Dupont de Ligonnès, le disparu

Publié le par ottolilienthal

«Je suis convaincu qu’il a tout mis en scène et qu’il est vivant»...

Un ancien enquêteur ayant travaillé sur la célèbre affaire s'est replongé dans le dossier. Dans un livre, il révèle des éléments troublants...

Pour Gilles Galloux, il y a eu un avant et un après: l'affaire Xavier Dupont de Ligonnès a chamboulé sa carrière et son existence. L'homme était enquêteur pour l’Office anti-cybercriminalité de la direction de la police judiciaire quand on lui a confié la tâche de chercher toute trace numérique laissée par le père de famille. Quinze ans plus tard, on ignore toujours ce qu'il est advenu de l'homme le plus recherché de France. S'est-il suicidé quelques jours après le meurtre de sa femme, de leurs quatre enfants et de leurs deux chiens? Est-il encore en vie?

Marqué par cette histoire, Gilles Galloux sort un livre intitulé «Xavier Dupont de Ligonnès, un flic au cœur de l’affaire», écrit «Le Parisien». Et l'ex-enquêteur n'a aucun doute sur le chemin pris par Xavier Dupont de Ligonnès: «J’ai la conviction profonde qu’il a tout mis en scène et qu’il ne s’est pas suicidé. Je crois qu’il est vivant», explique-t-il. Encouragé par sa femme, le policier à la retraite a repris son enquête. Il est retourné à cette fameuse date du 15 avril 2011, jour où le père de famille a laissé sa toute dernière trace de vie: une caméra de l’hôtel Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens (Var) l'a immortalisé.

En arpentant Google Maps, Gilles Galloux s'est rendu compte qu’une agence de location de camping-car se trouvait tout près de cet hôtel et que cette même entreprise avait une autre agence à Nantes, où habitait «XDDL». Regonflé à bloc par cette découverte, l'ex-enquêteur a ressorti ses vieux dossiers, s'est remis en chasse et est retourné sur le terrain. Avec le recul, il estime que les enquêteurs se sont épuisés à suivre des indices qui, selon lui, avaient délibérément été disséminés pour semer la confusion. «Je me suis aperçu qu’il maîtrisait ses apparitions, qu’il avait tout mis en scène», explique-t-il.

Selon Gilles Galloux, Dupont de Ligonnès aurait semé des cailloux non pour guider, mais pour détourner l’attention. L’essentiel se trouverait dans les zones d’ombre, avant et après les crimes. L'ex-enquêteur a minutieusement cartographié déplacements et réservations, notamment celle d’une chambre à Saint-Nazaire, la veille des meurtres, réglée avec la carte bancaire de «XDDL». Un geste qu’il interprète comme une piste supplémentaire destinée à brouiller les cartes.

Pour l'ancien policier, la séquence finale de Roquebrune-sur-Argens est une mise en scène aboutie: l’image d’un homme portant un sac pouvant contenir une arme et un roman policier sous le bras ne constituerait pas, selon lui, le prélude à un suicide. Il avance alors une autre hypothèse: de faux papiers, un départ depuis Nice et un envol vers les États-Unis, pays que le Nantais adorait et connaissait. Là-bas, il aurait pu se fondre dans un nouvel environnement.

Gilles Galloux a repris contact avec d’anciennes relations américaines de Dupont de Ligonnès: certains échanges par e-mail avec des femmes ont ravivé des pistes. Son livre se conclut sur un «cliffhanger»: l’ancien policier envisage de poursuivre ses recherches outre-Atlantique, notamment dans un ranch, persuadé que quelque chose peut encore émerger. Et s’il retrouvait celui qui échappe aux autorités depuis tant d’années? «Je pense surtout qu’il me dirait: bien joué», imagine-t-il.

Joëlle Mermoud 19 02 26

https://www.20min.ch/fr/story/xavier-dupont-de-ligonnes-je-suis-convaincu-qu-il-a-tout-mis-en-scene-et-qu-il-est-vivant-103509465

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Ce que révèle l'« enquête psychique » sur Xavier Dupont de Ligonnès...

Dans « L’Énigme publique n°1 » (Seuil), le psychiatre judiciaire Daniel Zagury mène une passionnante « enquête psychique » sur l’insaisissable tueur nantais. Un « homme compartimenté »...

Il veut « donner un coup de fouet à l'enquête » et assure être sur « une piste solide »… Après avoir exploité le filon des stars de la télé-réalité, l'influenceur Aqababe – 1 million d'abonnés sur Instagram – cède à son tour à la folie Xavier Dupont de Ligonnès. Quatorze ans après avoir abattu à bout portant son épouse et ses quatre enfants, le criminel nantais, dont nul ne sait s'il est mort ou vif, continue de déchaîner les passions. Ils sont des centaines à jurer l'avoir croisé aux quatre coins du monde, et les signalements continuent d'affluer dans les services de police. Sur les forums spécialisés, les « ligonnescologues » pullulent.

Le Dr Daniel Zagury, l'un des experts les plus respectés de l'écosystème judiciaire français, ne cache pas sa « fascination », son « obsession », même, pour « XDdL ». À défaut d'avoir pu l'examiner et de s'être confronté à lui devant une cour d'assises, ce psychiatre très affûté, qui a beaucoup fréquenté tueurs en série et terroristes (Guy Georges, Michel Fourniret, Salah Abdeslam…), inaugure un genre littéraire : « l'enquête psychique ». L'Énigme publique n°1, qu'il publie au Seuil dans une collection dirigée par Ivan Jablonka, est une « perquisition dans le cerveau de l'assassin ». Il s'agit d'analyser « le travail psychique du crime », de repérer « les événements et les remaniements » qui, dans sa tête et sa biographie, ont pu conduire ce père de famille apparemment bien sous tous rapports à commettre l'irréparable.

Complexité

Psychiatrique (la dépression), financière (la peur du gouffre pour lui et les siens), religieuse (les prophéties apocalyptiques de la mère), narcissique (la déchéance aristocratique du père) : les théories abondent, mais « aucune ne peut prétendre, à elle seule, rendre compte de la tragédie », prévient le psychiatre, qui invite son lecteur à renoncer à « la quête vaine de la cause coupable » pour saisir l'homme dans sa complexité, qui est vertigineuse. « Nous faisons toujours la même erreur : chercher dans la personnalité de l'assassin l'explication unique qui nous mènerait directement à son crime », met en garde Daniel Zagury. On le retrouve en fin de journée dans un bistrot de la place d'Italie (13 e arrondissement de Paris), où il s'offre une piña colada après une longue expertise à la maison d'arrêt de Fresnes. « J'ai opéré dans ce livre comme pour mes examens médico-légaux, raconte-t-il. Au lieu de plaquer une théorie toute faite sur le bonhomme et de m'en tenir à deux ou trois formules, j'ai pris le parti de le laisser vivre, de le suivre dans son enfance, son éducation, son naufrage conjugal, ses galères professionnelles et ses désillusions successives… »

À défaut de l'avoir rencontré, Daniel Zagury a interrogé ses proches. Il s'est plongé dans le dossier, a fréquenté assidûment les mêmes sites catholiques que son sujet. Il s'est surtout appuyé sur « l'expérience de ses semblables » et sur ses cinquante ans de psychiatrie pour tenter de comprendre comment cet homme, qui adorait ses enfants et que la simple idée de les abandonner répugnait, a pu en venir à les massacrer – eux et leur mère.

Clivage

Au commencement était le clivage, cette déchirure du Moi, cette « division de l'homme avec lui-même » (Freud), un homme écartelé entre deux mondes parallèles. « Le propre des parallèles est de ne jamais se croiser, rappelle Daniel Zagury. Xavier Dupont de Ligonnès est l'homme compartimenté. » Un être coupé en deux. « Il a grandi dans l'univers terrifiant des prédictions apocalyptiques de sa mère, sous la menace constante des cataclysmes et des punitions divines. Il n'est jamais parvenu à se détacher du destin qu'elle lui avait tracé, pas plus qu'il n'a réussi à régler son compte à ce père qui avait déserté son foyer pour fuir en Afrique avec le fisc à ses trousses. » D'un côté, la promesse maternelle de l'Apocalypse et les prières de l'aube ; de l'autre, le goût paternel de l'aventure, des grands espaces, des belles bagnoles et de Buddy Holly. « Xavier n'a jamais réussi à marier en lui la mère et le père ; la représentation des parents, ensemble, lui était impossible. Là est le clivage. » Et celui-ci peut prendre des manifestations sidérantes. Un jour chaussé de ses Ray-Ban, le lendemain en habit du dimanche, Xavier Dupont de Ligonnès se montre guilleret en société alors qu'il sombre dans le désespoir le plus noir. Narcissique en diable, il vante la taille de son organe et son QI supérieur, tout en étant capable d'empathie et d'amitié sincère. Rembobinons ce message laissé le dimanche 3 avril 2011, soir du drame, à sa sœur Christine : « On était au cinoche en famille, et au restaurant ensuite. Là, je vais coucher les enfants et dire bonsoir à tout le monde. À tout de suite, peut-être… » « Je vais foutre le feu à la baraque quand tout le monde dort », avait-il écrit à ses amis à l'été 2010, avant de conclure par un « ne vous affolez pas » déconcertant.

On le compare souvent à Jean-Claude Romand, qui, en 1993, tua son épouse, ses deux enfants et ses parents, après s'être inventé une vie de médecin à l'OMS. « Romand, c'était l'impossibilité radicale de concevoir que le mensonge puisse se dévoiler dans les yeux des siens, analyse Daniel Zagury. Ce qui était central dans son histoire n'est qu'une dimension parmi d'autres chez Dupont de Ligonnès, personnalité bien plus complexe. »

Projet suicidaire

« Ce qui me semble le plus dingue, soupire Daniel Zagury, c'est qu'un type aussi intelligent que lui ait pu croire aux bobards de sa mère jusqu'à ses 35 ans, avant de se déclarer subitement incroyant, tout en donnant des cours de théologie à la terre entière, terré dans sa cave, derrière son ordinateur. » « Quand on perd la foi, on perd une partie de soi. J'ai perdu mon Père (Dieu), mon Frère (Jésus), ma Mère (Marie), mes proches (mes grands-parents, amis, etc., morts mais “au Ciel”), mon ami intime (mon ange gardien). […] Ils ne sont plus là. Et je me suis perdu : je ne suis plus qui j'étais », pianote XDdL, quelques semaines avant la tragédie, sur le forum « La cité catholique », sous le pseudonyme de Chevy.

« À partir de là, c'est l'effondrement, scrute le Dr Zagury. Tout n'était pas écrit, les dés n'étaient pas jetés. C'est la combinaison de ses peurs, de ses échecs, de son vide existentiel et sa capacité au clivage qui ont conduit Xavier Dupont de Ligonnès à cette solution tragique. »

Le projet suicidaire s'insinue dans son esprit mais la démarche n'est pas très chrétienne. Affliger ses proches lui est insupportable, la seule idée de les abandonner est un supplice… « Soumise à des allers et retours lancinants, la solution finira par s'imposer : puisque la séparation ne concerne que les vivants, restons ensemble, unis dans la mort et soudés pour l'éternité, dans un sublime sacrifice avec la certitude de l'assentiment de Dieu, devine Daniel Zagury. Le travail psychique du crime, c'est cette lente élaboration qui conduit au passage à l'acte. Sans doute Xavier a-t-il fait tourner tout cela mille fois dans sa tête. Le moment venu, il ne lui reste qu'à exécuter le programme, et sa main ne tremble pas. » Des séances de préparation au club de tir à l'effacement des traces, le déroulement implacable des faits est impressionnant. XDdL a tout planifié, il est devenu une machine.

Mort ou vivant ?

L'expert le dit sans détour : il « penche très clairement pour le suicide » du meurtrier et ne croit pas à sa cavale. La tonalité a changé dans ses derniers mails, où il évoque la généalogie du Christ et enjoint à ses sœurs et à sa mère de se réconcilier. « Il les adorait, on peine à imaginer qu'il ait pu les laisser sans nouvelles, spécule le Dr Zagury. De même a-t-on du mal à concevoir que ce grand bavard ait pu devenir subitement silencieux. » Qui peut croire, enfin, à la fable d'une exfiltration secrète vers les États-Unis, menée par les services américains, telle qu'il la relate dans une lettre à sa famille et ses amis, le 8 avril 2011 ? « Coucou tout le monde… Méga surprise : nous sommes partis en urgence aux USA ! »

Mort ou vivant ? À dire vrai, ce petit jeu spéculatif agace Daniel Zagury. « Je me suis lancé dans l'écriture de ce livre pour apporter des réponses à ces questions entêtantes : qui est cet homme ? Comment a-t-il pu en arriver là ? J'ai fini par comprendre que tout le monde s'en battait l'œil. La seule chose qui importait à ceux qui m'interrogeaient était de savoir s'il était encore de ce monde. Je n'avais pas compris la place que Dupont de Ligonnès occupe dans l'inconscient collectif, à quel point son affaire est devenue un mythe français », confie Daniel Zagury.

« S'il avait été appréhendé, nous l'aurions trouvé pathétique et misérable… »

L'histoire de Xavier Dupont de Ligonnès s'arrête sur les images de la vidéosurveillance du Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens (Var), le 15 avril 2011. « Après ça, c'est notre propre film qui commence, et la fin reste ouverte. »

Une autre question taraude le psychiatre : pourquoi cet homme nous fascine-t-il plus qu'il nous horrifie, malgré la monstruosité de ses crimes ? Dupont de Ligonnès reste cet assassin qu'on ne parvient pas à détester… « On ne le hait point parce qu'il est comme l'amoureux de la chanson de Dalida, Martin Guerre ou le prophète Élie : celui dont on attend le retour. Nous lui avons donné une place vacante, celle du dépositaire de la clé de nos propres mystères », suggère le Dr Zagury. Et voilà comment celui qui aurait dû être l'ennemi public n°1 est devenu l'énigme publique n°1.

« Mais attention, corrige l'auteur de cette formidable « enquête psychique »,s'il avait été appréhendé, la baudruche du mystère se serait aussitôt dégonflée. Il aurait balbutié dans le prétoire quelques explications pseudo-religieuses, et nous l'aurions trouvé pathétique et misérable… » 

XAVIER DUPONT DE LIGONNÈS EN SIX DATES

9 janvier 1961 Naissance à Versailles (Yvelines) de Xavier, fils de Bernard dit « Hubert » Marie Dupont de Ligonnès, ingénieur en mécanique et aéronautique, et de Geneviève Maître.

9 novembre 1991 Mariage avec Agnès Hodanger, déjà mère d'Arthur, né le 7 juillet 1990 d'un autre père mais que reconnaît Xavier.

Nuit du 3 au 4 avril 2011 Meurtre probable d'Agnès et de trois de leurs enfants (Arthur, Anne et Benoît), tués à bout portant avec une carabine 22 long rifle, au domicile nantais.

5 avril 2011 Retour à Nantes de Thomas, leur quatrième enfant, tué le soir même.

15 avril 2011 Dernière image de Xavier Dupont de Ligonnès, sur le parking de l'hôtel Formule 1 de Roquebrune-sur-Argens (Var), où il a passé la nuit.

21 avril 2011 Découverte des corps d'Agnès et des quatre enfants, en tenue de nuit et recouverts de chaux vive, sous la terrasse de la maison familiale.

Extraits de « L’Énigme publique n° 1 », de Daniel Zagury

« Xavier ne s'est jamais autorisé à supporter sa rancœur à l'endroit de ce père qui a abandonné sa famille, la laissant à la merci des amis charitables qui ont bien voulu la soutenir financièrement. Il a continué d'admirer ce père qui les avait laissés en plan. De même, il ne s'est pas permis de vivre pleinement son ressentiment pour sa mère, elle qui l'a plongé toute son enfance dans le bain de la dévotion et dans l'attente de la catastrophe. Tous deux l'ont forgé, ont poursuivi leurs chemins parallèles en lui, tout en ne se rencontrant jamais avant le massacre familial. Et la rancune envers l'un comme envers l'autre est demeurée enfouie. Xavier Dupont de Ligonnès est resté un bon fils, mais il n'est pas advenu à lui-même et n'a pas trouvé sa propre voie. »

« J'ai beaucoup de mal à l'imaginer vivant. […] Est-il possible que Xavier Dupont de Ligonnès, renaissant de ses cendres, n'ait pas donné un petit signe de vie aux sœurs et à la mère qu'il chérissait, avec lesquelles il était en contact quotidien ? Qu'il ait assumé durablement cet abandon des siens, qu'il considérait comme la pire des lâchetés ? Cet homme qui a manifesté jusqu'au dernier jour son souci d'une réconciliation familiale serait donc resté aux abonnés éternellement absents ? […] Comment un homme aussi déchiré et tourmenté se serait tout d'un coup métamorphosé en un homme capable de se lancer dans une nouvelle vie, sans jamais craquer et livrer la moindre confidence à quiconque ? Peut-on concevoir que l'usure qui a marqué les dernières années de sa vie, en lui faisant entrevoir la mort comme une libération, se soit miraculeusement transformée en élan vital vers de nouvelles conquêtes ? […] Mort ou vif ? Cette question lancinante en dit peut-être plus long sur nous-mêmes que sur lui. »

« L'Énigme publique n° 1. Xavier Dupont de Ligonnès », de Daniel Zagury (Seuil, 176 p., 17,50 €). À paraître le 9 mai.

https://www.lepoint.fr/societe/ce-que-revele-l-enquete-psychique-sur-xavier-dupont-de-ligonnes-30-04-2025-2588603_23.php

Non, Xavier Dupont de Ligonnès n’échappera pas à la justice s’il est retrouvé
Il ne resterait que sept ans pour retrouver Xavier Dupont de Ligonnès vivant, faute de quoi il serait définitivement… innocenté. Cette affirmation d’un ancien policier quant à l’homme soupçonné d’avoir tué toute sa famille en 2011 ne correspond pas à la réalité judiciaire.

Est-il même toujours vivant ? Depuis 2011, l’affaire dite ''Xavier Dupont de Ligonnès'' demeure l’un des plus grands mystères français. Le dossier a été transféré en 2022 au pôle cold cases de Nanterre.

Rappel des faits : lorsque les cinq corps sont découverts le 21 avril, enterrés sous la terrasse du domicile nantais de la famille, le père a disparu depuis des semaines. Les meurtres de sa femme Agnès et de leurs quatre enfants de 13 à 20 ans ont eu lieu entre le 3 et le 6 avril. Mais ''XDDL'' a ensuite brouillé les pistes, par l’envoi de nombreux courriers et messages justifiant les absences. Ce qui lui a donné le temps de disparaître. Une chose est sûre : depuis son passage, le 15 avril, sous la caméra du parking d’un hôtel du sud de la France, il n’a laissé aucune trace. De quoi susciter d’innombrables fausses pistes, théories farfelues et rumeurs diverses : fuite aux États-Unis - où il a vécu -, refuge dans un monastère, espionnage international, suicide, meurtre…

XDDL innocenté… par la prescription ?

Dernière en date : dans son livre Comment j’ai retrouvé Xavier Dupont de Ligonnès (*), paru en janvier, l’ex-policier et romancier Romain Puértolas veut « combler les vides du parcours du fugitif le plus recherché de France, apportant de nouvelles explications et conclusions à sa disparition ». Un ouvrage estampillé « roman », qui mêle réalité et fiction.

Problème : l’auteur développe l’idée selon laquelle l’affaire serait menacée par la prescription : « En 2031, il y aura prescription, car les délais sont de 20 ans pour les crimes. Dans six ans [sept ans, NDLR], il est innocent ! », a-t-il insisté dans un entretien à Femme Actuelle. L’écrivain appelle ensuite à rapidement « le juger en son absence, car s’il était interpellé, il serait obligé de purger sa peine ». La loi prévoit en effet qu’on puisse juger « par défaut », aux assises, un accusé en son absence. S’il est arrêté avant la fin du délai de prescription, il est rejugé en sa présence. S’il est arrêté après, la peine prononcée est irrévocable et immédiatement exécutée.

Une prescription de 30 ans

Mais l’auteur se trompe lourdement sur la prescription. Première erreur, il évoque un délai de « 20 ans ». Or, comme le rappelle le site service-public.fr, ce délai vaut pour le « cas général » des crimes sur des mineurs. Dans le cas d’un infanticide et/ou d’un assassinat, il est porté à 30 ans. Or, l’enquête qui vise ''XDDL'' porte bien sur des faits d’assassinats, notamment de ses propres enfants.

La seconde erreur a fait grand bruit : Romain Puértolas oublie, comme le lui a rappelé sur X (ex-Twitter) le juge Éric Halphen, qu’« il suffit d’un acte interruptif pour éviter la prescription ».

Il s’agit d’actes émanant du procureur de la République, du juge d’instruction, d’actes d’enquêteurs (police ou gendarmerie), ou encore de décisions de justice. Chacun d’entre eux remet les compteurs à zéro : le délai de prescription retrouve son niveau de départ. Ainsi, le jour de la perquisition d’un monastère du Var, en 2018, la prescription a commencé à courir jusqu’en… 2048. Date portée à 2051 quand une abbaye a été perquisitionnée à son tour dans l’Indre en 2021. Et ainsi de suite.

Une seule situation garantirait à XDDL d’être définitivement innocenté

Depuis 2011, Xavier Dupont de Ligonnès reste visé par un mandat d’arrêt international - celui-là même qui avait conduit, en 2019, à l’annonce erronée de son arrestation à Glasgow. Un rebondissement tumultueux… qui avait également repoussé l’échéance. Seule une période de 30 ans sans le moindre acte judiciaire ou d’enquête aboutirait à la situation développée par Romain Puértolas.

Hormis ce très improbable scénario, il n’existe qu’une situation garantissant son innocence à Xavier Dupont de Ligonnès : sa propre mort, avant tout jugement définitif. Le décès d’un justiciable aboutit en effet immédiatement à la fin des poursuites pénales à son encontre.

Joël Carassio

https://www.leprogres.fr/societe/2024/02/28/non-xavier-dupont-de-ligonnes-n-echappera-pas-a-la-justice-s-il-est-retrouve

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ce "berceau de Satan" découvert au domicile de sa sœur qui a horrifié les policiers

Dans le dernier numéro du magazine Society paru le 6 août 2020, les journalistes mentionnent une macabre découverte faite par les enquêteurs au domicile de la sœur de Xavier Dupont de Ligonnès, qui leur aurait fait froid dans le dos.

C'est devenu le feuilleton de l'été. Après Netflix, qui a consacré à l'affaire un épisode d'Enquêtes extraordinaires, c'est au tour du magazine Society de sortir un dossier spécial sur "la tuerie de Nantes" dans laquelle Xavier Dupont de Ligonnès fait figure de principal suspect. Dans ce numéro paru le 6 août 2020 et toujours disponible en kiosques, les journalistes évoquent un groupe de prière fondé dans les années 70 par Geneviève Maître, la mère de Xavier Dupont de Ligonnès. Nos confrères relatent qu'à cette époque, elle prétendait recevoir des "messages" divins qu'elle notait lors de sessions d'écriture automatique. Baptisé L'Église de Philadelphie, le groupe a fait l'objet d'un signalement en 1995 par l'abbé Jean de la Villarmois, lui-même averti par des fidèles.

Un couple qui n'a jamais pu avoir d'enfants

Dans un document adressé à l'Association pour la défense des valeurs familiales et de l'individu (ADFI) de Rennes, en charge des dérives sectaires, il écrit : "L'église de Philadelphie a toutes les caractéristiques d'un petit groupe sectaire manipulé par une personne malade. Non contrariée, elle a réussi à faire partager son délire paranoïaque par plusieurs personnes qu'elle maintient coupées des autres". Il ajoute qu'elle s'apparente à une "secte dure". En effet, le magazine raconte que certains enfants sont déscolarisés depuis plusieurs mois sur demande de Geneviève et que des "messages" exigent le port de vêtements particuliers, l'interdiction de porter certains bijoux, de regarder la télévision ou encore la soumission à un régime alimentaire strict. Christine de Ligonnès, la sœur de Xavier Dupont de Ligonnès, et son époux Bertram, seraient, toujours selon l'enquête menée par Society, considérés par Geneviève comme les dépositaires de ce grand secret.

La jeune femme a d'ailleurs été désignée par sa mère pour mettre au monde le "Sauveur", une réincarnation de Jésus et de Satan, par laquelle viendrait "le Salut". Cependant, le couple n'a jamais pu avoir d'enfants. Alors, quand les policiers arrivèrent à leur domicile versaillais pour effectuer une perquisition, ils furent surpris de découvrir un berceau vide dans leur chambre. En s'approchant de plus près, ils virent à l'intérieur du couffin la photo d'un enfant blond aux yeux bleus, souriant. D'après Christine de Ligonnès, il s'agirait d'un "objet de piété", "un symbole d'innocence". Les policiers, quant à eux, n'éprouvèrent pas le même sentiment face à cette macabre découverte. Une policière fut si ébranlée par cette trouvaille qu'elle confia à l'un de ses collègues avoir eu l'impression de voir "le berceau de Satan".

 

 

https://www.femmeactuelle.fr/actu/news-actu/xavier-dupont-de-ligonnes-ce-berceau-de-satan-decouvert-au-domicile-de-sa-soeur-qui-a-horrifie-les-policiers-2099265

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Xavier Dupont de Ligonnès : quand sa sœur “s’offrait sexuellement” sur ordre de sa mère

Dans son dernier numéro, en kiosque jeudi 6 août 2020, Society fait de nouvelles révélations sur l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès. On apprend notamment que sa mère et sa sœur exerçaient des pratiques douteuses au sein de leur groupe de prière.

C’est une enquête des plus glauques, et qui pourtant passionnent les Français depuis maintenant plus de deux semaines. Les 23 juillet et 6 août 2020, Society publiait un numéro spécial Xavier Dupont de Ligonnès comprenant un grand dossier en deux parties sur le fugitif le plus recherché de l’Hexagone. Les magazines, rapidement en rupture de stock, ne cessent d'être republier par leur fondateur Franck Annese afin de répondre à l'énorme demande. Une enquête qui aura duré près de quatre ans. On y apprend notamment que Xavier Dupont de Ligonnès était “un charmeur et un tombeur de filles”, qui a trompé sa femme Agnès à de multiples reprises, notamment l’été de leurs fiançailles… “En manque de sexe, en manque de tout”, l’enquête de nos confrères fait aussi la lumière sur les souffrances d’Agnès Dupont de Ligonnès et sur leur couple fragile. Entre plans à 3 et sextapes, celui que l’on surnomme XDDL n’hésitait pas à “partager” sa femme avec l’un de ses amis.

Christine Dupont de Ligonnès "désignée" pour enfanter "le Sauveur"

 

Difficile d’évaluer quelles révélations sont plus sordides d’entre toutes, mais il y a fort à parier qu’il s’agisse de celles concernant Geneviève et Christine Dupont de Ligonnès. Ce qui a poussé la police à fouiller un peu dans le passé familial du supposé meurtrier, c’est notamment l’appartenance de sa mère et sa sœur à une secte. Dans les années 70, Geneviève prétend recevoir des “messages divins”, qu’elle couche sur papier lors de “sessions d’écriture automatique”. Elle crée ainsi un “groupe de prière, baptisé l’Église de Philadelphie – ou Le Jardin, comme le rapportait Le Parisien en janvier dernier – dont les membres “vivent retirés du monde”. Geneviève promet alors à sa vingtaine de fidèles “qu’ils sont les élus qui échapperont à l’Apocalypse et participeront au renouveau du monde”. D’après nos confrères, la mère de Xavier Dupont de Ligonnès aurait eu une influence démesurée sur ses adeptes, exigeant la déscolarisation de certains enfants et la rupture de certains couples dans lesquels l’un des conjoints “s’avérait trop rationnel ou trop sceptique”.

 

Née en 1966, cinq ans après son frère, Christine a été “désignée par sa mère” pour enfanter “le ‘Sauveur’, une réincarnation de Jésus et de Satan, dans une seule et même personne, de laquelle viendra le Salut”. Et c’est en décembre 1995 que Geneviève ordonne à ses fidèles de “se réunir au château de la Brière, où elle envoie sa fille Christine, alors âgée de 29 ans”. La jeune sœur de Xavier Dupont de Ligonnès transmet alors un message aux hommes du groupe : “Elle ‘s’offre sexuellement’ à eux, un par un, pour que de ces unions naisse le ‘Sauveur’, indique Society. Le magazine a notamment interrogé un ancien membre, “qui s’est à l’époque exécuté”, et qui confirme que “cela a été demandé à tous les hommes”, sans toutefois préciser à partir de quel âge.

Geneviève et Christine Dupont de Ligonnès visées par une enquête

Les policiers se sont notamment penchés sur cette piste religieuse car “cet environnement où règne le culte du secret aurait pu apporter une aide logistique et matérielle à XDDL dans sa cavale”. Aujourd’hui, le groupe fondé par Geneviève Dupont de Ligonnès fait l’objet d’une enquête de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) suite à un signalement en septembre 2019. L’Église de Philadelphie, désormais dirigée par Christine, était “toujours actif” et présentait “des risques de dérives sectaires en janvier.

À lire aussi : Xavier Dupont de Ligonnès : ce "berceau de Satan" découvert au domicile de sa sœur qui a horrifié les policiers

La famille Dupont de Ligonnès soupçonnée de dérives sectaires

La mère et la sœur de l'auteur présumé du quintuple meurtre exerceraient une emprise sur un groupe de prière, explique « Le Parisien ». Une enquête a été ouverte.

 
 
 
Quand Dupont de Ligonnès pensait au "suicide collectif" de sa famille

EXTRAITS. Dans "Le Disparu", Anne-Sophie Martin évoque un courrier morbide envoyé par de Ligonnès moins d'un an avant le drame de la tuerie de Nantes.

 

 

Xavier Dupont de Ligonnès aime sa stature de pater familias ; l'idée de protéger les siens et de tout faire pour eux compte parmi les grands desseins de son existence.

Est-ce toujours le cas en cet été 2010 ? Sûrement. C'est le souvenir que conserve l'ami et l'hôte Mathieu. Les éclats de rire, la famille à l'unisson, la gaieté plus bruyante sous le soleil, les plongeons et les jeux de piscine qui pourraient durer une éternité. Les départs pour la plage sont interminables et brouillons, les barbecues préparés dans l'enthousiasme, l'ambiance générale excellente. Les enfants se reposent, Agnès et Xavier aussi. Il est comme d'habitude, jovial, mais en aparté il se plaint discrètement auprès de Mathieu d'être très fatigué d'aller chaque mois au charbon pour assurer le quotidien. Et puis il y a ces angoisses de l'avenir, ou plutôt du lendemain, et même du lendemain matin, qui le taraudent. Quelle perspective de changement ? Rien en vue visiblement. Comment Xavier n'est-il pas tombé en dépression ? Voilà une véritable question.

Peut-être que sa structure intellectuelle, sa nature faite d'optimisme et de détermination, son tempérament de « raisonneur » lui ont évité de déprimer : faire les comptes à l'envi, aligner les chiffres à perte de vue, calculer les coûts, remplir des colonnes, multiplier les opérations. Pour serrer au maximum le budget depuis des années et des années. Des « budgétisations » qui donnent un peu le vertige. Un devoir d'inventaire permanent, lancinant. Obsessionnel ? Le coût d'un enfant sur douze à quinze ans ? Arthur : 100 600 euros, Thomas : 80 800 euros, Anne : 63 000 euros, Benoît : 38 300 euros. Et le coût des parents sur la même période ?

Nous coûtons grosso modo la même chose, soit environ 221 650 € chacun, ce qui est normal et sain.

Au mois, le chef de famille évalue les dépenses des six membres entre 8 000 et 10 000 euros. Maison (1 200 euros), argent de poche pour la famille (300 euros), voitures (700 euros), loisirs/activités (300 euros), scolarités (300 euros), cantines (88 euros), habillement (150 euros), nourriture (1 000 euros), frais de santé non remboursés (100 euros), lessive-vaisselle et frais de maison divers (200 euros), eau-EDF (180 euros), impôts (60 euros), budgétisation vacances annuelles (200 euros). La seule solution, s'inviter chez les uns les autres pour des vacances à moindre frais.

En fin de semaine, ils repartent tous en Bourgogne dans la famille d'Agnès. La plupart du temps, Xavier les conduit à bon port, avant de s'éclipser pour affaires.

Quelques jours plus tard, ouvrant son ordinateur, l'ami Mathieu manque de tomber de sa chaise. Il n'y a que deux destinataires, l'autre ami de trente ans, Dominique, qui vit à Nantes, et lui-même. Ce qu'il lit est glaçant. Les mots d'un désespéré, le testament d'un homme à bout. Le plus troublant, c'est le grand écart entre la souffrance exprimée, la violence des solutions envisagées et le ton presque détaché, la façon très « cartésienne » d'exposer les difficultés, un peu comme une conférence qu'il aurait pu intituler : « Famille Ligonnès, enjeux et perspectives ». Avec un sous-titre à l'encre invisible : « absence de... »

Le corps du mail :

« Ma situation est plus que précaire et je préfère prendre des précautions au cas où... et vous donner des instructions à l'avance.

Si ça tourne mal, je n'ai que deux solutions :

– me foutre en l'air avec ma voiture (assurance : 600 000 € pour Agnès pour élever les enfants)

– foutre le feu à la baraque quand tout le monde dort (plus aucun problème pour personne)

Je m'en suis sorti en juin dernier grâce à Mathilde, en janvier dernier grâce à Dominique et une amie d'Agnès, et hier grâce à Bertram (ami de Corinne)

Les nouvelles lois concernant la sécurité dans les hôtels rendent l'activité de la rdc et de Selref quasiment impossible, et si le partenariat agapa/rdc ne vois pas le jour pour une raison X ou Y... c'est la fin des haricots : personne ne pourra me fournir 8 000 € par mois... !!!

En un seul mois, je suis à la rue et ma famille meurt de faim !

Je serai donc fin août – début septembre, au pied du mur avec une décision définitive à prendre : suicide seul ou suicide collectif...

Mais bien sûr, il ne s'agit que de précautions : ne vous affolez pas !!

J'ai bon espoir de m'en sortir avec la synergie agapa/rdc (voir pièce jointe)

Gardez ce document (dispositions.doc) et n'en parlez à personne.

Je compte sur vous.

Xav

(ps : je suis très sérieux, lucide, et sous l'emprise d'aucune drogue ni d'aucun alcool) »

La pièce jointe « Dispositions.doc » :

« Ma famille dépend exclusivement de moi et de ma capacité à aller, chaque jour, chercher sur le terrain de quoi la faire survivre.

Au vu des difficultés économiques actuelles, je préfère prendre des dispositions claires en cas d'accident (mortel ou non)

En conséquence :

1) Au cas où j'aurais un accident me rendant handicapé ou dans un état comateux... je souhaite que l'on mette fin à mes jours, d'une façon ou d'une autre, et de préférence sans risquer d'encourir les foudres de la justice française... afin que mon épouse puisse toucher la retraite de veuve qui lui revient.

2) Au cas où j'aurais un accident mortel au volant de mon véhicule, je souhaite que toutes les formalités soient effectuées par mes amis cités ci-dessus afin que mon épouse puisse toucher la prime d'assurance prévue dans ce cas (600 000 €)

3) Sur cette somme, je souhaite que la somme de 50 000 € soit versée à Mathilde, à qui je dois cette somme, sans que mon épouse n'en soit avertie.

4) En cas d'accident domestique (comme un incendie provoquant la mort de toute la famille), je souhaite que mes véhicules reviennent en priorité à Dominique à qui je dois en permanence une somme fluctuante... Il saura partager le produit de la vente de ces véhicules avec d'autres amis qui me dépannent ponctuellement et dont il connaît les noms.

5) Je souhaite enfin que, même après enquête de police, on ne puisse jamais laisser croire à mes parents, frères et sœurs, que ces accidents ont été volontairement provoqués par moi (même si les preuves sont formelles).

Fait à Nantes...

Xavier de Ligonnès

Stupeur partagée et sidération chez les deux meilleurs amis ! Comment Xav a-t-il pu tenir ainsi, comment a-t-il pu toujours prendre sur lui sans craquer jusqu'à ce jour ? Quelle estime de soi saccagée ! Quelles souffrances endurées.

Mathieu et Domi s'appellent, s'inquiètent, bondissent sur leur téléphone pour vérifier que Xav n'a pas fait une connerie. Ou ne s'apprête pas au pire. Mais non, le voilà qui dédramatise, parle de « doutes » sur sa situation financière, évoque des « réflexions » et d' « éventuelles solutions ». Surtout les amis ne doivent pas s'inquiéter ; les angoisses, c'est pour lui, plaisante-t-il. Le bord du gouffre n'est pas pour demain. Rassurés, les deux amis de trente ans raccrochent – ils ont dû exagérer en imaginant la possibilité d'une tragédie. Une tragédie familiale. Non, Xav a tellement de ressources !

Et puis son rêve de jeunesse n'était-il pas de faire fortune afin de mettre sa famille en sécurité et de la rendre heureuse ?

D'ailleurs comment un homme bien né, avec des valeurs morales aussi hautes et solides, honnête et droit, pourrait-il s'en prendre à ceux qu'il aime le plus, son épouse qu'il aime quand bien même il se montre parfois brutal, et ses enfants qu'il chérit ? Cette famille pour laquelle il fait tant et tout depuis tant d'années ? Un tel paradoxe serait inconcevable : tout faire pour maintenir la tête hors de l'eau et les apparences d'une vie de notables, tout en faisant le bonheur de chacun des membres de la famille, et décider un beau jour de printemps qu'il faut que tout le monde disparaisse. Pfuitt ! Comme par un tour de magie. Noire.

Fausse alerte, donc.

C'est l'été, et pour l'instant, tout va bien. »

Lire aussi : Où a fui Xavier Dupont de Ligonnès ?

 

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F
COURRIER ADRESSE A BRUNO DE STABENRATH A LA SUITE DE SON LIVRE:<br /> <br /> Bonjour Bruno,<br /> <br /> Je sais d’expérience que peu de lecteurs écrivent aux auteurs, sauf dans le cas d’auteurs très médiatiques. Aussi ai-je la faiblesse de penser que vous lirez ce qui suit, et que peut-être même vous y répondrez. <br /> Il est bien sûr question ici de votre dernier livre publié : l’Ami impossible.<br /> Je vous connais depuis longtemps, mais sans vous avoir lu jusqu’alors, et c’est donc « l’Affaire » qui m’a mené jusqu’à vous.<br /> J’ai lu pas mal de choses depuis 2011, et dernièrement bien sûr Society (je me demande au passage pourquoi vous n’y avez pas été interviewé ; l’opération aurait été à bénéfice mutuel). J’étais donc plus qu’intéressé par l’idée d’un témoignage de première main, non sur l’acte lui-même mais sur son auteur et ses mystères. Et je n’ai pas été déçu. Seul le premier chapitre m’a paru un peu lourdaud littérairement, mais passons. Dès qu’ensuite vous rentrez dans le vif de votre rencontre avec Xavier (évitons cette quasi marque publicitaire aujourd’hui : XDDL) dans le cadre particulier de votre milieu aristo-versaillais, le récit devient passionnant, et le restera jusqu’à sa conclusion.<br /> Quelques points de détail : je me demande pourquoi tous les noms, horsmis ceux des principaux protagonistes sont maquillés ; jusqu’au lycée Saint-Exupéry devenu le lycée Saint Thomas d’Aquin… Votre livre ambitionne de livrer un témoignage au plus près de la vérité, quel intérêt alors que ces subterfuges ? Prudence juridique ? Vous inventez par contre (c’est du moins ce que je crois…) un personnage, Barthélémy, votre « agent d’information local », ce que je comprends ici tout à fait. Après tant de pages sur votre relation parsonnelle avec Xavier, poursuivre votre récit sur le mode « J’ai vu sur BFM » ou « J’ai découvert dans le Figaro que… » aurait légèrement refroidi le lecteur… <br /> Mais venons-en au principal, cad à mes yeux au mobile des meurtres.<br /> Dans votre livre et dans vos interviews, vous avancez l’idée de « meurtres altruistes ». Sur la foi de votre témoignage personnel, sur celle aussi des écrits laissés sur la toile par Xavier, se dessine pourtant un tableau bien différent. <br /> Xavier a une personnalité fracturée. Fracture culturelle d’abord. Il est issu d’un milieu très conservateur, a le sens de valeurs telles que l’honneur, le devoir, la fidélité… A ce titre, il appartient à l’« ancien monde ». S’y ajoute une éducation religieuse à la frontière du mysticisme. Dans le même temps, il est attiré par le Nouveau Monde, les USA, par sa musique, son cinéma, son esprit d’entreprise… Son drame est de ne pouvoir – jusqu’aux meurtres – choisir entre l’un et l’autre monde. L’abandon par le père, les espoirs mis dans son fils par « Violette », lui interdisent de trancher. Et cela se prolonge avec le mariage, les enfants… Peut-être, comme vous le dites, n’a-t-il pas le courage de partir, de vivre son rêve d’adolescent. A cet égard, Bruno, vous êtes un modèle pour lui. Même si au départ il se croit supérieur à vous comme à tous ceux qui l’entourent, il doit admettre que vous, vous avez eu le courage de vivre votre vie. C’est encore plus vrai après votre accident. Il est impressionné par votre volonté de vous en sortir quand lui patauge toujours davantage dans ses contradictions. Je pense même qu’il est jaloux de vous, surtout après votre livre Cavalcade, et que c’est une des raisons pour lesquelles il marque ses distances avec vous.<br /> Durant toutes ces années, les deux Xavier coexistent en lui. D’un côté, le fils, père et mari irréprochables, et de l’autre le fou d’ailleurs, le mytho/mégalomane inassouvi. Son temps est fracturé comme son cerveau. Voyages aux Etats-Unis et retour au bercail. Puis, pendant de nombreuses années, semaine sur les routes (on the road again…) et week end au bercail. Ce bercail est lui aussi fracturé. Vie de famille dans les étages, et dans la cave l’endroit où Xavier poursuit ses rêves de grand « reset »… Prisonnier de sa vie, il n’a de cesse de vouloir unifier ces deux parts de lui si dissemblables. Il croit longtemps la chose possible. S’il est bien l’Elu, comme le dit sa mère, il aura tout pouvoir bientôt pour dépasser ses contradictions et sortir de son conflit intérieur par le haut. Mais cette promesse tombe à l’eau en 1995 – échec de la résurrection du nouveau pape… Reste la réussite dans les affaires. Le succès sera son sésame. Ne parle-t-on pas du pouvoir libératoire de l’argent ? Mais là aussi c’est un échec. Xavier est bientôt pris à la gorge. Il ne gagne plus rien, il a des dettes, les huissiers menacent… Ses difficultés matérielles ultimes représentent bien plus, à ses yeux, qu’une simple banqueroute financière. Elles signent la fin de sa grande ambition: réunir les deux Xavier. Il va lui falloir désormais choisir. <br /> 99,99 % des gens, placés dans cette situation difficile, font le choix d’en parler à leurs proches pour trouver des solutions. Certains autres – lâches ou courageux, c’est selon - abandonnent femme et enfants. Enfin quelques rares choisissent de se suicider.<br /> Xavier, lui, décide de tuer toute sa famille.<br /> La question est pourquoi ?<br /> L’hypothèse du crime altruiste ne tient pas longtemps. Dans certains cas extrêmes, on tue un proche pour lui épargner des souffrances physiques ou morales jugées insupportables. Rien de tel ici. Du côté des familles Ligonnes et Hodanger, on avait de quoi subvenir aux besoins des enfants – déjà grands au demeurant. Ceci est d’autant plus vrai dans un milieu qui cultive les valeurs familiales et l’esprit de clan. Agir sous l’empire de l’impulsion ou de la bêtise, cela existe, mais Xavier est intelligent et ne prend aucune décision sans l’avoir mûrement réfléchie. (En matière de bêtise, je repense à l’histoire de cette ado américaine qui projetait de faire tuer son petit ami - qu’elle voulait quitter - par un tueur à gages, sous le prétexte qu’il ne supporterait pas la rupture…). <br /> Non, comme je l’ai dit plus haut, Xavier a renoncé à la fusion des deux entités qui le constituent. En nietzschéen qui s’ignore ou pas, il veut tuer le Xavier de l’ancien monde et tout ce qu’y s’y rattache. Non au sens figuré, mais pour de vrai. Car Xavier est en réalité un psychopathe.<br /> Naît-on psychopathe ? Le devient-on ? J’imagine que, comme dans le cas des psychoses, il faut pour activer en soi cette inclination un environnement favorable et/ou un événement déclencheur. <br /> Une question : Bruno, avez-vous eu l’impression parfois, au détour d’une phrase, d’un geste, que Xavier n’était peut-être pas celui que vous pensiez ? J’ai l’impression que l’être sensible, sincère, empathique que vous êtes à l’évidence lui prêtez une personnalité et des sentiments qui n’existent que dans votre imagination. L’amitié et l’amour n’ont en réalité, je pense, pas d’existence sensible chez Xavier. Je crois d’ailleurs que c’est une chance pour vous de vous être éloigné de lui dans les dernières années. Le choc des meurtres et la révélation de cet autre visage (en réalité le vrai) de Xavier s’en sont trouvés sans doute atténués chez vous ; grâce aussi j’imagine au travail de mise à distance/en récit que constitue votre livre. Emmanuel Teneur et Michel Rétif n’ont pas eu cette chance. Xavier les a tués eux aussi.<br /> Je n’ai pas connu Xavier, mais je note un certain nombre de caractéristiques dans ses écrits et ses comportements rapportés ici ou là. Aucune autodérision, aucun recul ironique sur lui, sur les autres, sur le monde. Ses propos sont exempts de chaleur humaine, de sentiments vrais. Il raisonne, il argumente – souvent laborieusement -, il juge, mais il paraît ne rien ressentir. Il ne pleure ni sur les autres, ni du reste sur lui-même - condition première pourtant de l’altruisme… - Dans une lettre à Catherine, son ancienne amourette de l’ile de Bréhat, Xavier s’étonne avec candeur de n’être jamais déprimé malgré les difficultés qu’il traverse. Tout est dit.<br /> Il est beau garçon, il a la parole facile, il porte un titre… autant d’atouts objectifs pour séduire. Mais ce handicapé des sens ne peut aller au-delà. Il peine à s’accorder à ses interlocuteurs. Il les impressionne, il les manipule, il les domine éventuellement mais il est impuissant à nouer avec eux une relation intime. D’où ses déboires en affaires, où les décisions se jouent justement sur une fine compréhension des attentes humaines. D’où également ses peu de succès féminins. Il n’est « efficace » dans ce domaine que dans son cadre conventionnel, celui dont paradoxalement il voudrait se libérer. Les filles émancipées lui sont étrangères, illisibles… Agnès, celle que vous décrivez comme une « cocotte adultère de province », est à cet égard parfaite pour lui. Il ne peut pas espérer mieux. <br /> Sa famille, humainement, ne comptait pas pour lui. Elle ne représentait qu’un enjeu narcissique, un signe extérieur de statut. Du moment où il décide de supprimer le premier Xavier, celui de la « Cité des hommes », elle n’est plus que le méchant miroir de ses malheurs terrestres ; un boulet. <br /> La façon dont il évoque la mort des siens à plusieurs reprises dans ses écrits est juste stupéfiante de détachement et d’inhumanité. Dans le courriel adressé à Catherine, si Xavier voulait juste lui soutirer (encore) de l’argent, le chantage au suicide suffisait. Ajouter le meurtre de sa famille n’était d’aucune utilité et risquait de lui attirer de gros ennuis. (On se demande d’ailleurs pourquoi Catherine ne s’est pas précipitée à la police pour faire état de cette menace gravissime…). Cela pour dire que quand Xavier parle de tuer femme et enfants, il est juste sincère. Il semble ne pas réaliser qu’il parle d’êtres humains…<br /> Sa famille lui appartient. S’il veut survivre, il doit la sacrifier. Cela rappelle l’histoire de cet homme, prisonnier de rochers dans le Canyon Blue John et qui s’en libère en se coupant le bras avec un canif… Tuer sa famille sera douloureux, mais il doit le faire.<br /> Il le fait donc. Avec une détermination sans faille. Pas de doute que le passage à l’acte aura été favorisé par le conditionnement qu’il subit depuis l’enfance. L’idée d’apocalypse entretenue par sa mère continue de l’habiter, même après 1995. L’apocalypse universelle sera juste remplacée par une apocalyse domestique… dont lui seul sortira vivant ! <br /> Sa dernière image connue devant le distributeur montre un visage de warrior, de vainqueur. A ce moment, Xavier n’est plus le raté social, un couillon de cocu. Il est un survivant de l’Apocalypse.<br /> Il est l’Elu.
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