la chronique des menteurs
Le chef de l’État et les partis, RN et LFI en tête, ont accumulé les promesses démagogiques ces derniers mois. La comédie va-t-elle se poursuivre en 2026 ?
On ne compte plus les contre-vérités qui ont été proférées par l’ensemble des dirigeants politiques ces derniers mois. Un festival, qui se clôt par la farce d’un porte-avions supposé nous protéger d’une guerre à haute intensité au cœur de l’Europe.
Pinocchio est le héros de l’année, laquelle a battu un record de déclarations fallacieuses et de promesses trompeuses. Sur tout l’échiquier politique, on trouve des irresponsables. Certains davantage que d’autres : les extrêmes sont des professionnels de la post-vérité. Mais dans le reste du spectre, ce n’est guère mieux, où l’on n’a cessé de faire prendre aux Français des vessies pour des lanternes.
À commencer par le Parti socialiste (PS), décidément pas converti à la culture de gouvernement, qui se félicite d’arracher des « victoires » qui sont autant de défaites pour le pays, rejoint par un Premier ministre qui qualifie de « budget de responsabilité » un projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) 2026 qui aggrave dangereusement dette et déficit, suivi par des parlementaires de droite et du centre obligés de justifier leur lâcheté par leur souci de la « stabilité ».
La comédie va continuer début 2026 avec la reprise de la discussion sur le Budget. La loi spéciale ne suffisant pas à nourrir son homme, on découvrira alors que ce qui était impossible hier le deviendra demain, par la grâce du Saint-Esprit sans doute tombé sur les élus lors de la messe de minuit.
On entendra encore des mensonges sur les vertus du « compromis », ou même sur celles du très honni article 49-3, roue de secours soudain bien utile pour une équipe embourbée.
Personne ne parle plus de réductions des dépenses. Le Père Noël passe tous les jours. La France pourrait s’en tirer sans faire les économies nécessaires. Encore une minute, monsieur le bourreau ! S’il y a des sacrifices à consentir, ce sera pour plus tard, après la prochaine présidentielle.
On souhaite bonne chance aux candidats qui présenteraient un programme de remise en ordre. Les marchands de sommeil veillent au grain : « Dormez tranquilles, braves gens » sera le mantra des démagogues de 2027. On les entend déjà, avec leurs solutions miracles.
Qui aura le courage de dire la vérité ? Dès qu’une occasion se présente, on ne trouve personne pour se dévouer. Brandt est en faillite ? Le chœur des hypocrites accuse les juges et les banques d’abandonner un fleuron insauvable. Le Mercosur provoque-t-il la colère des agriculteurs ? Nouveau chœur des pleureuses pour défendre nos très chers (dans tous les sens du terme) paysans, repoussant un accord bénéfique pour le plus grand nombre… Et ainsi de suite.
Certes, il est difficile de rappeler les dures réalités à des électeurs qui récompensent rarement l’honnêteté intellectuelle. Il n’est que voir la cote du Rassemblement national (RN), qui promet des lendemains qui chantent avec des recettes en toc et celle de La France insoumise (LFI) dont le tic est de viser l’argent magique des vilains riches.
Mais est-il vraiment impossible que les représentants de l’arc républicain se mettent d’accord sur une politique de redressement opérée depuis longtemps par tous nos voisins, qu’ils soient de gauche ou de droite ?
On préfère les mirages, là aussi dans tous les sens du terme. Emmanuel Macron ne manque pas à l’appel. Alors que nos finances sont exsangues, il vient d’annoncer, très martial, la construction d’un porte-avions de nouvelle génération.
Ce Pang, dont l’utilité sur mer est mise en doute en privé par de nombreux experts militaires à l’heure des conflits sur terre en Europe − hybrides et de haute intensité −, ne sera pas livré avant 2038 et coûte une fortune.
Le double des 10 milliards d’euros annoncés − car il faut aussi financer la flottille d’accompagnement − au moment où l’on constate l’extrême vulnérabilité des porte-avions aux drones et aux missiles balistiques hypersoniques − déjà mis au point par la Chine. N’est-ce pas cher payé pour le plaisir d’une communication cocorico sur un projet qui ne nous protège en rien des menaces à court et moyen terme ?
Petits et gros mensonges ont donc plus que jamais rythmé l’année 2025. Ils ont permis à Jordan Bardella de prospérer, à Sébastien Lecornu d’émerger, à Olivier Faure d’exister, à Emmanuel Macron de se perpétuer, mais aux Français de continuer à plonger.
Comment mettre fin à cette descente aux enfers due à la démagogie ? Pour protéger les citoyens contre la tentation des dirigeants de leur dire tous les mensonges qu’ils ont hélas envie d’entendre, il faudrait peut-être ajouter une nouvelle disposition au Code pénal : le délit d’atteinte à l’intérêt général. Une idée de mesure originale pour les programmes de 2027 ?
Sylvie Pierre Brossolette 26 12 25
C’est un phénomène observé régulièrement : il arrive que le menteur est tellement investi dans le mensonge qu’il a inventé, qu’il finit par y croire lui même...
Ce trouble compulsif et incontrôlable a un nom, la mythomanie, et comme l’explique le docteur Kierzek : la mythomanie se révèle par 3 points clés à retenir :
1) ce trouble compulsif du mensonge est sans but lucratif ou manipulation directe…
2) les mythomanes peuvent croire à leur propre récifs.
3) ce trouble n’est pas reconnu comme une pathologie autonome mais peut être soigné par une thérapie. lien
J’ai eu un ami, d’origine polonaise, qui souffrait d’un pareil trouble, et il m’avait affirmé qu’il était journaliste, qu’il réalisait des documentaires vidéo…
je ne l’ai jamais cru… et pourtant, un jour, il me téléphone : « je vais faire un reportage au Mont Blanc, pour le sauvetage d’un alpiniste bloqué dans la montagne, je t’emmène ? »…
Surprise : il m’attendait devant ma porte, au volant d’une grosse berline, avec tout l’équipement vidéo...m’assurant qu’il bossait pour une chaîne européenne à Genève...mais arrivant trop tard pour filmer l’évènement, je n’ai jamais eu la preuve qu’il était réellement journaliste, sauf qu’il avait apparement convaincu une chaîne TV de lui confier cette mission…
je l’ai revu un jour à Paris, il servait des bières sous un chapiteau géant, une sorte de fête de la bière…
St Just ne clamait-il pas : « Tout roi est un rebelle et un usurpateur ». ?
Prenons comme exemple celui du roi du Portugal, Sébastien 1er qui, disparaissant lors d’une bataille, en 1578, se vit réapparaître à 4 reprises, 4 imposteurs qui connaîtrons une fin tragique.
Et quid de ces faux ingénieurs qui se sont vus confier des chantiers d’autoroutes ?...ou de ces pseudos chirurgiens, comme Ferdinand Demara, qui ne fut démasqué qu’au bout de dizaines d’interventions ? lien
Ou de ce faux Napoléon, un certain père Hilarion, qui s’est fait passer pour l’empereur jusqu’en 1823...alors que celui-ci était bel et bien mort depuis 2 ans. Lien
Mais plus près de nous, on pourrait s’interroger sur ces grands élus, qui s’inventent des CV totalement bidonnés.
Notre nouveau 1er ministre est l’un d’eux.
En effet, Lecornu a assuré être titulaire d’un master en droit public, et il a finalement reconnu avoir « gonflé son CV », tout en plaidant « la bonne foi ». lien
la liste de ces tricheurs pourrait s’allonger quasi infiniment, mais à quoi bon ?
C’est l’occasion de se pencher sur le « cas Sarkösi », qui crie à l’injustice, faisant valoir que la note Moussa Koussa était un faux...sauf que le tribunal n’a pas été si catégorique, disant seulement que c’était « probablement un faux ».
Médiapart a donc repris son stylo, démontrant à l’évidence que ce n’était pas le cas, et que le document était cel et bien authentique.
Il s’agit bien d’un document officiel libyen, daté du 9 décembre 2006, signé de la main de Moussa Koussa, ex-chef des services secrets et ancien patron de la Mathaba, centrale des financements politiques dans les années 80.
Le document fait état d’un accord de principe en soutien de Sarkösi, en vue de la présidentielle de 2007 ; pour un montant de 50 millions d’euros...sauf que le document ne dit pas que ces fonds ont bien été versés, et affirme seulement « qu’un accord a été conclu pour déterminer le montant définitif et le mode de paiement ». lien
Fabrice Arfi ne dit pas autre chose, et met les points sur les « i ».
Interrogé par France Inter, il précise : « le jugement dit que des fonds ont été versés par les libyens pour financer la campagne (de Sarkozy) , la phrase de la présidente (probablement un faux ndlr) est incongrue juridiquement et déplacée factuellement. Nous avons été jugés dans cette affaire , (faux et usage de faux ndlr) en première instance, en appel, jusque devant la cour de cassation définitivement qui a dit que ce document n’était, ni un faux matériel, ni un faux intellectuel, sur la foi d’expertises scientifiques, graphologiques, et de témoignages y compris de hauts dignitaires français, de la diplomatie et du renseignement, mais surtout, factuellement, ce document est l’élément qui a permis de révéler la rencontre secrète à Tripoli entre Brice Hortefeux et du terroriste d’état Abdallah Sinoussi, qui est au cœur de la condamnation de Nicolas Sarkozy. Pour un faux document ça fait beaucoup de vrais conséquences.
Voilà, la messe est dite, et ce document qualifié de « probablement faux », est en réalité « authentiquement vrai ». lien
Et voilà qui coupe l’herbe sous les pieds de l’accusé qui se servait du « probablement » pour se fabriquer une identité vierge de tout soupçon, dénonçant une injustice flagrante, en montrant du doigt une justice soi-disant orientée,
Sarkösi tente donc de se poser en nouveau Dreyfus, et de faire croire que le problème, ce sont les juges et pas les faits.
Mais le pire, c’est qu’il est convaincu d’être innocent, alors qu’au fond de lui, il sait très bien qu’il est coupable.Il est juste un mythomane...
Comme dit mon vieil ami africain : « si tu vois une chèvre dans le repaire d’un lion, aie peur d’elle ».
lundi 29 septembre 2025
https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/croire-en-ses-mensonges-263527
Si on a plutôt l’habitude de scruter le langage non verbal de nos interlocuteurs afin de s’assurer de leur sincérité, il ne faut pas négliger le verbal. Des chercheurs sont parvenus à détecter la façon de parler qui est perçue comme la plus fiable. Ce qui s’avère in fine ressembler à un guide du parfait petit menteur.
Des chercheurs français, britanniques et chiliens se sont associés afin d’analyser la perception d’auditeurs aux différentes façons dont étaient prononcées des mêmes phrases.
L’étude, publiée dans la revue Nature, a rassemblé 120 volontaires. Ceux-ci ont écouté des centaines de mots, prononcés selon des tons, débits et hauteurs de voix différents. Ils ont ensuite dû dire s’ils percevaient ce qu’ils avaient entendu comme fiable ou comme non fiable.
Que les auditeurs parlent le français, l’anglais ou l’espagnol, ils ont perçu ces différentes façons de parler de la même manière. Il existe donc des prosodies (façons de parler) qui donnent confiance et d’autres qui, au contraire, suscitent de gros doutes quant à l’honnêteté de leur locuteur.
Pour convaincre, parlez vite
D’après les chercheurs, il existe trois critères qui font qu’on croit davantage aux paroles de quelqu’un :
- Une diction rapide.
- Une forte intensité au milieu du mot.
- Une voix qui redescend sur la fin.
À contrario, d’autres signes instillent le doute chez l’auditeur :
- Un débit plus lent.
- Une intensité moins marquée au début du mot.
- Une intonation croissante.
D’après les chercheurs, ces deux prosodies – l’une convaincante, l’autre beaucoup moins – sont liées au fait que l’on a tendance à croire que quelqu’un qui parle lentement est en train d’inventer une histoire, de mentir.
Les politiciens maîtrisent ces techniques à la perfection
Avant cette étude, de nombreux autres chercheurs s’étaient plutôt attelés à déceler les signes non verbaux propres aux menteurs. Mains moites, regard fuyant, rougeurs sur le visage font (en théorie) partie des atouts pour démasquer les mythomanes.
Mais à mesure que ces trucs et astuces sont devenus de plus en plus populaires, les meilleurs menteurs en ont tiré profit. Ils tentent d’éviter au maximum les signes non verbaux qui pourraient les trahir et adoptent les attitudes qui inspirent confiance.
Pour Louise Goupil, l’une des auteures de l’étude, les hommes politiques sont particulièrement doués pour donner à leur discours tous les atours de la vérité et de l’honnêteté. Leur langage non verbal correspond aux standards de confiance et leur prosodie fonctionne à merveille.
‘Certaines personnes sont vraiment douées pour manipuler leur voix afin de paraître dominantes, affirmatives ou plus confiantes. Les politiciens font cela souvent et après avoir fait ce travail, je le remarque maintenant beaucoup lorsque je les écoute’, a-t-elle confié au Times.
De moins en moins crédules
Les chercheurs ponctuent leur étude sur une note d’optimisme. Même si certains menteurs parviennent encore à passer entre les mailles du filet, les humains réussissent de mieux en mieux à faire la différence entre les locuteurs honnêtes et les malhonnêtes.
‘Nos résultats s’ajoutent à l’ensemble croissant de preuves suggérant que, contrairement à des décennies de recherche affirmant que les humains sont très crédules, des mécanismes spécialisés nous permettent en fait de détecter efficacement le manque de fiabilité de nos partenaires sociaux’, concluent-ils.
Le maire de Béziers, Robert Ménard, a remporté le Grand Prix du meilleur menteur en politique en 2016.
C'est pour ses mensonges successifs sur l'immigration - son thème de prédilection - qu'il a été distingué. En particulier lorsqu’il imagine qu’un festival réserve une zone aux femmes… à cause des migrants (ce qui était faux), ou lorsqu’il prétend que 75% de l’immigration actuelle vient du Maghreb et de Turquie (alors que la plupart des immigrés viennent d'Europe), lorsqu’il soutient que le regroupement familial représente 40% de l’immigration (toujours faux) , ou encore lorsqu’il imagine que les cours de turc et d’arabe remplacent les cours de français à l'école (faux également).
L'ex-Premier ministre Manuel Valls est son premier dauphin, pour son changement d'avis spectaculaire sur le 49-3 et les heures supplémentaires défiscalisées, lorsqu'il est devenu candidat à la primaire de la gauche.
Le prix spécial du jury a été décerné à Nicolas Sarkozy, Grand Prix 2015, pour l'ensemble de sa carrière: en prétendant à moult reprises qu’il n’a pas été mis en examen pour "financement illégal de campagne", en affirmant qu’il a "déjà été sanctionné par le Conseil constitutionnel" dans l’affaire Bygmalion, en évoquant - beaucoup - une réglementation européenne imaginaire sur les escabeaux, etc.
Le reste du palmarès
-Prix "Un Certain Regard", pour des mensonges particulièrement absurdes ou bizarres: Christian Estrosi, qui a prétendu avoir installé des portiques de sécurité gare Saint-Charles à Marseille, alors que c'est la SNCF qui l'a fait. Il avait aussi accumulé les affirmations fausses lors de son passage sur France Info, le 21 octobre.
-Prix "Jacques Dutronc" du plus beau retournement de veste: François Fillon pour sa volte-face sur la réforme de la Sécurité sociale.
-Prix du "Naufrage en politique": Maud Fontenoy, qui avait prétendu que 12 000 chercheurs français sont partis aux États-Unis, faute de pouvoir chercher en France des techniques non polluantes d’extraction du gaz de schiste.
-Prix du "Grand Remplacement": Jean-Pierre Chevènement pour avoir affirmé qu’il y a "135 nationalités à Saint-Denis, dont une (la française) qui a quasiment disparu".
-Prix du meilleur menteur politique à l’étranger: Donald Trump, pour l’ensemble de son œuvre.
-Prix du jeune espoir: Nicolas Bay et Florian Philippot (Front national) à égalité, pour ce prix qui récompense le meilleur menteur de moins de 45 ans.
Le prix du menteur en politique avait été créé en 2015, à l’initiative du politologue Thomas Guénolé. Outre ses vertus humoristiques, il vise à inciter la classe politique à moins mentir. Et les citoyens à vérifier leurs dires.
Le jury était présidé par le politologue Thomas Guénolé et était composé de huit journalistes : Mélissa Bounoua (Slate), Hélène Decommer (L’Express), Alexandre Devecchio (FigaroVox, le Figaro), Hugo Domenach (le Point), Antoine Krempf (Le Vrai du faux, France Info), Delphine Legouté (Marianne), Pauline Moullot (Désintox, Libération) et Estelle Schmitt (France Inter).
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