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Le règne du feu...

Publié le par ottolilienthal

Les incendies qui ont frappé l'Europe cet été ne sont qu'un avant-goût de ceux à venir...

Plus de 1750 incendies, des centaines de milliers d’évacuations et près de 607 milles hectares brûlés : l’été 2026 donne un aperçu saisissant d’un risque appelé à s’amplifier. Selon une nouvelle étude, les surfaces touchées pourraient presque tripler d’ici 2100.

L’Europe connaît une saison des incendies particulièrement intense. Depuis le début de l’été, plus de 1 750 incendies ont été recensés dans l’Union européenne. En France et en Espagne, les flammes ont contraint des centaines de milliers de personnes à évacuer. La Belgique a affronté son pire incendie depuis un siècle, tandis que plusieurs secteurs touristiques de Grèce ont été perturbés par les feux.

Un été européen sous haute tension

Au total, environ 1,5 million d’acres, soit près de 607 000 hectares, avaient brûlé alors que la saison n’était pas terminée.

En France, le début de l’été a lui aussi été particulièrement préoccupant. Selon l’analyse de l’IPSL, les surfaces brûlées entre le 1er juin et le 3 juillet 2026 étaient près de six fois supérieures à la moyenne de 2008-2025, un record pour cette période depuis le début de la série.

Cette situation s’inscrit dans un contexte exceptionnel : juin 2026 a été le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France et en Europe de l’Ouest, avec une anomalie de +3,8 °C par rapport à 1991-2020.

Chaleur, sécheresse et végétation : le cocktail explosif

Lorsqu’une température en hausse s’accompagne d’un déficit d’eau, elle peut considérablement assécher les sols et la végétation. Le combustible devient alors plus inflammable et le feu peut se propager plus rapidement, notamment lorsque les vents se renforcent.

L’analyse de World Weather Attribution montre combien le changement climatique modifie ces conditions. Les niveaux d’évaporation observés en 2026 sont devenus environ 80 fois plus probables en Europe de l’Ouest et 40 fois plus probables en Europe de l’Est sous l’effet du réchauffement. Les conditions de sécheresse agricole observées étaient, elles, cinq fois plus probables en Europe de l’Ouest et onze fois plus en Europe de l’Est.

Cette combinaison est particulièrement préoccupante pour les services de secours : plus les conditions sont chaudes, sèches et venteuses, plus les incendies peuvent devenir rapides, vastes et difficiles à contenir.

Un triplement des surfaces touchées

Une nouvelle étude publiée dans Global Change Biology vient donner une perspective à plus long terme. Parmi ses co-autrices figure Kirsten Thonicke, climatologue au Potsdam Institute for Climate Impact Research, qui souligne que les incendies observés actuellement en France, en Espagne ou en Grèce montrent déjà à quel point les conditions météorologiques peuvent mettre les moyens de lutte sous pression.

Les chercheurs ont comparé plusieurs trajectoires de réchauffement. Dans un scénario où la hausse de la température mondiale atteindrait 1,8 °C, les surfaces brûlées chaque année en Europe augmenteraient de 39 %.

Prudence. Ces projections ne signifient pas que chaque été futur connaîtra les incendies de 2026. Elles montrent que plus le climat se réchauffe, plus les conditions favorables aux feux deviennent fréquentes et extrêmes.

La prévention devra évoluer avec le climat

Face à cette évolution, disposer de davantage de moyens pour combattre les flammes reste indispensable. Mais la lutte contre les incendies ne pourra pas tout résoudre.

La gestion de la végétation autour des habitations peut réduire certains risques, tandis qu’une gestion préventive des paysages contribue à limiter l’accumulation de combustible. L’Europe a renforcé aussi sa préparation : en 2026, 777 pompiers issus de 14 pays, ainsi que 22 avions et 5 hélicoptères, ont été prépositionnés dans les régions exposées.

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Ce qui se déroule actuellement dans le Sud Ouest peut susciter la colère, l'abattement, la tristesse, la sidération, la peine, la compassion, voire l'admiration (pour les personnes qui se mobilisent), mais il y a un sentiment qui n'est hélas pas de mise : la surprise.
 
Cela fait des décennies qu'il est connu que le réchauffement climatique augmentera le risque d'incendie. Les modélisations disponibles pour la France montrent que, après 2050, la quasi totalité du territoire sera autant à risque que les Landes au début du siècle (et Fontainebleau l'illustre).
 
Cela fait des décennies que l'on sait que le réchauffement en cours aggravera tous les facteurs :
 
- il affaiblit la végétation. Quiconque a pris le train ou la voiture (électrique bien sûr !) cette dernière semaine a pu voir le nombre d'arbres et arbustes déjà morts ou en train de mourir ici et là, déshydratés ou attaqués par des parasites (ou les deux). Les arbres morts sont évidemment les plus inflammables de tous. Cela vaut aussi pour les sous-bois, avec de plus en plus de matière végétale sèche issue de la broussaille.
 
- il diminue l'eau accessible. Notre pays ne va pas seulement aborder sa 4è canicule ou vague de chaleur depuis mai. Nous sommes également plongés dans une sécheresse sévère (inédite par certains aspects), alors que nous ne sommes que fin juillet (et Météo France ne prévoit pas de pluie pour les 15 jours à venir). Sans même brûler, champs et prairies sont facilement tout jaunes.
 
Notre pays est couvert à 32% de forêts. Un arbre met des dizaines d'années à pousser. Dans 40 ou 50 ans, le réchauffement planétaire dépassera peut-être les 2°C. Si déjà la forêt meurt et s'embrase aujourd'hui, qu'en restera-t-il dans 40 ans ?
 
Si nous voulons conserver des arbres et des paysages, il va falloir mettre beaucoup plus de moyens dans la préservation de la forêt que ce que nous faisons aujourd'hui (ce qui n'est pas antagoniste avec les les mesures de prévention contre les incendies, au contraire). Plus généralement, cet été (pas terminé) nous rappelle une fois de plus que "l'adaptation" n'est pas juste un truc sympa à faire quand nous avons le temps.
 
Cela va demander d'y consacrer des moyens significatifs, et comme ni les ressources (dont l'énergie) ni les gens ne peuvent se dédoubler, il va parfois falloir choisir entre un nouveau rond point, une nouvelle route, une nouvelle salle des fêtes, un nouveau datacenter, un nouvel investissement, et préserver une partie de ce que nous avons déjà. Quel(le) politique aura le courage de le dire ? Quel(le) journaliste aura le courage de présenter la situation sous cet angle ?
 
Aujourd'hui l'urgence est à la lutte contre le feu. Demain, elle sera de nouveau à se poser les bonnes questions.
 
NB : avant-hier soir, j'ai regardé le JT de TF1 sur les incendies. Pas une seule fois l'expression "réchauffement climatique" n'a été prononcée. Il reste du boulot...
 
https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/pfbid024umRFcg1oQQCQrGW6FU93sZpzixFtxCa5ZYFLzVeVfGRRrHFvjjmnvcU9cMsVQkrl?ref=embed_page
Incendies, canicules, inondations : “Le plus terrifiant, c’est l’absence de colère”...

Les catastrophes environnementales qui se multiplient ne doivent rien au hasard : elles étaient annoncées en raison du dérèglement climatique, rappelle la presse européenne. Du belge “De Morgen” à l’espagnol “El País”, plusieurs titres s’indignent du cynisme des gouvernements et appellent à “politiser les incendies”.

“Imaginez que les services de renseignement découvrent que des terroristes préparent un attentat contre votre ville, et qu’ils expliquent, en temps et en heure, aux autorités ce qu’il faut faire pour éviter qu’il y ait des morts et des blessés, mais que les autorités ne fassent rien.”

“C’est à peu près ce qui est en train de se produire à l’échelle mondiale”, écrit le quotidien belge De Morgen dans un éditorial particulièrement incisif. “Il y a trente-six ans, les scientifiques alertaient déjà quant aux destructions mortelles qui nous parviennent désormais en rafales sous la forme de flashs infos : ‘des dizaines de milliers de personnes évacuées’, ‘des milliers de morts en raison de la canicule’, ‘fumée dangereuse à cause des feux de forêt’, ‘champs asséchés et récoltes détruites’.” Leurs avertissements n’auront servi à rien.

Dresser “le bilan accablant des incendies en cours en France et en Espagne”, pour ne citer que ceux-là, c’est prendre la mesure de “la dévastation qui s’aggrave et des tragédies humaines qu’elle sème sur son sillage”, renchérit le journal britannique The Guardian. Quelque 116 000 hectares ont brûlé cette année en France, “contre 30 000 sur toute l’année 2025, et quelque 220 000 personnes ont été évacuées en Gironde.”.....

Carol Lyon

https://www.courrierinternational.com/article/opinion-incendies-canicules-inondations-le-plus-terrifiant-c-est-l-absence-de-colere_254235

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Un climatologue fuit les flammes... et raconte...
 
Stefan Rahmstorf, l'un des plus grands climatologues au monde (Institut Potsdam, prix Nobel de la paix 2007 avec le GIEC), était en vacances près de Bordeaux. Il a dû fuir les incendies avant même l'ordre d'évacuation et nous raconte :
 
🌅 « Le soleil est devenu rouge incandescent, tout le paysage s'est teinté d'un orange irréel, comme dans un film de science-fiction. »
 
Même un expert qui étudie ça depuis 30 ans est resté sidéré de le vivre en vrai.
 
😡 Colère : « Ça me rend furieux. Les climatologues alertent depuis des décennies. Le premier rapport du GIEC date de 1990. »
 
⏱️ ce n'est pas réversible à l'échelle d'une vie humaine : « On est littéralement dans une course contre la montre pour atteindre zéro émission. Chaque tonne de CO2 en plus aggrave la situation — pour des milliers d'années. »
 
🧠 Pourquoi il témoigne : « Il m'a fallu des décennies pour comprendre : les gens ne réagissent pas aux graphiques et aux data. Ils réagissent aux histoires. »
 
🔬 Le fond scientifique derrière tout ça : la chaleur assèche les sols et la végétation bien plus vite — un mécanisme accentuant le risque incendie avec la baisse de pluie en été en France..
 
📍 Pendant ce temps : +100 000 hectares brûlés en Gironde, plus de 300 000 personnes évacuées en France et en Espagne.
 
Le message de Rahmstorf, en une phrase : la science a déjà tout dit. Ce qui manque, c'est l'action.
 
 
(par adrien Couzinier)
Les feux de forêts actuels sont-ils vraiment exceptionnels et imprévisibles ?...
 
Pas tant que ça
 
Les incendies en France ont désormais brûlé plus de 91'000 hectares, de loin le plus grand nombre d’une année depuis le début des enregistrements satellites en 2006 alors que nous sommes seulement à la moitié de l’été !
 
La superficie brûlée actuelle est environ 34 fois plus grande à cette date qu’en moyenne historique.
 
En Espagne, les incendies sont actuellement les deuxièmes plus élevés pour cette période de l’année, avec 8 fois la surface brûlée en une année moyenne, mais ils restent en cours pour battre le record de surface brûlée annuelle établi l’an dernier (2025).
 
Le Président Macron a visité la Gironde hier et s'est présenté ensuite devant les médias. Il a alors qualifié l'été 2026 d'atypique, ce qui veut dire que cet été "sort de la norme". Il a aussi dit qu'un tel feu était "inédit".
 
Derrière l'exercice de style qui doit bien entendu respecter un certain nombre de codes (expliquer, rassurer, montrer le côté exceptionnel de la situation, mettre en avant les moyens déployés et témoigner du soutien de la nation), ces propos appellent quand même certaines remarques.
Si ce type de méga feu convectif est une première en France, ce n'est, de loin, pas la première fois que ce phénomène survient en Europe.
 
Le feu de Pedrogao Grande au Portugal en 2017 fut le premier feu de ce type répertorié (53.000 ha brûlés, 66 morts). En Espagne, les feux de la Sierra de la Culebra (30.000 ha) et du Vall d'Ebo (13.000 ha) en 2022 étaient du même type. En Grèce, le feu de Mati en 2018 a marqué les esprits par son très lourd bilan humain (103 morts), et le feu d'Evros-Alexandroupoli en 2023 est jusqu'alors le plus grand feu jamais observé en Europe (96.000 ha).
 
Si ce type de feu est inédit en France, il ne l’est donc pas en Europe et il était plus que prévisible que ces phénomènes arrivent de plus en plus vers le nord avec le réchauffement climatique.
Enfin qualifier l'été 2026 d'atypique, c'est avoir une vision tournée vers le passé, alors que le réchauffement climatique commande au contraire d’actualiser chaque année les risques et d’être tourné vers l’avenir. Car , si l’été 2026 est beaucoup plus chaud que la normale 1990-2020 (pour l’instant juin 2026 est +3.8°C, record absolu), l‘écart n’est pas si important que ca : la dérive climatique française en explique presque la moitié et rapproche l’été 2026 de l’été 2005 ou 2017.
 
Le président ne peut pas à nouveau nous dire son "qui aurait pu prédire?".
 
Pour information, en 2050, pour une année moyenne :
 
- Les vagues de chaleur seront 5 fois plus fréquentes
- Le risque d’incendies sera multiplié par 2 en nombre de jours à risque élevé et par 4 en surface brûlée
- Les sécheresses des sols seront plus longues et intenses
 
On peut comprendre que le politique soit pris entre deux feux (excusez ce mauvais jeu de mots), à savoir gérer les urgences court terme qui se succèdent et anticiper les menaces long terme. Mais on peut toutefois se demander pourquoi les politiques ont tant de mal à écouter les scientifiques et à intégrer leurs alertes dans l'action politique. En ignorant ou négligeant les messages scientifiques, les politiques voient ces menaces long terme se muer soudainement en priorité court terme, voire immédiate, avec un manque total de préparation.
 
La communauté scientifique des sciences du climat nous dit que ce type de méga feux convectifs ont aujourd'hui 1000 fois plus de risque de se produire à cause du dérèglement climatique. Sortons donc collectivement du déni qui nous habite et préparons sérieusement nos territoires et nos populations au climat des décennies à venir.
 
Et surtout, essayons de choisir des représentants politiques qui prennent en considération ces défis à venir.
 
(par adrien Couzinier)
 
https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/pfbid0MbauxhqRFNPVdRR2m8foe6gi8UwtUw7w4idJNdWFF81CUrUkpyWna73U6MzXfWKrl?ref=embed_page
« J’ai peur qu’on finisse encerclés par le feu »
Quand on pense que Melun devait devenir le nouveau Dubaï...

Quand j’étais étudiant, j’ai été très marqué par un passage des mémoires de Sebastian Haffner, Histoire d’un Allemand. Il y raconte la montée du nazisme par le « petit bout de sa lorgnette ». Son texte, découvert par son fils, sera publié de manière posthume au début des années 2000. Dans le passage en question, Haffner raconte qu’avant d’apprendre « ce que signifie vivre l’histoire en direct », il avait bien sûr vécu des « évènements historiques » (il est né en 1907), mais que jusqu’alors ceux-ci « passaient et le dépassaient » : « La sphère la plus intime restait intacte. »

Puis vint 1933 et l’arrivée au pouvoir du NSDAP. Un « séisme » qui, cette fois, ébranla la vie de chacun et le poussa personnellement à l’exil. Haffner en tire cette conclusion générale :

« Tel “événement historique” passe sur la vie privée – qui est la vraie vie – comme un nuage au-dessus d’un lac : rien ne bouge, on aperçoit tout juste un reflet fugitif. Tel autre agite l’eau à la façon d’un ouragan, au point que le paysage en devient méconnaissable. Quant au troisième, il sera peut-être capable d’assécher tous les lacs. »

J’y ai repensé en voyant les feux s’approcher de Paris. L’été que nous sommes en train de vivre n’a bien sûr rien à voir avec l’ascension d’un parti totalitaire aux desseins exterminateurs, mais il y a dans les sols jaunes et la chaleur étouffante qui nous enveloppe quelque chose qui fait trembler l’intime : cette fois-ci, on éprouve de la peur. Ou pour le dire avec les catégories de Sebastian Haffner, ici mal à propos : l’eau s’agite.

     

Bien sûr, il faut tout de suite préciser que c’est là un sentiment de Parisien de classe moyenne. Pour beaucoup de gens, cela fait longtemps que le réchauffement climatique a bouleversé le quotidien, au point de rendre visible et saillant ce qui est ailleurs encore flou. Même au sein de ce début de saison des feux, en France, les hectares brûlés de Fontainebleau semblent peser médiatiquement davantage que ceux des massifs de la Drôme. Mais la tristesse de ceux qui étaient jusqu’alors épargnés est autant le révélateur d’inégalités environnementales que le signe que des seuils ont été franchis. Un article du Monde se termine par cette phrase d’une habitante d’Achères-la-Forêt, à la lisière de Fontainebleau : « J’ai peur qu’on finisse encerclés par le feu. » C’est bien résumé.

Dans la grammaire utilisée pour parler des feux de forêts, deux métaphores reviennent constamment. Celle de la bête, du monstre, qui avance en rugissant. Et celle de l’ennemi contre lequel il faut lever des moyens militaires. Dans Fire Weather (Knopf, 2023), récit haletant qui raconte la manière dont la ville de Fort McMurray, au Canada, fut ravagée, en 2016, par un feu gigantesque, John Vaillant déploie cette seconde métaphore.

Le feu, nous dit l’écrivain, se comporte comme une armée médiévale. Il y a les troupes à pied, les braises et les flammèches qui avancent lentement dans les herbes basses. Quand les flammes montent vers les cimes des arbres, où elles trouvent un vent plus fort et se déplacent plus vite, c’est la cavalerie qui entre en action. Et si l’incendie crée son propre vent et envoie des brandons dans le sens de sa progression, ce sont les archers que l’on voit poindre dans la bataille. On pourrait compléter la liste avec les éclaireurs – les feux de tourbe (dits zombies) qui se propagent à l’insu de tous par le sol – et les soldats infiltrés derrière les lignes – ces souches qui se consument bien après le passage des flammes et peuvent relancer les hostilités.

Cette métaphore a une utilité. Elle rappelle qu’il arrive que les humains perdent. Une ville assiégée peut voir ses défenses céder malgré les sprinklers, les pare-feu et les bombardiers d’eau. C’est ce qui est arrivé à Fort McMurray, où 90 000 personnes durent être évacuées. Mais l’image a un inconvénient que pointent les historiens du feu : elle nous égare sur l’adversaire. Le grand nom de ce domaine, Stephen Pyne, le disait d’ailleurs en conclusion d’un article publié la même année que cet incendie : « Si nous sommes réellement en guerre contre le feu, trois choses se produiront. Nous dépenserons beaucoup d’argent, nous subirons de nombreuses pertes et nous perdrons. »

C’est aussi ce que nous explique en substance la géographe Pauline Vilain-Carlotti, qui vient de publier L’Epreuve du feu (Flammarion), dans l’entretien qu’elle nous a donné à mon collègue Sébastien Billard et à moi-même. Le feu a toujours fait partie du paysage. En Méditerranée, il a même fait le paysage : des espèces pyrophytes y supportent le passage des flammes (comme le chêne-liège), voire les utilisent pour se reproduire (en éclatant, les cônes de certains pins libèrent leurs graines). Avant la dispersion des habitations, qui complique le travail des pompiers, l’urbanisation se faisait aussi avec ces contraintes en tête : autour des villages, très groupés, il y avait « une succession de différentes strates végétales, de hauteurs différentes, sans continuité de combustible ». Mais tout cela a changé depuis longtemps. Au début des années 1990, un meilleur contrôle des feux naissants et la diffusion de gestes de prévention firent baisser les surfaces brûlées, et nous donnèrent un faux sentiment de sécurité.

   
Surfaces de forêts brûlées chaque année en France entre 1976 et 2022 (datalab).

Ces incendies qui s’échappent des forêts et menacent des villages, voire des villes, ne doivent pas nous faire oublier que le véritable ennemi, c’est un autre feu, celui des combustibles fossiles qui, en réchauffant l’atmosphère, bouleverse les équilibres, fait remonter les flammes, les rend incontrôlables, plus puissantes, plus fréquentes et empêche la végétation de se régénérer. Ironiquement, c’est à 15 km au nord du feu de Fontainebleau qu’était exploité le gisement pétrolier de Chailly mis en route dans les années 1950. Il existe encore quelques puits dans le bassin parisien, qui fut pendant des années, avec celui d’aquitaine, le principal point d’extraction d’hydrocarbures dans l’Hexagone (représentant une part très marginale de la consommation nationale).

Encore tout récemment, Louis Sarkozy expliquait que Melun, porte d’entrée de la forêt de Fontainebleau, « pourrait devenir le nouveau Dubaï » si l’on y relançait des forages. Heureusement, ils sont peu, en France, à pouvoir soutenir ce niveau de ridicule (notons tout de même que les températures fin juin à Melun étaient très proches de celles de Dubaï, Louis Sarkozy est-il satisfait ?), mais à l’échelle mondiale, cela reste à peu près la philosophie. On n’arrête hélas qu’un seul type de pyromanes, ceux qui allument des brindilles avec de l’essence et un briquet. Ceux qui continuent de faire brûler la planète, eux, ont le totem d’impunité.

     
Comment régler mentalement ce cocktail bizarre de tristesse, de colère, sur fond de départ en vacances et de présidentielle qui se prépare ? Dans Les Deux Sources de la morale et de la religion, le philosophe Henri Bergson raconte comment il a appris la déclaration de guerre du 4 août 1914. La perspective du conflit revêtait dans son esprit un « caractère abstrait », bien qu’il fût convaincu de son imminence ; ce qui ressemble fort au goût que laisse la lecture d’un rapport du Giec. Mais lorsqu’il reçut la nouvelle, « ce fut comme si un personnage de légende, évadé du livre où l’on raconte son histoire, s’installait tranquillement dans la chambre ». La guerre avait fait « son entrée dans le réel avec peu d’embarras ».

Toutes proportions gardées, ce n’est pas très loin du sentiment qui nous traverse. Voyez comme l’on s’est déjà habitué à la présence de vagues de chaleur. On prononce déjà la canicule, comme si elle faisait partie de la famille. On dit qu’il faudra faire avec comme si c’était une vieille tante pénible. Pour Bergson, cette familiarité est une réaction défensive, une manière de nous éviter la « contracture de la volonté », la paralysie devant le cataclysme. Tout se passe comme si « la nature » voulait « susciter précisément entre nous et l’événement simplifié […] cette camaraderie qui nous met à notre aise, nous détend ». C’est ce qui m’inquiète. Que l’on s’y fasse et que l’on glisse ainsi du reflet sur l’eau à l’assèchement de tous les lacs ◆

   
Rémi Noyon
Incendies : le Portugal se prépare à un été “extrêmement difficile”...

Les autorités du pays redoutent un terrible été d’incendies, en raison notamment de l’accumulation exceptionnelle de végétation après les pluies hivernales. La presse portugaise prévient que des dizaines de milliers d’hectares doivent encore être débroussaillés, tandis que des tensions persistantes sont observées chez les pompiers.

Le Portugal se prépare au pire. À partir de ce vendredi 15 mai, son plan national de lutte contre les incendies ruraux franchit un nouveau cap, avec le déclenchement de la phase “Bravo”. Concrètement, son dispositif est renforcé avec près de 12 000 agents mobilisés et 2 600 véhicules, ainsi que 37 moyens aériens. Pour la première fois, deux hélicoptères Black Hawk de l’armée de l’air participeront directement aux opérations, rapporte Expresso.

Le dispositif montera encore en puissance à partir de juin, puis atteindra son niveau maximal entre juillet et septembre avec plus de 15 000 agents et 81 moyens aériens mobilisés dans tout le pays. Car l’urgence se fait déjà sentir et “les premiers mois de l’année sont loin d’être rassurants”, annonce l’hebdomadaire dans son édition papier ce vendredi :

“Jusqu’au 15 avril, la gendarmerie a enregistré 1 665 incendies ruraux ayant ravagé 7 675 hectares, notamment à cause du manque d’entretien des forêts et des brûlages non contrôlés. C’est plus du double que l’an passé à la même période.”

“Une forte démotivation dans les casernes”

À l’approche de leur retour au front, les pompiers, de leur côté, dénoncent dans les colonnes d’Expresso un manque de moyens et des tensions salariales. Ils témoignent d’une “forte démotivation dans les casernes”. Par ailleurs, des doutes subsistent quant à l’efficacité sur le terrain des nouveaux hélicoptères Black Hawk.

Le gouvernement, lui, mise sur une réaction rapide durant les quatre-vingt-dix premières minutes d’un incendie, avec davantage de moyens aériens, notamment de drones, et d’outils technologiques. Récemment, le ministre de l’Intérieur, Luís Neves, cité par Público, relayait la préoccupation des autorités et leur plan d’action :

“L’été s’annonce terrible et pourrait être extrêmement difficile […]. Il faut couper la végétation, nettoyer les terrains et dégager les voies d’accès.”

Au total, 40 000 hectares sont encore à débroussailler. Aussi, selon le ministre, “10 000 kilomètres de routes, de chemins ruraux, de pare-feu et de terrains à nettoyer ont été identifiés, et en une semaine, 3 000 kilomètres ont déjà été nettoyés, soit pratiquement un tiers”.

Protéger les forêts

Face au risque accru lié aux fortes pluies, à l’accumulation de végétation et aux milliers d’arbres tombés après les tempêtes hivernales, le gouvernement appelle les propriétaires à défricher rapidement autour de leurs habitations. Aussi vient-il de relancer un dispositif inédit, constate le Jornal de Negócios : les terrains ruraux sans propriétaire identifié pourront être enregistrés provisoirement au nom de l’État.

Créée après les feux meurtriers de Pedrógão Grande en 2017 mais jamais appliquée, la mesure vise à retrouver, géolocaliser et entretenir des milliers de parcelles abandonnées, souvent transmises sans enregistrement officiel. L’État se propose même d’enregistrer au cadastre tous les terrains gratuitement jusqu’à septembre, et donc d’épargner ces coûts aux propriétaires.

Après une période de cent quatre-vingts jours, les terrains sans propriétaire connu passeront sous gestion publique pendant quinze ans, notamment via l’entreprise forestière publique Florestgal. Les propriétaires légitimes pourront encore les réclamer durant ce délai. Passé ce cap, les terres intégreront définitivement le patrimoine privé de l’État. Objectif affiché : lutter contre l’abandon rural et limiter l’extension des incendies.

Dans un second article, le quotidien économique annonce que le Portugal vient aussi de lancer une procédure simplifiée pour fusionner plusieurs petits terrains ruraux en une seule propriété plus grande. Le dispositif passe par la plateforme numérique BUPi, créée pour moderniser le cadastre portugais et réduire le morcellement des terres héritées sur plusieurs générations, souvent sans cadastre clair. L’un des principaux problèmes du Portugal rural pour le défrichage et la prévention des feux.

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Les Pays-Bas en proie aux feux de forêt...

Une sécheresse persistante et des vents violents rendent le pays particulièrement vulnérable en ce moment. Plusieurs incendies se sont déclarés en l’espace de quelques heures, dont deux sur des sites d’entraînement militaire – ce qui n’est pas rare, relève “NRC”...

Des collines boisées qui jouxtent La Haye, “il ne reste qu’un paysage lunaire”, décrit De Volkskrant. Le feu s’est déclaré mardi 28 avril au soir dans le Westduinpark, réduit à des “petites collines noircies” encore mouillées à la suite de l’intervention des pompiers. “Le sol est jonché de coquilles d’escargots qui n’ont pas survécu à l’incendie. Il flotte une odeur de cendrier humide.”

Le lendemain, quatre autres grands incendies se sont déclarés à différents endroits du territoire néerlandais, particulièrement exposé ces jours-ci en raison d’une “sécheresse persistante et de la survenue de vents violents”. Toutes les provinces sont considérées comme à risque, indiquent sur leur site les pompiers néerlandais.

Sur le terrain d’entraînement de ’t Harde, dans le centre du pays, le feu a pris mercredi matin au cours d’un exercice militaire. Rapidement, on a pu voir et sentir la fumée de loin : à Almere, à Amsterdam – quelque 70 kilomètres plus loin – et jusqu’à l’autoroute qui relie la capitale à La Haye, “à divers endroits du pays on a pu voir de vastes nuages de fumée foncée” et les habitants ont reçu le conseil de fermer portes et fenêtres, explique un reporter de NRC. Plus près du foyer, un tronçon d’autoroute a été fermé dans les deux sens à cause du manque de visibilité.

Mitrailleuse, canons et explosifs

Entre 100 et 150 pompiers s’attellent toujours à maîtriser cet incendie qui s’est étendu sur quelque 500 hectares et dont l’origine est bien l’exercice militaire, écrit NRC, citant un porte-parole de la gendarmerie.

“Il n’est pas rare que des incendies surviennent lors d’exercices militaires”, précise le journal néerlandais de référence :

“Selon les données de l’Institut de sécurité publique néerlandais, l’an dernier, près de deux incendies sur dix en milieu naturel ont eu lieu sur des terrains d’entraînement militaire. En 2024, c’était même près de quatre sur dix.”

D’ailleurs, un autre incendie, d’ampleur plus réduite, s’est déclaré mercredi soir sur un terrain d’exercice de Drenthe, dans le nord du pays. Quant à l’exercice organisé à ’t Harde, “d’après le planning de la Défense, il était prévu de procéder à des exercices de tir à la mitrailleuse et au fusil, ainsi qu’au canon et aux explosifs”.

“La nature étant très inflammable en ce moment, on peut se demander s’il est bien raisonnable d’organiser un entraînement avec des explosifs”, réagit le professeur Guido van der Werf, spécialiste des incendies en milieu naturel et du cycle du carbone à l’université de Wageningue, auprès du journal.

Dans son suivi en direct, NRC souligne les difficultés spécifiques auxquelles sont confrontés les pompiers à ’t Harde, où ils doivent “tenter d’éteindre le feu à distance en raison des munitions qui gisent sur le terrain” et que “la chaleur du sol pourrait faire exploser”.

https://www.courrierinternational.com/une/une-du-jour-les-pays-bas-en-proie-aux-feux-de-foret_243562

CALGARY, 2 juin (Reuters) – Les incendies de forêt qui ravagent la province canadienne productrice de pétrole de l'Alberta ont affecté plus de 344 000 barils par jour de production de sables bitumineux, soit environ 7 % de la production totale de pétrole brut du pays, selon les calculs de Reuters.

https://www.reuters.com/business/energy/albertas-wildfires-disrupt-some-7-canadas-oil-production-2025-06-02/

Ce n'est pas négligeable pour les États-Unis, cela représente 0,34/13 = environ 2,5 % de la production de brut + condensat et, surtout, ce sont les produits les plus lourds (diesel)

Les dernières données de Bloomberg montrent que 29 incendies incontrôlables font rage à 19 kilomètres de sites massifs de puits de sables bitumineux qui produisent 459 000 barils de pétrole par jour.

Les incendies se propagent désormais dangereusement à proximité des principales exploitations de sables bitumineux.

Contexte important : Le Canada est le plus grand fournisseur étranger de pétrole des États-Unis, représentant environ 60 % des importations totales de brut, la grande majorité provenant des sables bitumineux de l'Alberta.

https://www.zerohedge.com/commodities/alberta-wildfires-threaten-oil-sands-output-energy-experts-closely-monitoring-inferno

Les mégafeux de forêt redémarrent déjà au Canada...

La saison des feux a débuté par un drame au Canada. Comme les autorités le craignaient depuis plusieurs semaines, des sinistres particulièrement violents font rage cette année, en raison de la sécheresse, des fortes chaleurs et des vents puissants. Deux personnes prises au piège alors qu’elles se trouvaient dans leur maison sont mortes dans le centre du pays le 15 mai.

On dénombre actuellement 92 incendies actifs au Canada et plus de 260 000 hectares ont déjà brûlé en 2025. Avec le réchauffement climatique, le pays est frappé par une série de méga-incendies de plus en plus fréquents et violents, qui se rapprochent des zones habitées.

Le pays a connu en 2023 la pire saison des feux de son histoire. En 2024, 18 millions d’hectares de forêt sont partis en fumée au Canada, l’équivalent de la surface de l’Angleterre et de la Suisse réunies. Selon les prévisions des autorités du Canada, la saison des feux de forêt pourrait être « au-dessus de la normale » dans le centre et l’ouest du Canada en juin et juillet, et « bien au-dessus de la moyenne » en août.

 

 

https://reporterre.net/Les-megafeux-de-foret-redemarrent-deja-au-Canada

Incendies en Grèce : Athènes sera-t-elle bientôt inhabitable ? Un modèle urbanistique et économique en crise....
 
Après trois jours de lutte contre le feu, les habitants – qui avaient été évacués – sont rentrés chez eux et ont découvert l’ampleur des dégâts. De nombreuses maisons ont été endommagées, d’autres ont été réduites en cendres. Des entreprises sont détruites, des voitures calcinées et la forêt est ravagée. Actuellement, un nuage de fumée pollue encore l’atmosphère de la capitale.
 
Face à ce spectacle de désolation et à ces images apocalyptiques, le mécontentement des habitants monte.
 
Si ce n’est pas la première fois qu’il y a des feux de forêt, c’est la première fois qu’ils entrent dans l’espace urbain et qu’ils se rapprochent du centre de la capitale. Aux yeux des habitants, c’est un problème fondamental et un défi que la Grèce n’a pas relevé.
 
Les Athéniens pourront-ils continuer à habiter à leur ville dans le futur ?
 
C'est une question qui s’impose dans la tête des habitants encore aux prises avec un important nuage de fumée qui plane toujours sur la capitale et rend l’habitat inhabitable et opaque. "Construit sans véritable plan d’aménagement des sols, l’habitat d’Athènes est dense, mal aéré et ne compte que peu d’espaces verts. Il y a quelque chose d’inquiétant" estime notre correspondant à Athènes.
 
Entre 2017 et 2023, un tiers de la surface forestière de l’Attique autour d’Athènes a brûlé.
Les sols dévastés par plusieurs incendies et par les inondations sont d’autant plus difficiles à récupérer et à reboiser.
 
Et les risques d’inondation sont renforcés par l’absence d’arbres. Le cycle du renouvellement de l’air est également perturbé.
 
https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/
(par adrien Couzinier)

Incendies, chagrin et paralysie...

 

 

    « À moins que nous ne soyons prêts à nous évader dans la sentimentalité ou la fantaisie, le mieux que nous puissions faire face aux catastrophes, même les nôtres, est souvent de découvrir exactement ce qui s'est passé et de restaurer certaines des parties manquantes. » - Norman Maclean, Les jeunes gens et le feu

Le grand incendie de Jasper, lieu de réconfort national, témoigne d'une tragédie en cours dont nous n'osons pas nommer les nombreux éléments, et encore moins en discuter.

Plusieurs grands incendies sont contenus dans cette seule tragédie, et pourtant, en tant que Canadiens, nous continuons à les nier, de la même manière que les politiciens désinvoltes prétendent que nous pouvons reconstruire en mieux une fois qu'une nouvelle conflagration a consumé une autre ville ou un autre village.

Oui, nous pouvons restaurer des maisons, souvent avec des matériaux de moindre qualité, mais pas sans perdre le cœur. Le chagrin n'est pas une chose que l'on peut chasser comme un chien. Il s'accroche à nous, laisse une trace et ne part qu'après avoir réorganisé notre être. « Qui ne sait pas cela ne sait pas grand-chose », disait la poétesse Mary Oliver. Contrairement à la croyance populaire, la résilience n'est pas un chewing-gum que les politiciens peuvent acheter dans un magasin à un dollar.

Nos cerveaux primitifs peuvent bien sûr imaginer l'énorme mur de flammes de 100 mètres, alimenté par la chaleur et le vent, qui a englouti le parc national de Jasper et sa ville, comme une bête monstrueuse qui générait ses propres éclairs.

Ce que nos cerveaux ne parviennent pas à saisir, c'est la façon dont l'échelle de l'industrie humaine façonne désormais ces monstres et multiplie leur nombre impressionnant. Certains parlent de dépassement, d'autres de métacrise. Ce terme maladroit et inadéquat englobe tout, de la complexité technologique diabolique à l'épuisement des sols et des océans. Il en va de même pour la mort silencieuse des oiseaux et des poissons à cause du plastique.

Mais la réalité est plus complexe que cela. Une espèce a trouvé une source d'énergie remarquable : les combustibles fossiles. Puis un milliard d'humains se sont gavés de cette ressource pour devenir huit milliards d'individus servis par 500 milliards d'esclaves énergétiques mécaniques - les appareils qui nous servent, des voitures aux grues en passant par les cuisinières.

La pollution générée par ces esclaves a fait fondre les glaces, acidifié les océans, asséché les forêts, grillé le climat et contaminé le monde à jamais avec des produits chimiques. Pourtant, l'ampleur de notre destruction nous échappe. Le Titanic poursuit sa route, ignorant tout péril, parce que son métabolisme exige davantage de carburant et de croissance. Tandis qu'une moitié de l'équipage réclame une musique plus entraînante, l'autre moitié propose d'électrifier le moteur avec des matériaux encore plus rares. Pendant ce temps, personne ne veut discuter de l'ampleur de la tragédie qui se déroule sur le pont.

L'une des forces à l'origine du mur de flammes qui a consumé Jasper dépasse l'imagination et n'appartient à aucun parti politique. Les scientifiques peuvent désormais mesurer la quantité d'énergie absorbée par la Terre en provenance du soleil et la quantité d'énergie qui s'en échappe. La quantité d'énergie entrante doit être égale à celle qui s'écoule dans l'espace afin de maintenir un climat « Boucles d'or ». Les émissions de dioxyde de carbone agissent comme une énorme couverture qui fausse l'équilibre.

En conséquence, le déséquilibre énergétique de la Terre change, et rapidement. Il y a une dizaine d'années, la quantité d'énergie piégée par les émissions de CO2 équivalait à la force de 400 000 bombes atomiques d'Hiroshima par jour, tous les jours. Aujourd'hui, elle équivaut à la force de 800 000 bombes d'Hiroshima par jour.

Cela explique pourquoi nos océans connaissent des « anomalies de chaleur » et pourquoi nos forêts en feu expulsent plus de CO2 que les arbres existants n'en capturent. Cela explique la férocité croissante des inondations, des ouragans et des vagues de chaleur qui s'abattent sur la civilisation comme des fléaux d'antan.

Pour comprendre la calamité de Jasper et des autres Jaspers à venir, il est important de fermer les yeux et d'imaginer l'explosion de cinq bombes atomiques par seconde. Le climatologue James Hansen a récemment fait remarquer que tant que l'énergie entrante sera supérieure à l'énergie sortante, tant que le déséquilibre énergétique de la Terre sera positif, la planète continuera à se réchauffer.

L'inertie est un autre feu qui fume notre vision et embrume nos cerveaux. Nos dirigeants continuent de promettre une transition énergétique magique, mais la consommation de combustibles fossiles continue d'augmenter.

Nous n'osons pas admettre que le métabolisme d'une civilisation très énergivore ne peut tout simplement pas changer, à moins d'une crise cardiaque.

Nous ne voulons pas non plus envisager qu'elle puisse s'effondrer aussi rapidement qu'une forêt de pins tordus mature attaquée par les scolytes.

Face à ces réalités, nous restons muets, incapables de réagir. Comment la grande historienne Barbara Tuchman l'a-t-elle exprimé ? « Dans la balance de l'histoire, l'inertie pèse plus lourd que le changement.

L'un des aspects les plus troublants de l'incendie de Jasper a été la réaction polarisée du public. La gauche a blâmé l'aversion du premier ministre Danielle Smith à accepter la réalité du changement climatique, et la droite a blâmé Justin Trudeau et les scolytes. La droite a affirmé que le gouvernement fédéral avait mal géré la forêt, tandis que la gauche a hurlé que le gouvernement de l'Alberta avait sous-financé la lutte contre les incendies et ne s'était pas préparé aux impacts non linéaires du changement climatique.

Pourtant, il y a beaucoup de choses à se reprocher. En tant qu'espèce, nous nous sommes installés dans la forêt et avons ensuite supprimé le feu, un agent de renouvellement, pendant bien trop longtemps, et nous avons brûlé des combustibles fossiles pour terraformer ces paysages avec abandon. Aujourd'hui, avec tous les détritus humains qui encombrent le paysage, des pipelines aux lignes électriques, nous craignons autant les brûlages dirigés que les éclairs et les feux de camp incontrôlés.

Là encore, l'incendie de Jasper est révélateur d'une vérité plus grande. Une conflagration n'a pas de couleur politique. Elle fait disparaître tout idéologue en un instant. Elle réduira en cendres l'os de l'orgueil humain. Un train de marchandises à la dérive, qui ressemble au rugissement d'un incendie de forêt, ne se soucie pas de savoir si les idiots qui jouent sur la voie sont profondément polarisés sur les accidents de train.

Mon ami Ed Struzik, l'auteur de Dark Days at Noon (une magnifique histoire du feu au Canada), a contribué à remettre les pendules à l'heure. Le parc national de Jasper a fait plus d'efforts pour réduire les risques d'incendie que n'importe quel autre territoire de l'Alberta. Si les incendies de forêt, alimentés par le réchauffement climatique, les dépenses énergétiques illimitées et l'augmentation de la population humaine, ne peuvent être stoppés, cela signifie que presque toutes les communautés des contreforts et du Nord peuvent s'attendre à ce que la tragédie arrive à leur porte tôt ou tard.

Un schéma se répète sans cesse. Une semaine, nous voyons 10 000 touristes britanniques évacuer l'île de Rhodes ; la semaine suivante, nous apprenons que 100 personnes sont mortes dans les flammes à Lahaina, à Hawaï. Les villes de Lytton, en Colombie-Britannique, puis d'Enterprise, dans les Territoires du Nord-Ouest, disparaissent en un éclair. Les flammes font éclater la peinture des voitures qui s'enfuient. Puis Yellowknife est évacuée. West Kelowna brûle. Et maintenant Jasper.

Les faits ne semblent pas nous déranger outre mesure. Ni même changer notre mode de pensée réductionniste. Nous restons un animal émotif et moralisateur, facilement submergé par trop d'informations. Ceux qui pensent qu'Internet est une bonne idée n'ont pas lu l'histoire de la Tour de Babel.

L'année dernière, les incendies de forêt au Canada ont transformé près de 7,8 millions d'hectares de forêt en charbon de bois. Cela représentait plus d'un quart de la perte totale de couvert forestier au cours de l'année. En conséquence, les émissions des forêts canadiennes en feu ont été cinq fois plus importantes que celles des projets d'exploitation des sables bitumineux. Elles ont même dépassé de trois fois les émissions industrielles nationales. Le grand incendie de 2023 a rejeté près de quatre fois les émissions de carbone du secteur mondial de l'aviation en 2022.

Comme il fait de plus en plus chaud, et c'est ce que l'on prévoit, on peut voir où cette tragédie va nous mener. On se souviendra de Jasper comme d'un petit paragraphe dans un nouveau livre de révélations - notre livre collectif de pertes.

L'arrogance est un autre feu qui brûle intensément. L'homme a construit une technosphère à haute énergie qui dépend des combustibles fossiles, mais cette technosphère reste attachée et dépendante d'une biosphère gravement endommagée.

La nature comprend l'importance de la volatilité et de la variation. En tant qu'animaux, nous sommes soumis à ces lois, quelle que soit notre classe sociale ou notre compte TikTok. Nous avons déjà essayé, mais nous ne pouvons pas plus annuler l'histoire que nous ne pouvons supprimer la tragédie de nos vies.

J'ai un jour pensé que les incendies de Slave Lake et de Fort McMurray pourraient nous ramener à la raison et nous inviter à la clarté.

Mais ce ne fut pas le cas. L'humilité est un trait humain rare, et le déni reste un canapé confortable.

Quoi qu'on vous ait dit, le changement climatique n'est pas un problème technique avec une solution définie, mais une manifestation d'un problème beaucoup plus profond : trop de gens consomment trop de combustibles fossiles et de ressources sur une planète finie et inflammable.

Notre polarisation croissante nous montre à quel point ce problème est devenu grave. Les civilisations échouent lorsque leurs élites ne parviennent plus à se mettre d'accord sur la nature des menaces, et encore moins sur la manière d'y répondre. En déplorant la ruine du feu, comme ils doivent le faire, nos dirigeants déclarent involontairement leur impuissance, voire leur incompétence.

Chaque communauté forestière du Canada ressemble de plus en plus à une Pompéi imprudente au pied du mont Vésuve. Je le sais, car j'habite une de ces communautés dans les Porcupine Hills. Je suis entouré de sapins qui se dessèchent et de fétuque inflammable. Cela fait 150 ans que les autorités suppriment les incendies, et je crains que les conséquences ne soient épiques.

L'écrivain Norman Maclean a grandi dans l'Ouest et a compris sa sécheresse et son orgueil. Il n'a pas beaucoup écrit, mais tout ce qu'il a écrit est un don de Dieu. Avant de mourir, il a raconté l'incendie de Mann Gulch en 1949 dans Young Men and Fire.

Cet événement monstrueux a coûté la vie à 13 jeunes hommes par une chaude après-midi dans le Montana. Ce jour-là, des températures de 36°C avaient desséché la forêt. Mais les arbres n'étaient probablement pas aussi stressés et secs que ceux qui cuisent aujourd'hui dans les contreforts et les forêts boréales.

Tous ces jeunes hommes dynamiques, membres d'élite des Smokejumpers, pensaient être à l'abri de la tragédie. Comme nous, ils ont vu le feu arriver, mais ils n'ont pas pu le déjouer.

    « Il y a beaucoup de tragédies dans l'univers qui ont des parties manquantes et qui n'aboutissent à aucune conclusion », a écrit Maclean. « Y compris probablement la tragédie qui nous attend, vous et moi.

Par Andrew Nikiforuk, initialement publié par The Tyee

https://www.resilience.org/stories/2024-07-31/wildfires-grief-and-paralysis/

Canada : les incendies de 2023 ne se sont jamais éteints...

 

Plus des trois quarts des 70 incendies de forêt qui brûlent déjà dans l’ouest et le nord du pays ont débuté en 2023 et ne se sont jamais éteints. Les températures anormalement chaudes et le peu de précipitations font craindre une saison précoce cette année. À Ottawa, le gouvernement se prépare depuis janvier, cinq mois plus tôt que prévu.

« Beaucoup d’entre eux sont des incendies persistants de 2023 qui ont couvé pendant l’hiver chaud et sec que nous avons connu et qui sont devenus plus actifs à mesure que le printemps avance », a expliqué Michael Norton, directeur général du Centre de foresterie du Nord du ministère des Ressources naturelles, lors d’une séance d’information mercredi.

En tout, ce sont 55  incendies de 2023 sur les 70 foyers actifs qui brûlent dans le nord de la Colombie-Britannique, le nord de l’Alberta et le sud des Territoires du Nord-Ouest.

« Il existe des couches organiques plus profondes, soit la tourbe, qui peuvent atteindre une profondeur de 40 centimètres ou plus. Et ce qui se passe, c’est que le feu peut couver sous terre à environ 10, 20 ou 30 centimètres alors qu’il y a encore de la neige au sol », explique le professeur Mike Flannigan, de l’Université Thompson Rivers en Colombie-Britannique, spécialisé dans l’étude des incendies de forêt.

« Il brûle très lentement, mais continue de brûler tout l’hiver si les conditions sont favorables », ajoute-t-il.

C’est ce qui est arrivé lors de l’incendie de 2016 qui a ravagé Fort McMurray, en Alberta. Il a seulement été éteint complètement l’été suivant, en 2017.

Des incendies en dormance

Cette année, on a déjà pu voir de la fumée traverser des autoroutes en plein hiver dans le nord de la Colombie-Britannique, signe que ces foyers souterrains sont nombreux, fait remarquer le professeur Mike Flannigan.

Il note que ces incendies en dormance sont fréquents et qu’ils ne sont généralement pas un problème, mais ils pourraient rapidement le devenir cette fois. Les feux l’an dernier étaient nombreux et atteignaient parfois « la superficie de l’Île-du-Prince-Édouard », laissant derrière eux beaucoup de ces « points chauds ».

 

Le spécialiste ne s’attend toutefois pas à revoir une saison aussi dévastatrice que celle de l’an dernier « de son vivant ».

Quoi qu’il en soit, le gouvernement se prépare à une saison équivalente sinon pire. « Nous pouvons nous attendre à ce que la saison des incendies de forêt commence plus tôt, se termine plus tard et soit potentiellement plus explosive », a affirmé sans détour le ministre de la Protection civile du Canada, Harjit Sajjan, lors d’une conférence de presse pour faire le point sur la situation.

D’autres incendies risquent de se déclencher dans l’ouest du Québec, le nord de l’Ontario, dans les Prairies et dans l’est et le sud de la Colombie-Britannique avec les températures plus chaudes que la normale et le peu de pluie et de neige qui est tombée au sol durant l’hiver.

Onze province et territoires se sont entendus avec le gouvernement fédéral pour obtenir une part des 256 millions sur cinq ans alloués dans le budget de 2022. Le ministre des Ressources naturelles, Jonathan Wilkinson, avait bon espoir mercredi de s’entendre avec le Québec bientôt.

Leçons tirées

Le Canada a connu la pire saison des incendies de forêt l’an dernier, qui ont détruit 15 millions d’hectares et mené à l’évacuation de 230 000 personnes. En tout, 6623 foyers d’incendie avaient été répertoriés dans l’ensemble du pays.

« On a appris des leçons de l’année passée et on fait des choses différemment cette année », a reconnu la ministre des Services aux Autochtones, Patty Hajdu.

L’an dernier, 82 communautés autochtones un peu partout au pays ont dû être évacuées en raison des incendies de forêt. La Presse avait visité en mai celle de Sturgeon Lake, en Alberta, où des dizaines de maisons avaient été rasées par les flammes.

Le gouvernement a annoncé mercredi 166,2 millions au cours des cinq prochaines années pour aider les Premières Nations à faire face aux catastrophes naturelles. Le programme de paiements anticipés pour permettre aux communautés autochtones de se préparer est étendu à l’ensemble du pays. Le gouvernement fédéral financera également 48 postes de coordonnateurs pour la gestion des urgences, soit un dans chacune des communautés autochtones de l’Alberta pour effectuer ce travail de préparation. Cela porte le nombre total de ces coordonnateurs à 248 à l’échelle du pays.

Par ailleurs, le gouvernement doublera le crédit d’impôt pour les pompiers volontaires et les bénévoles en recherche et en sauvetage dans son prochain budget. Ce crédit passera ainsi de 3000 $ à 6000 $ dès 2024. Cette mesure vise à remettre 900 $ dans les poches des pompiers bénévoles qui œuvrent dans les petites communautés. Le gouvernement estime qu’elle coûtera en tout 105 millions sur six ans.

 
Crise climatique : Les sapeurs-pompiers à bout de souffle face à l’avancée des feux de forêts

Embrasement Matériel en souffrance, effectif insuffisant… Face au changement climatique et à l’augmentation du nombre d’hectares de forêt détruits, chaque année, par les feux, les sapeurs-pompiers ont de plus en plus de mal à faire face

Il n’y a pas de fumée sans feu. 66.393 hectares* de forêt brûlés en 2022, contre 1.694 en 2008. Chaque année, le scénario catastrophe des feux de forêt, en France, se rapproche encore un peu plus du point de rupture. Crise climatique oblige, la canicule et les sécheresses qui en découlent sont de plus en plus mortifères pour la végétation, quelle qu’elle soit. Et pour les habitations alentour aussi.

« L’année dernière, nous avons échappé de justesse au drame. Malgré les nombreux feux qui se sont déclarés un peu partout dans le pays, nous n’avons déploré aucun mort », souffle Peter Gurruchaga, secrétaire général CGT des Sdis et sapeur-pompier dans le Val-d’Oise.

Pourtant, l’adaptabilité des troupes n’est pas chose facile. Manque de moyens matériels, crise des vocations, dangerosité du métier, les sapeurs-pompiers tirent la langue depuis plusieurs années maintenant. Avec la suppression de 1.000 camions-citernes depuis 2006, et une stratégie nationale difficilement duplicable d’une région à l’autre, pour des raisons géographiques et climatiques notamment, la profession est mise à mal. Alors, l’année 2022 encore bien présente dans les esprits des troupes, la saison estivale est, forcément, très redoutée.

Une extension géographique du risque d’incendie

« Avec le changement climatique, nous sommes désormais obligés d’ajuster la période de surveillance des zones sensibles, explique Peter Gurruchaga. Maintenant, c’est une problématique qui est désormais présente quasiment toute l’année » assure-t-il. Pour preuve, les plus de 20.000 hectares de forêts déjà partis en fumée depuis le début de l’année 2023. Car la stratégie qui consiste en l’attaque massive de feux naissants semble avoir atteint ses limites.

L’année dernière, les sapeurs-pompiers avaient dû faire face à des feux de forêt simultanés, en Gironde et dans l’Aude, entre autres. Et des régions comme la Bretagne, la façade atlantique ou encore le Massif centrale, jusque-là préservées, avaient dû faire face à leurs tout premiers feux de forêt.

« On pensait, jusqu’à maintenant, que la stratégie mise en place à la suite des énormes feux qui ont frappé le sud-est de la France, dans les années 1990, pouvait suffire. Sauf que les camions-citernes ont été délaissés. Et aujourd’hui, on se rend compte qu’ils sont indispensables », déplore le syndicaliste.

En déficit de camions-citernes pour 2023

Alors, pour répondre à une demande pressante de la profession, et à une nécessité pour éviter de voir se perdre les milliers d’hectares de forêt du pays encore debout, le gouvernement a annoncé, en avril dernier, une batterie de mesures visant à renforcer les bataillons. « C’est bien d’annoncer la commande de 1.100 camions-citernes feux forêt, le problème c’est que ça arrive un peu tard. Car avec les difficultés, ces derniers mois, de se procurer certains matériaux, nous en manquerons pour faire face aux feux de cet été », regrette Peter Gurruchaga.

En soutien aux sapeurs-pompiers, l’ONF et Météo-France ont d’ores et déjà mis en place des stations et capteurs supplémentaires permettant de détecter des changements de la pression atmosphérique ou de la fumée avant un départ de feu. Météo-France a également lancé une « météo des forêts » pour alerter sur les risques de départ de feu par départements.

Emilie Petit

 

Article de CNN : Les plus grandes zones humides du monde sont en feu. C'est un désastre pour nous tous


Traduction d'une partie de l'article : "Le monde a vu la Californie et l'Amazonie partir en flammes cette année, mais la plus grande zone humide tropicale de la planète est en feu depuis des mois, sans que le monde extérieur ne s'en aperçoive.


La région du Pantanal, en Amérique du Sud, a été frappée par les pires incendies de forêts depuis des décennies. Les flammes ont déjà consumé environ 28 % de la vaste plaine d'inondation qui s'étend sur certaines parties du Brésil, de la Bolivie et du Paraguay. Ils ne sont pas encore complètement maîtrisés.


Les incendies ont détruit des habitats uniques et détruit les moyens de subsistance de nombreuses communautés indigènes du Pantanal. Mais leurs effets néfastes s'étendent bien au-delà de la région.

Les zones humides comme le Pantanal sont les puits de carbone les plus efficaces de la Terre, des écosystèmes qui absorbent et stockent plus de carbone qu'ils n'en libèrent, le maintenant ainsi à l'écart de l'atmosphère. Avec une superficie d'environ 200 000 kilomètres carrés, le Pantanal comprend environ 3 % des zones humides de la planète et joue un rôle clé dans le cycle du carbone.


Lorsque ces écosystèmes riches en carbone brûlent, de grandes quantités de gaz qui retiennent la chaleur sont rejetées dans l'atmosphère, contribuant ainsi à l'effet de serre.

"Le Pantanal est très important pour la planète, il possède des zones sauvages uniques qui sont fondamentales pour la vie sur Terre", a déclaré André Luiz Siqueira, le PDG d'ECOA, une ONG environnementale basée dans l'État brésilien du Mato Grosso do Sul. "Il est vital qu'elle reçoive autant d'attention que l'Amazonie".
L'Institut national de recherche spatiale du Brésil (INPE) a détecté plus de 21 200 incendies dans le biome du Pantanal depuis le début de l'année, un chiffre qui est déjà supérieur de 69 % au record de 2005, où l'INPE avait enregistré environ 12 500 incendies. Rien qu'en septembre, 8 106 incendies ont été enregistrés, soit plus de quatre fois la moyenne historique du mois.

Alberto Setzer, un scientifique de l'INPE, a déclaré que les données satellitaires montrent que les incendies sont les pires depuis le début des enregistrements en 2002, tant en termes de nombre d'incendies individuels que de la zone brûlée.


Les habitats caractéristiques du Pantanal reposent sur ce que les scientifiques appellent "l'impulsion de l'inondation". Pendant la saison des pluies, entre novembre et mars, les trois quarts de la plaine sont inondés, mais une grande partie de l'eau s'écoule pendant les mois secs, d'avril à septembre. Cette inondation saisonnière fait du Pantanal un biome unique où de grandes étendues de terre se transforment régulièrement en habitats aquatiques et vice-versa.


La région abrite des milliers d'espèces menacées ou inhabituelles, notamment des jaguars, des capybaras, des caïmans noirs, des loutres géantes et des aras jacinthes. C'est également une étape importante sur les routes d'environ 180 espèces d'oiseaux migrateurs.

Selon le Fonds mondial pour la nature (connu sous le nom de World Wildlife Fund aux États-Unis et au Canada), le Pantanal possède la plus grande concentration d'animaux sauvages en Amérique du Sud, plus élevée que celle de son voisin du nord plus célèbre, l'Amazone.
Mais la saison sèche de cette année est la plus sévère depuis les années 1970. "Il y a eu une situation d'urgence climatique, avec une grande sécheresse, jamais vue auparavant", a déclaré M. Siqueira.
Des incendies occasionnels sont normaux dans le Pantanal, à tel point que certaines plantes de la région ont développé une résistance aux incendies - par exemple en cultivant une écorce épaisse ou en recouvrant leurs graines d'une coquille dure. Mais les conditions exceptionnellement sèches de cette année ont vu les feux se propager plus loin et plus rapidement car il y avait moins de barrières d'eau naturelles. Même les zones qui restent normalement humides se sont transformées en poudrières."


(posté par Joëlle Leconte)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10159819524042281

 

Des feux de forêt sans précédent étouffent l'Arctique sous la fumée

À l'heure actuelle, une grande partie du sommet du monde est en fumé. Les satellites de la NASA ont observé ce qui ressemble à un vortex de fumée tournant au-dessus de la Sibérie, qui est en feu depuis des semaines.

De multiples satellites en orbite ont surveillé d'énormes panaches de fumée provenant d'incendies de forêt dans certaines parties de la Russie, notamment en Sibérie, ainsi qu'au Canada et en Alaska.

Depuis quelques mois, les scientifiques du Service européen de surveillance de l'atmosphère Copernicus (CAMS) surveillent plus d'une centaine d'incendies au-dessus du cercle polaire arctique, tous émettant dans le ciel des particules et d'autres polluants.

"Je pense qu'il est juste de dire que les feux de forêt du Cercle polaire arctique de juillet sont maintenant à des niveaux sans précédent ", a déclaré Mark Parrington, scientifique principal de Copernicus, lundi sur Twitter.

Santiago Gasso, spécialiste de l'atmosphère, affirme que les incendies qui ont ravagé les régions sibériennes du Krasnoyarsk Krai et du Sakha ont " maintenant créé un couvercle de fumée s'étendant sur 4,5 millions (km2) au-dessus de l'Asie centrale nord. C'est stupéfiant."

Gasso dit que la couche de fumée est équivalente à celle d'un nuage mince "entraînant une réduction importante du rayonnement solaire à la surface".

En plus de dégrader la qualité de l'air, toute cette fumée crée une rétroaction nuisible qui pourrait exacerber les changements climatiques, ce qui a contribué à créer les conditions de la poudrière qui ont alimenté les feux de forêt record du Nord.

"Il est inhabituel de voir des incendies d'une telle ampleur et d'une telle durée à des latitudes aussi élevées en juin ", a dit M. Parrington plus tôt ce mois-ci. "Mais les températures dans l'Arctique augmentent à un rythme beaucoup plus rapide que la moyenne mondiale, et des conditions plus chaudes favorisent la croissance et la persistance des feux une fois déclenchés."

(...)

M. Parrington indique que la quantité de CO2 ajoutée dans l'atmosphère par les feux de forêt dans l'Arctique au cours des trois premières semaines de juillet est égale aux émissions annuelles de CO2 des combustibles fossiles en Bulgarie, en Hongrie et en Suède.

L'effet doublement nuisible des particules foncées, comme la suie, qui tombent sur les zones glacées du Nord, aggrave encore la situation, les faisant absorber davantage de lumière solaire et accélérant la fonte des glaces.

(publié par J-Pierre Dieterlen)

https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10158422055757281
 
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