Migrants

Publié le par ottolilienthal

Une crise d'intégration plus qu'une crise migratoire en France

Contrairement aux apparences, la France n'est pas réellement en proie à une crise de l'immigration. Selon Eurostat, nous sommes le pays d'Europe de l'Ouest où les flux migratoires ont été les plus faibles depuis quinze ans. Le principal enjeu chez nous est l'intégration des descendants d'immigrés, souvent discriminés dans l'éducation, l'emploi et le logement. En réaction, certains se tournent vers l'islam intégriste pour retrouver leur dignité, nourrissant des tensions et alimentant le vote d'extrême droite.

L'Allemagne, une explosion des flux migratoires

A l’inverse, l’Allemagne a bien connu elle un afflux massif d'immigrants ces dix dernières années. Le pays compte désormais 19 % de résidents nés à l'étranger, 50 % de plus qu’en France et un quasi doublement en une décennie. Cet afflux de migrants a permis de répondre à la pénurie de main-d'œuvre et de financer les retraites d'une population vieillissante. Grâce à cette immigration, la population allemande est repartie à la hausse après des années de déclin.

Une Allemagne sous tension identitaire et économique

Mais cette transformation rapide a également provoqué des tensions, notamment en ex-RDA, où l'immigration était quasi inexistante pendant 45 ans. D’autant plus que, contrairement à la France, l'Allemagne impose une répartition stricte des demandeurs d'asile sur l'ensemble du territoire, ce qui a accentué les crispations locales. L'explosion des prix de l'immobilier, due surtout à la politique monétaire accommodante de la BCE, a été souvent imputée à l'afflux migratoire.

Un choc identitaire dans un pays chrétien

Contrairement à la France, l'Allemagne ne se définit pas comme un État laïque mais comme un pays chrétien. Des cours de religion sont dispensés à l'école et l'État prélève l'impôt pour le compte des églises. L'arrivée massive de musulmans a ébranlé cette identité, provoquant des réactions de rejet.

Criminalité et médiatisation : le tournant de l'opinion

Une série de crimes et d'attentats commis par des migrants a fortement marqué l'opinion publique allemande. Les agressions sexuelles de Cologne en 2015, les attaques au couteau et les attentats terroristes ont été largement relayés par les médias, notamment le Bild Zeitung, renforçant la perception d'une insécurité croissante liée aux migrations.

D'une Allemagne humaniste à une Allemagne repliée sur elle-même

En 2015, une Allemagne, décidée à effacer les stigmates du nazisme, avait accueilli un million de réfugiés syriens, Angela Merkel affirmant alors haut et fort : "Wir schaffen das" (On va y arriver). Dix ans plus tard, le pays est pourtant devenu lui aussi frileux et replié sur lui-même. Toutes les forces politiques prônent un durcissement de la politique migratoire. Passions politiques et réalités économiques suivent très souvent des logiques différentes.

 
Guillaume Duval
https://www.xerficanal.com/economie/emission/Guillaume-Duval-Immigration-France-vs-Allemagne-crise-d-integration-contre-choc-migratoire

Publié le mercredi 19 février 2025

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Le cri d’alarme des communes allemandes face à l’immigration...

À Fulda, 70 000 habitants, les responsables locaux sont débordés et exigent un plafonnement de l’immigration, thème central des élections législatives du 23 février en Allemagne...

«  Wir schaffen das nicht ! Nous n'y arrivons pas. C'est aussi simple que ça », décrète Bernd Woide d'un ton catégorique. Le conseiller régional revisite l'illustre formule d'Angela Merkel qui, en 2015, encourageait les Allemands à accueillir des centaines de milliers de migrants. Bernd Woide est responsable de leur gestion dans cette région de 220 000 habitants autour de Fulda, commune de 70 000 âmes située dans la Hesse, dans le centre du pays.

En l'espace de dix ans, cette région qui ne connaissait que l'immigration traditionnelle – italienne, portugaise, grecque et turque – a vu arriver des Syriens, des Afghans, des Iraniens, puis des Ukrainiens chassés de chez eux par la guerre et la répression. Beaucoup de monde en très peu de temps. Les réfugiés ont chamboulé Fulda, cette petite ville aisée et très catholique avec son château et ses clochers baroques. Le bilan de Bernd Woide est on ne peut plus clair : « Au cours des dix dernières années, nous avons accueilli près de 9 000 personnes dans la région. C'est l'équivalent d'une commune entière et c'est trop. »

Bernd Woide se fait le porte-voix des communes allemandes stressées qui, depuis longtemps déjà, se plaignent : « Nos capacités ne suffisent plus, nous manquons de logements, de places dans les jardins d'enfants et les écoles, d'enseignants supplémentaires pour accompagner les enfants qui ne parlent pas allemand, de cours de langue, de structures de formation professionnelle pour ceux dont la demande d'asile a été acceptée et qui ont le droit de travailler. »

Des procédures longues

Les Allemands protestent également : il faut attendre des semaines pour obtenir un rendez-vous chez un spécialiste et les généralistes ne peuvent plus prendre de nouveaux patients. Les régions rurales manquent de médecins. Après l'attentat d'Aschaffenburg le mois dernier – un Afghan qui avait été signalé pour troubles psychiatriques a poignardé et tué une petite fille de deux ans et l'homme qui s'était interposé pour la protéger –, certains ont exigé que les demandeurs d'asile traumatisés soient suivis par des psychologues. Une idée qui fait bondir Bernd Woide : « Des psychologues ! Mais ils rêvent à Berlin. Quand chez nous on manque même de généralistes ! »

Jochen Kohlert, cofondateur du projet « Wohnzimmer », une association qui s'efforce d'établir « des ponts » entre les habitants de la ville et les migrants, décrit le quotidien de tous ceux qui attendent que leur demande d'asile soit examinée : « Le problème, c'est que les administrations sont débordées et qu'il faut parfois compter plusieurs années, trois ans, cinq ans pour qu'un dossier soit traité. S'il est rejeté et que le migrant décide de faire appel devant un tribunal administratif, c'est reparti pour quelques années. Aux Pays-Bas, la procédure est beaucoup plus rapide. Pendant ce temps ces gens, souvent des hommes jeunes qui ont envie de faire leur vie, se retrouvent entassés dans des foyers d'accueil situés souvent dans des régions rurales isolées. Ils sont désœuvrés puisqu'ils n'ont pas le droit de travailler. Au pays, les familles attendent qu'ils envoient de l'argent, qu'ils les fassent venir. C'est une situation intolérable et certains développent des troubles psychiques. »

Le coût important de la politique d'accueil

L'État social allemand est l'un des plus généreux d'Europe, ce qui fait de l'Allemagne une destination particulièrement prisée pour les réfugiés. Jürgen Stock, responsable de la section travail et prestations sociales au Landkreis, le district de Fulda, projette un tableau sur le mur de son bureau. Il dénonce le coût exorbitant de la politique migratoire : « Un demandeur d'asile qui met le pied en Allemagne a droit automatiquement à 450 euros pour vivre par mois. En outre, son logement et ses soins de santé sont pris en charge. Si l'on ajoute les allocations familiales, une famille de quatre personnes peut compter sur 2 000 euros par mois, logement gratuit et cela pendant toute la durée, parfois fort longue, durant laquelle son dossier est traité. Une fois que la demande d'asile est approuvée, il touche le Bürgergeld (le RSA allemand), c'est-à-dire 100 euros supplémentaires. Il bénéficie alors du même statut qu'un chômeur allemand. Les réfugiés ukrainiens eux ont tout de suite droit au Bürgergeld. »

Résultat : 25 % des bénéficiaires du Bürgergeld sont des demandeurs d'asile dont le statut a été reconnu. 23 % sont des Ukrainiens et 10 % sont originaires d'un autre pays de l'Union européenne. 42 % seulement sont des Allemands. La moitié des bénéficiaires du Bürgergeld sont donc des migrants ou des réfugiés et c'est compter sans tous ceux dont le dossier est en cours et qui touchent aussi des allocations. « Au cours des quatre dernières années, a calculé Jürgen Stock, le budget annuel que nous réservons au Bürgergeld est passé de 50 millions à 80 millions d'euros, soit une hausse de 60 % pour le Landkreis Fulda. » En outre, seulement 46 % des Syriens sont salariés et paient des cotisations sociales. « Alors qu'ils sont là depuis 2015, appuie Jürgen Stock. En Pologne et dans les pays Baltes, la part de ceux qui travaillent est beaucoup plus élevée. »

C’est notre système qui engendre les problèmes, pas les gens qui viennent chez nous.Bernd Woide, conseiller régional dans le district de Fulda

Bernd Woide estime que la responsabilité de cette situation devenue ingérable revient au « gouvernement à Berlin qui n'a aucune idée de la réalité que nous vivons ici. J'aimerais que les politiques fassent mon boulot pendant un mois. Je ne suis pas un idéologue, mais un pragmatique. C'est notre système qui engendre les problèmes, pas les gens qui viennent chez nous. Notre devoir est de les protéger et de les aider à devenir responsables d'eux-mêmes. Pour cela, il faut commencer par plafonner le nombre des arrivées. »

Il a applaudi le plan en cinq points annoncé par Friedrich Merz pour limiter l'immigration en imposant, entre autres, le contrôle aux frontières et en les fermant aux demandeurs d'asile censés – en vertu des accords de Dublin – déposer leur demande dans un autre pays de l'Union européenne. Et tant pis si le candidat conservateur aux élections du 23 février a essayé de faire passer sa motion avec les voix de l'extrême droite. Un tabou brisé qui a fait descendre des centaines de milliers d'Allemands dans la rue.

Accueillir moins pour intégrer mieux

Mais certains élus chrétiens-démocrates à Fulda redoutent, en suggérant de plafonner l'immigration, d'être mis dans le même sac que l'extrême droite. Pour eux, l'attentisme des gouvernements successifs – ceux d'Angela Merkel et celui d'Olaf Scholz – est responsable de la montée de l'AfD. Aux législatives de 2021, 13 % des électeurs de la région avaient voté pour le parti d'extrême droite. En 2023, lors des régionales de Hesse, ils étaient 24 %. Un résultat qui a toutes les chances d'être confirmé le 23 février.

Quand le chrétien-démocrate Heiko Wingenfeld a pris ses fonctions de maire en août 2015, il a reçu un coup de fil : « Débrouille-toi pour loger 1 000 migrants. Ils arrivent dans 48 heures. » Dans son bureau logé dans le Stadtschloss, ancienne résidence des princes-abbés et évêques de Fulda, Heiko Wingenfeld n'a pas oublié ce branle-bas de combat. Il fait ériger un campement provisoire. À l'époque, l'économie était au beau fixe, s'empresse-t-il de souligner.

« Mais aujourd'hui, nous avons un cocktail explosif : les migrants continuent à arriver alors que notre économie va mal. Le problème, c'est que pendant des décennies l'Allemagne a ignoré la réalité de l'immigration. Nous n'avons élaboré aucune stratégie et nous avons été pris par surprise. Nous avons été jetés à l'eau et elle est glaciale. »

Tous ces nouveaux venus ne sont-ils pas la réponse à la chronique pénurie de main-d'œuvre qualifiée qui ne va faire que s'aggraver avec une population vieillissante ? Heiko Wingenfeld donne l'exemple d'un dentiste syrien dont la région avait grand besoin : « Il a dû attendre un an pour avoir droit à un cours de langue. Il travaille maintenant. Il s'en est sorti. Mais beaucoup sont restés en rade parce que nous ne pouvons pas nous occuper d'eux de façon adéquate. Cent nationalités différentes travaillent dans notre hôpital communal qui compte 1 000 lits. Sans ces gens, notre système s'écroulerait. Nous avons besoin d'une culture de l'accueil, mais aussi d'une stratégie et surtout d'un plafond. Avant d'accueillir d'autres personnes, il faut nous assurer que ceux qui sont là ne sont pas livrés à eux-mêmes, mais pris en charge. »

De notre correspondante en Allemagne,

https://www.lepoint.fr/monde/en-allemagne-le-cri-d-alarme-des-communes-face-a-l-immigration-avant-les-elections-legislatives

Suspension de l’Allemagne de l’accord de Schengen : l’Europe en émoi face aux répercussions sur l’immigration...

L’Allemagne a pris la décision inattendue de suspendre l’accord de Schengen, qui supprime les contrôles aux frontières entre 29 pays européens. Cette décision est principalement motivée par la répression de l’Allemagne contre l’immigration clandestine.

Le gouvernement a annoncé des plans visant à renforcer les contrôles à toutes les frontières terrestres, en invoquant des préoccupations liées à l’extrémisme islamique et à l’augmentation du nombre d’arrivées en provenance de régions touchées par des conflits. Pour décourager encore davantage l’immigration, les autorités ont mis au point un système de rejet des migrants directement aux frontières allemandes.

Réaction de l’Europe et conséquences

La suspension de l’espace Schengen a suscité une vive inquiétude dans toute l’Europe. L’Autriche a déclaré qu’elle n’accepterait aucun immigrant rejeté par l’Allemagne, ce qui pourrait entraîner la fermeture des frontières entre les pays voisins. Les critiques affirment que ces mesures sont contraires au traité et qu’elles risquent d’ébranler l’ensemble du système Schengen.

Contexte mondial et critique

La situation en Allemagne reflète les inquiétudes plus générales suscitées par l’immigration en Europe et aux États-Unis. Un récent sondage réalisé aux États-Unis a révélé que la moitié des personnes interrogées perçoivent le grand nombre d’immigrants et de réfugiés comme une menace grave pour leurs intérêts. Des préoccupations similaires ont été exprimées en Allemagne, où la coalition au pouvoir subit des pressions pour faire face à la menace perçue de l’immigration.

Perspectives et solutions d’experts

Toutefois, certains experts mettent en garde contre les solutions simplistes, estimant qu’il est essentiel de s’attaquer aux causes profondes de la migration et de promouvoir l’intégration pour trouver des solutions durables.

r Business AM
publié le

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La migration change-t-elle l’Union européenne?
 

 

En 1990, l’Espagne était encore un pays d’émigrants : dans toute l’Europe du Nord, les maçons et les ouvriers agricoles étaient espagnols ou portugais. Le nombre de résidents nés à l’étranger atteignait à peine 2 %.

Maintenant, ce chiffre est officiellement passé à 15%, et c’est probablement une faible évaluation. Il faut remonter à des temps très anciens, à l’époque des grandes invasions, pour trouver une telle modification dans la composition de la population. L’Espagne n’est pas un cas isolé. Entre 1990 et aujourd’hui, la population italienne née à l’étranger est passée de 3% à 11%.

Plus spectaculaire encore, l’Allemagne est passée de 8 % à 19 %. En revanche, la France, pays traditionnellement d’immigration, n’a enregistré qu’une augmentation relativement modeste, passant de 10 pour cent de résidents nés à l’étranger à 13 pour cent. C’est pourtant en France que les partis politiques hostiles à l’immigration sont les plus forts et les plus bruyants, et qu’ils sont aux portes du pouvoir. L’immigration explique donc l’essor des partis dits populistes ou nationalistes, mais ce n’est pas la seule explication.

Certes, ces partis fondent leur prospérité électorale principalement sur la dénonciation de l’immigration, mais d’autres facteurs interviennent également. À titre d’exemple, en Europe du Nord et dans les pays scandinaves, qui ont une tradition culturelle de tolérance plus enracinée que l’Europe catholique, l’Espagne, la France et l’Italie, les partis xénophobes ont eu tendance à reculer lors des dernières élections européennes.

Le lien entre le vote nationaliste et l’immigration n’est donc pas instantané. D’autres facteurs doivent être ajoutés, tels que la peur psychologique des étrangers qui sont supposés saper notre culture, notre morale et même notre religion. La situation économique réelle ou perçue contribue également à ce que l’immigration soit plus ou moins acceptée. En Italie et en Espagne, où la prospérité relative est assez récente, l’inquiétude suscitée par l’immigration est plus grande que dans le nord de l’Europe, où le bien-être économique a été atteint il y a plus longtemps.

Nous ne proposons donc pas ici une équation parfaite entre immigration et élections. Cependant, nous ne pouvons ignorer un mouvement social aussi profond que celui qui touche particulièrement l’Espagne, l’Italie et la France. Indépendamment des préférences personnelles pour ou contre l’immigration, il faut admettre que ce grand phénomène de notre temps n’est pas réellement géré, ni par l’Union européenne ni par les pays d’accueil. Il faut aussi reconnaître que le problème n’est pas facile à évaluer. Si nous suivons une approche strictement économique, il est difficile de déterminer si l’immigration a un effet positif ou négatif. La quasi-totalité des immigrants récents travaillent, généralement dans des emplois que les nationaux ne souhaitent pas. Leur contribution économique est donc positive. Mais nous devons déduire les coûts sociaux supportés par la communauté, comme la scolarisation des enfants et la santé publique.

Aucun économiste ne peut honnêtement conclure si l’effet global est positif ou négatif. Une évaluation en termes culturels serait tout aussi arbitraire. Les jeunes se félicitent souvent de la diversité que les immigrés apportent au paysage urbain, à la musique et à la cuisine. Les anciens sont offensés. Mais qui peut définir la civilisation? Les immigrants mettent-ils en danger la sécurité des résidents âgés? Là encore, il n’existe pas de réponse quantifiée. Si le nombre de délinquants parmi les immigrants récents semble élevé, il s’agit souvent d’un effet de visibilité ou lié à la précarité de leur logement et de leur emploi.

En Allemagne, pays européen où l’immigration a le plus augmenté ces dernières années, notamment en provenance de Syrie et d’Afghanistan, cette immigration a sans doute contribué au rejet de l’Europe ouverte, mais seulement dans l’ancienne Allemagne de l’Est, qui ne se sent certainement pas encore associé à la prospérité économique de l’ensemble du pays. Donc, ils rendent les immigrants responsables, parce que les immigrants sont des boucs émissaires partout.

Toutes ces affirmations, évidentes ou non, sont rarement évaluées ou communiquées clairement. Le sujet est si délicat que les gouvernements et leur opposition préfèrent ne pas en parler du tout, le caricaturer ou le renvoyer au niveau européen. Le silence et la confusion ne contribuent en rien à la paix civile. De même, les mesures 'ad hoc' prises pour bloquer l’immigration dans les pays d’origine sont généralement inhumaines et inefficaces. Payer le gouvernement turc pour empêcher le passage en Grèce n’est pas un modèle dont nous pouvons être fiers. Reproduire cet accord avec la Tunisie et la Libye nous met entre les mains de régimes peu respectables. L’hypocrisie de ces pactes nous empêche de trop nous intéresser à la situation des candidats à l’immigration et les encourage à emprunter des voies plus dangereuses.

Est-il possible d’imaginer une politique d’immigration claire en Europe, de préférence au niveau européen? C’est possible, tant que nous faisons preuve de réalisme et d’imagination. Le réalisme serait d’admettre que nous avons besoin d’immigrants, à condition qu’ils puissent s’intégrer au marché du travail. Dans le passé, avant que l’Union européenne ne l’interdise, la Suisse a adopté un système de quotas par canton : le nombre d’immigrants admis chaque année, avec un contrat de cinq ans, correspondait aux offres d’emploi que leur faisaient les entreprises locales. Ce système suisse ne respectait apparemment pas les droits de l’homme. Je ne suis pas sûr que la gestion anarchique actuelle de l’immigration les respecte davantage. Personnellement, il serait partisan de rétablir le modèle suisse dans toute l’Europe. Nous pourrions également nous inspirer de la solution libérale que j’ai déjà décrite dans ce journal, imaginée par l’économiste de Chicago Gary Becker. Il proposait d’exiger un visa payant pour entrer sur le marché européen ou aux États-Unis, car l’immigration est en quelque sorte un investissement.

La proposition est un peu théorique, mais il serait possible de la transformer en quelque chose de pratique en créant une sorte de billet d’entrée en Europe. C’est à cela que pourrait servir le nouveau Parlement européen : inventer une politique continentale d’immigration. Et bien sûr, pour nous unir face à la menace russe, un sujet que j’ai soulevé la semaine dernière. Voilà, à mon avis, les deux priorités, interne et externe, qui détermineront l’avenir de tout le continent.

Guy Sorman 26 06 24

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Le Pew Research Center a montré que, bien loin d'être une particularité occidentale, le désir de juguler l'immigration est commun à de nombreux pays.

 
 

 

Alice Schwarzer : "Cologne a été une guerre sexuelle"

La grande féministe allemande revient sur la nuit de cauchemar de la Saint-Sylvestre qui a changé l'Allemagne. Entretien.


 
Allemagne - Cologne, cette nuit où tout a changé

Un an après la Saint-Sylvestre où une vague d'agressions sexuelles a terrifié la ville, retour sur les faits et le choc qui s'est ensuivi outre-Rhin.

Nauru leaks : “Une immense défaite morale pour l’Australie”

 

Plus de 2.000 documents publiés par le Guardian dénoncent des conditions de vie indignes sur l’île de Nauru, où l’Australie maintient en détention ses demandeurs d’asile.

 

 

Depuis 2001, l’Australie ferme ses portes aux migrants, et notamment aux demandeurs d'asile. Pour mener cette politique contraire à la convention de Genève, dont elle est signataire, Canberra a mis en place des centres de rétention sur les îles de Nauru et de Manus (depuis fermé) en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Régulièrement, les ONG dénoncent la précarité qui y règne mais ni ces organisations, ni les journalistes, tenus à l’écart par les autorités, n’avaient pu filmer les lieux. Le 10 août, le Guardian Australia a publié plus de 2.000 documents confidentiels rédigés par le personnel du centre de Nauru. Leurs notes, qui portent sur les années 2013, 2014 et 2015, dénoncent des conditions de vie indignes, des agressions et des abus sexuels touchant pour moitié des mineurs.

Pour évoquer ces Nauru Leaks, La Vie a interviewé le Franco-Australien David Camroux, maître de conférences à Sciences Po et spécialiste des systèmes politiques asiatiques au Centre de recherches internationales (CERI).

Historiquement, l’Australie est une terre d’immigration. Comment en sommes-nous arrivés à ces Nauru Leaks ?

Malgré son histoire, l’Australie conserve une mentalité insulaire et l’immigration est devenue un enjeu majeur pour les partis politiques. En 2001, le gouvernement conservateur de John Howard avait mis en place la « Pacific solution » suite à l’affaire Tampa, qui tient son nom d’un navire norvégien repoussé par les gardes-côtes australiens alors qu’il secourait des boat-people venus d’Indonésie. Cette décision, qui consistait à renvoyer vers les îles environnantes les demandeurs d’asile, contrevenait au droit maritime mais elle a fait entrer le sujet au sein du débat politique. L'exécutif de l’époque avait même envisagé de « confier » les clandestins à la Malaisie, mais la situation était intenable par rapport au droit international, notamment la Convention de Genève relative aux droits des réfugiés.

Puis, en 2007, les travaillistes de Kevin Rudd puis de Julia Gillard ont supprimé cette disposition, avant de la remettre en place en 2012, sous la pression des conservateurs avant les élections fédérales. Depuis leur retour au pouvoir en 2013, le centre-droit incarné par Tony Abbott puis Malcolm Turnbull a encore durci sa position. L’Australie a même signé un accord financier avec le Cambodge, qui n’est pas vraiment une aimable démocratie, pour lui « transférer » ses réfugiés en échange d’argent.

Ces Nauru Leaks pourraient toutefois marquer un tournant.

L’opinion publique peut-elle infléchir cette politique ?

Les Australiens les plus virulents par rapport à l’immigration figurent parmi les derniers arrivés. Souvent originaires des pays de l’Est de l’Europe, ils sont animés par une peur de « perdre leur place ». Ils reprochent aux réfugiés d’être des « tricheurs » et de « refuser de faire la queue ». Malheureusement, ce discours est largement entretenu par la presse à scandales et conservatrice de Rupert Murdoch, toujours très influente.

Ces Nauru Leaks pourraient toutefois marquer un tournant. Car si des informations circulaient jusque-là dans la presse via des ONG ou des collectifs de médecins, on reprochait souvent à ces témoins de manquer d’objectivité. Et comme les demandes de visas des journalistes étaient refusés, la presse ne pouvait pas faire son travail. Cette fois, les fuites émanent de gens qui travaillent dans ces centres de rétention. Mais il faudra encore transformer l’essai sur un plan politique et cela va être compliqué : les conservateurs ont été réélus en 2015 pour trois ans, détiennent la chambre basse et l’extrême droite perce au sein de la chambre haute, l’équivalent du Sénat. Et même en cas de retour au pouvoir des travaillistes, seule l’aile gauche de ce parti semble prête à changer de politique migratoire.

Les critiques des ONG se multiplient et cela n’a jamais infléchi la politique australienne en matière d‘immigration.

Les pressions internationales peuvent-elles remettre en cause cette politique ?

Depuis l’affaire Tampa en août 2001, les critiques des ONG se multiplient et cela n’a jamais infléchi la politique australienne en matière d‘immigration. Et quand l’ONU a tapé du poing sur la table, comme en 2015, l’ex premier ministre Tony Abbott a affirmé que les « Australiens en avaient assez de recevoir des leçons de la part des Nations Unies » ! Il s’est même vanté d’avoir mis un terme aux décès en mer et à l’arrivée sur les côtes australiennes des boat people !

Pourtant, l’enquête de l’ONU confirmait les accusations des ONG, selon lesquelles l’Australie n’assurait pas de bonnes conditions de détention, organisait la détention des enfants et ne mettait pas un terme aux violences sur l’île de Manus. Le centre de détention a d’ailleurs été fermé entretemps suite à une décision de justice de la Cour suprême de la Papouasie-Nouvelle Guinée qui l’a jugé « illégal et anticonstitutionnel ».

Mais il ne faut pas trop compter sur une décision similaire de l’île de Nauru, même s’il s’agit d’une République indépendante de l’Australie depuis 1968. En effet, son économie est faible (PIB de 65 m€ d’après la Banque asiatique de développement, NDLR) et Canberra lui a promis 330 millions d’euros en échange de l’accueil systématique de ses demandeurs d’asile. Le rapport de force est trop inégal. Le pire, c’est que l’Australie se vante d’être une puissance moyenne, influente dans le Pacifique alors que sa politique d’immigration est, finalement, une immense défaite morale.

 

Pierre Laurent publié le 10/08/2016

Migrants : la possible bombe démographique

Les agressions sexuelles d'une centaine de femmes en Allemagne ont suffi à lancer une polémique sur la disproportion du nombre d'hommes parmi les réfugiés.

 

 

 

Cela a été « une soirée globalement calme ». Le jugement particulièrement minimaliste de la police de Cologne puis ses trois jours de silence complet, avant un aveu embarrassé sur les graves incidents qui ont marqué la soirée du réveillon du 1er janvier, non seulement dans la grande cité du nord de l'Allemagne, mais aussi dans quatre autres villes du pays, ont enflammé les esprits comme jamais depuis le début de la crise migratoire. D'autant que le gouvernement continue d'entretenir le flou sur la nationalité de ceux qui, rien qu'à Cologne, ont entraîné le dépôt de 125 plaintes de femmes molestées, attouchées, volées et, pour deux d'entre elles, violées, dans les parages et les couloirs de métro proches de la cathédrale et de la gare de la ville. Tout ce que l'on sait aujourd'hui provient du témoignage des victimes, qui parlent de leurs agresseurs comme d'hommes de type arabe ou nord-africain.

Lire aussi Les agressions sexuelles à Cologne libèrent le discours anti-migrants

Mais cela a suffi pour faire immédiatement écho dans l'opinion allemande, et au-delà, à une inquiétude qui jusqu'alors n'était partagée que par certains experts en démographie ou en sociologie : le nombre de réfugiés hommes arrivés en Europe depuis le début de la crise migratoire excède de beaucoup celui des femmes. Au point que, si aucune mesure de contrôle n'est prise, le déficit de femmes dans la population d'étrangers cherchant à s'établir en Europe va complètement transformer le rapport entre les sexes dans ces pays.

69 % d'hommes

D'après les statistiques de l'Organisation internationale pour les migrations établies pour les onze premiers mois de 2015 sur l'ensemble des migrants, toutes provenances confondues, plus de 69 % sont des hommes, contre 13 % de femmes et 18 % de mineurs. Parmi ces derniers, la moitié sont sans famille connue. Enfin, dans cette même population, 90 % sont de jeunes hommes.

L'une des explications de ce phénomène est que, lorsqu'une famille syrienne, par exemple, décide de s'exiler pour fuir la guerre, elle fait d'abord une étape dans un camp en Turquie, au Liban ou en Jordanie. Puis, au bout de quelque temps, comme les conditions de vie dans ces endroits sont très précaires, les hommes décident de partir en éclaireurs en tentant l'aventure du voyage vers l'Europe. Avec l'espoir que leurs familles pourront bientôt les rejoindre. Mais, comme cela se passe rarement aussi bien que prévu, sauf pour ceux qui ont beaucoup d'argent, les situations de séparation perdurent. Avec les hommes parvenus dans un pays européen, mais souvent dans une situation si incertaine – absence de papiers, permis provisoires – qu'ils ne peuvent faire venir leurs familles.

Familles et femmes seules

Par ailleurs, parmi les mineurs sans famille – dont 90 % sont des garçons –, la quasi-totalité de ceux qui se présentent dans les pays européens se voit accorder le droit d'asile, pour des raisons humanitaires évidentes. Mais la conséquence démographique est inquiétante : ainsi, la Suède vient de s'apercevoir que, dans sa population de 16 à 18 ans, le ratio est aujourd'hui de 123 garçons pour 100 filles. C'est un déficit plus important que celui de la Chine (117 pour 100), après des années de campagne pour un fils unique. Une politique antinataliste d'ailleurs abandonnée depuis quelques mois par Pékin parce que jugée dangereuse.

Cette bombe à retardement démographique a amené certains pays soit à fermer presque totalement leurs frontières (Hongrie, Pologne, Tchéquie, Slovénie, Danemark, Suède), soit à contrôler strictement le flux des arrivants. Ainsi, le Canada, qui avait généreusement annoncé par la voix de son jeune et tout nouveau Premier ministre Justin Trudeau qu'il était prêt à accueillir 25 000 réfugiés, vient de préciser les conditions d'entrée de ceux-ci sur son territoire : désormais ne seront admises au Canada que les familles et les femmes seules.

Pour éviter que cette disproportion entre les sexes ne vienne à provoquer des incidents en Europe, dont les réfugiés sont déjà accusés à Cologne, il ne reste plus qu'à souhaiter et à faciliter le retour de conditions normales de vie en Syrie, en Irak et en Afghanistan. Seule condition pour espérer la réunification de familles aujourd'hui dramatiquement dispersées.

 

Guerres aventureuses en Irak et en Libye, enlisement syrien, misère qui ravage une partie de l'Afrique... Les raisons de la vague migratoire qui déferle sur l'Europe.

 

 

 

Un malheureux enfant de trois ans endormi pour l'éternité sur une plage du littoral turc : en ces jours d'été déclinant, il aura fallu la diffusion douloureuse de cette affreuse image pour faire prendre conscience à une opinion publique blasée de l'ampleur de la tragédie qui se joue sous nos yeux. On est brusquement passé d'une indifférence vaguement compassionnelle à un tsunami émotionnel et irrationnel. En l'occurrence, l'émotion est tout à fait salutaire, mais n'interdit pas de tenter d'analyser avec lucidité l'enchaînement qui a conduit à une telle situation.

Premier acte : l'irresponsable guerre d'Irak

Jacques Chirac avait prévenu George W. Bush, Dominique de Villepin l'avait martelé à la tribune des Nations unies et dans les coulisses diplomatiques : si vous attaquez la citadelle irakienne, vous bouleversez tous les fragiles équilibres régionaux entre mondes sunnite et chiite, entre mondes perse et arabe, entre mondes laïc et islamiste. Vous ouvrez la voie à un démantèlement de l'Irak déjà bien engagé avec l'autonomie de facto du Kurdistan irakien. Et vous risquez d'instaurer le chaos pour un siècle.

Mais George W. Bush voulait à tout prix ouvrir les fatidiques portes de la guerre. Douze ans plus tard, le bilan est éloquent : des centaines de milliers de morts (beaucoup plus que sous Saddam Hussein), le pays sunnite et les zones chrétiennes en grande partie contrôlés par Daesh, des attentats ravageant quotidiennement le pays. Militairement, ce sont les Iraniens qui sont à la manœuvre pour combattre l'organisation État islamique avec l'assentiment inavouable des Américains. L'Irak chiite est devenu une sorte de protectorat de Téhéran. Des flots de réfugiés irakiens cherchent, eux, le salut dans la fuite à l'étranger.

Deuxième acte : la hasardeuse expédition libyenne

 

« Libye : bienvenue dans un guêpier », écrivions-nous le 19 mars 2011 au moment du déclenchement de la campagne aérienne contre Kadhafi. Nous n'avions pas grand mérite : il suffisait de regarder l'histoire. Patchwork de tribus, la Libye a été constituée en 1951 en amalgamant la Tripolitaine, la Cyrénaïque et le Fezzan. Une construction bancale tenue d'une main de fer par un bouffon sanguinaire : Kadhafi. Mais un bouffon qui contrôlait ses frontières et, au final, faisait plutôt moins de morts que le chaos actuel. Aujourd'hui, le pays est aux mains de diverses milices, de deux gouvernements fantoches, les groupes djihadistes prospèrent, les côtes libyennes sont devenues les ports francs de tous les passeurs, trafiquants d'êtres humains.

Troisième acte : l'enlisement syrien

 

L'affaire était entendue dès la fin 2011 : la chute de Bachar el-Assad n'était plus qu'une question de semaines, tout au plus de mois. Quatre ans plus tard, il est toujours là grâce, notamment, à ses alliés iraniens et russes, mais aussi parce qu'une partie de la population redoute davantage Daesh que le régime. Affaibli donc, dans l'impossibilité de gagner la partie, mais toujours au pouvoir. Fin août 2012, après l'utilisation d'armes chimiques par les troupes syriennes, les Français croyaient pourtant l'heure venue de passer à une phase active. Les moteurs des Rafale chauffaient déjà. Mais l'Oncle Sam, au dernier moment, a fait défaut au grand désarroi de François Hollande. Exit, donc, la solution militaire. Les Américains n'ont pas, aujourd'hui, changé de ligne : pas question d'intervenir en Syrie. « C'est une décision stratégique », souligne un diplomate. Obama, instruit par l'exemple irakien, ne veut pas détruire l'État syrien. Les Russes cherchent une solution de contournement, l'Arabie saoudite veut promouvoir des opposants islamistes présentables, et les Français encouragent une espèce rarissime : des opposants démocrates. En réalité, face à Bachar, ce sont les combattants de Daesh qui tiennent le terrain.

Pendant ce temps, le conflit a provoqué une énorme vague de réfugiés : plus de quatre millions de Syriens ont fui leur pays (1,2 million sont au Liban, 1,8 million en Turquie). Et beaucoup rêvent d'Europe. Mais les turbulences de l'Orient compliqué n'expliquent pas tout. Une bonne moitié des réfugiés qui cherchent à venir en Europe sont des migrants économiques victimes de politiques prédatrices. Beaucoup viennent d'Érythrée, de Somalie, mais aussi d'Afrique centrale, notamment du Nigeria, le géant du continent dont les richesses pétrolières sont très mal partagées. Le « miracle économique africain » que tout le monde espère ne se réalisera que si la bombe à retardement de la misère est désamorcée à temps.

 

 

 

 

Migrants : et Obama dans tout ça ?

 

La passivité des États-Unis est stupéfiante dans une des crises humanitaires les plus graves que le monde ait connues depuis la Seconde Guerre mondiale.

 

 

 

« Mes chers compatriotes américains, nous sommes et serons toujours une nation d'immigrants. Nous avons tous été des étrangers. » C'était le 21 novembre 2011 à la Maison-Blanche et dans un discours solennel, Barack Obama exhortait ses compatriotes à accepter l'arrivée sur le sol américain d'immigrants venus du Mexique. On peut comprendre que la proximité de ce courant d'immigration aux frontières immédiates des États-Unis en ait fait un problème prioritaire pour le président américain. Mais on ne peut retenir l'excuse de l'éloignement pour exonérer Obama de ses responsabilités dans la situation créée par la marée de réfugiés qui déferlent depuis l'été sur l'Europe en provenance de Syrie, d'Irak et d'Afghanistan.

Car dans tous les cas, la responsabilité des États-Unis dans les situations de guerre qui sont à l'origine des immenses flux migratoires que nous connaissons est directement ou indirectement (dans le cas de la Syrie) engagée. Et l'Europe ne peut se contenter, de la part d'un pays qui est encore censé exercer un rôle prééminent dans le monde occidental, des bonnes paroles adressées par Obama à la chancelière Angela Merkel le 26 août quand il lui disait « avoir apprécié son leadership dans la crise des migrants ».

C'est un peu court, comme est ridiculement chiche le nombre de réfugiés politiques venus de Syrie acceptés par les États-Unis en quatre ans : 15 000. On rappellera juste pour mémoire que dans l'exode des boat people du Vietnam, entre 1978 et 1980, les États-Unis ont recueilli plus de la moitié des 2 millions de ceux qui ont fui les conséquences d'une guerre dans laquelle les troupes américaines étaient partie prenante. Comme elles l'ont été en Afghanistan et en Irak.

"La mondialisation de l'indifférence"

Cette coupable passivité dans la solidarité internationale indispensable commence à émouvoir certains Américains. Ils sont naturellement moins nombreux dans les rangs démocrates où un certain égoïsme non interventionniste a toujours été la marque du parti, que dans le camp républicain, où l'on a déjà l'œil sur l'élection de 2016. Ainsi John Bolton, ancien ambassadeur des États-Unis à l'ONU, a-t-il assez précisément critiqué l'attitude d'Obama, qui, dans tous les conflits actuels « est un président qui dirige de l'arrière ». Autrement dit, sans jamais se mettre en première ligne, autant dire sans se mouiller.

Un thème que la crise des migrants va d'autant plus remettre d'actualité que l'origine de ce mouvement migratoire, c'est évidemment et pour l'essentiel la guerre contre Daesh. Une année après le lancement des premières missions contre l'État islamique, le bilan des 6 500 frappes aériennes est bien maigre. Aux États-Unis (comme en France ), l'heure des remises en cause a sonné. Mais, si on attend de François Hollande qu'il étende – enfin – à la Syrie les frappes aériennes contre Daesh, que peut-on espérer d'un président des États-Unis en fin de mandat ? Qu'à défaut d'une intervention au sol contre les djihadistes, qu'il prenne au moins la part qui lui revient, c'est-à-dire importante, à la résolution de la crise de tous ces malheureux qui, fuyant les guerres souvent au risque de leur vie et de celle de leur famille, affluent vers l'Europe. Au moins pour que les États-Unis, terre de liberté et d'accueil, ne continue pas à participer à ce que le pape François appelle « la mondialisation de l'indifférence ».

 

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