campagnols connexion
LETTRE DES ANIMAUX. Foisonnant, je n’ai pas besoin d’être réintroduit. Je défie la science et sème le désespoir dans les campagnes...
Dans le Massif central, on m'appelle « rat taupier », dans le Jura, « mulot » et dans l'Ain, « souris ». Je ne suis ni une taupe, ni un rat, ni un mulot, ni une souris. Je suis le campagnol terrestre, de l'espèce Arvicola terrestris, d'après le naturaliste suédois Carl von Linné (1707-1778). Ma robe d'un joli brun roux inimitable, gris beige sur le dessous, mon museau arrondi, ma silhouette boudinée, mes petits yeux, mes oreilles fines, ma queue plus courte que celle du rat, sans oublier mon régime végétarien, font de moi un rongeur à part entière.
Les prairies vertes et humides, les vergers et les jardins sont mon royaume. Hiver comme été, vous êtes sûrs de me trouver. C'est mon garde-manger. J'y trouve sans trop d'effort toute la nourriture que mon estomac insatiable réclame : des racines, de préférence charnues, type pissenlits, légumineuses, bulbes et rhizomes, mais aussi du trèfle et de la luzerne.
Comme un sumo, j'engloutis mon poids
Avec l'homme, nous partageons certains traits. Comme lui, je gratte la terre avec ardeur. Comme lui, je suis capable d'abattre des arbres, grâce à mes incisives très longues et courbées dignes d'un castor. Enfin, pour me protéger, je construis des structures, façon barre d'immeuble sous terre, qui me servent d'abri, de grenier et de lieu de reproduction.
Je suis mignon comme tout, mais les éleveurs préfèrent m'avoir en photo qu'en pension sur leur territoire. Chaque jour, comme un sumo, j'engloutis mon poids (de 80 à 200 g) en végétaux, sans jamais boire une goutte d'eau. J'attaque les plantes par la racine, depuis les profondeurs de la Terre où je vis, abrité de la lumière, dans des galeries souterraines aux multiples ramifications pour me prémunir des prédateurs naturels et humains.
Tous les ans, c'est baby-boom six pieds sous terre
Je suis glouton mais aussi fornicateur hors pair. Tous les ans, c'est baby-boom six pieds sous terre. En une année, ma femelle et moi pouvons engendrer une descendance d'une centaine de rejetons. Tous animés du même appétit d'ogre. Lors de notre cycle de pullulation – d'une durée de 5 à 6 ans –, on peut dépasser les mille individus par hectare.
Pas étonnant que les agriculteurs nous voient comme une plaie des Saintes Écritures, propageant des maladies, décimant les récoltes et les pâtures, perturbant les systèmes d'élevage, bouleversant la flore. Je ne vis pas longtemps, de six mois à un an, juste assez pour semer la zizanie. En quelques semaines, je transforme un paysage agricole façonné avec amour en terre noire de désolation. L'hiver, je fais un vrai carnage dans les vergers, fragilisant les arbres fruitiers, qui, au moindre coup de vent, se renversent.
En juin, mes testicules atteignent leur poids maximum
Ma tribu naît et se reproduit du printemps à l'automne. Certains disent qu'un hiver doux est propice à notre prolifération. En effet, à la morte-saison, si le temps est clément, dès qu'un brin d'herbe pointe, je mange, je prends des forces et je me reproduis. Mais si une gelée arrive derrière, la survie de mes petits, fragiles et exigeants, n'est pas assurée.
Cela épuise les adultes et limite notre multiplication en abondance. Curieusement, d'après la littérature scientifique, plus l'hiver est rigoureux, plus nos pullulations atteignent des sommets. Pourquoi ? En hiver, les adultes cessent de se reproduire, économisent leurs forces, et attendent le printemps, saison idéale pour relancer le cycle au moment le plus favorable.
D'après l'Inrae, en juin, mes testicules atteignent leur poids maximum (350 mg environ), qui baisse jusqu'au mois de janvier (30 mg). Même observation chez les femelles, pour le poids de l'utérus. À l'automne, nous sommes très nombreux. Mais le stress dû à la densité, combiné à des maladies, provoque l'effondrement de la colonie. Les survivants s'accrochent dans une ambiance cour des miracles.
Plus le paysage est homogène, plus nous nous dispersons
Comme beaucoup d'autres rongeurs, nous avons toujours proliféré, surtout localement. Mais à partir de 1970, nous nous sommes propagés sous forme de grandes vagues régionales, d'abord en Franche-Comté, puis dans le Massif central. D'après la science, cette prolifération serait le syndrome des limites du modèle agricole de l'après-guerre.
La spécialisation dans la culture d'herbe pour produire du lait et de la viande a augmenté la quantité de nourriture disponible, rendu les paysages plus uniformes ainsi que facilité la connexion entre les prairies, créant un écosystème ouvert peu favorable à l'exploration de l'espace par les prédateurs. Plus le paysage est homogène et peu fragmenté, plus nous nous dispersons et colonisons de nouvelles prairies.
À chaque crise, les tensions sont ravivées
Un groupe de chercheurs et de techniciens agricoles a planché sur un programme de lutte raisonnée pour contenir le flux (haies, bosquets, labours, rapaces et renards) et rétablir le bonheur dans le pré. Mais tout le monde n'est pas impliqué. Le paysan me voit souvent comme une anomalie, une entité contaminante du paysage agricole.
Impuissant, il attend la poudre de perlimpinpin pour m'anéantir, depuis l'interdiction de la bromadiolone (mai 2021), un anticoagulant toxique aux effets délétères sur la faune non cible. Il cherche un bouc émissaire. C'est la faute de la science qui n'avance pas. Lassés de poser des pièges qui prennent un temps fou, certains imaginent qu'on va embaucher des chômeurs longue durée pour faire de la lutte chimique. D'autres, face à leur champ dévasté, ont décidé de ne plus rien faire, ni traitement, ni piégeage. Je les en remercie.
À chaque crise, les tensions sont ravivées. La presse tombe dans le panneau, se faisant écho de « l'ennemi campagnard numéro 1 », du « pic de pullulation terrible », « d'une terre ravagée », du « fléau », du « cri d'alarme d'un éleveur ». Tout ça pour que des gens hystérisés se réunissent et trouvent des solutions à chaud. Chaud bouillant même.
Faire la bringue et s'en mettre plein le cornet
À Découvrir Le Kangourou du jour Répondre La science m'a à l'œil. En 2021, des chercheurs de VetAgro Sup Clermont-Ferrand ont introduit un « campascope » dans notre coloc. Cette caméra à détecteur de mouvement a mis en lumière notre appétence pour les pissenlits et la chicorée, et notre aversion pour d'autres plantes (seigle, maïs). Cette découverte pourrait permettre d'orienter l'installation de nos colonies par rapport à la flore. Les organismes agricoles cherchent à m'imposer un planning familial.
Des recherches conduites à l'université Blaise-Pascal à Clermont-Ferrand ont découvert une méthode d'immuno-contraception grâce à un vaccin ingéré en dose unique sur des appâts, qui bloque la fécondation des campagnols. Une solution qui fleure bon l'agriculture chimique des Trente Glorieuses. Mais je ne m'inquiète pas. Il faudra encore des années avant le passage au champ, sans certitude d'aboutir. Cela ne nous empêchera pas, d'ici là, de faire la bringue et de s'en mettre plein le cornet. Joyeuses fêtes à tous – sous terre, la vie est belle !
https://www.lepoint.fr/societe/moi-le-seigneur-emmerdeur-des-prairies-22-12-2024-2578530_23.php
S’il y a un animal qui paraît inoffensif, c’est bien le mulot, ou plutôt, le campagnol des champs (Microtus pennsylvanicus), un petit rongeur à peine plus gros qu’une souris. On le distingue facilement de cette dernière, qui est surtout un animal d’intérieur, par ses oreilles plus petites et sa queue courte, ainsi que par sa coloration brune (la souris domestique est grise). Le campagnol est omniprésent sur nos terrains, mais passe généralement inaperçu, puisqu’il est surtout nocturne du printemps à l’automne.
Les dégâts qu’il cause sont peu visibles durant l’été, quand il y a une abondance de choses à manger (graines, insectes, feuillage, etc.), mais l’hiver, quand le sol est gelé et que ses sources de nourriture classiques ne sont plus disponibles, il trouve une autre nourriture: l’écorce des arbustes et des jeunes arbres ainsi que, parfois, les bulbes de tulipes et les racines de nos vivaces.
Sous la neige
Durant l’été, le campagnol se promène sous le sol ou à travers les feuillages des plates-bandes, pelouses, etc. Il est alors très craintif, car plusieurs prédateurs rôdent, notamment les chats, en milieu urbain. L’hiver, cependant, il devient plus audacieux. Il creuse des tunnels à travers la neige. Ainsi protégé des prédateurs, il devient alors diurne
Effectivement, les chats ne sont plus d’aucune utilité pour son contrôle. En dehors de la ville, cependant, les renards, les coyotes, les loups, les lynx et autres prédateurs ont des trucs pour les trouver, malgré la protection de la neige. Ils écoutent attentivement et grâce à leur ouïe exceptionnelle, réussissent à les localiser, puis sautent à pattes jointes pour trouer la neige afin de les attaquer. En ville, en l’absence de tout prédateur valable, les campagnols, qui sont très nombreux à la fin de l’été, s’en donnent à cœur joie à leur passe-temps hivernal préféré, c’est-à-dire la recherche d’une écorce intéressante à gruger.
Le campagnol n’est pas un castor et peut difficilement gruger l’écorce des grands arbres. Mais les arbustes et les jeunes arbres, c’est une autre histoire. De plus, il adore l’écorce des pommiers, des cerisiers et des autres fruitiers, dont l’écorce serait sucrée et qui reste mince même quand les arbres sont adultes.
Décourager les campagnols
Il y a plusieurs trucs pour réduire la prédation des campagnols durant l’hiver. Le plus important, c’est de ne pas faire le ménage des plates-bandes et du potager (faites plutôt votre ménage au printemps, quand les campagnols trouvent une abondance de nourriture). En éliminant leur source première de nourriture, vous les poussez directement vers les seules sources de nourriture qui restent: les arbres et les arbustes, les bulbes, les racines de vos plantes, etc.
Vous pouvez toutefois dégager le secteur entourant les arbres en taillant les végétaux denses où les campagnols pourraient se cacher. Si vous avez planté des fruitiers dans une pelouse, par exemple, une tonte courte lors de la dernière tonte automnale va aider à les décourager.
Des barrières anticampagnols
Le hic, c’est que ces spirales ont été développées pour un climat où la neige est peu abondante. Dans notre région, la neige dépasse rapidement le niveau de la protection, ce qui permet aux campagnols de gruger l’écorce située au-delà de la protection. Vous pouvez cependant placer une deuxième spirale au-dessus de la première pour gagner de la hauteur
Un truc aussi efficace et moins coûteux consiste à entourer le tronc de broche jusqu’à la hauteur des premières branches. Il faut toutefois former un tube avec le grillage de façon à ce qu’il ne touche pas directement à l’écorce, sinon les campagnols réussiront à gruger l’écorce par les trous dans la broche. Le grillage doit donc être à 2 cm de l’écorce, et ce, tout autour du tronc. Vous pouvez aussi protéger l’écorce avec une section de tuyau de drainage fendue sur la longueur de façon à pouvoir la placer autour du tronc. Il faut poser toutes ces protections tardivement (en novembre) et les enlever tôt (à la fonte des neiges), sinon elles peuvent servir d’abri hivernal aux insectes nuisibles.
Des répulsifs
Il existe aussi des répulsifs qu’on peut vaporiser ou badigeonner sur le tronc à la fin de l’automne. Ces produits sont soit malodorants ou bien ont un goût piquant ou amer. Leur efficacité est toutefois moindre sous un climat aussi pluvieux que le nôtre, car ils sont souvent délavés avant l’arrivée de l’hiver, d’où l’importance de les appliquer le plus tardivement possible.
Larry Hodgson a publié des milliers d’articles et 65 livres au cours de sa carrière, en français et en anglais. Son fils, Mathieu, s’est donné pour mission de rendre les écrits de son père accessibles au public. Ce texte a été publié à l’origine dans Le Soleil le 6 novembre 2005.
https://jardinierparesseux.com/2023/11/20/sus-aux-campagnoles/
"Ces bébêtes-là nous bouffent toute l'herbe" : quand les campagnols ravagent les prairies des agriculteurs De nombreux éleveurs de vaches font face à un afflux massif de campagnols,ou "rats taupiers". Le Massif central est particulièrement touché. Ils ravagent les sous-sols des prairies et ne laissent plus rien à brouter aux vaches.
Les rats taupiers, ennemi public n°1 dans le Massif Central
Boursorama - AFP le Sur les hauts plateaux du Cézallier, les prairies habituellement d'un vert tendre au printemps ont laissé place à une terre ravagée: du gruyère sur des kilomètres à la ro...
http://www.anti-k.org/2016/05/01/les-rats-taupiers-ennemi-public-n1-dans-le-massif-central/
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