l’Arkansas, le Missouri, l’Illinois, le Nebraska et l’Iowa (Susannah Cullinane, Hollie Silvermane, Sheena Jones, «Une semaine mortelle au centre des États-Unis", CNN26 mai 2019). À Van Buren, en Arkansas, le niveau de la rivière Arkansas a atteint 38,3 pieds, battant le record de 1945 à 38,1. Ces inondations suivent les historiques de mars 2019 (Jean-Michel Valantin, «Cyclone bombe sur le Midwest: Inondations, guerre commerciale et super tempête agricole à venir", The Red (Team) Analyse15 avril 2019).

 

 
 

Entre les deux, la saison a été exceptionnellement humide. En conséquence, les agriculteurs déjà battus rencontrent des problèmes gigantesques pour semer les cultures de maïs et de soja de 2019. Au milieu de ces conditions extrêmes, le Texas, le Tennessee, l'Arkansas, la Louisiane et l'Oklahoma traversent une saison de tornade exceptionnellement violente. Par exemple, le 24 mai 2019, Jefferson City, la capitale de l'État du Missouri, a été dévastée par une tornade de monstres de presque un kilomètre, avec des vents maximaux atteignant les 160 milles à l'heure. Le matin, la ville était en ruine (“Tornade qui a déchiré Jefferson City, Missouri, classé EF3; Près de 2 douzaines de blessés » Weather.com, 23 mai 2019).


 

Ces événements se produisent après les dégâts profonds et durables causés par les inondations catastrophiques de mars 2019. Cependant, ces destructions très impressionnantes ne sont que la dimension visible de la «longue catastrophe» qui se déroule dans leur sillage. Cette catastrophe longue et complexe résulte de la combinaison du ralentissement de l’agriculture provoqué par la série historique de phénomènes météorologiques extrêmes sur la ceinture agricole et de la guerre commerciale américano-chinoise (Valantin, ibid).

Celles-ci se combinent en outre avec la pandémie de peste porcine africaine, qui se répand rapidement. La pandémie a tué 200 millions de porcs en Chine et se développe en Asie. Parmi la cascade de conséquences agricoles et alimentaires, la diminution du nombre de porcs entraîne une diminution de la demande de soja, car les produits à base de soja font partie du régime alimentaire des porcs (From Bloomberg, «Comment l'épidémie de peste porcine en Chine bouleverse les marchés du soja", Le matin de la Chine du Sud15 avril 2019).

 

Cette combinaison extrêmement violente de facteurs climatiques, internationaux et sanitaires crée-t-elle un type de pression très particulier sur le Midwest? En conséquence, le statut du Midwest dans une économie mondialisée est-il remis en question?

Afin de répondre à ces questions connexes, il est primordial de comprendre que ces événements indiquent également que nous entrons dans une ère de changement permanent, nécessitant une adaptation constante au changement climatique et à l'ère de «longue urgence» qui en découle (James Howard Kunstler , La longue urgence, survivant aux catastrophes convergentes du XXIe siècle, 2005).

Le Midwest comme frontière catastrophique

Inondations et tornades: catastrophe durable

Depuis mars 2019, le Midwest traverse une situation que nous qualifions ici de «catastrophe longue». Tout a commencé quand, entre le 14 et le 20 mars 2019, un «cyclone à la bombe» historiquement puissant, associé à la fonte des neiges a dévasté le Colorado et le centre des États-Unis, en particulier le «farmbelt» du Midwest de l'Iowa et du Nebraska, du Dakota du Sud et du Kansas (Phil McCausland, « Les inondations du Midwest inondent les fermes et les villes rurales pour menacer les moyens de subsistance et l'avenir“, NBC News22 mars 2019).

Par conséquent, ces phénomènes météorologiques ont provoqué d’immenses inondations, qui ont détruit plus d’un million d’acres (405 000 hectares). Ces inondations ont des conséquences directes et immédiates, car elles noyent des terres arables, détruisent les stocks de cultures, les routes, les maisons, les autoroutes, les voies ferrées, les ponts, les granges, les voitures, les camions, etc. (Humeyra Pamuk, PJ Huffstutter, Tom Polansek, «Les agriculteurs américains sont dévastés par les inondations dans le Midwest", Reuters20 mars 2019).


 

Tout au long des mois d'avril et de mai, la situation s'est aggravée. En effet, d'avril 2018 à avril 2019, la région a également connu les 12 mois consécutifs les plus humides depuis 1895. Les sols détrempés ne peuvent plus absorber l'eau, qui coule dans les rivières inondées, telles que les rivières Arkansas, Mississippi et Missouri. Le 21 mai, après 136 jours, les inondations du Mississippi ont battu le record des inondations de 1927 (Steve Hardy, «Le fleuve Mississippi bat un record d’étape d’inondation vieux de 92 ans; voici quand l'eau pourrait descendre » L'avocat21 mai 2019.


 
Vers un isolement climatique dans le Midwest?

De plus, cela signifie que la combinaison des pertes agricoles, commerciales et financières aggrave la situation des infrastructures de transport du Midwest. En effet, le transport en vrac fluvial, ferroviaire et routier est en très mauvais état, du fait de 30 années de gestion et d’investissements insuffisants. Les inondations aggravent l'état des infrastructures vitales, qui connectent les agriculteurs du Midwest aux marchés mondiaux (David Hoppelman, ibid). Cette situation est aggravée par une série de tornades historiques qui ont dévasté le Midwest, 13 jours consécutifs (Amanda Schmidt, «Mai 2019 pourrait être un mois historique pour les tornades après une série de tornades sans précédent qui se termine enfin à 13 jours“,

Le Midwest pris entre les inondations et la pandémie asiatique

Cultures retardées

Cette longue catastrophe est dévastatrice pour l’agriculture du Midwest. Seulement 49% de la superficie en maïs est plantée, ce qui contraste vivement avec 78% en 2018 à la même période de l'année. On peut dire la même chose du soja: 19% de la superficie cultivée est plantée, contre 53% en 2018. Pire, 5% seulement de la récolte de soja poussent à partir de la terre, contre 24% en 2018 («Progrès des cultures", USDA20 mai 2019).

 

En l'occurrence, cela fait suite aux dégâts causés par la série de tempêtes de mars et leurs impacts sont si importants en raison de la perte de stocks. Celles-ci sont accumulées depuis 2018, lorsque les effets de la guerre commerciale déclenchée contre la Chine ont amené Pékin à renforcer ses propres barrières tarifaires contre le soja américain, tout en les réduisant au profit de la production brésilienne (Jean-Michel Valantin, «L'économie américaine, entre le marteau du climat et la guerre commerciale Anvil - L'affaire de la culture du soja aux États-Unis", La société d'analyse (d'équipe) rouge8 octobre 2018).

Cultures détruites

En d'autres termes, les inondations ont détruit la partie non vendue des récoltes de 2018, tout en mettant en danger les récoltes de 2019. Ils ont également détruit le capital financier potentiel que les stocks auraient pu représenter pour les agriculteurs. De plus, les inondations ont neutralisé le potentiel fiscal que la vente des actions de 2018 aurait représenté pour le secteur public et donc pour la maintenance des infrastructures (Irwin Redlener, «Le coût mortel d'une infrastructure défaillante lors d'inondations historiques dans le Midwest", La colline5 avril 2019).

Entrez pandémie

En fait, un nouveau facteur bouleverse encore davantage le statut des producteurs de soja du Midwest. Depuis le début de 2019, une pandémie de grippe porcine africaine décime l'industrie du porc en Chine. La Chine pourrait perdre jusqu'à un tiers de son parc de 200 millions de porcs. Cela représente plus de cochons que l'ensemble du parc européen et américain. Et la maladie s’étend au Vietnam, au Cambodge, au Myanmar et à la Russie (Dennis Normile, «La peste porcine africaine continue de se propager en Asie, menaçant la sécurité alimentaire", Science19 mai 2019).


 

L'importance du porc dans le régime alimentaire chinois est primordiale, car il s'agit de l'aliment de base préféré des 1,4 milliards de personnes que compte le pays. Sachant que les agriculteurs nourrissent les porcs avec des produits à base de soja, la Chine devient ainsi le principal importateur de soja. Le taux de mortalité du cheptel porcin chinois est tel qu'il implique une destruction de 30% de la demande chinoise de soja en 2019, sachant que l'épidémie chinoise et la pandémie asiatique dureront plusieurs années (Orange Wang, Chad Bray, «L'épidémie de peste porcine africaine en Chine et la guerre commerciale américaine se combinent pour créer une tempête parfaite pour l'économie chinoise", Le matin de la Chine du Sud, 3 mai 2019).

Riders on the Storm

En d'autres termes, la production de soja du Midwest 2019, déjà maigre, risque d'être affectée par la baisse des prix due à la mort massive de porcs asiatiques. Ce risque est induit par la mortalité constante des porcs chinois et asiatiques, tandis que la récolte de soja américaine atteindra une quantité finale.

Si les prix du soja et du maïs devaient augmenter en 2019, en raison des cultures retardées, il faut se demander si cette hausse compensera effectivement la baisse de la demande due à la forte mortalité des porcs en Chine, ainsi qu'au Vietnam, au Myanmar, au Laos et en Russie. . En fait, les cultures et les exportations de soja brésiliennes atteignent des niveaux record en raison de la faiblesse de la devise brésilienne. (Roberto Samora, “Les récoltes brésiliennes montent en flèche alors que la devise est faible“, Agriculture réussie, 30/05/2019). Il faut également ajouter que la Chine impose des droits de douane favorables sur les importations de soja non américaines, en réaction aux droits élevés qu'elle impose aux importations de soja américaines, dans le contexte de la guerre commerciale américano-chinoise (Jean-Michel Valantin, «L'économie américaine, entre le marteau du climat et la guerre commerciale Anvil - L'affaire de la culture du soja aux États-Unis", The Red (Team) Analysis Society8 octobre 2018). Ainsi, il pourrait y avoir une abondance de soja sur le marché international, tandis que la demande asiatique continuerait à diminuer. Cette pression potentielle sur les prix aurait alors lieu au moment de la succession d'événements météorologiques extrêmes en 2019 et de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Il faut ajouter que les dommages causés aux infrastructures par la destruction de granges, de silos, de routes, d’autoroutes, de voies fluviales, isolent le Midwest des marchés mondiaux.

Pendant ce temps, cela se produit à un moment où les impacts météorologiques sont généralisés sur toute la planète, provoqués par les inondations, le froid et la chaleur. Par exemple, l’Australie, l’un des producteurs mondiaux de blé, est en train d’importer, en raison d’une récolte extrêmement médiocre qui fait suite à de violents épisodes de sécheresse et d’inondations (Colin Packham, «L'Australie va importer du blé pour la première fois en 12 ans, alors que la sécheresse fait mouche", Reuters15 mai 2019). 


 
Vers une crise mondiale des prix des denrées alimentaires?

Autrement dit, la situation économique du second semestre de 2019 risque d’être exacerbée par des tensions accrues sur les marchés des produits de base et des produits alimentaires. Parallèlement, les sociétés d’assurance et de réassurance devront faire face aux coûts de la catastrophe. des infrastructures et de la destruction agricole dans le Midwest.

 

 

A propos de l'auteur: Dr Jean-Michel Valantin (PhD Paris)

Dr Jean-Michel Valantin (PhD Paris) dirige le département Environnement et Sécurité de The Red (Team) Analysis Society. Il est spécialisé en études stratégiques et en sociologie de la défense, notamment en géostratégie de l'environnement. Il est l'auteur de "Menace climatique sur l'ordre mondial", "Ecologie et gouvernance mondiale", "Guerre et Nature, Amérique prépare la guerre du climat". "(Guerre et nature: l’Amérique se prépare à la guerre climatique) et de" Hollywood, le Pentagone et Washington

 

https://www.redanalysis.org/fr/2019/06/03/inondations-midwest-guerre-commerciale-pandemie-grippe-porcine-grande-tempete-agricole-alimentaire/?fbclid=IwAR0CII8J8IvmOvAD89evF4BrYun5p_m45q0rJgkVohnk1y-G1MLiEyB1sbE

Climat : la Banque asiatique de développement lance un cri d’alarme

Typhons, inondations : l’élévation des températures annonce des « effets désastreux » en Asie, notamment pour la sécurité alimentaire.

 

Le changement climatique aura des « effets désastreux » et « sans précédent » dans la région Asie-Pacifique si rien n’est fait pour enrayer le phénomène. Dans une étude effectuée en coopération avec l’Institut de recherches de Potsdam sur l’impact du climat, publiée vendredi 14 juillet, la Banque asiatique de développement (BAD) met en garde contre le risque d’un désastre annoncé et appelle à une mise en application au plus tôt des dispositions de l’accord de Paris. Le Japon et les Etats-Unis sont les premiers actionnaires de la BAD, dont le siège est à Manille, aux Philippines.

Dans la zone Asie-Pacifique – qui rassemble les deux tiers de la population mondiale –, le réchauffement entraînera des typhons plus violents, des précipitations plus fréquentes et plus abondantes, ainsi qu’une élévation du niveau de la mer. Autant de facteurs qui auront des effets négatifs sur la croissance, la sécurité alimentaire et la biodiversité de cette partie du monde, s’inquiète les auteurs de l’étude.

Les évolutions du climat affectent les écosystèmes et pourraient se traduire, entre autres, par une diminution de 10 % de la production céréalière. L’augmentation des précipitations aggrave les inondations. Elles ont doublé en Asie du Sud au cours des trois dernières décennies. Si elles continuent à augmenter, près des deux tiers du territoire du Bangladesh pourraient être inondés à la fin du siècle (contre un quart actuellement).

Un drame humanitaire

« Les pays de la région risquent de sombrer dans une plus profonde pauvreté si des mesures ne sont pas mises en œuvre rapidement », fait valoir Bambang Susantono, vice-président de la BAD. L’accord de Paris, entré en vigueur en novembre 2016, a pour objectif de contenir l’augmentation de la température en dessous de deux degrés par rapport aux niveaux préindustriels, mais si le rythme actuel se poursuit, le thermomètre pourrait grimper de 4 °C à la fin du siècle en Asie-Pacifique, voire de 6 °C dans certaines régions. « Un tel réchauffement pourrait conduite à un drame humanitaire dans plusieurs pays », estime la BAD.

Le Tadjikistan, l’Afghanistan, le Pakistan et le nord-ouest de la Chine pourraient connaître des augmentations de température allant jusqu’à 8 °C, poursuivent les auteurs du rapport, entraînant des migrations de ces régions vers d’autres moins affectées. « Un scénario qui compromet tout espoir de développement durable dans une région où 9 des 15 pays qui en font partie figurent parmi les plus vulnérables aux désastres naturels », comme en a témoigné le supercyclone tropical Haiyan en novembre 2013 aux Philippines.

La BAD a annoncé un financement de 4 milliards de dollars (3,5 milliards d’euros) d’ici 2020 destinés à la promotion des énergies renouvelable dans la région.

 

LE MONDE | | Par
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Alsace: jusqu'à 30% de pertes prévues pour la récolte de choux à choucroute à cause de la météo

 

 

Les producteurs de choux à choucroute prévoient une récolte en recul de 15 à 30%, à cause des pluies et inondations en juillet qui ont partiellement détruit les parcelles, a-t-on appris vendredi auprès de l'Association pour la valorisation de la choucroute d'Alsace (Avca).

"Sur les terrains inondés, le manque est de l'ordre de 15%, mais cela peut aller jusqu'à 30% de pertes", a indiqué Sébastien Muller, président de l'Avca.

"Il y a des parcelles qui sont très belles, d'autres sont complètement détruites. L'eau y a stagné plusieurs jours et au bout de 2 à 3 jours les plants sont morts", a expliqué M. Muller, confirmant des informations du site du journal 20 minutes.

Le président de l'Avca souhaite cependant rester prudent avant de se prononcer sur les volumes définitifs, préférant attendre l'évolution des choux sur les variétés tardives.

"On est incertain sur les variétés tardives. Il faut attendre la fin novembre, quand la récolte sera épuisée", a précisé M. Muller.

"La choucroute est un produit qui parle à tout le monde, mais il ne faut pas oublier que le chou subit aussi les aléas de la météo", a-t-il commenté.

Sans préjuger d'une augmentation du prix de la tonne de choux à choucroute, le président de l'Avca estime souhaitable qu'il y ait "un effet" sur les prix.

Il faudrait "aider les producteurs, si tant est qu'on puisse le faire, et que la clientèle des choucrouteries le permette. Il faut une logique dans toute la chaîne jusqu'au client final", suggère M. Muller.

En 2015, les producteurs de choux à choucroute avaient déjà connu "une année catastrophique" à cause de la sécheresse, à rappelé l'Avca. (1)

L'Alsace est la première région française productrice de choux à choucroute, avec entre 25.000 et 27.000 tonnes par an, soit 70 à 80% des volumes nationaux.

Producteurs et choucroutiers alsaciens espèrent obtenir prochainement la validation européenne de l'indication géographique protégée (IGP) "choucroute d'Alsace" qui pourrait intervenir d'ici à la saison prochaine, selon l'Avca.

 

AFP, publié le vendredi 09 septembre 2016

 

http://finance.orange.fr/actualite-eco/article/alsace-jusqu-a-30-de-pertes-prevues-pour-la-recolte-de-choux-a-choucroute-a-cause-de-la-meteo-CNT000000txIvb.html

 

(1) rappel 2015 :
Alsace: la canicule fait peur aux producteurs de choux à choucroute

Geispolsheim (France) (AFP) - "On attend en vain la pluie mais on n'y croit plus trop", soupire Laurent Heitz, producteur de choux à choucroute à Geispolsheim (Bas-Rhin). Avec la canicule, la récolte de ce légume alsacien emblématique s'annonce très maigre, faisant même craindre pour l'avenir de la filière.

Sur une de ses parcelles, écrasée de soleil, l'agriculteur, également président du syndicat des producteurs de choux à choucroute, contemple des choux dont la tête vert pâle, noyée autour de grandes feuilles vert foncé, paraît minuscule. Certains choux n'ont même pas de tête.

"Les têtes des choux pèsent au maximum 2 kg alors qu'elles devraient en faire six ou sept", constate Laurent Heitz. L'exploitant aurait dû commencer à récolter début août la variété précoce des choux à choucroute mais préfère attendre encore quelques jours, espérant voir ses légumes faméliques grossir un peu.

L'Alsace, qui produit 70% de la choucroute consommée en France, compte une soixantaine de producteurs de choux à choucroute, exploitant environ 700 hectares.

La récolte des différentes variétés se déroule d'août à décembre. Cette année, en fonction des précipitations qui tomberont en septembre, elle devrait être inférieure de 25 à 50% à la normale.

 

- Chaleur nocturne -

 

Si les choux ont souffert cette année du manque de précipitations, ils ont plus encore pâti des très fortes chaleurs, avec des températures restant élevées la nuit, qui ont bloqué leur croissance.

"Vingt-huit degrés, pour le chou, c'est bien. A partir de 32-35 degrés, la plante ferme les pores par lesquels elle transpire, les feuilles se recroquevillent", explique Jean Klieber, conseiller référent pour le chou à la chambre d'agriculture d'Alsace.

"Le climat change vraiment : cela ne serait jamais venu à l'esprit aux anciens d'irriguer les choux!", s'exclame-t-il

Certains agriculteurs alsaciens, notamment ceux qui produisent à la fois des choux à choucroute et du maïs, ont en effet utilisé cet été leur système d'arrosage pour leurs choux. Sans pour autant parvenir à des rendements vraiment satisfaisants.

"Le risque, c'est qu'on n'arrive pas à livrer en choucroute tous les clients cette année, et pourtant, nous avons eu les moyens d'irriguer, contrairement à d'autres producteurs", note Florent Ades, producteur de choux à Krautergersheim, un village qui revendique le titre de "capitale de la choucroute".

Avec un prix payé aux exploitants de 69 euros la tonne, il faut produire 80 tonnes de choux à choucroute par hectare pour être rentable. Plus du double des quantités attendues cette année pour les variétés précoces non-irriguées.

"Le jour où je serai obligé d'investir dans l'irrigation, si on ne touche pas 80 euros la tonne, j'arrêterai le chou, je ferai du maïs", tranche Laurent Heitz, ajoutant que "cela coûte 600 euros par hectare d'irriguer les choux"

Ce coût viendrait s'ajouter à la longue liste des contraintes liées à la culture du chou, qui exige une main-d’œuvre nombreuse pour la plantation et la récolte.

L'inquiétude des acteurs de la filière s'étend donc bien au-delà des grosses chaleurs de cet été, qui font craindre une "année blanche".

D'année en année, ils constatent une détérioration des conditions climatiques, qui les obligera tôt au tard à adapter leurs méthodes de production.

Les choucroutiers d'Alsace seront-ils un jour obligés d'acheter leurs choux aux Pays-Bas ou en Pologne? Sébastien Muller, président de l'Association pour la valorisation de la choucroute d'Alsace (Avca), ne veut pas envisager cette hypothèse.

"Il faudra changer les habitudes, peut-être mieux valoriser le produit, mais on n'abandonnera pas l'Alsace, on veut défendre notre label de qualité", insiste-t-il.

En France, la choucroute d'Alsace est protégée depuis octobre 2012 des imitations par une Indication géographique protégée (IGP), que les producteurs espèrent voir bientôt reconnue à l'échelle européenne.

 

 

 

Bonduelle va pâtir des mauvaises récoltes de cet été

 

 

Le fabricant de conserves a stabilisé son chiffre d'affaires sur l'exercice 2015-2016, malgré la crise économique au Brésil et en Russie. Mais plusieurs incidents climatiques vont peser sur sa production dans les prochains mois.

Bonduelle a réussi à stabiliser son chiffre d'affaires sur l'année 2015-2016. Il affiche un repli de 0,7% à près de 2 milliards d'euros. Hors effet de change, Bonduelle a même réussi à faire progresser ses revenus de 2,4%.

Pourtant l'année a été chaotique pour le groupe. Crise économique en Russie et au Brésil, forte fluctuation des devises et une absence de reprise marquée de la consommation en Europe sont autant d'éléments qui ont joué en sa défaveur. Et tout cela dans un contexte de guerre des prix.

De mauvaises récoltes

Le groupe français a néanmoins réussi à stabiliser ses ventes et confirme ses objectifs financiers. Mais il reste inquiet pour la suite. En cause: la météo. Ce sont les récoltes de cet été qui vont couvrir la production de l'année à venir. Des récoltes qui ne sont pas bonnes.

En Picardie et en Russie, il y a eu des épisodes de fortes pluies, qui ont noyé les champs de pois notamment. En Amérique du Nord, où Bonduelle est bien implanté avec une douzaine de sites, c'est la sécheresse qui aura un impact négatif. Bonduelle prévient que ces incidents climatiques pèseront sur les volumes et les coûts de production à venir.

Par Hélène Cornet, édité par J.M.

 

04/08/2016

Atlantico : Le débat autour du dérèglement climatique évoque bien souvent les émissions de gaz à effet de serre émanant des moyens de transport, ou encore de l’industrie lourde. Dans quelle mesure l’agriculture ou encore l’élevage participent-ils également à l’émission globale de ces gaz ?

Bruno Parmentier : L’agriculture mondiale est responsable à elle seul du quart des gaz à effet de serre émis par l’homme sur la planète ; un peu moins en France (mais quand même environ 20 %, comme on peut le voir sur ce récent rapport officiel). C’est effectivement un point qui est peu mentionné dans la presse, en particulier parce qu’on se focalise souvent sur le seul gaz carbonique CO2, lequel ne représente que 10 % des gaz à effet de serre émis par ce secteur (les émissions proviennent pour l’essentiel des pots d’échappement des tracteurs et autres camions utilisés). La moitié des dégâts provient du protoxyde d’azote (N20) issu des déjections animales et de la fertilisation azotée. En poids brut, nous parlons là d’émissions beaucoup plus modestes, mais comme ce gaz est 298 fois plus réchauffant que le gaz carbonique, ses effets sont considérables. Les 40 % restants sont émis sous forme de méthane (CH4) provenant de la fermentation des végétaux (soit chez les ruminants, en particulier les « pets et les rots » des vaches, soit dans le sol, ou en milieu humide comme par exemple les rizières) ; là aussi les quantités sont moindres, mais leur pouvoir réchauffant est 25 fois plus important…

On voit que l’élevage est fortement concerné ; en fait il l’est triplement : par les émissions directes issues de la digestion ou des déjections, mais aussi indirectement parce que près de la moitié des céréales produites dans le monde et les trois quarts des protéines végétales (soja, colza, etc.) sont destinés aux animaux, et enfin par le transport de ces énormes tonnages de nourriture vers les étables, porcherie et poulaillers ; des experts ont ainsi estimé que le seul transport de la nourriture pour les animaux élevés en Grande-Bretagne entraînait la consommation de 1,6 milliards de litres d’essence. Au total l’essentiel des émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture provient en fait du seul élevage, soit environ 14 % du total émis en France.

Une vache laitière en élevage intensif produit 90 kilogrammes par an de méthane issu sa digestion, contre quelque 35 kg pour un bovin de pays en voie de développement. Au total, 74 millions de tonnes de méthane sont « éructées » chaque année dans l’atmosphère par les animaux d’élevage. Par comparaison, l’industrie n’en dégage « que » 65 millions de tonnes

Atlantico : Selon un rapport publié début décembre aux Etats-Unis (voir ici), le public serait sous-informé sur l’impact climatique d’un régime alimentaire comprenant des produits issus d’animaux. Que peut-on dire sur l’évolution de la consommation de ces derniers produits depuis une cinquantaine d’années au niveau mondial ? Celle-ci concorde-t-elle avec l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre ?

Bruno Parmentier : Lorsque le professeur Mark Post, l’inventeur du hamburger entièrement synthétique rappelle qu’un « carnivore qui se promène à vélo est beaucoup moins écologiste qu’un végétarien qui roule en 4/4 », il a parfaitement raison !

Or la consommation mondiale de viande a littéralement explosé depuis 50 ans ; en effet, dans toutes les cultures, dès qu’on sort de la pauvreté le premier réflexe est de manger et de donner à manger à ses enfants ce que ses grands-parents ne pouvaient pas se payer, à commencer par les produits animaux : viande, œuf et lait, la combinaison pouvant différer d’un pays à l’autre (par exemple les musulmans ne mangent pas de porc, et les Chinois boivent peu de lait), mais le mouvement est absolument général. La Chine de Mao, avec ses 700 millions de chinois, ne pouvait offrir que 14 kilos de viande par personne et par an. Aujourd’hui les 1,3 milliards de celle Xi Jinping en consomment plus de 60 kg. La Chine a donc multiplié par huit sa consommation de viande en quelques dizaines d’années, et est devenu, de très loin, le pays le plus consommateur. Et également le plus gros producteur ; la moitié du milliard de porcs de la planète sont chinois, ainsi que 4,4 milliards de poulets (contre « seulement » 200 millions en France).

Ce phénomène est mondial ; en 1950, on a produit 44 milliards de tonnes de viande, aujourd’hui on en produit 280 milliards. Il faut imaginer qu’on abat plus de 1 000 animaux chaque seconde sur terre…

Cette augmentation gigantesque de la production animale dans le monde n’est évidemment pas sans rapport avec l’augmentation concomitante des émissions de gaz à effet de serre…

Atlantico : En quoi la spécificité des régimes français actuellement participent-ils à ces émissions de gaz à effet de serre ? Où nous positionnons-nous sur ce point par rapport aux autres pays ?

Bruno Parmentier : En moyenne, un Français consomme actuellement 85 kg de viande de 90 de lait par an. C’est environ deux fois plus que son grand-père (on consommait de l’ordre de 45 kg de chacun de ces produits dans les années 50), et trois fois plus que son arrière-grand-père (de l’ordre de 25 kg dans les années 30). Pour rendre ces chiffres plus concrets, songeons qu’en une vie, nous consommons chacun environ 7 bœufs, 33 cochons, 9 chèvres et moutons, 1 300 volailles, 60 lapins, 20 000 œufs et 32 000 litres de lait. Vue comme ça, il est légitime de se demander si la gastronomie française est bien raisonnable ! Elle ne l’est ni pour notre santé (cet excès de produits animaux est probablement une des causes de l’augmentation de la fréquence des maladies du type cancer, artériosclérose, diabètes, obésité, etc.), ni pour celle de la planète. Ce n’est pas parce que les Américains en consomment beaucoup plus, de l’ordre de 125 kg par an et par personne, que nous pouvons éviter de réfléchir à cette question.

Il importe donc de baisser fortement notre consommation de produits animaux. De la même manière que nous avons fortement baissé notre consommation de vin (dans les années 50, nos grands-parents éclusaient 140 litres de vin par an et par personne, contre seulement une quarantaine aujourd’hui). Mais nous pouvons observer qu’il y a encore des viticulteurs : après les manifestations violentes des années 50 ou 60 à Carcassonne et Narbonne, ils ont fini par s’adapter en nous expliquant : « vous voulez en boire moins, ce sera que du bon, que du cher »… Et il n’y a plus de « piquette » dans ce pays ! De la même manière, il serait souhaitable que, dans 20 ou 30 ans, nous mangions beaucoup moins de viande et beaucoup moins de lait, mais « que du bon que du cher », ce qui permettrait aux éleveurs non seulement de survivre, mais également de vivre mieux. Et à la planète également !

Atlantico : A quoi ressemblerait alors un régime équitable, responsable du point de vue de son impact climatique, sans pour autant faire une croix sur les aliments issus d’animaux ?

Bruno Parmentier : La vérité est rarement dans le tout ou rien ; en l’occurrence, il ne s’agit pas de passer, sauf choix personnel motivé par des considérations éthiques, d’un régime excessivement carné un régime carrément végétarien. Il s’agit de manger mieux. Chacun le sait, même s’il n’en tire pas toujours les conséquences, manger mieux c’est d’abord moins : moins de viande, de lait, de sel, de sucre, de matières grasses ! Et plus de céréales, de légumineuses (les plantes qui contiennent beaucoup de protéines végétales comme les haricots, lentilles, pois chiche, soja, etc.), de fruits et de légumes (de saison), et de diversité. Finalement ce n’est pas si difficile, et c’est essentiellement l’imagination qui nous manque et la volonté d’inventer des chemins nouveaux en apprenant de nouvelles recettes. Les prêtres catholiques nous avaient bien convaincu qu’il ne fallait pas manger de viande le vendredi, pendant le carême et l’avent etc., et il ne s’agit que de revenir à ces préceptes sages, mais cette fois-ci pour des motifs sanitaires et écologiques !

On peut déjà commencer par réaliser qu’il est inutile d’offrir un plat de viande à des amis que l’on reçoit chez soi le soir, puisqu’ils en ont déjà mangé au déjeuner ; ce qui manque actuellement, c’est le savoir-faire pour réaliser un bon plat de résistance sans viande. Et puis, même à midi il n’est pas indispensable de manger chaque jour de la viande, et en quantité excessive. 100 g de viande quatre fois par semaine, (mais de la bonne, de la chère !), plus une fois du poisson et deux fois des protéines végétales, ça n’est aucunement un programme triste, insipide et rabat-joie ! Et si nous pouvons manger en plus pour l’essentiel des produits de saison qui ont été cultivés à moins de 100 km de chez nous, ainsi que des animaux intégralement nourris avec des végétaux européens, ça diminuera d’autant les transports (une étude a montré qu’en moyenne aux États-Unis des aliments parcourent 2 400 km avant d’arriver dans l’assiette du consommateur). Et enfin, cerise sur le gâteau, pourquoi ne pas augmenter la proportion de bio dans notre assiette, ça diminuera notre consommation indirecte d’engrais et de pesticides très énergitivores, et donc producteurs de gaz à effet de serre. Des conseils à méditer au moment où nous allons prendre de bonnes résolutions pour l’année prochaine !

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