Pétrole : dans l'oeil du cyclone..
Dix semaines après le début du conflit au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz, les stocks commerciaux de pétrole brut fondent comme neige au soleil dans le monde....
Les stocks commerciaux de pétrole, c’est-à-dire les stocks de pétrole brut disponibles pour être vendus, déclinent « très rapidement », affectés par les conséquences de la guerre du Moyen-Orient, a déclaré, ce lundi, le directeur exécutif de l’ Agence internationale de l’énergie (AIE), Fatih Birol, en marge du G7 Finances à Paris.
Le déblocage de réserves stratégiques, décidé en mars, a apporté « environ 2,5 millions de barils par jour mais elles ne sont pas illimitées », a indiqué Fatih Birol, en marge de la réunion des grands argentiers du groupe de pays industrialisés, à laquelle il participe. Evoquant les stocks commerciaux, « il nous reste encore plusieurs semaines, mais nous devons être conscients du fait qu’ils diminuent rapidement », a-t-il ajouté.
Les stocks mondiaux s’épuisent à un rythme record
Le 13 mai, l’AIE avait sonné l’alarme sur la fonte « record » des réserves pétrolières à mesure que la guerre au Moyen-Orient s’enlise. « Plus de dix semaines après le début de la guerre au Moyen-Orient, les pertes croissantes d’approvisionnement dans le détroit d’Ormuz épuisent les stocks mondiaux de pétrole à un rythme record », avait souligné l’agence de l’énergie de l’OCDE dans son rapport mensuel sur les marchés pétroliers. Cette diminution rapide des réserves « pourrait annoncer de futures flambées de prix », avait-elle prévenu.
Les stocks mondiaux observés ont diminué de 250 millions de barils sur mars et avril, soit un rythme de quatre millions de barils par jour, selon l’AIE. Pour apaiser les marchés, ses 32 pays membres avaient annoncé en mars la libération coordonnée de 426 millions de barils, soit plus du tiers de leurs stocks stratégiques, une décision sans précédent.
20 Minutes avec AFP
Les Émirats ne sortent pas de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole à cause de la guerre en Iran et du blocage du détroit d'Ormuz. Ils saisissent l'événement géopolitique comme une opportunité pour sortir proprement.
Le 28 avril 2026, les Émirats arabes unis ont annoncé leur retrait de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et de son élargissement OPEP+, avec effet au 1er mai. La presse internationale y a vu une rupture brutale, précipitée par la guerre Iran-Ormuz et la fermeture du détroit. La lecture est confortable, elle est aussi trompeuse. La sortie n'est ni une rupture ni un coup de théâtre: c'est l'aboutissement d'une trajectoire de quinze ans.
Pour mesurer ce que disent les chiffres, il suffit de remonter à juillet 2021. Cette année-là, Abou Dabi refuse pour la première fois publiquement la discipline d'OPEP+ et exige une révision à la hausse de son quota de production –la référence historique servant à calculer son quota– pour qu'elle reflète enfin les capacités d'extraction réelles d'ADNOC (Abu Dhabi National Oil Company), sa compagnie nationale.
Les négociations durent dix-huit jours. Les Émirats obtiennent une augmentation de 500.000 barils par jour. Mais l'épisode acte deux choses. La discipline saoudienne ne tient plus quand en sort un membre dont la fonction d'investissement est singulière –pays producteur mais aussi plateforme d’investissement de rang mondial via ses fonds souverains (ADIA, Mubadala, ADQ). Et les Émirats sont prêts à bloquer publiquement le cartel pour défendre leurs intérêts industriels.
Ce qui suit confirme la trajectoire. Plutôt que de modérer son expansion, ADNOC l'accélère. Novembre 2022: la compagnie annonce 150 milliards de dollars d'investissements sur 2023-2027, dont l'essentiel orienté vers l'augmentation de capacité. La cible des cinq millions de barils par jour, initialement prévue pour 2030, est avancée à 2027. La capacité passe de 4,2 Mb/j en 2022 à 4,85 Mb/j mi-2025. Pendant la même période, les Émirats arabes unis dépassent régulièrement leur quota OPEP+. Quand l'organisation accorde finalement, en juin 2024, une nouvelle hausse de baseline à 3,5 Mb/j, la concession est déjà obsolète au moment de l'octroi. Le cartel ne peut plus suivre.
La stratégie émirienne consiste à maximiser la rente présente avant son épuisement, en s'affranchissant des contraintes collectives qui freinent la production.
Reste le timing. La sortie d'avril 2026, dans le contexte d'une guerre régionale et d'un détroit d'Ormuz fermé à 70% de son trafic habituel, semble opportuniste. Elle ne l'est pas –et c'est le ministre émirien de l'Énergie, Suhail Mohammed Faraj Al Mazrouei, qui le dit clairement. Dans son entretien à CNBC du 28 avril, il déclare que les Émirats ont choisi ce moment précisément parce que la fermeture d'Ormuz limite l'impact immédiat de la sortie sur le marché. Autrement dit, parce que c'est le moment le moins disruptif pour les autres producteurs. Les Émirats ne sortent pas à cause de la guerre. Ils saisissent la guerre comme fenêtre pour sortir proprement.
L'élément décisif est là, dans cette idée de fenêtre. La stratégie émirienne consiste à maximiser la rente présente avant son épuisement, en s'affranchissant des contraintes collectives qui freinent la production. Ce choix est rationnel quand on regarde la structure interne du pays. Sur les cent milliards de barils de réserves prouvées des Émirats (soit environ cinquante-cinq ans de production au rythme cible de 5 millions de barils par jour), 96% sont localisés à Abou Dabi. Dubaï, dont le pétrole représente moins de 1% du PIB, est l'unique exemple à l'intérieur de la fédération d'une économie post-pétrolière au sens strict –elle fonctionne sans rente parce qu'elle n'en dispose pas.
La fédération, qui compte sept émirats, a donc institutionnalisé l'arbitrage non tranché entre maximisation de la rente et diversification. Abou Dabi maximise, Dubaï diversifie, et la sortie d'OPEP+ est la cohérence externalisée de ce non-choix.
Le récit émirien sur le post-pétrole, incarné par la présidence de la COP28 et par les investissements visibles de Masdar dans les renouvelables, n'est pas une pure façade. C'est un récit complexe et bien mené –qui maintient une légitimité internationale, qui sécurise aux fonds souverains émiriens l'accès à des mandats d'investissement durable (LP institutionnels européens soumis aux articles 8 et 9 du règlement SFDR, co-investissements avec les véhicules climat type BlackRock Climate Finance Partnership) qui auraient été plus difficiles à obtenir sans la posture COP28, qui offre à la jeunesse formée à l'étranger un récit d'avenir qu'il convient de lire à travers les arbitrages faits.
Sur l'enveloppe de 150 milliards de capex ADNOC 2023-2027, plus de 100 milliards reviennent à l'expansion fossile, contre une fraction pour les renouvelables. Le ratio capex fossile/renouvelables sur la période est de l'ordre de 7 pour 1 –bien plus marqué que celui des grandes majors occidentales (TotalEnergies, BP, Shell, Equinor: entre 2 et 4 pour 1). Et la formulation négociée à la COP28, ce «transition away» qui a remplacé in extremis le «phase out» porté par les petites îles et l'Union européenne, ne fixe ni date, ni volume, ni cible chiffrée d'émissions.
L'enjeu est de tirer les conséquences de cette grille de lecture. La diplomatie climatique européenne ou des pays et régions comme Taïwan ou le Japon a longtemps présupposé l'universalité de l'agenda de la transition. Cette fiction se paie. Si les producteurs du Golfe sont des partenaires pendant la transition plutôt que des partenaires de la transition, alors la coopération doit se bâtir sur les segments où les intérêts se recoupent réellement –et pas sur l'illusion d'un horizon partagé. Pour les Émirats, ces segments sont identifiables: le nucléaire civil (la centrale de Barakah fournit déjà 25% de l'électricité émirienne), la sécurité maritime, les minéraux critiques où les fonds émiriens et les compétences européennes peuvent se compléter en Afrique et en Asie centrale, les chaînes industrielles d'exportation d'hydrogène ou d'ammoniac bas-carbone. Hors de ces segments, le partenariat reste conditionnel et réversible.
La portée de la lecture déborde Abou Dabi. La transition énergétique mondiale n'est pas un processus universel, mais un ensemble de stratégies nationales différenciées. Pour les pays consommateurs sans rente, elle reste une nécessité. Pour les producteurs qui disposent d'un horizon de rente long, elle peut prendre la forme d'une expansion plutôt que d'une sortie. L'Arabie saoudite décline cette logique en version prix plutôt que volumes. La Russie, le Qatar, plusieurs producteurs ouest-africains pourraient suivre des trajectoires comparables. Avec ses cent milliards de barils de réserves prouvées et sa capacité en expansion, Abou Dabi peut maintenir cette stratégie pendant deux à trois décennies. C'est l'horizon dont l'Europe dispose pour bâtir une relation lucide avec un partenaire géoéconomique de premier plan dans une région en recomposition.
Le rationnement du pétrole pourrait survenir d'ici quelques semaines face à la flambée des prix...
Selon un expert reconnu du secteur pétrolier et gazier, le monde se dirige vers ce qui pourrait devenir la plus grave crise énergétique de l'histoire moderne. Les pénuries de pétrole pourraient imposer un rationnement de la demande d'ici quelques semaines.
« On ne parle pas de mois ni de trimestres. Dans les prochaines semaines, il faudra rationaliser la demande bien plus qu'au moment de la pandémie de COVID-19 », affirme Eric Nuttall, associé et gestionnaire de portefeuille senior chez Ninepoint Partners.
L'une des solutions pour réduire la consommation serait d'imposer le télétravail, à l'instar des mesures adoptées par les gouvernements de Corée du Sud et de Singapour face aux inquiétudes liées aux pénuries d'approvisionnement, explique-t-il.
« Il s'agit de loin de la plus grave crise énergétique que l'humanité connaisse », déclare M. Nuttall.
« Le marché reste apathique, car je pense que les gens ont du mal à saisir l'ampleur de la situation. »
Nuttall affirme que le prix du pétrole brut pourrait devoir atteindre 150 dollars le baril dans les semaines à venir pour freiner la consommation, car « il est tout simplement impossible d'épuiser les stocks à un rythme constant ».
Avec la fermeture de facto du détroit d'Ormuz, qui assure environ 20 % de l'approvisionnement mondial en pétrole depuis le début de la guerre le 28 février, le monde a déjà perdu environ 650 millions de barils de pétrole, selon Nuttall.
Même si la voie maritime rouvrait demain, le marché subirait tout de même une perte de 1,5 million de barils par jour, explique-t-il, en précisant qu'au moment de la fermeture, plusieurs semaines de cargaisons de pétrole étaient déjà en transit.
Ces derniers pétroliers ont désormais atteint les ports d'Asie et d'Europe, ont été déchargés et leur cargaison a été consommée. Il ne reste plus de barils de remplacement en provenance du golfe Persique, conclut-il.
« Dans un contexte de perte de 14 millions de barils par jour, il est inévitable de puiser dans les stocks, et c'est précisément ce qui se produit », explique Nuttall, ajoutant que les stocks de diesel ont chuté de 4 % en une semaine, tandis que ceux d'essence ont baissé de 3 %.
« Nous pensons que les stocks mondiaux de pétrole atteindront des niveaux records, des plus bas historiques, d'ici la fin mai, et ce même si le détroit rouvrait aujourd'hui », affirme Nuttall.
Il prévoit également des dommages durables à la production au Moyen-Orient, en particulier en Irak, où les puits les plus anciens pourraient ne jamais retrouver leurs niveaux de production antérieurs.
Anam Khan (extrait)
https://www.bnnbloomberg.ca/business/2026/05/01/the-world-is-weeks-away-from-rationing-oil-demand-as-prices-rise-eric-nuttall/
Les négociations américano-iraniennes sont au point mort, Trump s'impatiente et les dirigeants des compagnies pétrolières se montrent particulièrement pessimistes. Pour l'instant, aucune issue n'est en vue. Il est donc conseillé d'anticiper les problèmes.
Alors même que les prix de l'essence et du diesel aux États-Unis atteignent de nouveaux records, les négociations américano-iraniennes piétinent et Trump a déclaré que le cessez-le-feu était quasiment caduc.
Trump a qualifié la contre-proposition iranienne de « déchet ».
Ce qui signifie qu'aucune fin n'est (encore) en vue pour la guerre en Iran et la fermeture de facto du détroit d'Ormuz.
Cependant, les PDG des principales compagnies pétrolières alertent le monde entier : les stocks de pétrole sont « critiquement bas » (Amin Nasser, Saudi Aramco) et « les États-Unis ne peuvent pas approvisionner le monde » (Mike Wirth, Chevron).
Ainsi, Trump se trouve dans une impasse, ce qui plonge le monde entier dans une impasse. Il ne peut attaquer sans risquer une catastrophe encore plus grave, et il ne peut reculer sans nuire davantage à la réputation déjà fortement ternie des États-Unis (et à la sienne).
Mais le compte à rebours pour le pétrole est inexorable.
Si l'oléoduc SoH reste fermé encore quelques semaines, les stocks mondiaux de pétrole atteindront le « niveau de stress opérationnel ».
D'ici septembre, ce sera une véritable crise qui verra les prix du pétrole grimper à un niveau tel qu'ils anéantiront la demande. Espérons que nous n'en arriverons pas là, car cela entraînerait une dépression économique mondiale.
Le temps presse, et la patience notoirement limitée de Trump face à la situation pourrait le pousser à reprendre les frappes militaires contre l'Iran.
L'Iran a clairement indiqué qu'il frapperait de nombreuses cibles dans le Golfe en cas de nouvelle attaque, et il vaut probablement mieux le croire sur parole. Malheureusement, sa liste de cibles comprend les quelques oléoducs restants qui acheminent environ la moitié des richesses pétrolières restantes du Golfe vers le monde.
Chris Martenson May 11, 2026 (extrait)
https://peakprosperity.com/negotiations-crumble-as-gasoline-diesel-prices-rise-to-a-national-record/
La crise d'approvisionnement en pétrole s'aggrave face à la chute des stocks....
Les stocks mondiaux de pétrole brut et de carburants s'effondrent à un rythme record, la crise d'approvisionnement en provenance du Moyen-Orient étant trop importante pour être absorbée sans épuisement des stocks
Si les marchés à terme sont influencés par l'espoir d'un accord entre les États-Unis et l'Iran pouvant mener prochainement à la réouverture du détroit d'Ormuz, la perturbation physique réelle est considérable. Elle a déjà effacé la surabondance de l'offre observée au début de la guerre en Iran. Les réserves initiales ont disparu et les stocks commerciaux diminuent désormais si rapidement que même une réouverture imminente du détroit d'Ormuz ne permettra pas d'inverser la tendance à la baisse avant au moins deux mois après la normalisation des flux en provenance du Moyen-Orient.
Analystes et dirigeants estiment que la situation des stocks mondiaux va s'aggraver avant de s'améliorer, le marché ayant besoin de plusieurs mois avant de bénéficier d'un éventuel soulagement grâce à la réouverture du détroit d'Ormuz.
Chute des stocks mondiaux de pétrole
« Les prélèvements sur les stocks terrestres et maritimes, ainsi que sur des plateformes clés comme l'ARA, les États-Unis et Singapour, contribuent à combler les déficits d'approvisionnement », a écrit Sumit Ritolia de Kpler dans une analyse publiée la semaine dernière.
« Toutefois, les réserves restent limitées et ne peuvent compenser durablement des perturbations prolongées », a-t-il précisé.
Goldman Sachs estime que la chute des stocks mondiaux de pétrole approche leur plus bas niveau en huit ans, le rythme de leur épuisement étant si rapide qu'il expose le marché à de nouveaux chocs.
Bien que les stocks mondiaux de pétrole « aient peu de chances d'atteindre les niveaux opérationnels minimaux cet été, la rapidité de leur épuisement et les pertes d'approvisionnement dans certaines régions et pour certains produits sont préoccupantes », ont écrit les analystes de Goldman Sachs dans une note publiée en début de semaine.
Les stocks mondiaux de pétrole ont désormais chuté à environ 101 jours de la demande prévue. Le détroit d'Ormuz étant quasiment inaccessible à la circulation des pétroliers, les stocks de pétrole pourraient chuter à seulement 98 jours de demande d'ici la fin mai, préviennent les analystes de Goldman Sachs.
Les stocks continueraient de diminuer même si le trafic de pétrole brut via le détroit d'Ormuz commençait à se redresser dans les semaines à venir, car la haute saison estivale approche et les cargaisons en provenance du Moyen-Orient – si elles commencent à transiter par Ormuz – mettront des semaines à atteindre leur destination.
Les stocks de produits raffinés diminuent encore plus rapidement, les stocks de carburant ne représentant plus que 45 jours de demande, contre 50 jours avant le conflit, selon Goldman Sachs.
Les réserves de carburant « atteignent rapidement des niveaux très bas », d'après les analystes de la banque d'investissement.
Par exemple, les stocks de kérosène détenus indépendamment dans la plateforme de raffinage et de stockage d'Amsterdam-Rotterdam-Anvers (ARA) ont chuté de 4,7 % au cours de la dernière semaine d'avril, atteignant leur niveau le plus bas depuis mars 2020, suite à l'effondrement des importations, selon les données publiées la semaine dernière par le cabinet de conseil néerlandais Insights Global.
Le scénario d'excédent prévu pour 2026 a été rapidement anéanti par la guerre, « les stocks mondiaux d'hydrocarbures étant fortement puisés dans leurs réserves pour équilibrer le marché, déjà à un rythme de 10 à 13 millions de barils de pétrole par jour », a déclaré Patrick Pouyanné, directeur général de TotalEnergies SE, lors de la conférence téléphonique sur les résultats du groupe la semaine dernière.
Le monde aura consommé environ un milliard de barils de stocks avant que les approvisionnements ne soient rétablis et n'arrivent sur le marché, a ajouté M. Pouyanné.
« Même si le conflit, et je l'espère, prend fin au mois de mai, nous sortirions du conflit avec des stocks nettement inférieurs aux niveaux initiaux », a-t-il précisé.
Lors de la conférence téléphonique sur les résultats d'ExxonMobil, le PDG Darren Woods a déclaré : « Il est évident pour la plupart que, compte tenu de la perturbation sans précédent de l'approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel, le marché n'en a pas encore subi tous les effets. »
« La situation risque de s'aggraver si le détroit reste fermé. »
Même si le détroit s'ouvrait aujourd'hui, « il faudra compter un délai d'un à deux mois entre l'ouverture du détroit et le retour à un trafic normal sur le marché », a précisé M. Woods, soulignant que les navires doivent se repositionner et qu'il faut plusieurs semaines pour acheminer le produit jusqu'au marché.
La baisse des stocks mondiaux a également touché les États-Unis.
Les stocks de pétrole brut aux États-Unis ont diminué de 2,3 millions de barils au cours de la semaine se terminant le 1er mai, selon les dernières données publiées mercredi par l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA). Pour l'essence, l'EIA a indiqué que les stocks avaient diminué de 2,5 millions de barils, s'ajoutant aux 6,1 millions de barils perdus la semaine précédente.
L'imminence de la saison des déplacements, la fermeture prolongée du détroit d'Ormuz et la poursuite de la baisse des stocks de carburant aux États-Unis laissent présager une hausse encore plus importante des prix de l'essence cet été, selon les analystes.
Au 1er mai, les stocks d'essence américains s'élevaient à 219,8 millions de barils, d'après les données de l'EIA, soit 4 % de moins que la moyenne quinquennale et le niveau le plus bas enregistré à cette période de l'année depuis 2014.
Selon Morgan Stanley, les stocks d'essence américains devraient atteindre des niveaux historiquement bas, sous la barre des 200 millions de barils, d'ici la fin août.
« Le marché américain de l'essence est véritablement tendu et cette tension va s'accentuer cet été », ont écrit les analystes de Morgan Stanley dans une note publiée en début de semaine et relayée par Bloomberg.
Malgré l'effondrement de la demande déjà constaté sur les marchés sensibles aux prix en Asie, en Afrique et en Amérique latine, l'ampleur de ce choc d'offre soutiendrait les prix du pétrole et des carburants, même si le détroit d'Ormuz était rouvert sans condition à la navigation dès aujourd'hui. En effet, un retour à une certaine normalité prendrait des mois.
Tsvetana Paraskova - May 07, 2026
https://oilprice.com/Energy/Energy-General/Oil-Supply-Shock-Worsens-amid-Plunging-Petroleum-Inventories.html
Les réservoirs de stockage de pétrole aux États-Unis seront vides « aux alentours du 4 juillet », selon Jeff Currie de Carlyle.
https://x.com/business/status/2052018862128832571
Vous pouvez imprimer les T-shirts et les casquettes : "Le plus grand choc pétrolier de l'histoire, j'y étais", sauf en France où les nuages du choc ont été bloqués à la frontière. Ca rappelle Tchernobyl, il y a 40 ans presque jour pour jour.
Il manque 700 millions de barils de pétrole depuis de début de la guerre à Ormuz. L'Asie est à court de pétrole, ça déferle sur l'Europe. L'inflation grimpe, la croissance ralentit. On parle de stagflation et de crise pendant que les bourses mondiales sont au plus haut et enquillent les records. Il y a comme un truc dans ce truc.
La volatilité du pétrole évolue selon les posts de Trump. Le dernier jour du mois, le Brent a grimpé à $126. Après être passé dans la machine à essorer, le Brent termine le mois à $114.0 ($119.10 fin mars) et à New York, le WTI regarde les stations d'essence avec un $105.5 ($104.3 fin mars). On rappelle que ce prix est pour une livraison pour le mois de juin, pas pour une livraison aujourd'hui. Ainsi, en juin, on se trimballera des prix élevés aux stations d'essence.
Au-dessus de $90, le brut détruit l'économie mondiale et qu'à $147, on entend un badaboum. Mais nous n'y sommes pas encore.
L'or noir est malmené, tant par Trump, que par l'OPEP ainsi que les drones ukrainiens qui déciment l'or noir russe.
La demande mondiale de pétrole a diminué de 3,4% soit presque 4 millions de barils par jour à 100,4 millions b/j. Il faut remonter à la Grande Dépression de 2008 et au Covid 2020 pour trouver pareille chute. La destruction de la demande s'effectue via la baisse des vols en avion et des transports (maritimes et véhicules). L'utilisation des réserves stratégiques a permis d'amortir le pétrole bloqués à Ormuz.
Un tanker pétrolier circule à la vitesse d'un vélo (entre 20 et 30 km/h. Quand le détroit va se rouvrir, il faudra compter 3-4 semaines pour voir les tankers arriver en Europe ou en Asie.
Le PDG de Chevron, Mike Wirth pense que "le système énergétique mondial a perdu une grande partie de sa flexibilité, les stocks qui servent habituellement d'amortisseurs de chocs sont désormais épuisés après des semaines de perturbation."
Schlumberger et Halliburton pensent que les prix du pétrole vont rester élevés pour longtemps.
Schlumberger parle d’une prime à cause des dégâts d’infrastructure et d’une prime géopolitique permanente. Et Halliburton enfonce le clou en déclarant que : "Le monde est fondamentalement plus tendu en pétrole et en gaz qu’il ne l’était il y a 60 jours". Tu parles.
Le pétrole semble tirer ces dernières cartouches et pour certains pays, il va falloir laisser le moins possible de pétrole dans le sol. Les pétromonarchies se retrouvent dans la panade du côté financier et quand payer Ronaldo $200 millions par an commence à poser problème, c'est que le réveil a sonné.
Les extractions pétrolières de l'OPEP ont diminué de 27% en mars depuis février à 20.8 millions b/j soit 7,9 millions de barils/jour en moins. Durant le Covid en 2020, la baisse avait été de 6,3 millions b/j.
Dans son rapport, l'OPEP+ indique que les marges pour le raffinage ont été multipliées par 1,5. On comprend mieux les bénéfices des Total, Exxon ou Chevron.
https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1478-energies-economie-petrole-revue-mondiale-avril-2026.html
Les Émirats arabes unis ont annoncé leur sortie de l’OPEP (et de l’OPEP+ avec la Russie) après près de 60 ans d’adhésion, portant un coup dur au cartel pétrolier et à son leader de facto, l’Arabie saoudite.
L’annonce a surpris même si le pays avait déjà menacé de partir. La dernière fois après le Covid en 2021. Les Emirats sont le troisième producteur de l’OPEP et ils possèdent une capacité de production excédentaires qui pourrait dépasser le million de barils par jour notamment en cas de pénurie.
Décryptage d’un geste de géopolitique des énergies.
Dans le monde, les pays extracteurs de pétrole sont tentés d’extraire le maximum de pétrole avant que les voitures et la mobilité électriques ne fassent plonger la demande. Le pétrole qui reste dans le sol ne génère pas d'argent.
Avec la guerre actuelle au Moyen-Orient, les pétromonarchies se trouvent toutes dans des situations économiques compliquées d'autant que les mots "économie“ ou ”gestion rigoureuse" ont été remplacés par extravagance et faste.
Tout le monde regarde déjà vers la sortie de ce choc pétrolier et comment les caisses pourront se remplir le plus abondamment possible et le plus rapidement possible.
L'Irak et l'Iran se trouvent dans une situation financière catastrophique et les monarchies vont jouer des coudes pour extraire le plus de pétrole possible avec la crainte de submerger les marchés.
L’OPEP est dirigée par l’Arabie Saoudite. Le départ des Emirats témoigne autant d’une libération pétrolière que politique. Les deux pays se disputent le marché des affaires dans la région.
Abu Dabi ne veut pas que la sortie de la guerre lui soit défavorable d’autant que l’Iran risque de recevoir des faveurs et des quotas favorables pour se reconstruire.
Le timing de cette décision est intimement liée à la guerre actuelle et le choc pétrolier qui est la plus grave crise énergétique jamais vue dans l’ère industrielle.
Certaines installations iraniennes ainsi que du Golfe ont été endommagées, il va y avoir une nécessité de compenser cette part manquante. En restant au sein de l’OPEP, les UAE pourraient voir l’Arabie Saoudite et la Russie revendiquer la part du lion.
Les Émirats arabes unis, qui produisaient 3,4 millions de barils de pétrole par jour avant la guerre, expriment depuis plusieurs années leur mécontentement envers l’OPEP et s’irritent des quotas de production imposés par le cartel, qui les ont empêchés d’exporter de plus grandes quantités de pétrole.
Abou Dabi avait l’ambition d’augmenter ses extractions à 5 millions de barils par jour d'ici à 2030. La démesure du pays, Dubaï en tête, coûte une fortune. A ces extravagances, il faut également sortir l’économie du pays du tout pétrole. Il ne reste que quelques années pour effectuer le changement de cap.
Les Émirats n’appréciaient pas de devoir se restreindre, en particulier alors qu’ils voulaient produire davantage et que les Saoudiens voulaient produire moins.
De plus, les Émirats arabes unis ont renforcé leur soutien aux États-Unis et à Israël et s’opposent franchement à l’Iran. Le départ de l’OPEP+, qui comprend la Russie, témoigne de la frustration d'Abu Dhabi face au soutien apporté par Moscou à l'Iran pendant le conflit.
Le ministre de l’Énergie des Émirats arabes unis, Suhail al-Mazrouei, a déclaré au Financial Times que cette mesure constituait une "décision nationale souveraine fondée sur la vision stratégique et économique à long terme des Émirats arabes unis et sur l’évolution de leur profil énergétique. Nous avons collaboré activement avec le groupe et avons soutenu toutes ses décisions, mais le moment est venu de nous tourner vers l’avenir. À notre avis, le moment est bien choisi car cela a un impact minimal sur l’ensemble des producteurs.»
Les relations entre Abou Dhabi et Riyad se sont nettement détériorées lorsque les tensions entre les deux puissances du Golfe ont éclaté au grand jour en décembre et janvier, dans le cadre d’un différend concernant leur soutien à des factions rivales au Yémen. On rappelle également que Ryad s'était montré intéressée par les BRICS (Russie-Chine) au côté de l'Iran.
De son côté, Abou Dhabi a offert de grandes largesses financières aux fils de Donald Trump ainsi que Jared Kushner, le mari de sa fille et grand supporter d'Israël.
La fracture semblait s’atténuer alors que les États du Golfe s’unissaient dans leur colère face à l’agression de l’Iran contre ses voisins arabes. Mais les tensions ont refait surface, la guerre ayant exacerbé les frustrations des Émirats à l’égard de certaines institutions multilatérales et régionales.
L’impact de la décision des Émirats arabes unis ne sera pas clair tant que le détroit d’Ormuz n’aura pas été entièrement rouvert et que la région ne pourra pas expédier du pétrole et du gaz normalement.
L’État du Golfe exporte actuellement environ la moitié de ses volumes habituels en raison de la fermeture de ce goulet d’étranglement.
Depuis sa création l’OPEP a déjà perdu l’Indonésie, le Qatar, l’Equateur et l’Angola. Le Venezuela pourrait être le prochain sur la liste. Est-que l’Iran et l’Irak, qui ont un besoin urgent de cash, pourraient également être intéressés à se retirer afin de se libérer des quotas. La question reste ouverte.
Cependant, sans les Emirats, OPEP+ détient le 40% des extractions mondiales et pourra continuer à jouer un rôle majeur d’autant que le pétrole de schiste américain montre des signes d’essoufflement.
La prochaine crise de la demande en juge de paix
Il sera intéressant de voir les synergies quand le marché fera à nouveau face à une surproduction pétrolière avec des prix en chute. Est-ce qu’une récession ou une stagflation en 2027 fera chuter la demande mondiale ? Dans ce cas, les pays pourront se serrer les coudes et éventuellement se rejoindre sur une stratégie commune.
Pour l’instant, tous les pays pétroliers du Moyen-Orient ont vu une chute drastique de leurs revenus et si à la fin de la guerre les prix restent élevés, ils pourront combler une partie de leurs déficits.
Finalement, détail intéressant dans cette annonce. Elle est tombée alors que les dirigeants du CCG, qui regroupe les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Qatar, le Koweït, Oman et Bahreïn, se réunissaient à Djeddah pour discuter de la guerre avec l’Iran.
Après avoir traversé ces 60 jours de bombardements, il y aura beaucoup de remise en question. Des réunions ont déjà eu lieu pour discuter de la suite des événements, mais sans les Emirats.
Affaire à suivre
Un analyste pétrolier de renom garantit que les prochains mois seront « un désastre absolu et continu », même si le détroit d'Ormuz rouvre demain...
Des experts en énergie préviennent depuis longtemps que les contrats à terme sur le pétrole sont totalement déconnectés de la réalité du marché physique, mais un réajustement est inévitable et imminent, selon un analyste pétrolier de premier plan.
Les marchés à terme ont été apaisés par l'espoir de négociations de paix entre les États-Unis et l'Iran. Le West Texas Intermediate (WTI) reste pour l'instant sous la barre des 100 dollars le baril, tandis que le Brent l'a repassée. Parallèlement, les actions ont atteint des sommets historiques, les investisseurs faisant abstraction de la guerre.
Mais Paul Sankey, président de Sankey Research, a souligné que les cargaisons de pétrole d'avant-guerre, acheminées par pétroliers depuis le golfe Persique, n'ont atteint leurs destinations que récemment. Le détroit d'Ormuz étant largement fermé depuis plus de 40 jours, le manque de nouveaux approvisionnements ne peut plus être ignoré.
« Au cours des prochains mois, la situation va malheureusement se détériorer considérablement », a-t-il déclaré jeudi à Bloomberg TV. « Nous sommes pris au piège. »
Face à l'assèchement des nouveaux arrivages de pétrole du Moyen-Orient, les pays puisent dans leurs réserves et les niveaux de stocks « commencent à devenir alarmants », a ajouté Sankey.
En réalité, la situation va inévitablement empirer, a-t-il averti, contrairement aux prévisions habituelles du marché pétrolier, qui peuvent s'avérer totalement erronées pour des raisons externes.
« Dans ce cas précis, nous pouvons être certains que les deux prochains mois seront un véritable désastre, même si le détroit était ouvert demain, car la situation est bloquée par les pétroliers, et ces derniers sont tous mal positionnés », a expliqué Sankey.
Il examine les points de rupture des chaînes d'approvisionnement, notamment le kérosène en Australie et les solvants utilisés dans la fabrication de semi-conducteurs au Japon.
Alors que des pays comme le Japon et les États-Unis disposent d'importantes réserves de pétrole qu'ils ont déjà utilisées, toute nouvelle livraison sera de plus en plus difficile à accepter à mesure que les réserves se videront, a prédit Sankey. Autrement dit, le volume réellement disponible pour les marchés mondiaux est inférieur aux chiffres annoncés.
Le moment de vérité pourrait arriver le mois prochain. Les analystes de JPMorgan ont indiqué mardi dans une note que les stocks commerciaux des pays de l'OCDE atteindront leurs « minimums opérationnels » entre le 9 et le 30 mai, « à partir duquel la hausse des prix deviendra exponentielle et non plus linéaire ».
Après la fin du conflit, la chaîne d'approvisionnement pétrolière aura besoin de temps pour redémarrer. Il faudra deux mois pour que les ports rouvrent et deux à trois semaines pour que les équipages des pétroliers se sentent suffisamment en sécurité pour traverser à nouveau le détroit. JPMorgan estime également qu'il faudra quatre mois pour que la production pétrolière atteigne 99 % de sa capacité.
De même, Frédéric Lasserre, responsable de l'analyse chez Gunvor Group, géant du négoce de matières premières, a déclaré mardi lors d'une conférence sectorielle que si la guerre en Iran se prolongeait d'un mois, les marchés pétroliers seraient à court de réserves et atteindraient un niveau critique.
Selon Saad Rahim, économiste en chef du groupe Trafigura, le conflit a déjà entraîné la disparition d'un milliard de barils d'approvisionnement. Il a précisé lors de la conférence que ce chiffre pourrait atteindre 1,5 milliard de barils si la situation perdure.
« L'ampleur du problème semble telle que le marché a du mal à la saisir », a-t-il déclaré, ajoutant : « Il existe donc actuellement un véritable décalage entre la perception et la réalité. »
Par Jason Ma Rédacteur en chef du week-end 24 avril 2026
https://fortune.com/2026/04/24/oil-market-forecast-disaster-crude-prices-strait-of-hormuz-opens-now-us-iran-war/
Les marchés mondiaux de l'énergie sont au bord du désastre...
Les scénarios vont désormais de mauvais à catastrophiques...
Pour évaluer la proximité du monde avec une catastrophe énergétique, The Economist a compilé un tableau de bord d'indicateurs. Celui-ci suggère que des dégâts considérables sont déjà irréversibles. Pire encore, sans réouverture, les coûts pourraient exploser, déclenchant des événements susceptibles de paralyser le système d'approvisionnement en carburant. La réouverture du détroit permettrait – de justesse – d'éviter une catastrophe totale. Mais des difficultés supplémentaires sont d'ores et déjà inévitables.
Trois facteurs précipitent le monde au bord du précipice. Les cargaisons de pétrole disponibles à l'achat s'amenuisent. Les raffineries réduisent drastiquement leur production de carburant. Et la demande demeure artificiellement élevée, notamment en Europe. Un changement majeur est inévitable pour que les marchés de l'énergie retrouvent leur équilibre.
Commençons par le commerce. Si la plus grande pénurie de pétrole de l'histoire n'a pas déclenché de panique mondiale, c'est notamment parce qu'une quantité quasi record de pétrole se trouvait déjà en mer au début du conflit. Dès février, alors que les navires de guerre américains appareillaient pour le Golfe, les pays riverains ont fortement augmenté leurs exportations. Après les dernières livraisons, ces stocks maritimes sont désormais épuisés. Il en va de même pour la plupart des cargaisons de pétrole iranien et russe, qui stationnaient en mer mais ont trouvé preneur après l'allègement des sanctions américaines contre ces deux pays. Les volumes totaux transportés par voie maritime ont chuté à une vitesse record (voir graphique 1). Pour le kérosène et l'essence, les niveaux sont bien inférieurs aux normes historiques, et probablement proches du minimum nécessaire au fonctionnement du commerce maritime.
La dernière fois que la demande de pétrole a chuté de 10 % en si peu de temps, c'était lors des confinements liés à la COVID-19 en 2020, un choc qui a également entraîné une baisse du PIB mondial de plus de 3 %. Le temps presse pour éviter une chute similaire.
commentaire de Gail Tverberg :
« La situation énergétique est grave » pourrait résumer le problème. Le PIB mondial va chuter. De nombreux rayons seront vides.
23 04 2
Vendredi avant la fermeture du trading pétrolier pour le weekend, il n’aura fallu qu’un seul message sur Truth Social de Donald Trump pour faire chuter les prix du baril de pétrole du WTI 100$ à $83,85 et le Brent à 90,38 à Londres. "Le Détroit d’Ormuz est ouvert et prêt pour le passage complet. Merci."
Il est peu de dire que les mécanismes tant au niveau des négociations que des bourses ont laissé une part béante à l’incompétence. Comment pouvons-nous naviguer à travers des informations contradictoires ?
Est-ce que la situation va se débloquer rapidement ou est-ce que le choc pétrolier va être là encore pendant plusieurs semaines ?
Au fil des siècles, l’ADN de certains pays s’est forgé via la nécessité d’échanger des marchandises au niveau international. Les références se retrouvent en Chine, en Hollande, en Iran ou en Inde. Pour les négociations politiques la Russie fait œuvre du maître d’échec.
Négocier avec ces pays, c’est l’assurance de perdre ou de gagner peu. Les chefs d’entreprises, qui ont déjà eu à faire à ces pays, peuvent le confirmer.
Dans ce concert, la Suisse était championne pour arrondir les angles. Mais avec l’arrivée du Conseil Fédéral Ignacio Cassis en 2017, cette compétence a été démantelée. Aujourd’hui, le Pakistan a remplacé l’Helvétie entre les USA et l’Iran.
Une chose est certaine, l’Art de la négociation est un talent qui se cultive, qui se travaille, qui s'aiguise avec l’expérience.
Dans le conflit avec l’Iran, les Etats-Unis sont venus avec le vice-président DJ Vance, Steve Witkoff et Jared Kushner. Dans l’ordre, un politicien expédié sur-place à contre-coeur, un magnat de l’immobilier, le mari de la fille de Trump qui est chargé de collecter l’argent ($1,3 milliard) déversé à la famille Trump par les pays du Moyen-Orient.
Durant les 21 heures de discussion, le vice-président, Vance a téléphoné à 12 reprises à Trump pour recevoir des ordres et 1 fois à Netanyahu.
Si, après seulement 21 heures de négociations, l'Iran renonçait à l'enrichissement nucléaire et l’ouverture du Détroit, ce que Vance laissait entendre, cela reviennait à se méprendre complètement sur la situation et sur la délégation iranienne. Un tel niveau de légèreté a déclenché l’hilarité dans les ambassades de nombreux pays.
L’Iran se bat contre sa survie alors que Trump se bat contre les sondages.
Les investissements financiers doivent être mis dans les mains de professionnels. Si vous avez déjà ouvert la porte d'une banque d'affaires ou d'un fonds d'investissement, cette maxime figure sur la porte d'entrée.
Depuis le retour du 47 président des Etats-Unis, les traders du monde entier se fient à une seule source d’information : le compte de Truth Social de Donald Trump. A chaque message, vérifié ou pas, les marchés sont achetés ou vendus. En un clic, le président fait basculer un marché.
Qu’importe la véracité du message, les traiders s'activent d'une seule voix. A la bourse, il est financièrement plus favorable de suivre la tendance.
La vente de vendredi dernier à l’annonce de l’ouverture du Detroit d’Ormuz est une illustration parfaite du réflexe de Pavlov. Le bruit de la gamelle annonce le repas.
Dans les salles de rédaction des médias, le peu de journalistes qui restent n’ont que peu d'expertise sur le pétrole. Les médias se contentent de reprendre les communiqués de presse ou d’ouvrir des portes ouvertes. Il reste des lieux de compétence comme le Financial Times ou le Grand Continent qui offrent des analyses pointues et des chiffres.
A la lecture des cours du pétrole WTI ou du Brent, on pourrait déceler que la situation s’améliore. Il n’en est rien.
Pour information, les cours pétroliers indiquent les prix pour une livraison dans un mois. Ainsi, $89 signifie que le pétrole sera livré dès le 20 mai à 89.
Les négociations vont prendre du temps tant en Iran qu’au Liban. Le temps est la denrée qui manque dans les rayons de la Maison Blanche.
Cette guerre aura démontré au gouvernement iranien que l’arme atomique est nécessaire pour se prémunir d’une prochaine attaque des Etats-Unis ou d’Israël. La question de savoir si l’Iran devra la créer elle-même ou qu’elle soit livrée par la Russie ou la Chine reste ouverte.
L’Iran va également avoir besoin d’argent pour reconstruire les infrastructures du pays d’où la nécessité d’exporter son pétrole.
Les déclarations des négociateurs américains ne sont à prendre que pour ce qu’elles sont. Il s’agit d’avis émis par des personnes qui n’ont ni le format ni la carrure d’entreprendre pareilles discussions. De plus, la seule personne qui possède le pouvoir de décision est d’une instabilité instable.
Du côté du pétrole, il est préférable d’obtenir les informations via l’OPEP, de l’ Agence Internationale de l’énergie ou des acteurs comme Rystad qui se basent sur des chiffres et des faits.
Pour les semaines à venir, le monde fait face à une pénurie de kérosène et de diesel. Comme le kérosène a une durée maximale de stockage de 3 mois, il faudra être attentif à l'Europe et à l'Asie.
Il sera nécessaire de compter en mois mois, voir une année pour rétablir les flux pétroliers du Moyen-Orient. Plus de 70 installations ont été touchées et certains gisements ont été arrêtés. Difficile de dire s'ils pourront être réamorcés.
Il manque 13 millions de barils par jour et celui depuis le début mars. Les extractions du pétrole de schiste américain sont en diminution depuis 5 mois consécutifs.
Et finalement, un détail. Un tanker pétrolier se déplace à la vitesse d'un vélo (entre 15 et 30 km/h). Si le détroit d'Ormuz ouvrait dans la semaine, le diesel et kérosène arriveront dans 3 à 4 semaines en Europe.
https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/petrole/1475-guerre-en-iran-le-prix-de-lincompetence.html
Ainsi, les Etats-Unis ont besoin d’assurer que le pétrole et le gaz-méthane règnent sur le monde et que les outils et sources de remplacement soient retardées ou différées.
Washington voit déjà les signes d’épuisements de leurs gisements de schiste. Si l'Irak avait été abandonnée, les USA repartent en chasse pétrolière avec la nécessité de reprendre à la Chine les marchés qu'ils avaient délaissés.
Pour se faire, toutes les options sont ouvertes et qu’importe qu’une civilisation soit détruite. Les centaines de milliers de morts irakiens le démontrent.
On comprend également l’abandon du devoir implicite des Etats-Unis d’assurer les flux pétroliers vers l’Europe. Le petit-frère va devoir faire tout seul. Il va même devoir défendre les terres rares situées dans les sols du Groenland.
Dans une époque où le pétrole d’excellente qualité, capable de générer du kérosène et du diesel, diminue, l’ère du chacun pour soi a débuté.
Bruxelles va donc devoir se débrouiller pour accéder aux pétroles et hydrocarbures qui restent. Les mois à venir vont s’avérer très compliqués et douloureux d’autant que l’Europe désire se passer du brut et du méthane russe et que le schiste américain ne convient pas aux raffineries du continent. La question du Groenland va rapidement revenir sur le devant de la scène.
Au niveau mondial, la proposition de détruire une civilisation contre du pétrole a été mise sur la table de manière publique. Ce qui se disait dans les coulisses a été porté sous les yeux du monde.
A voir les réactions minimalistes des pays occidentaux, elle ne semble ne pas gêner grand monde. Il reste à savoir quelles civilisations vont faire les frais.
Mad Max s’approche au fur et à mesure que les quantités de diesel et de kérosène diminuent. Les premières passe d’armes débuteront ces prochaines semaines notamment pour savoir quel pays aura droit à du diesel et du kérosène.
(extrait)
https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/petrole/1474-mad-max-ou-mad-trump-max.html
Depuis le début de la guerre, il manque environ 11 millions barils par jour (b/j) soit plus que les deux plus grandes crises pétrolières réunies. Plus de 50 infrastructures énergétiques ont été gravement ou très gravement endommagées dans les pays du Moyen-Orient. Après 5 semaines de guerre, quoi qu'il arrive maintenant, nous nous dirigeons vers un grand choc pétrolier et un manque d'offre pour les mois à venir...
Cet été, vous allez adorer vos vacances à vélo. Je rigole, mais avec les prix du kérosène qui ont doublé, il va faire bon redécouvrir son pays, l'Italie, la France, l'Autriche...
Pour l'instant, le baril surfe sur la vague des $100 le baril avec des pointes à $120. Chaque jour que Trump et Netanyahu persistent dans leur stratégie de démolition, nous rapproche d'une crise économique majeure.
Huit des neufs dernières récessions économiques ont été initiées par les prix élevés du pétrole.
Le monde est dirigé par un psychopathe et chaque semaine qui passe diminue l'influence et la crédibilité protectrice des USA sur les pétromonarchies et les pays asiatiques.
La Chine cultive une image de puissance fiable et rationnelle. Elle se présente comme une entité stable où n'importe quel pays peut traiter avec, quelle que soit sa couleur politique. Son économie en bénéficie. Chaque semaine de blocus renforce la logique économique de l'indépendance énergétique. De plus, elle maîtrise la chaîne de valeur de tous les éléments et minerais importants tant pour l'énergie que l'armement.
Pékin semble être le seul pays à pouvoir rendre la liberté d'Ormuz grâce aux négociations, via son proxy le Pakistan. En remerciement, les pétromonarchies devront utiliser la monnaie chinoise au lieu du dollar pour leur transaction financière.
(extrait) 01 04 26
https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1473-energies-economie-petrole-revue-mondiale-mars-2026.html
La crise pétrolière va bientôt dégénérer.... De la spéculation boursière à la réalité brutale....
En temps normal, environ 20 % de la production mondiale de pétrole transite par le détroit d'Ormuz. Ce flux est actuellement interrompu, à l'exception du pétrole iranien et de quelques autres navires autorisés à passer par l'Iran. Cette perturbation a entraîné une forte hausse des prix à terme du pétrole.
Mais cette flambée des prix est spéculative, alimentée par l'anticipation (justifiée) de pénuries futures plutôt que par une réelle pénurie actuelle de pétrole. En réalité, jusqu'à présent, les livraisons aux marchés mondiaux n'ont pas diminué, car le transport du pétrole du golfe Persique vers les principaux marchés prend entre quatre et six semaines. De ce fait, une importante quantité de pétrole se trouvait déjà en mer, hors du détroit, lorsque la guerre a éclaté.
Cependant, cette période de grâce touche à sa fin. La crise pétrolière est sur le point de devenir concrète. La carte en haut de cet article présente les estimations de J.P. Morgan concernant la date à laquelle les pétroliers en provenance du Golfe cesseront d'arriver dans différentes destinations. Les livraisons aux marchés asiatiques s'arrêteront cette semaine ; celles vers l'Europe la semaine prochaine.
Et une fois la crise devenue concrète, il ne sera plus possible de manipuler les marchés par la parole. Depuis le début du conflit, Donald Trump a réussi à plusieurs reprises à faire baisser les prix en affirmant que des négociations sérieuses étaient en cours avec ses alliés invisibles, le régime iranien, mais cela ne fonctionnera plus une fois les réserves de pétrole épuisées. Les prix devront donc augmenter jusqu'à un niveau suffisant pour réduire la demande et l'équilibrer avec l'offre disponible.
Les États-Unis achètent peu de pétrole du Golfe persique, mais on peut s'attendre à une hausse des prix du pétrole américain en raison des pénuries mondiales.
Alors, jusqu'où les prix du pétrole vont-ils monter ? J'ai déjà abordé ce sujet, mais il me semble utile de mettre à jour l'analyse, en soulignant l'incertitude des perspectives et le risque réel de prix extrêmement élevés.
Deux grandes sources d'incertitude existent. La première est que nous ignorons quelle quantité de pétrole parviendra à quitter le Golfe. L'approvisionnement en pétrole est actuellement fortement réduit, mais pas de la totalité des 20 millions de barils par jour qui transitaient autrefois par le détroit d'Ormuz. L'Arabie saoudite dispose d'un oléoduc lui permettant d'acheminer une partie de son pétrole vers la mer Rouge ; Oman possède un oléoduc qui contourne le détroit. Quant à l'Iran, il laisse passer des millions de barils de son propre pétrole. La persistance de ces « fuites » dépendra de l'évolution du conflit.
Deuxièmement, jusqu'à quel niveau les prix doivent-ils augmenter pour freiner une certaine part de la demande ? Les chocs pétroliers précédents nous ont appris que l'élasticité-prix de la demande de pétrole brut est faible : même de fortes hausses de prix n'entraînent que de faibles baisses de la demande. Mais dans la crise actuelle, il est crucial de déterminer précisément cette élasticité, une donnée impossible à estimer avec exactitude.
Dès lors, quelle est la fourchette de possibilités raisonnable ? J'ai envisagé trois scénarios de perturbation de l'approvisionnement en pétrole : un scénario de « faible perturbation » où l'offre est réduite de « seulement » de 8 % par rapport aux niveaux normaux, un scénario moyen où l'offre chute de 12 % et un scénario de forte perturbation où elle chute de 16 %. J'ai également considéré trois valeurs possibles pour l'élasticité-prix de la demande de pétrole : « élevée » à 0,2, moyenne à 0,15 et faible à 0,1.
Je suppose qu'en l'absence de cette guerre, le prix du Brent serait de 65 $ le baril.
Il est important de noter que Robin Brooks a réalisé une analyse conceptuellement similaire. Mes chiffres, cependant, sont plus alarmants – et je pense que vous devriez l'être.
En particulier, en présentant l'analyse de cette manière, je risque de donner l'impression que nous devrions envisager un résultat modéré, voire moyen. Ce n'est absolument pas une hypothèse prudente.
Après tout, que faudrait-il pour que mon scénario de « perturbation majeure » se produise ? C'est ce qui pourrait arriver si les exportations de pétrole iranien étaient coupées, par exemple suite à une attaque américaine sur l'île de Kharg, et si l'approvisionnement par oléoducs était perturbé par des représailles iraniennes contre d'autres installations pétrolières du Golfe, ainsi que par des attaques des Houthis contre la navigation en mer Rouge.
Ce n'est pas une hypothèse farfelue. C'est même exactement ce à quoi nous devons nous attendre si l'administration Trump met à exécution ce qui semble être ses plans de guerre actuels.
Et si le prix du pétrole atteint réellement 200 dollars, voire plus, il est fort facile d'envisager une crise économique mondiale de grande ampleur, avec une flambée inflationniste et, très probablement, une récession.
Depuis le début de cette guerre, j'ai constaté une nette divergence d'opinions parmi les experts. Les spécialistes de la finance et de la macroéconomie se sont montrés relativement optimistes quant à notre capacité à surmonter cette crise.
Mais si vous discutez avec des experts en énergie – ceux qui se concentrent sur les aspects physiques de la crise pétrolière – ou si vous lisez leurs travaux, vous constaterez qu'ils sont extrêmement inquiets.
Je suis principalement macroéconomiste. Mais mes cheveux commencent vraiment à prendre une teinte fumante.
Paul Krugman 31 mars 2026
Paul Krugman, est un économiste américain. Il a obtenu le prix dit Nobel d'économie en 2008
https://paulkrugman.substack.com/p/the-oil-crisis-is-about-to-get-physical?utm_source=post-email-title&publication_id=277517&post_id=192708447&utm_campaign=email-post-title&isFreemail=true&r=3liv7s&triedRedirect=true&utm_medium=email
Ma principale interrogation concerne les conséquences d'une livraison finale de pétrole en transit. Dès lors, le pétrole et les produits raffinés du Moyen-Orient disparaissent, et les raffineries doivent puiser dans leurs propres stocks.
Un calcul approximatif du transport de pétrole d'un port saoudien vers un port chinois ou japonais donne environ 20 à 25 jours. Il faut peut-être prévoir un peu plus de temps pour le chargement et le déchargement. Les raffineries disposent ensuite d'une réserve d'environ 15 à 20 jours, mais elles préfèrent ne pas tout utiliser en raison de problèmes techniques de manutention ; disons donc une dizaine de jours.
Cela signifie qu'au bout de 30 jours, elles pourraient commencer à manquer de pétrole disponible, et son remplacement est complexe car il doit répondre aux mêmes spécifications que le pétrole courant du Golfe persique. Libérer les réserves stratégiques pourrait sembler une bonne idée, mais toutes les raffineries ne traitent pas le même type de pétrole. De plus, même si 6 à 7 millions de barils par jour (b/j) sont extraits de ces réserves, il subsistera un déficit de 10 millions de b/j.
Ceci aura deux conséquences.
1) La concurrence pour l'approvisionnement en pétrole au comptant fera inévitablement grimper les prix, car l'alternative serait de fermer la raffinerie ou de la faire fonctionner à 60-70 % de sa capacité (à perte).
2) Même en cas de forte demande, ce déficit de 10 millions de barils par jour devra être absorbé. Autrement dit, si la demande est de 100 millions de barils et que l'offre n'est que de 90 millions, la production devra être réduite. Bien entendu, les pays en développement seront les premiers touchés.
Et tout cela commencera d'ici une trentaine de jours, voire plus tôt pour certaines raffineries disposant de circuits d'approvisionnement plus courts, comme celles d'Inde.
Tout va bien…
Quark 16 03 26
Vous l'avez remarqué. Il n'a pas fallu attendre bien longtemps pour que les prix aux stations d'essence augmentent. Aux USA, la réaction est immédiate. En Europe et en Suisse, il a fallu attendre la fin du week-end, 3 jours, pour que les carburants prennent l'ascenseur.
En économie, ce phénomène se retrouve sous le petit nom de "Fusée et Plume" (rocket and feather). Les prix de l'essence augmentent comme une fusée et redescendent à la vitesse d'une plume. Quel est l'intérêt des pétroliers dans ce système bien huilé?
Après le Covid, l'Union Européenne avait publié une étude qui arrivait à la conclusion que les pétroliers tendent à augmenter rapidement les prix (fusée) mais qu'il faut en général plusieurs jours ou semaines (plume) pour redescendre. La baisse s'étend parfois sur plusieurs mois.
En Suisse, les calculs montrent que la hausse intervient en général après 3 jours (fusée) et elle met 10 jours pour descendre (plume).
La Commission Européenne annonce même une descente sur plusieurs mois. C'est l'effet Rocket and Feather qui est scientifiquement très documenté.
L'objectif des pétroliers n'est pas de vendre de l'essence au meilleur prix pour faire plaisir aux automobilistes. Au contraire, il s'agit de leur soutirer un maximum d'argent afin de maximaliser leurs revenus.
Le manque d'empathie est d'autant plus élevé que les pétroliers sont des entreprises étrangères et qui rapatrient les bénéfices dans le pays d'origine ou qui distribuent de généreux dividendes aux investisseurs du monde.
Le prix du baril affiché dans les médias est généralement celui des contrats à terme (futures) les plus proches. Les prix du Brent ou du WTI indiquent le prix du pétrole aujourd'hui pour une livraison dans un mois.
Ainsi, à l'écriture de cet article, le Brent à Londres se trouve à $ 101,6, alors que le WTI aux USA pointe à $95,73. Ces prix actuels valent pour une livraison d'ici au mois d'avril.
Dans un pays, les pétroliers entretiennent leurs propres stocks tampons. Ils permettent de les prémunir contre les fortes variations à la hausse sur les marchés internationaux.
Ces stocks de sécurité offrent la possibilité de ne pas acheter de pétrole quand son prix grimpe rapidement. La situation actuelle offre une parfaite illustration. Les pétroliers n'achètent pas un baril à 100$. Ils attendent que les prix baissent en puisant dans leurs stocks. En cas de baisse, les prix aux stations d'essence resteront à des niveaux élevés le plus longtemps possible.
Si la hausse devait perdurait, les prix à la pompe grimperont et ces coûts seront immédiatement transmis aux automobilistes.
Vendre l'essence au prix le plus élevé est un système financièrement très juteux et à la base du business pétrolier.
En France, pour les pétroliers la marge sur la vente d'essence était de €14,7 centimes par litre en février 2026.
Le 6 mars, cette marge est montée à € 27 centimes par litre. Cette plus-value de 13 centimes est une aubaine financière.
En plus de cette marge, les pétroliers actifs sur l'entier de la chaîne, comme BP, Shell, Total, facturent également le transport et le raffinage, de 22 centimes en février à 32 centimes le 6 mars.
La France consomme 144 millions de litres d'essence par jour. Cette plus-value de 13 centimes par litre offre un bénéfice supplémentaire de €18,2 millions par jour.
Depuis le début de la guerre la plus-value pour les pétroliers dépasse les €200 millions.
Cet argent est ponctionné sur les automobilistes français et exporté dans d'autres pays.
En Suisse, le 10 mars, les pétroliers se sont mis d'accord pour aligner leur prix à 1,86 franc le litre d'essence sans plomb 95 dans de nombreuses stations-service de la région de Zurich, Lausanne, Genève et du Tessin.
On notera la coordination de la hausse alors qu'il n'y a aucun cartel et entente sur les prix. La transmission de pensée fait partie de l'ADN du lobby.
Cependant, ce même jour, les propriétaires des stations suisses pouvaient acheter ce carburant chez les grossistes pour 1,50 franc selon le magazine des consommateurs K-Tipp.
Comme en France, il est évalué que les pétroliers basés en Suisse réalisent un bénéfice entre 25 et 30 ct frs par litre et une plus-value grâce à la guerre évaluée à 16 ct par litre.
Les automobilistes suisses consomment 18 millions de litres par jour. Grâce au système Fusée, le profit grimpe de 1,8 million frs par jour soit une estimation de 37 millions de francs depuis le début de la guerre, il y a 13 jours.
Comme le lobby n'offre aucune transparence sur le phénomène Fusée et Plume, ces chiffres ne peuvent être que des estimations.
Avec de pareils enjeux financiers, on comprend mieux ce mécanisme et la propension des pétroliers à éviter la moindre transparence et leur acharnement à faire perdurer le système.
Depuis sa naissance, l'industrie du pétrole entretient une histoire d'amour avec la corruption.
Dans de très nombreux pays occidentaux, les partis politiques et les politiciens influents bénéficient de généreuses faveurs. Dans un comportement de prédateurs, ces politiciens privilégient l'appauvrissement de leur pays pour favoriser les entreprises pétrolières privées étrangères ainsi que les pays producteurs de pétrole.
Comme à leur habitude, les pétroliers américains n'ont pas perdu une seule seconde pour profiter de l'aubaine. Ils ont immédiatement augmenté (le jour même) leurs tarifs aux stations d'essence de 10 cts par gallon (3,8 lt).
Avant la guerre, la moyenne de l'essence était de 2,94$ pour les 3,8 litres d'un gallon.
Il a grimpé à 3.04, puis $3,25 après la première semaine pour se retrouver aujourd'hui à $3,59.
Pour le diesel. Une pénurie de diesel existe à travers le monde. Les prix aux stations américaines sont passés de $3,85 le gallon à $4,85. On frise les $5 pour 3,8 litres.
Les USA n'ont pratiquement pas de taxes sur l'essence.
Berlin n'autorise plus qu'une seule hausse des prix par jour dans les stations.
L'Allemagne est le pays de l'Union européenne qui a connu la plus forte hausse des tarifs des carburants : +44% en moyenne pour le diesel, +29% pour le sans-plomb par rapport à avant la guerre au Moyen-Orient, fin février. Les prix des carburants ont augmenté, en moyenne, deux fois plus que dans les autres pays européens.
Le litre de super flirte avec les €2, celui du diesel atteint €2,20 voir € 2,40
Il reste à savoir combien de temps cette guerre entre les USA et l'Iran va durer. Il est certain que les pétroliers, comme l'industrie de l'armement, espèrent qu'elle continuera le plus longtemps possible.
Dès qu'elle sera terminée, elle profitera de l'effet plume pour en tirer profit le plus longtemps possible ou ne pas revenir aux prix standards.
En 2025, ExxonMobil a généré un bénéfice de $28.8 milliards en plus des 37 milliards de dividendes distribués, Chevron $12,48 milliards de bénéfices, BP 7,5 milliards et Saudi Aramco d'Arabie Saoudite, $93,4 milliards.
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https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/petrole/prix-petrole/1466-pourquoi-les-petroliers-font-grimper-artificiellement-les-prix-de-lessence-2.html
Selon les chiffres de l’OPEP, largement relayés par des institutions de référence telles que l’Agence internationale de l’énergie ou le département américain de l’Énergie, le Venezuela serait, avec 303 milliards de barils, à la tête des plus importantes réserves pétrolières de la planète, devant l’Arabie saoudite et l’Iran. À eux trois, ces États revendiquent près de la moitié du pétrole encore disponible dans les sous-sols de la Terre. Si la photo est avantageuse, le film intrigue. Les réserves vénézuéliennes sont en effet brutalement passées, entre 2007 et 2010, de 99 à 297 milliards de barils, sans qu’aucune nouvelle découverte significative ni exploration majeure ne vienne l’expliquer. Un miracle statistique dû à la décision du gouvernement de Chávez de reclassifier les réserves de l’Orénoque comme étant « prouvées » — c’est-à-dire considérées comme économiquement et techniquement exploitables. Or, le pétrole vénézuélien est extra-lourd, une sorte de mélasse très difficilement exploitable ou alors à des coûts prohibitifs.
Suspecte surestimation des réserves
Dans le monde pétrolier, les seules données accessibles sur les réserves sont celles que les États publient eux-mêmes. Et, en ce qui concerne les pays membres de l’OPEP, parmi lesquels le Venezuela, l’Arabie saoudite et l’Iran, ces chiffres sont particulièrement sensibles, car ils servent en partie de base à la répartition des quotas de production : plus les réserves affichées sont élevées, plus le volume autorisé à produire augmente. L’incitation à la surestimation est donc structurelle. Le cas saoudien est symptomatique. Depuis la fin des années 1980, le royaume affiche des réserves supérieures à 260 milliards de barils, un niveau resté remarquablement stable, voire légèrement croissant, alors même que le pays a extrait environ 133 milliards de barils de son sous-sol sur la période, sans découverte majeure notable. Un paradoxe troublant.
Réalité inquiétante des réserves mondiales
Étrange également la quasi-multiplication par deux des réserves déclarées des pays membres de l’OPEP au milieu des années 1980, précisément au moment de la mise en place des quotas nationaux au sein du cartel. Cette réévaluation a permis à certains de revendiquer une part plus importante de la production d’ensemble et de compenser la faiblesse des prix par une hausse des volumes produits afin de préserver leurs recettes. Le même scénario s’est reproduit peu après la grande récession consécutive à la crise des subprimes, à la chute des cours et à la nouvelle mise en place de contingentements.
Bref, les chiffres des réserves d’or noir sont surestimés, parfois considérablement. Le cabinet d’analyses indépendant Rystad, dont le siège est à Oslo, estime à seulement 30 milliards de barils les « vraies » réserves du Venezuela, soit un rapport de 1 à 10 par rapport aux chiffres officiels, et prévoit une production mondiale divisée par deux entre 2030 et 2050, faute de réserves suffisantes pour compenser les volumes extraits chaque année depuis des décennies.
Dépendance énergétique critique pour l’Europe
Un sacré défi pour l’Europe : 1 – parce que la consommation européenne de pétrole, même si elle n’est pas revenue à son niveau d’avant la pandémie, ne recule plus et stagne autour de 13 millions de barils par jour ; 2 – parce que l’essentiel du pétrole consommé en Europe est importé ; et enfin 3 – parce que les pays producteurs-exportateurs serviront d’abord leur demande domestique avant d’approvisionner leurs clients étrangers. En d’autres termes, une chute des approvisionnements est à anticiper, plus brutale encore que celle de la production.
Bien entendu, les projections sur l’offre sont complexes. Valéry Giscard d’Estaing, alors président de la République, avait annoncé la fin du pétrole pour le début des années 2000. Il n’en a jamais été autant produit qu’aujourd’hui. Mais à trop surestimer les réserves, le risque est celui d’un brutal retour de bâton — et il y aura de la casse dans les économies.
Publié le lundi 19 janvier 2026
le Venezuela possède dans son sous-sol des quantités d’hydrocarbures absolument phénoménales (sous forme de fiouls extra-lourds). La quantité de capital pour rendre ces hydrocarbures utilisables dans des moteurs est elle aussi phénoménale, et totalement hors de portée du pays. Et ce, depuis bien avant qu’il ne sombre dans la crise actuelle.
HollyDays
"Au-delà de l'excédent prévu à court terme, il existe un enjeu plus important sur le marché pétrolier : un déficit structurel potentiel après 2027", selon Saxo Bank.
Cette perspective d'une éventuelle pénurie d'approvisionnement à la fin de cette décennie et au début des années 2030 s'est généralisée ces derniers mois. Les inquiétudes concernant un déficit à long terme se sont accrues après que l'Agence internationale de l'énergie (AIE), qui prône depuis des années la transition énergétique et le non-investissement dans de nouveaux gisements de pétrole et de gaz, ait changé son discours.
(commentaire de Quark, 11 12 25)
En 1956, Marion King Hubbert, géologue chez Shell, présenta un rapport technique, verbeux et aride, dont la conclusion principale était que la production pétrolière américaine atteindrait son apogée en 1970. Ce raisonnement, très simplifié, reposait sur un délai moyen de 40 ans entre la découverte, la production, l'atteinte d'un pic et le déclin irréversible. Or, la moyenne des découvertes de pétrole sur le continent américain remontant à 1930, le pic de production devait être atteint aux alentours de 1970.
Hubbert fut alors ridiculisé et ses travaux rejetés. En 1970, les médias américains publièrent des articles soulignant l'erreur de Hubbert, les États-Unis produisant alors plus de pétrole que jamais. Cette plaisanterie dura un an, jusqu'à ce que les chiffres de production de 1971 soient inférieurs à ceux de 1970. Le déclin se poursuivit ensuite jusqu'à la fin du XXe siècle, contribuant sans aucun doute à la crise monétaire de 1971 et l'aggravant.
La production mondiale de pétrole a atteint son apogée en 1964. Par conséquent, selon les modèles de Hubbert, le pic de production mondial aurait dû se produire aux alentours de 2004… et c'est ce qui s'est passé ! Du moins, si l'on considère uniquement la production de pétrole brut conventionnel. En effet, la forte hausse des prix du pétrole qui a suivi a été le premier domino à tomber dans la chaîne d'événements qui a conduit au krach de 2008 et à la dépression qui a suivi (de la même manière que la flambée des prix du charbon en 1927 a conduit au krach de Wall Street et à la Grande Dépression).
Après 2008, la « recherche de rendement » a entraîné des investissements dans la fracturation hydraulique à travers les vastes gisements de schiste des États-Unis. Ceci, combiné à diverses techniques de récupération assistée du pétrole (comme l'injection de détergent et de dioxyde de carbone dans les gisements épuisés), a permis à la production mondiale de pétrole de croître pendant treize années supplémentaires, jusqu'à atteindre un nouveau pic en novembre 2018.
Ces pics de prix ont toujours été de courte durée. Comme le coût de la principale source d'énergie d'une économie influe sur tous les autres biens et services, les flambées des prix entraînent une hausse généralisée des prix (que la plupart des économistes qualifient à tort d'inflation). Or, à moins que les entreprises et les ménages ne reçoivent des fonds supplémentaires, ils procèdent à un ajustement de leurs dépenses, privilégiant les biens essentiels au détriment des dépenses non essentielles. Et comme la consommation non essentielle représente une part importante de l'économie, la diminution de cette consommation entraîne une baisse de la demande d'énergie, et par conséquent une baisse des prix de l'énergie.
Depuis les années 1970, nous observons ce cycle de fluctuations. La volatilité des prix du pétrole consécutive au second choc pétrolier (provoqué par la révolution iranienne et la guerre Iran-Irak) a été suivie, à partir du milieu des années 1980, d'une période de relative stabilité des prix, mais à des prix plus élevés qu'auparavant. Ce schéma s'est répété après le pic de 2005, avec une flambée des prix et des prévisions d'économistes atteignant 200 dollars le baril, voire plus. Cependant, la récession qui a suivi 2008 a fait chuter les prix, une surabondance de pétrole de schiste américain ramenant brièvement le prix à 35 dollars le baril, avant qu'il ne se stabilise autour de 60 dollars.
La flambée des prix observée après 2018 a été retardée par les confinements généralisés mis en place par les gouvernements en réponse à la pandémie, puis exacerbée par les sanctions contre-productives imposées aux énergies fossiles russes. Mais lorsque les économies sont sorties de ces restrictions, nous avons subi la même période de volatilité jusqu'à ce que le ralentissement économique mondial actuel ramène les prix à 65 dollars le baril.
En raison de l'interaction entre l'énergie et l'économie en général, les fluctuations du prix du pétrole masquent un phénomène plus important. Avant de pouvoir produire du pétrole (ou toute autre énergie), il faut investir de l'énergie. Ce coût énergétique s'est stabilisé après la Seconde Guerre mondiale, grâce aux économies d'échelle et aux progrès technologiques. Cela a permis la croissance exponentielle de la production pétrolière qui a alimenté le boom économique de l'après-guerre (1953-1973), période durant laquelle la production et les échanges ont atteint des niveaux inégalés depuis 150 ans. Mais par la suite, le coût énergétique a inexorablement augmenté. Cela s'explique par notre approche initiale, qui consiste à exploiter les ressources les plus faciles d'accès.
Les premiers gisements pétroliers étaient situés à proximité de la surface, dans des zones où les infrastructures nécessaires (routes, voies ferrées, ports, etc.) existaient déjà. Et comme le pétrole produit était alors à son prix le plus bas, personne n'était prêt à investir massivement dans des gisements plus difficiles d'accès et plus coûteux ailleurs. Ce n'est qu'après l'épuisement des premiers gisements qu'il est devenu judicieux de construire les infrastructures nécessaires à l'extraction du pétrole sur de vastes étendues du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. Ce n'est que lorsque ces coûts auraient suffisamment augmenté que le forage en eaux profondes, procédé coûteux et complexe, serait devenu viable. La fracturation hydraulique de la roche mère est encore plus difficile et énergivore, et, compte tenu de l'expérience des 15 dernières années, elle ne permet pas de maintenir un prix du pétrole supportable par l'économie dans son ensemble.
Le problème est aggravé par la menace de pénuries pétrolières. Officiellement, nous avons consommé moins de la moitié des réserves mondiales de pétrole, soit environ mille milliards de barils, alors qu'il en reste approximativement 1 700 milliards. Rystad Energy, quant à elle, avance un chiffre plus proche de 500 milliards de barils, basé sur une estimation plus précise des réserves réellement récupérables. Ce qui est certain, c'est que depuis le milieu des années 1980, la consommation mondiale de pétrole dépasse les nouvelles réserves… et qu'il n'existe plus de gisements importants, bon marché et faciles à exploiter. Il ne reste que des gisements techniquement complexes et extrêmement coûteux, comme Cambo et Rosebank dans l'Atlantique Nord.
Autrement dit, la production pétrolière restante a une limite économique, liée au coût énergétique de l'énergie. À mesure que nous approcherons du point où nous devrons investir plus d'énergie que nous n'en recevrons en retour, plus aucun pétrole (à l'exception peut-être de la production stratégique financée par l'État) ne sera extrait du sol.
Si le pétrole n'était qu'une matière première comme une autre – comme le pensent beaucoup trop d'économistes, de politiciens et de militants –, il n'y aurait pas de problème. Lorsque le prix du pétrole deviendrait trop élevé, nous nous tournerions vers une autre ressource. Mais le pétrole est la ressource maîtresse, sans laquelle toutes les autres ressources deviennent inaccessibles. Il ne se contente pas d'assurer l'essentiel des opérations minières, agricoles, industrielles et de transport – même si c'est le cas –, mais il est aussi une matière première pour une multitude de produits qui rendent possible une économie industrielle avancée… et il n'existe aucun substitut (quel que soit le prix).
Ce que nous constatons en termes monétaires – la hausse des prix du pétrole entraînant une inflation généralisée – est en réalité un problème énergétique. Nous vivons déjà dans un monde où le coût élevé de l'énergie provoque la désindustrialisation des économies développées, ainsi que le désinvestissement des pays en développement dans des secteurs essentiels comme l'extraction du cuivre et du lithium. Parallèlement, face à une pénurie d'énergie généralisée (et alors que des milliardaires excentriques tentent d'alimenter des centres de données dédiés à l'IA), les secteurs non essentiels de l'économie sont déjà en récession (profitez donc de votre accès temporaire à des biens de consommation bon marché si vous le pouvez encore, car des fermetures généralisées et le chômage sont à prévoir).
Et l'une des raisons pour lesquelles le remboursement des dettes peut devenir impossible – un phénomène de plus en plus fréquent depuis la pandémie – est que l'économie réelle n'est plus en mesure de fournir les matières premières qui ont servi de garantie à la dette. Comme l'a démontré Gail Tverberg, loin d'entraîner une hausse des prix, les pénuries de pétrole provoquent des récessions qui diminuent la demande.
Autrement dit, les particuliers et les entreprises qui avaient emprunté en supposant la stabilité des approvisionnements et des prix de l'énergie se retrouvent en faillite lorsque les prix s'envolent. Le chômage et le recouvrement des créances qui en résultent entraînent une baisse de la demande dans l'ensemble de l'économie, la ramenant ainsi à l'équilibre avec l'offre (plus faible) de pétrole. Le même phénomène se produit, bien sûr, en cas de pénurie de matières premières essentielles, comme l'Europe l'apprend à ses dépens après s'être coupée des ressources pétrolières, gazières et minières russes bon marché.
Tim Watkins 24 11 25 (extrait)
https://consciousnessofsheep.co.uk/2025/11/24/broken-by-design/
Le « syndrome de la Reine Rouge » frappe la production pétrolière mondiale...
Les puits de pétrole de schiste sont abondants la première année, puis s'épuisent rapidement. Les entreprises du secteur doivent donc investir sans cesse dans la production pour maintenir la production à un niveau stable, un phénomène connu sous le nom de « syndrome de la Reine Rouge », d'après « Alice au pays des merveilles » de Lewis Carroll.
Les puits de schiste perdent généralement 70 à 90 % de leur volume au cours de leurs trois premières années et chutent de 20 à 40 % par an sans nouveau forage.
Un récent rapport de l'AIE le confirme, affirmant que les gisements pétroliers et gaziers mondiaux déclinent à un rythme plus rapide qu'on ne le pensait, laissant le secteur de l'énergie confronté à une lutte coûteuse pour maintenir la production.
De fait, depuis 2019, les groupes pétroliers et gaziers ont investi 500 milliards de dollars dans la production pétrolière et gazière, soit près de 90 % de leurs investissements annuels, simplement pour enrayer le déclin des gisements existants.
« La situation signifie que l'industrie doit accélérer considérablement pour rester immobile », a déclaré Faith Birol, directrice générale de l'AIE.
Il s'agit d'un virage à 180 degrés pour l'agence, qui avait précédemment mis en garde contre une « surabondance vertigineuse » de brut.
L'AIE a analysé les données de 15 000 gisements de pétrole et de gaz et a conclu que la production est de plus en plus précaire en raison d'une dépendance croissante au pétrole et au gaz de schiste, qui nécessitent de nouveaux forages continus pour maintenir leur production.
Dans son rapport de mardi, l'AIE a également suggéré que si les compagnies pétrolières cessent complètement leurs dépenses, la production mondiale de pétrole se contractera de 5,5 millions de barils par jour, soit environ la production combinée du Brésil et de la Norvège. La baisse pour le gaz naturel est passée de 180 milliards de mètres cubes par an à 270 milliards de mètres cubes par an.
Le pétrole et le gaz de schiste américains s'effondreraient de 35 % la première année suivant l'arrêt des forages, a indiqué le Financial Times.
Reuters a rapporté qu'après avoir atteint son pic de production, la baisse annuelle moyenne de la production était de 5,6 % pour les gisements de pétrole conventionnel et de 6,8 % pour les gisements de gaz conventionnel.
La baisse de la production pétrolière et gazière signifie que la production pétrolière se concentrera progressivement au Moyen-Orient et en Russie, où les grands gisements déclinent plus lentement.
Ma collègue d'Oilprice, Tsvetana Paraskova, a récemment publié un article intitulé « Le secteur pétrolier américain perd des emplois face à la baisse des prix ».
L'emploi dans le secteur du schiste américain a chuté de 1,7 % en août, les producteurs ayant ralenti les forages, reporté les complétions et accru leur efficacité après une chute d'environ 12 % des prix du pétrole depuis le début de l'année.
Chevron prévoit une réduction de ses effectifs de 20 % et ConocoPhillips jusqu'à 25 %, alors même que les entreprises s'efforcent de maintenir leur production grâce à des investissements réduits.
Le secteur du schiste américain connaît les plus importantes suppressions d'emplois depuis trois ans, les producteurs réagissant à la baisse des prix du pétrole par un ralentissement de l'activité de forage et une plus grande efficacité grâce à des consolidations et des réductions de coûts, a écrit Paraskova.
Alors que le prix du pétrole est dangereusement proche du seuil de rentabilité pour de nombreux petits producteurs indépendants, le secteur du schiste américain est en mode attentisme.
Dans un article précédent, Paraskova soulignait que la dynamique du secteur du schiste américain s'essouffle, plusieurs PDG du secteur affirmant que la production a atteint son pic.
Dans une lettre adressée aux actionnaires au premier trimestre, Diamondback Energy « continue de croire qu'au prix actuel du pétrole, la production de schiste américain a probablement atteint son pic et que les niveaux d'activité dans les 48 États contigus resteront faibles », a déclaré son PDG, Kaes Van't Hof.
Diamondback a abandonné quatre plateformes au deuxième trimestre, réduisant son activité de 17 à 13. L'entreprise prévoit actuellement d'exploiter 13 à 14 plateformes et cinq équipes de complétion pour le reste de l'année.
Le nombre de plateformes pétrolières américaines a diminué d'environ 60 cette année, dont 59 au deuxième trimestre seulement, et le nombre d'équipes de complétion actives dans le bassin permien est tombé à environ 70 équipes actives, soit une baisse de plus de 25 % par rapport à 2024, a ajouté le dirigeant.
Avec la faiblesse des prix du pétrole, les gains d'efficacité pourraient soutenir la production pétrolière dans le secteur du schiste américain, mais pas pour longtemps. La baisse du nombre de plateformes en exploitation et des équipes de fracturation se fera sentir dans quelques mois.
Si les prix du pétrole se maintiennent à leurs niveaux actuels ou à des niveaux inférieurs, les foreurs de schiste américains ralentiront encore davantage leur activité, leur objectif principal étant actuellement de préserver la trésorerie et de la restituer aux actionnaires, et non d'augmenter la production à tout prix.
Le nombre total de plateformes de forage pétrolières et gazières actives aux États-Unis a de nouveau diminué la semaine se terminant le 29 août, selon les données de Baker Hughes. Le nombre total de plateformes pétrolières aux États-Unis a chuté à 536, soit 47 de moins qu'à la même période l'an dernier. Ce nombre reste proche de son plus bas niveau depuis quatre ans.
Par Andrew Topf pour Oilprice.com
https://oilprice.com/Energy/Crude-Oil/Red-Queen-Syndrome-Hits-Global-Oil-Production.html
Le retour du pic pétrolier.... Quelle est la plus grande menace à laquelle nous sommes confrontés aujourd'hui ? Une guerre nucléaire entre l'Inde et le Pakistan ? Un conflit entre l'Europe et la Russie au sujet de l'Ukraine ? Les droits de douane de Trump ruinent l'économie mondiale ? Ou s'agirait-il d'une question technique concernant la « théorie du pic pétrolier » démentie ?
Le pic pétrolier, vous vous en souvenez, prévoyait le jour inévitable où la production humaine des réserves limitées de pétrole de la planète atteindrait son apogée… après quoi, la production ne pourrait que décliner. À l'inverse, la religion du progrès affirme que chaque fois qu'une matière première se raréfie, son prix augmente, ce qui entraîne des investissements dans de nouvelles technologies qui, à leur tour, permettront d'exploiter des réserves auparavant inaccessibles. Cela s'est certainement vérifié au cours des vingt années qui ont suivi le pic de production de pétrole conventionnel en 2005.
Ce pic est passé largement inaperçu à l'époque, même si la vague d'inflation qu'il a engendrée a déclenché l'effondrement du système bancaire et financier en 2008… à cette époque, le prix mondial du pétrole était en pleine ascension, les analystes prédisant avec confiance un baril à 200 dollars en quelques mois. Cela ne s'est pas produit… pour deux raisons principales.
Premièrement, si les pénuries de pétrole entraînent une flambée initiale des prix, elles sont en réalité déflationnistes : les entreprises et les ménages étant contraints de payer plus cher les produits pétroliers, ils doivent réaffecter leurs dépenses à d'autres sources, ce qui provoque une contraction de l'économie.
Deuxièmement, des technologies bien connues mais auparavant trop coûteuses, comme le forage horizontal et la fracturation hydraulique de la roche mère, se sont avérées rentables à un prix plus élevé… et c’est ainsi que le « miracle » du schiste américain a commencé – la plupart des sociétés de fracturation hydraulique originales ayant fait faillite, l’excès de pétrole et le ralentissement économique mondial ayant ramené le prix du pétrole en dessous de 50 dollars le baril.
À première vue, le pic pétrolier semblait pourtant discrédité. Après une légère baisse consécutive au krach, la production mondiale de pétrole a augmenté régulièrement pendant la décennie suivante, atteignant un nouveau pic fin 2018, rapidement éclipsé par les perturbations causées par les confinements liés à la pandémie. De manière moins évidente, notamment pour les partisans de la transition énergétique, le pétrole non conventionnel a dépassé l'éolien, le solaire, l'hydraulique et le nucléaire comme première source d'énergie nouvelle mondiale au cours de la décennie.
Et malgré les affirmations selon lesquelles la production pétrolière ne se remettrait jamais de l'impact des confinements, en octobre 2024, elle avait dépassé le pic de 2018, sans aucun signe de ralentissement.
Le pic pétrolier semble une fois de plus démenti.
Comme l'a récemment souligné Art Berman : « Le pétrole non conventionnel reste du pétrole. Les raffineries, seuls acheteurs de brut, se moquent des catégories artificielles du pic pétrolier. Elles paient pour un pétrole conforme à leurs spécifications, qu'il soit conventionnel ou non.
« Rejeter le pétrole non conventionnel revient à dire : “La production de tomates est en hausse, mais toute la croissance provient des serres, et non des champs traditionnels, donc ça ne compte pas”, comme si les tomates n'étaient pas les mêmes. »
Dans la mesure où les premiers partisans du pic pétrolier avaient tendance à se concentrer sur la géologie du pétrole, Berman a sans aucun doute raison. Tant que le monde dépendra des produits pétroliers, les raffineries continueront de les approvisionner… en utilisant les sources de pétrole qui répondent à leurs besoins.
Et si une combinaison de pétrole de schiste léger et de sables bitumineux lourds peut se rapprocher du brut conventionnel actuellement en déclin, il n'y a aucune raison pour que l'économie mondiale ne survive pas encore une ou deux décennies avant que le désastre ne s'abatte… surtout si l'empire occidental parvient à renverser la Russie et à exploiter les vastes gisements de schiste de Sibérie.
Toutefois, lorsque le « pic pétrolier » est considéré comme un enjeu d'économie réelle, la question de l'énergie « nette » ou « excédentaire » apparaît comme le principal problème. Il ne s'agit pas uniquement d'une question de production. En effet, si le rendement énergétique de l'énergie investie dans la production de schiste et de sable bitumineux est nettement inférieur à celui du forage conventionnel, le problème le plus important réside dans l'équilibre des produits pétroliers produits.
En effet, une grande partie du nouveau « pétrole » produit se présente sous forme de condensats et de liquides de gaz naturel, mieux adaptés à la production de gaz propane et de sacs en polyéthylène, plutôt qu'aux combustibles essentiels au fonctionnement de l'économie réelle.
Bien qu'il n'existe pas de baril de pétrole « typique », un baril de 42 gallons américains sera raffiné en moyenne pour :
7 % d'essence
4 % de diesel
8 % de carburant d'aviation
5 % de carburant lourd (par exemple, pour les navires)
4 % d'asphalte
3 % de carburant léger (par exemple, pour les chaudières domestiques)
2 % de condensats (par exemple, pour les briquets)
1 % de matières premières pétrochimiques et de combustibles résiduels.
Ce sont les « distillats moyens » – diesel, carburants d'aviation et de navigation – qui font tourner le monde. Et, d'une certaine manière, l'essence et les condensats sont des produits monétisés qui, autrement, seraient gaspillés et qui, de manière cruciale, maintiennent le prix des distillats moyens à un niveau bas.
Autrement dit, si les partisans de la transition énergétique réussissaient, les économies mondiales resteraient dépendantes des distillats moyens, mais auraient transformé des produits actuellement économiquement viables en déchets coûteux qu'il faudrait éliminer d'une manière ou d'une autre (très probablement en les brûlant, ce qui contredit en quelque sorte la raison même du passage au vert).
Les raffineries peuvent – à un coût considérable – être modernisées pour produire légèrement plus de distillats moyens et légèrement moins des autres produits. Mais elles sont loin d'atteindre le point où le diesel pourrait remplacer l'essence.
C'est un problème aujourd'hui, car si la production de « pétrole » a rebondi après la crise du confinement, la production de diesel reste inférieure à son pic de 2018. Bien sûr, compte tenu des sanctions occidentales autodestructrices sur les produits pétroliers russes (qui incluaient auparavant l'approvisionnement en diesel de l'Europe) et des perturbations des chaînes d'approvisionnement consécutives aux confinements, ce ralentissement de la production de diesel est peut-être en grande partie artificiel… pour l'instant. Néanmoins, il a un impact sérieux sur l'économie mondiale, et ce de manière loin d'être négligeable.
L'une des raisons pour lesquelles les économistes se trompent systématiquement est qu'ils présupposent la rationalité des marchés. C'était peut-être le cas en Grande-Bretagne au XVIIIe siècle, où les ressources étaient locales et où les banques et la finance constituaient un soutien minime à une économie où la richesse provenait du déploiement de technologies pour améliorer la production de biens et de services.
Mais dans une économie mondialisée où les banques et la finance règnent en maîtres et où les investissements manufacturiers rapportent peu, les marchés sont totalement irrationnels… canalisant le plus souvent la richesse (numérique) vers une poignée de milliardaires tout en sapant simultanément les systèmes de survie de l'humanité.
Un exemple typique – bien que vous ne l'ayez pas vu dans les médias officiels – est que, tandis que la classe politique négocie le prix supplémentaire que les gens devraient payer pour des produits bon marché importés d'Extrême-Orient, l'un des piliers de l'économie mondiale est menacé par la pénurie de diesel.
Alors que les camions diesel continuent de transporter des biens non essentiels à travers l'Europe et l'Amérique du Nord, l'Amérique du Sud (au pouvoir d'achat bien moindre) est en proie à une pénurie de diesel qui, entre autres, impacte la production de cuivre. Et comme le cuivre est essentiel à notre mode de vie, cela laisse présager des problèmes à venir pour des choses telles que :
* Construction et raccordement de parcs éoliens et de panneaux solaires
* Passage de l'essence aux voitures et véhicules utilitaires légers électriques
* Construction de nouveaux centres de données d'IA
* Construction des 1,5 million de nouveaux logements promis par le gouvernement britannique
* Réarmement de l'armée européenne.
Encore une fois, la pénurie actuelle de diesel est en grande partie artificielle, car elle est liée à un manque d'importations russes et à l'incendie d'une raffinerie au Pérou. Elle met également en évidence une industrie pétrolière mondiale qui peine à répondre à la demande. Et c'est bien là, bien sûr, la véritable menace.
Car si l'industrie pétrolière ne parvient pas à répondre à la demande de diesel, tôt ou tard, tout va s'effondrer. Sans un approvisionnement régulier en diesel, par exemple, il est impossible de nourrir huit milliards de personnes.
Les machines agricoles lourdes ne peuvent actuellement être alimentées par aucun autre moyen. La production minérale essentielle sera également impactée, car l'approvisionnement mondial repose sur d'énormes camions de transport diesel-électriques. Et le transport de la quasi-totalité de la consommation occidentale dépend de camions et de trains diesel.
L’effondrement de la production pétrolière frappe à la porte.
Puisque ma thèse sur l’effondrement de la production mondiale de pétrole à partir de 2030 est déjà connue, je ne donnerai que deux remarques, qui sont très importantes.
1º). La production pétrolière saoudienne a été pendant de nombreuses années une police d’assurance pour le monde. Elle a fonctionné comme un producteur « swing » (capable d’ajuster sa propre production pétrolière aux besoins du marché, à la hausse comme à la baisse) pendant une longue période (des décennies), constituant le dernier bastion de l’abondance pétrolière.
Cependant, dans ce rapport, je montre leurs lacunes et leur manque de capacité de réserve.
2º). Depuis 2010-2012, le pétrole de schiste américain a assumé seul la lourde charge de répondre à la demande mondiale croissante de pétrole. J’ai déjà montré dans d’autres articles comment la production mondiale de pétrole, hors États-Unis, a formé un plateau depuis 2005, avec un pic en 2016 et une nette tendance à la baisse depuis lors.
(commentaire de Gail Tverberg sur son blog, 13 12 24)
Occidental Petroleum Corp. a averti que l’indépendance énergétique des États-Unis risque de disparaître si la production de schiste se stabilise et commence à décliner...
"La situation va commencer à changer et, quand cela se produira, les États-Unis risquent de perdre leur indépendance énergétique", a déclaré la directrice Vicki Hollub, lors d’une présentation à Midland, au Texas, jeudi. "Cela pourrait se produire dans les cinq prochaines années, lorsque nous commencerons à voir cette stabilisation".
source : https://www.worldoil.com/news/2024/11/22/occidental-ceo-warns-u-s-at-risk-of-shale-plateau-losing-energy-independence/
commentaire de Quark :
Un PDG d’une grande compagnie pétrolière dit que dans cinq ans, la production de pétrole des États-Unis sera en crise. Avec les dettes que ces entreprises ont, mettre une limite si proche est dangereux, car si elles manquent de pétrole si tôt, les banques vont leur refuser des prêts de renouvellement, pour éviter de se prendre les doigts.
Par conséquent, quand un dirigeant dit qu’il nous reste 10-15 ans, il augmente simplement artificiellement le nombre, pour ne pas être compromis.
Presque tout le monde est en train de mettre l’accent sur la fin de cette décennie..
À l’approche du précipice énergétique...
Avertissez n’importe qui aux États-Unis de la crise énergétique à venir et vous verrez probablement les yeux tourner. « Quelle crise énergétique? C’était il y a un demi-siècle! Les marchés et la technologie ont gagné. Aujourd’hui, nous sommes de retour parmi les meilleurs fournisseurs de pétrole! »
Tout cela est vrai, mais la réponse donne un faux sentiment de sécurité qui fait que les décideurs et le public s’endorment à l'approche de la falaise. Une crise énergétique est à prévoir, quel que soit notre rang (actuellement troisième) parmi les pays fournisseurs de pétrole. Pour voir la crise à venir, il faut regarder sous le vernis des revendications d’approvisionnement en pétrole et poser des questions plus profondes
La question de la pénurie d’énergie est importante parce que l’énergie, fossile ou autre, est étroitement liée à la production économique. Une crise énergétique prolongée — une crise dans laquelle les substituts à l’énergie rare sont trop coûteux, nocifs pour l’environnement ou au-delà des capacités technologiques de l’humanité — mettrait probablement fin à la croissance des économies industrielles. Alors que la décroissance vers une économie stable est ce que recherchent les États stables, une longue et substantielle période de décroissance serait un résultat cauchemardesque qui produirait des souffrances et des conflits inutiles.
Retour sur un choc des prix de l’énergie
Il y a quinze ans, le monde a subi un ralentissement économique qui a nécessité l’intervention des banques centrales et des gouvernements pour éviter un effondrement économique au niveau de la dépression. Dans une grande partie du monde, les économies se sont développées depuis 2001, mais la déréglementation des prêts hypothécaires a produit une bulle qui a envoyé des ondes de choc à travers le système financier et économique mondial. C’est bien compris, mais ce qui est peu reconnu, c’est l’épingle qui fait éclater la bulle. Le prix du pétrole a doublé entre 2007 et 2008.
Les prix du pétrole ont augmenté parce que la production mondiale de pétrole n’a pas pu suivre la demande. Comme le pétrole est une « ressource maîtresse » utilisée pour l’énergie ou comme matière première dans pratiquement tous les secteurs économiques, la hausse des prix a ralenti l’économie mondiale. L’industrie du logement surendettée, déjà vulnérable en raison du manque de solvabilité de certains acheteurs, a commencé à s’effondrer. Et bien que l’intervention gouvernementale ait été importante, la croissance du PIB après la crise de 2008 est restée tiède.
Mais l’économie s’est redressée à mesure que l’extraction d’énergie a repris, ce qui souligne l’importance cruciale de l’énergie pour l’économie. Avec la hausse des prix du pétrole et une période de faibles taux d’intérêt, l’extraction reposant sur une nouvelle technologie — la fracturation hydraulique — a été ajoutée à la boîte à outils de l’industrie pétrolière. La fracturation a augmenté l’approvisionnement en pétrole en ouvrant l’accès à ce qu’on appelle le « pétrole léger de réservoirs étanches » provenant des gisements de schiste du centre du continent américain. Cette période d’approvisionnement accru est connue sous le nom de « boom du schiste ». Cela a fait des États-Unis un fournisseur majeur, et les préoccupations concernant l’approvisionnement en énergie ont glissé dans le rétroviseur. En effet, les manchettes sur le « pic pétrolier » qui étaient courantes avant la grande récession de 2008-2009 ont rapidement disparu lorsque la fracturation a ouvert l’offre.
La dernière décennie a toutefois attiré l’attention sur les limites de la disponibilité de l’énergie et a montré que le boom du schiste pourrait être de courte durée. En raison de l’obscurcissement des producteurs de pétrole (en particulier de la part de l’OPEP), nous sommes encore incertains des réserves mondiales totales de pétrole, et par un tour de passe-passe terminologique (décrit ci-dessous), ce qui était autrefois considéré comme du pétrole a changé de sens, ajoutant à la confusion sur les totaux des réserves.
Un problème comptable
Le pétrole représente environ 40 % de la consommation mondiale totale d’énergie. Étant donné son importance critique pour les économies du monde entier, on pourrait penser que les estimations des stocks restants de pétrole seraient une question réglée. Pourtant, les experts ont offert un large éventail d’estimations depuis des décennies. La détermination des réserves récupérables restantes des pays et du monde est difficile pour plusieurs raisons.
Premièrement, il y a un manque de transparence; les producteurs sont réticents à divulguer l’étendue de leurs actifs ou ils souhaitent les exagérer pour exercer une plus grande influence à l’échelle mondiale. Les analystes pétroliers se méfient de certaines revendications des producteurs depuis de nombreuses années. Une analyse récente suggère que les réserves de l’OPEP sont surévaluées de 300 Go (milliards de barils) et les réserves de l’USF de 100 Go. (La réduction des réserves de l’OPEP s’alignerait sur la théorie de longue date pour expliquer le « mystère » des ajouts soudains de réserves dans les années 1980 – les ajouts étaient probablement une manœuvre pour augmenter les quotas d’exportation.)
Un autre problème dans le comptage des réserves de pétrole résulte de la fusion des huiles lourdes avec le pétrole conventionnel. Les ressources pétrolières lourdes sont abondantes, mais moins utiles économiquement que le pétrole conventionnel, et leur extraction est économiquement (et écologiquement) coûteuse et difficile à augmenter. Pourtant, les huiles lourdes sont comptées dans la production comme si elles étaient équivalentes en qualité et en accessibilité au pétrole conventionnel. En fait, parce qu’ils sont plus difficiles à extraire, leur « débit » est limité et ils ne peuvent pas fournir une capacité de réserve importante en cas de besoin.
Le pétrole de schiste complique également la question de la comptabilisation du pétrole. Les États-Unis sont dotés des meilleurs gisements de schiste bitumineux (pour la production de pétrole) de la planète et ont plus que doublé leur production au cours des dix dernières années. Cette production a stimulé la production de combustibles fossiles entièrement liquides et contribue à expliquer comment la demande mondiale a été satisfaite au cours de la dernière décennie. Comme le montre la figure, le pétrole classique a atteint un plateau. Presque tous les nouveaux ajouts à la consommation proviennent du pétrole de réservoirs étanches (de schiste) américain.
Le pétrole de schiste est toutefois aux prises avec plusieurs problèmes. L’un d’eux est la nature intimidante et capitalistique du processus d’extraction. Contrairement à l’extraction dans les champs conventionnels, le schiste de fracturation pour le pétrole est un effort constant impliquant le forage d’un à trois milles, puis latéralement pour des milles de plus avant la fracturation hydraulique du schiste (injection de fluides sous une pression énorme contenant de grandes quantités de sable pour garder les fractures ouvertes), et enfin, pompage de l’huile libérée hors du dépôt. Cela doit être fait continuellement pour exploiter un champ.
Un deuxième problème avec le schiste est la nature du « pétrole » produit. L’analyse effectuée par le géologue pétrolier Art Berman indique qu’aux États-Unis, 30 % de la production de pétrole déclarée, en grande partie à partir du schiste, est constituée de liquides de gaz naturel, c’est-à-dire d’hydrocarbures légers dont la teneur en énergie est nettement inférieure à celle du pétrole brut classique. La qualité légère de l’huile ne convient pas au transport lourd qui repose sur le diesel. Ainsi, une grande partie du pétrole de schiste de fracturation produit par les États-Unis ne peut pas être utilisé dans le pays et doit être exporté, de sorte qu’il ne contribue pas à l’approvisionnement énergétique des États-Unis.
L’autre problème pour le schiste est le taux de déclin spectaculaire d’un puits typique. Un puits classique peut avoir un taux de déclin de 6 % par an après avoir atteint un sommet, mais les puits fracturés ont chuté de façon spectaculaire dès le début, avec un taux de déclin de 60 % la première année et de 25 % la seconde.
Cela signifie que les entreprises doivent forer continuellement de nouveaux puits pour maintenir la production à un niveau constant. Il s’agit de la situation difficile de « la Reine Rouge », après le film de Lewis Carroll « Through the Looking Glass », dans lequel la Reine conseille à Alice de courir le plus vite possible pour rester en place. C’est une métaphore très appropriée pour la fracturation.
Si la demande mondiale de pétrole continue d’augmenter comme prévu par les organismes consultatifs sur l’énergie comme l’Agence internationale de l’énergie et l’Energy Information Agency des États-Unis, les gisements de fracturation devront se comporter de mieux en mieux dans les années à venir. Pourtant, la production dans deux des principales zones de schiste bitumineux, le Eagle Ford en 2013 et le Bakken en 2020, a apparemment atteint un sommet, ne laissant que le bassin permien comme possibilité d’expansion.
En résumé, compte tenu du plafonnement du pétrole classique, de l’exagération probable des niveaux de réserves de certains pays et du déclin rapide de la fracturation hydraulique comme stratégie pour stimuler la production conventionnelle, un pic du total des liquides devrait être une préoccupation urgente pour les décideurs et le public.
Le temps que les humains prendront pour extraire le pétrole illustrent sa valeur en tant que source d’énergie. Fini le temps où un explorateur pouvait enfoncer un tuyau dans le sol et frapper un « jet ». Aujourd’hui, nous forons à des kilomètres de profondeur dans l’océan, extrayons des sables bitumineux sales et fissurons des roches profondes (fracturation) pour trouver du pétrole. Mais ces mesures de plus en plus extrêmes elles-mêmes nécessitent des apports énergétiques croissants.
Cela soulève une question clé : combien d’énergie est dépensée pour obtenir diverses formes d’énergie? Quel est le coût énergétique de la production d’énergie? Les analystes qui ont étudié la question ont élaboré le concept de « rendement énergétique de l’énergie investie », ou EROEI, pour répondre à cette question. La mesure exprime l’énergie dans la ressource extraite par rapport au coût énergétique de son exploration et de son développement.
Par exemple, l'extraction de 50 unités d'énergie dans le pétrole (comme dans les champs pétroliers et gaziers historiques) peut nécessiter une unité d'énergie, pour un EROEI de 50 pour 1. Mais au fil du temps, comme l'extraction du pétrole nécessite des efforts croissants, l'EROEI du pétrole pourrait tomber à 30 pour 1, puis à 15 pour 1. La baisse de l'EROI est précisément ce qui caractérise l'état actuel de l'extraction d'hydrocarbures fossiles, comme le montre le graphique.
Les implications sont stupéfiantes. La baisse de l'EROEI révèle que l'extraction de l'énergie sera de plus en plus coûteuse et, à terme, prohibitive. Les hydrocarbures seront toujours dans le sol, mais les coûts de leur extraction continueront de grimper. Cela signifie également que, à moins que le développement d'un nouveau type de source d'énergie ne se développe, la société devra s'adapter à un avenir énergétique beaucoup plus faible. Et cela suggère que les coûts monétaires de l'extraction éroderont la croissance du PIB et, à terme, limiteront l'expansion économique.
Il faut agir maintenant En 2005, quelques années seulement avant que la hausse du prix du pétrole ne déclenche la crise économique de 2008, le département américain de l'Énergie a commandé un rapport au groupe de réflexion SAIC intitulé « Peaking of World Oil Production : Impacts, Mitigation and Risk Management ». Il ressort clairement des entretiens que les auteurs ont été choqués par les implications de l'arrivée prochaine du pic pétrolier mondial, qu'ils ont qualifié de « problème de gestion des risques sans précédent ». En analysant l'aspect de l'offre et de la demande du défi de la pénurie de pétrole, ils ont conclu qu'au moins une décennie, et plus probablement deux, serait nécessaire pour se préparer au pic pétrolier et prévenir les bouleversements sociaux et économiques.
Le rapport a suscité beaucoup d'attention à l'époque, tout comme d'autres avertissements concernant les limites énergétiques. Mais la « révolution du schiste » qui a suivi a tout changé. Au lieu d'être reconnus comme un dernier domaine d'exploration et de récupération, les médias ont présenté le schiste et la fracturation hydraulique comme un élixir énergétique. Les années qui se sont écoulées n'ont pas produit la planification préparatoire que Hirsch avait prévenue qu'elle devrait avoir lieu.
Peut-être qu'un pic visible à l'horizon attirera l'attention sur la situation difficile dans laquelle nous nous trouvons : la croissance économique perpétuelle ne peut pas être conciliée avec les limites énergétiques. Plus nous attendons pour agir, plus la falaise est haute, plus l'atterrissage est douloureux et plus la transition vers une économie stable est difficile. Certaines communautés locales se sont préparées à une pénurie d'énergie, et je partagerai leur travail de conservation et d'adaptation dans un prochain article.
Par Dave Rollo, publié à l’origine par le Center for the Advancement of a Steady State Economy
https://www.resilience.org/stories/2024-02-07/approaching-the-energy-cliff/
Notes pour la connaissance collective : ci dessous réflexions de l'internaute HollyDays, déposées il y a quelques lunes sur le blog de Mathieu Auzanneau :
https://www.lemonde.fr/blog/petrole/
HollyDays
@ delta
C’est la quantité d’énergie disponible pour réaliser un travail physique qui pilote le système. Tant que l’énergie est enfouie, elle n’est pas disponible. Et qu’il faille mobiliser de grandes quantités de capitaux pour aller la chercher là où elle est enfouie, la rendre disponible sous une forme utilisable, et l’acheminer jusqu’au point de consommation finale n’est pas nouveau. C’est quelque chose qui était déjà bien établi au XIXe siècle.
Par exemple, le Venezuela possède dans son sous-sol des quantités d’hydrocarbures absolument phénoménales (sous forme de fiouls extra-lourds). La quantité de capital pour rendre ces hydrocarbures utilisables dans des moteurs est elle aussi phénoménale, et totalement hors de portée du pays. Et ce, depuis bien avant qu’il ne sombre dans la crise actuelle.
HollyDays
@ Thales
« Pourquoi ne peut-elle pas en acheter plus à l’extérieur sachant que pour moi le monde peut encore assurer pour l’instant la production souhaitée pour un pays »
Reprenons. Nous avons deux propositions en présence :
• Selon Matthieu A. et JMJ, l’Europe, prise globalement, dispose de moins de pétrole que ce qu’elle voudrait pour augmenter sa croissance. Ce qui veut dire qu’au moins un ou plusieurs pays d’Europe (mais pas forcément tous) disposent de moins de pétrole que ce qu’il/ils voudrait/voudraient pour augmenter sa/leur croissance.
• Selon vous, le monde peut encore assurer pour l’instant la production souhaitée pour un pays, quel qu’il soit. Donc, actuellement, le monde peut l’assurer pour tous les pays du monde à n’importe quel moment (j’imagine que c’est ça que vous vouliez dire).
Il n’y a pas à tortiller : ces deux affirmations sont antinomiques, on ne peut pas avoir les deux en même temps. Donc :
• soit Matthieu A. et JMJ se trompent, et les pays d’Europe disposent tous d’assez de pétrole pour alimenter la croissance vigoureuse qu’ils souhaiteraient avoir (mais dans ce cas, on peut légitimement se demander pourquoi la croissance économique des pays européens persiste à être aussi atone, précisément les années où leur approvisionnement en pétrole s’est contracté – sans préjuger du fait que cette contraction soit volontaire ou subie),
• soit votre hypothèse est fausse : il y a bien des pays d’Europe que le monde n’arrive pas à approvisionner en pétrole dans les quantités dont ces pays voudraient disposer.
Ceci étant dit, constater que les pays d’Europe (ou au moins, plusieurs d’entre eux) disposent de moins de pétrole que ce dont ils auraient besoin pour soutenir une croissance économique vigoureuse est une chose. Comprendre les mécanismes à l’œuvre pour expliquer comment il est possible que des pays manquent de pétrole (ou, plus généralement, de combustibles liquides) alors que le monde n’en a jamais produit autant par an, en est une autre, bien plus ardue. Mais il n’est pas indispensable de disposer d’un mécanisme explicatif solide et complet pour établir le constat. Dit autrement, l’absence de mécanisme explicatif satisfaisant ne suffit pas à invalider le constat.
Et pour étayer un peu plus le constat (sans pour autant fournir de mécanisme explicatif), on peut constater que la contraction de l’approvisionnement européen en pétrole :
• a commencé au moment où la production conventionnelle de pétrole atteignait un maximum historique (dixit l’AIE dans son World Energy Outlook 2018) ;
• a pris fin précisément au moment du boom des pétroles de roche-mère aux États-Unis, qui ont eu pour conséquence que les États-Unis ont prélevé significativement moins de pétrole sur les marchés pétroliers mondiaux.
Corrélation n’est pas causalité, bien sûr. Mais si cette contraction de l’approvisionnement européen repart de plus belle au moment où la production de pétrole de roche-mère (tight oil) aux États-Unis commencera son déclin, alors ce sera un élément de plus pour étayer ce qu’avancent Matthieu A. et JMJ.
Curieux
@ Hollydays
La question n’est pas uniquement dans la quantité d’énergie disponible, mais dans le prix.
A un certain prix de l’énergie, il n’est pas rentable de produire des biens en Europe (si le prix des choses augmente, la consommation diminue).
D’où une croissance atone, voire une baisse de la consommation.
Pour une croissance vigoureuse, il faut beaucoup d’énergie bon marché.
Le prix actuel est entre deux – pas assez cher pour les producteurs d’énergie (qui renoncent à investir beaucoup, car le prix n’en vaut pas la peine). Mais trop cher pour les consommateurs d’énergie pour permettre une croissance vigoureuse.
Donc baisse relative de la consommation et économie proche de la croissance 0.
Ce qui approche le monde d’un pic violent, car le manque durable d’investissement dans la production d’énergie aboutit à l’utilisation maximale des anciens gisements (qui sont déjà rentables), mais à l’absence d’investissements importants pour renouveler l’offre à long terme.
Or un moment donné, l’offre manquera de manière irrémédiable et les prix subiront des hausses imprévisibles, et cela engendrera sans doute des conflits pour l’exploitation des gisements restants, sans parler d’une récession mondiale.
HollyDays
@ Curieux (+ @Thales)
Je n’ai rien à redire au contenu de votre réaction, Curieux, qui reprend l’analyse (que je connais bien, et à laquelle j’adhère) de Gail Tverberg.
C’est effectivement une manière d’expliquer les choses : ce n’est pas que le supplément de pétrole dont aurait besoin les pays européens pour avoir une croissance vigoureuse n’existe pas physiquement, c’est que ce supplément de pétrole est trop coûteux à extraire pour que les consommateurs européens puissent se permettre de payer, dans les bonnes quantités pour assurer la croissance, les divers biens et services produits à partir de pétrole. Et comme du coup, les pays européens consomment un peu moins de biens et services que ce qu’il faudrait pour avoir une croissance vigoureuse, et par voie de conséquence, un peu moins de pétrole que ce qu’ils devraient consommer pour avoir une croissance vigoureuse : ils se retrouvent à ne consommer que le pétrole suffisamment peu coûteux pour qu’ils aient les moyens de se payer les biens et services fabriqués grâce à ce pétrole.
Du coup, les prix du pétrole sont plus bas que ce qu’ils seraient si ce supplément de pétrole coûteux était extrait, et même trop bas pour qu’extraire ce pétrole coûteux soit rentable pour les producteurs de pétrole.
Ce seuil critique de prix du pétrole varie d’un pays à l’autre (en Europe et ailleurs), d’un moment à l’autre pour un même pays, et même d’une entreprise à l’autre au sein d’un même pays (ou entre plusieurs pays). Ce qui n’aide pas à voir une vision globale des choses et ne facilite pas leur compréhension, évidemment.
HollyDays
@damien
« quel pays ? quelle entreprise , s’est vu restreindre l’accès à du pétrole ou a du carburant ? »
Aucun, parce que ce n’est pas comme cela que le problème se pose. Mais vous avez raison, je n’ai pas été assez clair dans mes explications.
Les compagnies pétrolières n’ont pas totalement tort quand elles disent que ce à quoi le monde fait face, c’est un pic de la demande de pétrole, et non un pic de production de pétrole. Parce que c’est bien cela qui se passe.
Mais en même temps, c’est trompeur de parle de pic de demande, pare qu’on s’imagine instinctivement que si pic de demande il y a, c’est parce que les consommateurs choisissent de réduire leur consommation de pétrole. Or ce n’est pas ce qui se passe.
Ce qui se passe, c’est que, parce que le prix actuel est à la fois trop élevé pour les consommateurs, et trop bas pour les producteurs, on est dans une situation où les consommateurs, supposés (dans la théorie économique) être à l’origine de la demande, subissent le pic de demande : s’ils pouvaient, ils consommeraient plus de pétrole (ou plus exactement, plus de biens et services fabriqués grâce au pétrole). S’ils n’en consomment pas plus, c’est parce qu’ils n’en ont pas les moyens financiers : la contrainte sur la consommation, qui provoque le pic, est donc bien subi, et non voulu. Et parce qu’ils n’ont pas les moyens financiers d’en acheter plus, ils restreignent leurs achats de biens et services divers qui sont produits grâce au pétrole, et qui limite la consommation, et donc la production de pétrole.
HollyDays
@ Clement
« rien à première vue sur le nucléaire (le positionnement ne semble pas assumé »
C’est une manière de voir les choses. Une autre manière de voir les choses, c’est que le Shift Project assume de considérer l’électricité nucléaire comme une question de seconde importance par rapport au pétrole, au charbon et au gaz.
Si ce n’est pas votre cas, libre à vous, mais dans ce cas, il ne faudra pas prétendre que le dérèglement climatique (auquel ne participe pas le nucléaire, comme l’a à juste titre rappelé ElaX) et la dépendance de nos sociétés aux combustibles fossiles vous inquiètent, voire vous empêche de bien dormir. Parce que ce serait mentir aux autres, voire vous mentir à vous-mêmes.
« ça manque un peu de transparence sur le fait qu’on est chez les nucléocrates »
Vous, vous êtes au contraire très transparent : « je suis un antinucléaire, et tous ceux qui ne sont pas avec moi sont contre moi. » Voilà qui fleure bon le terrorisme intellectuel…
Un commentaire d’internaute sur le site « oil man » (Auzanneau) :
« le caractère épuisable de la ressource ne serait plus déterminé essentiellement par des paramètres physiques »: inutile d’aller plus loin.
Le délire habituel du « y en a plein (ça c’est vrai), c’est juste une question de prix pour aller le chercher (ça c’est faux) ».
Il y a un biais fondamental que peu de gens voient dans l’économie de l’extraction pétrolière qui est de penser que c’est le prix du baril qui détermine la rentabilité d’un gisement.
Depuis environ 100 ans, on ne fait plus de trou avec des pelles et des pioches et des bonhommes qu’on peut payer avec du papier imprimé. Ce sont des machines qui font des trous, des compresseurs qui fracturent, des camions, etc. Et ce sera de plus en plus vrai, surtout pour les gisements restants (compact, deep offshore, sub-arctique, etc.). Or les machines ont besoin de kWh (essence, electricité, gaz, peu importe).
Donc en première approximation, faire un trou pour chercher du pétrole (ou du gaz), c’est d’abord consommer de l’énergie.
Ensuite on ne cherche pas du pétrole en tant que kérogène pour faire de la chimie fine à haute valeur ajouté, on cherche de l’énergie (un truc qui brûle). – OK on en utilise un peu pour la chimie, mais ce n'est pas le gros du marché.
Donc en résumé, je consomme des kWh pour faire un trou duquel va sortir des kWh. Tant qu’il sort plus de kWh du trou que j’en ai utilisé (en moyenne sur plein de trous), c’est le prix du marché qui compte (je vends le différentiel sur les marchés et je paye avec du papier mes ouvriers, mes actionnaires, rembourse l’emprunt bancaire, arrose le dictateur local qui me laisse faire, etc.). Plus le prix du baril il est élevé, plus je peux me permettre un différentiel faible (le fameux « critère économique » de l’article).
Question: que ce passe-t-il lorsqu’il sort moins de kWh du trou que ce qu’on a utilisé pour le faire car il faut plus de « technologie » (en réalité: plus de machines et d’énergie pour aller fracturer et sucer le jus dilué)?
Ben c’est simple, on arrête de faire des trous. Indépendamment du prix de l’énergie (même à 1 M$ le baril, vous utilisez le pétrole ou l’énergie en général que vous avez pour faire des trucs utiles).
Ce serait à peu près aussi con que de brûler des diamants dans une machine à vapeur qui creuserait une mine pour extraire des diamants.
En résumé: qu’il reste plein de pétrole/gaz/charbon dilué sous terre, je n’ai aucun problème avec les experts qui prétendent cela.
Ce que je peux affirmer en tant que physicien c’est qu’on n’ira pas le chercher tout simplement parce que l’opération ne sera pas énergétiquement rentable (rien à voir avec l’économie), et comme le dit si bien Jancovici « les lois de la physique sont de vraies lois ».
On peut tricher en économie (créer de la monnaie, effacer des dettes), pas avec la physique (créer et faire disparaitre des trucs, ça s’appelle la magie).
Philippe
À l’approche du précipice énergétique
Avertissez n’importe qui aux États-Unis de la crise énergétique à venir et vous verrez probablement les yeux tourner. « Quelle crise énergétique? C’était il y a un demi-siècle! Les marchés et la technologie ont gagné. Aujourd’hui, nous sommes de retour parmi les meilleurs fournisseurs de pétrole! »
Tout cela est vrai, mais la réponse donne un faux sentiment de sécurité qui fait que les décideurs et le public s’endorment à l'approche de la falaise. Une crise énergétique est à prévoir, quel que soit notre rang (actuellement troisième) parmi les pays fournisseurs de pétrole. Pour voir la crise à venir, il faut regarder sous le vernis des revendications d’approvisionnement en pétrole et poser des questions plus profondes
La question de la pénurie d’énergie est importante parce que l’énergie, fossile ou autre, est étroitement liée à la production économique. Une crise énergétique prolongée — une crise dans laquelle les substituts à l’énergie rare sont trop coûteux, nocifs pour l’environnement ou au-delà des capacités technologiques de l’humanité — mettrait probablement fin à la croissance des économies industrielles. Alors que la décroissance vers une économie stable est ce que recherchent les États stables, une longue et substantielle période de décroissance serait un résultat cauchemardesque qui produirait des souffrances et des conflits inutiles.
Retour sur un choc des prix de l’énergie
Il y a quinze ans, le monde a subi un ralentissement économique qui a nécessité l’intervention des banques centrales et des gouvernements pour éviter un effondrement économique au niveau de la dépression. Dans une grande partie du monde, les économies se sont développées depuis 2001, mais la déréglementation des prêts hypothécaires a produit une bulle qui a envoyé des ondes de choc à travers le système financier et économique mondial. C’est bien compris, mais ce qui est peu reconnu, c’est l’épingle qui fait éclater la bulle. Le prix du pétrole a doublé entre 2007 et 2008.
Les prix du pétrole ont augmenté parce que la production mondiale de pétrole n’a pas pu suivre la demande. Comme le pétrole est une « ressource maîtresse » utilisée pour l’énergie ou comme matière première dans pratiquement tous les secteurs économiques, la hausse des prix a ralenti l’économie mondiale. L’industrie du logement surendettée, déjà vulnérable en raison du manque de solvabilité de certains acheteurs, a commencé à s’effondrer. Et bien que l’intervention gouvernementale ait été importante, la croissance du PIB après la crise de 2008 est restée tiède.
Mais l’économie s’est redressée à mesure que l’extraction d’énergie a repris, ce qui souligne l’importance cruciale de l’énergie pour l’économie. Avec la hausse des prix du pétrole et une période de faibles taux d’intérêt, l’extraction reposant sur une nouvelle technologie — la fracturation hydraulique — a été ajoutée à la boîte à outils de l’industrie pétrolière. La fracturation a augmenté l’approvisionnement en pétrole en ouvrant l’accès à ce qu’on appelle le « pétrole léger de réservoirs étanches » provenant des gisements de schiste du centre du continent américain. Cette période d’approvisionnement accru est connue sous le nom de « boom du schiste ». Cela a fait des États-Unis un fournisseur majeur, et les préoccupations concernant l’approvisionnement en énergie ont glissé dans le rétroviseur. En effet, les manchettes sur le « pic pétrolier » qui étaient courantes avant la grande récession de 2008-2009 ont rapidement disparu lorsque la fracturation a ouvert l’offre.
La dernière décennie a toutefois attiré l’attention sur les limites de la disponibilité de l’énergie et a montré que le boom du schiste pourrait être de courte durée. En raison de l’obscurcissement des producteurs de pétrole (en particulier de la part de l’OPEP), nous sommes encore incertains des réserves mondiales totales de pétrole, et par un tour de passe-passe terminologique (décrit ci-dessous), ce qui était autrefois considéré comme du pétrole a changé de sens, ajoutant à la confusion sur les totaux des réserves.
Un problème comptable
Le pétrole représente environ 40 % de la consommation mondiale totale d’énergie. Étant donné son importance critique pour les économies du monde entier, on pourrait penser que les estimations des stocks restants de pétrole seraient une question réglée. Pourtant, les experts ont offert un large éventail d’estimations depuis des décennies. La détermination des réserves récupérables restantes des pays et du monde est difficile pour plusieurs raisons.
Premièrement, il y a un manque de transparence; les producteurs sont réticents à divulguer l’étendue de leurs actifs ou ils souhaitent les exagérer pour exercer une plus grande influence à l’échelle mondiale. Les analystes pétroliers se méfient de certaines revendications des producteurs depuis de nombreuses années. Une analyse récente suggère que les réserves de l’OPEP sont surévaluées de 300 Go (milliards de barils) et les réserves de l’USF de 100 Go. (La réduction des réserves de l’OPEP s’alignerait sur la théorie de longue date pour expliquer le « mystère » des ajouts soudains de réserves dans les années 1980 – les ajouts étaient probablement une manœuvre pour augmenter les quotas d’exportation.)
Un autre problème dans le comptage des réserves de pétrole résulte de la fusion des huiles lourdes avec le pétrole conventionnel. Les ressources pétrolières lourdes sont abondantes, mais moins utiles économiquement que le pétrole conventionnel, et leur extraction est économiquement (et écologiquement) coûteuse et difficile à augmenter. Pourtant, les huiles lourdes sont comptées dans la production comme si elles étaient équivalentes en qualité et en accessibilité au pétrole conventionnel. En fait, parce qu’ils sont plus difficiles à extraire, leur « débit » est limité et ils ne peuvent pas fournir une capacité de réserve importante en cas de besoin.
Le pétrole de schiste complique également la question de la comptabilisation du pétrole. Les États-Unis sont dotés des meilleurs gisements de schiste bitumineux (pour la production de pétrole) de la planète et ont plus que doublé leur production au cours des dix dernières années. Cette production a stimulé la production de combustibles fossiles entièrement liquides et contribue à expliquer comment la demande mondiale a été satisfaite au cours de la dernière décennie. Comme le montre la figure, le pétrole classique a atteint un plateau. Presque tous les nouveaux ajouts à la consommation proviennent du pétrole de réservoirs étanches (de schiste) américain.
Le pétrole de schiste est toutefois aux prises avec plusieurs problèmes. L’un d’eux est la nature intimidante et capitalistique du processus d’extraction. Contrairement à l’extraction dans les champs conventionnels, le schiste de fracturation pour le pétrole est un effort constant impliquant le forage d’un à trois milles, puis latéralement pour des milles de plus avant la fracturation hydraulique du schiste (injection de fluides sous une pression énorme contenant de grandes quantités de sable pour garder les fractures ouvertes), et enfin, pompage de l’huile libérée hors du dépôt. Cela doit être fait continuellement pour exploiter un champ.
Un deuxième problème avec le schiste est la nature du « pétrole » produit. L’analyse effectuée par le géologue pétrolier Art Berman indique qu’aux États-Unis, 30 % de la production de pétrole déclarée, en grande partie à partir du schiste, est constituée de liquides de gaz naturel, c’est-à-dire d’hydrocarbures légers dont la teneur en énergie est nettement inférieure à celle du pétrole brut classique. La qualité légère de l’huile ne convient pas au transport lourd qui repose sur le diesel. Ainsi, une grande partie du pétrole de schiste de fracturation produit par les États-Unis ne peut pas être utilisé dans le pays et doit être exporté, de sorte qu’il ne contribue pas à l’approvisionnement énergétique des États-Unis.
L’autre problème pour le schiste est le taux de déclin spectaculaire d’un puits typique. Un puits classique peut avoir un taux de déclin de 6 % par an après avoir atteint un sommet, mais les puits fracturés ont chuté de façon spectaculaire dès le début, avec un taux de déclin de 60 % la première année et de 25 % la seconde.
Cela signifie que les entreprises doivent forer continuellement de nouveaux puits pour maintenir la production à un niveau constant. Il s’agit de la situation difficile de « la Reine Rouge », après le film de Lewis Carroll « Through the Looking Glass », dans lequel la Reine conseille à Alice de courir le plus vite possible pour rester en place. C’est une métaphore très appropriée pour la fracturation.
Si la demande mondiale de pétrole continue d’augmenter comme prévu par les organismes consultatifs sur l’énergie comme l’Agence internationale de l’énergie et l’Energy Information Agency des États-Unis, les gisements de fracturation devront se comporter de mieux en mieux dans les années à venir. Pourtant, la production dans deux des principales zones de schiste bitumineux, le Eagle Ford en 2013 et le Bakken en 2020, a apparemment atteint un sommet, ne laissant que le bassin permien comme possibilité d’expansion.
En résumé, compte tenu du plafonnement du pétrole classique, de l’exagération probable des niveaux de réserves de certains pays et du déclin rapide de la fracturation hydraulique comme stratégie pour stimuler la production conventionnelle, un pic du total des liquides devrait être une préoccupation urgente pour les décideurs et le public.
Le temps que les humains prendront pour extraire le pétrole illustrent sa valeur en tant que source d’énergie. Fini le temps où un explorateur pouvait enfoncer un tuyau dans le sol et frapper un « jet ». Aujourd’hui, nous forons à des kilomètres de profondeur dans l’océan, extrayons des sables bitumineux sales et fissurons des roches profondes (fracturation) pour trouver du pétrole. Mais ces mesures de plus en plus extrêmes elles-mêmes nécessitent des apports énergétiques croissants.
Cela soulève une question clé : combien d’énergie est dépensée pour obtenir diverses formes d’énergie? Quel est le coût énergétique de la production d’énergie? Les analystes qui ont étudié la question ont élaboré le concept de « rendement énergétique de l’énergie investie », ou EROEI, pour répondre à cette question. La mesure exprime l’énergie dans la ressource extraite par rapport au coût énergétique de son exploration et de son développement.
Par exemple, l'extraction de 50 unités d'énergie dans le pétrole (comme dans les champs pétroliers et gaziers historiques) peut nécessiter une unité d'énergie, pour un EROEI de 50 pour 1. Mais au fil du temps, comme l'extraction du pétrole nécessite des efforts croissants, l'EROEI du pétrole pourrait tomber à 30 pour 1, puis à 15 pour 1. La baisse de l'EROI est précisément ce qui caractérise l'état actuel de l'extraction d'hydrocarbures fossiles, comme le montre le graphique.
Les implications sont stupéfiantes. La baisse de l'EROEI révèle que l'extraction de l'énergie sera de plus en plus coûteuse et, à terme, prohibitive. Les hydrocarbures seront toujours dans le sol, mais les coûts de leur extraction continueront de grimper. Cela signifie également que, à moins que le développement d'un nouveau type de source d'énergie ne se développe, la société devra s'adapter à un avenir énergétique beaucoup plus faible. Et cela suggère que les coûts monétaires de l'extraction éroderont la croissance du PIB et, à terme, limiteront l'expansion économique.
Il faut agir maintenant En 2005, quelques années seulement avant que la hausse du prix du pétrole ne déclenche la crise économique de 2008, le département américain de l'Énergie a commandé un rapport au groupe de réflexion SAIC intitulé « Peaking of World Oil Production : Impacts, Mitigation and Risk Management ». Il ressort clairement des entretiens que les auteurs ont été choqués par les implications de l'arrivée prochaine du pic pétrolier mondial, qu'ils ont qualifié de « problème de gestion des risques sans précédent ». En analysant l'aspect de l'offre et de la demande du défi de la pénurie de pétrole, ils ont conclu qu'au moins une décennie, et plus probablement deux, serait nécessaire pour se préparer au pic pétrolier et prévenir les bouleversements sociaux et économiques.
Le rapport a suscité beaucoup d'attention à l'époque, tout comme d'autres avertissements concernant les limites énergétiques. Mais la « révolution du schiste » qui a suivi a tout changé. Au lieu d'être reconnus comme un dernier domaine d'exploration et de récupération, les médias ont présenté le schiste et la fracturation hydraulique comme un élixir énergétique. Les années qui se sont écoulées n'ont pas produit la planification préparatoire que Hirsch avait prévenue qu'elle devrait avoir lieu.
Peut-être qu'un pic visible à l'horizon attirera l'attention sur la situation difficile dans laquelle nous nous trouvons : la croissance économique perpétuelle ne peut pas être conciliée avec les limites énergétiques. Plus nous attendons pour agir, plus la falaise est haute, plus l'atterrissage est douloureux et plus la transition vers une économie stable est difficile. Certaines communautés locales se sont préparées à une pénurie d'énergie, et je partagerai leur travail de conservation et d'adaptation dans un prochain article.
Par Dave Rollo, publié à l’origine par le Center for the Advancement of a Steady State Economy
https://www.resilience.org/stories/2024-02-07/approaching-the-energy-cliff/
Patrick Pouyanné, PDG de Total, a déclaré à Davos que la production de pétrole brut diminuait chaque année de 3 à 4 %, l’équivalent de celle de Total, opérateur dans de nombreux pays dont par exemple le Gabon mais aussi la Russie où il n’est qu’extracteur équipementier des gisements. Il est impossible de trouver quelle est la production de pétrole de Total, seules les données comptables sont accessibles.
Mais quand Pouyanné a précisé que la production globale de pétrole brut mondiale diminuait de l’équivalent de celle qu’il dirige et qu’il a ajouté qu’à partir de 2030 la production de Saoudi Arabian Oil Co (ex Aramco et maintenant cotée à la bourse de Riyad) allait diminuer, les résultats de l’injection d’eau de mer dans les gisements pour les activer devenant de moins en moins efficace, il est clair que les dirigeants saoudiens veulent préparer leur avenir et ne plus dépendre d’un dollar dévalué pour réaliser tous les projets dont rêve MBS pour son pays. Il faudra donc que le monde change de paradigme. ..

Patrick Pouyanné prévoit donc une baisse inévitable de la production de pétrole et le fameux « pic pétrolier » est vraisemblablement déjà atteint. La réduction des émissions de CO2 deviendra alors non pas une décision autoritaire des gouvernements pour la plupart occidentaux mais un fait incontournable.
Une autre conséquence également inévitable sera une augmentation du prix du baril de pétrole quelle que soit la devise utilisée pour évaluer son cours sur les marchés internationaux et cet « état de fait » réduira la croissance économique et il sera alors nécessaire d’imaginer d’autres scenarii pour les sociétés telles qu’on les connait aujourd’hui habituées à la croissance économique.
Quel dirigeant politique oserait déclarer publiquement que la croissance économique fait maintenant partie de l’histoire et qu’il faudra s’habituer à une longue période de vaches maigres compte tenu d’une énergie moins abondante et plus coûteuse....
Jacques Henry (extraits)
https://jacqueshenry.wordpress.com/
En 2017, j’ai évalué ces tendances dans Failing States, Collapsing Systems [États défaillants, systèmes en déliquescence, ouvrage non traduit, NdT]. J’ai prédit que la production américaine de pétrole et de gaz atteindrait probablement un pic et un plateau vers 2025, et que les principaux producteurs du Moyen-Orient atteindraient un pic et un plateau vers les années 2030.
Ce scénario semble maintenant se dérouler sous nos yeux. Pourtant, personne n’en parle.
(extrait)
https://www.les-crises.fr/l-economie-fossile-americaine-vit-ses-derniere-annees-avant-la-fin-de-l-ere-du-petrole/
Par une glorieuse journée d'été, vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, un as de la chasse allemande, dont l'escadron était cloué au sol par manque de carburant, était assis sur une chaise longue et regardait les traînées de vapeur des bombardiers américains écrire la fin du Troisième Reich dans un ciel d'azur.
Métaphoriquement, c'est un message similaire qui est en train de s'écrire dans le ciel aujourd'hui. Selon Goehring & Rozencwajg - qui sont les meilleurs en matière d'analyse énergétique - le pic de Hubbert est enfin arrivé. Bien entendu, seul le recul permet de déterminer avec certitude le moment où le "pic pétrolier" est devenu une réalité, mais G&R a très probablement raison.
La production de pétrole conventionnel étant en déclin depuis 2016, la seule source d'approvisionnement non conventionnelle encore capable d'augmenter est le bassin permien, situé dans six comtés de l'ouest du Texas.
Ce bassin, selon G&R, est à moins d'un an de son propre pic, et nous savons à quelle vitesse la production de schiste décline une fois qu'un bassin glisse sur la pente descendante du "tapis roulant du forage". Les taux de déclin des puits de schiste individuels ont tendance à être très rapides, et il arrive inévitablement un moment où les exploitants ne peuvent plus forer suffisamment de nouveaux puits pour arrêter la baisse de la production globale.
L'OPEP affirme disposer d'une capacité de production de réserve de 4 millions de barils par jour, mais même si c'est vrai, ce qui est très discutable, cela ne suffira pas longtemps, car la demande augmente et les autres sources d'approvisionnement déclinent inexorablement.
Le pic et le déclin imminent de l'offre de pétrole entraînent des changements radicaux dans des activités jusqu'ici considérées comme acquises. Il est presque impossible d'exagérer l'importance du pétrole pour de nombreux aspects de la vie quotidienne.
Certains exemples sont évidents, mais beaucoup d'autres le sont moins. À moins de croire, par exemple, que nous pouvons remplacer l'essence aviation par de l'huile de cuisson recyclée, les voyages aériens de masse sont terminés, pas nécessairement de façon imminente, mais inévitablement. L'avion peut rester une option pour les personnes aisées, mais d'énormes économies d'échelle seront perdues, et les industries structurées autour des vols à bas prix seront laissées en plan.
Il en va de même pour l'automobile, malgré l'euphorie entourant les véhicules électriques. Là encore, les plus aisés seront en mesure de passer à ces véhicules, en particulier dans les pays les plus prospères du monde. Mais nous ne disposons pas de suffisamment de matières premières (ni de l'énergie nécessaire pour les extraire, les traiter et les acheminer) pour remplacer l'ensemble des 2 milliards de voitures et de véhicules commerciaux de la planète par des alternatives électriques et, même si c'était le cas, nous devrions alimenter une grande partie d'entre eux avec du charbon.
C'est là, bien sûr, que les partisans de l'économie de marché jouent leur carte maîtresse, à savoir la technologie. Le potentiel illimité de l'innovation technologique est - avec la croissance infinie et le potentiel bénéfique illimité de l'économie néolibérale - l'un des trois grands mythes de notre époque.
Nous avons effectivement fait d'énormes progrès technologiques au cours des deux derniers siècles, mais cela a été possible parce que l'offre d'énergie à faible coût a toujours été abondante jusqu'à présent. Les technologies évoluent en fonction de l'énergie disponible pour les alimenter, et la proposition contraire est ridicule.
La question essentielle, si souvent écartée ou ignorée par les grands prêtres du nouveau et du brillant, est que les capacités de la technologie sont limitées par les lois de la physique. Le fait est que nous ne pouvons pas abroger la loi de Betz (qui fixe l'efficacité potentielle maximale des éoliennes), ni mettre de côté la limite de Shockley-Quiesser (qui fait de même pour l'énergie solaire).
Une fois ces limites comprises, les améliorations transformationnelles des rendements de conversion ne sont plus possibles, ce qui nous laisse avec la lourde tâche, coûteuse et gourmande en ressources, de construire des capacités suffisantes, non seulement pour remplacer l'énergie fossile, mais aussi pour compenser l'intermittence.
C'est ici que le terme "renouvelable" devrait être soumis à un examen beaucoup plus critique qu'il ne l'a été jusqu'à présent. Les matières plastiques nécessaires au secteur des énergies renouvelables ne peuvent être obtenues sans les matières premières que sont les hydrocarbures. Les énergies renouvelables ne peuvent pas, à elles seules, alimenter l'extraction, le traitement et la livraison des grandes quantités de béton, d'acier, de cuivre, de cobalt, de lithium et d'une foule d'autres ressources nécessaires au développement, à l'entretien et au remplacement éventuel de l'énergie éolienne et de l'énergie solaire.
En bref, les "énergies renouvelables" ne mériteraient ce qualificatif que si elles étaient capables de se renouveler - c'est-à-dire de se remplacer - au fil du temps. Ce n'est pas possible aujourd'hui, et il y a peu de raisons de penser que cela le deviendra à l'avenir.
Tout pilote digne de ce nom sait que "Isaac (Newton) attend toujours" en cas d'erreur. Les visionnaires de la transition énergétique doivent développer une conscience équivalente des dures limites de la physique.
Les investisseurs ont d'ailleurs leur propre version de la mystique technologique, à savoir le concept de croissance rentable infinie garanti par la technologie. Certaines des technologies actuelles, telles que la vente au détail en ligne, ont une valeur incontestable, et les véhicules électriques ont un rôle futur important (bien que de niche) à jouer.
Mais une grande partie de la "technologie" repose sur un modèle d'entreprise supposé, à tort, invulnérable aux changements économiques. Des pans entiers de la "tech" sont financés par les deux sources que sont les abonnements et les recettes publicitaires, toutes deux susceptibles de se contracter rapidement à mesure que la prospérité discrétionnaire des ménages diminue et que les entreprises s'efforcent de s'adapter à un monde moins prospère. La technologie de la "tech" a peut-être évolué, mais pas le modèle commercial.
Un autre type d'innovation
Ceux d'entre nous qui sont favorables à une forte composante d'entreprise privée au sein d'une économie mixte reconnaissent l'impulsion donnée à l'innovation par la recherche concurrentielle d'une rentabilité accrue. Il n'y a aucune raison de supposer que l'innovation ralentira, voire cessera, dans une économie post-croissance.
Mais on peut s'attendre à ce que l'accent soit fondamentalement déplacé, car les entreprises cherchent à contrôler les coûts et à résister en simplifiant les produits et les processus, en retardant, en raccourcissant les chaînes d'approvisionnement et en contournant le "risque de masse critique". Les cadres dirigeants ne disposent pas encore d'un ensemble de connaissances sur la gestion de la contraction - et la courbe d'apprentissage nécessaire sera probablement abrupte - mais, comme toujours, les innovateurs mèneront le peloton.
La diminution prochaine de l'offre de pétrole et de combustibles fossiles en général, associée à l'augmentation continue des coûts et à l'absence de solutions de remplacement complètes, offre une visibilité importante sur les tendances futures. La personne moyenne dans le monde deviendra progressivement moins prospère, un processus exacerbé par l'augmentation des coûts réels des produits de première nécessité à forte consommation d'énergie, notamment la nourriture, l'eau, le logement et les déplacements essentiels.
Il en résultera une contraction par effet de levier de l'accessibilité financière des produits et services discrétionnaires (non essentiels). L'intensité de la main-d'œuvre dans l'économie inversera son long déclin, en absorbant les travailleurs libérés par la contraction des secteurs discrétionnaires.
Dans cette mesure, la contraction économique est capable, du moins en théorie, de se produire progressivement. Il n'en va pas de même pour le système financier. Si le système financier actuel était une voiture, vous ne l'achèteriez pas - elle n'a pas de marche arrière, pas de freins dignes de ce nom, une direction au mieux rudimentaire, un pare-brise presque opaque qui ne donne pratiquement aucune visibilité vers l'avant, et une tendance à accélérer de son propre chef.
Comme vous le savez peut-être, je pense que nous ne pouvons chercher à comprendre efficacement les tendances économiques que si nous adoptons le concept de "deux économies" - une "économie réelle" de produits matériels et de services, et une "économie financière" parallèle de monnaie et de crédit.
Il s'ensuit que l'argent, qui n'a pas de valeur intrinsèque, n'a de valeur qu'en tant que "créance" sur les biens et services mis à disposition par l'"économie réelle". Ces "droits" existent sous deux formes : ceux que nous exerçons, de manière transactionnelle, dans le présent, et ceux que nous mettons de côté pour les exercer dans le futur. Mesuré par rapport à la prospérité matérielle, l'exercice de prétentions excessives dans le présent est médiatisé par l'inflation, mais le véritable problème réside dans un énorme excès de "prétentions sur l'avenir" monétaires.
Acheter maintenant, s'effondrer plus tard
Ce problème pourrait lui aussi être arbitré par l'inflation, mais seulement si la dégradation inflationniste des créances à terme n'est pas annulée par la création continue de nouvelles créances excédentaires pour les remplacer. Les autorités disposent de pouvoirs de surveillance et de réglementation considérables en ce qui concerne les banques de dépôt orthodoxes, mais le problème s'est déplacé de la banque conventionnelle vers le secteur du "crédit fantôme", largement non réglementé (et même largement non quantifié).
Chaque fois que quelqu'un achète, par exemple, un nouveau réfrigérateur, une nouvelle voiture ou des vacances coûteuses qu'il ne peut pas se permettre - et que les banques conventionnelles ne seraient pas disposées à financer - nous voyons le système du "crédit fantôme" en action. Même si rien de plus dramatique ne se produit - et le dramatique a en fait beaucoup plus de chances de se produire que de ne pas se produire - la probabilité est que le système sera coulé par le fardeau insoutenable des sorties financières continues imposées aux ménages par le financement irresponsable de ce qui n'est pas abordable.
Il convient de souligner que nous ne sommes pas sur le point de "manquer" de pétrole. Nous sommes plutôt confrontés à une diminution relativement progressive de l'offre, aggravée par une augmentation continue des coûts énergétiques de l'énergie. Il est peu probable que les prix du pétrole nous avertissent à l'avance : ils pourraient augmenter en raison de la pénurie, mais ils pourraient également baisser en raison de l'appauvrissement des consommateurs. Le déclin de l'offre de pétrole est susceptible d'accélérer, par le biais d'un changement, des dynamiques similaires dans d'autres combustibles.
Il peut sembler évident que moins de pétrole signifie moins de voitures et moins d'avions, mais la véritable importance de la contraction du pétrole réside dans ce qu'elle signifie pour les activités "en coulisses" telles que la production alimentaire, l'approvisionnement en produits pétrochimiques et la distribution de produits et de matières premières.
Le moment, ainsi que les implications, du "pic pétrolier" ont été débattus pendant des décennies, et la date précise de son arrivée n'a pas de signification pratique particulière. En outre, l'excédent de pétrole - c'est-à-dire l'offre moins le coût de livraison ECoE - a déjà diminué, tant au niveau global que par habitant.
Mais la signification symbolique du "moment" du pic pétrolier pourrait difficilement être plus profonde.
Tim Morgan
"Ce que nous consommons en pétrole par an est équivalent à un million d'années d'activité photosynthétique".
Antonio Turiel
«Le rationnement de l’électricité sera suivi par celui du diesel et des denrées alimentaires»
Le monde vit une crise énergétique depuis des années, conséquence de l’épuisement progressif et inexorable du pétrole, qui a atteint son maximum de production en 2018 et est en déclin. Les nouveaux gisements ne fournissent qu’un septième de ce qui est consommé chaque année. Pour cette raison et pour d’autres, il y a par exemple un problème mondial avec le diesel, dont nous ne sommes pas encore conscients. Mais ce sera la prochaine chose à être rationné, comme c’est déjà le cas dans une cinquantaine de pays comme le Mexique, le Venezuela, l’Argentine ou le Nigeria, qui subissent déjà des restrictions de diesel ou de kérosène. Le problème est déjà arrivé en Europe, où l’Autriche tire déjà sur ses réserves.
Après l’électricité et le diesel, le troisième rationnement sera celui de certains aliments.
(extraits de citations d'Antonio Turiel, cf lien ci dessous)
https://www.diariovasco.com/gipuzkoa/racionamiento-electricidad-seguiran-diesel-alimentos-20220814200004-nt.html
Pétrole : l'Arabie saoudite annonce le pic de sa production dès 2027
https://reporterre.net/Petrole-l-Arabie-saoudite-annonce-le-pic-de-sa-production-des-2027
Le prince Mohammed ben Salmane a annoncé, le 16 juillet, que la production d’or noir du pays devrait plafonner dans cinq ans, à un niveau plus faible que celui attendu. L’information a été moins commentée que le « check » échangé entre Joe Biden et Mohammed ben Salmane. Elle est cependant plus importante pour l’avenir énergétique de l’humanité
"il risque de manquer 1/10ème de la production mondiale pour faire répondre à la demande à l’horizon 2025"....le risque de contrainte sur les approvisionnements apparaît élevé d’ici à 2030 et pratiquement inévitable après 2030."...
L’Europe risque de manquer de pétrole d’ici à 2030
Les plus gros fournisseurs de l’UE, en particulier la Russie, l’Algérie ou l’Angola, vont voir leur production décliner dans les années à venir.
Le resserrement de l’offre pétrolière mondiale risque de s’accélérer en raison de la crise sanitaire, et les pays européens pourraient en payer durement les conséquences. Dans un rapport rendu public mardi 23 juin, le groupe de réflexion The Shift Project, présidé par le consultant Jean-Marc Jancovici, détaille comment les bouleversements récents du marché pétrolier pourraient mettre en difficulté l’approvisionnement en or noir de l’Union européenne dans les dix prochaines années.
Principal enseignement : plus de la moitié des pays producteurs qui fournissent le Vieux Continent vont voir leur offre se raréfier dans les années à venir. « La production de la Russie et celle de l’ensemble des pays d’ex-URSS, qui fournissent plus de 40 % du pétrole de l’UE, semblent être entrées en 2019 dans un déclin systématique. La production pétrolière de l’Afrique (plus de 10 % des approvisionnements de l’UE) paraît promise au déclin au moins jusqu’en 2030 », explique ainsi Matthieu Auzanneau, directeur du think tank et auteur d’un ouvrage de référence sur l’histoire du pétrole, Or noir. La grande histoire du pétrole (La Découverte, 2015).
The Shift Project a compilé les données de l’un des cabinets de référence dans le monde des hydrocarbures, Rystad Energy, implanté en Norvège. L’analyse détaillée de ces chiffres (non publics) permet de constater que la courbe dessinée par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dès 2018 a tendance à s’accentuer : à l’époque, l’institution établie à Paris avertissait que, sans investissements majeurs de la part des producteurs, le monde viendrait à manquer de pétrole en 2025.
Depuis trois décennies, les découvertes de pétrole conventionnel – tel qu’il est exploité en Arabie saoudite ou en Russie, par exemple – sont au plus bas. Or les champs existants connaissent une lente décrue, de l’ordre de 3 millions à 4 millions de barils par jour au niveau mondial, soit 4 % de la consommation de la planète.
Ces dernières années, la révolution des pétroles non conventionnels, comme le schiste nord-américain ou les sables bitumineux de l’Alberta (Canada), a laissé pensé à certains analystes que les nouvelles ressources pétrolières mondiales seraient assurées. De fait, les Etats-Unis sont devenus en 2018 les premiers producteurs du globe, grâce aux techniques de forage hydraulique, produisant jusqu’à 12 millions de barils par jour.
« L’hiver du pétrole facile »
La crise du Covid-19 est venue bousculer cette situation, en provoquant une dégringolade historique du prix de l’or noir. Pour faire face, les compagnies du secteur ont réduit leurs investissements de manière massive, en particulier dans le domaine de l’exploration et de la production. Avec une conséquence importante : le pétrole non conventionnel est plus cher à récupérer et son débit est en chute libre, notamment aux Etats-Unis. Les investissements qui ne sont pas effectués maintenant pourraient provoquer une contraction rapide de l’offre.
La volatilité extrême des prix constatés ces dernières années a rendu les majors du secteur plus timorées. « Notre exploration, dont les budgets ont diminué au cours des cinq dernières années, n’intervient que là où l’on peut produire du pétrole pas cher », expliquait début juin au Monde, le PDG de Total, Patrick Pouyanné. Mais ce pétrole bon marché se fait de plus en plus rare. « C’est l’hiver du pétrole facile », souligne le rapport du Shift Project.
Pourquoi l’Europe serait-elle davantage concernée par ce risque que le reste du monde ?
Parce que le Vieux Continent demeure le premier importateur net de pétrole, devant la Chine. Les 27 pays de l’UE importent plus de 13 millions de barils par jour. Or, au fur et à mesure que les principales sources d’approvisionnement se contractent, les besoins en pétrole en Afrique ou dans le Sud-Est asiatique vont croître. « Le gâteau à se partager va être plus petit, or d’autres pays, comme la Chine, déploient une véritable géostratégie du pétrole pour sécuriser leurs approvisionnements », observe Matthieu Auzanneau.
La consommation de pétrole diminue légèrement en Europe depuis 2010 grâce aux progrès de l’efficacité énergétique et aux politiques environnementales, mais cette courbe n’est pas suffisante, alerte le directeur du Shift. « Si ces politiques climatiques échouent, l’humanité risque d’être rattrapée par des contraintes de plus en plus fortes sur l’accès au brut », prévient le document, qui évoque, en creux, les difficultés majeures à venir pour certains pays étroitement dépendants des hydrocarbures, comme l’Algérie ou l’Angola. Le rapport plaide ainsi pour que l’Europe réduise de manière plus sensible son accoutumance à l’or noir. « La consommation diminue de 0,5 % par an. Ce rythme n’est pas assez rapide : il faudrait être autour de 5 % de baisse annuelle », prévient M. Auzanneau.
L’agence Rystad, de son côté, a publié mi-juin son rapport annuel et tire des conclusions assez proches. « Le pic pétrolier se rapproche, juge ainsi l’analyste en chef du cabinet, Per Magnus Nysveen, nous disions auparavant qu’il arriverait autour de 2030. Nous pensons maintenant qu’il pourrait arriver en 2027 ou 2028. » Le cabinet estime que les prix de cette ressource vont augmenter de manière continue au cours des prochaines années, ce qui pourrait aboutir à une reprise de l’exploration.
Nabil Wakim
(publié par J-Pierre Dieterlen)


pour info, copie d'un internaute sur le blog de Mathieu Auzanneau :
« Donc la tendance à long-terme est vers une augmentation des cours du brut pour compenser les couts d’exploration et de développement qui ont sérieusement augmente »
A court terme, c’est peut-être ce qui se passe, mais à long terme, non. On a tellement été biberonné à l’idée que le prix était le signal de la rareté qu’on ne sait plus raisonner autrement – et soit dit en passant, cela explique aussi pourquoi l’immense majorité des gens et des décideurs ne comprend pas pourquoi on a déjà un problème d’approvisionnement en pétrole aujourd’hui, puisque les cours du brut ne crèvent pas le plafond…
Si la tendance à long terme était celle que vous décrivez ici, les cours du brut seraient déjà passés au-dessus de $150 ou $200 le baril et s’y maintiendraient de manière durable, car les investissements en exploration et développement des compagnies pétrolières ont littéralement explosé il y a déjà, en gros, une décennie. Or ce n’est pas ce qui s’est passé. Ce qui s’est passé, c’est que – alors que le prix du baril de brut était déjà nettement au-dessus de $100 – les compagnies pétrolières ont coupé dans leurs investissements, de manière massive mais sélective, pour ne garder que ceux de leurs investissements qui étaient rentables avec un prix du brut inférieur à $100 ou $120 le baril – estimant que le prix du baril ne monterait pas beaucoup plus haut que cela à court ou moyen terme, et donc qu’il n’y avait aucune chance que ces investissements soient un jour rentables. D’après l’AIE, on devrait d’ailleurs voir le résultat de ce désinvestissement massif dans les 5 ou 6 ans qui viennent (à savoir : l’AIE nous annonce une contraction de la production pétrolière mondiale, d’ici 2025, véritablement effrayante !)
Et en fait, c’est assez logique : la société utilise du pétrole pour faire à peu près tout et n’importe quoi (y compris n’importe quoi, certes, mais surtout, à peu près tout : pensez à la logistique de transport de tous les biens que nous consommons, de nos services de santé, de notre gestion des déchets, etc.). Pour que le prix du brut augmente de manière tendancielle à long terme (et en dollars constants, bien sûr), il faudrait que la société soit en mesure de payer ce prix plus élevé sans réduire significativement sa propre demande de brut. Or ça, c’est hautement improbable, précisément parce qu’on utilise du pétrole pour faire à peu près tout, et donc parce que le prix du pétrole entre dans les coûts de production d’à peu près tous nos biens et services (et l’on ne peut pas augmenter, hors inflation, tous les salaires pour compenser cette hausse généralisée des coûts de production). Donc, si le prix du brut se maintient à un niveau trop élevé, la société réduira sa demande de biens et services fabriqués à partir de pétrole, et donc réduira sa demande de brut, jusqu’à ce que le prix du brut redescende à un niveau qui lui est supportable (seul contournement à ce mécanisme, qui soit connu à ce jour : du crédit quasi gratuit et quasiment illimité de type Quantitative Easing… mais ça, dans notre système actuel, ça ne dure qu’un temps). Or réduire la consommation globale de biens et services, cela veut dire réduire globalement notre production économique. La réduction de la demande de brut sera donc inévitable (en fait, on l’observe déjà depuis 2005-2006, sous la forme d’une limitation de la croissance de la demande, car la production de pétrole fait déjà face à une limite à sa propre croissance depuis ce moment-là), et elle empêchera le prix du brut de crever durablement le plafond.
Le mécanisme que je viens d’expliquer a plusieurs conséquences, parmi lesquelles :
(1) Les alternatives au pétrole qui sont significativement plus chères que le pétrole le resteront. Croire que l’on passera aux « énerjy-renouv’lables », qui deviendront rentables dès que le pétrole sera suffisamment cher, est une vue de l’esprit, là encore due au fait d’avoir été biberonné au prix = signal de la rareté.
(2) A partir du moment où les quelques champs supergéants qui alimentent une bonne part de la consommation de pétrole mondiale d’aujourd’hui entreront structurellement dans leur phase de déclin (qui suit naturellement leur phase de maturité), la combinaison de la hausse au coût moyen croissant de l’extraction du pétrole et de la baisse de la production totale de pétrole (car même l’AIE le dit dans son dernier World Energy Outlook : le non-conventionnel sera incapable de compenser le déclin géologique du conventionnel une fois celui-ci réellement enclenché) provoquera une récession économique beaucoup plus prononcée que ce qu’on n’imagine généralement. Cette récession aura d’ailleurs pour effet à plus ou moins court terme de réduire la demande jusqu’à faire redescendre le prix du brut à un niveau supportable, et donc, entre autres, à maintenir la part du non-conventionnel dans la production totale à un niveau pas si différent de celui d’aujourd’hui (car sinon, le prix moyen de production du pétrole monterait trop par rapport à ce que l’économie peut payer pour acheter ce pétrole). Et à mesure que la production conventionnelle déclinera, la demande devra suivre le mouvement, contrainte et forcée, faisant des yo-yos autour de l’offre déclinante, et provoquant des cycles de pics et de creux de prix du brut.
(3) Le cas du gaz est particulier : il est plus cher, sans être radicalement plus cher, que le pétrole. Pour certains des usages pétroliers, on peut substituer le gaz au pétrole, mais pas pour tous. Contrairement au pétrole, qui est une énergie mondiale, le gaz est encore aujourd’hui une énergie essentiellement régionale (les derniers chiffres que j’avais, c’était : 2/3 du pétrole produit dans le monde traverse au moins une frontière, contre un gros quart du gaz). Cela s’explique par la physique, et les coûts de transport rapportés aux coûts d’extraction que cette physique impose : faire un demi-tour de Terre à un baril du pétrole conventionnel coûte quelques pour cent de son coût d’extraction ; dans le cas du gaz, le coût du transport peut aller jusqu’à 5 à 10 fois le coût d’extraction).
Est-ce que le gaz deviendra une énergie mondiale quand production et consommation de pétrole se mettront à décliner de manière structurelle à l’échelle mondiale ? Je peux me tromper, bien sûr, mais je suis très dubitatif. Précisément parce qu’utiliser massivement du gaz en substitution du pétrole, pour les usages actuels du pétrole, renchériront ces usages, ce qui ne sera supportable pour la société que si ces usages sont marginaux. Je suis d’autant plus dubitatif, d’ailleurs, que d’après les géologues pétroliers qui, les premiers, ont prédit avec justesse le pic mondial de pétrole conventionnel, le pic géologique de gaz conventionnel devrait suivre le pic de pétrole d’environ 10-15 ans… en l’absence de substitution pétrole vers gaz ! Et évidemment, une telle substitution précipitera le pic gazier… voire accentuera le déclin du gaz une fois celui-ci entamé.
Est-ce que le gaz pourra servir d’amortisseur au déclin pétrolier avant de voir sa production décliner à son tour ? C’est possible, mais à mon avis, le déclin de la production pétrolière s’annonce tellement violent que je serais extrêmement surpris que le gaz arrive à compenser quoi que ce soit, du moins au-delà de quelques années. Autrement dit, je serais très surpris que la société se rende compte que le gaz fait effectivement office d’amortisseur et que sa situation serait encore pis si on n’avait pas le gaz. En plus, là encore, la proximité du pic gazier et du pic pétrolier implique que cet amortisseur, s’il est possible, ne pourra avoir qu’une durée de « vie » limitée…