L'Europe prend les armes...

Publié le par ottolilienthal

Après plus de trois décennies de désarmement pour récolter les fameux « dividendes de la paix », l’Europe s’est brutalement réveillée. L’enlisement de la guerre en Ukraine, le bellicisme russe et l’imprévisibilité de l’allié américain l’ont poussée à accélérer le renforcement de sa défense. Cela a pris la forme du plan « ReArm Europe » (Réarmer l’Europe, en français), qui prévoit de mobiliser 800 milliards d’euros d’ici 2030 pour porter les dépenses militaires entre 3% et 3,5% du PIB. Dans ce plan, la Commission propose d’activer la clause dérogatoire nationale du Pacte de stabilité et de croissance, afin d’augmenter les dépenses militaires sans déclencher de procédure pour déficit excessif.

Un virage stratégique encore plein d’incertitudes

Si tous les pays relevaient leur effort de défense de 1,5 point de PIB, 650 milliards d’euros pourraient être mobilisés en quatre ans. La Commission prévoit aussi d’emprunter 150 milliards d’euros et de les prêter aux États, à condition qu’ils procèdent à des achats conjoints d’armements en Europe. Un vrai virage… mais. Trois questions restent en suspens :

• Le plan, fondé sur les dépenses nationales des 27 pays membres, n’est pas contraignant. Certains États ne risquent-ils pas de se dérober et de jouer les passagers clandestins ?
• L’effort annoncé suffira-t-il à combler le retard accumulé ?
• Enfin, à qui profitera-t-il réellement ?

Des trajectoires nationales trop hétérogènes

Un rapide état des lieux montre que l’UE est encore loin du compte. Elle part de bas : les budgets de défense représentent en moyenne à peine 1,5% du PIB et tous les pays ne suivent pas la même trajectoire. Seule une dizaine d’États peut raisonnablement prétendre atteindre l’objectif. La Pologne, parce qu’elle se situe déjà au-dessus de la cible. Les pays baltes, les pays nordiques et une large partie des États issus de l’ancien bloc de l’Est s’en approchent et vont accélérer, menace russe et retrait américain obligent. Malgré une nette accélération, l’Allemagne part de trop loin pour atteindre ce niveau à court terme, tout comme la France, freinée par l’état de ses finances publiques. Enfin, plusieurs grandes économies européennes — comme l’Espagne, le Portugal ou l’Irlande — se limitent au strict nécessaire et ne semblent pas prêtes à changer de braquet. Bref, la cible des 3-3,5% du PIB de dépenses militaires est un vœu pieux.

Une Europe encore dépendante et en retrait

Or, l’UE décroche face aux États-Unis, à la Russie et à la Chine. Pour apprécier les ordres de grandeur, il faut raisonner en parité de pouvoir d’achat : en défense, une large part du budget finance des salaires, de la maintenance et des intrants locaux. Un même milliard « nominal » achète donc davantage en Chine ou en Russie qu’en France ou aux États-Unis. Ainsi calculé, l’UE consacre presque deux fois moins de moyens à sa défense que les États-Unis, et environ 10% de moins que la Chine. Et ce n’est qu’un instantané. Une armée se construit dans la durée : il faut empiler les budgets. Entre 2004 et 2024, les États-Unis ont investi près de 14 500 milliards de dollars dans leur défense, la Chine environ 7 000, et l’Europe 5 500 seulement.

Reste l’épineuse question : à qui profitera l’effort européen, alors que 54% des importations d’armes des États européens proviennent des États-Unis ? En face, l’offre européenne demeure fragmentée, notamment à cause de la règle du retour géographique : chaque pays contributeur récupère, sous forme de commandes pour son industrie, l’équivalent de sa participation. Le retrait progressif des États-Unis et leur posture de plus en plus impériale mettent à nu les fragilités d’une Europe dépendante, placée en position de vassalité. Mais la prise de conscience est là. C’est un premier pas.

 
Alexandre Mirlicourtois
https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Rearmer-l-Europe-quand-la-realite-rattrape-la-politique_

Publié le mardi 27 janvier 2026

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Réquisitions de biens auprès de milliers de propriétaires : comment la Norvège prépare le scénario d'une guerre...

Ces sollicitations concernent de nombreux équipements jugés stratégiques, allant des navires aux machines, qui pourraient être mobilisés en temps de conflit.

"Notre société doit être prête à faire face à des crises de sécurité et, dans le pire des cas, à la guerre". En première ligne des activités de la Russie dans le Grand nord arctique, la Norvège soigne son appareil logistique en faisant appel à ses citoyens.

Plusieurs milliers de propriétaires de bâtiments, de bateaux, d'immeubles et de machines devaient ainsi recevoir lundi 19 janvier une lettre de l'armée norvégienne les informant que leurs biens pourraient être réquisitionnés en cas de guerre.

Aucune conséquence en temps de paix

"Les réquisitions doivent permettre aux forces armées, en situation de guerre, d'avoir accès aux ressources nécessaires à la défense du pays", explique l'armée dans un communiqué. Pour 2026, environ 13.500 réquisitions "préparatoires" seront émises. Elles n'auront aucune conséquence pratique en temps de paix et ont pour but d'informer ces propriétaires que leur bien pourrait être utilisé, si nécessaire et dans le cas d'un conflit, par les forces armées, précise le communiqué.

Cette sollicitation de la part de l’État n'est valable que pour un an. Ainsi, environ deux tiers des lettres envoyées en 2026 sont des renouvellements des années précédentes.

"L'importance d'être préparés aux crises et à la guerre a fortement augmenté ces dernières années. La Norvège se trouve dans la situation sécuritaire la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale. Notre société doit être prête à faire face à des crises de sécurité et, dans le pire des cas, à la guerre. Nous avons entamé un renforcement massif de la préparation militaire et civile", a déclaré le chef de l'Organisation logistique des forces armées (FLO), le général de division Anders Jernberg. Ces lettres envoyées aux propriétaires "renforcent la préparation et réduisent l'incertitude quant à la répartition des ressources en cas de crise ou de guerre", a-t-il ajouté.

Pays frontalier de la Russie se présentant comme les "yeux et oreilles" de l'Otan dans le Grand Nord, la Norvège a, comme le reste de l'Europe, procédé à un renforcement de sa défense. Elle partage une frontière maritime et 198 km de frontière terrestre avec la Russie.

Boursorama avec Media Services 19/01/2026

Il est temps d’en finir avec le cliché du « plombier polonais ». La Pologne monte en gamme, gagne en autonomie économique et financière et entend désormais faire de même sur le plan militaire. En 2024, elle a consacré plus de 4% de son PIB à sa défense, soit deux fois plus que la France. Elle vise 4,5% d’ici la fin de l’année et 4,8% en 2026. Pour l’heure, Varsovie s’appuie sur des partenariats avec des entreprises étrangères, notamment américaines, mais l’ambition est d’aller vers l’autonomie stratégique : bâtir une industrie de défense indépendante, apte à couvrir ses besoins et à exporter pour devenir un acteur européen clé. Porté par le conglomérat PGZ, classé aux alentours de la 60e place dans le top 100 mondial de l’armement, symbolise ce secteur en plein essor. La Pologne aligne déjà la première armée d’Europe avec plus de 200 000 militaires, devant la France et l’Allemagne.

Une économie en convergence accélérée

Quelques chiffres suffisent ensuite à montrer la convergence rapide du pays vers les standards de l’Ouest et l’émancipation progressive de son « business model » de la tutelle allemande. Neuvième économie de l’UE lors de son adhésion en 2004, la Pologne occupe désormais la 6e place, dépassant l’Autriche, la Belgique et la Suède. Côté niveau de vie, son PIB par habitant atteint aujourd’hui plus de 60% de la moyenne européenne, contre un peu plus d’un quart il y a près de vingt ans. La Pologne n’est plus la simple arrière-boutique de Berlin.

Vers une autonomie croissante face à l’Allemagne

Berlin reste certes son premier client et fournisseur, ainsi que son principal investisseur mais son poids relatif diminue. Et, si la conjoncture allemande continue de peser sur l’activité polonaise, les cycles de croissance longtemps synchrones se désynchronisent progressivement. Peu à peu, l’industrie polonaise prend son envol alors que l’Allemagne plafonne.

L’efficacité économique en plein essor

Si la Pologne surperforme, c’est que son économie gagne en efficacité. C’est le sens qu’il faut donner à l’augmentation de son PIB rapporté à sa force de travail disponible. Cet indicateur synthétise à la fois l’évolution de la productivité et la capacité du pays à mobiliser sa main-d’œuvre pour créer des richesses. Il s’est envolé depuis 30 ans, bien au-delà de la performance allemande. Partenaires de sous-traitance et sous influence technologique, les industriels polonais deviennent en partie de redoutables concurrents de leur ancien mentor. Mais pas seulement, avec les autres grandes économies aussi : déficitaire à son entrée dans l’UE, la Pologne dégage désormais de confortables excédents vis-à-vis de ses partenaires.

Une place forte industrielle en construction

Ses points forts : l’agriculture et les IAA, avec une grande diversité de production et une montée en gamme vers les produits bio et le prêt-à-consommer ; l’automobile ; les machines et équipements électriques, électroniques, en particulier le matériel informatique, les turbines ainsi que les batteries pour voitures électriques. Le pays a notamment réussi à se hisser à la 2e place mondiale en termes de production de batteries lithium, essentielles à la mobilité électrique. Main-d’œuvre qualifiée et abondante, coûts compétitifs, position géographique au cœur de l’Europe, entre l’Europe occidentale et orientale, couplée à un réseau logistique modernisé, système fiscal et aides attractifs, transferts européens importants, capacité à attirer les investissements étrangers : tout concourt à faire de la Pologne la nouvelle place forte industrielle des PECO.

 
Alexandre Mirlicourtois

Publié le jeudi 25 septembre 2025

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-La-Pologne-une-puissance-industrielle-et-militaire

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La Pologne cherche à obtenir des garanties auprès de la puissance nucléaire française...

Le président polonais Andrzej Duda préconise de renforcer la dissuasion nucléaire du pays face aux menaces russes potentielles en cherchant à se protéger sous les parapluies nucléaires français et américain. Il considère que ces approches sont complémentaires et non contradictoires. Cette initiative intervient alors que la Pologne joue un rôle de premier plan dans les dépenses de défense de l’OTAN, atteignant 4,7 pour cent de sa production économique à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Le Premier ministre Donald Tusk a confirmé l’existence de « discussions sérieuses » avec la France concernant la proposition du président Emmanuel Macron d’étendre les capacités nucléaires de la France pour protéger les alliés européens. Alors que Tusk est favorable à l’exploration de cette option, Duda continue de faire pression en faveur d’un partage nucléaire avec les États-Unis, en citant l’agression russe en cours comme justification. La Pologne rencontre des difficultés pour accéder au bouclier nucléaire français, qui fonctionne indépendamment des garanties de sécurité de l’OTAN.

La plus grande force de combat de l’UE

La France se distingue au sein de l’Union européenne par le fait qu’elle est le seul État membre à posséder un arsenal nucléaire indépendant. Cela devrait contenir environ 290 ogives nucléaires, ce qui en fait l’une des quatre principales puissances nucléaires mondiales. La Pologne et le Danemark ont déjà exprimé leur intérêt pour un abri sous la protection nucléaire de la France. Cette option a fait l’objet d’un regain d’attention à la suite des avertissements des États-Unis concernant les limites potentielles des futures garanties de sécurité pour l’Europe.

Parallèlement à la poursuite des options de dissuasion nucléaire, la Pologne a considérablement développé ses capacités militaires conventionnelles au cours des dernières années. Le pays peut désormais se targuer d’avoir la plus grande force de combat de l’UE avec 200 000 hommes et vise à atteindre une armée d’un demi-million d’hommes dans les années à venir.

 

Une augmentation importante des dépenses de défense entraînera des coupes dans les aides sociales, a averti le ministre belge du Budget, Vincent Van Peteghem...

« Chaque euro déficitaire aujourd'hui… est un euro qui deviendra une dette, et cette dette se transformera un jour en impôt ou en réduction des dépenses dans l'État-providence », a-t-il déclaré au Financial Times. « La défense requiert toute notre attention, mais la pérennité de notre État-providence l'est tout autant. »

La semaine dernière, à Bruxelles, le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, a appelé les alliés de l'OTAN à investir davantage dans la défense, même si cela implique des coupes dans les programmes d'aide sociale.

Les déclarations de Van Peteghem font suite à un accord gouvernemental conclu la semaine dernière pour consacrer 2 % du PIB à la défense et atteindre enfin l'objectif décennal de l'OTAN. La Belgique cherchera à activer la clause dérogatoire nationale – un mécanisme autorisé par la Commission européenne pour assouplir les règles budgétaires – et bénéficiera d'une partie des 150 milliards d'euros de prêts offerts par l'exécutif européen, a-t-il déclaré.

Dans un contexte de guerre ouverte menée par la Russie contre l'Ukraine et de belligérance croissante, les dirigeants de l'OTAN devraient relever l'objectif de dépenses de défense à plus de 3 % du PIB lors d'un sommet à La Haye en juin. Le président américain Donald Trump, critique fréquent des dépenses européennes dépensières, souhaite 5 %.

La Belgique demandera à l'OTAN de comptabiliser les investissements régionaux dans les routes et les ponts comme des dépenses de défense, a ajouté Van Peteghem, selon le Financial Times.

Des pays à la traîne en matière de dépenses, comme l'Espagne et l'Italie, souhaitent en effet élargir la définition des dépenses de défense pour y inclure, entre autres, la cybersécurité, la lutte contre le changement climatique et les patrouilles aux frontières. Les pays limitrophes de la Russie, comme l’Estonie et la Finlande, ont déjà dit non à cette idée, souhaitant que l’argent soit principalement destiné à l’armée.

 

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La Pologne souhaite étendre son armée à 500 000 soldats et envisage des options nucléaires...

La Pologne cherche à renforcer ses capacités militaires

La Pologne entend renforcer considérablement ses capacités militaires, le Premier ministre Donald Tusk ayant annoncé son intention de porter l’effectif des forces armées à 500 000 personnes et d’étudier la possibilité de se doter d’armes nucléaires. Cette annonce intervient dans un contexte d’inquiétude croissante en Europe suite aux récentes actions du président américain Donald Trump concernant l’Ukraine, notamment l’arrêt de l’aide militaire et du renseignement et la suggestion d’une réinitialisation des relations avec la Russie.

Tusk souligne la nécessité d’un armement conventionnel et nucléaire avancé

Tusk a souligné la nécessité pour la Pologne d’acquérir des armes conventionnelles et nucléaires avancées, déclarant que les méthodes traditionnelles ne sont plus suffisantes à la lumière des réalités géopolitiques actuelles. Bien qu’il ait reconnu la possibilité pour la Pologne d’engager des discussions avec la France sur leur proposition de protection nucléaire, il n’est pas clair s’il impliquait également la recherche de capacités nucléaires polonaises indépendantes.

Intérêts nationaux de la Pologne

Reconnaissant l’évolution de la politique américaine à l’égard de l’Ukraine, Tusk a souligné l’importance d’une évaluation claire des intérêts nationaux de la Pologne. Bien qu’il reconnaisse les défis et l’imprévisibilité de la situation actuelle, il a maintenu que l’alliance avec les États-Unis reste primordiale pour la sécurité de la Pologne, tout comme sa position au sein de l’Europe.

Système proposé similaire à celui de la Suisse

Compte tenu de sa proximité géographique avec la Russie, la Biélorussie et l’Ukraine déchirée par la guerre, la Pologne est confrontée à un défi important en matière de sécurité, qui nécessite une solide modernisation de ses forces armées. Tusk a proposé de mettre en œuvre un système similaire à celui de la Suisse, impliquant une formation militaire obligatoire pour tous les hommes adultes, ce qui pourrait aboutir à terme à une armée de 500 000 personnes composée à la fois de troupes en service actif et de réservistes bien entraînés.

L’Ukraine joue un rôle crucial dans les perspectives de sécurité de la Pologne

Le premier ministre polonais a souligné le rôle crucial de l’Ukraine dans les perspectives de sécurité de la Pologne. Il a averti qu’une défaite de l’Ukraine ou l’acceptation de conditions qui affaiblissent sa souveraineté détériorerait considérablement la position géopolitique de la Pologne. Pour renforcer sa position défensive, Tusk a également suggéré de reconsidérer l’adhésion de la Pologne aux conventions internationales interdisant les mines antipersonnel et les armes à sous-munitions, soulignant l’utilisation de ces armes par des adversaires potentiels.

Plan pour la réalisation d’objectifs ambitieux

Tusk a présenté un plan pour atteindre ces objectifs ambitieux, y compris le maintien des dépenses de défense à 5 pour cent du PIB dans les années à venir, arguant que cet investissement stratégique apporterait des avantages à long terme pour la sécurité de la Pologne.

 

La Suède, la Norvège et la Finlande commencent à stocker des céréales en grandes quantités : « Nous nous préparons au pire des scénarios »...

    Une augmentation historique des achats de céréales a également été détectée en Pologne...


    Les pays d'Europe du Nord affirment qu'ils ne sont pas « alarmistes »...


    ... le monde a simplement changé et les menaces sont beaucoup plus nombreuses.

Lorsque l'Union européenne, puis la zone euro (les pays qui partagent la même monnaie) ont été créées, on savait déjà qu'elles réunissaient des pays très différents (une mosaïque composée de carreaux de formes et de couleurs différentes, très difficiles à assembler). Cela a engendré certains problèmes lorsqu'il s'est agi d'élaborer et de mettre en œuvre des politiques homogènes pour des pays dont les propensions à la consommation, à l'épargne ou aux dépenses publiques sont si différentes.

Une autre preuve de la distance culturelle/socio-économique entre les pays de l'UE peut être observée dans les plans d'urgence de chaque nation pour faire face à ce qui commence à être perçu comme un monde nouveau, plus instable, plus dangereux et plus incertain. Alors qu'au nord, les citoyens et les gouvernements ont commencé à constituer des stocks (grandes quantités de céréales et de fournitures médicales) pour faire face aux imprévus, au sud, les pays se laissent aller.


Les pays nordiques et de la mer Baltique dénoncent depuis longtemps la menace qui pèse sur leurs frontières, mais aussi les défis posés par un monde plus volatil et multipolaire. Aujourd'hui, les gouvernements, les banques centrales et les entreprises de ces pays montrent l'exemple en stockant des céréales et des fournitures médicales d'urgence, en rendant le système financier plus résistant, tandis que les ménages font des réserves de conserves et de comprimés d'iode. La guerre n'est pas la seule à inquiéter les pays nordiques et baltes. Les pandémies, le changement climatique... sont autant de fronts ouverts dans un monde qui semble devenir plus « fou » de jour en jour.

« À cause de tout cela, la Finlande parle beaucoup de cette préparation de 72 heures à la télévision, sur les médias sociaux, dans les journaux ; j'ai même entendu dire que les écoles enseignaient cela aux enfants », a déclaré cette semaine Lotta-Sofia Saahko, 31 ans, écrivain qui vit à Valkeakoski, une ville du sud de la Finlande. « Aujourd'hui, les médias en parlent beaucoup et cela a définitivement changé ma façon de penser », a-t-elle déclaré à Bloomberg.

Il y a quelques jours, il a également été révélé que la Pologne avait augmenté ses stocks de céréales à un niveau record, dans le but de renforcer la sécurité alimentaire face à d'éventuelles perturbations de l'approvisionnement causées par des conditions météorologiques extrêmes ou des événements géopolitiques. L'agence nationale des réserves (qui ne divulgue pas la taille et la localisation exactes des stocks) détient des stocks stratégiques depuis des décennies. Pourtant, le pays est un exportateur net de céréales et dispose actuellement d'une offre abondante, surtout depuis que l'augmentation des flux transfrontaliers en provenance d'Ukraine, due à l'invasion russe, a entravé les exportations maritimes de Kiev.

« D'aussi loin que je me souvienne, la Pologne détient des réserves stratégiques de nourriture, y compris de céréales », a déclaré Agnieszka Bogucka, directrice de l'Agence polonaise des réserves stratégiques, lors d'une interview la semaine dernière. « Mais nous n'avons jamais eu de réserves stratégiques de céréales aussi importantes qu'aujourd'hui.


Ces stocks mettent en évidence les multiples menaces qui pèsent sur la sécurité alimentaire, qu'il s'agisse de mauvaises conditions météorologiques endommageant les cultures ou de problèmes de chaîne d'approvisionnement causés par la guerre ou les pandémies. Ils constituent également un autre exemple des efforts déployés par les gouvernements pour se préparer à des crises potentielles. La Finlande stocke également des céréales, tandis que la Suède prévoit de reconstituer ses stocks de semences et d'engrais.


Il n'y a pas que la guerre

Certaines de ces mesures peuvent sembler alarmistes, mais les dirigeants consultés par Bloomberg expliquent que les scénarios sont variés et plus probables que par le passé : ils incluent des catastrophes naturelles dues au changement climatique, des pannes d'électricité et des cyberattaques internationales, et pas seulement des guerres. La préparation signifie également beaucoup de choses. Saahko, qui vit avec son grand-père, explique qu'ils ont deux jerrycans de cinq litres d'eau et qu'ils ont commencé à faire leurs courses différemment afin d'avoir suffisamment de boîtes de soupe aux pois et de pain croustillant.

Les autorités suédoises donnent des conseils sur l'évacuation, la manière d'arrêter les hémorragies et de parler de la guerre aux enfants. Et puis, il y a la situation dans son ensemble. Dans le pays voisin, la Norvège reconstitue ses stocks de céréales et augmente sa capacité de stockage.

Maxima, le plus grand détaillant de Lituanie, a mis en place un plan pour que ses supermarchés restent ouverts en cas de rupture des communications, tandis que ses entrepôts disposent d'une liste de produits de première nécessité à stocker. Le parlement polonais a adopté ce mois-ci une loi obligeant les autorités locales à conserver suffisamment de nourriture et d'eau, également pour 72 heures. D'autres mesures comprennent un système d'évacuation et la construction d'abris.


Le Danemark se prépare à un black-out total

Au Danemark, le gouvernement a créé cette année un ministère de la crise et a commencé à conseiller à la population de stocker de la nourriture et de l'eau pour 72 heures. Mais pour le système financier, ce n'est pas suffisant. La banque centrale est à l'origine d'un système qui permettra aux Danois, à partir de l'année prochaine, de continuer à utiliser des cartes pour acheter de la nourriture et des médicaments pendant une semaine en cas de coupure d'électricité ou d'internet.

Elle travaille avec les détaillants, les banques et les sociétés de paiement pour prolonger de trois à sept jours la période pendant laquelle les gens peuvent effectuer des transactions par carte hors ligne, a déclaré Ulrik Nodgaard, gouverneur adjoint. Les commerçants et les banques ont accepté de partager à parts égales le coût de toute activité frauduleuse, et d'autres pays ont manifesté leur intérêt pour s'en inspirer, explique-t-il.

« Il s'agit de se préparer aux pires scénarios, et nous n'étions pas à l'aise pour dire qu'une perturbation ne pourrait certainement pas durer plus de trois jours », a déclaré M. Nodgaard lors d'une interview à Copenhague la semaine dernière. Depuis l'annexion de la Crimée par la Russie il y a dix ans, les États baltes et la Pologne sont devenus les principaux « investisseurs » de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord en matière de défense, en proportion de leur économie. La Finlande et la Suède, qui sont longtemps restées à l'écart des alliances militaires, ont rejoint l'OTAN après l'invasion massive de l'Ukraine par Vladimir Poutine en février 2022.

La Lituanie a également cherché activement à accueillir des fournitures médicales d'urgence. L'année dernière, elle a reçu le feu vert de la Commission européenne pour créer un stock important dans le cadre d'un plan visant à disposer de 22 stocks nationaux dans 16 États membres de l'UE. Outre la défense, l'approvisionnement en énergie et les produits pharmaceutiques, l'accent a été mis sur les denrées alimentaires. Si des pays comme la Pologne, la Roumanie et la Slovaquie ont conservé leurs stocks après la guerre froide, d'autres les ont démantelés.

La Finlande accumule également de grandes quantités de céréales, et ce pour de bonnes raisons. Un tiers de son territoire se trouve à l'intérieur du cercle polaire arctique, ce qui explique que la période de végétation soit courte et que la Finlande ait connu la famine. La crise céréalière de 1917 a déclenché les premiers efforts pour assurer un approvisionnement adéquat et, onze ans plus tard, un grenier d'État a été créé.

Les pays du Nord sont économes, frugaux et prudents. Si rien ne se passe, ces efforts auront été vains. Mais si l'un des scénarios envisagés se réalise, ces pays « alarmistes » seront prêts à survivre, tandis qu'au Sud, il faudra continuer à vivre au jour le jour, comme le veut la tradition.

Traduit avec DeepL.com (version gratuite)

Les voisins nordiques soutiennent la Suède dans l’expansion de l’OTAN en Finlande...

Les voisins nordiques de la Suède ont exprimé leur soutien à ce que la Suède dirige l’expansion de la présence de l’OTAN en Finlande. À la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la Finlande et la Suède ont décidé d’adhérer à l’OTAN en 2023 et 2024 respectivement.

L’OTAN a renforcé ses forces dans la partie orientale de l’alliance, en formant des groupements tactiques multinationaux depuis les États baltes jusqu’à la mer Noire. L’organisation a également annoncé son intention d’établir une présence en Finlande, qui partage une longue frontière avec la Russie.

Négociations et planification

Le ministre suédois de la défense, Pal Jonson, a proposé que la Suède assume le rôle de chef de file pour la mise en place de forces terrestres avancées (FLF) en Finlande. Ce processus n’en est qu’à ses débuts et la décision finale sur le leadership sera prise par l’OTAN dans son ensemble. M. Jonson a estimé que la FLF pourrait être opérationnelle d’ici un à deux ans.

Le point de vue de la Finlande

Le ministre finlandais de la Défense, Antti Hakkanen, a précisé que le pays ne cherchait pas à mettre en place une force multinationale permanente similaire à celles des pays baltes. Toutefois, si la situation sécuritaire se détériore, la Finlande est prête à augmenter les exercices conjoints avec certains membres de l’OTAN.

Les deux pays nordiques s’efforcent également de faciliter une plus grande mobilité transfrontalière à des fins militaires, en supprimant les obstacles logistiques et administratifs. Cela passe par l’amélioration des infrastructures dans les différents modes de transport.

 

SUEDE : un nombre record de jeunes Suédois vont être contactés pour effectuer leur service militaire obligatoire.

Dans les prochaines semaines, les citoyens suédois qui auront 18 ans cette année recevront dans leur boîte aux lettres une lettre sur les étapes de leur enrôlement dans l'armée, dans le cadre du service militaire obligatoire. La conscription a été réintroduite en Suède il y a quelques années, et c'est un nombre record de jeunes gens depuis lors qui seront convoqués ce printemps pour passer par le processus de sélection de l'enrôlement. "J'ai toujours considéré la conscription comme quelque chose de bien, car je veux faire carrière dans la police ou l'armée", déclare Ida Gullberg, une élève de seconde habitant à Karlstad.

https://www.francetvinfo.fr/#xtor=EPR-555-[newsletterquotidienne]-20230112&pid=726375-1535047208-be45da26

 

Otan : la Suède, l'Estonie et la Finlande voient leurs espaces aériens pénétrés par les Russes

L'Estonie, la Suède ou encore la Finlande ont vu, ces derniers jours, des hélicoptères ou des avions russes s'aventurer dans leur ciel. Une manière pour la Russie de dissuader la Suède et la Finlande d'adhérer à l'Otan.

Des avions de chasse français ont escorté un aéronef russe hors de l'espace aérien de l'Estonie mardi 3 mai, dans le cadre de la police de l'air de l'Otan, dont l'Estonie est membre. Mercredi 4 mai, c'est un hélicoptère russe qui s'est introduit dans l'espace aérien de la Finlande. Il y a quelques semaines, la Suède avait également subi des incursions russes dans son ciel.

Montrer les conséquences d'une adhésion à l'Otan

La Suède et la Finlande envisageraient de rentrer de l'Otan, ce qui n'est pas de l'avis des Russes. "Ils manifestent leur mécontentement, et aussi une manière d'exercer une pression directe sur ces deux pays, sachant que la Finlande a elle aussi une frontière directe avec la Russie", explique Peer de Jong, expert en sécurité internationale. La candidature de la Finlande à l'Otan ne serait qu'une question de jour, et le gouvernement suédois mène des consultations sur la question. La Russie cherche donc à leur faire comprendre les conséquences potentielles d'une adhésion à l'Otan.

 

https://www.francetvinfo.fr/monde/russie/vladimir-poutine/otan-la-suede-l-estonie-et-la-finlande-voient-leurs-espaces-aeriens-penetres-par-lesrusses_5119987.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20220506-[lesimages/image2]

L’immigration faisant partie de l’identité suédoise, les problèmes d’intégration y ont été niés jusqu’à la caricature. L’extrême droite, elle, monte en puissance.

 

Selon le communiqué de presse de la police, l’édition d’août 2015 du festival de la jeunesse We Are Sthlm s’est déroulée dans le calme. Les mémos, rédigés par les gardiens de la paix sur place, relatent une tout autre histoire : 36 plaintes pour agression sexuelle ; plus de 200 hommes bannis du périmètre, en majorité (toujours selon les mémos) des jeunes demandeurs d’asile afghans, arrivés en Suède comme mineurs non accompagnés. Pourquoi ce silence ? «C’est un point sensible, a reconnu un des chefs de la police, Peter Agren, au quotidien Dagens Nyheter. Nous n’osons parfois pas dire ce qu’il en est, par peur de faire le jeu des Démocrates de Suède», formation d’extrême droite. Quelques jours plus tard, le journal révélait que toutes les plaintes impliquant un demandeur d’asile étaient désormais tenues secrètes. La mesure d’exception, adoptée en octobre, tranche avec le principe de transparence, habituellement de mise en Suède.

«Très conformistes»

Amineh Kakabaveh, ancienne peshmerga d’origine iranienne devenue députée du Parti de gauche, a fondé l’association «Ni putes ni soumises» à Stockholm, il y a dix ans. L’attitude de la police ne la surprend pas : «Il y a des filles qui meurent dans les quartiers, après avoir été poussées de leur balcon, mais on en parle très peu. Les affaires sont classées sans suite. Le débat est infecté. On a peur d’apporter des voix» aux Démocrates de Suède (SD). Elle s’en prend aux féministes qui, même au sein de son parti, «réfutent l’argument culturel, en disant que ce n’est qu’une question de violence des hommes contre les femmes. Cela part peut-être d’une bonne intention, mais c’est nuisible». Cet été, avec d’autres, Amineh Kakabaveh a dénoncé la montée du fondamentalisme islamiste dans certains quartiers de Suède et l’impact que le phénomène avait sur les droits des femmes. La direction de son parti a immédiatement réagi, condamnant «le généralisation et la propagation de rumeurs, qui prétendent que l’oppression, l’homophobie et l’intégrisme sont le fait d’une religion particulière ou n’existent que dans les banlieues».

Il y a certains sujets, en Suède, qu’il vaut mieux éviter, estime l’économiste Joakim Ruist, spécialiste des migrations, qui voit une contre-réaction à une tendance observée dans les années 90 : «Dès qu’un immigré commettait un crime, son origine était mentionnée en une des journaux, créant une atmosphère de suspicion. Aujourd’hui, c’est le contraire, au point d’en être ridicule : c’est controversé de dire que l’emploi des réfugiés est de 20 % inférieur à celui des Suédois, ou qu’il y a des problèmes culturels dans les banlieues. Le pire, c’est la façon dont on médiatise les bonnes nouvelles : une enquête qui montre les bénéfices de l’immigration est rapportée telle quelle dans les médias, tandis que la méthodologie d’une autre, qui pointe des problèmes, est discutée à n’en plus finir.»

Parmi les sujets sensibles : le nombre d’immigrés que la Suède peut accueillir avant que son modèle social ne vacille. En 2012, le journaliste politique Mats Knutson anime un débat sur ce thème, sur la chaîne publique SVT. Dans un pays dont 16,5 % des habitants sont nés à l’étranger et qui a accueilli 250 000 demandeurs d’asile en deux ans, «c’était un sujet qui nous semblait légitime, alors que de plus en plus d’élus locaux en discutaient», explique le journaliste. Laminée par la critique, l’émission a été accusée de reprendre la rhétorique xénophobe de SD et de faire le jeu des racistes. Ses collègues, affirme Mats Knutson, ont retenu la leçon. «La Suède est un pays très conformiste et fortement centralisé. Cela affecte le débat. Ceux qui se distinguent risquent de mettre en danger leur carrière. L’indépendance n’est pas encouragée.» Le journaliste pointe du doigt le succès des idéologies libérales et le choc provoqué par l’entrée de l’extrême droite au Parlement en 2006 : «Les autres partis, qui avaient défendu jusque-là une politique migratoire libérale, se sont retrouvés paralysés. C’était devenu une question de prestige, pour eux, que de maintenir la politique qu’ils avaient défendue.» Le politologue Andreas Johansson Heinö souligne l’importance de la question de l’immigration dans l’identité suédoise : «L’image que nous avons de nous-mêmes est construite sur l’idée d’un peuple tolérant et ouvert, qui embrasse le multiculturalisme. On en a fait une vérité indiscutable.» La montée de SD a brouillé les cartes : «On s’est retrouvé avec un débat très simpliste, où ce n’était plus nécessaire de défendre rationnellement ses d’arguments. Il suffisait de dire que ceux qui étaient en face étaient les méchants.» Les autres partis n’ont plus eu qu’une obsession : se distancer de l’extrême droite. Le journaliste social-démocrate Göran Greider reconnaît un certain «aveuglement», qui a conduit «à ne plus lutter contre le racisme que par l’antiracisme». L’eurodéputé libéral Jasenko Selimovic : «Si les Démocrates de Suède disaient que la Terre est ronde, les autres clameraient qu’elle est plate.»

 

«Nier les problèmes, c'est vivre dans un monde imaginaire»

Pourtant, remarque Torkild Stranberg, le maire libéral de Landskrona (sud), où l’extrême droite a obtenu un score record en 2002, il ne s’agissait pas de reprendre la rhétorique de SD, mais de reconnaître qu’il y avait des problèmes d’intégration dans certains quartiers : «Le nier, c’est vivre dans un monde imaginaire. Pendant ce temps-là, on ne fait rien et on est ensuite forcé de prendre des mesures drastiques, dans la panique.» C’est ce qu’il a écrit, avec d’autres élus, dans une tribune, il y a un an. «Nous avons été accueillis soit par le silence, soit on nous a traités de raciste.» La polémiste Alice Teodorescu s’inquiète surtout de la rapidité avec laquelle «ce qui était une posture dite fasciste en août est devenu la politique du gouvernement», à savoir la décision d’introduire des contrôles d’identité aux frontières (depuis le 4 janvier) et de refuser l’entrée aux demandeurs d’asile sans papiers. La crise des réfugiés et l’arrivée de 163 000 personnes en 2015 ont changé la donne. «Un chapitre est terminé, constate le journaliste Mats Knutsson. Il suffit de regarder les débats au Parlement : les chrétiens-démocrates demandent l’expulsion des délinquants sexuels ; les libéraux parlent d’une culture de l’honneur qui accompagne l’immigration… Plus personne n’est accusé de faire le jeu de SD en demandant de réduire les arrivées. C’est aussi un signe du conformisme : quand l’idéologie dominante change, tout le monde suit.»

 

Anne-Françoise Hivert Correspondante en Scandinavie

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