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Publié le par ottolilienthal

Pourquoi la générosité des politiques sociales ne pourra pas durer...

Le poids de la protection sociale entraîne un déficit public qui nécessite une politique budgétaire restrictive et, donc, la poursuite du sous-investissement et de la croissance faible...

Quel que soit le gouvernement qui sera au pouvoir dans le futur, et quelle que soit l'opinion des Français sur ce sujet, il va falloir réduire les dépenses de protection sociale en France. La situation des comptes sociaux est aujourd'hui inquiétante : la Sécurité sociale (essentiellement l'Assurance maladie) affiche un déficit de 25 milliards d'euros en 2025 ; les régimes de retraite cumulent un déficit de 7 milliards d'euros en 2025 – passant à 15 milliards d'euros en 2035 et à 35 milliards d'euros en 2045, à générosité inchangée.

Les dépenses de protection sociale représentent 32,3 % du produit intérieur brut (PIB) en 2023 (dernière année disponible), contre 26,5 % dans l'ensemble de l'Union européenne (UE). Cela pose un premier problème de compétitivité, en raison du niveau élevé de la pression fiscale en France (45 % du PIB, contre 40 % du PIB dans l'ensemble de l'UE).

Cela a deux effets : réduire directement la compétitivité des entreprises et faire baisser le salaire net pour les salariés (avec un « coin fiscal », écart entre le coût du travail pour l'entreprise et le salaire net pour le salarié, de 47,2 % en 2024 contre 34 % en moyenne pour les pays de l'OCDE), d'où une baisse de la demande et de l'attractivité de la France pour les investissements et in fine un nouveau recul de la compétitivité.

Le second problème est que, en raison du vieillissement démographique, le déficit des systèmes de protection sociale ne peut que s'aggraver si la générosité est maintenue. Le ratio du nombre de cotisants aux systèmes de retraite au nombre de retraités va encore reculer, passant de 1,67 en 2025 à probablement 1,20 en 2050 (d'après les estimations du Conseil d'orientation des retraites).

Par ailleurs, le vieillissement démographique va accroître les dépenses de maladie et de dépendance. Une personne dont l'âge est compris entre 17 et 59 ans dépense 1 802 euros par an en dépenses de maladie (soins de ville et dépenses dans les établissements de santé), alors qu'une personne d'âge compris entre 75 et 84 ans dépense 6 448 euros. Ces évolutions démographiques, à générosité inchangée de la protection sociale, pousseraient les dépenses de retraite de 14,5 % à 20 % du PIB et les dépenses de santé de 9 % à plus de 10 % du PIB, ce qui paraît impossible.

Élargir l'assiette du financement

De quelles politiques dispose-t-on pour financer cet accroissement des dépenses de protection sociale si on veut éviter d'en réduire la générosité ? D'abord, augmenter le taux d'emploi. Si la France avait un taux d'emploi identique à celui de l'Allemagne, les recettes fiscales seraient supérieures de 5 points de PIB à ce qu'elles sont aujourd'hui et il y aurait des marges de manœuvre pour augmenter les dépenses sociales. Mais compte tenu de l'état dégradé du système éducatif et de la résistance de l'opinion au report de l'âge de la retraite, il est peu probable que le taux d'emploi augmente beaucoup dans le futur.

Ensuite, augmenter la taxation du travail. Mais, compte tenu du niveau élevé du « coin fiscal » et de la faiblesse induite des salaires nets, cette piste est très difficilement utilisable. Peut-on alors augmenter la taxation des hauts revenus et du capital ?

Le taux de taxation marginale des hauts revenus est déjà de 49 % ; accroître le prélèvement libératoire unique (aujourd'hui les revenus du capital sont taxés à 30 %) de 5 points rapporterait 3 milliards d'euros, ce qui est minuscule par rapport aux besoins, alors que la taxation des revenus du capital est déjà plus forte en France que dans les autres pays européens. Une taxation des hauts patrimoines rapporterait, d'après les estimations – et selon la version retenue de cette taxation –, de 5 à 10 milliards d'euros, ce qui est à nouveau très faible par rapport aux besoins.

On peut ensuite élargir l'assiette du financement de la protection sociale en passant d'un financement basé surtout sur les revenus du travail à un financement basé sur l'ensemble des revenus (comme la CSG). Mais il s'agirait alors de transférer une partie de la charge des salaires vers les revenus du capital, pas d'accroître les ressources disponibles pour financer la protection sociale.

Enfin, on peut s'interroger sur les moyens qui pourraient être utilisés pour soutenir la croissance. Si elle avait été de 2 % et non de 0,5 % en moyenne de 2015 à 2024, les recettes fiscales seraient aujourd'hui supérieures de 7,5 points de PIB et on ne s'interrogerait pas sur l'équilibre des régimes de protection sociale.

Mais c'est le poids de la protection sociale qui explique la faiblesse de la croissance. L'orientation des dépenses publiques vers les dépenses de retraite et de santé explique la faiblesse du soutien public aux investissements préconisés par le rapport Draghi (dans la transition énergétique, dans le numérique, dans l'éducation et la formation tout au long de la vie). Aujourd'hui, le poids de la protection sociale entraîne un déficit public qui nécessite la mise en place d'une politique budgétaire restrictive et, donc, la poursuite du sous-investissement et de la croissance faible.

Il paraît alors impossible d'échapper à une réduction de la générosité des politiques sociales, qui passera par une sous-indexation des retraites sur les prix, une hausse des franchises médicales et une réduction de la générosité de l'indemnisation chômage.

 
 

*Patrick Artus est conseiller économique d'Ossiam, membre du Cercle des économistes.

 

 

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Le modèle social français est à la fois une fierté nationale et un casse-tête budgétaire. Plus de 57% du PIB part chaque année en dépenses publiques, dont plus de 40% pour la protection sociale. Cette générosité repose sur une quadruple équation : croissance, productivité, dette… et désormais, quantité de travail. Aucun levier ne suffit seul. Tous sont sous tension.

Une croissance trop molle


Après une croissance de seulement +0,7% en 2024, les prévisions pour 2025 ne dépassent pas +0,9%. Les grandes puissances européennes sont à la peine, freinées par l’inflation persistante, le coût de la transition énergétique et la faiblesse de la demande mondiale. Or, sans création de richesse, le financement par répartition du modèle social se grippe.

Productivité : le moteur grippé

Autrefois facteur discret mais puissant, la productivité stagne. Les gains horaires sont tombés sous 1% par an. La désindustrialisation, la faible diffusion des technologies de rupture, l’organisation du travail éclatée en télétravail ou en sous-emploi partiel affaiblissent la dynamique collective. Produire autant avec moins, voire avec les mêmes, devient un mythe tenace.

La dette, une impasse à découvert

La dette publique atteint 113% du PIB début 2025, et le déficit reste au-dessus de 5,5%. Les taux d’intérêt pèsent de plus en plus lourd dans le budget de l’État : plus de 60 milliards d’euros par an, soit autant que l’Éducation nationale. La dette ne peut plus être un substitut permanent à la croissance ou à l’effort collectif. Elle fragilise la souveraineté économique.

Travailler davantage : le tabou qui tombe

Reste le volume de travail. Une personne en emploi travaille en moyenne 1 500 heures par an en France, bien en dessous de la moyenne OCDE. Moins d’heures, moins d’actifs, plus de retraités : l’équation devient explosive. La réforme des retraites de 2023 a relevé l’âge légal à 64 ans, mais cela reste insuffisant si le taux d’emploi des seniors (les 55-64 ans par convention) stagne à 57%, loin des 73% allemands.

Retraites : l’angle mort du débat

La France consacre 14% de son PIB aux retraites, un record en Europe. La Cour des comptes a tiré la sonnette d’alarme en avril 2025 : sans relèvement de la durée de cotisation, sans incitation forte au travail des seniors, le système ne tiendra pas. Travailler plus longtemps n’est plus un choix individuel, c’est une condition de survie collective.

L’effort ou le renoncement ?

Le modèle social français ne peut plus vivre d’héritage, d’illusions ou d’endettement. Il devra vivre d’effort : produire, innover, contribuer — et oui, travailler davantage, plus longtemps et plus efficacement. Sinon, il faudra en assumer le démantèlement.

 
Alexandre Mirlicourtois

Publié le lundi 28 avril 2025

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Comment-fInancer-le-modele-social-francais-l-heure-de-verite

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Sur « Tu veux, tu viens ! », tous les objets sont donnés plutôt que jetés

Anti-gaspi solidaire. Sur le web, Jessica Verger anime bénévolement la plateforme « Tu veux, tu viens ! ». Un site national qui permet de donner des objets au lieu de les mettre à la poubelle ou à la déchetterie. Les personnes intéressées envoient un message et viennent récupérer l’objet où il se trouve.

 

Sa belle-mère décédée, Jessica Verger se voit contrainte, l’été dernier, de jeter beaucoup de meubles, de vêtements ou d’objets pour vider sa maison à Cordieux.

« Je suis passée par un site de vente en ligne mais j’avais du mal à vendre des choses, même de valeur ». Un reportage à la télé présentant le site Internet « Tu veux, tu viens ! » lui donne la clef pour sortir de cette impasse.

La plateforme fonctionne comme un site classique d’annonces de vente entre particulier sur le web. Sauf que chez « Tu veux, tu viens ! », tout est gratuit. Le donateur met son offre en ligne et les personnes intéressées se font connaître avant de se déplacer pour récupérer l’objet. Celui qui fait le don choisit le bénéficiaire. « J’ai trouvé le concept formidable, il permet d’éviter le gaspillage, tout en rendant service aux gens. Ceux qui peuvent être dans le besoin, mais aussi ceux qui sont à la recherche d’un bien qu’ils peuvent parfois même réparer. Mais attention, ce n’est pas une déchetterie ou une poubelle. Les dons doivent être présentables. »

Plus de 5 000 membres sur Facebook

Cette trentenaire, maman de quatre enfants, va même plus loin dans sa démarche. Elle se met en relation avec le concepteur du site pour en devenir l’ambassadrice dans l’Ain, afin de le faire connaître et prospérer (lire par ailleurs). Elle crée même un groupe Facebook « tu veux tu viens 01 » qui rassemble aujourd’hui plus de 5 000 membres. « Très rapidement, j’ai vu des personnes venir chez moi récupérer des objets dont je voulais me débarrasser. Ce qui m’a surprise, c’est leur gentillesse. Certains sont venus avec des gâteaux, d’autres avaient un petit mot gentil ou voulaient laisser un peu d’argent. Le plus touchant, c’est de voir que l’on peut créer du lien social au travers d’un simple échange. »

Sur Internet : tuveuxtuviens.fr Sur Facebook : tu veux tu viens 01

Jessica Verger a donné des meubles, des appareils ménagers ou des vêtements. Le matériel audio est aussi très demandé.

 

Régis Barnes

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