Migrants
Une crise d'intégration plus qu'une crise migratoire en France
Contrairement aux apparences, la France n'est pas réellement en proie à une crise de l'immigration. Selon Eurostat, nous sommes le pays d'Europe de l'Ouest où les flux migratoires ont été les plus faibles depuis quinze ans. Le principal enjeu chez nous est l'intégration des descendants d'immigrés, souvent discriminés dans l'éducation, l'emploi et le logement. En réaction, certains se tournent vers l'islam intégriste pour retrouver leur dignité, nourrissant des tensions et alimentant le vote d'extrême droite.
L'Allemagne, une explosion des flux migratoires
A l’inverse, l’Allemagne a bien connu elle un afflux massif d'immigrants ces dix dernières années. Le pays compte désormais 19 % de résidents nés à l'étranger, 50 % de plus qu’en France et un quasi doublement en une décennie. Cet afflux de migrants a permis de répondre à la pénurie de main-d'œuvre et de financer les retraites d'une population vieillissante. Grâce à cette immigration, la population allemande est repartie à la hausse après des années de déclin.
Une Allemagne sous tension identitaire et économique
Mais cette transformation rapide a également provoqué des tensions, notamment en ex-RDA, où l'immigration était quasi inexistante pendant 45 ans. D’autant plus que, contrairement à la France, l'Allemagne impose une répartition stricte des demandeurs d'asile sur l'ensemble du territoire, ce qui a accentué les crispations locales. L'explosion des prix de l'immobilier, due surtout à la politique monétaire accommodante de la BCE, a été souvent imputée à l'afflux migratoire.
Un choc identitaire dans un pays chrétien
Contrairement à la France, l'Allemagne ne se définit pas comme un État laïque mais comme un pays chrétien. Des cours de religion sont dispensés à l'école et l'État prélève l'impôt pour le compte des églises. L'arrivée massive de musulmans a ébranlé cette identité, provoquant des réactions de rejet.
Criminalité et médiatisation : le tournant de l'opinion
Une série de crimes et d'attentats commis par des migrants a fortement marqué l'opinion publique allemande. Les agressions sexuelles de Cologne en 2015, les attaques au couteau et les attentats terroristes ont été largement relayés par les médias, notamment le Bild Zeitung, renforçant la perception d'une insécurité croissante liée aux migrations.
D'une Allemagne humaniste à une Allemagne repliée sur elle-même
En 2015, une Allemagne, décidée à effacer les stigmates du nazisme, avait accueilli un million de réfugiés syriens, Angela Merkel affirmant alors haut et fort : "Wir schaffen das" (On va y arriver). Dix ans plus tard, le pays est pourtant devenu lui aussi frileux et replié sur lui-même. Toutes les forces politiques prônent un durcissement de la politique migratoire. Passions politiques et réalités économiques suivent très souvent des logiques différentes.
Publié le mercredi 19 février 2025
À Fulda, 70 000 habitants, les responsables locaux sont débordés et exigent un plafonnement de l’immigration, thème central des élections législatives du 23 février en Allemagne...
« Wir schaffen das nicht ! Nous n'y arrivons pas. C'est aussi simple que ça », décrète Bernd Woide d'un ton catégorique. Le conseiller régional revisite l'illustre formule d'Angela Merkel qui, en 2015, encourageait les Allemands à accueillir des centaines de milliers de migrants. Bernd Woide est responsable de leur gestion dans cette région de 220 000 habitants autour de Fulda, commune de 70 000 âmes située dans la Hesse, dans le centre du pays.
En l'espace de dix ans, cette région qui ne connaissait que l'immigration traditionnelle – italienne, portugaise, grecque et turque – a vu arriver des Syriens, des Afghans, des Iraniens, puis des Ukrainiens chassés de chez eux par la guerre et la répression. Beaucoup de monde en très peu de temps. Les réfugiés ont chamboulé Fulda, cette petite ville aisée et très catholique avec son château et ses clochers baroques. Le bilan de Bernd Woide est on ne peut plus clair : « Au cours des dix dernières années, nous avons accueilli près de 9 000 personnes dans la région. C'est l'équivalent d'une commune entière et c'est trop. »
Bernd Woide se fait le porte-voix des communes allemandes stressées qui, depuis longtemps déjà, se plaignent : « Nos capacités ne suffisent plus, nous manquons de logements, de places dans les jardins d'enfants et les écoles, d'enseignants supplémentaires pour accompagner les enfants qui ne parlent pas allemand, de cours de langue, de structures de formation professionnelle pour ceux dont la demande d'asile a été acceptée et qui ont le droit de travailler. »
Des procédures longues
Les Allemands protestent également : il faut attendre des semaines pour obtenir un rendez-vous chez un spécialiste et les généralistes ne peuvent plus prendre de nouveaux patients. Les régions rurales manquent de médecins. Après l'attentat d'Aschaffenburg le mois dernier – un Afghan qui avait été signalé pour troubles psychiatriques a poignardé et tué une petite fille de deux ans et l'homme qui s'était interposé pour la protéger –, certains ont exigé que les demandeurs d'asile traumatisés soient suivis par des psychologues. Une idée qui fait bondir Bernd Woide : « Des psychologues ! Mais ils rêvent à Berlin. Quand chez nous on manque même de généralistes ! »
Jochen Kohlert, cofondateur du projet « Wohnzimmer », une association qui s'efforce d'établir « des ponts » entre les habitants de la ville et les migrants, décrit le quotidien de tous ceux qui attendent que leur demande d'asile soit examinée : « Le problème, c'est que les administrations sont débordées et qu'il faut parfois compter plusieurs années, trois ans, cinq ans pour qu'un dossier soit traité. S'il est rejeté et que le migrant décide de faire appel devant un tribunal administratif, c'est reparti pour quelques années. Aux Pays-Bas, la procédure est beaucoup plus rapide. Pendant ce temps ces gens, souvent des hommes jeunes qui ont envie de faire leur vie, se retrouvent entassés dans des foyers d'accueil situés souvent dans des régions rurales isolées. Ils sont désœuvrés puisqu'ils n'ont pas le droit de travailler. Au pays, les familles attendent qu'ils envoient de l'argent, qu'ils les fassent venir. C'est une situation intolérable et certains développent des troubles psychiques. »
Le coût important de la politique d'accueil
L'État social allemand est l'un des plus généreux d'Europe, ce qui fait de l'Allemagne une destination particulièrement prisée pour les réfugiés. Jürgen Stock, responsable de la section travail et prestations sociales au Landkreis, le district de Fulda, projette un tableau sur le mur de son bureau. Il dénonce le coût exorbitant de la politique migratoire : « Un demandeur d'asile qui met le pied en Allemagne a droit automatiquement à 450 euros pour vivre par mois. En outre, son logement et ses soins de santé sont pris en charge. Si l'on ajoute les allocations familiales, une famille de quatre personnes peut compter sur 2 000 euros par mois, logement gratuit et cela pendant toute la durée, parfois fort longue, durant laquelle son dossier est traité. Une fois que la demande d'asile est approuvée, il touche le Bürgergeld (le RSA allemand), c'est-à-dire 100 euros supplémentaires. Il bénéficie alors du même statut qu'un chômeur allemand. Les réfugiés ukrainiens eux ont tout de suite droit au Bürgergeld. »
Résultat : 25 % des bénéficiaires du Bürgergeld sont des demandeurs d'asile dont le statut a été reconnu. 23 % sont des Ukrainiens et 10 % sont originaires d'un autre pays de l'Union européenne. 42 % seulement sont des Allemands. La moitié des bénéficiaires du Bürgergeld sont donc des migrants ou des réfugiés et c'est compter sans tous ceux dont le dossier est en cours et qui touchent aussi des allocations. « Au cours des quatre dernières années, a calculé Jürgen Stock, le budget annuel que nous réservons au Bürgergeld est passé de 50 millions à 80 millions d'euros, soit une hausse de 60 % pour le Landkreis Fulda. » En outre, seulement 46 % des Syriens sont salariés et paient des cotisations sociales. « Alors qu'ils sont là depuis 2015, appuie Jürgen Stock. En Pologne et dans les pays Baltes, la part de ceux qui travaillent est beaucoup plus élevée. »
C’est notre système qui engendre les problèmes, pas les gens qui viennent chez nous.Bernd Woide, conseiller régional dans le district de Fulda
Bernd Woide estime que la responsabilité de cette situation devenue ingérable revient au « gouvernement à Berlin qui n'a aucune idée de la réalité que nous vivons ici. J'aimerais que les politiques fassent mon boulot pendant un mois. Je ne suis pas un idéologue, mais un pragmatique. C'est notre système qui engendre les problèmes, pas les gens qui viennent chez nous. Notre devoir est de les protéger et de les aider à devenir responsables d'eux-mêmes. Pour cela, il faut commencer par plafonner le nombre des arrivées. »
Il a applaudi le plan en cinq points annoncé par Friedrich Merz pour limiter l'immigration en imposant, entre autres, le contrôle aux frontières et en les fermant aux demandeurs d'asile censés – en vertu des accords de Dublin – déposer leur demande dans un autre pays de l'Union européenne. Et tant pis si le candidat conservateur aux élections du 23 février a essayé de faire passer sa motion avec les voix de l'extrême droite. Un tabou brisé qui a fait descendre des centaines de milliers d'Allemands dans la rue.
Accueillir moins pour intégrer mieux
Mais certains élus chrétiens-démocrates à Fulda redoutent, en suggérant de plafonner l'immigration, d'être mis dans le même sac que l'extrême droite. Pour eux, l'attentisme des gouvernements successifs – ceux d'Angela Merkel et celui d'Olaf Scholz – est responsable de la montée de l'AfD. Aux législatives de 2021, 13 % des électeurs de la région avaient voté pour le parti d'extrême droite. En 2023, lors des régionales de Hesse, ils étaient 24 %. Un résultat qui a toutes les chances d'être confirmé le 23 février.
Quand le chrétien-démocrate Heiko Wingenfeld a pris ses fonctions de maire en août 2015, il a reçu un coup de fil : « Débrouille-toi pour loger 1 000 migrants. Ils arrivent dans 48 heures. » Dans son bureau logé dans le Stadtschloss, ancienne résidence des princes-abbés et évêques de Fulda, Heiko Wingenfeld n'a pas oublié ce branle-bas de combat. Il fait ériger un campement provisoire. À l'époque, l'économie était au beau fixe, s'empresse-t-il de souligner.
« Mais aujourd'hui, nous avons un cocktail explosif : les migrants continuent à arriver alors que notre économie va mal. Le problème, c'est que pendant des décennies l'Allemagne a ignoré la réalité de l'immigration. Nous n'avons élaboré aucune stratégie et nous avons été pris par surprise. Nous avons été jetés à l'eau et elle est glaciale. »
Tous ces nouveaux venus ne sont-ils pas la réponse à la chronique pénurie de main-d'œuvre qualifiée qui ne va faire que s'aggraver avec une population vieillissante ? Heiko Wingenfeld donne l'exemple d'un dentiste syrien dont la région avait grand besoin : « Il a dû attendre un an pour avoir droit à un cours de langue. Il travaille maintenant. Il s'en est sorti. Mais beaucoup sont restés en rade parce que nous ne pouvons pas nous occuper d'eux de façon adéquate. Cent nationalités différentes travaillent dans notre hôpital communal qui compte 1 000 lits. Sans ces gens, notre système s'écroulerait. Nous avons besoin d'une culture de l'accueil, mais aussi d'une stratégie et surtout d'un plafond. Avant d'accueillir d'autres personnes, il faut nous assurer que ceux qui sont là ne sont pas livrés à eux-mêmes, mais pris en charge. »
https://www.lepoint.fr/monde/en-allemagne-le-cri-d-alarme-des-communes-face-a-l-immigration-avant-les-elections-legislatives
La Suède a annoncé qu’elle verserait jusqu’à 30 000 euros aux immigrants qui retourneraient dans leur pays d’origine. Cette incitation financière sans précédent est trois fois supérieure à l’incitation économique actuelle. La nation nordique a modifié son approche de l’immigration, s’éloignant de ses politiques d’asile et d’intégration historiquement libérales.
L’Allemagne a pris la décision inattendue de suspendre l’accord de Schengen, qui supprime les contrôles aux frontières entre 29 pays européens. Cette décision est principalement motivée par la répression de l’Allemagne contre l’immigration clandestine.
Le gouvernement a annoncé des plans visant à renforcer les contrôles à toutes les frontières terrestres, en invoquant des préoccupations liées à l’extrémisme islamique et à l’augmentation du nombre d’arrivées en provenance de régions touchées par des conflits. Pour décourager encore davantage l’immigration, les autorités ont mis au point un système de rejet des migrants directement aux frontières allemandes.
Réaction de l’Europe et conséquences
La suspension de l’espace Schengen a suscité une vive inquiétude dans toute l’Europe. L’Autriche a déclaré qu’elle n’accepterait aucun immigrant rejeté par l’Allemagne, ce qui pourrait entraîner la fermeture des frontières entre les pays voisins. Les critiques affirment que ces mesures sont contraires au traité et qu’elles risquent d’ébranler l’ensemble du système Schengen.
Contexte mondial et critique
La situation en Allemagne reflète les inquiétudes plus générales suscitées par l’immigration en Europe et aux États-Unis. Un récent sondage réalisé aux États-Unis a révélé que la moitié des personnes interrogées perçoivent le grand nombre d’immigrants et de réfugiés comme une menace grave pour leurs intérêts. Des préoccupations similaires ont été exprimées en Allemagne, où la coalition au pouvoir subit des pressions pour faire face à la menace perçue de l’immigration.
Perspectives et solutions d’experts
Toutefois, certains experts mettent en garde contre les solutions simplistes, estimant qu’il est essentiel de s’attaquer aux causes profondes de la migration et de promouvoir l’intégration pour trouver des solutions durables.
r Business AM
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La migration change-t-elle l’Union européenne?
En 1990, l’Espagne était encore un pays d’émigrants : dans toute l’Europe du Nord, les maçons et les ouvriers agricoles étaient espagnols ou portugais. Le nombre de résidents nés à l’étranger atteignait à peine 2 %.
Maintenant, ce chiffre est officiellement passé à 15%, et c’est probablement une faible évaluation. Il faut remonter à des temps très anciens, à l’époque des grandes invasions, pour trouver une telle modification dans la composition de la population. L’Espagne n’est pas un cas isolé. Entre 1990 et aujourd’hui, la population italienne née à l’étranger est passée de 3% à 11%.
Plus spectaculaire encore, l’Allemagne est passée de 8 % à 19 %. En revanche, la France, pays traditionnellement d’immigration, n’a enregistré qu’une augmentation relativement modeste, passant de 10 pour cent de résidents nés à l’étranger à 13 pour cent. C’est pourtant en France que les partis politiques hostiles à l’immigration sont les plus forts et les plus bruyants, et qu’ils sont aux portes du pouvoir. L’immigration explique donc l’essor des partis dits populistes ou nationalistes, mais ce n’est pas la seule explication.
Certes, ces partis fondent leur prospérité électorale principalement sur la dénonciation de l’immigration, mais d’autres facteurs interviennent également. À titre d’exemple, en Europe du Nord et dans les pays scandinaves, qui ont une tradition culturelle de tolérance plus enracinée que l’Europe catholique, l’Espagne, la France et l’Italie, les partis xénophobes ont eu tendance à reculer lors des dernières élections européennes.
Le lien entre le vote nationaliste et l’immigration n’est donc pas instantané. D’autres facteurs doivent être ajoutés, tels que la peur psychologique des étrangers qui sont supposés saper notre culture, notre morale et même notre religion. La situation économique réelle ou perçue contribue également à ce que l’immigration soit plus ou moins acceptée. En Italie et en Espagne, où la prospérité relative est assez récente, l’inquiétude suscitée par l’immigration est plus grande que dans le nord de l’Europe, où le bien-être économique a été atteint il y a plus longtemps.
Nous ne proposons donc pas ici une équation parfaite entre immigration et élections. Cependant, nous ne pouvons ignorer un mouvement social aussi profond que celui qui touche particulièrement l’Espagne, l’Italie et la France. Indépendamment des préférences personnelles pour ou contre l’immigration, il faut admettre que ce grand phénomène de notre temps n’est pas réellement géré, ni par l’Union européenne ni par les pays d’accueil. Il faut aussi reconnaître que le problème n’est pas facile à évaluer. Si nous suivons une approche strictement économique, il est difficile de déterminer si l’immigration a un effet positif ou négatif. La quasi-totalité des immigrants récents travaillent, généralement dans des emplois que les nationaux ne souhaitent pas. Leur contribution économique est donc positive. Mais nous devons déduire les coûts sociaux supportés par la communauté, comme la scolarisation des enfants et la santé publique.
Aucun économiste ne peut honnêtement conclure si l’effet global est positif ou négatif. Une évaluation en termes culturels serait tout aussi arbitraire. Les jeunes se félicitent souvent de la diversité que les immigrés apportent au paysage urbain, à la musique et à la cuisine. Les anciens sont offensés. Mais qui peut définir la civilisation? Les immigrants mettent-ils en danger la sécurité des résidents âgés? Là encore, il n’existe pas de réponse quantifiée. Si le nombre de délinquants parmi les immigrants récents semble élevé, il s’agit souvent d’un effet de visibilité ou lié à la précarité de leur logement et de leur emploi.
En Allemagne, pays européen où l’immigration a le plus augmenté ces dernières années, notamment en provenance de Syrie et d’Afghanistan, cette immigration a sans doute contribué au rejet de l’Europe ouverte, mais seulement dans l’ancienne Allemagne de l’Est, qui ne se sent certainement pas encore associé à la prospérité économique de l’ensemble du pays. Donc, ils rendent les immigrants responsables, parce que les immigrants sont des boucs émissaires partout.
Toutes ces affirmations, évidentes ou non, sont rarement évaluées ou communiquées clairement. Le sujet est si délicat que les gouvernements et leur opposition préfèrent ne pas en parler du tout, le caricaturer ou le renvoyer au niveau européen. Le silence et la confusion ne contribuent en rien à la paix civile. De même, les mesures 'ad hoc' prises pour bloquer l’immigration dans les pays d’origine sont généralement inhumaines et inefficaces. Payer le gouvernement turc pour empêcher le passage en Grèce n’est pas un modèle dont nous pouvons être fiers. Reproduire cet accord avec la Tunisie et la Libye nous met entre les mains de régimes peu respectables. L’hypocrisie de ces pactes nous empêche de trop nous intéresser à la situation des candidats à l’immigration et les encourage à emprunter des voies plus dangereuses.
Est-il possible d’imaginer une politique d’immigration claire en Europe, de préférence au niveau européen? C’est possible, tant que nous faisons preuve de réalisme et d’imagination. Le réalisme serait d’admettre que nous avons besoin d’immigrants, à condition qu’ils puissent s’intégrer au marché du travail. Dans le passé, avant que l’Union européenne ne l’interdise, la Suisse a adopté un système de quotas par canton : le nombre d’immigrants admis chaque année, avec un contrat de cinq ans, correspondait aux offres d’emploi que leur faisaient les entreprises locales. Ce système suisse ne respectait apparemment pas les droits de l’homme. Je ne suis pas sûr que la gestion anarchique actuelle de l’immigration les respecte davantage. Personnellement, il serait partisan de rétablir le modèle suisse dans toute l’Europe. Nous pourrions également nous inspirer de la solution libérale que j’ai déjà décrite dans ce journal, imaginée par l’économiste de Chicago Gary Becker. Il proposait d’exiger un visa payant pour entrer sur le marché européen ou aux États-Unis, car l’immigration est en quelque sorte un investissement.
La proposition est un peu théorique, mais il serait possible de la transformer en quelque chose de pratique en créant une sorte de billet d’entrée en Europe. C’est à cela que pourrait servir le nouveau Parlement européen : inventer une politique continentale d’immigration. Et bien sûr, pour nous unir face à la menace russe, un sujet que j’ai soulevé la semaine dernière. Voilà, à mon avis, les deux priorités, interne et externe, qui détermineront l’avenir de tout le continent.
Guy Sorman 26 06 24
Plus d'un millier de migrants sont arrivés mardi à Ciudad Juarez, à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, juchés sur un train de marchandises après une dizaine de jours de voyage dans l'espoir de gagner le territoire américain. La plupart de ces migrants clandestins, en majorité d'origine vénézuélienne, viennent de l'Etat de Mexico (centre), carrefour à mi-chemin de la frontière pour les migrants venant de l'extrême sud du pays
Dans le désert entre la Tunisie et la Libye, l'errance de centaines de migrants à bout de force..L'Organisation des Nations unies (ONU) a dénoncé l’expulsion des migrants en Afrique subsaharienne, chassés de Tunisie et envoyés aux frontières libyenne et algérienne sans eau ni nourriture...Le discours xénophobe monte depuis février, porté par le président tunisien Kaïs Saïed. Début juillet, des affrontements entre migrants et habitants à Sfax (Tunisie) ont fait un mort tunisien
Immigrés subsahariens, boucs émissaires pour faire oublier l’hémorragie maghrébine... Les autorités tunisiennes mènent depuis début juillet une campagne contre les immigrés subsahariens accusés d’« envahir » le pays, allant jusqu’à les déporter en plein désert, à la frontière libyenne. Une politique répressive partagée par les pays voisins qui sert surtout à dissimuler l’émigration maghrébine massive et tout aussi « irrégulière », et à justifier le soutien des Européens.
Les immigrés en France : 5 séries de chiffres incontournables...voici une série de chiffres incontestables pour cadrer le phénomène migratoire et dissiper quelques malentendus autour de 5 questions fondamentales : Combien d’immigrés en France ? D’où viennent-ils ? Quel est leur profil ? Leur situation face à l’emploi ? Et enfin, quelle est la fécondité des femmes immigrées ?
Après la Lituanie, la Lettonie déclare l’état d’urgence migratoire à la frontière biélorusse: qu’est-ce que ça signifie ?....la Biélorussie est soupçonnée d'organiser l'arrivée de migrants sur ses terres, afin de les mener ensuite vers l'UE, avec les pays baltes comme première destination.
Voici une série de chiffres incontestables pour cadrer le phénomène migratoire et dissiper quelques malentendus. Mais qu’est-ce qu’un immigré et surtout combien ?...
Le Pew Research Center a montré que, bien loin d'être une particularité occidentale, le désir de juguler l'immigration est commun à de nombreux pays.
Ces dernières années, on a beaucoup écrit sur la peur de l'immigration en Occident. Le Brexit, l'élection de Trump et le relatif succès de formations politiques hostiles à l'immigration dans des pays comme l'Italie, l'Allemagne ou la Suède ont suscité bien des remontrances dans les sociétés occidentales de la part d'intellectuels et de commentateurs, penchant généralement de gauche. Par contre, ce qui n'a pas retenu beaucoup d'attention, c'est ce que des pays extérieurs à l'hémisphère occidental peuvent aujourd'hui penser de l'immigration. Quelle est l'opinion des Nigérians, Indiens, Turcs ou Mexicains vis-à-vis des migrants qui arrivent dans leur pays ? On n'en entend pas souvent parler.
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Sur ce sujet, deux enquêtes récentes fournissent d'intéressants résultats. Pew Research a ainsi sondé des habitants de vingt-sept pays répartis sur six continents : pensaient-ils que leur pays devait laisser entrer plus, moins ou à peu près autant d'immigrés qu'aujourd'hui ? Dans des pays européens comme la Grèce et l'Italie, qui ont connu ces dernières années un afflux massif de migrants, le pourcentage d'individus en désirant moins ou plus du tout était élevé, soit respectivement 82 % et 71 %. Sauf que, dans plusieurs autres pays occidentaux, y compris certains considérés comme massivement hostiles à l'immigration, les citoyens acceptaient en réalité davantage l'immigration que les habitants d'autres parties du monde.
Le pourcentage de sondés souhaitant moins ou plus du tout d'immigrants dans leur pays était plus élevé en Afrique du Sud (65 %), Argentine (61 %), au Kenya (60 %), Nigeria (50 %), en Inde (45 %) et au Mexique. (44 %) qu'en Australie (38 %), au Royaume-Uni (37 %) ou aux États-Unis (29 %). Dans les vingt-sept pays passés en revue, moins du tiers des personnes interrogées déclaraient que leur pays devrait accueillir davantage d'immigrants. Une étude Ipsos MORI de 2017 sur les tendances « nativistes » (l'hostilité à l'égard de l'immigration) mondiales brossait un tableau similaire. Lorsqu'on leur demandait s'ils pensaient que leur pays serait « plus fort » s'il « stoppait l'immigration », davantage de Turcs (61 %) et d'Indiens (45 %) avaient acquiescé en comparaison avec les Britanniques (31 %), les Australiens (30 %), les Allemands (37 %) ou les Sud-Africains (37 %). Quant à la question « vous sentez-vous étranger dans votre propre pays ? » – un autre indicateur d'hostilité à l'égard de l'immigration –, 57 % des Turcs, 54 % des Sud-Africains, 46 % des Brésiliens et 39 % d'Indiens avaient répondu par l'affirmative. Les chiffres étaient moins importants chez les Allemands (38 %), les Britanniques (36 %) ou les Australiens (36 %). Enfin, 74 % des Turcs, 64 % des Péruviens, 62 % des Indiens et 60 % des Sud-Africains étaient d'accord pour dire que les employeurs devaient donner « la priorité » aux locaux plutôt qu'aux d'étrangers, contre 58 % des Américains, 48 % des Britanniques et 17 % des Suédois.
Croire que le « nativisme » est réservé aux Occidentaux blancs est une idée reçue. Il s'agit en réalité d'un phénomène mondial qui est souvent plus fort dans les pays non occidentaux. Évidemment, qu'on n'espère pas pour autant voir fleurir dans les médias internationaux des articles sur l'inquiétant essor du « nativisme » en Inde ni des commentateurs s'émouvoir de tous ces Kényans qui voudraient voir moins d'immigrés dans leur pays. Sur ce sujet, l'indignation morale de nombreux progressistes blancs, et même de la plupart des intellectuels de couleur occidentaux, est uniquement réservée aux sociétés blanches ; si des populations noires ou basanées partagent exactement les mêmes opinions que celles pour lesquelles on conspue des plus claires, alors on les traite par le silence, voire par toutes sortes de rationalisations justificatrices.
Bien entendu, ces enquêtes ne nous disent pas pourquoi les gens réagissent de la sorte – pourquoi une majorité de Kényans et tant de Nigérians souhaitent voir moins ou plus du tout d'immigrés arriver dans leur pays. Ces chiffres ne permettent pas de conclure à leur xénophobie ni à leur haine naturelle des étrangers, de la même manière que nous ne devrions pas croire que tous les Occidentaux en appelant à moins d'immigration sont a priori racistes.
Par contre, ces enquêtes laissent entendre qu'un niveau élevé d'immigration est un sujet de préoccupation partout dans le monde. Un souci qui, parfois, peut déboucher sur des comportements ignobles, comme on a pu le voir en Afrique du Sud. Ces dernières années, des dizaines d'immigrés africains ont ainsi été tués par des Sud-Africains qui les exhortaient à « faire leurs valises et dégager » sous prétexte qu'ils « voleraient » des emplois et des ressources, et se livreraient à des « activités criminelles ». La rhétorique vous est familière ? Ces Sud-Africains noirs ont-ils attaqué des migrants africains noirs parce qu'ils détestaient les Noirs ?
Alors, pourquoi nous est-il si difficile de débattre raisonnablement de l'immigration sans que volent les accusations de racisme et de xénophobie ? Entre autres parce que les flux migratoires se dirigent principalement vers l'ouest. Selon les dernières estimations des Nations unies, le nombre total de migrants internationaux – les gens vivant dans un autre pays que celui dans lequel ils sont nés – s'élève à 258 millions. Alors que l'Asie en abrite une part non négligeable, la majorité se concentre néanmoins dans les pays occidentaux riches : Europe, Amérique du Nord et Océanie. Autant de régions où les migrants internationaux représentent au moins 10 % de la population, contre moins de 2 % de la population totale en Afrique, Asie, Amérique latine et dans les Caraïbes.
Parallèlement, les immigrants ont majoritairement tendance à venir des régions les plus pauvres et les plus au sud du globe – l'Inde et le Mexique étant les premiers émetteurs. Ce qui signifie que nous avons plus de gens migrant de pays à majorité noire et basanée vers des pays à majorité blanche que l'inverse. Une fois que ces populations majoritairement blanches se mettent à s'interroger sur leurs niveaux d'immigration, bien des progressistes blancs, incapables de parler rationnellement du moindre sujet impliquant des personnes noires et basanées, en viennent à balancer des accusations de racisme. Ils ont besoin, ou du moins c'est ce qu'ils prétendent, de venir en aide aux « victimes » du monde et de les défendre contre les méchants Blancs qui veulent les empêcher d'accéder à une vie meilleure.
La plupart des intellectuels d'origine asiatique ou africaine vivant en Occident réagissent de la même manière aux débats sur l'immigration et interprètent les questions soulevées dans les sociétés à majorité blanche comme un rejet de ceux qui leur ressemblent. Imaginez à quel point la discussion mondiale sur l'immigration serait différente si autant de Britanniques et de Suédois émigraient au Nigeria et au Kenya que l'inverse. La discussion serait infiniment plus rationnelle et objective, et porterait sur les avantages et les inconvénients de l'immigration en général, vu qu'aucune race ou ethnie particulière ne pourrait y voir une marque d'hostilité. Il serait plus facile – beaucoup plus facile – de comprendre que l'inquiétude suscitée par l'immigration est un problème mondial, loin d'être spécifique à l'Occident.
Alors que j'écris ces lignes, il y a une voix dans ma tête qui toussote : « C'est facile pour toi de parler de rationalité. Tu as un passeport européen et tu peux aller aller à peu près n'importe où dans le monde et à peu près n'importe quand. » De fait, par un autre accident de naissance, j'aurais pu faire aujourd'hui partie de ceux qui se noient en Méditerranée en essayant de gagner l'Europe. Je n'ai aucun contre-argument moral à opposer à cette voix dans ma tête, juste une objection pragmatique. La réalité, c'est qu'aucun pays riche ne peut aujourd'hui maintenir sur le long terme une politique migratoire de la porte ouverte. Dans une enquête réalisée en 2017 dans six pays africains – Nigeria, Ghana, Kenya, Afrique du Sud, Sénégal et Tanzanie –, 43 à 75 % des citoyens déclaraient vouloir partir de chez eux si l'occasion se présentait. En d'autres termes, plus de 200 millions de personnes pourraient émigrer si elles en avaient la possibilité, et vraisemblablement dans l'un des pays les plus riches du monde. C'est une réalité que les gouvernements occidentaux ne peuvent pas se permettre d'ignorer. Le fait que tant de Kényans, Nigérians et Sud-Africains souhaitent quitter leur pays, tout en refusant que des immigrés arrivent dans le leur, témoigne d'un autre universel humain : notre capacité à attendre des autres ce que nous ne sommes pas prêts à leur donner.
Les chiffres de Pew Research et d'Ipsos MORI nous montrent une vérité incontestable : les « peurs » que peut susciter l'immigration ne se limitent pas à l'Occident. Il est plus que temps de parler sérieusement de l'immigration mondiale pour espérer lui trouver une solution durable, sans recourir aux procès d'intention et à une indignation morale sélective. Mais peut-être suis-je trop optimiste à croire que nos angoisses communes peuvent nous unir au lieu de nous diviser.
Par Remi Adekoya* pour Quillette** (traduction par Peggy Sastre)
*Remi Adekoya est doctorant à l'université de Sheffield, qui s'intéresse aux questions d'identités de groupe.
La révolte des peuples occidentaux menace l'Europe
https://fr.express.live/2018/03/16/la-revolte-des-peuples-occidentaux-menace-leurope
En Allemagne, la décision de Tafel, une banque alimentaire de la ville d’Essen, de cesser de donner de la nourriture aux nouveaux inscrits étrangers parce que les migrants forment maintenant la majorité de ses bénéficiaires, a suscité une vive polémique. La chancelière allemande, Angela Merkel, s’est indignée contre cette discrimination. Mais celle-ci dévoile une réalité dérangeante: ce sont les Allemands les plus pauvres qui payent le prix fort de la politique d'immigration du pays....
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La grande féministe allemande revient sur la nuit de cauchemar de la Saint-Sylvestre qui a changé l'Allemagne. Entretien.
Il y a un an, les agressions sexuelles de Cologne, durant la nuit de la Saint-Sylvestre, marquaient un tournant pour l'Allemagne d'Angela Merkel. Fallait-il voir dans cette nuit de cauchemar le symptôme d'un « rapport malade à la femme, au corps et au désir » (Kamel Daoud) du monde arabo-musulman ou alors la simple banalité du sexisme ? Fondatrice du magazine Emma qui fête ses 40 ans, amie de Simone de Beauvoir et féministe la plus célèbre d'Allemagne, Alice Schwarzer s'était depuis longtemps engagée face au politiquement correct et à la « fausse tolérance » contre les islamistes, ces « fascistes du XXIe siècle ». Dans le livre Der Schock, la septuagénaire a expliqué que les agresseurs sont des « adeptes fanatisés de l'islam de la charia », provoquant une guerre des générations avec des féministes plus jeunes pour qui ces positions alimentent le racisme. Pour Le Point, cette chantre de l'égalité absolue des sexes a accepté de revenir sur un réveillon qui a annoncé une année très violente pour l'Allemagne. Entretien.
Le Point.fr : Des féministes musulmanes ou d'extrême gauche m'ont expliqué que même un an après les agressions de Cologne, ces événements « restent flous », « qu'on ne sait pas », que les « médias font des raccourcis », que « si ça avait été aussi grave que ça, la police serait intervenue ». Pour vous qui avez recueilli des témoignages dans votre magazine Emma, quelle a été la réalité de cette nuit de cauchemar ?
Alice Schwarzer : Depuis février-mars nous avions une idée assez claire de ce qui s'était passé, plus encore aujourd'hui. Voici les faits : plus de 2 000 hommes se sont rassemblés ce soir-là, sur une place de Cologne, éloignée des lieux de fête. Ils étaient en grande majorité algériens et marocains, un tiers d'entre eux étaient sans-papiers. Ils ont mis en pratique une méthode bien connue au Caire ou dans le Maghreb, le « cercle d'enfer ». Leur but était d'humilier les femmes et de chasser ces « putes » des lieux publics. Pour elles, c'était l'enfer, d'autant plus que la police qui était totalement débordée n'a pas pu les protéger. La majorité de ces hommes n'étaient pas de Cologne. Ma thèse est qu'ils se sont donné rendez-vous par mobile et Internet. Cela se confirme. Mais il ne faut pas imaginer une organisation stricte et hiérarchisée. Plutôt un rassemblement informel de petits délinquants islamistes, défenseurs d'un « djihad d'en bas », comme le dit Gilles Keppel. L'Allemagne est en train de prendre conscience de ce phénomène. J'ai parlé il y a quelques jours avec le nouveau chef de la police de Cologne, M. Mathies. 1 310 plaintes ont été déposées, dont 690 pour agressions sexuelles et 28 pour tentatives de viol. Cinq hommes ont été poursuivis et deux jugés.
Après Cologne, des féministes et sociologues ont rappelé qu'en Allemagne, durant l'Oktoberfest à Munich ou lors de grands événements sportifs, du fait de l'alcool, il y a aussi de nombreuses agressions contre les femmes. Est-ce comparable, ou est-ce une façon de minimiser ce qui s'est passé à Cologne ?
Le problème de la violence contre les femmes n'est pas nouveau, bien sûr. Une féministe comme moi lutte depuis quarante-cinq ans contre ce phénomène, mais cette nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne a révélé une violence d'un nouveau genre : une action collective, en public, sur la place centrale de la ville et sous les yeux de la police.
Après Cologne, Clémentine Autain, féministe bien connue en France et élue du Front de gauche, a écrit sur Twitter : « Entre avril et septembre 1945, 2 millions d'Allemandes ont été violées par des soldats. La faute à l'islam ? » Que pensez-vous de ce genre d'arguments ?
C'est tout simplement cynique ! Ce sont des féministes comme moi qui ont analysé la fonction du viol de guerre en premier... Susan Brownmiller dans Against Our Will (1975) et beaucoup d'autres après elle, ont démontré que les viols en temps de conflit sont une arme de guerre. Et Cologne, c'était justement ça : une guerre sexuelle d'hommes – issus de pays profondément patriarcaux – qui ne reconnaissent ni l'égalité des sexes, ni les mouvements féministes.
Vous étiez à Téhéran en 1979, après la révolution de Khomeiny. Est-ce à ce moment-là que vous avez pris conscience du danger islamiste pour l'émancipation des femmes ?
Oui, je l'ai compris pendant les journées d'avril 1979 à Téhéran. Depuis, je ne n'arrête pas d'informer sur le danger de l'islamisme – pas de l'islam ! – au cœur de l'Europe : drames en Afghanistan, Tchétchénie (où la charia a été instaurée depuis 1994 !), en Algérie et dans les banlieues de Paris ou Berlin. Depuis les années 1980, mon mensuel Emma a été le seul journal de langue allemande à informer et alerter sur « les années noires » de l'Algérie qui ont fait plus de 200 000 morts.
L'écrivain algérien Kamel Daoud, menacé de mort par les islamistes, a provoqué une polémique en France en expliquant qu'il y a un « profond sexisme qui sévit dans le monde arabo-musulman ». Pour lui, la femme dans l'islam est « niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée ». Êtes-vous d'accord avec lui ?
Je suis entièrement d'accord avec lui ! Dans mon livre Le Choc – paru en mai et malheureusement toujours pas traduit en France – je publie le texte de Daoud à propos de la Saint-Sylvestre, ainsi que des textes de trois femmes et hommes musulmans qui tombent d'accord pour dire que cette action revêtait un caractère éminemment politique.
Vous êtes la plus célèbre féministe allemande. Mais vous êtes aussi très critiquée par de jeunes féministes qui pensent que s'en prendre au voile est une démarche « néocoloniale ». Y a-t-il une fracture au sein du féminisme entre des féministes « historiques », bourgeoises, blanches et riches, et de l'autre côté des « néoféministes » jeunes, multiculturelles et qui se soucient des classes défavorisées ?
Non, je ne dirais pas ça. Emma a par exemple les plus jeunes lectrices de toute la presse féminine en Allemagne. Des critiques émanent d'un camp très présent sur Internet, plus jeune que moi, très à gauche, et se définissant comme « antiraciste ». Ces « jeunes féministes » sont présentées parfois comme la relève des « vieilles féministes », mais cela ne m'impressionne pas : je fais partie des pionnières du féminisme qui restent fidèles à leurs idées.
Aujourd'hui, le féminisme jongle entre antisexisme et antiracisme. Peut-on comparer cela à ce qui se passait dans les années 1960-1970 avec les tensions entre lutte des sexes et lutte des classes ?
L'antiracisme ? Mais cela va de soi ! Vous avez raison, cela reprend un vieux clivage des années 1960-1970, où l'on jouait « lutte des classes » contre « féminisme », autrement dit, d'abord le prolétariat, après les femmes. Aujourd'hui, c'est l'antiracisme contre le féminisme : d'abord les « races », après les femmes. Mais au fond, cela ne se contredit nullement : 94 % des femmes noires ont voté Hillary Clinton !
En France, on assiste à l'émergence d'un « féminisme islamique » qui défend le port du voile comme la liberté de la femme à disposer de son corps. Certains sociologues vont jusqu'à parler d'une « revanche des femmes » pour les salafistes françaises qui portent le niqab, au prétexte qu'elles le font volontairement et que cela leur donne un sentiment de « surpuissance » vis-à-vis des hommes…
Un féminisme islamique ? Oui, je connais plein de femmes musulmanes qui sont féministes ! Dans leurs pays, elles risquent souvent leurs vies pour les droits des femmes. Elles comprennent d'ailleurs très mal qu'en Europe il y ait des femmes qui portent volontairement le voile ou la burqa et considèrent que, de la part de converties, c'est une forme de masochisme. La notion de « volontaire » est d'ailleurs totalement détournée. Et puis tout ce que fait une femme n'est pas forcément féministe...
L'un des arguments des féministes d'extrême gauche est de dire que nous n'avons pas de leçons à donner aux autres pays et cultures, puisque notre société occidentale reste profondément sexiste et inégalitaire. Qu'en pensez-vous ?
Je connais bien cet argument. La première fois je l'ai entendu, c'était 1977 quand Emma a dénoncé les excisions... Au lieu de raconter de pareilles bêtises, ces femmes feraient mieux de soutenir les féministes du Maghreb, en Égypte, en Iran, en Afghanistan, en Afrique subsaharienne ou chez nous dans les banlieues. Parce que ces femmes-là ont vraiment besoin de notre solidarité !
Après les agressions de Cologne, Marine Le Pen a cité Simone de Beauvoir et s'est présentée comme une « femme française libre, qui a pu jouir, toute sa vie durant, des libertés très chères acquises de haute lutte par nos mères et nos grands-mères ». Aujourd'hui, elle défend le droit à l'avortement au sein du Front national. Est-elle, selon vous, devenue féministe ? Ou l'extrême droite tente-t-elle de récupérer ce créneau ?
Ça devrait faire réfléchir les autres partis que ce soit Marine Le Pen qui cite Simone de Beauvoir. Les autres partis n'ont qu'à devenir plus féministes ! Ainsi ils ne risqueraient pas de voir filer leur électorat sur leur droite...
Vous étiez proche de Simone de Beauvoir et avez contribué à ce qu'elle soit lue en Allemagne. Qu'aurait-elle à nous apprendre aujourd'hui, dans notre contexte actuel ?
Je suis soulagée que Simone de Beauvoir ne voie pas ce retour en arrière et qu'on ose plaider en faveur du voile au nom du féminisme. C'est vraiment insensé ! Le féminisme n'est ni pour l'obligation de se mettre à poil ni pour le « droit » de devenir invisible sous un foulard. Le féminisme à la Beauvoir n'est pas pour la différence, mais pour l'égalité des sexes : les mêmes droits – et les devoirs – pour les hommes et les femmes. C'est simple.
Propos recueillis Thomas Mahler
Un an après la Saint-Sylvestre où une vague d'agressions sexuelles a terrifié la ville, retour sur les faits et le choc qui s'est ensuivi outre-Rhin.
Il y aura un avant et un après Cologne en Allemagne. Lors de la Saint-Sylvestre, en 2015, une vague d'agressions sexuelles a submergé la grande place située au pied de la sublime cathédrale gothique de cette ville qui s'étend le long du Rhin. Devant l'immense gare centrale, des centaines d'hommes principalement d'origine maghrébine se sont rassemblés pour « fêter » la nouvelle année. De 400 vers 21 heures, leur nombre est passé à plus de 1 000 à l'approche des douze coups de minuit. Fortement alcoolisés, ces hommes âgés de 18 à 35 ans ont commencé à tirer des feux d'artifice contre la foule avant d'agresser les femmes qui passaient là. Le calme n'est revenu qu'aux alentours de 4 heures du matin.
Les autorités ont d'abord cherché à cacher ces « incidents ». Le 1er janvier à 8 h 57, la police locale a diffusé sur son site internet un communiqué qui expliquait que la Saint-Sylvestre s'était déroulée « calmement comme l'an passé ». Cette chape de plomb n'a toutefois pas été longue à se fissurer. Trois jours après les agressions, les autorités locales ont organisé une conférence de presse pour revenir sur les faits de cette funeste nuit. « C'est une nouvelle dimension de la violence, a reconnu, un peu tard, Arnold Plickert, le président du syndicat de la police de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Nous n'avons jamais vu cela… » Bien décidé à réagir face à ce fiasco sans précédent, le gouvernement régional a « incité » le chef de la police de Cologne, Wolfgang Abers, à prendre sa retraite anticipée à tout juste 60 ans. Sa chef du service de presse a, elle, été licenciée sans ménagement.
Au fil des semaines, les autorités de la ville ont reçu 1 222 plaintes, dont 513 pour des faits à caractère sexuel. La plupart des auteurs de ces attaques n'ont pourtant jamais été inquiétés. 333 suspects ont été identifiés par les enquêteurs, mais seulement 35 ont été déférés devant la justice principalement pour des affaires de vol à l'arraché. Vingt-quatre personnes ont, à ce jour, été condamnées à des peines relativement légères.
La clémence des magistrats et l'incapacité des forces de l'ordre à appréhender les auteurs des agressions ont fortement choqué les Allemands. Ces incidents ont également délié des langues aux quatre coins du pays. Nos voisins ont ainsi découvert que des faits similaires s'étaient produits dans d'autres villes et notamment à Stuttgart, Francfort et Bielefeld. À Hambourg, 410 femmes ont déposé des plaintes et un seul suspect, un jeune Afghan, a été condamné à une peine de deux ans d'emprisonnement pour agression sexuelle.
Ces affaires ont provoqué un véritable électrochoc en République fédérale. La Saint-Sylvestre 2015 est « notre 11 Septembre », juge le quotidien Nordwest Zeitung qui évoque une « nuit qui a tout changé ». Beaucoup ont compris que l'arrivée de près de 1 million de migrants en 2015 allait poser bien plus de problèmes qu'ils ne l'avaient imaginé.
Cologne a toujours été une ville dans laquelle les habitants aimaient faire la fête. La communauté étrangère est bien plus importante dans cette métropole ouverte d'esprit que dans d'autres capitales régionales comme Munich. Les tristes événements du 31 décembre ont toutefois durablement changé le climat qui existait dans cette cité de 1 million d'habitants. Lors du dernier carnaval qui attire en moyenne 1,5 million de fêtards, 2 500 policiers ont été déployés dans les rues de la ville rhénane. Pour la Saint-Sylvestre, 1 500 officiers en uniforme et en civil circuleront dans le cœur historique contre à peine 140 l'année précédente. Les accès près de la gare et de la cathédrale seront strictement contrôlés. Des caméras de surveillance supplémentaires ont aussi été installées. Les pétards et les feux d'artifice seront, eux, interdits. Ces mesures de sécurité inédites se multiplient en Allemagne.
Lors de la dernière Fête de la bière à Munich, les 42 hectares de la Theresienwiese, qui abrite chaque année l'Oktoberfest, étaient pour la toute première fois entourés de grillages. Aux entrées, des personnes fouillaient les sacs des visiteurs et les sacs à dos, aussi petits soient-ils, devaient être laissés dans des consignes. Sans céder à la panique, les Allemands ont pris conscience qu'ils ne peuvent plus vivre comme avant. Très soucieux de la protection de leur vie privée, ils sont aujourd'hui largement favorables (82 %) à l'installation de caméras de surveillance dans les lieux publics. Lors des deux dernières années, 1 500 caméras supplémentaires ont été installées dans les gares du pays. Il y a tout juste un an, nos voisins ont perdu un peu de leur insouciance…
Une prime de 2 500 euros aux migrants pour les inciter à quitter la France
Les migrants acceptant de rentrer dans leur pays pourront, dans le sillage du démantèlement de la "jungle" de Calais et jusqu'à la fin de l'année, toucher une prime exceptionnelle de 2 500 euro...
Plus de 2.000 documents publiés par le Guardian dénoncent des conditions de vie indignes sur l’île de Nauru, où l’Australie maintient en détention ses demandeurs d’asile.
Depuis 2001, l’Australie ferme ses portes aux migrants, et notamment aux demandeurs d'asile. Pour mener cette politique contraire à la convention de Genève, dont elle est signataire, Canberra a mis en place des centres de rétention sur les îles de Nauru et de Manus (depuis fermé) en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Régulièrement, les ONG dénoncent la précarité qui y règne mais ni ces organisations, ni les journalistes, tenus à l’écart par les autorités, n’avaient pu filmer les lieux. Le 10 août, le Guardian Australia a publié plus de 2.000 documents confidentiels rédigés par le personnel du centre de Nauru. Leurs notes, qui portent sur les années 2013, 2014 et 2015, dénoncent des conditions de vie indignes, des agressions et des abus sexuels touchant pour moitié des mineurs.
Pour évoquer ces Nauru Leaks, La Vie a interviewé le Franco-Australien David Camroux, maître de conférences à Sciences Po et spécialiste des systèmes politiques asiatiques au Centre de recherches internationales (CERI).
Historiquement, l’Australie est une terre d’immigration. Comment en sommes-nous arrivés à ces Nauru Leaks ?
Malgré son histoire, l’Australie conserve une mentalité insulaire et l’immigration est devenue un enjeu majeur pour les partis politiques. En 2001, le gouvernement conservateur de John Howard avait mis en place la « Pacific solution » suite à l’affaire Tampa, qui tient son nom d’un navire norvégien repoussé par les gardes-côtes australiens alors qu’il secourait des boat-people venus d’Indonésie. Cette décision, qui consistait à renvoyer vers les îles environnantes les demandeurs d’asile, contrevenait au droit maritime mais elle a fait entrer le sujet au sein du débat politique. L'exécutif de l’époque avait même envisagé de « confier » les clandestins à la Malaisie, mais la situation était intenable par rapport au droit international, notamment la Convention de Genève relative aux droits des réfugiés.
Puis, en 2007, les travaillistes de Kevin Rudd puis de Julia Gillard ont supprimé cette disposition, avant de la remettre en place en 2012, sous la pression des conservateurs avant les élections fédérales. Depuis leur retour au pouvoir en 2013, le centre-droit incarné par Tony Abbott puis Malcolm Turnbull a encore durci sa position. L’Australie a même signé un accord financier avec le Cambodge, qui n’est pas vraiment une aimable démocratie, pour lui « transférer » ses réfugiés en échange d’argent.
Ces Nauru Leaks pourraient toutefois marquer un tournant.
L’opinion publique peut-elle infléchir cette politique ?
Les Australiens les plus virulents par rapport à l’immigration figurent parmi les derniers arrivés. Souvent originaires des pays de l’Est de l’Europe, ils sont animés par une peur de « perdre leur place ». Ils reprochent aux réfugiés d’être des « tricheurs » et de « refuser de faire la queue ». Malheureusement, ce discours est largement entretenu par la presse à scandales et conservatrice de Rupert Murdoch, toujours très influente.
Ces Nauru Leaks pourraient toutefois marquer un tournant. Car si des informations circulaient jusque-là dans la presse via des ONG ou des collectifs de médecins, on reprochait souvent à ces témoins de manquer d’objectivité. Et comme les demandes de visas des journalistes étaient refusés, la presse ne pouvait pas faire son travail. Cette fois, les fuites émanent de gens qui travaillent dans ces centres de rétention. Mais il faudra encore transformer l’essai sur un plan politique et cela va être compliqué : les conservateurs ont été réélus en 2015 pour trois ans, détiennent la chambre basse et l’extrême droite perce au sein de la chambre haute, l’équivalent du Sénat. Et même en cas de retour au pouvoir des travaillistes, seule l’aile gauche de ce parti semble prête à changer de politique migratoire.
Les critiques des ONG se multiplient et cela n’a jamais infléchi la politique australienne en matière d‘immigration.
Les pressions internationales peuvent-elles remettre en cause cette politique ?
Depuis l’affaire Tampa en août 2001, les critiques des ONG se multiplient et cela n’a jamais infléchi la politique australienne en matière d‘immigration. Et quand l’ONU a tapé du poing sur la table, comme en 2015, l’ex premier ministre Tony Abbott a affirmé que les « Australiens en avaient assez de recevoir des leçons de la part des Nations Unies » ! Il s’est même vanté d’avoir mis un terme aux décès en mer et à l’arrivée sur les côtes australiennes des boat people !
Pourtant, l’enquête de l’ONU confirmait les accusations des ONG, selon lesquelles l’Australie n’assurait pas de bonnes conditions de détention, organisait la détention des enfants et ne mettait pas un terme aux violences sur l’île de Manus. Le centre de détention a d’ailleurs été fermé entretemps suite à une décision de justice de la Cour suprême de la Papouasie-Nouvelle Guinée qui l’a jugé « illégal et anticonstitutionnel ».
Mais il ne faut pas trop compter sur une décision similaire de l’île de Nauru, même s’il s’agit d’une République indépendante de l’Australie depuis 1968. En effet, son économie est faible (PIB de 65 m€ d’après la Banque asiatique de développement, NDLR) et Canberra lui a promis 330 millions d’euros en échange de l’accueil systématique de ses demandeurs d’asile. Le rapport de force est trop inégal. Le pire, c’est que l’Australie se vante d’être une puissance moyenne, influente dans le Pacifique alors que sa politique d’immigration est, finalement, une immense défaite morale.
publié le 10/08/2016
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Chaos proche-oriental, Califat, réfugiés : y a du sang dans le gaz...
La situation en Syrie est dramatique. Malheureusement, le traitement médiatique de ce conflit monstrueux est totalement aveugle, et orienté. Rapide résumé de cette probable guerre énergétique...
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L’investissement de la France dans le conflit syrien aidé de ses alliés qataris, saoudiens, n’est pas pointé du doigt par les observateurs du conflit, et lorsque les Russes s’en mêlent, rien n’est dit sur la partie d’échec stratégique en cours. Le gaz qatari est surement loin désormais. Sauf à penser que l’État islamique puisse être réduit à néant, ce qui semble très incertain. Mais les gens payent dans le sang cette guerre manipulée. Au point que les populations européennes en viennent à ne même pas voir que ce sont leurs gouvernements qui ont participé à pousser le million de réfugiés qui fuient la guerre.
Crise des migrants : unilatéralisme allemand ? Du sommet UE-Turquie du 7 mars, il se dit que la plupart des propositions significatives - dont la légalité est d'ailleurs contestée par plusieurs juristes, en particulier le renvoi vers la Turquie de Syriens entrés dans Schengen via des réseaux de passeurs - ont été faites par Angela Merkel et par le Premier ministre Néerlandais Mark Rutte. Certains vont même jusqu'à considérer que la rupture entre la France et l'Allemagne sur le sujet est « consommée », la France ayant été complètement tenue à l'écart de la préparation du somment.
La crise des migrants peut-elle faire imploser la Turquie?
" La solution est européenne ", ont déclaré en chœur François Hollande et Angela Merkel ce vendredi. Mais ce lundi, la solution sera plutôt turque : réunis à Bruxelles pour un sommet extrao...
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La majorité des Français hostile à l'accueil des migrants
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En raison des quotas imposés par ses pays voisins, la Grèce verra 70.000 migrants bloqués sur son territoire en mars, trois fois plus qu'aujourd'hui. Angela Merkel, la chancelière allemande, de...
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Cologne: l'enquête sur les agressions sexuelles de la Saint Sylvestre prend une autre tournure
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La journaliste russe Darya Aslamova publie toute une série de reportages sur le problème de nouveaux réfugiés en Allemagne vu par divers représentants du peuple. Voici le récit simple d'un m...
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/si-rien-ne-change-les-allemands-n-176871
La police suédoise reconnaît avoir caché une vague d'agressions sexuelles
La police suédoise à son tour mise en cause pour son peu d'empressement à assurer la sécurité des femmes dans les lieux publics. d'après l'AFP / 11 janvier 2016 La police suédoise a reconnu ...
Les agressions sexuelles d'une centaine de femmes en Allemagne ont suffi à lancer une polémique sur la disproportion du nombre d'hommes parmi les réfugiés.
Cela a été « une soirée globalement calme ». Le jugement particulièrement minimaliste de la police de Cologne puis ses trois jours de silence complet, avant un aveu embarrassé sur les graves incidents qui ont marqué la soirée du réveillon du 1er janvier, non seulement dans la grande cité du nord de l'Allemagne, mais aussi dans quatre autres villes du pays, ont enflammé les esprits comme jamais depuis le début de la crise migratoire. D'autant que le gouvernement continue d'entretenir le flou sur la nationalité de ceux qui, rien qu'à Cologne, ont entraîné le dépôt de 125 plaintes de femmes molestées, attouchées, volées et, pour deux d'entre elles, violées, dans les parages et les couloirs de métro proches de la cathédrale et de la gare de la ville. Tout ce que l'on sait aujourd'hui provient du témoignage des victimes, qui parlent de leurs agresseurs comme d'hommes de type arabe ou nord-africain.
Lire aussi Les agressions sexuelles à Cologne libèrent le discours anti-migrants
Mais cela a suffi pour faire immédiatement écho dans l'opinion allemande, et au-delà, à une inquiétude qui jusqu'alors n'était partagée que par certains experts en démographie ou en sociologie : le nombre de réfugiés hommes arrivés en Europe depuis le début de la crise migratoire excède de beaucoup celui des femmes. Au point que, si aucune mesure de contrôle n'est prise, le déficit de femmes dans la population d'étrangers cherchant à s'établir en Europe va complètement transformer le rapport entre les sexes dans ces pays.
D'après les statistiques de l'Organisation internationale pour les migrations établies pour les onze premiers mois de 2015 sur l'ensemble des migrants, toutes provenances confondues, plus de 69 % sont des hommes, contre 13 % de femmes et 18 % de mineurs. Parmi ces derniers, la moitié sont sans famille connue. Enfin, dans cette même population, 90 % sont de jeunes hommes.
L'une des explications de ce phénomène est que, lorsqu'une famille syrienne, par exemple, décide de s'exiler pour fuir la guerre, elle fait d'abord une étape dans un camp en Turquie, au Liban ou en Jordanie. Puis, au bout de quelque temps, comme les conditions de vie dans ces endroits sont très précaires, les hommes décident de partir en éclaireurs en tentant l'aventure du voyage vers l'Europe. Avec l'espoir que leurs familles pourront bientôt les rejoindre. Mais, comme cela se passe rarement aussi bien que prévu, sauf pour ceux qui ont beaucoup d'argent, les situations de séparation perdurent. Avec les hommes parvenus dans un pays européen, mais souvent dans une situation si incertaine – absence de papiers, permis provisoires – qu'ils ne peuvent faire venir leurs familles.
Par ailleurs, parmi les mineurs sans famille – dont 90 % sont des garçons –, la quasi-totalité de ceux qui se présentent dans les pays européens se voit accorder le droit d'asile, pour des raisons humanitaires évidentes. Mais la conséquence démographique est inquiétante : ainsi, la Suède vient de s'apercevoir que, dans sa population de 16 à 18 ans, le ratio est aujourd'hui de 123 garçons pour 100 filles. C'est un déficit plus important que celui de la Chine (117 pour 100), après des années de campagne pour un fils unique. Une politique antinataliste d'ailleurs abandonnée depuis quelques mois par Pékin parce que jugée dangereuse.
Cette bombe à retardement démographique a amené certains pays soit à fermer presque totalement leurs frontières (Hongrie, Pologne, Tchéquie, Slovénie, Danemark, Suède), soit à contrôler strictement le flux des arrivants. Ainsi, le Canada, qui avait généreusement annoncé par la voix de son jeune et tout nouveau Premier ministre Justin Trudeau qu'il était prêt à accueillir 25 000 réfugiés, vient de préciser les conditions d'entrée de ceux-ci sur son territoire : désormais ne seront admises au Canada que les familles et les femmes seules.
Pour éviter que cette disproportion entre les sexes ne vienne à provoquer des incidents en Europe, dont les réfugiés sont déjà accusés à Cologne, il ne reste plus qu'à souhaiter et à faciliter le retour de conditions normales de vie en Syrie, en Irak et en Afghanistan. Seule condition pour espérer la réunification de familles aujourd'hui dramatiquement dispersées.
Migrants : la possible bombe démographique
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"L'UE risque de vivre le même sort que l'Empire romain, si elle ne regagne pas le contrôle de ses frontières, et stoppe "l'afflux massif" de réfugiés du Moyen Orient et de l'Asie centrale", a ...
l'arrivée de plus de 800 000 migrants cette année a soulevé une vague d'inquiétude sans précédent chez notre voisin, ce qui explique en grande partie la chute de popularité de la « chancelière Teflon ». Le quotidien conservateur Die Zeit estime que la période actuelle pourrait être « le début de la fin » pour la passionnée d'opéra et de randonnée montagnarde qui se verrait pourtant bien briguer un quatrième mandat en 2017
La crise des réfugiés impacte sévèrement les économies des pays de transit
En Turquie, en Jordanie, mais aussi dans le sud-est de l'Europe, les économies subissent de plein fouet l'impact de la crise migratoire consécutive aux conflits de Syrie et d'Irak. Un rapport de la
L'Allemagne a un gros problème démographique, pourtant pas nécessairement celui que l'on croit. Si sa population reste en effet stable avec un peu plus de 80 millions d'habitants, c'est l'âge d...
http://www.michelsanti.fr/le-privilege-exorbitant-de-lallemagne/
Guerres aventureuses en Irak et en Libye, enlisement syrien, misère qui ravage une partie de l'Afrique... Les raisons de la vague migratoire qui déferle sur l'Europe.
Un malheureux enfant de trois ans endormi pour l'éternité sur une plage du littoral turc : en ces jours d'été déclinant, il aura fallu la diffusion douloureuse de cette affreuse image pour faire prendre conscience à une opinion publique blasée de l'ampleur de la tragédie qui se joue sous nos yeux. On est brusquement passé d'une indifférence vaguement compassionnelle à un tsunami émotionnel et irrationnel. En l'occurrence, l'émotion est tout à fait salutaire, mais n'interdit pas de tenter d'analyser avec lucidité l'enchaînement qui a conduit à une telle situation.
Jacques Chirac avait prévenu George W. Bush, Dominique de Villepin l'avait martelé à la tribune des Nations unies et dans les coulisses diplomatiques : si vous attaquez la citadelle irakienne, vous bouleversez tous les fragiles équilibres régionaux entre mondes sunnite et chiite, entre mondes perse et arabe, entre mondes laïc et islamiste. Vous ouvrez la voie à un démantèlement de l'Irak déjà bien engagé avec l'autonomie de facto du Kurdistan irakien. Et vous risquez d'instaurer le chaos pour un siècle.
Mais George W. Bush voulait à tout prix ouvrir les fatidiques portes de la guerre. Douze ans plus tard, le bilan est éloquent : des centaines de milliers de morts (beaucoup plus que sous Saddam Hussein), le pays sunnite et les zones chrétiennes en grande partie contrôlés par Daesh, des attentats ravageant quotidiennement le pays. Militairement, ce sont les Iraniens qui sont à la manœuvre pour combattre l'organisation État islamique avec l'assentiment inavouable des Américains. L'Irak chiite est devenu une sorte de protectorat de Téhéran. Des flots de réfugiés irakiens cherchent, eux, le salut dans la fuite à l'étranger.
« Libye : bienvenue dans un guêpier », écrivions-nous le 19 mars 2011 au moment du déclenchement de la campagne aérienne contre Kadhafi. Nous n'avions pas grand mérite : il suffisait de regarder l'histoire. Patchwork de tribus, la Libye a été constituée en 1951 en amalgamant la Tripolitaine, la Cyrénaïque et le Fezzan. Une construction bancale tenue d'une main de fer par un bouffon sanguinaire : Kadhafi. Mais un bouffon qui contrôlait ses frontières et, au final, faisait plutôt moins de morts que le chaos actuel. Aujourd'hui, le pays est aux mains de diverses milices, de deux gouvernements fantoches, les groupes djihadistes prospèrent, les côtes libyennes sont devenues les ports francs de tous les passeurs, trafiquants d'êtres humains.
L'affaire était entendue dès la fin 2011 : la chute de Bachar el-Assad n'était plus qu'une question de semaines, tout au plus de mois. Quatre ans plus tard, il est toujours là grâce, notamment, à ses alliés iraniens et russes, mais aussi parce qu'une partie de la population redoute davantage Daesh que le régime. Affaibli donc, dans l'impossibilité de gagner la partie, mais toujours au pouvoir. Fin août 2012, après l'utilisation d'armes chimiques par les troupes syriennes, les Français croyaient pourtant l'heure venue de passer à une phase active. Les moteurs des Rafale chauffaient déjà. Mais l'Oncle Sam, au dernier moment, a fait défaut au grand désarroi de François Hollande. Exit, donc, la solution militaire. Les Américains n'ont pas, aujourd'hui, changé de ligne : pas question d'intervenir en Syrie. « C'est une décision stratégique », souligne un diplomate. Obama, instruit par l'exemple irakien, ne veut pas détruire l'État syrien. Les Russes cherchent une solution de contournement, l'Arabie saoudite veut promouvoir des opposants islamistes présentables, et les Français encouragent une espèce rarissime : des opposants démocrates. En réalité, face à Bachar, ce sont les combattants de Daesh qui tiennent le terrain.
Pendant ce temps, le conflit a provoqué une énorme vague de réfugiés : plus de quatre millions de Syriens ont fui leur pays (1,2 million sont au Liban, 1,8 million en Turquie). Et beaucoup rêvent d'Europe. Mais les turbulences de l'Orient compliqué n'expliquent pas tout. Une bonne moitié des réfugiés qui cherchent à venir en Europe sont des migrants économiques victimes de politiques prédatrices. Beaucoup viennent d'Érythrée, de Somalie, mais aussi d'Afrique centrale, notamment du Nigeria, le géant du continent dont les richesses pétrolières sont très mal partagées. Le « miracle économique africain » que tout le monde espère ne se réalisera que si la bombe à retardement de la misère est désamorcée à temps.
La passivité des États-Unis est stupéfiante dans une des crises humanitaires les plus graves que le monde ait connues depuis la Seconde Guerre mondiale.
« Mes chers compatriotes américains, nous sommes et serons toujours une nation d'immigrants. Nous avons tous été des étrangers. » C'était le 21 novembre 2011 à la Maison-Blanche et dans un discours solennel, Barack Obama exhortait ses compatriotes à accepter l'arrivée sur le sol américain d'immigrants venus du Mexique. On peut comprendre que la proximité de ce courant d'immigration aux frontières immédiates des États-Unis en ait fait un problème prioritaire pour le président américain. Mais on ne peut retenir l'excuse de l'éloignement pour exonérer Obama de ses responsabilités dans la situation créée par la marée de réfugiés qui déferlent depuis l'été sur l'Europe en provenance de Syrie, d'Irak et d'Afghanistan.
Car dans tous les cas, la responsabilité des États-Unis dans les situations de guerre qui sont à l'origine des immenses flux migratoires que nous connaissons est directement ou indirectement (dans le cas de la Syrie) engagée. Et l'Europe ne peut se contenter, de la part d'un pays qui est encore censé exercer un rôle prééminent dans le monde occidental, des bonnes paroles adressées par Obama à la chancelière Angela Merkel le 26 août quand il lui disait « avoir apprécié son leadership dans la crise des migrants ».
C'est un peu court, comme est ridiculement chiche le nombre de réfugiés politiques venus de Syrie acceptés par les États-Unis en quatre ans : 15 000. On rappellera juste pour mémoire que dans l'exode des boat people du Vietnam, entre 1978 et 1980, les États-Unis ont recueilli plus de la moitié des 2 millions de ceux qui ont fui les conséquences d'une guerre dans laquelle les troupes américaines étaient partie prenante. Comme elles l'ont été en Afghanistan et en Irak.
Cette coupable passivité dans la solidarité internationale indispensable commence à émouvoir certains Américains. Ils sont naturellement moins nombreux dans les rangs démocrates où un certain égoïsme non interventionniste a toujours été la marque du parti, que dans le camp républicain, où l'on a déjà l'œil sur l'élection de 2016. Ainsi John Bolton, ancien ambassadeur des États-Unis à l'ONU, a-t-il assez précisément critiqué l'attitude d'Obama, qui, dans tous les conflits actuels « est un président qui dirige de l'arrière ». Autrement dit, sans jamais se mettre en première ligne, autant dire sans se mouiller.
Un thème que la crise des migrants va d'autant plus remettre d'actualité que l'origine de ce mouvement migratoire, c'est évidemment et pour l'essentiel la guerre contre Daesh. Une année après le lancement des premières missions contre l'État islamique, le bilan des 6 500 frappes aériennes est bien maigre. Aux États-Unis (comme en France ), l'heure des remises en cause a sonné. Mais, si on attend de François Hollande qu'il étende – enfin – à la Syrie les frappes aériennes contre Daesh, que peut-on espérer d'un président des États-Unis en fin de mandat ? Qu'à défaut d'une intervention au sol contre les djihadistes, qu'il prenne au moins la part qui lui revient, c'est-à-dire importante, à la résolution de la crise de tous ces malheureux qui, fuyant les guerres souvent au risque de leur vie et de celle de leur famille, affluent vers l'Europe. Au moins pour que les États-Unis, terre de liberté et d'accueil, ne continue pas à participer à ce que le pape François appelle « la mondialisation de l'indifférence ».
Migrants : et Obama dans tout ça ?
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