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Barrages niouzes

Publié le par ottolilienthal

« Nous partions de très loin » : comment les barrages hydroélectriques vont être relancés...
Énergie décarbonée au potentiel immense, l’hydroélectricité française était freinée depuis des années par un bras de fer juridique avec l’Union européenne. Une proposition de loi pourrait enfin relancer les barrages, dont la production se trouve ralentie depuis des années faute d’investissements, tout en préservant le contrôle public de cette “houille blanche”.
 
Deux décennies de blocage, et enfin une éclaircie. La France s’apprête à tourner la page du long bras de fer qui l’oppose à Bruxelles sur ses barrages hydroélectriques, piliers discrets mais stratégiques de son mix énergétique. Mardi soir, une proposition de loi transpartisane déposée à l’Assemblée nationale est venue concrétiser la solution âprement négociée cet été entre Paris et la Commission européenne : un changement de régime juridique pour les principaux barrages hydroélectriques, destiné à desserrer l’étau européen sans entamer la souveraineté énergétique française. « Ça en a mis du temps, nous partions de très loin », reconnaît Marie-Noëlle Battistel, député socialiste de l’Isère et co-rapporteuse de ce texte avec le député MoDem du Maine-et-Loire Philippe Bolo. Consciente de la sensibilité du sujet, l’élue évoque un véritable « texte d’équilibriste ». Rembobinons.

Première source d’énergie renouvelable (13,9 % de la production électrique hexagonale en 2024, juste derrière le nucléaire), la houille blanche française repose essentiellement sur 340 grands barrages, tous propriété de l’État. Leur exploitation est aujourd’hui concédée à EDF, qui détient plus de 80 % de la production, ainsi qu’à Engie via la Compagnie nationale du Rhône (CNR) et la Société hydroélectrique du Midi (Shem). Cette position ultra-dominante d’EDF irrite depuis près de 20 ans la Commission, qui reproche à Paris l’absence de mise en concurrence des concessions de ses barrages hydroélectriques. Une situation qui a valu l’ouverture de deux précontentieux européens en 2015 et en 2019 à l’encontre de la France, le gel du renouvellement des concessions échues et une menace d’astreinte pouvant atteindre 720 000 euros par jour.

« On a mis sous cloche le deuxième pilier électrique du pays »

Pris entre le marteau européen et l’enclume d’une privatisation jugée inacceptable pour un secteur aussi stratégique, les gouvernements successifs ont longtemps temporisé. Résultat : un secteur au ralenti. Faute de visibilité sur l’avenir de leurs concessions, les exploitants ont arrêté depuis près de 10 ans d’engager des investissements lourds, pourtant indispensables pour moderniser un parc vieillissant. « On a mis sous cloche le deuxième pilier électrique du pays », cingle le député Philippe Bolo. « Avec une épée de Damoclès juridique au-dessus de la tête des exploitants, personne n’investit. » Ainsi, le projet de la vallée de La Truyère (Aveyron), qui représenterait une augmentation de 250 MW de puissance et de 450 MW de stockage, est suspendu en attendant le renouvellement des titres d’exploitation des communes de Brommat et de Montézic.

Aussi politique que juridique, la solution retenue par le duo Battistel-Bolo propose de sortir du régime concessif actuel pour basculer vers un régime d’autorisation spécifique, sans transfert de propriété comme c’est le cas habituellement. Une façon de maintenir les exploitants historiques en place tout en préservant le contrôle public sur les ouvrages. « Nous avons inventé un régime sur mesure pour l’hydroélectricité », synthétise Marie-Noëlle Battistel. Le texte prévoit toutefois des mesures compensatoires destinées à répondre aux exigences de la Commission européenne. EDF devra ainsi mettre à disposition de ses concurrents six gigawatts (GW) par an de capacités hydroélectriques dites “virtuelles”, commercialisées via des enchères et placées sous le contrôle de la Commission de régulation de l’énergie.

« Il fallait des garde-fous »

Un mécanisme qui a suscité des réserves, notamment chez Les Écologistes, qui étaient favorables à l’instauration d’une quasi-régie publique. Une option « juridiquement viable mais trop rapidement écartée » – par absence de consensus des syndicats, certains redoutant un démantèlement d’EDF –, grince Guillaume Gontard, sénateur écologiste de l’Isère. « Cela donne l’impression de bricoler pour faire accepter une solution au niveau européen », souligne-t-il.

Malgré ces réserves, le compromis semble emporter une large adhésion. « C’est une solution capable de rassembler », appuie Jean-Damien Navarro, responsable du Collectif hydraulique fédéral et délégué FNME-CGT chez EDF. « Il fallait des garde-fous, notamment sur la propriété des installations. Je comprends que les 6 GW ait pu inquiéter, mais l’essentiel est préservé. »

Les barrages pourront « produire beaucoup plus et surtout mieux »

Car l’urgence était de sortir de l’immobilisme. En cas de vote favorable de ce texte, la Commission a promis de lever les contraintes, permettant aux exploitants de relancer leurs investissements massifs. Les barrages pourront ainsi « produire beaucoup plus et surtout mieux », se félicite Philippe Bolo, grâce notamment au développement des stations de transfert d’énergie par pompage (Step).

À titre d’exemple, la Step de Grand’Maison, centrale hydroélectrique iséroise la plus puissante de France, peut mobiliser jusqu’à 1 800 MW en seulement trois minutes, soit l’équivalent de la consommation des habitants de Lyon, Grenoble et Chambéry. « EDF a de nombreux projets de Step. Les trois quarts peuvent être réalisés très rapidement, sans inonder un seul mètre carré ni modifier l’emprise des terrains », rapporte Jean-Damien Navarro, qui voit dans le texte Battistel-Bolo la possibilité d’un nouveau départ. « Cela donnait l’impression d’avoir le doigt coincé dans la porte depuis 20 ans. Il me tardait que quelqu’un l’ouvre. »

En Isère, une centrale hydroélectrique hors-norme

Dans les Alpes, on a suivi avec grand intérêt l’évolution du statut des barrages. Car c’est là que se produit majoritairement l’hydroélectricité d’EDF. Un tiers de la production française provient des 48 centrales de Savoie, 35 d’Isère et 10 de Haute-Savoie. Exemple le plus révélateur, la centrale hydroélectrique la plus puissante se situe en Isère, à Vaujany. Grand’Maison possède en effet une puissance de 1 800 MW, soit 9 % du parc hydroélectrique exploité par EDF en France. Ouvrage impressionnant, ce mastodonte de roches, haut de 140 mètres et long de 560 mètres, culmine à 1 700 mètres d’altitude, encadré par les massifs de Belledonne et des Grandes Rousses.

Si la question du statut des barrages a beaucoup été reliée à leur vétusté, c’est que Grand’Maison comme d’autres, ne sont pas tout jeunes… Mis en service à la fin de 1987, après une construction qui avait duré sept ans entre 1978 et 1985, le barrage fêtera l’année prochaine ses 40 ans. Mais jusque-là, son entretien a permis de lui conserver son statut de lieu clé pour l’avenir de l’hydroélectricité. Elle-même au cœur des enjeux environnementaux, étant la première source d’électricité renouvelable en France.

Adapter sa production en un temps record

Selon les années, les ouvrages hydrauliques produisent entre 12 et 15 % de l’électricité nationale. La place de Grand’Maison dans ce secteur est prise au sérieux par le gouvernement. L’été dernier, Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition écologique, visitait le barrage et rappelait l’importance cruciale du site isérois. Sans faire d’annonces concrètes, elle assurait toutefois sa volonté de valoriser la filière. EDF compte ainsi développer les Step.

Or, Grand’Maison est une Step, station de transfert d’énergie par pompage. Le barrage peut retenir jusqu’à 140 millions de m3 d’eau, alimentant la station située 900 mètres plus bas. Considérée comme une batterie à eau géante, elle peut adapter sa production en un temps record. « Le rôle principal des barrages n’est pas de produire de l’électricité directement, mais de mettre de la puissance à disposition du système électrique », détaillait Vincent Rivière, directeur d’EDF Hydro Alpes, exploitant de la centrale.

La puissance de deux réacteurs nucléaires

Une manière très flexible de s’adapter à la demande et de répondre aux pics de consommation, par exemple lors des heures de pointe ou les jours de froid. L’eau retenue est alors turbinée puis stockée dans le bassin inférieur du Verney. Une opération qui ne prend que quelques minutes. La puissance que peut atteindre la centrale de Grand’Maison est unique en France : 1 800 MW, c’est aussi ce que génèrent deux réacteurs nucléaires. Chaque année, la centrale fournit en moyenne l’équivalent de la consommation annuelle en électricité de 830 000 habitants.

Mélanie Janin

https://www.leprogres.fr/economie/2026/01/15/nous-partions-de-tres-loin-comment-les-barrages-hydroelectriques-vont-etre-relances

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Barrages hydroélectriques : l’ouverture à la concurrence aurait été « une perte colossale »...

Alors que le bras de fer avec l’Union européenne – qui paralyse le secteur depuis 20 ans – pourrait bientôt toucher à sa fin, Ahmed Khaladi, vice-président de la Société hydrotechnique de France (SHF) et ancien ingénieur expert à la Compagnie nationale du Rhône (CNR), revient sur les enjeux stratégiques des barrages hydroélectriques en France, les risques de 20 ans d’immobilisme et les investissements attendus.

En quoi l’hydroélectricité est-elle un pilier du modèle énergétique français ?

« Elle est absolument centrale, car elle assure la flexibilité et donc l’équilibre du réseau électrique. Le photovoltaïque et l’éolien dépendent de l’ensoleillement et de l’intensité du vent. Le nucléaire, lui, manque de réactivité et a surtout besoin de l’hydraulique pour le refroidissement ou le redémarrage de ses centrales en cas de black-out. Tout est intriqué. Et puis les barrages dépassent le cadre de la seule production hydroélectrique, ils sont également un outil de la gestion du multi-usage de cette ressource rare qu’est l’eau. Ils permettent de prévenir les risques d’inondations, de soutenir les débits en période d’étiage – de plus en plus fréquente l’été avec le changement climatique. Mais aussi pour l’eau potable, l’irrigation, la sécurité des populations, etc. C’est une pierre angulaire de la sécurité environnementale. »

Était-il donc crucial que les barrages restent dans le giron de l’État ?

« Il ne fallait surtout pas que ce bien essentiel tombe entre les mains d’acteurs privés [l’Union européenne poussait pour une ouverture à la concurrence des concessions et la fin du quasi monopole d’EDF, NDLR]. Ils auraient eu d’autres intérêts, notamment des logiques financières, que celui de la nation. Il y a une quinzaine d’années, lorsque Jean-Louis Borloo défendait l’ouverture des concessions à la concurrence, plusieurs grands groupes européens de l’hydroélectricité — comme le norvégien Statkraft — s’étaient implantés à Grenoble ou à Lyon, espérant récupérer une part du gâteau. La plupart ont depuis plié bagage. Un long travail de pédagogie a permis de faire prendre conscience aux décideurs qu’une ouverture à la concurrence aurait représenté une perte colossale pour la France. »

Cliquez sur l'image pour zoomer.
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« Renouveler les machines permettrait de faire des gains de près de 20 % »

Les précontentieux de Bruxelles freinaient fortement les investissements des exploitants. Au point de créer des risques concrets  ?

« Depuis une dizaine d’années, les exploitants gèrent leurs concessions dans une logique transitoire, en attendant une clarification du cadre réglementaire. Résultat : aucun investissement lourd n’a été engagé, alors même que les ouvrages vieillissent et qu’une soixantaine de concessions sont aujourd’hui échues [61 au 31 décembre 2025, NDLR]. Par précaution, certaines machines qui risquent de casser ont été mises à l’arrêt plutôt que remplacées, entraînant des pertes de production. L’entretien courant a bien été assuré, mais cela ne suffit pas à écarter les avaries. Si on tire trop sur la corde, cela entraîne forcément une augmentation des risques. »

À quoi peut-on s’attendre si le blocage européen est levé  ?

« Pour donner une idée, la Compagnie nationale du Rhône (CNR) a investi plus 500 millions d’euros à l’occasion de la prolongation en 2022 des concessions de ses ouvrages de 20 ans (ces dernières relèvent d’un statut législatif spécifique et n’étaient donc pas soumises aux mêmes exigences européennes qu’EDF ou la Shem). On peut donc s’attendre à un investissement dans du neuf, mais surtout dans l’existant. Renouveler les machines permettrait de faire des gains de près de 20 %. »

Propos recueillis par Martin Rigaud-Pezzoni

https://www.leprogres.fr/economie/2026/01/15/barrages-hydroelectriques-l-ouverture-a-la-concurrence-aurait-ete-une-perte-colossale

 

Un accord a été conclu la semaine dernière entre Paris et Bruxelles pour mettre fin à un conflit sur les concessions hydrauliques qui date de plus de 15 ans. Le système actuel est celui de la concession de service public, à savoir, comme pour ENEDIS, c'est EDF qui gère et entretient les barrages hydrauliques en France.

La France aurait donc obtenu un feu vert de Bruxelles pour ne pas ouvrir à la concurrence la concession des ouvrages hydrauliques, sous réserve d'une mise aux enchères d'environ 20% des capacités d'EDF, soit 6 GW. Le modèle retenu pour le moment serait des enchères type VPP qui seraient encadrées par la CRE. Il reste à définir la qualité du produit : type, maturité, flexibilité. Pour le moment, il n'y pas d'explosion de joie chez les fournisseurs, car le diable se cache dans les détails, et les détails doivent être discutés au parlement et inscrits dans la loi.

Bref, le dossier avance, la profession souligne le très bon travail de la députée Marie-Noëlle BATTISTEL et de son collègue Philippe BOLO, mais le chemin est encore long avant d'en savoir plus.

Emmanuel Sire (extrait)

https://pilott.sirenergies.com/newsletter/616/l-analyse-marche-du-2-septembre-2025?trk=public_post_comment-text

Le Colorado est une batterie déchargée...

Les derniers rapports en provenance des États-Unis sont alarmants. Le lac Powell, l'un des principaux réservoirs du Sud-Ouest, pourrait atteindre son niveau d'« eau morte » d'ici la fin de l'année. Cela signifierait qu'il ne serait plus possible de rejeter de l'eau en aval. L'eau potable de quarante millions de personnes est en jeu, et parallèlement, l'énergie hydroélectrique des barrages de Glen Canyon et de Hoover disparaîtrait en grande partie. Ensemble, ils fournissent environ 3 000 mégawatts d'énergie propre et relativement bon marché.

L'ironie est profonde. Il y a un siècle, les États riverains du fleuve Colorado se partageaient les droits d'eau en raison d'une année exceptionnellement humide. Ils rédigeaient des contrats comme si l'abondance était permanente, comme si l'on pouvait supposer que le gâteau était plus gros qu'il ne l'était en réalité. Cette fiction a fonctionné tant que des barrages étaient construits et que des hivers humides arrivaient. Mais après des décennies de surexploitation, de sécheresse structurelle et de réchauffement climatique, la situation s'effondre.

Les conséquences vont bien au-delà de l'eau. L'hydroélectricité est, à bien des égards, une batterie géante : de l'eau stockée derrière un barrage, prête à faire tourner des turbines à la demande. Lorsque cette eau disparaît, l'approvisionnement en électricité doit se rabattre sur les centrales fossiles. Cela implique des coûts plus élevés, des émissions plus importantes et une pression accrue sur un réseau déjà confronté à un développement massif et coûteux.

Et ce n'est pas tout. Les centrales thermiques – charbon, gaz, nucléaire – nécessitent toutes de l'eau de refroidissement. Le faible débit des rivières ou la température élevée de l'eau imposent des réductions de production. La France en a fait l'expérience en 2022, lorsqu'EDF a dû fermer cinq centrales nucléaires en raison de la température excessive des rivières. C'est la nouvelle réalité : l'électricité ne se résume pas à des fils et des centrales, elle dépend des rivières et de leur température.

La conséquence plus large est que l'ensemble du système énergétique américain se heurte à des limites écologiques. Le secteur électrique lui-même, longtemps moteur du changement climatique, subit désormais ses propres conséquences : sécheresse, réchauffement des rivières, capacité de refroidissement compromise. Comme toujours, les coûts seront répercutés sur les consommateurs via des tarifs plus élevés.

Si l'on ajoute à cela l'industrie et les infrastructures numériques, le tableau s'assombrit. Les centres de données consomment d'énormes quantités d'eau de refroidissement, souvent des centaines de milliers de litres par jour. La fracturation hydraulique, pilier de la production pétrolière et gazière américaine, engloutit l'eau de régions déjà arides. La pénurie d'eau menace ainsi non seulement l'agriculture, mais aussi les piliers de l'économie énergétique et numérique américaine.

Il en résulte une crise classique du nexus : l’eau, l’énergie, le climat et l’économie sont intriqués et amplifient leurs vulnérabilités respectives. Ce qui a commencé comme une erreur hydrologique – trop de droits accordés à un cours d’eau trop restreint – s’est métastasé en une crise systémique touchant l’eau potable, l’électricité, l’industrie et l’accessibilité financière.

On pourrait être tenté de considérer ce phénomène comme régional. Mais les pénuries d'électricité dans le Sud-Ouest seront comblées ailleurs. Un déficit dans une région prive une autre de capacité, ce qui en fait un problème général. Et les mécanismes sous-jacents – surestimation des ressources, surconsommation chronique, déni des limites écologiques – sont mondiaux.

La deuxième loi de la thermodynamique, notre guide cynique, sourit depuis l'arrière du bus. L'ordre se transforme en désordre, les batteries s'épuisent, les rivières se vident. On peut inventer de nouvelles histoires d'électrification, de croissance verte et de réseaux intelligents, mais le Colorado raconte une histoire plus complexe : sans eau, pas d'électricité.

Et la destination finale est déjà inscrite sur la carte.

(commentaire sur le blog de Gail Tverberg, 22 08 25)

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La France résiste toujours face à Bruxelles afin de garder le contrôle de l'exploitation de ses barrages. L'Europe (ou plutôt les financiers) demande la liberté de marché dans le domaine de l'énergie et que des investisseurs viennent s'occuper des barrages sur le territoire français. C'est grâce à cette stratégie, mise en place par des traders et actionnaires, que le marché de l'électricité européen est sur les genoux.

https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1397-energies-economie-petrole-et-peak-oil-revue-mondiale-octobre-2024.html

EDF demande plus de soutien pour ses… barrages

 L'électricien vient d'inaugurer un ouvrage hydraulique en Isère. L'occasion pour son PDG de demander au gouvernement plus d'égards pour cette énergie propre.

 
 
 
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Une centaine de députés refusent de donner les clés des barrages français au privé
 
 

107 élus de toutes étiquettes pressent le gouvernement de s’opposer à l’ouverture à la concurrence des ouvrages hydroélectriques d’EDF exigée par Bruxelles. Ils demandent que les barrages soient considérés comme des services d’intérêt général.

C’est non. Emmenés par le communiste Hubert Wulfranc, 107 députés de tous bords politiques s’opposent aux projets très libéraux de la Commission européenne, qui met à nouveau en demeure la France d’ouvrir à la concurrence ses barrages hydrauliques sur l’air du «il n’y a pas d’alternative». Ces parlementaires, parmi lesquels la socialiste Marie-Noëlle Battistel, l’écologiste non inscrite Delphine Batho, le LR Julien Aubert, la centriste Jeanine Dubié et l’insoumis Loïc Prud’homme, refusent de donner les clés de 150 des 400 concessions hydroélectriques majoritairement détenues par EDF au secteur privé, comme l’exige l’exécutif européen depuis dix ans au nom de l’impératif supposé de concurrence.

Lors d’une conférence de presse ce mercredi, ces députés en première ligne sur le sujet ont présenté à l’Assemblée une «proposition de résolution européenne» pour demander «au gouvernement de prendre ses responsabilités et de défendre à Bruxelles une alternative solide à la mise en concurrence». Les barrages hydroélectriques «sont la première source d’électricité renouvelable, produisent 12% de notre mix électrique et sont le seul outil de stockage de l’électricité», rappellent-ils dans leur résolution. Ils emploient «25 000 personnes et génèrent 1,5 milliard d’euros de recettes publiques» et jouent un rôle essentiel dans la gestion de l’eau potable, de l’irrigation, ou encore dans le refroidissement des centrales nucléaires, rappellent-ils. Les signataires estiment qu'«un large consensus se dessine dans la population comme chez les élus locaux et nationaux pour rejeter comme dangereuse et irrationnelle l’ouverture d’un secteur stratégique» aux intérêts privés. Et ils demandent instamment au gouvernement de placer l’hydroélectricité sous le régime protecteur des «services d’intérêt économique général», comme les traités européens l’y autorisent.

Sept autres pays visés

En pleine bronca contre la privatisation d’ADP, cette initiative politique «transpartisane» ne doit certes rien au hasard. Mais c’est avant tout une réponse à la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, qui a sommé le gouvernement français, le 7 mars, de lui donner «un calendrier précis» pour remettre en jeu les concessions de barrages accordées à EDF après-guerre. Ces dernières arrivent à échéance d’ici 2023. Cette nouvelle mise en demeure, qui fait suite à une première adressée à la France en 2015, exige qu'«un nombre significatif» de barrages soit confiés à des opérateurs privés. Elle vise aussi sept autres pays : l’Allemagne, l’Autriche, le Portugal, l’Italie, la Pologne, la Slovénie et la Suède.

Pour Delphine Batho, c’est évident, «les lobbys sont à la manœuvre pour faire main basse sur la rente hydraulique car c’est l’électricité la plus rentable et la moins chère de France», a dénoncé celle qui, quand elle était ministre de l’Ecologie en 2012-2013, s’était opposée fermement à la mise en concurrence des barrages français. «Le gouvernement doit protéger l’hydroélectricité et la mettre à l’abri des appétits marchands, c’est une question de souveraineté énergétique», a martelé Marie-Noëlle Battistel, députée de l’Isère et spécialiste du sujet. «Les barrages ne sont ni de droite ni de gauche, ils sont d’intérêt stratégique», a renchéri son collègue «gaulliste» Julien Aubert, appelant le Parlement «à aller au bras de fer» avec Bruxelles.

«Un désastre annoncé»

Pour ces députés, «le gouvernement actuel n’est pas clair sur ses intentions». D’ailleurs, seuls deux députés de la majorité ont signé la proposition de résolution : Stéphane Mazars (LREM) et Laurent Garcia (Modem). Marie-Noëlle Battistel ne désespère pas de rallier d’autres marcheurs en appelant à leur liberté de conscience. Mais Loïc Prud’homme (LFI) dénonce par avance le risque d’une capitulation du gouvernement en place «devant l’idéologie de la concurrence», au risque d'«un désastre annoncé» : «Qui va payer la désoptimisation du réseau hydroélectrique au profit du privé ? Comme toujours, les citoyens.»

De fait, toute l’Europe de l’énergie est potentiellement sur les rangs pour s’offrir quelques-uns des plus gros barrages français, comme ceux de Bissorte en Savoie ou de la Dordogne : le suédois Vattenfall, le norvégien Statkraft, l’italien Enel ou l’allemand Eon. Le géant chinois Trois Gorges est aussi à l’affût de la moindre brèche au quasi-monopole d’EDF qui détient 80% des barrages français, contre 15% pour Engie (via la Compagnie nationale du Rhône). Ce dernier, l'ex-GDF Suez, serait ravi d’augmenter son parc hydraulique à la faveur de renouvellement des concessions. Mais c’est sans doute le pétrolier français Total, qui s’est lancé dans l’électricité avec Direct Energie, qui a le plus d’appétit et de chances de rafler les lots les plus intéressants… De là à penser que le pouvoir macronien serait tenté de favoriser ses amis du CAC 40, il n’y a qu’un pas. Mais dans les faits, il semble que le gouvernement d’Edouard Philippe cherche, comme ses prédécesseurs, à gagner du temps… D’autant que dans deux mois, un nouvel exécutif sera en place à Bruxelles, au lendemain des élections européennes.

Le 20 mars à l’Assemblée, en réponse à une question du député LR Eric Straumann, Bruno Le Maire a ainsi reconnu «qu’une ouverture à la concurrence non maîtrisée peut avoir des conséquences dommageables sur notre approvisionnement électrique». Mieux, le ministre de l’Economie a dit que le gouvernement français souhaitait «convaincre la Commission européenne que ce n’est pas forcément la meilleure solution». De fait, EDF, dont l’Etat détient 83%, ne veut évidemment pas entendre parler d’une rétrocession à ses concurrents des barrages dans lesquels il a déjà investi plusieurs milliards d’euros. Et son PDG, Jean-Bernard Lévy, qui vient d’être reconduit pour cinq ans à son poste par Emmanuel Macron, a sans doute fait entendre ses arguments jusqu’à l’Elysée.

Jean-Christophe Féraud
Et si les barrages EDF devenaient privés ?

Bruxelles veut imposer l'ouverture des concessions hydrauliques d'EDF à la concurrence. Plusieurs dizaines de barrages en France seraient concernés.

 
Barrages : un coup de privé dans l’eau

Mouvement de contestation à EDF ce mardi : direction et syndicats sont vent debout contre l’ouverture à la concurrence des concessions de 150 barrages hydrauliques, consentie par l’Etat sous pression bruxelloise.

Après les cheminots, Emmanuel Macron se met à dos la maison EDF. Le Président a accepté l’impensable aux yeux des électriciens : confier les clés d’une partie des barrages hydrauliques français - les plus grands et les plus rentables - à des opérateurs privés. Toute l’Europe de l’énergie est sur les rangs pour s’arroger de gros ouvrages comme ceux de Bissorte (Savoie) ou de la Dordogne : les allemands EON et Vattenfall, l’espagnol Iberdrola, l’italien Enel, le norvégien Statkraft, le suisse Alpiq. Le canadien Hydro-Québec et des chinois sont aussi en embuscade. Mais, selon nos informations, ce sont surtout les français Total et Engie qui espèrent rafler la mise, avec la bénédiction du gouvernement craignant d’être accusé de «brader» ses barrages à l’étranger. Le PDG du pétrolier, Patrick Pouyanné, a mis le cap sur les renouvelables depuis le rachat de l’américain Sunpower. Quant à l’ex-GDF-Suez, aujourd’hui opérateur alternatif, il espère devenir un acteur clé de l’hydraulique.

Inacceptable aux yeux des syndicats de l’électricien, qui mobilisent leurs troupes ce mardi pour faire «barrage à la privatisation des barrages». A l’appel de l’intersyndicale CGT-CFDT-CGC-FO, les hydrauliciens vont multiplier les arrêts de travail et déployer leurs banderoles sur quelques-uns des 433 barrages d’EDF. Une manif est aussi prévue devant le Parlement européen à Strasbourg. Le tout avec la bénédiction de la direction d’EDF, qui voit d’un très mauvais œil l’arrivée de concurrents aux commandes d’ouvrages construits et entretenus sur ses deniers.

Cela fait dix ans que la Commission européenne exige de la France qu’elle ouvre à la concurrence son secteur de l’hydroélectricité historiquement contrôlé à 80 % par EDF et à 15 % par Engie (via la CNR et la Shem). Une bonne part des concessions de 75 ans accordées après-guerre arrivent progressivement à échéance depuis 2011. Et la commissaire européenne Margrethe Vestager veut les voir remises en jeu au nom de «la concurrence libre et non faussée». Problème, la France est le seul pays en Europe à être contraint d’ouvrir ses barrages à la concurrence, Bruxelles pointant la position trop «dominante» d’EDF.

«Une trahison»

Résultat, sur 400 concessions, près de 150 barrages risquent d’échapper à EDF d’ici 2022 ! Peu pressés d’ouvrir au privé les vannes d’une énergie qui concoure pour 12 % (25 GW) de la production électrique et fournit au pays 70 % de son électricité renouvelable, les gouvernements, de gauche comme de droite, avaient jusqu’ici joué la montre. Un appel d’offres annoncé en 2010 sous Sarkozy pour une cinquantaine de barrages était ainsi resté lettre morte. Et sous Hollande, la loi sur la transition énergétique avait ouvert la possibilité de prolonger les concessions d’EDF et Engie contre travaux. Mais fin 2015, la Commission a mis en demeure la France «d’accélérer l’ouverture à la concurrence des concessions hydroélectriques».

Dès lors, «on ne pouvait plus repousser le tas de sable», plaide l’entourage de Nicolas Hulot. Le 14 février, à l’Assemblée, le ministre de la Transition écologique a promis que la France resterait «ferme» et n’accepterait pas de conditions déséquilibrées dans ses négociations avec Bruxelles. Mais les syndicats d’EDF dénoncent «une trahison» : le 7 février, lors d’une réunion à Matignon avec Thibaud Normand et Antoine Peillon, les conseillers énergie de Matignon et de l’Elysée, ils ont appris tout à trac que la France avait cédé aux exigences de la commissaire Vestager par un courrier daté du 31 janvier. «Le gouvernement a manœuvré dans notre dos pour aller dans le sens de l’UE, celle d’une vente à la découpe», tonne Laurent Heredia, secrétaire fédéral de la FNME-CGT. De fait, la NAF (note des autorités françaises) promettrait les premiers appels d’offres pour fin 2018 avec les premiers «lots» remis en concurrence : les barrages de Haute-Dordogne, de Beaufortain en Savoie et Lac Mort en Isère (434 MW), et toujours dans les Alpes, Super Bissorte (882 MW), Motte, Baigts…

Au total, 4,3 GW d’hydraulique - l’équivalent de trois réacteurs EPR - seraient mis aux enchères. Et in fine, 20 GW de barrages EDF sont menacés par cette ouverture à la concurrence d’ici 2050. «Un GW d’hydraulique coûte 1 milliard d’euros à construire, mais tous ces barrages sont déjà amortis, ce sera la poule aux œufs d’or pour le repreneur», pointe Laurent Heredia, de la FNME-CGT.

«Bon élève libéral»

L’Etat ne pourra, lui, compter que sur des recettes limitées : 520 millions d’euros de redevances par an de la part des nouveaux entrants, selon la Cour des comptes. Alors pourquoi céder à Bruxelles alors que la France «aurait pu classer son hydroélectricité comme service d’intérêt général échappant à la concurrence, s’étonne Alexandre Grillat de la CFE-Energies. Macron a voulu être le bon élève libéral de la classe». Contacté par Libération, le gouvernement n’a pas retourné nos appels.

Même si elle est gênée aux entournures (l’Etat est actionnaire à 84 %), la direction d’EDF dénonce, elle, «une mise en demeure infondée et injuste», arguant que le marché français de l’électricité est ouvert. Preuve en est, EDF a perdu 1 million de clients en 2017. D’autant qu’un mécanisme empêchera l’électricien de postuler à plus de 60 % d’un lot hydroélectrique.

Et quid de la sûreté (400 millions d’euros par an investis par EDF) ? Ce qui inquiète aussi, ce sont les autres usages de l’eau : ces millions de mètres cubes bon marché fournis à la collectivité pour l’eau potable, l’irrigation, les canons à neige… «Un opérateur privé cherchera forcément à faire de l’argent sur l’eau», s’alarme Heredia de la CGT. La crainte d’un affaiblissement d’EDF est aussi là : «Tout ce que l’entreprise va perdre, ce sont les Français qui vont le perdre», prévient Grillat de la CFE.

Jean-Christophe Féraud 
Comment sauver les barrages suisses de la faillite

 

 Président des Services industriels de Genève, Michel Balestra estime que la Confédération devrait prendre les choses en main pour éviter un éventuel désastre. Il émet des propositions.

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Le risque de faillite des barrages helvétiques suscite beaucoup d’inquiétude. Malgré le refus du Conseil fédéral de mettre sur pied une task force, certains acteurs économiques et politiques restent persuadés qu’il faut agir. Parmi eux figure Michel Balestra, président du conseil d’administration des SIG (Services industriels de Genève).

«Je préconise la création d’un groupe de surveillance du marché au sein de l’Office fédéral de l’énergie. Celui-ci aurait pour mission de proposer les actions que les collectivités publiques pourraient entreprendre si la situation financière des sociétés exploitantes des barrages devait encore empirer», insiste-t-il en soulignant qu’il s’exprime à titre personnel.

Michel Balestra affirme qu’il faut agir en raison du contexte dans lequel évolue la production hydroélectrique. La situation est en effet sérieuse. Détenteur de participations dans 18 barrages, Alpiq, leader suisse de la branche, subit de plein fouet la politique allemande de l’énergie. En subventionnant massivement le solaire et l’éolien et en recourant aux centrales à charbon, notre voisin a fait plonger les prix de l’électricité à un niveau historiquement bas.

Selon Alpiq, le prix de gros s’élève à 3 ct. le kilowattheure, alors que le coût de la production hydroélectrique se monte à 6,5 ct. Le numéro un du marché perd donc de l’argent d’autant qu’il est obligé de procéder à des amortissements et à des corrections de valeur des infrastructures pour respecter les normes comptables. Afin de remonter la pente, Alpiq veut céder jusqu’à 49% du portefeuille qu’il possède dans les barrages.

Une importance stratégique

 

 

Si Michel Balestra considère qu’il est nécessaire de prendre les choses en main, c’est aussi pour deux raisons au moins. Premièrement, les barrages appartiennent à des collectivités publiques: dans les trente prochaines années, les concessions qu’elles ont accordées arriveront à échéance. «Il faut donc à tout prix veiller à ce que ces infrastructures reviennent à leurs propriétaires en très bon état.

Or, on ne peut pas écarter tout risque de dégradation progressive en raison des difficultés financières des sociétés exploitantes.» Pour Michel Balestra, plusieurs aides étatiques temporaires sont envisageables. Par exemple, soutenir l’entretien des barrages ou octroyer une aide pour compenser les déficits liés à la production hydraulique ou encore renoncer aux redevances. Encore faut-il simultanément définir les modalités de remboursement car il ne s’agit pas d’étatiser des déficits.

Deuxièmement, insiste Michel Balestra, les barrages constituent des actifs stratégiques déterminants pour assurer la sécurité de l’approvisionnement énergétique de la Suisse et ils permettent d’obtenir 60% de la consommation électrique helvétique sous forme modulable et entièrement renouvelable. «De quoi faire pâlir d’envie nos voisins», affirme le Genevois.

Même si Alpiq n’est pas dans une situation désespérée avec un résultat d’exploitation au premier semestre 2016 de 239 millions de francs avant effets exceptionnels, Michel Balestra estime que ses appels au secours doivent alerter les acteurs politiques.

 

 

Par Jean-Philippe Buchs

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