ergot de seigle gazette

Publié le par ottolilienthal

La chasse aux sorcières de Salem pourrait avoir été déclenchée par un champignon hallucinogène...

Selon une hypothèse formulée dans les années 1970, l'ergot du seigle, un champignon toxique aux effets proches du LSD, aurait provoqué hallucinations, convulsions et sensations de brûlure chez certaines jeunes filles.

Tout commence par des cris, des corps qui se tordent et se contorsionnent, certains rapportent des visions d'esprits maléfiques. Pour les puritains du Massachusetts de la fin du XVIIᵉ siècle, l'explication est simple: le Malin est à l'œuvre. Pourtant, derrière les crises d'Abigail Williams, de Betty Parris et d'autres jeunes filles de Salem, certains chercheurs ont proposé un autre coupable, tapi au cœur de leur alimentation: l'ergot du seigle, un champignon capable de transformer une banale miche de pain en dangereux space cake.

Lorsque le seigle est exposé à un printemps très humide –ce qui semble avoir été le cas en Nouvelle‑Angleterre à la veille des événements de 1692– le champignon Claviceps purpurea prolifère sur les épis. Ingéré, il libère des alcaloïdes dont la structure chimique est apparentée à celle du LSD, provoquant brûlures internes, convulsions, sensations de fourmillements, hallucinations et comportement erratique.

C'est en 1976 que la chercheuse Linnda Caporael publie pour la première fois cette hypothèse dans un article devenu célèbre, qui continue de faire débat parmi les historiens. Elle y souligne les similitudes entre les récits de possessions à Salem et les symptômes de l'ergotisme convulsif décrits en Europe.

Selon elle, des colons ignorant la toxicité de ces grains noircis auraient simplement utilisé une récolte contaminée pour leur pain quotidien. «L'un des premiers symptômes de l'ergotisme est ce que l'on appelait familièrement le “feu sacré”, une sensation de brûlure généralisée qui touchait souvent les plus jeunes», rappelle le mycologue Rabern Simmons (Université Purdue, aux États-Unis) dans Popular Mechanics.

Mais l'affaire est loin d'être tranchée. Si la thèse du champignon est séduisante, elle se heurte au scepticisme d'une partie des spécialistes. Comment expliquer que, dans une même famille, seuls certains enfants aient été affectés alors que tous consommaient le même pain? Pourquoi les crises semblaient‑elles se déclencher ou s'interrompre en fonction des audiences du tribunal, ce qui cadre mal avec un empoisonnement strictement physiologique? Pour beaucoup d'historiens, le facteur biologique ne suffit pas: le contexte social, religieux et politique joue un rôle central.

Entre paranoïa collective et vengeance sociale

Salem, à l'époque, est une communauté sous tension extrême: guerres avec les populations autochtones, hivers rudes, rivalités entre familles, querelles de territoires et ferveur religieuse étouffante, la région est une poudrière. Dans ce climat de peur diffuse, la moindre rumeur peut suffire à déclencher une crise. Les accusations de sorcellerie ne frappent d'ailleurs pas au hasard, elles visent fréquemment des femmes jugées difficiles, des veuves, des personnes marginales ou des voisins avec lesquels des conflits existaient déjà.

Plus troublant encore, certains témoignages contemporains laissent entrevoir une part de manipulation consciente. Lors du procès d'Elizabeth Proctor, une des jeunes accusatrices aurait reconnu qu'elle exagérait ses convulsions «pour s'amuser» ou pour suivre le mouvement –des déclarations tardives qui restent discutées, mais illustrent à quel point l'engrenage de la peur et du conformisme social pouvait emporter les individus. Une fois la machine lancée, contester les accusations revenait à risquer soi‑même d'être désigné comme allié de Satan.

C'est finalement le gouverneur William Phips qui met un terme aux procès, après que des rumeurs ont commencé à toucher des membres de sa propre famille et des personnalités en vue. En mai 1693, les prisons se vident, les commissions spéciales sont dissoutes et les exécutions cessent. Le bilan est lourd: 19 personnes pendues, au moins une morte sous la torture (Giles Corey, écrasé sous des pierres) et plusieurs décès en détention –soit une vingtaine de victimes au total, victimes d'une dérive punitive du clergé et de la justice.

Alors, pain aux champignons ou délire social? La réponse se situe probablement à la croisée des deux. L'ergot de seigle a possiblement pu jouer un rôle déclencheur, amplifiant certains symptômes physiques et rendant crédibles des récits de visions et de convulsions. Mais c'est bien l'humain –avec ses peurs, ses rancœurs, ses rivalités de voisinage et sa paranoïa religieuse– qui a alimenté la chasse aux sorcières.

Lucas Déprez-Rose –

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Le champignon à l'origine du LSD, présent dans le blé romand...

Alors qu'on le croyait pratiquement disparu, l'ergot du seigle a fait son grand retour cet été dans les champs de Suisse romande...

Dans les épis de blé, certains grains paraissent noirs, voire violets foncés. En réalité, il ne s'agit pas de grains, mais bien de sclérotes d'ergot, l'une des formes de l'ergot du seigle, un champignon potentiellement mortel à partir duquel a été synthétisé le LSD, il y a bientôt un siècle. Si les paysans romands avaient pratiquement oublié son existence, le champignon a fait cet été sa réapparition dans les champs de céréales.

Pour l'heure, difficile d'expliquer ce retour en force. Peut-être est-ce en lien avec les conditions météo particulières de ce printemps? Ce qui est certain en revanche, c'est que l'ergot du seigle présente un risque important pour la santé. Démence, hallucinations, troubles circulatoires, nécroses et décès sont quelques-unes des conséquences possibles lorsqu'il est ingéré. Au cours de l'histoire, des milliers de morts peuvent lui être imputées.

Pour les cultivateurs romands, le désastre sera avant tout économique. «Si on a à peu près trois grains (contaminés) par kilo de blé, le lot est déclassé en fourrager», explique l'agriculteur genevois Philippe Meylan, au micro de la RTS. Et dans ce cas, sa valeur diminue de moitié, environ. Bien sûr, il existe des machines capables de trier les grains et les sclérotes, mais elles sont relativement chères et rares en Suisse romande. Aux dernières nouvelles, entre 10% et 15% du blé genevois serait touché. Aucun chiffre n'a été articulé pour les autres cantons romands.

Xavier Fernandez

https://www.20min.ch/fr/story/agriculture-le-champignon-a-l-origine-du-lsd-present-dans-le-ble-romand-103391303

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Employé chez Sandoz pour trouver de nouveaux médicaments, Hofmann a synthétisé le LSD qu'il pense être antidépressif...

 

 

 

 

Le 16 avril 1943, Albert Hofmann décide de se remettre à étudier une molécule qu'il avait délaissée cinq ans auparavant. C'est très étrange, car dans les laboratoires pharmaceutiques où les nouvelles molécules à tester défilent par milliers, on n'a pas l'habitude de revenir en arrière. Synthétisée à partir de l'ergot de seigle, le diéthylamide de l'acide lysergique, ou LSD, n'avait pas tenu ses promesses comme stimulant circulatoire. Lui-même ne saura jamais dire pourquoi, ce jour-là, il tire le LSD de l'oubli.

Lors de la phase de cristallisation du LSD, Hofmann se sent tout chose, bizarre. "J'étais pris d'une agitation extraordinaire avec de légers vertiges. Dès mon arrivée à la maison, je me suis couché, sombrant dans un état non désagréable, comme si j'avais été intoxiqué, avec mon imagination très stimulée. Comme endormi, les yeux clos (la lumière du jour m'était très désagréable), je percevais un flot ininterrompu d'images fantastiques aux formes extraordinaires, et aux couleurs comme produites par un kaléidoscope. Au bout de deux heures, cet état s'est estompé." Hofmann vient de vivre le premier trip au LSD.

 

 

Vertige et anxiété

Naturellement, le chimiste cherche à comprendre l'origine de son trouble. Il pense d'abord à un effet du solvant, mais il l'utilise depuis longtemps sans jamais avoir éprouvé une telle sensation. Conclusion, le LSD est forcément le coupable. Même s'il a pris toutes les précautions voulues, une microscopique goutte s'est probablement déposée sur l'un de ses doigts, avec lequel il s'est ensuite frotté l'oeil. Pour confirmer ses soupçons, Hofmann décide d'en absorber volontairement une dose infinitésimale.

Le 19 avril, il avale donc 0,25 mg de LSD, soit le quart de la dose prescrite habituellement pour les alcaloïdes. Il pense ainsi être à l'abri de toute expérience désagréable. En réalité, le LSD est tellement puissant qu'il s'agit d'une dose maousse capable de faire planer un pachyderme. "Ce fut une expérience horrible !" Quarante minutes après l'absorption, les vertiges surgissent, accompagnés d'un immense sentiment d'anxiété. Sa vue se brouille, certaines parties de son corps ne répondent plus à sa volonté. Il a envie d'éclater de rire. Il doit lutter pour parler intelligiblement. Hofmann décide de rentrer chez lui. Comme il n'a pas de voiture, il demande à son assistant de l'accompagner à vélo. Il zigzague.

"Monstre intérieur"

Le chimiste a l'impression que la route vacille, le paysage lui apparaît comme vu dans un miroir déformant. Il pense que le temps s'est arrêté alors qu'il file sur son vélo. Après quatre kilomètres de route, les deux hommes finissent par arriver à destination. Hofmann peine à articuler pour demander à son assistant d'aller chercher son médecin de famille et de rapporter du lait, la boisson habituelle en cas d'empoisonnement. Les symptômes allant crescendo, il s'allonge sur le sofa. C'est alors qu'il traverse une des plus terrifiantes expériences de toute son existence. Il pense même être mort. "Tous les objets dans la pièce se sont mis à tourner autour de moi, les meubles adoptaient des formes grotesques et effrayantes. Ils étaient agités d'un mouvement perpétuel, comme emplis d'une angoisse."

Une voisine lui apporte deux litres de lait, il ne la reconnaît pas. "Ce n'était plus Mme R., mais plutôt une sorcière malveillante et insidieuse qui arborait un masque coloré." Mais cette déformation du monde extérieur n'est pas le pire. C'est la désintégration de son monde intérieur qui le terrifie le plus. "Un démon m'avait envahi, avait pris possession de mon corps, de mon esprit et de mon âme. J'ai sauté sur mes pieds et j'ai hurlé pour essayer de me libérer de lui, mais je me suis de nouveau écroulé sur le sofa. La substance que je voulais tester m'avait vaincu. C'était le démon qui avait dédaigneusement triomphé de ma volonté. J'ai été pétrifié par la peur de devenir fou."

Lutte contre la schizophrénie

Le médecin débarque enfin, mais le malheureux est désarmé. À part les pupilles dilatées du chimiste, il n'enregistre aucun autre symptôme. Le pouls, la tension et le souffle sont normaux. Il se contente de coucher son patient et de le veiller. Après plusieurs heures, Hofmann revient sur terre, son expérience devient moins angoissante, plus jouissive. Il s'endort paisiblement.

Le lendemain matin, il se réveille en pleine forme, comme un bébé découvrant un monde enchanteur. Son petit déjeuner lui paraît délicieux. Une promenade dans le jardin l'exalte. Ses sens sont aiguisés comme jamais. Il a l'impression d'explorer un nouvel environnement. Durant 24 heures, Hofmann vogue sur un nuage. Après cette incroyable expérience, le chimiste est persuadé que le LSD se révélera d'une grande aide pour aider à soigner certaines maladies psychiatriques, comme la schizophrénie. Mais jamais, au grand jamais, il n'imagine qu'il puisse être utilisé comme pourvoyeur de paradis artificiels. Son expérience a été trop terrifiante durant les premières heures pour qu'il imagine cela.

Quand, plusieurs années plus tard, Timothy Leary se fait le chantre du LSD, Hofmann le met violemment en garde contre une utilisation récréative... En 2006, à l'âge de 100 ans, Hofmann réclame encore la levée de l'interdiction du LSD, persuadé qu'il pourrait aider certains dépressifs à renouer avec la vie.

 

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