Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

la gazette du riz

Publié le par ottolilienthal

Quand Benito Mussolini tentait d'interdire les pâtes en Italie...

Durant le règne du Duce, le fascisme transalpin a dit oui au risotto, non aux macaronis. Et ce, pour des raisons idéologiques, mais surtout économiques

Tous les 25 juillet en Italie, on célèbre la fin de la dictature mussolinienne par une belle assiette de pâtes au beurre et au parmesan. Une tradition initiée par les Cervi, une famille résistante de Campegine (Émilie-Romagne), dans le nord de l'Italie. Laquelle a offert à ses voisins un banquet de macaronis en juillet 1943 pour fêter la chute de l'ancien despote transalpin Benito Mussolini. Renouvelée chaque année malgré l'opposition de l'extrême droite italienne, la coutume des pastasciutta antifascista rappelle que les pâtes demeurent plus que jamais un plat… de résistance.

En effet, il fut un temps où une gamelle fumante de spaghettis pouvait vous coller une cible dans le dos. Dans un manifeste de 1930, Tommaso Marinetti, un des premiers soutiens du parti fasciste italien, s'indigne de cette «absurde religion gastronomique». À l'entendre, les pâtes alourdiraient les Italiens, les rendant incapables de combattre et déchaînant chez eux «faiblesse, pessimisme, oisiveté, nostalgie et manque de passion». Ce nationaliste les chasse même du livre de cuisine qu'il fait publier en 1932 au profit de recettes pour le moins étranges, comme un salami cuit dans une décoction de café et arrosé d'eau de Cologne.

La dictature de la table

Pionnier du mouvement futuriste né en 1909, Tommaso Marinetti souhaite que l'Italie s'affranchisse de ses vieilles traditions. Selon lui, il faut embrasser le progrès, la vitesse, la technologie et abandonner les habitudes passéistes. Sur le plan gastronomique, cela signifie de faire ses adieux à la cuisine roborative de la Mamma au profit de plats énergétiques réduits en poudres ou en gélules. Les pâtes, symboles de la «dictature de l'estomac», n'ont plus leur place à table. «C'est le gonflement du ventre au détriment du cerveau, fustige le journaliste italien Marco Ramperti. Essayez de débattre après avoir avalé une plâtrée de tagliatelles.»

Si cette querelle d'arrière-cuisine est essentiellement philosophique, elle s'avère on ne peut plus concrète pour Benito Mussolini, chef de la dictature fasciste depuis 1922. Le Duce a reçu le soutien des futuristes lors de sa conquête du pouvoir; il participe donc activement à leur campagne de diffamation. À la fin des années 1920, le tyran inaugure même une fête nationale du riz, célébrée le 1er novembre, en espérant que cette céréale détrônera les pâtes dans les assiettes transalpines. Des posters de propagande montrant des enfants ou des mères de famille souriantes popularisent le slogan «Il riso è salute», «le riz, c'est la santé».

Pourquoi du risotto plutôt que des spaghettis? La motivation est purement économique. Pour produire des pâtes alimentaires, les Italiens sont tributaires des marchés étrangers. Leurs importations de blé dur, essentiellement russes et turques, sont passées de 18 à 25 millions de quintaux entre 1911 et 1925. En revanche, le riz pousse bien dans le nord du pays, notamment dans les plaines du Piémont et de Lombardie. C'est pourquoi, afin d'assurer l'autosuffisance alimentaire du pays, Mussolini sponsorise la culture rizicole et rend sa consommation obligatoire dans les écoles, les hôpitaux et l'armée (d'ailleurs, les conditions de travail éreintantes des ouvrières des rizières donneront naissance au fameux chant de révolte «Bella Ciao»).

Des nouilles pour résister

Les porte-voix du régime font le reste. Les magazines féminins chantent dans leurs colonnes les bienfaits nutritionnels (et patriotiques) d'une gamelle de riz blanc. Lors des manifestations fascistes, le gouvernement fait distribuer des sacs de riz, ainsi que des instructions détaillées pour le préparer, les ricettari, qui sont autant des livres de recettes que des manuels de propagande encourageant les Italiennes à la natalité. Mais si les fachos se mettent au risotto, leurs détracteurs entrent en résistance. «Les anges au ciel ne mangent rien d'autre que des vermicelli al pomodoro [«vermicelles à la tomate, ndlr]», rétorque le maire de Naples, où l'on produit des pâtes depuis le XVe siècle, aux antipastistes.

En effet, dans l'Italie du Mezzogiorno (le sud du pays), le riz peine à se démocratiser dans les assiettes. Sombre rappel des privations de la Grande Guerre et de la pitance des tranchées, c'est la nourriture que l'on donne aux chiens. La tradition locale lui préfère toujours les pâtes, même s'il faut se contenter d'un mélange de semoule et d'eau que l'on agrémente d'une sauce modeste ou de quelques légumes en ces temps de pénuries.

La croisade de Benito Mussolini finira par faire chou blanc. Les Italiens continueront, dans l'ombre, de manger des pâtes jusqu'à la chute du régime, à l'été 1943. Et ce, même si les contraintes de l'économie de guerre auront durement travaillé les estomacs: le peuple italien souffre de la plus basse ration calorique d'Europe de l'Ouest avec 930 calories par habitant en 1943.

Néanmoins, les pâtes contribueront à faire sortir les habitants de leur torpeur, d'autant plus que l'industrie se révélera un facteur-clé de la relance économique d'après-guerre. De nos jours, Italiennes et Italiens dévorent encore 23,5 kilos de pâtes par habitant chaque année… soit trois fois plus qu'ils ne consomment de riz. Auraient-ils le même appétit si Mussolini n'était pas passé par là?

Nicolas Méra – Édité par Émile Vaizand

https://www.slate.fr/culture/quand-benito-mussolini-tentait-interdire-pates-italie-fasciste-riz-alimentation-ideologie-economie-dictature?

Publicité
Pour la première fois, la hausse des prix du riz force le Japon à ouvrir ses réserves...

Afin de contenir la hausse du prix de la céréale, élément essentiel de l’alimentation au Japon, le gouvernement nippon a décidé de débloquer 210 000 tonnes de réserves étatiques de riz. Néanmoins, les effets de cette mesure restent incertains, surtout sur le long terme, affirme la presse locale...

Vendredi 14 février, le ministre de l’Agriculture japonais, Taku Eto, a annoncé lors d’une conférence de presse que le gouvernement allait débloquer 210 000 tonnes de ses réserves afin d’enrayer la récente flambée des prix de la céréale, rapporte la chaîne publique japonaise NHK. “Ce chiffre représente notre détermination à normaliser la situation actuelle, où les distributions du riz sont perturbées [par la hausse de ses prix]”, a-t-il déclaré, cité par la chaîne.

Selon les statistiques gouvernementales reprises par le quotidien Asahi Shimbun, le prix d’un sac de 5 kilos de riz était de 4 185 yens (26 euros) dans les 23 arrondissements spéciaux de Tokyo en janvier. “En hausse continue depuis neuf mois, ce prix marque une augmentation de 71,5 %, soit 1 745 yens (10 euros), par rapport à la même période en 2024”, observe le journal.

Pour remédier à une éventuelle pénurie de riz, le gouvernement japonais stocke autour d’un million de tonnes de riz entreposées dans trois cents hangars du pays. Par le passé, ces réserves stratégiques ont seulement été utilisées à deux reprises : lors du séisme de la côte Pacifique du Tohoku (nord-est du Japon) en 2011 et celui de Kumamoto en 2016.

“Achats panique”

D’après le quotidien Mainichi Shimbun, le pays a enregistré une demande accrue, notamment après l’alerte au mégaséisme lancée par le gouvernement en août. Celle-ci est survenue juste avant la récolte de riz, une période où la denrée se fait habituellement plus rare dans les rayons des commerces. Les Japonais ont effectué des “achats panique”, jusqu’à provoquer une pénurie.

Les autorités pensaient pouvoir répondre à cette augmentation de la demande grâce aux récoltes de l’automne 2024, mais ces dernières n’ont pas été à la hauteur des espérances. “En anticipant une hausse des prix, certains agriculteurs et petites entreprises de distribution se sont constitué un stock, diminuant ainsi les quantités disponibles sur le marché”, analyse le ministère auprès du journal.

Les autorités étaient initialement réticentes à l’idée d’intervenir directement sur le marché en débloquant ces réserves. Mais constatant que la hausse des prix du riz était devenue l’un des principaux moteurs de l’inflation, le ministère de l’Économie aurait enjoint celui de l’Agriculture de les mobiliser, explique le quotidien.

Une solution d’urgence ?

La décision du gouvernement va-t-elle enfin faire baisser les prix du riz ? La plupart des experts prévoient une accalmie avec une chute du prix de 10 % à 20 %, selon une source reprise par le quotidien Nihon Keizai Shimbun. Néanmoins, beaucoup s’accordent à dire qu’il s’agit d’un pis-aller.

En effet, pour reconstituer ses réserves, le gouvernement devra racheter la même quantité de riz d’ici un an. De plus, la politique agricole du pays consiste à limiter la production pour éviter une chute des prix du riz. Et celle-ci est “toujours en vigueur”, rappelle le quotidien.

“Afin de stabiliser l’équilibre entre l’offre et la demande à moyen et à long terme, il faudrait une hausse de la production de riz dès cette année”, commente Kimio Inagaki, chercheur à l’institut de recherche Mitsubishi Research Institute, relayé par le journal.

 

 

Comment le Japon s'est condamné à manquer de riz...

Depuis la mi-août, la troisième plus grande économie mondiale fait face à une pénurie exceptionnelle de riz, l'élément de base de l'alimentation des Japonais. Le gouvernement évoque une crise conjoncturelle. Les experts pointent les égarements de la politique agricole nippone...

Des mots d'excuse ont été scotchés sur les rayons vides du supermarché Life de Minami-Nagasaki au nord de Tokyo. La direction dit faire de son mieux pour trouver du riz à vendre à ses clients. Une livraison est espérée en fin de semaine. Non loin, dans une petite boutique du quartier de Shiinamachi, le patron rationne pour éviter les stockages de panique, fréquents dans le pays habitué aux catastrophes naturelles. Il propose un sac de 2 kg au prix fort pour dépanner. Mais pas plus.

Depuis la mi-août, la troisième plus grande économie mondiale fait face à une pénurie exceptionnelle de riz, l'élément de base de l'alimentation des Japonais. « Imaginez la France sans pain pendant des semaines », grince un professeur japonais. Pour rassurer la population agacée, le ministère de l'Agriculture vient de commencer à diffuser sur sa chaîne YouTube des vidéos des dernières récoltes lancées la semaine dernière dans les préfectures de Niigata et de Chiba. Le gouvernement affirme aussi que les prix, particulièrement élevés ces derniers mois, vont se stabiliser.

Une crise structurelle

Officiellement, c'est une crise conjoncturelle. Une météo un peu capricieuse et un rebond de la consommation lié aux visiteurs étrangers. Dans les statistiques du ministère de l'Agriculture, les 3 millions de touristes mangent pourtant moins de 0,5 % des 585.000 tonnes de riz consommées chaque mois dans l'archipel de 125 millions d'habitants.

Pour les experts, le pays s'est enfermé tout seul dans une crise structurelle. « C'est simple, le Japon exploite de moins en moins de rizières et continue de détériorer sa sécurité alimentaire », prévient Kazuhito Yamashita, un ancien cadre du ministère de l'Agriculture, devenu chercheur au Canon Institute of Global Studies. L'expert plaide depuis des années pour une réforme en profondeur de la politique agricole japonaise.

Piégé par le déclin démographique, qui fait fondre la population japonaise de 800.000 habitants par an et accélère mathématiquement la baisse de la consommation intérieure, le gouvernement anime, depuis des décennies, avec les lobbys agricoles, dont le vote est crucial pour le parti conservateur (PLD) au pouvoir , un programme de réduction des surfaces de riz cultivées.

Un riz trop cher

Pour éviter tout recul du prix du riz qui braquerait les campagnes, l'Etat orchestre une baisse de la production anticipant le rythme de recul de la demande. Il verse de généreuses subventions aux agriculteurs qui abandonnent leurs champs ou acceptent d'y exploiter une autre céréale. Ces dernières années, il a ainsi réduit de 40 % la surface totale de rizières exploitées dans l'archipel. « L'Etat verse chaque année 350 milliards de yens (2,2 milliards d'euros) aux agriculteurs avec ce programme », rappelle Kazuhito Yamashita. « Les consommateurs payent eux leur riz toujours beaucoup plus cher que sur un marché normal. Cela représente un surcoût de 600 milliards de yens (3,8 milliards d'euros) par an », a calculé le spécialiste.

Lorsque des facteurs externes modifient, même à la marge, le volume de production ou le niveau de consommation, de graves pénuries apparaissent et font flamber les prix au détriment du pouvoir d'achat des familles. « Mais il n'y a aucun débat public sur ce sujet », regrette le chercheur, qui préconise la fin de ces subventions, une relance de la production nationale et une stratégie d'exportation. Autant de solutions refusées par les agriculteurs et le gouvernement.

Yann Rousseau (Correspondant à Tokyo)

https://www.lesechos.fr/monde/asie-pacifique/comment-le-japon-sest-condamne-a-manquer-de-riz-2118053?utm_source=pocket-newtab-fr-fr

Publicité
Publicité

 

 

ILS ÉTAIENT 230 il y a trois ans avant le début de la crise et produisaient 120 000 t de riz. Ils ne sont plus que 160 pour 70 000 t seulement. Au milieu des flamants roses et des petits chevaux blancs, les riziculteurs de Camargue se battent aujourd'hui pour maintenir en vie leurs rizières, poumons économiques mais aussi environnementaux du delta du Rhône, seule région française à produire du riz.

La Camargue est une goutte d'eau dans le marché mondial du riz, dominé par la Thaïlande, la Chine, le Japon et les Etats-Unis, pays qui subventionnent leur production et protègent leurs marchés. Les riziculteurs camarguais y voient une « distorsion de la concurrence » due, selon eux, à la décision du ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll de supprimer les aides compensatoires communautaires. Même au plan européen, le riz français est en compétition avec ses voisins espagnol et italien.

Mais ces concurrents ont structurellement des coûts de revient plus faibles, peuvent utiliser des produits phytosanitaires interdits aux producteurs de Camargue et ils ont aussi accès au marché national. Paradoxalement, les consommateurs français se mettent à plébisciter l'IGP (indication géographique protégée) Riz Camargue créée en 2000, y compris le bio, dont les ventes augmentent chaque année. Néanmoins, pour l'heure, les riziculteurs préfèrent se reconvertir dans l'exploitation maraîchère sous serre ou les céréales, des cultures qui n'ont pas le même impact sur la désalinisation des sols.

« La filière emploie environ deux mille personnes, en aval et en amont, avec une usine de transformation à Arles qui fournit notamment la restauration collective. Mais nous sommes aujourd'hui en sous-production et ce site doit importer du riz asiatique pour fonctionner », déplore Bernard Mazel, président du syndicat des riziculteurs qui est allé plaider sa cause à Bruxelles la semaine dernière. « Nous entretenons le système d'irrigation qui a un coût mais, sans lui, la part d'eau douce va diminuer dans le delta. »

« Sans riziculture, la Camargue risque de redevenir très vite un désert salé, confirme Françoise Peytavin, éleveuse de taureaux à Saliers, à 15 km d'Arles. Le riz fait partie de l'équilibre écologique et économique de la Camargue. Si cette filière s'effondre, tout le reste va suivre. » Les riziculteurs camarguais, qui ont déjà manifesté plusieurs fois ces derniers mois entre Arles et Avignon, promettent de nouvelles actions si des mesures de relance de leur activité ne sont pas prises.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article