fragilité des sociétés complexes..
LA CASTE POLITIQUE S'EFFONDRERA AVEC SA MÈRE : LES SOCIÉTÉS COMPLEXES....
J'ai lu aujourd'hui un article sur infobae.com qui décrivait les énormes difficultés logistiques liées au transport d'engins lourds des ports argentins vers les mégaprojets miniers des Andes. À première vue, il pourrait s'agir d'une simple note technique sur le transport industriel. Pourtant, derrière cette information se cache une image saisissante de l'épuisement des sociétés complexes. Il ne s'agit pas seulement du transport d'une excavatrice ou d'un camion minier. On y découvre l'effort colossal que la civilisation industrielle doit déployer aujourd'hui pour maintenir des activités qui, il y a quelques décennies à peine, paraissaient simples, rentables et naturelles.
Le transport d'engins miniers nécessite de grands navires, d'abondantes ressources en carburant, des remorques spéciales, des routes goudronnées, des ponts renforcés, des pneus géants, des pièces détachées importées, des satellites, des financements internationaux, des chaînes d'approvisionnement mondiales et une stabilité géopolitique. Chaque élément est interdépendant. L'économie moderne est, en réalité, un gigantesque réseau d'énergie et de complexité logistique dont la fragilité est aujourd'hui pleinement mise à nu.
Pendant des décennies, l'humanité a pu développer ses sociétés grâce à une ressource extraordinaire : d'énormes quantités d'énergie bon marché et de haute qualité, notamment le pétrole conventionnel. Ce pétrole a permis de construire des routes, de fertiliser les champs, de fabriquer des machines, de transporter des marchandises et de relier des territoires entiers selon une logique industrielle unique. Des sociétés complexes ont émergé grâce à un surplus d'énergie phénoménal. Ce surplus commence à s'amenuiser.
Aujourd'hui, extraire de l'énergie exige toujours plus d'énergie. Il ne s'agit plus des vastes gisements conventionnels, faciles d'accès et bon marché, du XXe siècle. Il s'agit de la fracturation hydraulique, du forage ultra-profond, des sables bitumineux, de l'exploitation minière à faible teneur et des opérations situées dans des zones reculées. Des ressources plus difficiles à obtenir, plus coûteuses et bien plus dépendantes d'infrastructures gigantesques. La civilisation industrielle doit constamment accroître sa complexité pour maintenir des rendements décroissants.
Auparavant, la société n'avait besoin que de très peu d'énergie pour obtenir d'énormes quantités d'énergie disponibles pour les infrastructures, la santé, les transports, l'alimentation et l'expansion économique. Aujourd'hui, c'est exactement l'inverse qui se produit : le système a besoin de toujours plus de dettes, de carburant, de logistique et de technologies simplement pour maintenir le fonctionnement de base de ce qui existe déjà.
La décomplexité caractérisera le XXIe siècle. Une société complexe a besoin de routes, de carburant, d'hôpitaux, d'internet, d'engrais, de chaînes d'approvisionnement mondiales, de pièces détachées, de ports, de satellites, de mines, de systèmes financiers, de réseaux électriques, de lourdes bureaucraties et de stabilité politique. Tout cela consomme des quantités colossales d'énergie et de matières premières.
Lorsque le surplus d'énergie diminue, la société ne peut plus maintenir le même niveau de complexité. Un processus de simplification forcée s'amorce alors : dégradation des infrastructures, dysfonctionnement des services, perte de réactivité des États, fragilité des chaînes d'approvisionnement, multiplication des conflits sociaux et étouffement des économies régionales. Voilà ce qu'est la décomplexité. Ce n'est pas une hypothèse futuriste. C'est déjà une réalité.
Il est révélateur d'observer des phénomènes en apparence mineurs, comme la récente promotion de l'asphalte recyclé dans plusieurs provinces argentines. Présenté publiquement comme une innovation écologique, ce phénomène peut aussi être interprété comme un signe de pénurie structurelle. L'asphalte est un dérivé lourd du pétrole. Une grande partie du pétrole non conventionnel, comme le schiste de Vaca Muerta, est léger et offre des rendements plus faibles pour l'obtention de certains dérivés essentiels aux infrastructures industrielles.
Nous détruisons les routes à un rythme croissant pour maintenir un modèle extractif qui ne garantit même pas l'approvisionnement futur en matériaux nécessaires à leur réparation. Des milliers de camions traversent quotidiennement le pays, transportant du sable d'Entre Ríos à Neuquén pour la fracturation hydraulique. Ce trafic détruit l'asphalte. Le retour sur investissement énergétique et matériel du système ne suffit même plus à réparer correctement les infrastructures dégradées.
La civilisation commence à s'autodétruire pour tenter de maintenir sa propre complexité.
La situation internationale rend la voie choisie par les dirigeants latino-américains encore plus absurde. Avant le conflit entre les États-Unis et l'Iran et avant la fermeture du détroit d'Ormuz, la Chine achetait déjà d'énormes quantités de pétrole pour accroître ses réserves stratégiques. Lorsque le prix du baril a atteint des niveaux extraordinaires, on aurait pu s'attendre à ce que la Chine puise dans ses réserves pour profiter de ces prix records et stabiliser les marchés.
Or, c'est exactement l'inverse qui s'est produit. La Chine a continué d'acheter encore plus de pétrole. Ce fait révèle que les grandes puissances n'agissent pas comme si nous entrions dans une nouvelle ère d'abondance énergétique. Elles agissent comme si elles anticipaient une pénurie prolongée, une fragilité logistique et des conflits croissants autour de l'approvisionnement mondial. La fermeture du détroit d'Ormuz n'a pas causé la pénurie. La pénurie a contribué à créer des situations géopolitiques telles que la fermeture du détroit d'Ormuz.
Le cas chinois met en lumière un problème encore plus grave : les grandes puissances ne semblent plus se préoccuper uniquement du maintien de leur appareil industriel ou militaire. Elles commencent à s'inquiéter de la garantie des approvisionnements de base dans un contexte de détérioration systémique mondiale. Si la Chine continue de constituer des stocks de pétrole même en cas de prix extraordinaires, c'est parce qu'elle ne semble pas envisager une crise passagère, mais plutôt une pénurie structurelle prolongée.
Le pétrole n'alimente pas seulement les voitures. Il est indispensable à la production d'engrais, de pesticides, au transport des denrées alimentaires, aux machines agricoles, aux chaînes d'approvisionnement pharmaceutiques, aux hôpitaux, à l'industrie des plastiques, aux médicaments, aux infrastructures et à la logistique mondiale. La hausse continue du prix du pétrole et de ses dérivés met en péril non seulement l'exploitation minière à grande échelle et la fracturation hydraulique, mais aussi l'ensemble du secteur agroalimentaire mondial.
Le diagnostic implicite de la Chine laisse entrevoir des scénarios possibles de famine, de pénuries pharmaceutiques et d'une forte dégradation du niveau de vie. Tandis que les grandes puissances semblent se préparer à gérer la rareté, une grande partie des dirigeants argentins continuent de parler de « développement » comme si le monde fonctionnait encore selon les conditions énergétiques de la fin du XXe siècle.
L'exploitation minière à grande échelle apparaît ainsi comme l'une des plus grandes illusions politiques de notre époque. La promotion de projets tels que San Jorge à Mendoza est présentée comme un « développement », un « progrès » ou une « modernisation », alors qu'en réalité, il s'agit d'un saut désespéré en avant de la part d'élites incapables d'accepter les limites biophysiques de la planète.
Rien ne justifie la destruction de territoires entiers, la mise en péril des réserves d'eau et la réorganisation des économies régionales autour d'activités extractives extrêmement dépendantes des chaînes d'approvisionnement mondiales, dans un contexte de dégradation rapide du paysage énergétique.
Ce qui prévaut, c'est la soumission inconditionnelle des dirigeants nationaux aux intérêts stratégiques de puissances étrangères qui ont besoin de minéraux et de ressources pour tenter de maintenir à flot leurs propres sociétés complexes en crise. L'Amérique latine est une fois de plus contrainte de jouer le rôle de zone sacrifiée, comme au temps des colonies. Cette subordination est même présentée comme un patriotisme économique.
Le RIGI (Projet régional d'investissement minier et énergétique) représente l'expression la plus obscène de cette logique suicidaire. À ce stade, il ne peut plus être considéré comme une simple erreur politique. Le RIGI révèle l'incompétence structurelle de la classe politique argentine face à la crise économique que traverse la civilisation industrielle. Au nom du « développement », des ressources stratégiques sont sacrifiées, la souveraineté fiscale abandonnée, les pouvoirs de régulation de l'État démantelés et l'ensemble de l'économie nationale réorganisée autour d'activités extrêmement vulnérables à la dégradation des conditions énergétiques et géopolitiques mondiales.
Le RIGI repose sur une vision du monde totalement erronée. Il présuppose l'abondance matérielle, la stabilité logistique, le faible coût des carburants et une croissance perpétuelle. Or, aucune de ces conditions ne semble plus réunie. Vaca Muerta ne pourra jamais être un projet national. L'exploitation minière à grande échelle non plus. L'agro-industrie et l'industrie automobile, telles qu'elles fonctionnent actuellement, ne peuvent l'être non plus. Toutes ces activités sont nées et se sont développées dans un contexte d'expansion énergétique permanente qui s'épuise sous nos yeux.
Nous aurons bien sûr besoin d'industrie, mais elle doit être subordonnée à une planification globale de la décroissance visant à garantir la résilience territoriale et la survie sociale. Nous aurons besoin d'industries pour produire des outils pour l'agriculture familiale, des systèmes de collecte des eaux de pluie, des infrastructures ferroviaires de base, des technologies adaptées aux communautés locales et des systèmes énergétiques décentralisés capables d'atténuer l'impact du déclin énergétique sur les populations les plus vulnérables. L'enjeu n'est plus la croissance infinie, mais la prévention d'un effondrement dû à la complexité qui pourrait dévaster des millions de personnes.
La soi-disant « caste politique », si souvent dénoncée ces dernières années, n'est pas une anomalie isolée. Elle est un sous-produit naturel des sociétés complexes. À mesure que les structures sociales se complexifient, les bureaucraties, les échelons administratifs, les réseaux financiers, les mécanismes d'intermédiation et les castes professionnelles spécialisées dans la gestion de cette complexité se développent également.
La politique moderne est devenue une machine totalement déconnectée des territoires et des limites physiques de la réalité. Une grande partie des dirigeants continuent de parler de croissance, d'investissement et d'expansion économique comme si nous vivions encore en 1950. L'énergie bon marché qui nous a permis de bâtir ce monde n'existe plus. Lorsque les sociétés complexes commencent à se dégrader, leurs élites entrent elles aussi en crise.
La classe politique s'effondre avec la société complexe qui la compose.
La Bolivie représente aujourd'hui un avertissement alarmant pour toute l'Amérique latine. Les récentes manifestations de masse, les blocus, les crises d'approvisionnement et les tensions sociales témoignent des conséquences d'une dégradation matérielle qui dépasse la capacité politique à la contenir. Là-bas, la décroissance est déjà en marche, mais sans planification. La décroissance n'est ni une idéologie extravagante ni une utopie romantique. C'est un constat.
La communauté scientifique alerte depuis des années sur le fait que nous avons atteint des limites biophysiques incompatibles avec un modèle fondé sur une croissance infinie sur une planète aux ressources finies. Une grande partie des dirigeants politiques continue d'ignorer ces avertissements. Il est temps d'ouvrir un tout autre débat. Non pas sur la manière de produire, d'exporter ou d'extraire davantage, mais sur la manière de décroissance de façon organisée, démocratique et planifiée avant que la dégradation ne devienne chaotique.
L'avenir n'est pas forcément dystopique. Les nouveaux dirigeants capables d'affronter ce moment historique existent déjà et se forgent chaque jour partout dans le monde. Elle se construit autour de coopératives, de réseaux communautaires, de jardins familiaux, d'associations de quartier, de groupes agroécologiques, d'économies locales, de radios associatives, d'espaces de formation et d'initiatives d'organisation locale qui s'efforcent de résoudre des problèmes concrets là où la société traditionnelle commence à se désengager. Ce nouveau leadership n'est pas, et ne peut redevenir, une caste, car les conditions matérielles ne permettent plus de maintenir indéfiniment les gigantesques structures d'intermédiation politique caractéristiques du XXe siècle.
L'avenir exigera une proximité locale, une gestion communautaire, un savoir-faire pratique et la capacité d'organisation populaire de répondre aux besoins urgents liés à l'alimentation, l'eau, l'énergie, la santé, les transports et le logement dans un contexte de déclin énergétique. Le présent reste un temps de lutte et d'organisation populaire. Non pas pour entretenir l'illusion d'une croissance infinie, mais pour bâtir une résilience réelle et des modes de vie capables de résister au déclin énergétique sans abandonner des millions de personnes à leur sort.
Juan Carlos Furlan 20 05 26
https://juancarlosfurlan.blogspot.com/2026/05/la-casta-politica-caera-con-su-madre.html
David, j'ai demandé à plusieurs reprises à Brandon sur ces forums ce qu'il appelait des biens de consommation discrétionnaires. S'agissait-il d'ordinateurs, d'iPhones, de tondeuses à gazon, de paquebots de croisière, de voitures, d'avions de ligne, etc. ? Je n'ai jamais eu de réponse.
C'est parce qu'il n'y en a pas. Les pièces qui composent tous ces biens sont les mêmes que celles des camions miniers, des tracteurs agricoles, des semi-remorques transportant des denrées alimentaires vers les villes, des navires, des plateformes pétrolières, etc.
La complexité de nos machines est uniquement due à l'immensité du marché, qui représente des milliards de pièces assemblées de multiples façons. Si l'on supprime la moitié des usages, on ne peut plus maintenir toutes les usines. Ce n'est pas comme si la moitié des usines fermaient et que l'autre moitié prenait le relais. Le monde ne fonctionne pas ainsi, et cela consommerait presque autant d'énergie de toute façon, donc aucune économie réelle.
On oublie souvent que nous formons une seule civilisation, et non une multitude de civilisations distinctes. On ne peut pas ignorer les revenus de plus de 80 % de la population travaillant dans des secteurs non essentiels sans conséquences sociales, ni les affecter aux secteurs essentiels, car cela en diminue de toute façon l'efficacité.
Moins de complexité rime avec moins d'énergie, ce qui engendre une multitude de boucles de rétroaction qui dégradent encore davantage l'efficacité, dans une spirale infernale. Personne n'est obligé d'y croire, mais vous le vivrez quand cela arrivera.
Hideaway (commentaire sur le blog de Tim Morgan) 28 11 25
Les deux talons d'Achille des systèmes complexes.... Couplage étroit et limites de la compréhension humaine....
Selon l'anthropologue et historien Joseph A. Tainter, les sociétés humaines sont devenues plus complexes face aux problèmes auxquels elles étaient confrontées. Les sociétés agraires ont développé l'écriture et les mathématiques pour suivre les dettes, les échanges commerciaux, les lois et les contrats, donnant naissance à une nouvelle classe de travailleurs non productifs (les scribes). Au début, cette complexité sociale accrue, et d'autres similaires, a procuré un bénéfice net considérable à la communauté pour un coût relativement modeste.
Puis, à mesure que les civilisations se sont développées, de plus en plus de fonctions non productives ont dû être ajoutées pour gérer le nombre exponentiel de problèmes, jusqu'au point où la nomination de nouveaux fonctionnaires a coûté plus cher que les avantages qu'ils procuraient (1). Cependant, lorsqu'une société s'est heurtée au problème des rendements décroissants, connaître une vaste période de simplification involontaire n'était plus qu'une question de temps.
Il est intéressant de noter que la situation est la même dans les sociétés modernes et dans les systèmes qu'elles exploitent. Le meilleur exemple est peut-être le réseau électrique lui-même. Avec des millions d'utilisateurs, des milliers de nœuds (sous-stations) et de centrales électriques au-dessus de réseaux de distribution continentaux, les réseaux électriques sont l'un des systèmes les plus complexes qu'une civilisation puisse imaginer (après impôts, bien sûr). La question se pose donc : existe-t-il une limite à la complexité du réseau ? Comment éviter une « grande simplification involontaire » lorsque l'ajout de complexité cesse d'apporter des bénéfices ? Oh, et quel est le rapport entre le couplage étroit et les limites de la compréhension humaine et tout cela ?
Avant d'aborder le sujet, il faut d'abord comprendre que ces grands réseaux fonctionnent tous en courant alternatif, avec une polarité alternant entre positif et négatif à intervalles réguliers. Et si d'autres paramètres, comme la tension, peuvent varier d'un réseau à l'autre, et même au sein même du réseau (pensez aux lignes à haute tension), un élément doit rester stable : la fréquence du courant alternatif. (Ne vous inquiétez pas si elle est de 50 Hz comme en Europe ou de 60 Hz comme aux États-Unis ; l'important est que la valeur choisie reste constante sur l'ensemble du réseau.)
Considérez cette fréquence comme le cœur du système, assurant la synchronisation de tous les appareils électriques raccordés au réseau. Même de légers écarts par rapport à la norme peuvent entraîner des dysfonctionnements, une réduction de la durée de vie des équipements, une augmentation des coûts de maintenance ou, dans des cas extrêmes, des pannes du réseau électrique, exposant des régions entières au risque de pannes d'électricité.
À l'apogée de l'expansion du réseau (ou pendant une grande partie du XXe siècle), le courant alternatif était fourni exclusivement par d'énormes générateurs rotatifs (alternateurs). Ces appareils de plusieurs tonnes tournaient exactement à la fréquence du réseau (50 ou 60 Hz) et étaient entraînés par des turbines hydrauliques, à vapeur ou à gaz.
Grâce à leur poids massif, ils agissaient également comme un volant d'inertie, atténuant les intermittences mineures du système. Pour des raisons d'efficacité d'échelle, ces générateurs devaient être déployés au sein de grandes centrales électriques, en hébergeant plusieurs, permettant ainsi une régulation centralisée de leur production électrique. Autrefois, le réseau était une machine bourdonnante.
L'exploitation du réseau électrique se résumait à un délicat exercice d'équilibre entre consommation et production d'électricité. Les entreprises étaient ainsi incitées, par la tarification, à utiliser une quantité constante d'électricité tout au long de la journée, en parfaite adéquation avec l'incitation capitaliste à exploiter au maximum ses actifs. Le service public d'électricité bénéficiait d'un fonctionnement stable et planifiable, avec des périodes de maintenance programmées des mois à l'avance et des équipements fonctionnant à pleine capacité, tandis que les usines et les fonderies bénéficiaient de prix bas et stables. Les investissements étaient ainsi faciles à planifier et l'économie, qui consommait les ressources de la planète, pouvait croître de manière régulière et ininterrompue.
Puis vint le premier choc pétrolier au début des années 1970, lorsque la croissance régulière de 7 % de la production mondiale de pétrole s'est arrêtée puis inversée en quelques années (2). La croissance est revenue très lentement, mais n'a jamais atteint les taux prodigieux du passé. Les centrales électriques auparavant alimentées au fioul ont dû être arrêtées ou converties pour brûler d'autres combustibles, et les réacteurs nucléaires ont poussé comme des champignons pour combler les lacunes. Cette première phase d'adaptation à une baisse soudaine de la production mondiale de pétrole n'a cependant pas affecté la stabilité du réseau, car ces nouvelles centrales utilisaient toutes le même principe de production d'électricité : faire tourner d'énormes turbines auxquelles étaient reliés d'énormes alternateurs.
La complexité croissante s'est manifestée au niveau de la conception des centrales nucléaires : les réacteurs nucléaires nécessitaient un certain nombre de mesures de sécurité, notamment l'ajout d'un grand nombre d'équipements mécaniques, allant de simples vannes à des générateurs de secours. Tous ces équipements avaient tendance à tomber en panne au pire moment, nécessitant des redondances et des secours successifs. Ces mesures de sécurité supplémentaires (par rapport à une centrale au charbon, par exemple) ont rendu la construction et l'exploitation des réacteurs nucléaires coûteuses, exigeant une classe d'ingénieurs hautement qualifiés et formés (3).
La complexité sociale s'est ainsi accrue de pair avec la complexité technique, en réponse à la situation géologique croissante : l'épuisement des ressources abondantes et de haute qualité et leur remplacement éventuel par des ressources plus difficiles à obtenir et à exploiter.
Quelques décennies plus tard, nous arrivons à la deuxième grande crise pétrolière. À partir de 2004 environ, la croissance de l'offre pétrolière a ralenti après des décennies de croissance anémique de 1,4 % en glissement annuel. Cette situation, combinée à une forte demande chinoise, a entraîné une flambée des prix du pétrole et des matières premières (ces derniers étant également extraits et transportés par le pétrole) et a rendu la reprise après la crise financière de 2008-2009 d'autant plus difficile.
Sans le pétrole de schiste et d'autres formes de production pétrolière énergivores (des sables bitumineux canadiens au pétrole ultra-lourd vénézuélien), le monde serait déjà sur le déclin, après le pic de Hubbert. Au début, la panique s'est emparée des milieux gouvernementaux, des pays ont été bombardés et des régimes renversés dans les pays riches en pétrole, mais grâce à l'arrivée de ces formes de pétrole non conventionnelles beaucoup plus rapidement que prévu, le déclin a été reporté. Du moins pour un temps.
Avec l'essor du pétrole de schiste, le débat s'est déplacé des craintes du pic pétrolier vers la « lutte » contre la crise climatique. L'objectif, cependant, est resté le même : réduire la dépendance du monde (occidental) aux combustibles fossiles. Du point de vue du réseau, ce changement de politique a marqué la fin d'une époque, celle de la stabilité et de la prévisibilité. Surtout en Europe.
Avant de poursuivre, revenons brièvement sur la fréquence du réseau et le type d'alimentation électrique. Comme vous vous en souvenez, le réseau fonctionne en courant alternatif (CA), fourni par des générateurs synchrones. Les énergies renouvelables, entièrement fabriquées à partir de matériaux non renouvelables comme le charbon, le pétrole et le gaz, produisent quant à elles du courant continu (CC), qui doit être converti en courant alternatif avant de pouvoir être injecté dans le réseau.
C'est là un défi technique majeur.
La conversion du courant continu des panneaux solaires et des éoliennes en courant alternatif sur le réseau est réalisée par des onduleurs situés à proximité immédiate de chaque installation éolienne et solaire. Comment cet onduleur reste-t-il synchronisé avec le réseau ? Comment sait-il exactement quand changer de polarité ? Simplement en imitant la fréquence qu'il perçoit sur le réseau. Appliquée à petite échelle, là où la grande majorité de l'électricité est encore produite par de gros générateurs, c'est une idée brillante.
Ce comportement d'imitation, comme cela a été démontré récemment en Espagne, présente cependant une vulnérabilité considérable pour l'ensemble du réseau. Au-delà d'un certain pourcentage d'énergie éolienne et solaire sur le réseau (appelé « échantillonnage de pénétration » du réseau pour la fréquence), une boucle de rétroaction auto-alimentée à propagation rapide est possible.
C'est exactement ce qui s'est produit dans la péninsule ibérique le 28 avril 2025. Pour des raisons encore inexpliquées, la fréquence du réseau a chuté (probablement en raison d'une interruption momentanée de l'alimentation) et des milliers d'onduleurs ont réagi en baissant la leur.
Ce phénomène auto-amplifiant a déclenché des arrêts de sécurité dans les centrales électriques afin de protéger les équipements sensibles et d'éviter ainsi une panne d'électricité bien plus longue que nécessaire. Les centrales électriques ayant déconnecté leurs générateurs alternatifs, la fréquence du réseau a encore chuté, provoquant l'arrêt de toutes les centrales électriques restantes (et des panneaux solaires), entraînant une panne d'électricité totale dans tout le pays. Tout cela en moins de quelques centaines de millisecondes. Imaginez un instant.
La forte pénétration des énergies renouvelables a non seulement entraîné une alimentation électrique intermittente et dépendante des conditions météorologiques, mais a également créé une vulnérabilité majeure. Celle-ci peut entraîner une panne totale, même par temps ensoleillé, alors qu'aucune interruption n'était prévisible. Le remplacement des centrales à gaz et à charbon par des centrales éoliennes et solaires s'est accompagné du retrait de grands groupes électrogènes, qui auraient pu compenser les intermittences plus courtes et les baisses de fréquence du réseau.
Pour preuve, il suffit de prendre l'exemple de la France voisine. Grâce à son parc de 57 réacteurs nucléaires, le réseau français présentait une inertie de rotation suffisamment élevée pour le stabiliser et stopper la propagation d'un effondrement en cascade amorcé en Espagne. Pourtant, il a failli y passer, et si la France avait chuté comme l'Espagne et le Portugal, l'ensemble du continent européen aurait pu sombrer dans le noir en quelques minutes..
La récente panne d'électricité dans la péninsule ibérique nous a montré autre chose, au-delà de l'importance de la stabilité. Elle a mis en évidence les deux talons d'Achille de tout système complexe exploité par l'homme : le couplage étroit et les limites de la compréhension humaine. L'ajout d'un grand nombre d'« énergies renouvelables » à un réseau électrique ancien, conçu pour fonctionner avec des générateurs à courant alternatif, a accru la complexité – et donc la vulnérabilité – au-delà de l'entendement humain.
Les ingénieurs chargés de maintenir la stabilité du réseau ont dû intervenir de plus en plus souvent, en réduisant ou en réorientant la production éolienne et solaire excédentaire et en allumant les centrales à gaz en prévision des intempéries. Or, la météo est notoirement difficile à prévoir, surtout dans un contexte climatique en rapide évolution, ce qui oblige les opérateurs à mettre en place des mesures d'urgence souvent en quelques minutes, voire en quelques secondes.
Tout cela alors que l'inertie (et donc la tranquillité d'esprit) des générateurs à courant alternatif a été supprimée pour laisser la place à l'ajout d'un nouveau lot d'énergie éolienne et solaire… Ces dernières, en revanche, sont susceptibles de provoquer un effondrement en cascade en quelques secondes en cas de léger problème, en raison de leur nature étroitement couplée. Et vous pensiez que le travail des contrôleurs aériens était stressant...
Sans un couplage aussi étroit et la suppression des réserves tournantes, l'augmentation soudaine du nombre de dispositifs de production d'électricité constituerait un véritable casse-tête. L'ajout d'équipements individuels (panneaux solaires, turbines, batteries à l'échelle du réseau, transformateurs, lignes à haute tension, etc.) est non seulement coûteux, mais accroît également la complexité.
Si plus d'une infime partie de ces milliards d'équipements tombait en panne simultanément, un effondrement en cascade du réseau, se propageant à l'ensemble du continent, serait très difficile à éviter. Pourtant, les services publics continuent d'ajouter des équipements de sécurité et autres au réseau pour faire de la place à davantage d'énergie éolienne et solaire, alors même que certains composants du réseau ont plus d'un demi-siècle, créant ainsi un monstre Frankenstein d'une immense complexité (4).
Et cela nous ramène aux limites de la compréhension humaine. Devons-nous alors faire confiance à l'IA pour superviser le réseau à notre place… ? Eh bien, quelle vulnérabilité à l'ère des hackers ? Sans parler des inquiétudes liées à l'émergence d'une intelligence artificielle généralisée… Ou que dire de cette bonne vieille hallucination de l'IA, lorsque la machine « pense » qu'il vaut mieux fermer une ville pour éviter un effondrement du réseau, alors qu'en réalité elle a simplement mal interprété des données non pertinentes ?
Vous commencez à comprendre ce que je veux dire : tenter de résoudre les problèmes découlant d'une augmentation exponentielle de la complexité en ajoutant une couche supplémentaire (l'IA) revient à s'attirer encore plus de problèmes. Un effondrement total du réseau à l'échelle du continent, entraînant chaos et anarchie, est-il alors inévitable ?
Eh bien, oui et non. Notre tendance stupide à ajouter plus de complexité alors qu'il serait préférable d'en réduire la complexité entraînera presque certainement une panne majeure dans un avenir proche. Peut-être pas cette année, peut-être même pas dans cette décennie. D’un autre côté, je ne m’attends pas non plus à un crash civilisationnel : il y a encore beaucoup de gens hautement qualifiés qui travaillent à maintenir un réseau stable et à restaurer sa fonctionnalité en quelques jours au pire.
Ce qui devrait nous faire réfléchir, ainsi que nos aînés et nos supérieurs avisés, c'est la question de savoir comment adopter un approvisionnement en électricité de moins en moins fiable et abordable. Tout cela, bien sûr, en parallèle avec un long déclin de la production mondiale de pétrole… Si le pétrole n'est plus directement brûlé dans les centrales électriques, son homologue, le gaz naturel, l'est toujours. Et comme la majeure partie du gaz remonte à la surface sous forme de gaz associé (c'est-à-dire avec le pétrole), la fermeture des puits de pétrole due à leur épuisement (5) et à une perte de rentabilité peut entraîner un déclin similaire de la production de gaz naturel.
Le charbon étant en voie d'élimination progressive en Europe et en Amérique en raison de ses coûts d'extraction toujours plus élevés (en fin de compte, en raison de l'épuisement de réserves abondantes et faciles à obtenir), une hausse des prix du gaz naturel se traduira très probablement par une hausse des factures d'électricité (6). Ceci, en revanche, conduirait de plus en plus de personnes à se déconnecter elles-mêmes (faute de moyens pour payer l'électricité), alourdissant ainsi le fardeau des coûts de maintenance pour une clientèle toujours plus restreinte. Une recette gagnante ? Difficile à dire. Un déclin lent mais accéléré ? D'autant plus.
Nous nous dirigeons vers un monde post-électrique, où les réseaux nationaux deviendront progressivement inabordables et seront donc fragmentés en réseaux locaux de plus en plus petits. Faute de fonds suffisants, certaines zones seront privées d'électricité pendant des mois, tandis que les quartiers aisés bénéficieront d'un approvisionnement ininterrompu pendant de nombreuses décennies.
L'électricité sera de plus en plus intermittente pour la plupart d'entre nous en Occident : d'abord ponctuellement, puis de plus en plus fréquemment, à mesure que nos économies continueront de se détériorer au cours des prochaines décennies. Les usines occidentales auront du mal à maintenir leur activité et leur rentabilité dans de telles conditions, ce qui entraînera une ultime vague de délocalisations vers des pays où l'approvisionnement en électricité est encore plus ou moins stable. Au lieu d'une panne d'électricité massive transformant nos villes en scènes d'apocalypse zombie, un long déclin lent et intermittent semble bien plus plausible.
À bientôt !
B
Notes : (1) L’augmentation de la complexité sociale nécessite de l’énergie et des ressources. Le fonctionnaire qui ne produisait plus de nourriture devait néanmoins être nourri, tout comme les soldats d’une armée en constante expansion, les administrateurs locaux, les collecteurs d’impôts et les autres. De telles sociétés ne pouvaient se complexifier que dans la mesure où leur système de production alimentaire le permettait. D’où la nécessité d’une expansion territoriale et de la nécessité de recruter davantage de travailleurs pour produire des surplus alimentaires et des biens échangeables. La complexité est donc fonction du surplus d’énergie : la part restante après que les producteurs d’énergie (agriculture, puits de pétrole, mines, etc.) ont reçu leur part. Si le coût de l’énergie augmente, le surplus d’énergie diminue, laissant les sociétés complexes face à un dilemme : simplifier volontairement ou faire faillite.
Inutile de préciser que la plupart choisissent la deuxième option.
(2) L'embargo pétrolier arabe n'était que la cerise sur le gâteau. La véritable raison résidait dans la géologie : comme l'avait prédit avec justesse le géologue pétrolier M. King Hubbert, la production pétrolière a atteint un pic puis a commencé à décliner en 1970 dans le plus grand producteur mondial de pétrole de l'époque, les États-Unis.
(3) Le besoin d'ingénieurs hautement qualifiés et de main-d'œuvre qualifiée pour exploiter les réacteurs nucléaires devrait susciter des inquiétudes quant au déploiement d'un grand nombre de petits réacteurs modulaires (si tant est qu'ils soient disponibles sur le marché).
(4) La Chine, quant à elle, continue d'étendre son parc de centrales au charbon pour compenser l'arrivée massive d'« énergies renouvelables ». Son réseau étant beaucoup plus récent et les extensions ayant été planifiées dans une optique d'intermittence, la stabilité (si je comprends bien) n'est pas encore un problème dans ce pays. Cela ne signifie pas qu'ils n'atteindront jamais des niveaux de complexité inimaginables, ni que leur réseau ne subira pas le même sort. Ils n'ont qu'un retard de quelques décennies à un demi-siècle sur l'Occident.
(5) L'épuisement des ressources ne signifie pas que nous manquons de ressources, mais que nous manquons de la partie abordable de ces ressources. À mesure que le pétrole, facile à obtenir, cède la place à un pétrole de plus en plus difficile à obtenir, l'énergie nécessaire pour transporter et livrer les carburants liquides aux marchés continuera d'augmenter, finissant par cannibaliser toutes les autres sources d'énergie, y compris l'électricité. Alors que la production pétrolière peine à stagner et commence à décliner, la demande d'électricité augmentera également, alors même que le réseau électrique qui l'alimente devient de plus en plus fragile et coûteux à entretenir.
(6) Même si nous parvenions à trouver les milliers de milliards de dollars nécessaires à une refonte complète du réseau, le prix du kilowattheure d'électricité continuerait d'augmenter. L'ajout d'un milliard d'équipements (panneaux solaires, turbines, batteries de réseau, transformateurs, lignes à haute tension, etc.) engendrerait un passif considérable, car chacun de ces appareils devrait être remplacé à intervalles réguliers (dix à vingt ans). La « refonte » du réseau ne serait donc pas un événement ponctuel, mais une activité continue, jusqu'à ce que nous soyons à court de cuivre abordable et d'autres matériaux essentiels.
Quand comprendrons-nous qu'il n'existe ni croissance infinie ni équilibre stable pour une civilisation déterminée à épuiser ses ressources ?
https://thehonestsorcerer.medium.com/the-two-achilles-heels-of-complex-systems-d120fb998c51
Tainter, dans son livre, a souligné que les nations insulaires sont extrêmement vulnérables à l'effondrement. Nous voyons que le Sri Lanka, Madagascar, Cuba et Haïti sont les plus faibles et ils tombent les premiers.
La prochaine étape dans ma pensée sera celle des Caraïbes...suivront les autres îles : Royaume-Uni, Australie, Nouvelle-Zélande...
(commentaire internaute)
Polycrise ? Quelle polycrise ?
Le concept de "polycrise" est de plus en plus utilisé pour désigner l'accumulation des crises auxquelles les sociétés humaines sont confrontées, et qu'elles s'efforcent de plus en plus de traiter et ne parviennent pas à résoudre. Pourtant, ce concept ne tient pas compte du fait qu'il pourrait y avoir une logique historique inhérente à l'accumulation et à la conjonction de ces crises à ce moment précis, ainsi qu'au fait que tout ce que nous faisons pour y remédier semble échouer.
(Il s'agit d'un extrait, légèrement adapté, d'un essai plus long intitulé "War and Peace in the Crisis of Complexity" (Guerre et paix dans la crise de la complexité), que vous pouvez trouver ici).
Les sociétés humaines du monde entier sont confrontées à un nombre et à un éventail croissants de problèmes et de crises difficiles et complexes, qu'elles s'efforcent de plus en plus d'aborder et ne parviennent pas à résoudre, et qui érodent lentement mais sûrement leur capacité à fonctionner efficacement et sapent leur capacité à coexister pacifiquement.
Un terme parfois utilisé pour décrire cette situation est celui de "polycrise", qui a été débattu dans des cercles universitaires et intellectuels marginaux pendant un certain temps, mais qui s'infiltre maintenant dans le courant dominant, même si c'est dans un sens quelque peu restrictif. Ce terme exprime l'essence d'une accumulation de crises qui ne cessent de se présenter à nous, qui semblent souvent n'avoir aucun rapport entre elles au départ, mais qui s'empilent et s'alimentent les unes les autres, au point de dépasser notre capacité à y faire face et à y répondre.
Toutefois, le concept de polycrise ne tient pas compte du fait qu'il pourrait y avoir une logique historique inhérente à l'accumulation et à la conjonction de ces crises et problèmes à ce moment précis, ainsi qu'au fait que tout ce que nous faisons pour y remédier ne fonctionne pas. Ces crises et ces problèmes ne s'empilent pas les uns sur les autres par coïncidence, par malchance ou en raison de l'incompétence pure et simple des élites dirigeantes, et une meilleure caractérisation de notre situation est donc probablement nécessaire.
Il y a quelques années, j'ai proposé un concept et un cadre possibles pour caractériser et comprendre le moment historique que nous vivons, que j'ai appelé "crise de la complexité" et qui, selon moi, offre un moyen utile d'examiner les causes, la dynamique et les conséquences probables de nos problèmes croissants et de plus en plus insolubles. Ce concept s'appuie sur les travaux de l'anthropologue et historien américain Joseph Tainter, et plus particulièrement sur son ouvrage fondamental intitulé "The Collapse of Complex Societies" (Cambridge University Press, 1988).
Complexification et simplification
En étudiant comment et pourquoi les sociétés ou civilisations complexes ont connu des hauts et des bas dans l'histoire de l'humanité, Joseph Tainter a mis au jour un schéma qui est tout à fait pertinent pour notre situation actuelle, mais qui reste largement ignoré ou incompris.
Les sociétés humaines, a-t-il montré, peuvent historiquement être conçues comme des organisations de résolution de problèmes. Elles sont inévitablement confrontées à un flot ininterrompu de problèmes sociaux, économiques et politiques, qu'elles résolvent en développant de nouvelles activités, de nouvelles technologies, de nouvelles institutions, de nouveaux rôles sociaux, de nouvelles formes de divertissement et de loisirs, en ajoutant davantage de spécialistes ou de niveaux bureaucratiques aux institutions existantes, en ajoutant des couches organisationnelles ou en renforçant la réglementation, ou encore en recueillant et en traitant davantage d'informations ou de nouveaux types d'informations. Ces solutions tendent à leur tour à créer une complexité sociopolitique, organisationnelle et technique toujours plus grande. En général, cette complexité croissante n'est pas intentionnelle, mais elle est le résultat inévitable des tentatives réussies des sociétés pour résoudre les problèmes auxquels elles sont confrontées - et elle constitue donc une mesure de leur capacité à "progresser". En fait, les solutions que les sociétés trouvent à leurs problèmes et qu'elles mettent en œuvre, ainsi que les actions et les comportements que ces solutions impliquent ou génèrent, entraînent inexorablement des conséquences imprévues et largement imprévisibles et finissent par accroître la complexité sociopolitique globale, tout en créant des problèmes nouveaux et plus complexes. Au fur et à mesure que la complexité des sociétés augmente, les problèmes auxquels elles doivent faire face deviennent plus difficiles à résoudre, ce qui nécessite un investissement croissant dans la résolution des problèmes et, partant, une complexité sociopolitique accrue.
À un moment donné, cependant, l'investissement dans la complexité sociopolitique atteint généralement un point de rendement décroissant, ce qui signifie que les bénéfices marginaux (c'est-à-dire les problèmes résolus) d'une complexité supplémentaire commencent à diminuer, entraînant une réduction de la capacité à résoudre les nouveaux problèmes qui découlent de cette complexité supplémentaire et à faire face à ses conséquences. Ces rendements peuvent même devenir négatifs, les sociétés n'étant alors plus capables de maintenir le niveau de complexité sociopolitique qu'elles ont atteint. En règle générale, elles ont alors tendance à connaître une perte soudaine et rapide de complexité, autrement appelée "effondrement". Selon Tainter, ce mouvement dialectique de complexification puis de simplification est à la base de l'essor et de l'effondrement des sociétés humaines et constitue donc la dynamique déterminante de l'histoire de l'humanité.
Si Tainter a raison, et il fournit de nombreux exemples de la façon dont ce mouvement s'est déroulé au cours de l'histoire, il est probable que les sociétés industrielles dans lesquelles nous vivons actuellement soient également impliquées dans cette "dynamique tainterienne". Depuis leur apparition, les sociétés industrielles modernes n'ont cessé de se complexifier, au point de devenir, de loin, les sociétés humaines les plus complexes qui aient jamais existé. Elles continuent à se complexifier, année après année, de multiples façons, mais elles sont prêtes à se heurter à un moment donné, comme les sociétés qui les ont précédées, aux rendements décroissants de la complexité.
La "spirale énergie-complexité"
Selon Tainter, la principale raison pour laquelle les sociétés industrielles ont pu se développer et se complexifier à ce point est leur capacité à accéder à des réserves toujours plus importantes d'énergie abordable. La disponibilité d'une énergie abondante, peu coûteuse et de haute qualité sous la forme de combustibles fossiles a en effet joué un rôle déterminant dans le développement de la capacité des sociétés industrielles à intégrer une complexité croissante dans leurs systèmes économiques, techniques, politiques et sociaux. Les combustibles fossiles ont fourni aux sociétés humaines des quantités sans précédent d'"énergie excédentaire" (c'est-à-dire de l'énergie utilisable en plus de l'énergie consommée dans le processus d'extraction, de transformation, de transport et d'acheminement de l'énergie), ce qui a permis d'accroître la complexité sociopolitique et, partant, de résoudre certains problèmes de société, ce qui a engendré une complexité supplémentaire, laquelle a nécessité une nouvelle augmentation de la production d'énergie et d'autres ressources pour répondre à la demande et résoudre les nouveaux problèmes dont les sociétés avaient besoin ou qu'elles souhaitaient résoudre. C'est ce que Tainter appelle la "spirale énergie-complexité" (Tainter et Patzek, 2011), par laquelle la complexité sociopolitique et la disponibilité de l'énergie s'alimentent mutuellement et se développent ensemble, dans un système de rétroaction positive.
L'humanité vit dans cette spirale énergie-complexité depuis plus de deux siècles, et elle l'a plutôt bien servie pendant la majeure partie de cette période, en alimentant une croissance sans précédent des populations et des niveaux de vie matériels dans de nombreuses régions du monde. Cependant, les sources d'énergie qui ont soutenu cette croissance, ainsi que les autres ressources naturelles qu'elles ont permis d'utiliser, sont sujettes à l'épuisement, ce qui, au fil du temps, exerce inévitablement une pression et des contraintes croissantes sur la quantité et la qualité de l'énergie et des ressources qui peuvent être mises à la disposition des sociétés, et augmente le coût et la difficulté de cette mise à disposition. En outre, l'utilisation à grande échelle de l'énergie fossile provoque, directement et indirectement, des dommages environnementaux massifs, y compris, mais sans s'y limiter, le changement climatique, qui s'aggravent avec le temps et rendent cette utilisation de plus en plus coûteuse et risquée. Par conséquent, la "spirale de la complexité énergétique" basée sur les combustibles fossiles, qui sous-tend l'existence même des sociétés industrielles, est inévitablement sur le point de cesser de nous soutenir comme elle le fait depuis plus de 200 ans. Il se pourrait même que cette spirale ascendante se transforme en spirale descendante, nous faisant chuter au fur et à mesure que les surplus d'énergie fossile se raréfient.
L'innovation technique qui augmente la productivité de l'extraction et de l'utilisation de l'énergie et des ressources peut ralentir cette évolution, mais les recherches de Tainter montrent que l'innovation dans les pays industrialisés est également sujette à des rendements décroissants et tend à devenir plus coûteuse et moins productive avec le temps, ce qui signifie qu'elle ne peut contrer les effets de l'épuisement que pendant un certain temps, et seulement en partie.
Pour que les sociétés modernes puissent continuer à bénéficier du surplus croissant d'énergie dont elles ont besoin pour résoudre leurs problèmes, il faudrait passer des combustibles fossiles à des sources d'énergie alternatives, plus qualitatives et plus productives. C'est précisément ce sur quoi nous fondons nos espoirs aujourd'hui, en planifiant la transition des sociétés industrielles, en quelques décennies seulement, vers des sources d'énergie renouvelables (solaire et éolienne principalement) qui nous permettront d'atténuer le changement climatique tout en continuant à croître et à résoudre nos autres problèmes sociétaux (c'est-à-dire à nous complexifier), comme nous le faisons depuis deux siècles. Nous élaborons ces plans parce que nous nous sommes tellement habitués à vivre avec une énergie abondante et bon marché que nous percevons maintenant l'accès à l'énergie excédentaire comme une situation "normale", presque un acquis, et que nous pensons avoir la capacité de décider d'où nous tirons cette énergie excédentaire.
La réalité, cependant, est que notre transition vers l'abandon de l'énergie fossile n'est pas en train de se produire, du moins pas encore. Les combustibles fossiles représentent encore environ 80 % de la consommation finale d'énergie dans le monde, une part qui n'a guère évolué au cours des dernières décennies. Les énergies renouvelables modernes (solaire et éolienne) connaissent une croissance rapide depuis plusieurs années, mais elles n'existent jusqu'à présent que comme une extension - ou un ajout - aux fondations de la civilisation techno-industrielle basées sur l'énergie fossile. La raison pour laquelle nous n'abandonnons pas les combustibles fossiles est moins liée à un manque de volonté politique ou aux effets néfastes d'intérêts particuliers, comme nous l'entendons souvent, qu'à la qualité énergétique et à la productivité insuffisantes des énergies renouvelables. Sur tous les aspects qui déterminent ou influencent la qualité et la productivité énergétiques (densité d'énergie, densité de puissance, fongibilité, stockabilité, transportabilité, disponibilité immédiate, commodité et polyvalence d'utilisation, convertibilité, etc. ), l'énergie solaire et l'énergie éolienne sont en fait nettement "inférieures" aux combustibles fossiles. L'examen biophysique ainsi que les preuves empiriques recueillies jusqu'à présent montrent que la capture des flux d'énergie diffus et intermittents et leur conversion en électricité par des dispositifs artificiels est, par nature, un substitut imparfait à l'extraction et à la combustion de l'énergie concentrée enfermée dans le charbon, le pétrole et le gaz, et qu'elle pourrait donc ne pas être en mesure de fournir les mêmes services et la même valeur à la société ou ne pas le faire à la même échelle. Malheureusement, aucune "innovation" ne semble pouvoir changer fondamentalement cette situation.
Vivre à la fin d'une brève anomalie
En fait, la disponibilité d'énergie excédentaire à l'échelle dont nous avons bénéficié au cours des deux derniers siècles et que nous avons fini par considérer comme un fait acquis est tout sauf cela. Il s'agit d'un événement unique dans l'histoire de l'humanité, et les conditions que nous avons connues en conséquence sont très inhabituelles, une anomalie historique, presque une aberration. Des signes de plus en plus nombreux indiquent que cette aberration pourrait être en train de se terminer, en raison des impacts et des conséquences inéluctables et croissants de l'épuisement des combustibles fossiles, et de l'absence d'alternatives qui pourraient réellement les remplacer et maintenir la spirale de notre complexité énergétique en marche.
Il se pourrait donc que nous ayons atteint le point, identifié par Joseph Tainter, où la méthode habituelle de nos sociétés pour résoudre les problèmes auxquels elles sont confrontées - c'est-à-dire investir dans la complexité sociopolitique, organisationnelle et technique - est sapée et rendue inefficace par l'effondrement progressif de la spirale énergie-complexité qui nous a soutenus pendant 200 ans, et qui produit donc des rendements marginaux décroissants. Cela expliquerait pourquoi nous semblons de plus en plus engloutis dans une "polycrise", c'est-à-dire une accumulation de problèmes et de crises que nous ne parvenons pas à aborder et à résoudre, ni même, dans de nombreux cas, à comprendre pleinement. Comme nous sommes largement aveugles aux fondements énergétiques de notre civilisation industrielle et ignorants de la spirale énergie-complexité, notre réaction face à ces problèmes qui nous assaillent est toujours d'essayer de les résoudre en ajoutant couche après couche de complexité organisationnelle et technique, alors que le coût de cette démarche ne cesse de croître tandis que le rendement obtenu (c'est-à-dire le nombre de problèmes résolus ou la mesure dans laquelle les problèmes sont résolus) diminue irrémédiablement. Et nous ne savons toujours pas pourquoi ce que nous faisons ne semble plus fonctionner et pourquoi les principaux facteurs de stress sociétaux continuent de s'accumuler et de s'aggraver dans tous les domaines.
En d'autres termes, nous vivons une "crise de la complexité".
Il se pourrait même que nous approchions du moment où les rendements marginaux de nos investissements dans la complexité deviennent négatifs, c'est-à-dire qu'ils créent des problèmes plus nombreux et plus graves que ceux qu'ils résolvent. Lorsque cela se produira, nos sociétés deviendront incapables de maintenir le niveau de complexité qu'elles ont atteint, et nous serons projetés dans un nouveau moment historique où nous sortirons de la "crise de la complexité" pour entrer dans ce que le penseur systémique américain Nate Hagens appelle la "grande simplification". En principe, ce changement devrait se produire lorsque la spirale énergie-complexité identifiée par Joseph Tainter se transformera d'une spirale ascendante en une spirale descendante, ou du moins c'est ce que cela indiquerait. Il n'existe cependant aucun moyen de savoir précisément quand cela se produit, et nous ne pourrons donc prendre conscience de ce changement que rétrospectivement et par le biais d'une série de symptômes.
Toutefois, certains signes indiquent que nous prenons actuellement, dans un certain nombre de domaines, des décisions de résolution de problèmes (c'est-à-dire des investissements dans la complexité) qui sont susceptibles de créer des problèmes plus nombreux et plus graves que ceux qu'elles sont censées résoudre. C'est le cas, par exemple, dans le domaine de l'énergie, où nos investissements croissants dans les technologies énergétiques "propres" augmentent le coût global et la complexité de nos systèmes énergétiques sans, jusqu'à présent, modifier la trajectoire de nos émissions de gaz à effet de serre et de la dégradation de l'environnement. C'est également le cas dans le domaine financier, où l'exercice de dissimulation perpétuelle de la faillite auquel se livrent les plus grandes banques centrales du monde depuis la grande crise financière atteint aujourd'hui rapidement ses limites et échoue de plus en plus à contenir le stress financier croissant. C'est encore plus vrai dans le domaine technologique, où nous sommes engagés dans une course effrénée vers le développement de l'intelligence artificielle générale, qui semble à la fois inarrêtable et incontrôlable. Il est impossible de prévoir jusqu'où ira l'essor de l'IA et quelles seront ses conséquences, mais ce dont nous pouvons être à peu près sûrs, c'est qu'elle générera très probablement des problèmes plus nombreux, plus importants et plus complexes que ceux qu'elle résoudra.
La complexification finale conduit à une conflictualité croissante
L'une des principales conséquences de notre "crise de la complexité" est qu'en érodant la capacité des sociétés industrielles à résoudre les problèmes auxquels elles sont confrontées, elle conduit inévitablement à une augmentation de la conflictualité, à la fois au sein de ces sociétés et entre elles.
Au sein des sociétés, l'incapacité croissante des systèmes politiques établis à résoudre les problèmes sociétaux les plus importants et les plus urgents se traduit par un processus de "défaillance sophistiquée de l'État" et conduit, dans certains cas, à une augmentation des troubles civils et de la violence politique. Cette évolution est particulièrement perceptible dans les démocraties libérales, car la stabilité et la durabilité des régimes démocratiques reposent précisément sur leur capacité supposée à servir de médiateur et d'arbitre pacifique entre des intérêts ou des valeurs conflictuels ou opposés. À mesure que la "crise de la complexité" progresse et les submerge, les démocraties perdent progressivement cette capacité et tombent dans une polarisation extrême. Dans certains cas, elles tendent alors à dégénérer en une forme d'oligarchie ou à dériver vers l'illibéralisme, voire vers un "autoritarisme doux".
Dans les démocraties occidentales, la polarisation et la conflictualité croissantes tendent à se développer autour de questions telles que la gouvernance politique (c'est-à-dire la centralisation contre la décentralisation dans la prise de décision), l'équilibre économique du pouvoir (c'est-à-dire le localisme contre le mondialisme dans la production et la distribution des richesses) et l'évolution socioculturelle (c'est-à-dire la diversité et l'inclusion obligatoire contre l'homogénéité et la cohésion ontologique). Sur ces différents aspects, les sociétés démocratiques luttent de plus en plus pour maintenir le niveau de complexité qu'elles ont développé et sont soumises à de fortes forces qui les tirent vers un niveau de complexité inférieur (économies plus localisées, gouvernance plus nationaliste, sociétés plus homogènes, etc.)
Les régimes autocratiques, quant à eux, n'ont pas la prétention d'assurer la médiation et l'arbitrage entre des intérêts ou des valeurs conflictuels ou opposés de manière pacifique et par le biais du consentement populaire - ils le font de manière autoritaire et par la coercition. Leur incapacité croissante à résoudre les problèmes sociétaux est donc moins visible que celle des démocraties libérales, mais elle n'en est pas moins lourde de conséquences. Cela se traduit généralement par un nouveau durcissement de l'autoritarisme, visant à supprimer non seulement l'expression publique de la dissidence, mais aussi son émergence même. La Russie et la Chine en sont des exemples.
La "crise de la complexité" entraîne également une augmentation de la conflictualité entre les sociétés, car l'effondrement progressif de la spirale énergie-complexité sape la capacité des nations du monde entier à trouver des moyens pacifiques de médiation et d'arbitrage entre leurs intérêts conflictuels ou opposés. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le monde, et en particulier le monde occidental, a connu une période de stabilité croissante et de diminution de la conflictualité, qui a débuté pendant la guerre froide et s'est poursuivie par la suite, avec un déclin marqué des guerres interétatiques et intra-étatiques.
Cette "longue paix", comme on l'appelle parfois, est généralement considérée comme le résultat du progrès économique, attribué à la mondialisation et au commerce international, ainsi qu'à la propagation de la démocratie et à l'effet dissuasif des armes nucléaires. Pourtant, elle résulte probablement, plus fondamentalement, de la "grande accélération" du monde dans la spirale de la complexité énergétique au cours des années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. Cette accélération a été rendue possible par l'entrée de plain-pied dans l'ère du pétrole. Le pétrole, le plus puissant et le plus polyvalent des combustibles fossiles, a supplanté le charbon en tant que source d'énergie dominante peu après la Seconde Guerre mondiale et a fourni à l'humanité un surplus d'énergie bien plus important qu'auparavant. Ce faisant, il a donné un coup de fouet à la croissance démographique et économique et a apporté une prospérité matérielle et une stabilité sociale sans précédent à de nombreuses régions du monde, tout en permettant aux nations de régler plus facilement leurs différends et de coexister plus ou moins pacifiquement en dépit de leurs divergences de vues, de valeurs et d'intérêts. En d'autres termes, le pétrole a jeté les bases d'une longue période, historiquement exceptionnelle, de stabilité croissante et de diminution de la conflictualité, ce qui semble paradoxal pour une ressource communément perçue comme la cause de la plupart des guerres modernes.
Cependant, l'épuisement progressif et inéluctable des réserves pétrolières mondiales modifie déjà ce tableau depuis un certain temps. Cet épuisement est le facteur clé de la spirale énergie-complexité et est, fondamentalement, à l'origine de l'accumulation sans fin de problèmes que nos sociétés sont de plus en plus incapables de résoudre. La diminution de la capacité à résoudre les problèmes signifie également la diminution de la capacité à trouver des moyens de coexister pacifiquement, entre les différents groupes qui constituent les sociétés modernes, ainsi qu'entre les sociétés ou les nations elles-mêmes.
La guerre dans la "crise de la complexité" - couper les nœuds gordiens
À mesure que la spirale énergie-complexité continue de s'effondrer, les conditions d'une coexistence pacifique entre des nations aux intérêts opposés disparaissent, et la conflictualité internationale augmente inévitablement, conduisant dans certains cas à la guerre. Il convient de rappeler que la guerre est "la continuation de la politique par d'autres moyens", selon les termes du général et théoricien militaire prussien Carl von Clausewitz (1780-1831), ce qui signifie qu'il s'agit d'un "mécanisme de résolution des problèmes" qui est généralement utilisé lorsque d'autres mécanismes de résolution des problèmes échouent ou ne sont plus disponibles. À mesure que la "crise de la complexité" réduit la disponibilité et l'efficacité des autres mécanismes de résolution des problèmes, la probabilité d'une guerre pour résoudre les problèmes persistants augmente.
Cette conflictualité internationale croissante se concentre inévitablement et avant tout sur les principaux points de friction géopolitiques, où les intérêts vitaux des acteurs géopolitiques clés se heurtent, et qui constituent des "nœuds gordiens" de l'échiquier géopolitique, c'est-à-dire des problèmes insolubles qui sont ou sont devenus insolubles sans le recours à la violence. L'Ukraine est et a longtemps été un tel nœud gordien géopolitique, l'un des principaux au monde d'ailleurs, et où un conflit armé était déjà en cours avant l'invasion de la Russie en 2022. La "crise de la complexité" ayant érodé à la fois la capacité des parties opposées à vivre avec ce problème insoluble et la disponibilité et l'efficacité des mécanismes de résolution non violente des problèmes, l'éclatement d'une guerre à grande échelle en Ukraine était une évolution logique et était à prévoir - d'une manière ou d'une autre, ce nœud gordien qui ne peut être dénoué doit être tranché.
La guerre en Ukraine est donc une conséquence non surprenante de la "crise de la complexité" et, dans une certaine mesure, elle était même prévisible. Mais elle est aussi un amplificateur de cette crise, car elle l'approfondit et accélère sa marche vers le stade où elle déclenchera le début de la prochaine phase historique qui nous attend, la "Grande Simplification".
Paul Arbair
Paul Arbair est le nom de plume d'un consultant en affaires et en politiques qui a près de 20 ans d'expérience dans le domaine du conseil en gestion et en politiques, principalement auprès des institutions européennes.
Pourquoi l'économie mondiale repose entièrement sur Taïwan et TSMC...Les puces façonnent la géopolitique du futur: une crise et tout s'effondre....Un désastre économique majeur pour l'ensemble du monde, peut-être plus durable que la crise de 1929 et la Grande Dépression qui s'en est suivie, qui n'épargnerait absolument personne et pourrait coûter à l'économie globale la bagatelle de 2.400 milliards d'euros: voici ce que pourraient provoquer la tentative d'invasion
Produire beaucoup et pas cher avec de l'énergie pas cher et beaucoup de main-d’œuvre pas chère pour faire pas cher. Voilà, résumé en quelques mots, les fondements de notre système économique mondial....L’évolution des sociétés humaines va de pair avec la complexité des objets qu’elles utilisent car la complexité améliore l’efficacité mais jusqu’à un certain point étant donné la loi des rendements décroissants.
Votre agenda sera connecté et votre voiture saura que vous allez tel jour à tel ou tel rendez-vous. Vous rentrerez dedans et elle vous emmènera directement là où vous devez aller sans même que vous deviez donner une seule consigne. Toute la circulation sera connectée ; les feux tricolores, reliés à votre véhicule. Le piéton aura une veste intelligente qui communiquera sa présence, le cycliste probablement aussi. Nous allons respirer un oxygène numérique sans nous en rendre compte. C'est tout un système qui peut tomber comme un jeu de cartes si on n'en assure pas la sécurité à tous les étages
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Ransomware: Un internaute livre le remède contre Petya
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http://www.usinenouvelle.com/article/l-hydrolienne-de-sabella-attaquee-par-des-pirates.N384317
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Faut-il prendre l'effondrement au sérieux ?
Les scénarios d'avenir énergétiquement vertueux, qui nous proposent de changer de modèle énergétique pour des solutions plus durables à base de solaire, d'éolien, d'hydraulique, de géother...
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