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Pétrole : dans l'oeil du cyclone..

Publié le par ottolilienthal

« Courir de plus en plus vite pour faire du surplace » : article de l’AIE sur l’accélération du déclin de la production des puits de pétrole et gaz...
 
Désormais 90% des investissements upstream (exploration/production) servent à compenser le déclin de production des gisements existants, et non à augmenter la production.
 
Autrement dit, si les investissements s’arrêtent, la production s’effondre. Le monde perdrait l’équivalent de la production de la Norvège et du Brésil chaque année.
 
Rappel d’éléments complémentaires précédemment partagés sur cette page :
 
1) Une part non-négligeable et croissante de la production pétrolière et gazière mondiale sert à… produire du pétrole et du gaz. Le monde se tourne vers des ressources à Taux de Retour Energétique de plus en plus bas. L’industrie pétro-gazière consacre désormais l’équivalent plus de 10% de sa production pour produire du pétrole et du gaz. C’est déjà significatif et cette part ne va faire qu’augmenter.
 
2) L’industrie américaine de pétrole de shiste, qui compense le déclin de la production conventionnelle depuis une vingtaine d’année, est limitée dans l’augmentation de sa production. Nous observons actuellement qu’elle n’accélère guère sa production (le contexte serait pourtant favorable).
 
3) Les investisseurs et producteurs américains restent prudents, privilégient la discipline financière et les profits après avoir essuyé des pertes dans les années 2010, et après tout s’accommoderaient très bien d’une production limitée et de prix qui resteraient durablement élevés ! Une hausse significative de production ferait chuter les prix alors que l’industrie a besoin de prix élevés pour être incitée à ouvrir de nouveaux puits de plus en plus couteux… le serpent se mord la queue.
 
4) A quoi se rajoute un monde où un drone à 10 000 dollars peut retirer du marché des centaines de milliers de barils par jour voire des millions.
 
Et maintenant, une traduction de cet article de l’AIE :
 
« Selon un nouveau rapport de l'AIE, le rythme moyen auquel la production des gisements de pétrole et de gaz décline au fil du temps s'est nettement accéléré à l'échelle mondiale. Cette accélération tient surtout au recours croissant aux ressources de schiste et à l'offshore profond. Les compagnies doivent donc fournir des efforts bien plus importants qu'auparavant pour simplement maintenir la production à son niveau actuel.
 
Le débat international sur l'avenir du pétrole et du gaz porte souvent sur l'évolution de la demande, tandis que les facteurs qui influent sur l'offre retiennent beaucoup moins l'attention. Le nouveau rapport de l'AIE, The Implications of Oil and Gas Field Decline Rates (« Les conséquences des taux de déclin des gisements de pétrole et de gaz »), entend rééquilibrer ce débat. Il s'appuie sur les travaux pionniers que l'AIE avait déjà consacrés aux taux de déclin et examine ce qui a changé depuis. La nouvelle analyse repose sur les données de production d'environ 15 000 gisements de pétrole et de gaz dans le monde.
 
« Seule une faible part des investissements amont dans le pétrole et le gaz sert à répondre à la hausse de la demande, alors que près de 90 % de ces investissements sont consacrés chaque année à compenser le déclin de production des gisements existants, a déclaré Fatih Birol, directeur exécutif de l'AIE. Les taux de déclin sont l'éléphant dans la pièce de toute discussion sur les besoins d'investissement dans le pétrole et le gaz, et notre nouvelle analyse montre qu'ils se sont accélérés ces dernières années. Pour le pétrole, en l'absence d'investissements amont, l'équivalent de la production cumulée du Brésil et de la Norvège disparaîtrait chaque année de l'équilibre du marché mondial.
 
Autrement dit, le secteur doit courir de plus en plus vite pour faire du surplace. Il faut être très attentif aux conséquences possibles pour l'équilibre des marchés, la sécurité énergétique et les émissions. »
Les taux de déclin varient fortement selon le type de gisement et la région. D'après le rapport, les gisements pétroliers terrestres supergéants du Moyen-Orient déclinent de moins de 2 % par an, tandis que les gisements offshore plus petits d'Europe déclinent en moyenne de plus de 15 % par an. Le déclin est encore plus rapide pour le pétrole de schiste et le gaz de schiste : sans investissement, leur production chute de plus de 35 % la première année, puis de 15 % supplémentaires la deuxième.
En 2010, un arrêt des investissements amont aurait réduit l'offre de pétrole d'un peu moins de 4 millions de barils par jour (Mb/j) chaque année. Ce chiffre atteint aujourd'hui 5,5 Mb/j. Pour le gaz naturel, le déclin annuel est passé de 180 à 270 milliards de mètres cubes (Gm³).
 
Dans ce contexte, maintenir constante la production mondiale de pétrole et de gaz exigerait de mettre en valeur de nouvelles ressources. Même en continuant d'investir dans les gisements existants, il faudrait selon l'analyse de l'AIE plus de 45 Mb/j de pétrole et près de 2 000 Gm³ de gaz issus de nouveaux gisements conventionnels d'ici 2050 pour maintenir la production à son niveau actuel. Cela équivaut à la production totale de pétrole et de gaz des trois premiers producteurs mondiaux réunis. Ces volumes pourraient être réduits si la demande de pétrole et de gaz venait à baisser.
Le rapport souligne également qu'il faut en moyenne près de 20 ans entre la délivrance d'un permis d'exploration et la première production : près d'une décennie pour découvrir de nouveaux gisements, puis une autre pour l'évaluation, l'approbation et la construction. »
(publié par Cyrus Farhangi)
 
https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/pfbid0Cz6Q8DmdZrKyYvwAUFWwEmP4c9WsB9uJJMPdGShfAf5f1zs7rmAsVpfon2AqhKogl?ref=embed_page
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Toute énergie est locale : le problème émergent de la distribution physique des carburants pétroliers...

Alors même que les prix du diesel et de l'essence aux États-Unis s'envolaient dans le sillage du conflit américano-israélien contre l'Iran, ces deux carburants sont restés largement disponibles, bien que plus coûteux. Aujourd'hui, quelques gérants de stations-service signalent une rupture de stock de diesel, bien qu'il semble s'agir d'un problème isolé pour l'instant. Toutefois, si la situation de l'approvisionnement en diesel et en essence n'évolue pas, un nombre croissant de stations pourrait se retrouver à court de l'un ou l'autre de ces deux carburants essentiels.

La proximité des sources d'approvisionnement revêt une importance croissante. Par exemple, au Texas (qui concentre de nombreuses raffineries et gisements pétroliers), le prix moyen du diesel à l'échelle de l'État s'élevait à 5,9779 dollars le gallon au 20 septembre, contre 3,9480 dollars pour l'essence ordinaire. En Californie (où les raffineries et les gisements sont moins nombreux et où les normes antipollution compliquent les exigences de raffinage), la moyenne pour le diesel atteignait 8,4244 dollars le gallon, tandis que l'essence ordinaire s'établissait à 6,1533 dollars le gallon.

Bien entendu, le transport terrestre n'est pas le seul secteur touché. Plusieurs compagnies aériennes ont annoncé une réduction de leurs vols en réponse à la hausse des prix du carburant aviation.

Avec les perturbations des marchés pétroliers, nous sommes sur le point de constater que les coûts de l'énergie varient selon les zones géographiques, tout comme sa disponibilité. Dans cet article, l'auteur soutient que « le marché a basculé d'un problème de prix — que l'argent permet de résoudre — à un problème de distribution physique, que l'argent seul ne peut régler ». L'acheminement de l'essence, du diesel et du carburant aviation, en particulier, dépendra de deux facteurs :

1. La proximité de l'approvisionnement. Les produits peuvent-ils être livrés physiquement au moment et à l'endroit voulus ? Il est inutile de promettre la livraison de kérosène à un aéroport plusieurs heures ou plusieurs jours après l'annulation des vols prévus qui en avaient besoin.

2. La capacité à effectuer les paiements nécessaires. Les prix augmentent ; de nombreuses entreprises, qui disposaient auparavant de liquidités suffisantes pour payer le carburant, peinent désormais à le faire avec ces mêmes ressources.

Voici quelques points de vulnérabilité :

L'Europe du Nord-Ouest, dépendante des importations, et les marchés intérieurs confrontés à la demande hivernale qui s'ajoute aux besoins en carburant pour le fret ; ...la côte américaine du Golfe, dont le poids dans le raffinage et l'exportation transforme toute interruption locale en événement mondial ; les marchés émergents dépendants des importations, où les mécanismes de change et de financement des cargaisons peuvent faire défaut avant même l'épuisement des stocks physiques ; et les aéroports dont l'approvisionnement est concentré et difficile à remplacer. Le dénominateur commun est que les possibilités de substitution sont les plus limitées là où les enjeux sont les plus élevés.

Il conclut : « Soit l'offre se rétablit, soit la consommation chute ; or, une baisse de la consommation ne représente pas la crise que l'on évite, mais bien celle qui survient. »

Nous entrons dans la phase suivante de la crise énergétique déclenchée par le conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran. Les stocks de produits pétroliers sont tombés à un niveau proche du minimum opérationnel requis. Cela signifie que la consommation quotidienne devra s'aligner sur la production quotidienne. Certains acteurs — sans doute un grand nombre d'entre eux — devront réduire leur consommation de pétrole ou s'en passer totalement pour certains usages.

Kurt Cobb est rédacteur indépendant et consultant en communication ; il écrit fréquemment sur les questions d'énergie et d'environnement. Ses articles ont été publiés dans *The Christian Science Monitor*, *Resilience*, *Common Dreams*, *Naked Capitalism*, *Le Monde diplomatique*, *Oilprice.com* et *OilVoice*. 20 09 26

https://resourceinsights.blogspot.com/2026/09/all-energy-is-local-emerging-physical.html#more

 

**Les pénuries de pétrole s'accentuent en raison des guerres en Iran et en Ukraine, avec peu de signes de soulagement**....
 
Traduction de cet article instructif de The Conversation, avec notamment des éléments sur la crise du raffinage, dont on parle peu :
 
La crise énergétique mondiale déclenchée par deux guerres s'apprête à s'aggraver, alors que l'Ukraine pilonne l'industrie russe du raffinage et que les attaques iraniennes se poursuivent sur la production et le raffinage de pétrole au Moyen-Orient. De plus, la nature des destructions et le nombre croissant de fronts et de belligérants impliqués pourraient annoncer une nouvelle ère de vulnérabilité prolongée pour les pays dépendants des importations pour leur énergie.
 
Tout au long de la majeure partie de l'histoire moderne, les guerres ont ciblé les infrastructures énergétiques, notamment les puits de pétrole, les raffineries, les oléoducs, les terminaux d'exportation et les centrales électriques. Mais les technologies d'armement les plus récentes – les drones autonomes et les navires automatisés – déjouent les systèmes de défense existants.
 
Les dommages qui en résultent accentuent la menace que des voies maritimes pétrolières cruciales dans le monde soient ralenties ou bloquées pendant de longues périodes, et ce, non seulement dans le détroit d'Ormuz et le détroit de Bab-el-Mandeb, situé à l'entrée sud de la mer Rouge.
 
Le monde a réussi à s'en sortir tant bien que mal au cours des premiers mois de la guerre en Iran, mais les premiers efforts destinés à maintenir l'équilibre des marchés pétroliers touchent à leur fin. Il y a d'abord eu les expéditions de pétrole du Moyen-Orient qui avaient déjà franchi le détroit d'Ormuz avant sa fermeture, arrivées dans les ports du monde entier en mars et avril 2026. Puis les gouvernements ont libéré des stocks stratégiques de pétrole sur le marché, tandis que certains pays ont adopté des politiques d'économie d'énergie, telles que le passage au télétravail.
 
Parallèlement, la capacité de raffinage – les installations qui convertissent le pétrole brut en produits tels que le gazole et l'essence – a été extrêmement compromise. Goldman Sachs estime qu'à l'échelle mondiale, le déficit de raffinage – incluant les raffineries russes bombardées et les produits ne pouvant pas sortir du détroit d'Ormuz ou de la mer Noire – s'élève à 6,5 millions de barils par jour. Désormais, à mesure que d'autres infrastructures énergétiques sont détruites, il sera plus difficile d'éviter une crise plus profonde. Et l'hiver n'est plus très loin.
 
**L'extension de la guerre au Moyen-Orient**
 
Les attaques menées par l'Iran et ses relais, souvent à l'aide de drones aériens, ont causé des dommages importants et durables aux infrastructures énergétiques du Moyen-Orient. Par exemple, plus de 1,2 million de barils par jour de capacité de raffinage de pétrole dans la région sont hors service en raison de dégâts matériels, selon J.P. Morgan.
 
Le conflit continue de s'intensifier. Le 27 juillet, des drones qui auraient été lancés depuis le sud de l'Irak par des milices pro-iraniennes ont frappé des tours de traitement de brut sur le site de production pétrolière stratégique de d'Abqaiq en Arabie saoudite. Des attaques similaires menées par l'Iran en 2019 avaient fortement réduit la capacité de l'Arabie saoudite à produire du pétrole.
 
Les exportations saoudiennes de pétrole brut et de produits pétroliers raffinés sont également entravées par des attaques contre la navigation dans les détroits d'Ormuz et de Bab-el-Mandeb. Une riposte militaire améro-saoudienne contre les milices irakiennes a ravivé les craintes d'une propagation de la guerre.
 
Le 30 juillet, des attaques de drones contre un port égyptien sur la mer Méditerranée ont signalé qu'une autre zone pourrait être vulnérable à l'élargissement du conflit. Depuis le début de la guerre, l'Arabie saoudite dépend de la Méditerranée pour ses exportations de pétrole, acheminant 5 millions de barils par jour via le canal de Suez et l'oléoduc égyptien SUMED.
 
**Les attaques ukrainiennes au cœur de la Russie**
 
Dans sa guerre contre la Russie, la maîtrise par l'Ukraine des drones à longue portée a permis de bombarder avec succès plus de 11 complexes de raffinage russes majeurs, neutralisant une part significative des capacités de production de carburant du pays. Les estimations varient entre 30 % et 50 %, voire jusqu'à 60 % de la capacité de raffinage de la nation.
 
Les attaques de drones ukrainiens sur le système de raffinage russe visent principalement à nuire à l'effort de guerre de Moscou en limitant le ravitaillement militaire en carburant et le financement de la guerre issu des exportations de produits raffinés. Cependant, des images en ligne montrent des conducteurs russes patientant dans leurs voitures pendant des heures pour obtenir quelques litres de carburant.
 
Ces attaques ont également poussé la Russie à interdire les exportations de gazole – qui, avant 2022, fournissaient la moitié du gazole européen.
 
**Effets en chaîne, y compris la famine**
 
En plus de bloquer les expéditions de pétrole brut, la fermeture du détroit d'Ormuz a interrompu le flux d'environ 20 % de l'approvisionnement mondial en gaz de pétrole liquéfié (GPL). Il s'agit d'un combustible de cuisson difficile à remplacer, largement utilisé en Inde et en Chine, entre autres pays.
Dès le mois d'avril 2026, la population en Inde éprouvait des difficultés à trouver et à payer le gaz nécessaire à la cuisine, la contraignant à sauter des repas. L'Inde cherche à augmenter le volume de gaz de pétrole liquéfié qu'elle achète aux États-Unis pour atténuer ces pénuries.
 
D'autres pressions s'exercent également de toutes parts sur les approvisionnements mondiaux en pétrole.
 
Des drones maritimes lancés par l'Ukraine dans la mer Noire ont au moins temporairement bloqué la majeure partie des exportations de pétrole brut du Kazakhstan, qui a besoin de cette voie navigable pour acheminer son pétrole vers la mer Méditerranée et au-delà.
 
Les séparatistes houthis au Yémen ont utilisé des drones aériens pour fermer le sud de la mer Rouge au début des années 2020, bloquant une route alternative clé pour les expéditions de pétrole évitant le détroit d'Ormuz. Ils seraient sur le point de le faire à nouveau.
 
Ces technologies et tactiques se propagent à d'autres régions du globe riches en pétrole. Par exemple, des séparatistes en Colombie ont utilisé des drones pour attaquer des équipements de production pétrolière à la fin du mois de juillet.
 
**Des motifs d'espoir ?**
 
Depuis le début de la guerre en Iran, les importations chinoises de pétrole brut et de produits pétroliers ont chuté d'environ 3,6 millions de barils par jour, soit environ un tiers de leurs importations d'avant-guerre. En fait, les raffineurs chinois ont commencé à revendre du pétrole brut sur les marchés mondiaux afin de dégager des revenus pour compenser la baisse d'activité de leurs propres raffineries.
Une explication réside dans le fait que la Chine puise dans ses réserves pétrolières stratégiques, mais il est également possible qu'un ralentissement économique, combiné au déploiement massif de carburants alternatifs et d'énergies renouvelables dans le pays, freine le besoin en carburants fossiles importés. Les entreprises pétrochimiques chinoises achètent également de l'éthane aux États-Unis pour remplacer les approvisionnements interrompus en provenance du Moyen-Orient.
 
Du côté de l'offre, au Brésil, la production de la compagnie pétrolière nationale Petrobras a augmenté de 14 % par rapport aux niveaux de 2025 et ses raffineries tournent à pleine capacité. Par conséquent, ses besoins d'importation ont fortement diminué, offrant un certain soulagement aux marchés du continent américain.
 
La production pétrolière vénézuélienne est passée de 937 000 barils par jour en 2025 à 1,2 million de barils par jour à la mi-2026. La majeure partie de cette augmentation provient d'entreprises pétrolières qui opéraient déjà au Venezuela avant que les États-Unis ne destituent l'ancien président Nicolás Maduro. Quelques nouveaux contrats d'achat de pétrole vénézuélien ont été signés, mais le flux d'investissements espéré par l'administration Trump ne s'est pas encore concrétisé. Les lois du Venezuela et son instabilité politique rendent les entreprises frileuses, certaines cherchant toujours à obtenir des indemnités pour la saisie de leurs actifs par le président de l'époque, Hugo Chávez, en 2009.
 
**Risques d'inflation et vulnérabilité à long terme**
 
Pour l'instant, l'augmentation de la production de pétrole et de gaz ainsi que du rendement des raffineries aux États-Unis a préservé les Américains de pénuries de pétrole majeures.
 
Mais cette situation pourrait évoluer de bien des manières. L'aggravation des perturbations mondiales de l'approvisionnement pourrait à terme se traduire par une hausse des prix de marché sur une large gamme de biens et de produits de base, ce qui ferait grimpé les taux d'inflation aux États-Unis.
En fin de compte, les nouvelles méthodes de guerre par drones ciblant les installations énergétiques et la navigation constituent une préoccupation majeure de sécurité nationale pour les États-Unis et pour toutes les grandes économies qui s'appuient sur les expéditions d'énergie et les importations de marchandises pour soutenir leur économie.
 
Les pays devront désormais œuvrer en faveur de leur sécurité énergétique dans un monde marqué par l'insécurité des voies maritimes mondiales, des conditions météorologiques plus extrêmes et l'intensification des conflits géopolitiques.
 
Ayant étudié et suivi la géopolitique des marchés mondiaux de l'énergie pendant des décennies, je m'attends à ce que ces efforts se concentrent sur l'identification des ressources énergétiques dont dispose chaque pays à l'intérieur de ses propres frontières. Et compte tenu des limites géographiques et géologiques des combustibles fossiles, je prévois que davantage de pays chercheront à accélérer le développement déjà rapide des énergies renouvelables, comme l'éolien et le solaire, afin de minimiser les risques que des guerres n'interrompent leur approvisionnement énergétique.
 
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Pourquoi le mémorandum d'entente américano-iranien n'empêchera (probablement) pas la crise énergétique imminente.....

Le mémorandum d'entente (MOU), qui définit les conditions et les thèmes d'un règlement négocié du conflit irano-américain et a été signé par les deux parties la semaine dernière, n'empêchera vraisemblablement pas la crise énergétique imminente. Cette crise résultera de l'épuisement rapide des stocks commerciaux et stratégiques de pétrole et de produits pétroliers à travers le monde. Ces stocks ont servi de tampon suite à la suspension de la quasi-totalité du trafic maritime de pétroliers dans le détroit d'Ormuz pendant le conflit – des pétroliers qui transporteraient environ 20 % des besoins mondiaux quotidiens en pétrole.

Comme je l'expliquais dans un article précédent, le monde se rapproche rapidement du point de non-retour, c'est-à-dire de l'épuisement des stocks utilisables de pétrole et de produits pétroliers. Lorsque ces stocks seront pratiquement épuisés, une surenchère se déclenchera pour le pétrole et les produits pétroliers afin de remplacer les millions de barils par jour qui resteront nécessaires mais indisponibles dans les stocks, tant que la crise dans le Golfe persique se poursuivra.

Au moment de la rédaction de ce document, le détroit d'Ormuz est fermé par l'Iran en réponse aux attaques continues des forces armées israéliennes au Liban. La première clause du protocole d'accord stipule que les hostilités doivent cesser immédiatement partout, y compris au Liban, comme condition préalable à toute nouvelle négociation. Outre la question de l'ouverture du détroit, il est crucial de définir ce que chaque partie entend par « ouverture » ​​et de comprendre comment les compagnies maritimes et les assureurs de leurs pétroliers appréhendent les risques liés à la traversée.

Selon Seyed Marandi, professeur d'anglais et d'orientalisme à l'Université de Téhéran et porte-parole officieux régulier du gouvernement iranien, le détroit sera probablement géré de manière à réguler soigneusement le trafic à des niveaux bien inférieurs à ceux d'avant-guerre, si toutefois il rouvre effectivement.

Bien que des assurances soient disponibles pour les navires traversant le détroit à des tarifs estimés cinq fois supérieurs à ceux d'avant-guerre, le coût de location des pétroliers pour la traversée semble exploser, lorsque ces derniers sont disponibles. L'une des principales craintes des transporteurs maritimes demeure l'incertitude quant à la possibilité pour les navires entrant dans le golfe Persique d'en ressortir, la situation semblant évoluer quotidiennement. Ces nombreuses incertitudes risquent donc de dissuader de nombreux transporteurs, et cette incertitude joue en faveur de l'Iran. En effet, la toute nouvelle Autorité du détroit du golfe Persique peut ainsi affirmer que le détroit est « ouvert » tout en déclarant ne pas pouvoir contraindre les compagnies maritimes à l'emprunter.

Les Iraniens ont tout intérêt à limiter le trafic au strict minimum nécessaire pour maintenir l'ouverture du détroit et permettre ainsi la poursuite des négociations, tout en continuant de priver l'économie mondiale de pétrole, de gaz naturel liquéfié et d'autres produits essentiels tels que le soufre et les engrais.

À l'approche de la crise énergétique, les prix du pétrole devraient retrouver, voire dépasser, leurs niveaux records précédents. Les répercussions négatives qui en découleront sur l'économie mondiale, y compris aux États-Unis, inciteront l'administration Trump à conclure un accord stabilisateur dans les plus brefs délais. Les États-Unis ne peuvent agir ainsi sans négociations fructueuses, et l'Iran a clairement indiqué que ces négociations ne pourront progresser que si les États-Unis respectent les conditions fixées par le protocole d'accord.

Alors même que le ministre iranien des Affaires étrangères se rendait en Suisse pour rencontrer les négociateurs américains, l'agence de presse iranienne Fars a rapporté que la délégation iranienne « exigera de l'autre partie qu'elle mette en œuvre ses engagements » pris dans le protocole d'accord. L'Iran peut et va ouvrir et fermer le détroit d'Ormuz à sa guise, en fonction du respect (ou du non-respect) de ces engagements américains. Le contrôle du détroit d'Ormuz est désormais devenu le principal moyen pour les Iraniens de faire appliquer les dispositions du protocole d'accord.

De plus, même si la fermeture actuelle du détroit est rapidement résolue et que les négociations reprennent, le protocole d'accord prévoit 60 jours de négociations. Les Iraniens savent compter, et ils savaient certainement, lorsqu'ils ont signé le protocole d'accord, que des tensions internationales allaient très probablement se faire sentir PENDANT les négociations. Cela entraînerait une flambée des prix du pétrole, affaiblissant la position des États-Unis et contraignant les négociateurs américains à céder davantage à l'Iran en échange d'un règlement rapide.

À l'heure actuelle, rien ne garantit que les négociations reprendront prochainement, si ce n'est que les Iraniens exigeront le respect des conditions préalables stipulées dans le protocole d'accord. L'euphorie de la semaine dernière, suite à la signature de ce protocole, devrait donc s'estomper face à la réalité d'une diminution continue des stocks de pétrole et de produits pétroliers.

Nul doute que l'administration Trump tentera une fois de plus de faire baisser les prix du pétrole par la persuasion, ce qui pourrait fonctionner un temps, comme par le passé. Mais à terme, aucune persuasion, ni de l'administration ni de quiconque, ne pourra enrayer la baisse des stocks – à moins que ceux qui souhaitent une baisse des prix du pétrole n'aient trouvé le moyen de défier les lois de la physique. Si cela se produit, je vous promets une couverture complète de l'événement, car il s'agira du plus grand prodige scientifique de notre époque.

Kurt Cobb 21 06 26

https://resourceinsights.blogspot.com/2026/06/why-us-iran-mou-probably-wont-prevent.html#more

 

Le blocage du détroit d’Ormuz provoque une pénurie mondiale de pétrole...

Le conflit en cours au Moyen-Orient et le blocus du détroit d’Ormuz ont provoqué un choc d’approvisionnement sans précédent. La production interrompue dans les pays du Golfe dépassant les 14 millions de barils par jour. Depuis février, les pertes totales d’approvisionnement à l’échelle mondiale ont atteint 12,8 millions de barils par jour. Bien que les hausses de production dans le bassin atlantique, notamment aux États-Unis, au Canada, au Brésil, au Kazakhstan et au Venezuela, aient permis d’atténuer quelque peu la situation, les perspectives globales restent tendues. Même si le trafic maritime dans le détroit reprend progressivement à partir de juin, l’offre mondiale moyenne en 2026 devrait tout de même baisser de 3,9 millions de barils par jour, pour s’établir à 102,2 millions de barils par jour. C’est ce qui ressort d’un rapport de l’IEA.

Épuisement des stocks

La volatilité du marché a été extrême, les prix du North Sea Dated oscillant fortement entre 100 et 144 dollars le baril, en fonction des informations contradictoires concernant d’éventuels accords diplomatiques entre l’Iran et les États-Unis. Cette instabilité est aggravée par un épuisement record des stocks mondiaux de pétrole.

Entre mars et avril, les stocks observés ont diminué de 250 millions de barils. Des baisses significatives ont été constatées dans les stocks terrestres des pays de l’OCDE et d’autres régions non membres de l’OCDE, alors même que le volume de pétrole en transit a connu une légère reprise.

Impact industriel

La réaction du secteur industriel s’est traduite par un fort ralentissement de l’activité des raffineries. En raison des infrastructures endommagées, de la pénurie de matières premières et des obstacles à l’exportation, les débits de brut devraient chuter de manière significative au deuxième trimestre 2026.

Malgré ces difficultés, les marges de raffinage sont restées élevées en raison de la flambée des coûts des distillats moyens. Parallèlement, les principaux importateurs, tels que la Chine, le Japon, la Corée du Sud et l’Inde, ont drastiquement réduit leurs importations de pétrole brut par voie maritime afin de gérer la crise.

Évolution des habitudes de consommation

Les habitudes de consommation connaissent également une tendance à la baisse. La demande mondiale de pétrole pour 2026 devrait désormais reculer de 420 000 barils par jour. C’est un chiffre nettement inférieur aux prévisions établies avant la guerre. Les secteurs de la pétrochimie et de l’aviation sont actuellement les plus durement touchés. À l’avenir, la consommation de carburant devrait encore diminuer en raison du ralentissement économique, de la hausse des coûts et des initiatives stratégiques d’économie d’énergie.

Même si la demande pourrait se redresser en fin d’année en cas de conclusion d’un accord de paix, l’offre devrait rebondir plus lentement. Par conséquent, le marché devrait rester en déficit jusqu’au quatrième trimestre de l’année. Compte tenu de la diminution rapide des stocks, d’importantes fluctuations de prix sont à prévoir à l’approche de la saison estivale, période de pointe de la demande.

17 06 26

https://fr.businessam.be/le-blocage-du-detroit-dormuz-provoque-une-penurie-mondiale-de-petrole/

L'illusion d'abondance.....

En février 1977, Jimmy Carter s'adressait à la nation depuis la bibliothèque de la Maison-Blanche, vêtu d'un cardigan. Le thermostat était baissé. Le message était clair : l'énergie est limitée, la sécurité se mérite et le confort a un prix. Deux mois plus tard, dans ce qui allait devenir le discours de l'Équivalent Moral de la Guerre (EMG), il baptisa le programme visant à établir une base énergétique nationale sûre « transition énergétique » – un terme qui n'avait rien à voir avec l'environnement et tout à voir avec ce qui se passe lorsqu'une puissance étrangère contrôle votre approvisionnement en combustible. Nixon avait déjà lancé le Projet Indépendance ; Ford avait promulgué la loi sur la Réserve Stratégique de Pétrole (RSP).¹ Carter nommait l'impératif de sécurité que tout gouvernement sérieux comprenait déjà en privé : l'intrant le plus irremplaçable de l'économie moderne était aussi le plus exposé géopolitiquement. La presse le surnomma EMG et le Congrès l'ignora.

Lorsque Carter déclara aux Américains que la pénurie d'énergie était une crise, cet aveu était honnête et politiquement fatal. Ses successeurs politiques en tirèrent la conclusion évidente, et c'est ainsi que naquit l'illusion d'abondance : ne jamais admettre la rareté. La peur influence peut-être les politiques, mais c'est l'avidité qui rapporte les votes. Le modèle est donc devenu celui de rassurer les marchés par des paroles et des centaines de millions de barils issus des réserves stratégiques, en espérant que la baisse des prix suffirait à combler le déficit jusqu'au retour de l'offre et à la résolution spontanée du problème.

Cette stratégie a fonctionné pour toutes les administrations américaines depuis Bush père. La constitution de stocks tampons est devenue la norme. Consommer cette assurance, la qualifier d'abondance et éviter ainsi les difficultés liées au rééquilibrage. Le travail de fond demandé par Carter – développer les capacités physiques nécessaires pour ne jamais avoir besoin de ces stocks tampons – a été discrètement abandonné. La transition énergétique s'est peu à peu transformée en projet environnemental, perdant progressivement sa logique sécuritaire et se muant en une lutte polarisée entre énergies vertes et brunes qui dure depuis un quart de siècle.

Ce modèle est à nouveau appliqué aujourd'hui – et les marchés l'ont accepté. Les prix ont chuté de près de 20 % par rapport à leur pic de 2026. Une enquête de Goldman Sachs menée auprès de 839 investisseurs institutionnels entre le 1er et le 3 juin 2026 a révélé qu'un nombre record de deux tiers d'entre eux anticipent une nouvelle baisse des prix du pétrole – le résultat le plus pessimiste jamais enregistré en dix ans d'existence de ce sondage. Ce même pessimisme se manifeste dans la vente des actions du secteur énergétique à leurs plus bas niveaux d'avant-guerre et dans les contrats à terme à long terme qui anticipent un retour rapide à la normale. Cette confiance a engendré des déstockages physiques et financiers dans l'espoir de racheter à des prix encore plus bas dans quelques semaines – l'illusion d'abondance se reproduisant progressivement. La baisse des importations de pétrole brut de la Chine est devenue l'explication communément admise : le premier importateur mondial confronté à une « destruction de la demande », le marché se rééquilibrant rationnellement. C'est une explication séduisante, mais à mon avis erronée.

La Chine et le Nouvel Ordre Joule

Un pays n'a jamais commis l'erreur de l'Occident. Cinquante ans après le discours de Carter, la Chine a mis en œuvre ce qu'il demandait à l'Occident – ​​sans jamais invoquer l'écologie comme justification. Pendant que Washington et Bruxelles débattaient des enjeux écologiques et environnementaux, Pékin a tout simplement construit les deux. Quels que soient les avantages climatiques, la Chine n'a pas construit 1,2 térawatts de capacité solaire principalement pour cela. Elle a construit cette capacité parce qu'elle a mieux compris la leçon du MEOW que les successeurs de Carter : la sécurité avant tout, la décarbonation n'étant qu'un dividende appréciable.

Le pays qui contrôle l'électron contrôle le joule. Chaque gigawatt de production nationale est un gigawatt qui n'a pas à transiter par le détroit d'Ormuz, la mer Rouge ou le détroit de Malacca. Chaque véhicule électrique sur une route chinoise représente un baril de pétrole brut iranien qui n'a plus besoin de passer par les eaux d'un autre pays. Et, en fin de compte, le pays qui contrôle le joule contrôle la course à l'IA.

Voici le Nouvel Ordre du Joule (NOJ) : l'ère où la prime de sécurité devient la force dominante sur les marchés de l'énergie. L'électrification, c'est l'achat de la flexibilité : un électron peut provenir du pétrole, du gaz, du charbon, du soleil, du vent ou du nucléaire, tandis que le moteur à combustion est lié à un seul combustible qui doit transiter par un point de passage obligé. La Chine s'y prépare depuis les années 1990. L'Occident en débat encore, et l'écart se mesure désormais non plus en engagements de réduction des émissions lors des conférences, mais en barils par jour, en niveaux de stocks et en diminution de la capacité utilisable des réserves stratégiques.

Ce qui ressemble à une destruction de la demande est en réalité la mise en œuvre concrète du Nouvel Ordre Joule. La Chine exploite pleinement les possibilités offertes par ses investissements. Face à des prix élevés – les prix des carburants à la pompe en Chine ont bondi d'environ 30 % au début du conflit – la compression des prix entraîne une réduction supplémentaire de 0,5 à 0,7 million de barils par jour (b/j). Pendant les cinq jours de congés du 1er mai, la recharge des véhicules électriques sur les autoroutes a explosé de 55,6 % sur un an, près d'un quart des voitures circulant sur les routes chinoises étant électriques – soit une augmentation de 33 %. Confrontés à la hausse des prix de l'essence, les consommateurs chinois privilégient la recharge au remplissage, changeant de carburant instantanément grâce à l'infrastructure déjà en place. Le passage industriel à la production d'électricité à partir du charbon représente une économie supplémentaire de 0,3 à 0,5 million de b/j ; la production d'électricité thermique a quant à elle augmenté de 160 %.

 

Le chiffre concernant le charbon ne devrait pas inquiéter ceux qui se préoccupent des émissions. Le charbon est une solution transitoire, non une finalité. Les capacités renouvelables et nucléaires de la Chine n'ont aucun coût marginal une fois construites : les coûts fixes sont amortis, le combustible est gratuit et chaque gigawatt supplémentaire remplace un baril sans dépense supplémentaire. C'est la même logique qui a fait la force des entreprises technologiques à faible intensité capitalistique : une fois l'infrastructure en place, le coût unitaire marginal est nul.
 
Dans un premier temps, la Chine remplace le pétrole importé pour les transports, désormais électrifiés. Ensuite, elle réduit sa consommation de charbon pour la production d'électricité de base. Enfin, elle remplacera le gaz importé pour les pics de consommation. La flexibilité que Carter a demandé aux États-Unis de développer par des sacrifices, la Chine l'a développée par l'investissement – ​​et elle l'exerce aujourd'hui.
 
Au total, la marge de manœuvre de la Chine en matière de demande est probablement de 2 millions de barils par jour. Bien sûr, cela n'explique pas la totalité de la baisse des importations, qui s'élève à 6 millions de barils par jour, mais la Chine ne construit plus de réserves stratégiques de pétrole et a cessé ses exportations, ce qui explique 3 à 4 millions de barils par jour supplémentaires. La clé réside dans une flexibilité de la demande qu'aucun autre pays ne peut égaler. Déshabiller Pierre pour habiller Paul
 
Je crois que le discours selon lequel la domination énergétique américaine aurait achevé le rééquilibrage est tout aussi trompeur. Les exportations totales de pétrole brut des États-Unis ont bondi de 3,9 à 6 millions de barils par jour, soit une augmentation d'environ 2 millions de barils par jour depuis le début de la guerre. Les superpétroliers qui chargeaient autrefois à Ras Tanura et à Bassorah font désormais la queue dans le golfe du Mexique. À première vue, on pourrait croire que la thèse de la domination énergétique fonctionne comme prévu. Mais en y regardant de plus près, la réalité est tout autre.
 
Les États-Unis puisent dans leurs réserves stratégiques pour maintenir l'illusion d'abondance. Leurs réserves de pétrole (SPR) sont passées de plus de 415 millions de barils en mars à environ 357 millions aujourd'hui, suivant une trajectoire qui les mènera à leurs niveaux opérationnels minimums d'ici le début de l'automne. Les stocks de pétrole de Cushing (Cushing2) ont diminué de 33 à environ 24,5 millions de barils, à quelques semaines du seuil critique en dessous duquel le mécanisme de règlement des contrats à terme commence à se dérégler. Les stocks commerciaux de pétrole brut ont effacé la totalité de leur augmentation prévue pour 2026 en cinq semaines. Les stocks d'essence ont diminué pendant quinze semaines consécutives. Les stocks de diesel sont proches des niveaux critiques avant la saison estivale. Il ne s'agit pas d'une réaction de l'offre aux prix, mais d'une réaction des stocks. Et les stocks, contrairement à la production, ont un seuil minimal.
 
C'est déshabiller Pierre pour habiller Paul : liquider les réserves constituées pendant des décennies pour supprimer le signal de prix même qui déclencherait la réaction d'investissement dont le marché a besoin. Nous sommes sur des marchés mondiaux. Les États-Unis puisent dans leurs réserves stratégiques ; le monde entier se base sur ce signal supprimé. Lorsque le syndrome de Cushing atteindra son seuil de fonctionnement minimal — ce qui devrait se produire dans quelques semaines au vu des trajectoires actuelles —, le mécanisme d'autorégulation se déclenchera non pas progressivement, mais brutalement.
 
Les erreurs de prix et le bilan de l’été
 
L’essentiel des erreurs de prix ne réside pas dans le prix au comptant. C'est dans la courbe des longs termes. Les prix à terme du pétrole sont désormais plus bas qu’au début de la guerre, et les actions énergétiques ont suivi. Cela suppose qu’Ormuz rouvrira de manière imminente et que le monde reviendra au 27 février dans quelques semaines. C’est le consensus depuis la première semaine de mars, et depuis, il s’est trompé chaque semaine.
 
L’Iran dispose aujourd’hui de plus d’influence qu’à aucun autre moment au cours des 47 dernières années ; sa position à Ormuz est l’instrument de négociation le plus puissant qu’un producteur d’énergie ait jamais détenu en temps de paix. Et le consensus a entièrement écarté une autre variable : la saisonnalité. Les fluctuations saisonnières de la demande de pétrole sont énormes, prévisibles et probablement sur le point d’évoluer violemment dans la mauvaise direction. Les opérations militaires au Moyen-Orient ne s’intensifient pas de manière significative pendant l’été – la chaleur rend les opérations durables très difficiles –, ce qui augmente les risques de nouveaux retards, auquel cas la situation des stocks sera considérablement pire. Des drones iraniens ont été tirés sur le détroit pas plus tard que le 5 juin. Il ne s’agit pas d’un différend en voie de résolution. Il s'agit d'un différend qui est géré dans les délais impartis.
 
La décomposition du choc d’offre le montre clairement. La production totale arrêtée est d'environ 11 millions de b/j ; Les producteurs non membres de l'OPEP ont ajouté 0,5 million de b/j, ce qui laisse un choc net de 10,5 millions de b/j. Les prélèvements de stocks représentent 5 millions de b/j, la demande saisonnière en baisse de février à mai de 3 mb/j et la demande flexible chinoise de 2 millions de b/j. Cela explique presque tout, mais au troisième trimestre, la tendance saisonnière s'inverse fortement. La conduite estivale, l'activité agricole et la demande de climatisation ajoutent 5 à 6 millions de b/j à un marché fonctionnant avec une réserve épuisée. L’option flexible chinoise est largement épuisée et le SPR est proche de son plancher. Cushing est à quelques semaines de son minimum opérationnel. Le vent arrière de 3 millions de b/j devient un vent contraire de 5 à 6 millions de b/j. Et le consensus reste positionné pour une résolution.
 
Le cadre NJO s’est toujours appuyé sur une seule observation : le monde a sous-évalué la sécurité physique des matières premières pendant une décennie, et la révision des prix ne serait pas linéaire. La crise d’Ormuz a confirmé cette thèse ; l’illusion de l’abondance n’a fait que retarder son expression financière. La Chine a construit le Nouvel Ordre Joule sur son territoire d’origine avant que quiconque ne comprenne le jeu.
 
Il est fort probable que l’Occident doive désormais le construire sous la contrainte, au prix d’une crise, à partir d’une position stratégique épuisée. L’illusion de l’abondance n’a pas modifié la physique sous-jacente. Il a simplement compressé le calendrier de la réaffirmation de la physique.
 
Jeff Currie Senior Advisor 09 06 26
 
1 Les réserves stratégiques de pétrole font référence aux stocks d’urgence de pétrole brut maintenus par des pays, dont les États-Unis, qui servent d’approvisionnement d’urgence en cas de crise, de catastrophe ou de conflit géopolitique.
 
2 Cushing, en Oklahoma, est le point de livraison physique du West Texas Intermediate (WTI) et une plaque tournante dotée de deux douzaines de pipelines majeurs acheminant le pétrole brut des régions de production vers les raffineries. Cushing est considérée comme le centre du pétrole brut américain.
 
https://www.carlyle.com/carlyle-compass/the-abundance-illusion
 

 

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L’Iran menace le détroit de Bab el-Mandeb, mettant en péril l’approvisionnement mondial en pétrole...

L’industrie pétrolière mondiale est confrontée à un risque important en raison des menaces iraniennes visant le détroit de Bab el-Mandeb. Cette voie navigable vitale, qui relie la mer d’Oman et le golfe d’Aden à la mer Rouge, constitue une alternative cruciale pour les transports d’énergie, d’autant plus que l’agression iranienne a gravement entravé le trafic dans le détroit d’Ormuz. Pour atténuer ces perturbations, l’Arabie saoudite a redirigé d’énormes volumes de brut vers la mer Rouge via son oléoduc Est-Ouest, garantissant ainsi que les approvisionnements essentiels continuent d’atteindre les grandes économies asiatiques, notamment la Corée du Sud et le Japon.

Augmentation du trafic

L’importance de cette route est mise en évidence par les données de Kpler, qui montrent que les exportations quotidiennes de produits pétroliers via le détroit sont passées de 3,9 millions de barils en février à 7,2 millions de barils en avril.

Cependant, cette stabilité est désormais menacée. Les Gardiens de la révolution iranienne ont averti qu’ils pourraient fermer la voie navigable si Israël ne cessait pas ses opérations militaires au Liban et à Gaza. Téhéran a en outre subordonné toute résolution diplomatique avec les États-Unis au retrait complet d’Israël du territoire libanais.

Impasse politique

Les analystes de marché, dont Matt Smith de Kpler, suggèrent que le blocage de ce point d’étranglement constituerait une escalade majeure, coupant les flux de pétrole saoudiens qui ont jusqu’à présent empêché les prix du brut de monter en flèche.

Cette instabilité s’est reflétée sur les marchés lundi, lorsque les prix du brut américain ont bondi de 8 pour cent à la suite des avertissements de l’Iran. Si un cessez-le-feu temporaire entre Israël et le Liban a permis une brève correction des prix, la trêve reste précaire. L’accord est contesté par le Hezbollah, et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a souligné la nécessité de démilitariser le Liban et de désarmer le groupe.

Instabilité régionale

De plus, les tensions géopolitiques sont exacerbées par la présence des rebelles houthis au Yémen. Bien qu’une paix temporaire ait été conclue en mai 2025 après une campagne de bombardements américains de deux mois, les Houthis restent une menace sérieuse.

Les experts de S&P Global Market Intelligence suggèrent que les rebelles pourraient attendre un signal de Téhéran pour rouvrir un front militaire. Le détroit étant très étroit, les Houthis n’auraient pas besoin d’un blocus à grande échelle pour être efficaces ; il suffirait de cibler quelques navires spécifiques pour dissuader le trafic commercial et paralyser les flux énergétiques de la région.

https://fr.businessam.be/liran-menace-le-detroit-de-bab-el-mandeb-mettant-en-peril-lapprovisionnement-mondial-en-petrole/

Combien de temps la chute de la demande peut-elle contenir les prix du pétrole ?

Face à une situation de marché quelque peu déconcertante, les prix du pétrole n'ont pas encore atteint des sommets historiques malgré la pire perturbation de l'approvisionnement de l'histoire...

Ceci s'explique par plusieurs facteurs : le marché espère toujours une résolution rapide de la crise du détroit d'Ormuz (depuis plus de trois mois), les stocks mondiaux constituent une réserve, la Chine, premier importateur mondial de pétrole brut, s'abstient d'acheter sur le marché au comptant, et enfin, la chute de la demande s'accélère dans un contexte de prix élevés.

Au-delà du chaos d'approvisionnement à court terme et des signaux contradictoires concernant la guerre au Moyen-Orient, les analystes s'interrogent sur la part de la chute actuelle de la demande qui sera définitivement perdue une fois le conflit résolu.

Les stocks atténuent l'impact de la perte d'approvisionnement, pour l'instant

La surabondance de l'offre à laquelle le marché a été confronté au début de la guerre en Iran a contribué à atténuer la pression à la hausse sur les prix du pétrole, alors que le conflit entre dans son quatrième mois. Mais les stocks mondiaux, à l'exception de la Chine, s'épuisent à un rythme record, signe que les réserves s'amenuisent et que l'ampleur réelle de la pénurie se fera bientôt sentir sur le marché.

Hormis la Chine, qui a accumulé d'importants stocks de réserve de plus de 1,2 milliard de barils au cours de l'année écoulée, le reste du monde a vu ses stocks terrestres diminuer à un rythme accéléré, selon Kpler.

Début mai, les stocks mondiaux diminuaient d'un peu plus de 1,5 million de barils par jour. Ce rythme de diminution a désormais bondi à près de 1,7 million de barils par jour, selon les données de Kpler, laissant présager de nouvelles tensions sur le marché.

Face à la baisse des stocks et à la flambée des prix, qui ont atteint et dépassé les 100 dollars le baril, la demande des consommateurs a diminué. Les consommateurs asiatiques ont été contraints de réduire drastiquement leur consommation en raison de la flambée des prix des carburants et des mesures gouvernementales visant à limiter la consommation, telles que la réduction du temps de travail et le télétravail pour les fonctionnaires. Mais en Europe et aux États-Unis, les consommateurs réduisent également leur demande face à la flambée des prix des carburants et des billets d'avion.

Aux États-Unis, le surcoût cumulé de l'essence depuis l'attaque américaine contre l'Iran le 1er mars s'élève désormais à 40 milliards de dollars. Les Américains dépensent ainsi entre 400 et 600 millions de dollars de plus par jour depuis trois mois, selon Patrick De Haan, responsable de l'analyse pétrolière chez GasBuddy.

Par ailleurs, la Réserve stratégique de pétrole (RSP) américaine devrait atteindre son niveau le plus bas depuis août 1983 d'ici moins de dix jours, un niveau jamais vu depuis le premier remplissage de la RSP en 1977, a déclaré M. De Haan lundi.

L'effondrement de la demande s'amorce

Face à la flambée des prix, les consommateurs revoient leurs dépenses en essence. La chute des stocks entraîne généralement une forte hausse des prix du pétrole.

Mais la chute de la demande a été si brutale jusqu'à présent qu'elle a limité les flambées des prix, d'autant plus que la Chine hésite à s'approvisionner sur le marché au comptant du pétrole brut, ayant constitué des stocks suffisants pour plusieurs mois.

En Chine, la demande a chuté de 9 %, soit environ 1,5 million de barils par jour (bpj), « brutalement, de façon inattendue et avec très peu de perturbations visibles », ont écrit Natasha Kaneva, Lyuba Savinova et Artem Fakhretdinov, stratégisistes pétroliers chez JPMorgan, dans une note relayée par Yahoo Finance.

« Il semble que les consommateurs aient fait un choix économique discret », ont déclaré les analystes de JPMorgan, notant que les consommateurs chinois se sont tournés vers les transports électriques.

Hors de Chine, les consommateurs font également le choix économique de réduire leurs dépenses en carburants, bien plus chers. Les ventes de véhicules électriques explosent en Asie et en Europe. Les consommateurs américains, bien que n'adoptant pas massivement les véhicules électriques en l'absence d'incitations fédérales, repensent leurs habitudes de conduite et se déplacent davantage pour leurs trajets domicile-travail, car la flambée des prix de l'essence, la plus élevée depuis quatre ans, modifie leurs comportements.

La question cruciale pour les analystes et le marché pétrolier à moyen et long terme est la suivante : la demande repartira-t-elle après la résolution de cette crise ? Ou bien les gouvernements et les décideurs politiques choisiront-ils de remplacer durablement une partie de la consommation de pétrole et de gaz par des alternatives bas carbone, telles que les véhicules électriques et les énergies solaire et éolienne, afin d'éviter d'être pris au dépourvu lors de la prochaine crise géopolitique susceptible de paralyser l'approvisionnement en pétrole et en gaz ?

« Autrement dit, le monde pourrait-il réellement fonctionner avec environ 9 % de pétrole en moins ? », s'interrogeaient les analystes de JPMorgan dans une récente note.

Pour l'instant, le monde semble n'avoir guère le choix. Le détroit d'Ormuz étant toujours fermé, les stocks de pétrole atteignent des niveaux critiques et les citoyens cherchent à remplacer les carburants routiers par des véhicules électriques ou, tout simplement, à réduire leurs déplacements en voiture et en avion.

Plus la crise du détroit d'Ormuz se prolonge, plus les perturbations actuelles de l'approvisionnement s'aggraveront, incitant les gouvernements à déployer des efforts constants et concertés pour éviter de retomber dans une telle dépendance au pétrole et au gaz du Moyen-Orient.

Une partie de la baisse de la demande, initialement une réaction impulsive à la crise, pourrait se transformer en une perte de consommation permanente.

Par ailleurs, cette chute de la demande contribue actuellement à contenir les prix du pétrole.

Selon une note publiée en début de semaine par les analystes de matières premières de Goldman Sachs, la chute de la demande induite par la hausse des prix atténuera quelque peu l'impact du resserrement physique des marchés pétroliers.

Cependant, les réserves de pétrole sont presque épuisées, même la Chine a commencé à puiser dans les siennes, et avec une reprise inévitable des achats de brut par la Chine dans les prochains mois, les prix du pétrole devraient s'envoler cet été, période où de véritables pénuries pourraient commencer à apparaître.

Par Tsvetana Paraskova pour Oilprice.com 02 06 26

https://oilprice.com/Energy/Oil-Prices/How-Long-Can-Demand-Destruction-Keep-a-Lid-on-Oil-Prices.html

 

 

Russel Hardy, PDG du trader pétrolier et gazier Vitol, dont les bénéfices dépassent les $10 milliards par an, pense que "si le Détroit d'Ormuz reste bloqué jusqu'à Noël, il faudra rationner le pétrole car il n'y aura tout simplement pas assez de pétrole pour tout le monde. En Asie, on observe déjà des signes de rationnement, pas encore en Europe."

Les acheteurs de fuel pour les navires dans le principal hub européen Amsterdam-Rotterdam-Anvers ont commencé à se plaindre de la qualité du fioul. Les experts ont en effet constaté des taux de sédiments élevés et découvert des composants de mélange de moindre qualité, tels que du pétrole de schiste. Y sont partout ces américains!

La production pétrolière du plus grand gisement du Kazakhstan, celui de Tengiz exploité par Chevron, a fortement chuté le 26 mai à la suite d'un accident dont les détails n'ont pas été divulgués. Selon les médias, la production du gisement serait passée de 950'000 barils par jour à seulement 60'000.

Japon

Les importations de pétrole brut ont chuté de 66% par rapport à l'année dernière, pour s'établir à seulement 850'000 barils par jour, soit le volume mensuel le plus faible depuis 1967, les flux en provenance du Moyen-Orient s'étant taris. Traduction: le pays devrait entrer en récession. Moins d'énergie, moins du PIB.

Le yen, la monnaie, est en chute libre. La Banque Centrale a acheté 32 milliards dollars. Le yen chute sur la guerre en Iran et un accès limité au gaz-méthane et au pétrole.

Australie

Le Premier ministre australien Anthony Albanese a annoncé que son gouvernement avait réussi à obtenir trois cargaisons de kérosène en provenance de Chine, qui devraient arriver en juin malgré l'interdiction toujours en vigueur à Pékin sur les exportations de produits raffinés. Cet accord a permis de maintenir les importations de kérosène à un niveau élevé de 140'000 b/j. 

https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1480-energies-economie-petrole-revue-mondiale-mai-2026.html

Pétrole: la vraie raison du départ des Émirats arabes unis de l'OPEP...

Les Émirats ne sortent pas de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole à cause de la guerre en Iran et du blocage du détroit d'Ormuz. Ils saisissent l'événement géopolitique comme une opportunité pour sortir proprement.

Le 28 avril 2026, les Émirats arabes unis ont annoncé leur retrait de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et de son élargissement OPEP+, avec effet au 1er mai. La presse internationale y a vu une rupture brutale, précipitée par la guerre Iran-Ormuz et la fermeture du détroit. La lecture est confortable, elle est aussi trompeuse. La sortie n'est ni une rupture ni un coup de théâtre: c'est l'aboutissement d'une trajectoire de quinze ans.

Pour mesurer ce que disent les chiffres, il suffit de remonter à juillet 2021. Cette année-là, Abou Dabi refuse pour la première fois publiquement la discipline d'OPEP+ et exige une révision à la hausse de son quota de production –la référence historique servant à calculer son quota– pour qu'elle reflète enfin les capacités d'extraction réelles d'ADNOC (Abu Dhabi National Oil Company), sa compagnie nationale.

Les négociations durent dix-huit jours. Les Émirats obtiennent une augmentation de 500.000 barils par jour. Mais l'épisode acte deux choses. La discipline saoudienne ne tient plus quand en sort un membre dont la fonction d'investissement est singulière –pays producteur mais aussi plateforme d’investissement de rang mondial via ses fonds souverains (ADIA, Mubadala, ADQ). Et les Émirats sont prêts à bloquer publiquement le cartel pour défendre leurs intérêts industriels.

Une stratégie mûrement réfléchie

Ce qui suit confirme la trajectoire. Plutôt que de modérer son expansion, ADNOC l'accélère. Novembre 2022: la compagnie annonce 150 milliards de dollars d'investissements sur 2023-2027, dont l'essentiel orienté vers l'augmentation de capacité. La cible des cinq millions de barils par jour, initialement prévue pour 2030, est avancée à 2027. La capacité passe de 4,2 Mb/j en 2022 à 4,85 Mb/j mi-2025. Pendant la même période, les Émirats arabes unis dépassent régulièrement leur quota OPEP+. Quand l'organisation accorde finalement, en juin 2024, une nouvelle hausse de baseline à 3,5 Mb/j, la concession est déjà obsolète au moment de l'octroi. Le cartel ne peut plus suivre.

La stratégie émirienne consiste à maximiser la rente présente avant son épuisement, en s'affranchissant des contraintes collectives qui freinent la production.

Reste le timing. La sortie d'avril 2026, dans le contexte d'une guerre régionale et d'un détroit d'Ormuz fermé à 70% de son trafic habituel, semble opportuniste. Elle ne l'est pas –et c'est le ministre émirien de l'Énergie, Suhail Mohammed Faraj Al Mazrouei, qui le dit clairement. Dans son entretien à CNBC du 28 avril, il déclare que les Émirats ont choisi ce moment précisément parce que la fermeture d'Ormuz limite l'impact immédiat de la sortie sur le marché. Autrement dit, parce que c'est le moment le moins disruptif pour les autres producteurs. Les Émirats ne sortent pas à cause de la guerre. Ils saisissent la guerre comme fenêtre pour sortir proprement.

L'élément décisif est là, dans cette idée de fenêtre. La stratégie émirienne consiste à maximiser la rente présente avant son épuisement, en s'affranchissant des contraintes collectives qui freinent la production. Ce choix est rationnel quand on regarde la structure interne du pays. Sur les cent milliards de barils de réserves prouvées des Émirats (soit environ cinquante-cinq ans de production au rythme cible de 5 millions de barils par jour), 96% sont localisés à Abou Dabi. Dubaï, dont le pétrole représente moins de 1% du PIB, est l'unique exemple à l'intérieur de la fédération d'une économie post-pétrolière au sens strict –elle fonctionne sans rente parce qu'elle n'en dispose pas.

La fédération, qui compte sept émirats, a donc institutionnalisé l'arbitrage non tranché entre maximisation de la rente et diversification. Abou Dabi maximise, Dubaï diversifie, et la sortie d'OPEP+ est la cohérence externalisée de ce non-choix.

Quelles leçons en tirer?

Le récit émirien sur le post-pétrole, incarné par la présidence de la COP28 et par les investissements visibles de Masdar dans les renouvelables, n'est pas une pure façade. C'est un récit complexe et bien mené –qui maintient une légitimité internationale, qui sécurise aux fonds souverains émiriens l'accès à des mandats d'investissement durable (LP institutionnels européens soumis aux articles 8 et 9 du règlement SFDR, co-investissements avec les véhicules climat type BlackRock Climate Finance Partnership) qui auraient été plus difficiles à obtenir sans la posture COP28, qui offre à la jeunesse formée à l'étranger un récit d'avenir qu'il convient de lire à travers les arbitrages faits.

Sur l'enveloppe de 150 milliards de capex ADNOC 2023-2027, plus de 100 milliards reviennent à l'expansion fossile, contre une fraction pour les renouvelables. Le ratio capex fossile/renouvelables sur la période est de l'ordre de 7 pour 1 –bien plus marqué que celui des grandes majors occidentales (TotalEnergies, BP, Shell, Equinor: entre 2 et 4 pour 1). Et la formulation négociée à la COP28, ce «transition away» qui a remplacé in extremis le «phase out» porté par les petites îles et l'Union européenne, ne fixe ni date, ni volume, ni cible chiffrée d'émissions.

L'enjeu est de tirer les conséquences de cette grille de lecture. La diplomatie climatique européenne ou des pays et régions comme Taïwan ou le Japon a longtemps présupposé l'universalité de l'agenda de la transition. Cette fiction se paie. Si les producteurs du Golfe sont des partenaires pendant la transition plutôt que des partenaires de la transition, alors la coopération doit se bâtir sur les segments où les intérêts se recoupent réellement –et pas sur l'illusion d'un horizon partagé. Pour les Émirats, ces segments sont identifiables: le nucléaire civil (la centrale de Barakah fournit déjà 25% de l'électricité émirienne), la sécurité maritime, les minéraux critiques où les fonds émiriens et les compétences européennes peuvent se compléter en Afrique et en Asie centrale, les chaînes industrielles d'exportation d'hydrogène ou d'ammoniac bas-carbone. Hors de ces segments, le partenariat reste conditionnel et réversible.

La portée de la lecture déborde Abou Dabi. La transition énergétique mondiale n'est pas un processus universel, mais un ensemble de stratégies nationales différenciées. Pour les pays consommateurs sans rente, elle reste une nécessité. Pour les producteurs qui disposent d'un horizon de rente long, elle peut prendre la forme d'une expansion plutôt que d'une sortie. L'Arabie saoudite décline cette logique en version prix plutôt que volumes. La Russie, le Qatar, plusieurs producteurs ouest-africains pourraient suivre des trajectoires comparables. Avec ses cent milliards de barils de réserves prouvées et sa capacité en expansion, Abou Dabi peut maintenir cette stratégie pendant deux à trois décennies. C'est l'horizon dont l'Europe dispose pour bâtir une relation lucide avec un partenaire géoéconomique de premier plan dans une région en recomposition.

La crise d'approvisionnement en pétrole s'aggrave face à la chute des stocks....

Les stocks mondiaux de pétrole brut et de carburants s'effondrent à un rythme record, la crise d'approvisionnement en provenance du Moyen-Orient étant trop importante pour être absorbée sans épuisement des stocks

Si les marchés à terme sont influencés par l'espoir d'un accord entre les États-Unis et l'Iran pouvant mener prochainement à la réouverture du détroit d'Ormuz, la perturbation physique réelle est considérable. Elle a déjà effacé la surabondance de l'offre observée au début de la guerre en Iran. Les réserves initiales ont disparu et les stocks commerciaux diminuent désormais si rapidement que même une réouverture imminente du détroit d'Ormuz ne permettra pas d'inverser la tendance à la baisse avant au moins deux mois après la normalisation des flux en provenance du Moyen-Orient.

Analystes et dirigeants estiment que la situation des stocks mondiaux va s'aggraver avant de s'améliorer, le marché ayant besoin de plusieurs mois avant de bénéficier d'un éventuel soulagement grâce à la réouverture du détroit d'Ormuz.

Chute des stocks mondiaux de pétrole

« Les prélèvements sur les stocks terrestres et maritimes, ainsi que sur des plateformes clés comme l'ARA, les États-Unis et Singapour, contribuent à combler les déficits d'approvisionnement », a écrit Sumit Ritolia de Kpler dans une analyse publiée la semaine dernière.

« Toutefois, les réserves restent limitées et ne peuvent compenser durablement des perturbations prolongées », a-t-il précisé.

Goldman Sachs estime que la chute des stocks mondiaux de pétrole approche leur plus bas niveau en huit ans, le rythme de leur épuisement étant si rapide qu'il expose le marché à de nouveaux chocs.

Bien que les stocks mondiaux de pétrole « aient peu de chances d'atteindre les niveaux opérationnels minimaux cet été, la rapidité de leur épuisement et les pertes d'approvisionnement dans certaines régions et pour certains produits sont préoccupantes », ont écrit les analystes de Goldman Sachs dans une note publiée en début de semaine.

Les stocks mondiaux de pétrole ont désormais chuté à environ 101 jours de la demande prévue. Le détroit d'Ormuz étant quasiment inaccessible à la circulation des pétroliers, les stocks de pétrole pourraient chuter à seulement 98 jours de demande d'ici la fin mai, préviennent les analystes de Goldman Sachs.

Les stocks continueraient de diminuer même si le trafic de pétrole brut via le détroit d'Ormuz commençait à se redresser dans les semaines à venir, car la haute saison estivale approche et les cargaisons en provenance du Moyen-Orient – si elles commencent à transiter par Ormuz – mettront des semaines à atteindre leur destination.

Les stocks de produits raffinés diminuent encore plus rapidement, les stocks de carburant ne représentant plus que 45 jours de demande, contre 50 jours avant le conflit, selon Goldman Sachs.

Les réserves de carburant « atteignent rapidement des niveaux très bas », d'après les analystes de la banque d'investissement.

Par exemple, les stocks de kérosène détenus indépendamment dans la plateforme de raffinage et de stockage d'Amsterdam-Rotterdam-Anvers (ARA) ont chuté de 4,7 % au cours de la dernière semaine d'avril, atteignant leur niveau le plus bas depuis mars 2020, suite à l'effondrement des importations, selon les données publiées la semaine dernière par le cabinet de conseil néerlandais Insights Global.

Le scénario d'excédent prévu pour 2026 a été rapidement anéanti par la guerre, « les stocks mondiaux d'hydrocarbures étant fortement puisés dans leurs réserves pour équilibrer le marché, déjà à un rythme de 10 à 13 millions de barils de pétrole par jour », a déclaré Patrick Pouyanné, directeur général de TotalEnergies SE, lors de la conférence téléphonique sur les résultats du groupe la semaine dernière.

Le monde aura consommé environ un milliard de barils de stocks avant que les approvisionnements ne soient rétablis et n'arrivent sur le marché, a ajouté M. Pouyanné.

« Même si le conflit, et je l'espère, prend fin au mois de mai, nous sortirions du conflit avec des stocks nettement inférieurs aux niveaux initiaux », a-t-il précisé.

Lors de la conférence téléphonique sur les résultats d'ExxonMobil, le PDG Darren Woods a déclaré : « Il est évident pour la plupart que, compte tenu de la perturbation sans précédent de l'approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel, le marché n'en a pas encore subi tous les effets. »

« La situation risque de s'aggraver si le détroit reste fermé. »

Même si le détroit s'ouvrait aujourd'hui, « il faudra compter un délai d'un à deux mois entre l'ouverture du détroit et le retour à un trafic normal sur le marché », a précisé M. Woods, soulignant que les navires doivent se repositionner et qu'il faut plusieurs semaines pour acheminer le produit jusqu'au marché.

La baisse des stocks mondiaux a également touché les États-Unis.

Les stocks de pétrole brut aux États-Unis ont diminué de 2,3 millions de barils au cours de la semaine se terminant le 1er mai, selon les dernières données publiées mercredi par l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA). Pour l'essence, l'EIA a indiqué que les stocks avaient diminué de 2,5 millions de barils, s'ajoutant aux 6,1 millions de barils perdus la semaine précédente.

L'imminence de la saison des déplacements, la fermeture prolongée du détroit d'Ormuz et la poursuite de la baisse des stocks de carburant aux États-Unis laissent présager une hausse encore plus importante des prix de l'essence cet été, selon les analystes.

Au 1er mai, les stocks d'essence américains s'élevaient à 219,8 millions de barils, d'après les données de l'EIA, soit 4 % de moins que la moyenne quinquennale et le niveau le plus bas enregistré à cette période de l'année depuis 2014.

Selon Morgan Stanley, les stocks d'essence américains devraient atteindre des niveaux historiquement bas, sous la barre des 200 millions de barils, d'ici la fin août.

« Le marché américain de l'essence est véritablement tendu et cette tension va s'accentuer cet été », ont écrit les analystes de Morgan Stanley dans une note publiée en début de semaine et relayée par Bloomberg.

Malgré l'effondrement de la demande déjà constaté sur les marchés sensibles aux prix en Asie, en Afrique et en Amérique latine, l'ampleur de ce choc d'offre soutiendrait les prix du pétrole et des carburants, même si le détroit d'Ormuz était rouvert sans condition à la navigation dès aujourd'hui. En effet, un retour à une certaine normalité prendrait des mois.

Tsvetana Paraskova - May 07, 2026

https://oilprice.com/Energy/Energy-General/Oil-Supply-Shock-Worsens-amid-Plunging-Petroleum-Inventories.html

Les réservoirs de stockage de pétrole aux États-Unis seront vides « aux alentours du 4 juillet », selon Jeff Currie de Carlyle.

https://x.com/business/status/2052018862128832571

 

Vous pouvez imprimer les T-shirts et les casquettes : "Le plus grand choc pétrolier de l'histoire, j'y étais", sauf en France où les nuages du choc ont été bloqués à la frontière. Ca rappelle Tchernobyl, il y a 40 ans presque jour pour jour. 

Il manque 700 millions de barils de pétrole depuis de début de la guerre à Ormuz. L'Asie est à court de pétrole, ça déferle sur l'Europe. L'inflation grimpe, la croissance ralentit. On parle de stagflation et de crise pendant que les bourses mondiales sont au plus haut et enquillent les records. Il y a comme un truc dans ce truc. 

La volatilité du pétrole évolue selon les posts de Trump. Le dernier jour du mois, le Brent a grimpé à $126. Après être passé dans la machine à essorer, le Brent termine le mois à $114.0 ($119.10 fin mars) et à New York, le WTI regarde les stations d'essence avec un $105.5 ($104.3 fin mars). On rappelle que ce prix est pour une livraison pour le mois de juin, pas pour une livraison aujourd'hui. Ainsi, en juin, on se trimballera des prix élevés aux stations d'essence. 

Au-dessus de $90, le brut détruit l'économie mondiale et qu'à $147, on entend un badaboum. Mais nous n'y sommes pas encore.

L'or noir est malmené, tant par Trump, que par l'OPEP ainsi que les drones ukrainiens qui déciment l'or noir russe.

La demande mondiale de pétrole a diminué de 3,4% soit presque 4 millions de barils par jour à 100,4 millions b/j. Il faut remonter à la Grande Dépression de 2008 et au Covid 2020 pour trouver pareille chute. La destruction de la demande s'effectue via la baisse des vols en avion et des transports (maritimes et véhicules). L'utilisation des réserves stratégiques a permis d'amortir le pétrole bloqués à Ormuz.

Un tanker pétrolier circule à la vitesse d'un vélo (entre 20 et 30 km/h. Quand le détroit va se rouvrir, il faudra compter 3-4 semaines pour voir les tankers arriver en Europe ou en Asie. 

Le PDG de Chevron, Mike Wirth pense que "le système énergétique mondial a perdu une grande partie de sa flexibilité, les stocks qui servent habituellement d'amortisseurs de chocs sont désormais épuisés après des semaines de perturbation." 

Schlumberger et Halliburton pensent que les prix du pétrole vont rester élevés pour longtemps.

Schlumberger parle d’une prime à cause des dégâts d’infrastructure et d’une prime géopolitique permanente. Et Halliburton enfonce le clou en déclarant que : "Le monde est fondamentalement plus tendu en pétrole et en gaz qu’il ne l’était il y a 60 jours". Tu parles.

Le pétrole semble tirer ces dernières cartouches et pour certains pays, il va falloir laisser le moins possible de pétrole dans le sol. Les pétromonarchies se retrouvent dans la panade du côté financier et quand payer Ronaldo $200 millions par an commence à poser problème, c'est que le réveil a sonné. 

Les extractions pétrolières de l'OPEP ont diminué de 27% en mars depuis février à 20.8 millions b/j soit 7,9 millions de barils/jour en moins. Durant le Covid en 2020, la baisse avait été de 6,3 millions b/j. 

Dans son rapport, l'OPEP+ indique que les marges pour le raffinage ont été multipliées par 1,5. On comprend mieux les bénéfices des Total, Exxon ou Chevron.

https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1478-energies-economie-petrole-revue-mondiale-avril-2026.html

 

Les Émirats arabes unis ont annoncé leur sortie de l’OPEP (et de l’OPEP+ avec la Russie) après près de 60 ans d’adhésion, portant un coup dur au cartel pétrolier et à son leader de facto, l’Arabie saoudite.

L’annonce a surpris même si le pays avait déjà menacé de partir. La dernière fois après le Covid en 2021. Les Emirats sont le troisième producteur de l’OPEP et ils possèdent une capacité de production excédentaires qui pourrait dépasser le million de barils par jour notamment en cas de pénurie.

Décryptage d’un geste de géopolitique des énergies.

 

Laisser le moins possible de pétrole dans les sous-sols

Dans le monde, les pays extracteurs de pétrole sont tentés d’extraire le maximum de pétrole avant que les voitures et la mobilité électriques ne fassent plonger la demande. Le pétrole qui reste dans le sol ne génère pas d'argent.

Avec la guerre actuelle au Moyen-Orient, les pétromonarchies se trouvent toutes dans des situations économiques compliquées d'autant que les mots "économie“ ou ”gestion rigoureuse" ont été remplacés par extravagance et faste.

Tout le monde regarde déjà vers la sortie de ce choc pétrolier et comment les caisses pourront se remplir le plus abondamment possible et le plus rapidement possible.

L'Irak et l'Iran se trouvent dans une situation financière catastrophique et les monarchies vont jouer des coudes pour extraire le plus de pétrole possible avec la crainte de submerger les marchés.

 

Le pétrole et la politique

L’OPEP est dirigée par l’Arabie Saoudite. Le départ des Emirats témoigne autant d’une libération pétrolière que politique. Les deux pays se disputent le marché des affaires dans la région.

Abu Dabi ne veut pas que la sortie de la guerre lui soit défavorable d’autant que l’Iran risque de recevoir des faveurs et des quotas favorables pour se reconstruire.

Le timing de cette décision est intimement liée à la guerre actuelle et le choc pétrolier qui est la plus grave crise énergétique jamais vue dans l’ère industrielle.

Certaines installations iraniennes ainsi que du Golfe ont été endommagées, il va y avoir une nécessité de compenser cette part manquante. En restant au sein de l’OPEP, les UAE pourraient voir l’Arabie Saoudite et la Russie revendiquer la part du lion.

 

Les revendications à la hausse des Emirats et l'amitié avec les USA et Israël

Les Émirats arabes unis, qui produisaient 3,4 millions de barils de pétrole par jour avant la guerre, expriment depuis plusieurs années leur mécontentement envers l’OPEP et s’irritent des quotas de production imposés par le cartel, qui les ont empêchés d’exporter de plus grandes quantités de pétrole.

Abou Dabi avait l’ambition d’augmenter ses extractions à 5 millions de barils par jour d'ici à 2030. La démesure du pays, Dubaï en tête, coûte une fortune. A ces extravagances, il faut également sortir l’économie du pays du tout pétrole. Il ne reste que quelques années pour effectuer le changement de cap.

Les Émirats n’appréciaient pas de devoir se restreindre, en particulier alors qu’ils voulaient produire davantage et que les Saoudiens voulaient produire moins.

De plus, les Émirats arabes unis ont renforcé leur soutien aux États-Unis et à Israël et s’opposent franchement à l’Iran. Le départ de l’OPEP+, qui comprend la Russie, témoigne de la frustration d'Abu Dhabi face au soutien apporté par Moscou à l'Iran pendant le conflit.

Le ministre de l’Énergie des Émirats arabes unis, Suhail al-Mazrouei, a déclaré au Financial Times que cette mesure constituait une "décision nationale souveraine fondée sur la vision stratégique et économique à long terme des Émirats arabes unis et sur l’évolution de leur profil énergétique. Nous avons collaboré activement avec le groupe et avons soutenu toutes ses décisions, mais le moment est venu de nous tourner vers l’avenir. À notre avis, le moment est bien choisi car cela a un impact minimal sur l’ensemble des producteurs.»

Les relations entre Abou Dhabi et Riyad se sont nettement détériorées lorsque les tensions entre les deux puissances du Golfe ont éclaté au grand jour en décembre et janvier, dans le cadre d’un différend concernant leur soutien à des factions rivales au Yémen. On rappelle également que Ryad s'était montré intéressée par les BRICS (Russie-Chine) au côté de l'Iran.

De son côté, Abou Dhabi a offert de grandes largesses financières aux fils de Donald Trump ainsi que Jared Kushner, le mari de sa fille et grand supporter d'Israël.

La fracture semblait s’atténuer alors que les États du Golfe s’unissaient dans leur colère face à l’agression de l’Iran contre ses voisins arabes. Mais les tensions ont refait surface, la guerre ayant exacerbé les frustrations des Émirats à l’égard de certaines institutions multilatérales et régionales.

 

L'avenir de l'OPEP

L’impact de la décision des Émirats arabes unis ne sera pas clair tant que le détroit d’Ormuz n’aura pas été entièrement rouvert et que la région ne pourra pas expédier du pétrole et du gaz normalement.

L’État du Golfe exporte actuellement environ la moitié de ses volumes habituels en raison de la fermeture de ce goulet d’étranglement.

Depuis sa création l’OPEP a déjà perdu l’Indonésie, le Qatar, l’Equateur et l’Angola. Le Venezuela pourrait être le prochain sur la liste. Est-que l’Iran et l’Irak, qui ont un besoin urgent de cash, pourraient également être intéressés à se retirer afin de se libérer des quotas. La question reste ouverte.

Cependant, sans les Emirats, OPEP+ détient le 40% des extractions mondiales et pourra continuer à jouer un rôle majeur d’autant que le pétrole de schiste américain montre des signes d’essoufflement.

 

La prochaine crise de la demande en juge de paix

Il sera intéressant de voir les synergies quand le marché fera à nouveau face à une surproduction pétrolière avec des prix en chute. Est-ce qu’une récession ou une stagflation en 2027 fera chuter la demande mondiale ? Dans ce cas, les pays pourront se serrer les coudes et éventuellement se rejoindre sur une stratégie commune.

Pour l’instant, tous les pays pétroliers du Moyen-Orient ont vu une chute drastique de leurs revenus et si à la fin de la guerre les prix restent élevés, ils pourront combler une partie de leurs déficits.

 

Finalement, détail intéressant dans cette annonce. Elle est tombée alors que les dirigeants du CCG, qui regroupe les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Qatar, le Koweït, Oman et Bahreïn, se réunissaient à Djeddah pour discuter de la guerre avec l’Iran.

Après avoir traversé ces 60 jours de bombardements, il y aura beaucoup de remise en question. Des réunions ont déjà eu lieu pour discuter de la suite des événements, mais sans les Emirats.

Affaire à suivre

https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/petrole/1477-les-emirats-arabes-unis-sortent-de-lopep.html

Un analyste pétrolier de renom garantit que les prochains mois seront « un désastre absolu et continu », même si le détroit d'Ormuz rouvre demain...

Des experts en énergie préviennent depuis longtemps que les contrats à terme sur le pétrole sont totalement déconnectés de la réalité du marché physique, mais un réajustement est inévitable et imminent, selon un analyste pétrolier de premier plan.

Les marchés à terme ont été apaisés par l'espoir de négociations de paix entre les États-Unis et l'Iran. Le West Texas Intermediate (WTI) reste pour l'instant sous la barre des 100 dollars le baril, tandis que le Brent l'a repassée. Parallèlement, les actions ont atteint des sommets historiques, les investisseurs faisant abstraction de la guerre.

Mais Paul Sankey, président de Sankey Research, a souligné que les cargaisons de pétrole d'avant-guerre, acheminées par pétroliers depuis le golfe Persique, n'ont atteint leurs destinations que récemment. Le détroit d'Ormuz étant largement fermé depuis plus de 40 jours, le manque de nouveaux approvisionnements ne peut plus être ignoré.

« Au cours des prochains mois, la situation va malheureusement se détériorer considérablement », a-t-il déclaré jeudi à Bloomberg TV. « Nous sommes pris au piège. »

Face à l'assèchement des nouveaux arrivages de pétrole du Moyen-Orient, les pays puisent dans leurs réserves et les niveaux de stocks « commencent à devenir alarmants », a ajouté Sankey.

En réalité, la situation va inévitablement empirer, a-t-il averti, contrairement aux prévisions habituelles du marché pétrolier, qui peuvent s'avérer totalement erronées pour des raisons externes.

« Dans ce cas précis, nous pouvons être certains que les deux prochains mois seront un véritable désastre, même si le détroit était ouvert demain, car la situation est bloquée par les pétroliers, et ces derniers sont tous mal positionnés », a expliqué Sankey.

Il examine les points de rupture des chaînes d'approvisionnement, notamment le kérosène en Australie et les solvants utilisés dans la fabrication de semi-conducteurs au Japon.

Alors que des pays comme le Japon et les États-Unis disposent d'importantes réserves de pétrole qu'ils ont déjà utilisées, toute nouvelle livraison sera de plus en plus difficile à accepter à mesure que les réserves se videront, a prédit Sankey. Autrement dit, le volume réellement disponible pour les marchés mondiaux est inférieur aux chiffres annoncés.

Le moment de vérité pourrait arriver le mois prochain. Les analystes de JPMorgan ont indiqué mardi dans une note que les stocks commerciaux des pays de l'OCDE atteindront leurs « minimums opérationnels » entre le 9 et le 30 mai, « à partir duquel la hausse des prix deviendra exponentielle et non plus linéaire ».

Après la fin du conflit, la chaîne d'approvisionnement pétrolière aura besoin de temps pour redémarrer. Il faudra deux mois pour que les ports rouvrent et deux à trois semaines pour que les équipages des pétroliers se sentent suffisamment en sécurité pour traverser à nouveau le détroit. JPMorgan estime également qu'il faudra quatre mois pour que la production pétrolière atteigne 99 % de sa capacité.

De même, Frédéric Lasserre, responsable de l'analyse chez Gunvor Group, géant du négoce de matières premières, a déclaré mardi lors d'une conférence sectorielle que si la guerre en Iran se prolongeait d'un mois, les marchés pétroliers seraient à court de réserves et atteindraient un niveau critique.

Selon Saad Rahim, économiste en chef du groupe Trafigura, le conflit a déjà entraîné la disparition d'un milliard de barils d'approvisionnement. Il a précisé lors de la conférence que ce chiffre pourrait atteindre 1,5 milliard de barils si la situation perdure.

« L'ampleur du problème semble telle que le marché a du mal à la saisir », a-t-il déclaré, ajoutant : « Il existe donc actuellement un véritable décalage entre la perception et la réalité. »

Par Jason Ma Rédacteur en chef du week-end 24 avril 2026

https://fortune.com/2026/04/24/oil-market-forecast-disaster-crude-prices-strait-of-hormuz-opens-now-us-iran-war/

Les marchés mondiaux de l'énergie sont au bord du désastre...

Les scénarios vont désormais de mauvais à catastrophiques...

Pour évaluer la proximité du monde avec une catastrophe énergétique, The Economist a compilé un tableau de bord d'indicateurs. Celui-ci suggère que des dégâts considérables sont déjà irréversibles. Pire encore, sans réouverture, les coûts pourraient exploser, déclenchant des événements susceptibles de paralyser le système d'approvisionnement en carburant. La réouverture du détroit permettrait – de justesse – d'éviter une catastrophe totale. Mais des difficultés supplémentaires sont d'ores et déjà inévitables.

Trois facteurs précipitent le monde au bord du précipice. Les cargaisons de pétrole disponibles à l'achat s'amenuisent. Les raffineries réduisent drastiquement leur production de carburant. Et la demande demeure artificiellement élevée, notamment en Europe. Un changement majeur est inévitable pour que les marchés de l'énergie retrouvent leur équilibre.

Commençons par le commerce. Si la plus grande pénurie de pétrole de l'histoire n'a pas déclenché de panique mondiale, c'est notamment parce qu'une quantité quasi record de pétrole se trouvait déjà en mer au début du conflit. Dès février, alors que les navires de guerre américains appareillaient pour le Golfe, les pays riverains ont fortement augmenté leurs exportations. Après les dernières livraisons, ces stocks maritimes sont désormais épuisés. Il en va de même pour la plupart des cargaisons de pétrole iranien et russe, qui stationnaient en mer mais ont trouvé preneur après l'allègement des sanctions américaines contre ces deux pays. Les volumes totaux transportés par voie maritime ont chuté à une vitesse record (voir graphique 1). Pour le kérosène et l'essence, les niveaux sont bien inférieurs aux normes historiques, et probablement proches du minimum nécessaire au fonctionnement du commerce maritime.

La dernière fois que la demande de pétrole a chuté de 10 % en si peu de temps, c'était lors des confinements liés à la COVID-19 en 2020, un choc qui a également entraîné une baisse du PIB mondial de plus de 3 %. Le temps presse pour éviter une chute similaire.

https://archive.ph/20260423091416/https://www.economist.com/finance-and-economics/2026/04/21/global-energy-markets-are-on-the-verge-of-a-disaster

commentaire de Gail Tverberg :

« La situation énergétique est grave » pourrait résumer le problème. Le PIB mondial va chuter. De nombreux rayons seront vides.

23 04 2

L'Europe : le petit frère va devoir faire tout seul...

Ainsi, les Etats-Unis ont besoin d’assurer que le pétrole et le gaz-méthane règnent sur le monde et que les outils et sources de remplacement soient retardées ou différées.

Washington voit déjà les signes d’épuisements de leurs gisements de schiste. Si l'Irak avait été abandonnée, les USA repartent en chasse pétrolière avec la nécessité de reprendre à la Chine les marchés qu'ils avaient délaissés.

Pour se faire, toutes les options sont ouvertes et qu’importe qu’une civilisation soit détruite. Les centaines de milliers de morts irakiens le démontrent.

On comprend également l’abandon du devoir implicite des Etats-Unis d’assurer les flux pétroliers vers l’Europe. Le petit-frère va devoir faire tout seul. Il va même devoir défendre les terres rares situées dans les sols du Groenland.

La question ultime

Dans une époque où le pétrole d’excellente qualité, capable de générer du kérosène et du diesel, diminue, l’ère du chacun pour soi a débuté.

Bruxelles va donc devoir se débrouiller pour accéder aux pétroles et hydrocarbures qui restent. Les mois à venir vont s’avérer très compliqués et douloureux d’autant que l’Europe désire se passer du brut et du méthane russe et que le schiste américain ne convient pas aux raffineries du continent. La question du Groenland va rapidement revenir sur le devant de la scène.

Au niveau mondial, la proposition de détruire une civilisation contre du pétrole a été mise sur la table de manière publique. Ce qui se disait dans les coulisses a été porté sous les yeux du monde.

A voir les réactions minimalistes des pays occidentaux, elle ne semble ne pas gêner grand monde. Il reste à savoir quelles civilisations vont faire les frais.

Mad Max s’approche au fur et à mesure que les quantités de diesel et de kérosène diminuent. Les premières passe d’armes débuteront ces prochaines semaines notamment pour savoir quel pays aura droit à du diesel et du kérosène.

(extrait)

https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/petrole/1474-mad-max-ou-mad-trump-max.html

 

le Venezuela possède dans son sous-sol des quantités d’hydrocarbures absolument phénoménales (sous forme de fiouls extra-lourds). La quantité de capital pour rendre ces hydrocarbures utilisables dans des moteurs est elle aussi phénoménale, et totalement hors de portée du pays. Et ce, depuis bien avant qu’il ne sombre dans la crise actuelle.

HollyDays

22 septembre 2019  

"Au-delà de l'excédent prévu à court terme, il existe un enjeu plus important sur le marché pétrolier : un déficit structurel potentiel après 2027", selon Saxo Bank.

    Cette perspective d'une éventuelle pénurie d'approvisionnement à la fin de cette décennie et au début des années 2030 s'est généralisée ces derniers mois. Les inquiétudes concernant un déficit à long terme se sont accrues après que l'Agence internationale de l'énergie (AIE), qui prône depuis des années la transition énergétique et le non-investissement dans de nouveaux gisements de pétrole et de gaz, ait changé son discours.

(commentaire de Quark, 11 12 25)

En 1956, Marion King Hubbert, géologue chez Shell, présenta un rapport technique, verbeux et aride, dont la conclusion principale était que la production pétrolière américaine atteindrait son apogée en 1970. Ce raisonnement, très simplifié, reposait sur un délai moyen de 40 ans entre la découverte, la production, l'atteinte d'un pic et le déclin irréversible. Or, la moyenne des découvertes de pétrole sur le continent américain remontant à 1930, le pic de production devait être atteint aux alentours de 1970.

Hubbert fut alors ridiculisé et ses travaux rejetés. En 1970, les médias américains publièrent des articles soulignant l'erreur de Hubbert, les États-Unis produisant alors plus de pétrole que jamais. Cette plaisanterie dura un an, jusqu'à ce que les chiffres de production de 1971 soient inférieurs à ceux de 1970. Le déclin se poursuivit ensuite jusqu'à la fin du XXe siècle, contribuant sans aucun doute à la crise monétaire de 1971 et l'aggravant.

La production mondiale de pétrole a atteint son apogée en 1964. Par conséquent, selon les modèles de Hubbert, le pic de production mondial aurait dû se produire aux alentours de 2004… et c'est ce qui s'est passé ! Du moins, si l'on considère uniquement la production de pétrole brut conventionnel. En effet, la forte hausse des prix du pétrole qui a suivi a été le premier domino à tomber dans la chaîne d'événements qui a conduit au krach de 2008 et à la dépression qui a suivi (de la même manière que la flambée des prix du charbon en 1927 a conduit au krach de Wall Street et à la Grande Dépression).

Après 2008, la « recherche de rendement » a entraîné des investissements dans la fracturation hydraulique à travers les vastes gisements de schiste des États-Unis. Ceci, combiné à diverses techniques de récupération assistée du pétrole (comme l'injection de détergent et de dioxyde de carbone dans les gisements épuisés), a permis à la production mondiale de pétrole de croître pendant treize années supplémentaires, jusqu'à atteindre un nouveau pic en novembre 2018.

Ces pics de prix ont toujours été de courte durée. Comme le coût de la principale source d'énergie d'une économie influe sur tous les autres biens et services, les flambées des prix entraînent une hausse généralisée des prix (que la plupart des économistes qualifient à tort d'inflation). Or, à moins que les entreprises et les ménages ne reçoivent des fonds supplémentaires, ils procèdent à un ajustement de leurs dépenses, privilégiant les biens essentiels au détriment des dépenses non essentielles. Et comme la consommation non essentielle représente une part importante de l'économie, la diminution de cette consommation entraîne une baisse de la demande d'énergie, et par conséquent une baisse des prix de l'énergie.

Depuis les années 1970, nous observons ce cycle de fluctuations. La volatilité des prix du pétrole consécutive au second choc pétrolier (provoqué par la révolution iranienne et la guerre Iran-Irak) a été suivie, à partir du milieu des années 1980, d'une période de relative stabilité des prix, mais à des prix plus élevés qu'auparavant. Ce schéma s'est répété après le pic de 2005, avec une flambée des prix et des prévisions d'économistes atteignant 200 dollars le baril, voire plus. Cependant, la récession qui a suivi 2008 a fait chuter les prix, une surabondance de pétrole de schiste américain ramenant brièvement le prix à 35 dollars le baril, avant qu'il ne se stabilise autour de 60 dollars.

La flambée des prix observée après 2018 a été retardée par les confinements généralisés mis en place par les gouvernements en réponse à la pandémie, puis exacerbée par les sanctions contre-productives imposées aux énergies fossiles russes. Mais lorsque les économies sont sorties de ces restrictions, nous avons subi la même période de volatilité jusqu'à ce que le ralentissement économique mondial actuel ramène les prix à 65 dollars le baril.

En raison de l'interaction entre l'énergie et l'économie en général, les fluctuations du prix du pétrole masquent un phénomène plus important. Avant de pouvoir produire du pétrole (ou toute autre énergie), il faut investir de l'énergie. Ce coût énergétique s'est stabilisé après la Seconde Guerre mondiale, grâce aux économies d'échelle et aux progrès technologiques. Cela a permis la croissance exponentielle de la production pétrolière qui a alimenté le boom économique de l'après-guerre (1953-1973), période durant laquelle la production et les échanges ont atteint des niveaux inégalés depuis 150 ans. Mais par la suite, le coût énergétique a inexorablement augmenté. Cela s'explique par notre approche initiale, qui consiste à exploiter les ressources les plus faciles d'accès.

Les premiers gisements pétroliers étaient situés à proximité de la surface, dans des zones où les infrastructures nécessaires (routes, voies ferrées, ports, etc.) existaient déjà. Et comme le pétrole produit était alors à son prix le plus bas, personne n'était prêt à investir massivement dans des gisements plus difficiles d'accès et plus coûteux ailleurs. Ce n'est qu'après l'épuisement des premiers gisements qu'il est devenu judicieux de construire les infrastructures nécessaires à l'extraction du pétrole sur de vastes étendues du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. Ce n'est que lorsque ces coûts auraient suffisamment augmenté que le forage en eaux profondes, procédé coûteux et complexe, serait devenu viable. La fracturation hydraulique de la roche mère est encore plus difficile et énergivore, et, compte tenu de l'expérience des 15 dernières années, elle ne permet pas de maintenir un prix du pétrole supportable par l'économie dans son ensemble.

Le problème est aggravé par la menace de pénuries pétrolières. Officiellement, nous avons consommé moins de la moitié des réserves mondiales de pétrole, soit environ mille milliards de barils, alors qu'il en reste approximativement 1 700 milliards. Rystad Energy, quant à elle, avance un chiffre plus proche de 500 milliards de barils, basé sur une estimation plus précise des réserves réellement récupérables. Ce qui est certain, c'est que depuis le milieu des années 1980, la consommation mondiale de pétrole dépasse les nouvelles réserves… et qu'il n'existe plus de gisements importants, bon marché et faciles à exploiter. Il ne reste que des gisements techniquement complexes et extrêmement coûteux, comme Cambo et Rosebank dans l'Atlantique Nord.

Autrement dit, la production pétrolière restante a une limite économique, liée au coût énergétique de l'énergie. À mesure que nous approcherons du point où nous devrons investir plus d'énergie que nous n'en recevrons en retour, plus aucun pétrole (à l'exception peut-être de la production stratégique financée par l'État) ne sera extrait du sol.

Si le pétrole n'était qu'une matière première comme une autre – comme le pensent beaucoup trop d'économistes, de politiciens et de militants –, il n'y aurait pas de problème. Lorsque le prix du pétrole deviendrait trop élevé, nous nous tournerions vers une autre ressource. Mais le pétrole est la ressource maîtresse, sans laquelle toutes les autres ressources deviennent inaccessibles. Il ne se contente pas d'assurer l'essentiel des opérations minières, agricoles, industrielles et de transport – même si c'est le cas –, mais il est aussi une matière première pour une multitude de produits qui rendent possible une économie industrielle avancée… et il n'existe aucun substitut (quel que soit le prix).

Ce que nous constatons en termes monétaires – la hausse des prix du pétrole entraînant une inflation généralisée – est en réalité un problème énergétique. Nous vivons déjà dans un monde où le coût élevé de l'énergie provoque la désindustrialisation des économies développées, ainsi que le désinvestissement des pays en développement dans des secteurs essentiels comme l'extraction du cuivre et du lithium. Parallèlement, face à une pénurie d'énergie généralisée (et alors que des milliardaires excentriques tentent d'alimenter des centres de données dédiés à l'IA), les secteurs non essentiels de l'économie sont déjà en récession (profitez donc de votre accès temporaire à des biens de consommation bon marché si vous le pouvez encore, car des fermetures généralisées et le chômage sont à prévoir).

Et l'une des raisons pour lesquelles le remboursement des dettes peut devenir impossible – un phénomène de plus en plus fréquent depuis la pandémie – est que l'économie réelle n'est plus en mesure de fournir les matières premières qui ont servi de garantie à la dette. Comme l'a démontré Gail Tverberg, loin d'entraîner une hausse des prix, les pénuries de pétrole provoquent des récessions qui diminuent la demande.

Autrement dit, les particuliers et les entreprises qui avaient emprunté en supposant la stabilité des approvisionnements et des prix de l'énergie se retrouvent en faillite lorsque les prix s'envolent. Le chômage et le recouvrement des créances qui en résultent entraînent une baisse de la demande dans l'ensemble de l'économie, la ramenant ainsi à l'équilibre avec l'offre (plus faible) de pétrole. Le même phénomène se produit, bien sûr, en cas de pénurie de matières premières essentielles, comme l'Europe l'apprend à ses dépens après s'être coupée des ressources pétrolières, gazières et minières russes bon marché.

Tim Watkins 24 11 25 (extrait)

https://consciousnessofsheep.co.uk/2025/11/24/broken-by-design/

Le « syndrome de la Reine Rouge » frappe la production pétrolière mondiale...

 

Les puits de pétrole de schiste sont abondants la première année, puis s'épuisent rapidement. Les entreprises du secteur doivent donc investir sans cesse dans la production pour maintenir la production à un niveau stable, un phénomène connu sous le nom de « syndrome de la Reine Rouge », d'après « Alice au pays des merveilles » de Lewis Carroll.

Les puits de schiste perdent généralement 70 à 90 % de leur volume au cours de leurs trois premières années et chutent de 20 à 40 % par an sans nouveau forage.

Un récent rapport de l'AIE le confirme, affirmant que les gisements pétroliers et gaziers mondiaux déclinent à un rythme plus rapide qu'on ne le pensait, laissant le secteur de l'énergie confronté à une lutte coûteuse pour maintenir la production.

De fait, depuis 2019, les groupes pétroliers et gaziers ont investi 500 milliards de dollars dans la production pétrolière et gazière, soit près de 90 % de leurs investissements annuels, simplement pour enrayer le déclin des gisements existants.

« La situation signifie que l'industrie doit accélérer considérablement pour rester immobile », a déclaré Faith Birol, directrice générale de l'AIE.

Il s'agit d'un virage à 180 degrés pour l'agence, qui avait précédemment mis en garde contre une « surabondance vertigineuse » de brut.

L'AIE a analysé les données de 15 000 gisements de pétrole et de gaz et a conclu que la production est de plus en plus précaire en raison d'une dépendance croissante au pétrole et au gaz de schiste, qui nécessitent de nouveaux forages continus pour maintenir leur production.

Dans son rapport de mardi, l'AIE a également suggéré que si les compagnies pétrolières cessent complètement leurs dépenses, la production mondiale de pétrole se contractera de 5,5 millions de barils par jour, soit environ la production combinée du Brésil et de la Norvège. La baisse pour le gaz naturel est passée de 180 milliards de mètres cubes par an à 270 milliards de mètres cubes par an.

Le pétrole et le gaz de schiste américains s'effondreraient de 35 % la première année suivant l'arrêt des forages, a indiqué le Financial Times.

Reuters a rapporté qu'après avoir atteint son pic de production, la baisse annuelle moyenne de la production était de 5,6 % pour les gisements de pétrole conventionnel et de 6,8 % pour les gisements de gaz conventionnel.

La baisse de la production pétrolière et gazière signifie que la production pétrolière se concentrera progressivement au Moyen-Orient et en Russie, où les grands gisements déclinent plus lentement.

Ma collègue d'Oilprice, Tsvetana Paraskova, a récemment publié un article intitulé « Le secteur pétrolier américain perd des emplois face à la baisse des prix ».

L'emploi dans le secteur du schiste américain a chuté de 1,7 % en août, les producteurs ayant ralenti les forages, reporté les complétions et accru leur efficacité après une chute d'environ 12 % des prix du pétrole depuis le début de l'année.

Chevron prévoit une réduction de ses effectifs de 20 % et ConocoPhillips jusqu'à 25 %, alors même que les entreprises s'efforcent de maintenir leur production grâce à des investissements réduits.

Le secteur du schiste américain connaît les plus importantes suppressions d'emplois depuis trois ans, les producteurs réagissant à la baisse des prix du pétrole par un ralentissement de l'activité de forage et une plus grande efficacité grâce à des consolidations et des réductions de coûts, a écrit Paraskova.

Alors que le prix du pétrole est dangereusement proche du seuil de rentabilité pour de nombreux petits producteurs indépendants, le secteur du schiste américain est en mode attentisme.

Dans un article précédent, Paraskova soulignait que la dynamique du secteur du schiste américain s'essouffle, plusieurs PDG du secteur affirmant que la production a atteint son pic.

Dans une lettre adressée aux actionnaires au premier trimestre, Diamondback Energy « continue de croire qu'au prix actuel du pétrole, la production de schiste américain a probablement atteint son pic et que les niveaux d'activité dans les 48 États contigus resteront faibles », a déclaré son PDG, Kaes Van't Hof.

Diamondback a abandonné quatre plateformes au deuxième trimestre, réduisant son activité de 17 à 13. L'entreprise prévoit actuellement d'exploiter 13 à 14 plateformes et cinq équipes de complétion pour le reste de l'année.

Le nombre de plateformes pétrolières américaines a diminué d'environ 60 cette année, dont 59 au deuxième trimestre seulement, et le nombre d'équipes de complétion actives dans le bassin permien est tombé à environ 70 équipes actives, soit une baisse de plus de 25 % par rapport à 2024, a ajouté le dirigeant.

Avec la faiblesse des prix du pétrole, les gains d'efficacité pourraient soutenir la production pétrolière dans le secteur du schiste américain, mais pas pour longtemps. La baisse du nombre de plateformes en exploitation et des équipes de fracturation se fera sentir dans quelques mois.

Si les prix du pétrole se maintiennent à leurs niveaux actuels ou à des niveaux inférieurs, les foreurs de schiste américains ralentiront encore davantage leur activité, leur objectif principal étant actuellement de préserver la trésorerie et de la restituer aux actionnaires, et non d'augmenter la production à tout prix.

Le nombre total de plateformes de forage pétrolières et gazières actives aux États-Unis a de nouveau diminué la semaine se terminant le 29 août, selon les données de Baker Hughes. Le nombre total de plateformes pétrolières aux États-Unis a chuté à 536, soit 47 de moins qu'à la même période l'an dernier. Ce nombre reste proche de son plus bas niveau depuis quatre ans.

Par Andrew Topf pour Oilprice.com

https://oilprice.com/Energy/Crude-Oil/Red-Queen-Syndrome-Hits-Global-Oil-Production.html

 

Le retour du pic pétrolier.... Quelle est la plus grande menace à laquelle nous sommes confrontés aujourd'hui ? Une guerre nucléaire entre l'Inde et le Pakistan ? Un conflit entre l'Europe et la Russie au sujet de l'Ukraine ? Les droits de douane de Trump ruinent l'économie mondiale ? Ou s'agirait-il d'une question technique concernant la « théorie du pic pétrolier » démentie ?

Le pic pétrolier, vous vous en souvenez, prévoyait le jour inévitable où la production humaine des réserves limitées de pétrole de la planète atteindrait son apogée… après quoi, la production ne pourrait que décliner. À l'inverse, la religion du progrès affirme que chaque fois qu'une matière première se raréfie, son prix augmente, ce qui entraîne des investissements dans de nouvelles technologies qui, à leur tour, permettront d'exploiter des réserves auparavant inaccessibles. Cela s'est certainement vérifié au cours des vingt années qui ont suivi le pic de production de pétrole conventionnel en 2005.

Ce pic est passé largement inaperçu à l'époque, même si la vague d'inflation qu'il a engendrée a déclenché l'effondrement du système bancaire et financier en 2008… à cette époque, le prix mondial du pétrole était en pleine ascension, les analystes prédisant avec confiance un baril à 200 dollars en quelques mois. Cela ne s'est pas produit… pour deux raisons principales.

Premièrement, si les pénuries de pétrole entraînent une flambée initiale des prix, elles sont en réalité déflationnistes : les entreprises et les ménages étant contraints de payer plus cher les produits pétroliers, ils doivent réaffecter leurs dépenses à d'autres sources, ce qui provoque une contraction de l'économie. 

Deuxièmement, des technologies bien connues mais auparavant trop coûteuses, comme le forage horizontal et la fracturation hydraulique de la roche mère, se sont avérées rentables à un prix plus élevé… et c’est ainsi que le « miracle » du schiste américain a commencé – la plupart des sociétés de fracturation hydraulique originales ayant fait faillite, l’excès de pétrole et le ralentissement économique mondial ayant ramené le prix du pétrole en dessous de 50 dollars le baril.

À première vue, le pic pétrolier semblait pourtant discrédité. Après une légère baisse consécutive au krach, la production mondiale de pétrole a augmenté régulièrement pendant la décennie suivante, atteignant un nouveau pic fin 2018, rapidement éclipsé par les perturbations causées par les confinements liés à la pandémie. De manière moins évidente, notamment pour les partisans de la transition énergétique, le pétrole non conventionnel a dépassé l'éolien, le solaire, l'hydraulique et le nucléaire comme première source d'énergie nouvelle mondiale au cours de la décennie. 

Et malgré les affirmations selon lesquelles la production pétrolière ne se remettrait jamais de l'impact des confinements, en octobre 2024, elle avait dépassé le pic de 2018, sans aucun signe de ralentissement.

Le pic pétrolier semble une fois de plus démenti. 

Comme l'a récemment souligné Art Berman : « Le pétrole non conventionnel reste du pétrole. Les raffineries, seuls acheteurs de brut, se moquent des catégories artificielles du pic pétrolier. Elles paient pour un pétrole conforme à leurs spécifications, qu'il soit conventionnel ou non.

« Rejeter le pétrole non conventionnel revient à dire : “La production de tomates est en hausse, mais toute la croissance provient des serres, et non des champs traditionnels, donc ça ne compte pas”, comme si les tomates n'étaient pas les mêmes. »

Dans la mesure où les premiers partisans du pic pétrolier avaient tendance à se concentrer sur la géologie du pétrole, Berman a sans aucun doute raison. Tant que le monde dépendra des produits pétroliers, les raffineries continueront de les approvisionner… en utilisant les sources de pétrole qui répondent à leurs besoins.

Et si une combinaison de pétrole de schiste léger et de sables bitumineux lourds peut se rapprocher du brut conventionnel actuellement en déclin, il n'y a aucune raison pour que l'économie mondiale ne survive pas encore une ou deux décennies avant que le désastre ne s'abatte… surtout si l'empire occidental parvient à renverser la Russie et à exploiter les vastes gisements de schiste de Sibérie.

Toutefois, lorsque le « pic pétrolier » est considéré comme un enjeu d'économie réelle, la question de l'énergie « nette » ou « excédentaire » apparaît comme le principal problème. Il ne s'agit pas uniquement d'une question de production. En effet, si le rendement énergétique de l'énergie investie dans la production de schiste et de sable bitumineux est nettement inférieur à celui du forage conventionnel, le problème le plus important réside dans l'équilibre des produits pétroliers produits.

En effet, une grande partie du nouveau « pétrole » produit se présente sous forme de condensats et de liquides de gaz naturel, mieux adaptés à la production de gaz propane et de sacs en polyéthylène, plutôt qu'aux combustibles essentiels au fonctionnement de l'économie réelle. 

Bien qu'il n'existe pas de baril de pétrole « typique », un baril de 42 gallons américains sera raffiné en moyenne pour :

7 % d'essence

4 % de diesel

8 % de carburant d'aviation

5 % de carburant lourd (par exemple, pour les navires)

4 % d'asphalte 

3 % de carburant léger (par exemple, pour les chaudières domestiques)

2 % de condensats (par exemple, pour les briquets) 

1 % de matières premières pétrochimiques et de combustibles résiduels.

Ce sont les « distillats moyens » – diesel, carburants d'aviation et de navigation – qui font tourner le monde. Et, d'une certaine manière, l'essence et les condensats sont des produits monétisés qui, autrement, seraient gaspillés et qui, de manière cruciale, maintiennent le prix des distillats moyens à un niveau bas.

Autrement dit, si les partisans de la transition énergétique réussissaient, les économies mondiales resteraient dépendantes des distillats moyens, mais auraient transformé des produits actuellement économiquement viables en déchets coûteux qu'il faudrait éliminer d'une manière ou d'une autre (très probablement en les brûlant, ce qui contredit en quelque sorte la raison même du passage au vert).

Les raffineries peuvent – ​​à un coût considérable – être modernisées pour produire légèrement plus de distillats moyens et légèrement moins des autres produits. Mais elles sont loin d'atteindre le point où le diesel pourrait remplacer l'essence.

C'est un problème aujourd'hui, car si la production de « pétrole » a rebondi après la crise du confinement, la production de diesel reste inférieure à son pic de 2018. Bien sûr, compte tenu des sanctions occidentales autodestructrices sur les produits pétroliers russes (qui incluaient auparavant l'approvisionnement en diesel de l'Europe) et des perturbations des chaînes d'approvisionnement consécutives aux confinements, ce ralentissement de la production de diesel est peut-être en grande partie artificiel… pour l'instant. Néanmoins, il a un impact sérieux sur l'économie mondiale, et ce de manière loin d'être négligeable.

L'une des raisons pour lesquelles les économistes se trompent systématiquement est qu'ils présupposent la rationalité des marchés. C'était peut-être le cas en Grande-Bretagne au XVIIIe siècle, où les ressources étaient locales et où les banques et la finance constituaient un soutien minime à une économie où la richesse provenait du déploiement de technologies pour améliorer la production de biens et de services. 

Mais dans une économie mondialisée où les banques et la finance règnent en maîtres et où les investissements manufacturiers rapportent peu, les marchés sont totalement irrationnels… canalisant le plus souvent la richesse (numérique) vers une poignée de milliardaires tout en sapant simultanément les systèmes de survie de l'humanité.

Un exemple typique – bien que vous ne l'ayez pas vu dans les médias officiels – est que, tandis que la classe politique négocie le prix supplémentaire que les gens devraient payer pour des produits bon marché importés d'Extrême-Orient, l'un des piliers de l'économie mondiale est menacé par la pénurie de diesel.

Alors que les camions diesel continuent de transporter des biens non essentiels à travers l'Europe et l'Amérique du Nord, l'Amérique du Sud (au pouvoir d'achat bien moindre) est en proie à une pénurie de diesel qui, entre autres, impacte la production de cuivre. Et comme le cuivre est essentiel à notre mode de vie, cela laisse présager des problèmes à venir pour des choses telles que :

* Construction et raccordement de parcs éoliens et de panneaux solaires 

* Passage de l'essence aux voitures et véhicules utilitaires légers électriques 

* Construction de nouveaux centres de données d'IA

* Construction des 1,5 million de nouveaux logements promis par le gouvernement britannique

* Réarmement de l'armée européenne.

Encore une fois, la pénurie actuelle de diesel est en grande partie artificielle, car elle est liée à un manque d'importations russes et à l'incendie d'une raffinerie au Pérou. Elle met également en évidence une industrie pétrolière mondiale qui peine à répondre à la demande. Et c'est bien là, bien sûr, la véritable menace. 

Car si l'industrie pétrolière ne parvient pas à répondre à la demande de diesel, tôt ou tard, tout va s'effondrer. Sans un approvisionnement régulier en diesel, par exemple, il est impossible de nourrir huit milliards de personnes. 

Les machines agricoles lourdes ne peuvent actuellement être alimentées par aucun autre moyen. La production minérale essentielle sera également impactée, car l'approvisionnement mondial repose sur d'énormes camions de transport diesel-électriques. Et le transport de la quasi-totalité de la consommation occidentale dépend de camions et de trains diesel.

L'un des principaux problèmes du mouvement initial en faveur du pic pétrolier résidait peut-être dans la vision d'une catastrophe, selon laquelle le pic de production pétrolière serait suivi d'un effondrement immédiat de la civilisation occidentale, voire mondiale.
 
L'impact du pétrole de schiste sur les deux dernières décennies laisse plutôt présager un effondrement catabolique plus lent, au cours duquel l'économie s'ajusterait lentement… certes à la baisse, les politiciens et les économistes se trompant de diagnostic et tentant d'appliquer des remèdes miracles à tous les niveaux. 
 
Il est cependant concevable – et même probable – que les gouvernements et les industries déploient le nucléaire de quatrième génération comme alternative aux combustibles fossiles dans des secteurs comme les transports, où les trains électriques pourraient remplacer les locomotives diesel, le fret lourd passant à nouveau de la route au rail. 
 
Des camionnettes plus légères, fonctionnant à l'essence, pourraient également remplacer les poids lourds dans certains secteurs. Le recyclage – par exemple du cuivre – pourrait se développer à mesure que les réserves de matières premières vierges s'épuisent et que les coûts augmentent.
 
L'agriculture pourrait bien se relocaliser pour répondre à la demande continentale plutôt que mondiale. Et il va sans dire qu'une grande partie de la consommation occidentale pourrait disparaître sans menacer la survie de quiconque.
 
La plus grande victime à court terme sera probablement un système bancaire et financier mondial dont l'existence dépend d'une croissance perpétuelle sur une planète finie. La richesse virtuelle – existant simplement sous forme de bits et d'octets au sein du réseau mondial de centres de données – est déjà largement supérieure à la richesse réelle collective qui est censée la soutenir. 
 
Et depuis un demi-siècle, la capacité à accroître la richesse réelle est au point mort. Au lieu de cela, la majeure partie de ce que nous considérons comme de la richesse n'est rien d'autre que le produit d'une concurrence pour l'acquisition d'actifs spéculatifs. À tel point que la superstructure financière dans son ensemble semble totalement détachée de sa base économique réelle.
 
En ce sens, les économies réelle et financière sont comparables aux logiciels et au matériel informatique… démontez votre matériel et, malgré tous vos efforts, vous ne retrouverez pas l'e-mail que vous étiez en train d'écrire, et encore moins le mot de passe de votre banque en ligne. Néanmoins, il existe une série de registres – des interrupteurs marche/arrêt – au cœur de la machine qui traduisent son câblage physique en environnement logiciel virtuel dans lequel la plupart d'entre nous devons opérer aujourd'hui. 
 
Dans l'économie, l'équivalent de ces registres essentiels est tout simplement la dette privée. Toute la superstructure financière repose en définitive sur un niveau croissant de dette privée créée par les prêts aux consommateurs, aux entreprises et aux États. Mais les banques et les banques (de plus en plus) parallèles (c'est-à-dire non réglementées) n'accordent pas de prêts par sens civique. Les banques accordent des prêts lorsqu'elles estiment qu'elles réaliseront un profit… ce qui, dans l'économie réelle, signifie qu'elles proviennent d'un État, d'une entreprise ou d'un consommateur dont le revenu réel croît au moins au même rythme que les intérêts du prêt.
 
Imaginez maintenant ce qui se passe lorsque des ressources essentielles comme le diesel et le cuivre se raréfient. Les entreprises sont en difficulté (comme ces dernières années) et tentent d'augmenter les prix. De même, les consommateurs peinent (comme ces dernières années) et cherchent à réduire leurs dépenses ailleurs. Même les gouvernements rencontrent des difficultés (comme ces dernières années) et tentent d'augmenter les impôts sur des entreprises et des consommateurs déjà en difficulté.
 
Pendant un temps, chacun cherche à accroître la « croissance » de l'économie réelle comme solution la plus simple à la crise croissante. Et pour autant que les politiciens et les chefs d'entreprise parviennent à inventer une histoire suffisamment crédible, les banques peuvent encore être persuadées de prêter. Mais la croissance réelle (par opposition aux maigres gains tirés de statistiques « manipulées ») refusant de se manifester, le temps viendra où les prêts bancaires se tariront et (comme ce fut le cas en 2008) les montagnes de « richesse » numérique théorique se révéleront moins précieuses que les contrats numériques sur lesquels elles reposaient.
 
Dans un monde conditionné à se préoccuper des aspects financiers – emprunts publics, investissements étrangers, marchés boursiers et cours des devises, etc. – les pénuries dans l'économie réelle peuvent paraître insignifiantes et lointaines. De fait, pendant près de trois siècles, ces pénuries se sont transformées en opportunités, les investisseurs cherchant à débloquer de nouvelles ressources pour combler le déficit. 
 
Mais combler ce déficit a toujours été une question d'énergie – que ce soit (comme ce fut le cas lorsque le charbon a remplacé les roues hydrauliques ou lorsque le pétrole a remplacé le charbon) par une nouvelle source d'énergie plus puissante ou par des technologies améliorant l'efficacité énergétique (autrement dit, la « productivité »).
 
Et notre économie réelle est en retard sur ce plan. En théorie, l'exploitation de l'énergie des noyaux atomiques (l'énergie nucléaire) pourrait alimenter une nouvelle révolution industrielle – un kilogramme d'uranium ayant l'énergie potentielle de deux tonnes de charbon – mais personne n'a trouvé comment l'exploiter au-delà des turbines à vapeur du XIXe siècle. Or, notre ensemble de technologies pétrolières et électriques a déjà atteint (ou plus probablement dépassé) le point où des gains de productivité infimes se font au prix d'investissements bien trop élevés.
 
Sans augmentation des excédents énergétiques, que le pétrole non conventionnel ne peut fournir – pour paraphraser Art Berman, en découvrant que vos tomates cultivées sous serre sont trop chères pour être cultivées – la croissance devient impossible.
 
Mais son déroulement est faussé par les « privilèges exorbitants » du système financier – les Boliviens souffrent de la faim tandis que les Européens consomment des produits en plastique bon marché en provenance d'Asie –, rendant impossible toute prévision des prochaines pénuries. 
 
Néanmoins, la direction est claire. Et si la baisse des excédents énergétiques constitue la véritable crise, elle se manifestera comme une version actualisée et exponentiellement plus importante de celle de 2008.
 
Tim Watkins
 
https://consciousnessofsheep.co.uk/2025/05/15/peak-oil-returns/

L’effondrement de la production pétrolière frappe à la porte.

Puisque ma thèse sur l’effondrement de la production mondiale de pétrole à partir de 2030 est déjà connue, je ne donnerai que deux remarques, qui sont très importantes.

1º). La production pétrolière saoudienne a été pendant de nombreuses années une police d’assurance pour le monde. Elle a fonctionné comme un producteur « swing » (capable d’ajuster sa propre production pétrolière aux besoins du marché, à la hausse comme à la baisse) pendant une longue période (des décennies), constituant le dernier bastion de l’abondance pétrolière.

Cependant, dans ce rapport, je montre leurs lacunes et leur manque de capacité de réserve.

2º). Depuis 2010-2012, le pétrole de schiste américain a assumé seul la lourde charge de répondre à la demande mondiale croissante de pétrole. J’ai déjà montré dans d’autres articles comment la production mondiale de pétrole, hors États-Unis, a formé un plateau depuis 2005, avec un pic en 2016 et une nette tendance à la baisse depuis lors.

(commentaire de Gail Tverberg sur son blog, 13 12 24)

À l’approche du précipice énergétique...

Avertissez n’importe qui aux États-Unis de la crise énergétique à venir et vous verrez probablement les yeux tourner. « Quelle crise énergétique? C’était il y a un demi-siècle! Les marchés et la technologie ont gagné. Aujourd’hui, nous sommes de retour parmi les meilleurs fournisseurs de pétrole! »

Tout cela est vrai, mais la réponse donne un faux sentiment de sécurité qui fait que les décideurs et le public s’endorment à l'approche de la falaise. Une crise énergétique est à prévoir, quel que soit notre rang (actuellement troisième) parmi les pays fournisseurs de pétrole. Pour voir la crise à venir, il faut regarder sous le vernis des revendications d’approvisionnement en pétrole et poser des questions plus profondes

La question de la pénurie d’énergie est importante parce que l’énergie, fossile ou autre, est étroitement liée à la production économique. Une crise énergétique prolongée — une crise dans laquelle les substituts à l’énergie rare sont trop coûteux, nocifs pour l’environnement ou au-delà des capacités technologiques de l’humanité — mettrait probablement fin à la croissance des économies industrielles. Alors que la décroissance vers une économie stable est ce que recherchent les États stables, une longue et substantielle période de décroissance serait un résultat cauchemardesque qui produirait des souffrances et des conflits inutiles.

Retour sur un choc des prix de l’énergie

Il y a quinze ans, le monde a subi un ralentissement économique qui a nécessité l’intervention des banques centrales et des gouvernements pour éviter un effondrement économique au niveau de la dépression. Dans une grande partie du monde, les économies se sont développées depuis 2001, mais la déréglementation des prêts hypothécaires a produit une bulle qui a envoyé des ondes de choc à travers le système financier et économique mondial. C’est bien compris, mais ce qui est peu reconnu, c’est l’épingle qui fait éclater la bulle. Le prix du pétrole a doublé entre 2007 et 2008.

Les prix du pétrole ont augmenté parce que la production mondiale de pétrole n’a pas pu suivre la demande. Comme le pétrole est une « ressource maîtresse » utilisée pour l’énergie ou comme matière première dans pratiquement tous les secteurs économiques, la hausse des prix a ralenti l’économie mondiale. L’industrie du logement surendettée, déjà vulnérable en raison du manque de solvabilité de certains acheteurs, a commencé à s’effondrer. Et bien que l’intervention gouvernementale ait été importante, la croissance du PIB après la crise de 2008 est restée tiède.

Mais l’économie s’est redressée à mesure que l’extraction d’énergie a repris, ce qui souligne l’importance cruciale de l’énergie pour l’économie. Avec la hausse des prix du pétrole et une période de faibles taux d’intérêt, l’extraction reposant sur une nouvelle technologie — la fracturation hydraulique — a été ajoutée à la boîte à outils de l’industrie pétrolière. La fracturation a augmenté l’approvisionnement en pétrole en ouvrant l’accès à ce qu’on appelle le « pétrole léger de réservoirs étanches » provenant des gisements de schiste du centre du continent américain. Cette période d’approvisionnement accru est connue sous le nom de « boom du schiste ». Cela a fait des États-Unis un fournisseur majeur, et les préoccupations concernant l’approvisionnement en énergie ont glissé dans le rétroviseur. En effet, les manchettes sur le « pic pétrolier » qui étaient courantes avant la grande récession de 2008-2009 ont rapidement disparu lorsque la fracturation a ouvert l’offre.

La dernière décennie a toutefois attiré l’attention sur les limites de la disponibilité de l’énergie et a montré que le boom du schiste pourrait être de courte durée. En raison de l’obscurcissement des producteurs de pétrole (en particulier de la part de l’OPEP), nous sommes encore incertains des réserves mondiales totales de pétrole, et par un tour de passe-passe terminologique (décrit ci-dessous), ce qui était autrefois considéré comme du pétrole a changé de sens, ajoutant à la confusion sur les totaux des réserves.

Un problème comptable

Le pétrole représente environ 40 % de la consommation mondiale totale d’énergie. Étant donné son importance critique pour les économies du monde entier, on pourrait penser que les estimations des stocks restants de pétrole seraient une question réglée. Pourtant, les experts ont offert un large éventail d’estimations depuis des décennies. La détermination des réserves récupérables restantes des pays et du monde est difficile pour plusieurs raisons.

Premièrement, il y a un manque de transparence; les producteurs sont réticents à divulguer l’étendue de leurs actifs ou ils souhaitent les exagérer pour exercer une plus grande influence à l’échelle mondiale. Les analystes pétroliers se méfient de certaines revendications des producteurs depuis de nombreuses années. Une analyse récente suggère que les réserves de l’OPEP sont surévaluées de 300 Go (milliards de barils) et les réserves de l’USF de 100 Go. (La réduction des réserves de l’OPEP s’alignerait sur la théorie de longue date pour expliquer le « mystère » des ajouts soudains de réserves dans les années 1980 – les ajouts étaient probablement une manœuvre pour augmenter les quotas d’exportation.)

Un autre problème dans le comptage des réserves de pétrole résulte de la fusion des huiles lourdes avec le pétrole conventionnel. Les ressources pétrolières lourdes sont abondantes, mais moins utiles économiquement que le pétrole conventionnel, et leur extraction est économiquement (et écologiquement) coûteuse et difficile à augmenter. Pourtant, les huiles lourdes sont comptées dans la production comme si elles étaient équivalentes en qualité et en accessibilité au pétrole conventionnel. En fait, parce qu’ils sont plus difficiles à extraire, leur « débit » est limité et ils ne peuvent pas fournir une capacité de réserve importante en cas de besoin.

Le pétrole de schiste complique également la question de la comptabilisation du pétrole. Les États-Unis sont dotés des meilleurs gisements de schiste bitumineux (pour la production de pétrole) de la planète et ont plus que doublé leur production au cours des dix dernières années. Cette production a stimulé la production de combustibles fossiles entièrement liquides et contribue à expliquer comment la demande mondiale a été satisfaite au cours de la dernière décennie. Comme le montre la figure, le pétrole classique a atteint un plateau. Presque tous les nouveaux ajouts à la consommation proviennent du pétrole de réservoirs étanches (de schiste) américain.

Le pétrole de schiste est toutefois aux prises avec plusieurs problèmes. L’un d’eux est la nature intimidante et capitalistique du processus d’extraction. Contrairement à l’extraction dans les champs conventionnels, le schiste de fracturation pour le pétrole est un effort constant impliquant le forage d’un à trois milles, puis latéralement pour des milles de plus avant la fracturation hydraulique du schiste (injection de fluides sous une pression énorme contenant de grandes quantités de sable pour garder les fractures ouvertes), et enfin, pompage de l’huile libérée hors du dépôt. Cela doit être fait continuellement pour exploiter un champ.

Un deuxième problème avec le schiste est la nature du « pétrole » produit. L’analyse effectuée par le géologue pétrolier Art Berman indique qu’aux États-Unis, 30 % de la production de pétrole déclarée, en grande partie à partir du schiste, est constituée de liquides de gaz naturel, c’est-à-dire d’hydrocarbures légers dont la teneur en énergie est nettement inférieure à celle du pétrole brut classique. La qualité légère de l’huile ne convient pas au transport lourd qui repose sur le diesel. Ainsi, une grande partie du pétrole de schiste de fracturation produit par les États-Unis ne peut pas être utilisé dans le pays et doit être exporté, de sorte qu’il ne contribue pas à l’approvisionnement énergétique des États-Unis.

L’autre problème pour le schiste est le taux de déclin spectaculaire d’un puits typique. Un puits classique peut avoir un taux de déclin de 6 % par an après avoir atteint un sommet, mais les puits fracturés ont chuté de façon spectaculaire dès le début, avec un taux de déclin de 60 % la première année et de 25 % la seconde.

Cela signifie que les entreprises doivent forer continuellement de nouveaux puits pour maintenir la production à un niveau constant. Il s’agit de la situation difficile de « la Reine Rouge », après le film de Lewis Carroll « Through the Looking Glass », dans lequel la Reine conseille à Alice de courir le plus vite possible pour rester en place. C’est une métaphore très appropriée pour la fracturation.

Si la demande mondiale de pétrole continue d’augmenter comme prévu par les organismes consultatifs sur l’énergie comme l’Agence internationale de l’énergie et l’Energy Information Agency des États-Unis, les gisements de fracturation devront se comporter de mieux en mieux dans les années à venir. Pourtant, la production dans deux des principales zones de schiste bitumineux, le Eagle Ford en 2013 et le Bakken en 2020, a apparemment atteint un sommet, ne laissant que le bassin permien comme possibilité d’expansion.

En résumé, compte tenu du plafonnement du pétrole classique, de l’exagération probable des niveaux de réserves de certains pays et du déclin rapide de la fracturation hydraulique comme stratégie pour stimuler la production conventionnelle, un pic du total des liquides devrait être une préoccupation urgente pour les décideurs et le public.


Le temps que les humains prendront pour extraire le pétrole illustrent sa valeur en tant que source d’énergie. Fini le temps où un explorateur pouvait enfoncer un tuyau dans le sol et frapper un « jet ». Aujourd’hui, nous forons à des kilomètres de profondeur dans l’océan, extrayons des sables bitumineux sales et fissurons des roches profondes (fracturation) pour trouver du pétrole. Mais ces mesures de plus en plus extrêmes elles-mêmes nécessitent des apports énergétiques croissants.

Cela soulève une question clé : combien d’énergie est dépensée pour obtenir diverses formes d’énergie? Quel est le coût énergétique de la production d’énergie? Les analystes qui ont étudié la question ont élaboré le concept de « rendement énergétique de l’énergie investie », ou EROEI, pour répondre à cette question. La mesure exprime l’énergie dans la ressource extraite par rapport au coût énergétique de son exploration et de son développement.

Par exemple, l'extraction de 50 unités d'énergie dans le pétrole (comme dans les champs pétroliers et gaziers historiques) peut nécessiter une unité d'énergie, pour un EROEI de 50 pour 1. Mais au fil du temps, comme l'extraction du pétrole nécessite des efforts croissants, l'EROEI du pétrole pourrait tomber à 30 pour 1, puis à 15 pour 1. La baisse de l'EROI est précisément ce qui caractérise l'état actuel de l'extraction d'hydrocarbures fossiles, comme le montre le graphique.

Les implications sont stupéfiantes. La baisse de l'EROEI révèle que l'extraction de l'énergie sera de plus en plus coûteuse et, à terme, prohibitive. Les hydrocarbures seront toujours dans le sol, mais les coûts de leur extraction continueront de grimper. Cela signifie également que, à moins que le développement d'un nouveau type de source d'énergie ne se développe, la société devra s'adapter à un avenir énergétique beaucoup plus faible. Et cela suggère que les coûts monétaires de l'extraction éroderont la croissance du PIB et, à terme, limiteront l'expansion économique.

Il faut agir maintenant En 2005, quelques années seulement avant que la hausse du prix du pétrole ne déclenche la crise économique de 2008, le département américain de l'Énergie a commandé un rapport au groupe de réflexion SAIC intitulé « Peaking of World Oil Production : Impacts, Mitigation and Risk Management ». Il ressort clairement des entretiens que les auteurs ont été choqués par les implications de l'arrivée prochaine du pic pétrolier mondial, qu'ils ont qualifié de « problème de gestion des risques sans précédent ». En analysant l'aspect de l'offre et de la demande du défi de la pénurie de pétrole, ils ont conclu qu'au moins une décennie, et plus probablement deux, serait nécessaire pour se préparer au pic pétrolier et prévenir les bouleversements sociaux et économiques.

Le rapport a suscité beaucoup d'attention à l'époque, tout comme d'autres avertissements concernant les limites énergétiques. Mais la « révolution du schiste » qui a suivi a tout changé. Au lieu d'être reconnus comme un dernier domaine d'exploration et de récupération, les médias ont présenté le schiste et la fracturation hydraulique comme un élixir énergétique. Les années qui se sont écoulées n'ont pas produit la planification préparatoire que Hirsch avait prévenue qu'elle devrait avoir lieu.

Peut-être qu'un pic visible à l'horizon attirera l'attention sur la situation difficile dans laquelle nous nous trouvons : la croissance économique perpétuelle ne peut pas être conciliée avec les limites énergétiques. Plus nous attendons pour agir, plus la falaise est haute, plus l'atterrissage est douloureux et plus la transition vers une économie stable est difficile. Certaines communautés locales se sont préparées à une pénurie d'énergie, et je partagerai leur travail de conservation et d'adaptation dans un prochain article.


 


Par Dave Rollo, publié à l’origine par le Center for the Advancement of a Steady State Economy

https://www.resilience.org/stories/2024-02-07/approaching-the-energy-cliff/

Notes pour la connaissance collective : ci dessous réflexions de l'internaute HollyDays, déposées il y a quelques lunes sur le blog de Mathieu Auzanneau :

https://www.lemonde.fr/blog/petrole/

HollyDays

20 août 2019 à 16:35

@ delta
C’est la quantité d’énergie disponible pour réaliser un travail physique qui pilote le système. Tant que l’énergie est enfouie, elle n’est pas disponible. Et qu’il faille mobiliser de grandes quantités de capitaux pour aller la chercher là où elle est enfouie, la rendre disponible sous une forme utilisable, et l’acheminer jusqu’au point de consommation finale n’est pas nouveau. C’est quelque chose qui était déjà bien établi au XIXe siècle.


Par exemple, le Venezuela possède dans son sous-sol des quantités d’hydrocarbures absolument phénoménales (sous forme de fiouls extra-lourds). La quantité de capital pour rendre ces hydrocarbures utilisables dans des moteurs est elle aussi phénoménale, et totalement hors de portée du pays. Et ce, depuis bien avant qu’il ne sombre dans la crise actuelle.

HollyDays

22 septembre 2019 à 18:07

@ Thales

« Pourquoi ne peut-elle pas en acheter plus à l’extérieur sachant que pour moi le monde peut encore assurer pour l’instant la production souhaitée pour un pays »

Reprenons. Nous avons deux propositions en présence :


• Selon Matthieu A. et JMJ, l’Europe, prise globalement, dispose de moins de pétrole que ce qu’elle voudrait pour augmenter sa croissance. Ce qui veut dire qu’au moins un ou plusieurs pays d’Europe (mais pas forcément tous) disposent de moins de pétrole que ce qu’il/ils voudrait/voudraient pour augmenter sa/leur croissance.


• Selon vous, le monde peut encore assurer pour l’instant la production souhaitée pour un pays, quel qu’il soit. Donc, actuellement, le monde peut l’assurer pour tous les pays du monde à n’importe quel moment (j’imagine que c’est ça que vous vouliez dire).

Il n’y a pas à tortiller : ces deux affirmations sont antinomiques, on ne peut pas avoir les deux en même temps. Donc :


• soit Matthieu A. et JMJ se trompent, et les pays d’Europe disposent tous d’assez de pétrole pour alimenter la croissance vigoureuse qu’ils souhaiteraient avoir (mais dans ce cas, on peut légitimement se demander pourquoi la croissance économique des pays européens persiste à être aussi atone, précisément les années où leur approvisionnement en pétrole s’est contracté – sans préjuger du fait que cette contraction soit volontaire ou subie),


• soit votre hypothèse est fausse : il y a bien des pays d’Europe que le monde n’arrive pas à approvisionner en pétrole dans les quantités dont ces pays voudraient disposer.

Ceci étant dit, constater que les pays d’Europe (ou au moins, plusieurs d’entre eux) disposent de moins de pétrole que ce dont ils auraient besoin pour soutenir une croissance économique vigoureuse est une chose. Comprendre les mécanismes à l’œuvre pour expliquer comment il est possible que des pays manquent de pétrole (ou, plus généralement, de combustibles liquides) alors que le monde n’en a jamais produit autant par an, en est une autre, bien plus ardue. Mais il n’est pas indispensable de disposer d’un mécanisme explicatif solide et complet pour établir le constat. Dit autrement, l’absence de mécanisme explicatif satisfaisant ne suffit pas à invalider le constat.

Et pour étayer un peu plus le constat (sans pour autant fournir de mécanisme explicatif), on peut constater que la contraction de l’approvisionnement européen en pétrole :


• a commencé au moment où la production conventionnelle de pétrole atteignait un maximum historique (dixit l’AIE dans son World Energy Outlook 2018) ;


• a pris fin précisément au moment du boom des pétroles de roche-mère aux États-Unis, qui ont eu pour conséquence que les États-Unis ont prélevé significativement moins de pétrole sur les marchés pétroliers mondiaux.


Corrélation n’est pas causalité, bien sûr. Mais si cette contraction de l’approvisionnement européen repart de plus belle au moment où la production de pétrole de roche-mère (tight oil) aux États-Unis commencera son déclin, alors ce sera un élément de plus pour étayer ce qu’avancent Matthieu A. et JMJ.

Curieux

24 septembre 2019 à 13:41

@ Hollydays
La question n’est pas uniquement dans la quantité d’énergie disponible, mais dans le prix.
A un certain prix de l’énergie, il n’est pas rentable de produire des biens en Europe (si le prix des choses augmente, la consommation diminue).


D’où une croissance atone, voire une baisse de la consommation.


Pour une croissance vigoureuse, il faut beaucoup d’énergie bon marché.


Le prix actuel est entre deux – pas assez cher pour les producteurs d’énergie (qui renoncent à investir beaucoup, car le prix n’en vaut pas la peine). Mais trop cher pour les consommateurs d’énergie pour permettre une croissance vigoureuse.


Donc baisse relative de la consommation et économie proche de la croissance 0.


Ce qui approche le monde d’un pic violent, car le manque durable d’investissement dans la production d’énergie aboutit à l’utilisation maximale des anciens gisements (qui sont déjà rentables), mais à l’absence d’investissements importants pour renouveler l’offre à long terme.


Or un moment donné, l’offre manquera de manière irrémédiable et les prix subiront des hausses imprévisibles, et cela engendrera sans doute des conflits pour l’exploitation des gisements restants, sans parler d’une récession mondiale.

HollyDays

25 septembre 2019 à 15:02

@ Curieux (+ @Thales)

Je n’ai rien à redire au contenu de votre réaction, Curieux, qui reprend l’analyse (que je connais bien, et à laquelle j’adhère) de Gail Tverberg.

C’est effectivement une manière d’expliquer les choses : ce n’est pas que le supplément de pétrole dont aurait besoin les pays européens pour avoir une croissance vigoureuse n’existe pas physiquement, c’est que ce supplément de pétrole est trop coûteux à extraire pour que les consommateurs européens puissent se permettre de payer, dans les bonnes quantités pour assurer la croissance, les divers biens et services produits à partir de pétrole. Et comme du coup, les pays européens consomment un peu moins de biens et services que ce qu’il faudrait pour avoir une croissance vigoureuse, et par voie de conséquence, un peu moins de pétrole que ce qu’ils devraient consommer pour avoir une croissance vigoureuse : ils se retrouvent à ne consommer que le pétrole suffisamment peu coûteux pour qu’ils aient les moyens de se payer les biens et services fabriqués grâce à ce pétrole.


Du coup, les prix du pétrole sont plus bas que ce qu’ils seraient si ce supplément de pétrole coûteux était extrait, et même trop bas pour qu’extraire ce pétrole coûteux soit rentable pour les producteurs de pétrole.


Ce seuil critique de prix du pétrole varie d’un pays à l’autre (en Europe et ailleurs), d’un moment à l’autre pour un même pays, et même d’une entreprise à l’autre au sein d’un même pays (ou entre plusieurs pays). Ce qui n’aide pas à voir une vision globale des choses et ne facilite pas leur compréhension, évidemment.

HollyDays

27 septembre 2019 à 12:48

@damien

« quel pays ? quelle entreprise , s’est vu restreindre l’accès à du pétrole ou a du carburant ? »

Aucun, parce que ce n’est pas comme cela que le problème se pose. Mais vous avez raison, je n’ai pas été assez clair dans mes explications.

Les compagnies pétrolières n’ont pas totalement tort quand elles disent que ce à quoi le monde fait face, c’est un pic de la demande de pétrole, et non un pic de production de pétrole. Parce que c’est bien cela qui se passe.

Mais en même temps, c’est trompeur de parle de pic de demande, pare qu’on s’imagine instinctivement que si pic de demande il y a, c’est parce que les consommateurs choisissent de réduire leur consommation de pétrole. Or ce n’est pas ce qui se passe.

Ce qui se passe, c’est que, parce que le prix actuel est à la fois trop élevé pour les consommateurs, et trop bas pour les producteurs, on est dans une situation où les consommateurs, supposés (dans la théorie économique) être à l’origine de la demande, subissent le pic de demande : s’ils pouvaient, ils consommeraient plus de pétrole (ou plus exactement, plus de biens et services fabriqués grâce au pétrole). S’ils n’en consomment pas plus, c’est parce qu’ils n’en ont pas les moyens financiers : la contrainte sur la consommation, qui provoque le pic, est donc bien subi, et non voulu. Et parce qu’ils n’ont pas les moyens financiers d’en acheter plus, ils restreignent leurs achats de biens et services divers qui sont produits grâce au pétrole, et qui limite la consommation, et donc la production de pétrole.

HollyDays

11 novembre 2019 à 19:00

@ Clement

«  rien à première vue sur le nucléaire (le positionnement ne semble pas assumé »

C’est une manière de voir les choses. Une autre manière de voir les choses, c’est que le Shift Project assume de considérer l’électricité nucléaire comme une question de seconde importance par rapport au pétrole, au charbon et au gaz.

Si ce n’est pas votre cas, libre à vous, mais dans ce cas, il ne faudra pas prétendre que le dérèglement climatique (auquel ne participe pas le nucléaire, comme l’a à juste titre rappelé ElaX) et la dépendance de nos sociétés aux combustibles fossiles vous inquiètent, voire vous empêche de bien dormir. Parce que ce serait mentir aux autres, voire vous mentir à vous-mêmes.

« ça manque un peu de transparence sur le fait qu’on est chez les nucléocrates »

Vous, vous êtes au contraire très transparent : « je suis un antinucléaire, et tous ceux qui ne sont pas avec moi sont contre moi. » Voilà qui fleure bon le terrorisme intellectuel…


 

Un commentaire d’internaute sur le site « oil man » (Auzanneau) :


« le caractère épuisable de la ressource ne serait plus déterminé essentiellement par des paramètres physiques »: inutile d’aller plus loin.


Le délire habituel du « y en a plein (ça c’est vrai), c’est juste une question de prix pour aller le chercher (ça c’est faux) ».

Il y a un biais fondamental que peu de gens voient dans l’économie de l’extraction pétrolière qui est de penser que c’est le prix du baril qui détermine la rentabilité d’un gisement.

Depuis environ 100 ans, on ne fait plus de trou avec des pelles et des pioches et des bonhommes qu’on peut payer avec du papier imprimé. Ce sont des machines qui font des trous, des compresseurs qui fracturent, des camions, etc. Et ce sera de plus en plus vrai, surtout pour les gisements restants (compact, deep offshore, sub-arctique, etc.). Or les machines ont besoin de kWh (essence, electricité, gaz, peu importe).


Donc en première approximation, faire un trou pour chercher du pétrole (ou du gaz), c’est d’abord consommer de l’énergie.

Ensuite on ne cherche pas du pétrole en tant que kérogène pour faire de la chimie fine à haute valeur ajouté, on cherche de l’énergie (un truc qui brûle). – OK on en utilise un peu pour la chimie, mais ce n'est pas le gros du marché.

Donc en résumé, je consomme des kWh pour faire un trou duquel va sortir des kWh. Tant qu’il sort plus de kWh du trou que j’en ai utilisé (en moyenne sur plein de trous), c’est le prix du marché qui compte (je vends le différentiel sur les marchés et je paye avec du papier mes ouvriers, mes actionnaires, rembourse l’emprunt bancaire, arrose le dictateur local qui me laisse faire, etc.). Plus le prix du baril il est élevé, plus je peux me permettre un différentiel faible (le fameux « critère économique » de l’article).

Question: que ce passe-t-il lorsqu’il sort moins de kWh du trou que ce qu’on a utilisé pour le faire car il faut plus de « technologie » (en réalité: plus de machines et d’énergie pour aller fracturer et sucer le jus dilué)?


Ben c’est simple, on arrête de faire des trous. Indépendamment du prix de l’énergie (même à 1 M$ le baril, vous utilisez le pétrole ou l’énergie en général que vous avez pour faire des trucs utiles).

Ce serait à peu près aussi con que de brûler des diamants dans une machine à vapeur qui creuserait une mine pour extraire des diamants.

En résumé: qu’il reste plein de pétrole/gaz/charbon dilué sous terre, je n’ai aucun problème avec les experts qui prétendent cela.


Ce que je peux affirmer en tant que physicien c’est qu’on n’ira pas le chercher tout simplement parce que l’opération ne sera pas énergétiquement rentable (rien à voir avec l’économie), et comme le dit si bien Jancovici « les lois de la physique sont de vraies lois ».


On peut tricher en économie (créer de la monnaie, effacer des dettes), pas avec la physique (créer et faire disparaitre des trucs, ça s’appelle la magie).

 

Philippe

À l’approche du précipice énergétique

Avertissez n’importe qui aux États-Unis de la crise énergétique à venir et vous verrez probablement les yeux tourner. « Quelle crise énergétique? C’était il y a un demi-siècle! Les marchés et la technologie ont gagné. Aujourd’hui, nous sommes de retour parmi les meilleurs fournisseurs de pétrole! »

Tout cela est vrai, mais la réponse donne un faux sentiment de sécurité qui fait que les décideurs et le public s’endorment à l'approche de la falaise. Une crise énergétique est à prévoir, quel que soit notre rang (actuellement troisième) parmi les pays fournisseurs de pétrole. Pour voir la crise à venir, il faut regarder sous le vernis des revendications d’approvisionnement en pétrole et poser des questions plus profondes

La question de la pénurie d’énergie est importante parce que l’énergie, fossile ou autre, est étroitement liée à la production économique. Une crise énergétique prolongée — une crise dans laquelle les substituts à l’énergie rare sont trop coûteux, nocifs pour l’environnement ou au-delà des capacités technologiques de l’humanité — mettrait probablement fin à la croissance des économies industrielles. Alors que la décroissance vers une économie stable est ce que recherchent les États stables, une longue et substantielle période de décroissance serait un résultat cauchemardesque qui produirait des souffrances et des conflits inutiles.

Retour sur un choc des prix de l’énergie

Il y a quinze ans, le monde a subi un ralentissement économique qui a nécessité l’intervention des banques centrales et des gouvernements pour éviter un effondrement économique au niveau de la dépression. Dans une grande partie du monde, les économies se sont développées depuis 2001, mais la déréglementation des prêts hypothécaires a produit une bulle qui a envoyé des ondes de choc à travers le système financier et économique mondial. C’est bien compris, mais ce qui est peu reconnu, c’est l’épingle qui fait éclater la bulle. Le prix du pétrole a doublé entre 2007 et 2008.

Les prix du pétrole ont augmenté parce que la production mondiale de pétrole n’a pas pu suivre la demande. Comme le pétrole est une « ressource maîtresse » utilisée pour l’énergie ou comme matière première dans pratiquement tous les secteurs économiques, la hausse des prix a ralenti l’économie mondiale. L’industrie du logement surendettée, déjà vulnérable en raison du manque de solvabilité de certains acheteurs, a commencé à s’effondrer. Et bien que l’intervention gouvernementale ait été importante, la croissance du PIB après la crise de 2008 est restée tiède.

Mais l’économie s’est redressée à mesure que l’extraction d’énergie a repris, ce qui souligne l’importance cruciale de l’énergie pour l’économie. Avec la hausse des prix du pétrole et une période de faibles taux d’intérêt, l’extraction reposant sur une nouvelle technologie — la fracturation hydraulique — a été ajoutée à la boîte à outils de l’industrie pétrolière. La fracturation a augmenté l’approvisionnement en pétrole en ouvrant l’accès à ce qu’on appelle le « pétrole léger de réservoirs étanches » provenant des gisements de schiste du centre du continent américain. Cette période d’approvisionnement accru est connue sous le nom de « boom du schiste ». Cela a fait des États-Unis un fournisseur majeur, et les préoccupations concernant l’approvisionnement en énergie ont glissé dans le rétroviseur. En effet, les manchettes sur le « pic pétrolier » qui étaient courantes avant la grande récession de 2008-2009 ont rapidement disparu lorsque la fracturation a ouvert l’offre.

La dernière décennie a toutefois attiré l’attention sur les limites de la disponibilité de l’énergie et a montré que le boom du schiste pourrait être de courte durée. En raison de l’obscurcissement des producteurs de pétrole (en particulier de la part de l’OPEP), nous sommes encore incertains des réserves mondiales totales de pétrole, et par un tour de passe-passe terminologique (décrit ci-dessous), ce qui était autrefois considéré comme du pétrole a changé de sens, ajoutant à la confusion sur les totaux des réserves.

Un problème comptable

Le pétrole représente environ 40 % de la consommation mondiale totale d’énergie. Étant donné son importance critique pour les économies du monde entier, on pourrait penser que les estimations des stocks restants de pétrole seraient une question réglée. Pourtant, les experts ont offert un large éventail d’estimations depuis des décennies. La détermination des réserves récupérables restantes des pays et du monde est difficile pour plusieurs raisons.

Premièrement, il y a un manque de transparence; les producteurs sont réticents à divulguer l’étendue de leurs actifs ou ils souhaitent les exagérer pour exercer une plus grande influence à l’échelle mondiale. Les analystes pétroliers se méfient de certaines revendications des producteurs depuis de nombreuses années. Une analyse récente suggère que les réserves de l’OPEP sont surévaluées de 300 Go (milliards de barils) et les réserves de l’USF de 100 Go. (La réduction des réserves de l’OPEP s’alignerait sur la théorie de longue date pour expliquer le « mystère » des ajouts soudains de réserves dans les années 1980 – les ajouts étaient probablement une manœuvre pour augmenter les quotas d’exportation.)

Un autre problème dans le comptage des réserves de pétrole résulte de la fusion des huiles lourdes avec le pétrole conventionnel. Les ressources pétrolières lourdes sont abondantes, mais moins utiles économiquement que le pétrole conventionnel, et leur extraction est économiquement (et écologiquement) coûteuse et difficile à augmenter. Pourtant, les huiles lourdes sont comptées dans la production comme si elles étaient équivalentes en qualité et en accessibilité au pétrole conventionnel. En fait, parce qu’ils sont plus difficiles à extraire, leur « débit » est limité et ils ne peuvent pas fournir une capacité de réserve importante en cas de besoin.

Le pétrole de schiste complique également la question de la comptabilisation du pétrole. Les États-Unis sont dotés des meilleurs gisements de schiste bitumineux (pour la production de pétrole) de la planète et ont plus que doublé leur production au cours des dix dernières années. Cette production a stimulé la production de combustibles fossiles entièrement liquides et contribue à expliquer comment la demande mondiale a été satisfaite au cours de la dernière décennie. Comme le montre la figure, le pétrole classique a atteint un plateau. Presque tous les nouveaux ajouts à la consommation proviennent du pétrole de réservoirs étanches (de schiste) américain.

Le pétrole de schiste est toutefois aux prises avec plusieurs problèmes. L’un d’eux est la nature intimidante et capitalistique du processus d’extraction. Contrairement à l’extraction dans les champs conventionnels, le schiste de fracturation pour le pétrole est un effort constant impliquant le forage d’un à trois milles, puis latéralement pour des milles de plus avant la fracturation hydraulique du schiste (injection de fluides sous une pression énorme contenant de grandes quantités de sable pour garder les fractures ouvertes), et enfin, pompage de l’huile libérée hors du dépôt. Cela doit être fait continuellement pour exploiter un champ.

Un deuxième problème avec le schiste est la nature du « pétrole » produit. L’analyse effectuée par le géologue pétrolier Art Berman indique qu’aux États-Unis, 30 % de la production de pétrole déclarée, en grande partie à partir du schiste, est constituée de liquides de gaz naturel, c’est-à-dire d’hydrocarbures légers dont la teneur en énergie est nettement inférieure à celle du pétrole brut classique. La qualité légère de l’huile ne convient pas au transport lourd qui repose sur le diesel. Ainsi, une grande partie du pétrole de schiste de fracturation produit par les États-Unis ne peut pas être utilisé dans le pays et doit être exporté, de sorte qu’il ne contribue pas à l’approvisionnement énergétique des États-Unis.

L’autre problème pour le schiste est le taux de déclin spectaculaire d’un puits typique. Un puits classique peut avoir un taux de déclin de 6 % par an après avoir atteint un sommet, mais les puits fracturés ont chuté de façon spectaculaire dès le début, avec un taux de déclin de 60 % la première année et de 25 % la seconde.

Cela signifie que les entreprises doivent forer continuellement de nouveaux puits pour maintenir la production à un niveau constant. Il s’agit de la situation difficile de « la Reine Rouge », après le film de Lewis Carroll « Through the Looking Glass », dans lequel la Reine conseille à Alice de courir le plus vite possible pour rester en place. C’est une métaphore très appropriée pour la fracturation.

Si la demande mondiale de pétrole continue d’augmenter comme prévu par les organismes consultatifs sur l’énergie comme l’Agence internationale de l’énergie et l’Energy Information Agency des États-Unis, les gisements de fracturation devront se comporter de mieux en mieux dans les années à venir. Pourtant, la production dans deux des principales zones de schiste bitumineux, le Eagle Ford en 2013 et le Bakken en 2020, a apparemment atteint un sommet, ne laissant que le bassin permien comme possibilité d’expansion.

En résumé, compte tenu du plafonnement du pétrole classique, de l’exagération probable des niveaux de réserves de certains pays et du déclin rapide de la fracturation hydraulique comme stratégie pour stimuler la production conventionnelle, un pic du total des liquides devrait être une préoccupation urgente pour les décideurs et le public.


Le temps que les humains prendront pour extraire le pétrole illustrent sa valeur en tant que source d’énergie. Fini le temps où un explorateur pouvait enfoncer un tuyau dans le sol et frapper un « jet ». Aujourd’hui, nous forons à des kilomètres de profondeur dans l’océan, extrayons des sables bitumineux sales et fissurons des roches profondes (fracturation) pour trouver du pétrole. Mais ces mesures de plus en plus extrêmes elles-mêmes nécessitent des apports énergétiques croissants.

Cela soulève une question clé : combien d’énergie est dépensée pour obtenir diverses formes d’énergie? Quel est le coût énergétique de la production d’énergie? Les analystes qui ont étudié la question ont élaboré le concept de « rendement énergétique de l’énergie investie », ou EROEI, pour répondre à cette question. La mesure exprime l’énergie dans la ressource extraite par rapport au coût énergétique de son exploration et de son développement.

Par exemple, l'extraction de 50 unités d'énergie dans le pétrole (comme dans les champs pétroliers et gaziers historiques) peut nécessiter une unité d'énergie, pour un EROEI de 50 pour 1. Mais au fil du temps, comme l'extraction du pétrole nécessite des efforts croissants, l'EROEI du pétrole pourrait tomber à 30 pour 1, puis à 15 pour 1. La baisse de l'EROI est précisément ce qui caractérise l'état actuel de l'extraction d'hydrocarbures fossiles, comme le montre le graphique.

Les implications sont stupéfiantes. La baisse de l'EROEI révèle que l'extraction de l'énergie sera de plus en plus coûteuse et, à terme, prohibitive. Les hydrocarbures seront toujours dans le sol, mais les coûts de leur extraction continueront de grimper. Cela signifie également que, à moins que le développement d'un nouveau type de source d'énergie ne se développe, la société devra s'adapter à un avenir énergétique beaucoup plus faible. Et cela suggère que les coûts monétaires de l'extraction éroderont la croissance du PIB et, à terme, limiteront l'expansion économique.

Il faut agir maintenant En 2005, quelques années seulement avant que la hausse du prix du pétrole ne déclenche la crise économique de 2008, le département américain de l'Énergie a commandé un rapport au groupe de réflexion SAIC intitulé « Peaking of World Oil Production : Impacts, Mitigation and Risk Management ». Il ressort clairement des entretiens que les auteurs ont été choqués par les implications de l'arrivée prochaine du pic pétrolier mondial, qu'ils ont qualifié de « problème de gestion des risques sans précédent ». En analysant l'aspect de l'offre et de la demande du défi de la pénurie de pétrole, ils ont conclu qu'au moins une décennie, et plus probablement deux, serait nécessaire pour se préparer au pic pétrolier et prévenir les bouleversements sociaux et économiques.

Le rapport a suscité beaucoup d'attention à l'époque, tout comme d'autres avertissements concernant les limites énergétiques. Mais la « révolution du schiste » qui a suivi a tout changé. Au lieu d'être reconnus comme un dernier domaine d'exploration et de récupération, les médias ont présenté le schiste et la fracturation hydraulique comme un élixir énergétique. Les années qui se sont écoulées n'ont pas produit la planification préparatoire que Hirsch avait prévenue qu'elle devrait avoir lieu.

Peut-être qu'un pic visible à l'horizon attirera l'attention sur la situation difficile dans laquelle nous nous trouvons : la croissance économique perpétuelle ne peut pas être conciliée avec les limites énergétiques. Plus nous attendons pour agir, plus la falaise est haute, plus l'atterrissage est douloureux et plus la transition vers une économie stable est difficile. Certaines communautés locales se sont préparées à une pénurie d'énergie, et je partagerai leur travail de conservation et d'adaptation dans un prochain article.


 


Par Dave Rollo, publié à l’origine par le Center for the Advancement of a Steady State Economy

https://www.resilience.org/stories/2024-02-07/approaching-the-energy-cliff/

Patrick Pouyanné, PDG de Total, a déclaré à Davos que la production de pétrole brut diminuait chaque année de 3 à 4 %, l’équivalent de celle de Total, opérateur dans de nombreux pays dont par exemple le Gabon mais aussi la Russie où il n’est qu’extracteur équipementier des gisements. Il est impossible de trouver quelle est la production de pétrole de Total, seules les données comptables sont accessibles.

Mais quand Pouyanné a précisé que la production globale de pétrole brut mondiale diminuait de l’équivalent de celle qu’il dirige et qu’il a ajouté qu’à partir de 2030 la production de Saoudi Arabian Oil Co (ex Aramco et maintenant cotée à la bourse de Riyad) allait diminuer, les résultats de l’injection d’eau de mer dans les gisements pour les activer devenant de moins en moins efficace, il est clair que les dirigeants saoudiens veulent préparer leur avenir et ne plus dépendre d’un dollar dévalué pour réaliser tous les projets dont rêve MBS pour son pays. Il faudra donc que le monde change de paradigme. ..

Patrick Pouyanné prévoit donc une baisse inévitable de la production de pétrole et le fameux « pic pétrolier » est vraisemblablement déjà atteint. La réduction des émissions de CO2 deviendra alors non pas une décision autoritaire des gouvernements pour la plupart occidentaux mais un fait incontournable.

Une autre conséquence également inévitable sera une augmentation du prix du baril de pétrole quelle que soit la devise utilisée pour évaluer son cours sur les marchés internationaux et cet « état de fait » réduira la croissance économique et il sera alors nécessaire d’imaginer d’autres scenarii pour les sociétés telles qu’on les connait aujourd’hui habituées à la croissance économique.

Quel dirigeant politique oserait déclarer publiquement que la croissance économique fait maintenant partie de l’histoire et qu’il faudra s’habituer à une longue période de vaches maigres compte tenu d’une énergie moins abondante et plus coûteuse....

Jacques Henry (extraits)

https://jacqueshenry.wordpress.com/

En 2017, j’ai évalué ces tendances dans Failing States, Collapsing Systems [États défaillants, systèmes en déliquescence, ouvrage non traduit, NdT]. J’ai prédit que la production américaine de pétrole et de gaz atteindrait probablement un pic et un plateau vers 2025, et que les principaux producteurs du Moyen-Orient atteindraient un pic et un plateau vers les années 2030.

Ce scénario semble maintenant se dérouler sous nos yeux. Pourtant, personne n’en parle.

Nafeez Ahmed

(extrait)

https://www.les-crises.fr/l-economie-fossile-americaine-vit-ses-derniere-annees-avant-la-fin-de-l-ere-du-petrole/


Par une glorieuse journée d'été, vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, un as de la chasse allemande, dont l'escadron était cloué au sol par manque de carburant, était assis sur une chaise longue et regardait les traînées de vapeur des bombardiers américains écrire la fin du Troisième Reich dans un ciel d'azur.


Métaphoriquement, c'est un message similaire qui est en train de s'écrire dans le ciel aujourd'hui. Selon Goehring & Rozencwajg - qui sont les meilleurs en matière d'analyse énergétique - le pic de Hubbert est enfin arrivé. Bien entendu, seul le recul permet de déterminer avec certitude le moment où le "pic pétrolier" est devenu une réalité, mais G&R a très probablement raison.


La production de pétrole conventionnel étant en déclin depuis 2016, la seule source d'approvisionnement non conventionnelle encore capable d'augmenter est le bassin permien, situé dans six comtés de l'ouest du Texas.


Ce bassin, selon G&R, est à moins d'un an de son propre pic, et nous savons à quelle vitesse la production de schiste décline une fois qu'un bassin glisse sur la pente descendante du "tapis roulant du forage". Les taux de déclin des puits de schiste individuels ont tendance à être très rapides, et il arrive inévitablement un moment où les exploitants ne peuvent plus forer suffisamment de nouveaux puits pour arrêter la baisse de la production globale.


L'OPEP affirme disposer d'une capacité de production de réserve de 4 millions de barils par jour, mais même si c'est vrai, ce qui est très discutable, cela ne suffira pas longtemps, car la demande augmente et les autres sources d'approvisionnement déclinent inexorablement.
Le pic et le déclin imminent de l'offre de pétrole entraînent des changements radicaux dans des activités jusqu'ici considérées comme acquises. Il est presque impossible d'exagérer l'importance du pétrole pour de nombreux aspects de la vie quotidienne.


Certains exemples sont évidents, mais beaucoup d'autres le sont moins. À moins de croire, par exemple, que nous pouvons remplacer l'essence aviation par de l'huile de cuisson recyclée, les voyages aériens de masse sont terminés, pas nécessairement de façon imminente, mais inévitablement. L'avion peut rester une option pour les personnes aisées, mais d'énormes économies d'échelle seront perdues, et les industries structurées autour des vols à bas prix seront laissées en plan.


Il en va de même pour l'automobile, malgré l'euphorie entourant les véhicules électriques. Là encore, les plus aisés seront en mesure de passer à ces véhicules, en particulier dans les pays les plus prospères du monde. Mais nous ne disposons pas de suffisamment de matières premières (ni de l'énergie nécessaire pour les extraire, les traiter et les acheminer) pour remplacer l'ensemble des 2 milliards de voitures et de véhicules commerciaux de la planète par des alternatives électriques et, même si c'était le cas, nous devrions alimenter une grande partie d'entre eux avec du charbon.
 
C'est là, bien sûr, que les partisans de l'économie de marché jouent leur carte maîtresse, à savoir la technologie. Le potentiel illimité de l'innovation technologique est - avec la croissance infinie et le potentiel bénéfique illimité de l'économie néolibérale - l'un des trois grands mythes de notre époque.

Nous avons effectivement fait d'énormes progrès technologiques au cours des deux derniers siècles, mais cela a été possible parce que l'offre d'énergie à faible coût a toujours été abondante jusqu'à présent. Les technologies évoluent en fonction de l'énergie disponible pour les alimenter, et la proposition contraire est ridicule.


La question essentielle, si souvent écartée ou ignorée par les grands prêtres du nouveau et du brillant, est que les capacités de la technologie sont limitées par les lois de la physique. Le fait est que nous ne pouvons pas abroger la loi de Betz (qui fixe l'efficacité potentielle maximale des éoliennes), ni mettre de côté la limite de Shockley-Quiesser (qui fait de même pour l'énergie solaire).


Une fois ces limites comprises, les améliorations transformationnelles des rendements de conversion ne sont plus possibles, ce qui nous laisse avec la lourde tâche, coûteuse et gourmande en ressources, de construire des capacités suffisantes, non seulement pour remplacer l'énergie fossile, mais aussi pour compenser l'intermittence.


C'est ici que le terme "renouvelable" devrait être soumis à un examen beaucoup plus critique qu'il ne l'a été jusqu'à présent. Les matières plastiques nécessaires au secteur des énergies renouvelables ne peuvent être obtenues sans les matières premières que sont les hydrocarbures. Les énergies renouvelables ne peuvent pas, à elles seules, alimenter l'extraction, le traitement et la livraison des grandes quantités de béton, d'acier, de cuivre, de cobalt, de lithium et d'une foule d'autres ressources nécessaires au développement, à l'entretien et au remplacement éventuel de l'énergie éolienne et de l'énergie solaire.


En bref, les "énergies renouvelables" ne mériteraient ce qualificatif que si elles étaient capables de se renouveler - c'est-à-dire de se remplacer - au fil du temps. Ce n'est pas possible aujourd'hui, et il y a peu de raisons de penser que cela le deviendra à l'avenir.
Tout pilote digne de ce nom sait que "Isaac (Newton) attend toujours" en cas d'erreur. Les visionnaires de la transition énergétique doivent développer une conscience équivalente des dures limites de la physique.


Les investisseurs ont d'ailleurs leur propre version de la mystique technologique, à savoir le concept de croissance rentable infinie garanti par la technologie. Certaines des technologies actuelles, telles que la vente au détail en ligne, ont une valeur incontestable, et les véhicules électriques ont un rôle futur important (bien que de niche) à jouer.


Mais une grande partie de la "technologie" repose sur un modèle d'entreprise supposé, à tort, invulnérable aux changements économiques. Des pans entiers de la "tech" sont financés par les deux sources que sont les abonnements et les recettes publicitaires, toutes deux susceptibles de se contracter rapidement à mesure que la prospérité discrétionnaire des ménages diminue et que les entreprises s'efforcent de s'adapter à un monde moins prospère. La technologie de la "tech" a peut-être évolué, mais pas le modèle commercial.

Un autre type d'innovation


Ceux d'entre nous qui sont favorables à une forte composante d'entreprise privée au sein d'une économie mixte reconnaissent l'impulsion donnée à l'innovation par la recherche concurrentielle d'une rentabilité accrue. Il n'y a aucune raison de supposer que l'innovation ralentira, voire cessera, dans une économie post-croissance.


Mais on peut s'attendre à ce que l'accent soit fondamentalement déplacé, car les entreprises cherchent à contrôler les coûts et à résister en simplifiant les produits et les processus, en retardant, en raccourcissant les chaînes d'approvisionnement et en contournant le "risque de masse critique". Les cadres dirigeants ne disposent pas encore d'un ensemble de connaissances sur la gestion de la contraction - et la courbe d'apprentissage nécessaire sera probablement abrupte - mais, comme toujours, les innovateurs mèneront le peloton.
La diminution prochaine de l'offre de pétrole et de combustibles fossiles en général, associée à l'augmentation continue des coûts et à l'absence de solutions de remplacement complètes, offre une visibilité importante sur les tendances futures. La personne moyenne dans le monde deviendra progressivement moins prospère, un processus exacerbé par l'augmentation des coûts réels des produits de première nécessité à forte consommation d'énergie, notamment la nourriture, l'eau, le logement et les déplacements essentiels.


Il en résultera une contraction par effet de levier de l'accessibilité financière des produits et services discrétionnaires (non essentiels). L'intensité de la main-d'œuvre dans l'économie inversera son long déclin, en absorbant les travailleurs libérés par la contraction des secteurs discrétionnaires.


Dans cette mesure, la contraction économique est capable, du moins en théorie, de se produire progressivement. Il n'en va pas de même pour le système financier. Si le système financier actuel était une voiture, vous ne l'achèteriez pas - elle n'a pas de marche arrière, pas de freins dignes de ce nom, une direction au mieux rudimentaire, un pare-brise presque opaque qui ne donne pratiquement aucune visibilité vers l'avant, et une tendance à accélérer de son propre chef.


Comme vous le savez peut-être, je pense que nous ne pouvons chercher à comprendre efficacement les tendances économiques que si nous adoptons le concept de "deux économies" - une "économie réelle" de produits matériels et de services, et une "économie financière" parallèle de monnaie et de crédit.


Il s'ensuit que l'argent, qui n'a pas de valeur intrinsèque, n'a de valeur qu'en tant que "créance" sur les biens et services mis à disposition par l'"économie réelle". Ces "droits" existent sous deux formes : ceux que nous exerçons, de manière transactionnelle, dans le présent, et ceux que nous mettons de côté pour les exercer dans le futur. Mesuré par rapport à la prospérité matérielle, l'exercice de prétentions excessives dans le présent est médiatisé par l'inflation, mais le véritable problème réside dans un énorme excès de "prétentions sur l'avenir" monétaires.

Acheter maintenant, s'effondrer plus tard


Ce problème pourrait lui aussi être arbitré par l'inflation, mais seulement si la dégradation inflationniste des créances à terme n'est pas annulée par la création continue de nouvelles créances excédentaires pour les remplacer. Les autorités disposent de pouvoirs de surveillance et de réglementation considérables en ce qui concerne les banques de dépôt orthodoxes, mais le problème s'est déplacé de la banque conventionnelle vers le secteur du "crédit fantôme", largement non réglementé (et même largement non quantifié).


Chaque fois que quelqu'un achète, par exemple, un nouveau réfrigérateur, une nouvelle voiture ou des vacances coûteuses qu'il ne peut pas se permettre - et que les banques conventionnelles ne seraient pas disposées à financer - nous voyons le système du "crédit fantôme" en action. Même si rien de plus dramatique ne se produit - et le dramatique a en fait beaucoup plus de chances de se produire que de ne pas se produire - la probabilité est que le système sera coulé par le fardeau insoutenable des sorties financières continues imposées aux ménages par le financement irresponsable de ce qui n'est pas abordable.


Il convient de souligner que nous ne sommes pas sur le point de "manquer" de pétrole. Nous sommes plutôt confrontés à une diminution relativement progressive de l'offre, aggravée par une augmentation continue des coûts énergétiques de l'énergie. Il est peu probable que les prix du pétrole nous avertissent à l'avance : ils pourraient augmenter en raison de la pénurie, mais ils pourraient également baisser en raison de l'appauvrissement des consommateurs. Le déclin de l'offre de pétrole est susceptible d'accélérer, par le biais d'un changement, des dynamiques similaires dans d'autres combustibles.


Il peut sembler évident que moins de pétrole signifie moins de voitures et moins d'avions, mais la véritable importance de la contraction du pétrole réside dans ce qu'elle signifie pour les activités "en coulisses" telles que la production alimentaire, l'approvisionnement en produits pétrochimiques et la distribution de produits et de matières premières.
Le moment, ainsi que les implications, du "pic pétrolier" ont été débattus pendant des décennies, et la date précise de son arrivée n'a pas de signification pratique particulière. En outre, l'excédent de pétrole - c'est-à-dire l'offre moins le coût de livraison ECoE - a déjà diminué, tant au niveau global que par habitant.


Mais la signification symbolique du "moment" du pic pétrolier pourrait difficilement être plus profonde.

Tim Morgan

"Ce que nous consommons en pétrole par an est équivalent à un million d'années d'activité photosynthétique".

 

Antonio Turiel

«Le rationnement de l’électricité sera suivi par celui du diesel et des denrées alimentaires»

Le monde vit une crise énergétique depuis des années, conséquence de l’épuisement progressif et inexorable du pétrole, qui a atteint son maximum de production en 2018 et est en déclin. Les nouveaux gisements ne fournissent qu’un septième de ce qui est consommé chaque année. Pour cette raison et pour d’autres, il y a par exemple un problème mondial avec le diesel, dont nous ne sommes pas encore conscients. Mais ce sera la prochaine chose à être rationné, comme c’est déjà le cas dans une cinquantaine de pays comme le Mexique, le Venezuela, l’Argentine ou le Nigeria, qui subissent déjà des restrictions de diesel ou de kérosène. Le problème est déjà arrivé en Europe, où l’Autriche tire déjà sur ses réserves.

 

Après l’électricité et le diesel, le troisième rationnement sera celui de certains aliments.

(extraits de citations d'Antonio Turiel, cf lien ci dessous)

https://www.diariovasco.com/gipuzkoa/racionamiento-electricidad-seguiran-diesel-alimentos-20220814200004-nt.html

L’Europe risque de manquer de pétrole d’ici à 2030

Les plus gros fournisseurs de l’UE, en particulier la Russie, l’Algérie ou l’Angola, vont voir leur production décliner dans les années à venir.
 

Le resserrement de l’offre pétrolière mondiale risque de s’accélérer en raison de la crise sanitaire, et les pays européens pourraient en payer durement les conséquences. Dans un rapport rendu public mardi 23 juin, le groupe de réflexion The Shift Project, présidé par le consultant Jean-Marc Jancovici, détaille comment les bouleversements récents du marché pétrolier pourraient mettre en difficulté l’approvisionnement en or noir de l’Union européenne dans les dix prochaines années.

Principal enseignement : plus de la moitié des pays producteurs qui fournissent le Vieux Continent vont voir leur offre se raréfier dans les années à venir. « La production de la Russie et celle de l’ensemble des pays d’ex-URSS, qui fournissent plus de 40 % du pétrole de l’UE, semblent être entrées en 2019 dans un déclin systématique. La production pétrolière de l’Afrique (plus de 10 % des approvisionnements de l’UE) paraît promise au déclin au moins jusqu’en 2030 », explique ainsi Matthieu Auzanneau, directeur du think tank et auteur d’un ouvrage de référence sur l’histoire du pétrole, Or noir. La grande histoire du pétrole (La Découverte, 2015).

The Shift Project a compilé les données de l’un des cabinets de référence dans le monde des hydrocarbures, Rystad Energy, implanté en Norvège. L’analyse détaillée de ces chiffres (non publics) permet de constater que la courbe dessinée par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dès 2018 a tendance à s’accentuer : à l’époque, l’institution établie à Paris avertissait que, sans investissements majeurs de la part des producteurs, le monde viendrait à manquer de pétrole en 2025.

Depuis trois décennies, les découvertes de pétrole conventionnel – tel qu’il est exploité en Arabie saoudite ou en Russie, par exemple – sont au plus bas. Or les champs existants connaissent une lente décrue, de l’ordre de 3 millions à 4 millions de barils par jour au niveau mondial, soit 4 % de la consommation de la planète.
Ces dernières années, la révolution des pétroles non conventionnels, comme le schiste nord-américain ou les sables bitumineux de l’Alberta (Canada), a laissé pensé à certains analystes que les nouvelles ressources pétrolières mondiales seraient assurées. De fait, les Etats-Unis sont devenus en 2018 les premiers producteurs du globe, grâce aux techniques de forage hydraulique, produisant jusqu’à 12 millions de barils par jour.

« L’hiver du pétrole facile »

La crise du Covid-19 est venue bousculer cette situation, en provoquant une dégringolade historique du prix de l’or noir. Pour faire face, les compagnies du secteur ont réduit leurs investissements de manière massive, en particulier dans le domaine de l’exploration et de la production. Avec une conséquence importante : le pétrole non conventionnel est plus cher à récupérer et son débit est en chute libre, notamment aux Etats-Unis. Les investissements qui ne sont pas effectués maintenant pourraient provoquer une contraction rapide de l’offre.

La volatilité extrême des prix constatés ces dernières années a rendu les majors du secteur plus timorées. « Notre exploration, dont les budgets ont diminué au cours des cinq dernières années, n’intervient que là où l’on peut produire du pétrole pas cher », expliquait début juin au Monde, le PDG de Total, Patrick Pouyanné. Mais ce pétrole bon marché se fait de plus en plus rare. « C’est l’hiver du pétrole facile », souligne le rapport du Shift Project.

Pourquoi l’Europe serait-elle davantage concernée par ce risque que le reste du monde ?

Parce que le Vieux Continent demeure le premier importateur net de pétrole, devant la Chine. Les 27 pays de l’UE importent plus de 13 millions de barils par jour. Or, au fur et à mesure que les principales sources d’approvisionnement se contractent, les besoins en pétrole en Afrique ou dans le Sud-Est asiatique vont croître. « Le gâteau à se partager va être plus petit, or d’autres pays, comme la Chine, déploient une véritable géostratégie du pétrole pour sécuriser leurs approvisionnements », observe Matthieu Auzanneau.

La consommation de pétrole diminue légèrement en Europe depuis 2010 grâce aux progrès de l’efficacité énergétique et aux politiques environnementales, mais cette courbe n’est pas suffisante, alerte le directeur du Shift. « Si ces politiques climatiques échouent, l’humanité risque d’être rattrapée par des contraintes de plus en plus fortes sur l’accès au brut », prévient le document, qui évoque, en creux, les difficultés majeures à venir pour certains pays étroitement dépendants des hydrocarbures, comme l’Algérie ou l’Angola. Le rapport plaide ainsi pour que l’Europe réduise de manière plus sensible son accoutumance à l’or noir. « La consommation diminue de 0,5 % par an. Ce rythme n’est pas assez rapide : il faudrait être autour de 5 % de baisse annuelle », prévient M. Auzanneau.

L’agence Rystad, de son côté, a publié mi-juin son rapport annuel et tire des conclusions assez proches. « Le pic pétrolier se rapproche, juge ainsi l’analyste en chef du cabinet, Per Magnus Nysveen, nous disions auparavant qu’il arriverait autour de 2030. Nous pensons maintenant qu’il pourrait arriver en 2027 ou 2028. » Le cabinet estime que les prix de cette ressource vont augmenter de manière continue au cours des prochaines années, ce qui pourrait aboutir à une reprise de l’exploration.

Nabil Wakim

(publié par J-Pierre Dieterlen)

pour info, copie d'un internaute sur le blog de Mathieu Auzanneau :

 

 

« Donc la tendance à long-terme est vers une augmentation des cours du brut pour compenser les couts d’exploration et de développement qui ont sérieusement augmente »

A court terme, c’est peut-être ce qui se passe, mais à long terme, non. On a tellement été biberonné à l’idée que le prix était le signal de la rareté qu’on ne sait plus raisonner autrement – et soit dit en passant, cela explique aussi pourquoi l’immense majorité des gens et des décideurs ne comprend pas pourquoi on a déjà un problème d’approvisionnement en pétrole aujourd’hui, puisque les cours du brut ne crèvent pas le plafond…

Si la tendance à long terme était celle que vous décrivez ici, les cours du brut seraient déjà passés au-dessus de $150 ou $200 le baril et s’y maintiendraient de manière durable, car les investissements en exploration et développement des compagnies pétrolières ont littéralement explosé il y a déjà, en gros, une décennie. Or ce n’est pas ce qui s’est passé. Ce qui s’est passé, c’est que – alors que le prix du baril de brut était déjà nettement au-dessus de $100 – les compagnies pétrolières ont coupé dans leurs investissements, de manière massive mais sélective, pour ne garder que ceux de leurs investissements qui étaient rentables avec un prix du brut inférieur à $100 ou $120 le baril – estimant que le prix du baril ne monterait pas beaucoup plus haut que cela à court ou moyen terme, et donc qu’il n’y avait aucune chance que ces investissements soient un jour rentables. D’après l’AIE, on devrait d’ailleurs voir le résultat de ce désinvestissement massif dans les 5 ou 6 ans qui viennent (à savoir : l’AIE nous annonce une contraction de la production pétrolière mondiale, d’ici 2025, véritablement effrayante !)

Et en fait, c’est assez logique : la société utilise du pétrole pour faire à peu près tout et n’importe quoi (y compris n’importe quoi, certes, mais surtout, à peu près tout : pensez à la logistique de transport de tous les biens que nous consommons, de nos services de santé, de notre gestion des déchets, etc.). Pour que le prix du brut augmente de manière tendancielle à long terme (et en dollars constants, bien sûr), il faudrait que la société soit en mesure de payer ce prix plus élevé sans réduire significativement sa propre demande de brut. Or ça, c’est hautement improbable, précisément parce qu’on utilise du pétrole pour faire à peu près tout, et donc parce que le prix du pétrole entre dans les coûts de production d’à peu près tous nos biens et services (et l’on ne peut pas augmenter, hors inflation, tous les salaires pour compenser cette hausse généralisée des coûts de production). Donc, si le prix du brut se maintient à un niveau trop élevé, la société réduira sa demande de biens et services fabriqués à partir de pétrole, et donc réduira sa demande de brut, jusqu’à ce que le prix du brut redescende à un niveau qui lui est supportable (seul contournement à ce mécanisme, qui soit connu à ce jour : du crédit quasi gratuit et quasiment illimité de type Quantitative Easing… mais ça, dans notre système actuel, ça ne dure qu’un temps). Or réduire la consommation globale de biens et services, cela veut dire réduire globalement notre production économique. La réduction de la demande de brut sera donc inévitable (en fait, on l’observe déjà depuis 2005-2006, sous la forme d’une limitation de la croissance de la demande, car la production de pétrole fait déjà face à une limite à sa propre croissance depuis ce moment-là), et elle empêchera le prix du brut de crever durablement le plafond.

Le mécanisme que je viens d’expliquer a plusieurs conséquences, parmi lesquelles :

(1) Les alternatives au pétrole qui sont significativement plus chères que le pétrole le resteront. Croire que l’on passera aux « énerjy-renouv’lables », qui deviendront rentables dès que le pétrole sera suffisamment cher, est une vue de l’esprit, là encore due au fait d’avoir été biberonné au prix = signal de la rareté.

(2) A partir du moment où les quelques champs supergéants qui alimentent une bonne part de la consommation de pétrole mondiale d’aujourd’hui entreront structurellement dans leur phase de déclin (qui suit naturellement leur phase de maturité), la combinaison de la hausse au coût moyen croissant de l’extraction du pétrole et de la baisse de la production totale de pétrole (car même l’AIE le dit dans son dernier World Energy Outlook : le non-conventionnel sera incapable de compenser le déclin géologique du conventionnel une fois celui-ci réellement enclenché) provoquera une récession économique beaucoup plus prononcée que ce qu’on n’imagine généralement. Cette récession aura d’ailleurs pour effet à plus ou moins court terme de réduire la demande jusqu’à faire redescendre le prix du brut à un niveau supportable, et donc, entre autres, à maintenir la part du non-conventionnel dans la production totale à un niveau pas si différent de celui d’aujourd’hui (car sinon, le prix moyen de production du pétrole monterait trop par rapport à ce que l’économie peut payer pour acheter ce pétrole). Et à mesure que la production conventionnelle déclinera, la demande devra suivre le mouvement, contrainte et forcée, faisant des yo-yos autour de l’offre déclinante, et provoquant des cycles de pics et de creux de prix du brut.

(3) Le cas du gaz est particulier : il est plus cher, sans être radicalement plus cher, que le pétrole. Pour certains des usages pétroliers, on peut substituer le gaz au pétrole, mais pas pour tous. Contrairement au pétrole, qui est une énergie mondiale, le gaz est encore aujourd’hui une énergie essentiellement régionale (les derniers chiffres que j’avais, c’était : 2/3 du pétrole produit dans le monde traverse au moins une frontière, contre un gros quart du gaz). Cela s’explique par la physique, et les coûts de transport rapportés aux coûts d’extraction que cette physique impose : faire un demi-tour de Terre à un baril du pétrole conventionnel coûte quelques pour cent de son coût d’extraction ; dans le cas du gaz, le coût du transport peut aller jusqu’à 5 à 10 fois le coût d’extraction).


Est-ce que le gaz deviendra une énergie mondiale quand production et consommation de pétrole se mettront à décliner de manière structurelle à l’échelle mondiale ? Je peux me tromper, bien sûr, mais je suis très dubitatif. Précisément parce qu’utiliser massivement du gaz en substitution du pétrole, pour les usages actuels du pétrole, renchériront ces usages, ce qui ne sera supportable pour la société que si ces usages sont marginaux. Je suis d’autant plus dubitatif, d’ailleurs, que d’après les géologues pétroliers qui, les premiers, ont prédit avec justesse le pic mondial de pétrole conventionnel, le pic géologique de gaz conventionnel devrait suivre le pic de pétrole d’environ 10-15 ans… en l’absence de substitution pétrole vers gaz ! Et évidemment, une telle substitution précipitera le pic gazier… voire accentuera le déclin du gaz une fois celui-ci entamé.


Est-ce que le gaz pourra servir d’amortisseur au déclin pétrolier avant de voir sa production décliner à son tour ? C’est possible, mais à mon avis, le déclin de la production pétrolière s’annonce tellement violent que je serais extrêmement surpris que le gaz arrive à compenser quoi que ce soit, du moins au-delà de quelques années. Autrement dit, je serais très surpris que la société se rende compte que le gaz fait effectivement office d’amortisseur et que sa situation serait encore pis si on n’avait pas le gaz. En plus, là encore, la proximité du pic gazier et du pic pétrolier implique que cet amortisseur, s’il est possible, ne pourra avoir qu’une durée de « vie » limitée…

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C
Cet état de fait et la faillite attendue de certains spécialiste du schiste ne risque t il pas d'entrainer une faillite bancaire de masse ?
Répondre
O
en théorie oui, en pratique non je pense : la FED et toutes les banques centrales faisant tourner la "planche à billets" à pleins pots..et donc in fine, une crise monétaire..