Japon chronique

Publié le par ottolilienthal

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La Banque du Japon a-t-elle fait s'effondrer le dollar ?....

Les conséquences de 26 ans de politique monétaire expansionniste et d'assouplissement quantitatif agressif (autrement dit : création monétaire) se font sentir. Les États-Unis sont parmi les pays les plus vulnérables à la contagion japonaise.

Au cours des neuf derniers jours, l'indice du dollar américain s'est effondré : le 19 janvier, il a clôturé à 99,16. Aujourd'hui, il se négocie sous la barre des 96, soit une baisse de 3,2 % ! Cela peut paraître peu, mais sur les marchés des changes, c'est un mouvement considérable.

 

Le coupable pourrait bien être la Banque du Japon. Ces 26 dernières années, le Japon a été le principal exportateur mondial de capitaux financiers. La Banque du Japon (BOJ) a créé de l'argent sans contrepartie en 1999 (en fixant les taux d'intérêt à zéro) et a été pionnière en matière d'assouplissement quantitatif (QE) en 2001. Grâce à des taux d'intérêt proches de zéro et à l'injection massive de liquidités par la planche à billets, la BOJ est devenue le premier détenteur mondial d'obligations d'État japonaises (JGB) et de bons du Trésor américain.

La Banque du Japon détient environ 52 % de l'ensemble des obligations d'État japonaises en circulation et près de 1 200 milliards de dollars d'obligations du Trésor américain (chiffres d'octobre 2025). De fait, la Banque du Japon monétise la dette publique. Ce faisant, le Japon affiche le ratio dette publique/PIB le plus élevé de tous les pays développés : un chiffre vertigineux de 260 %. Autrement dit, la dette publique japonaise représente aujourd'hui 2,6 fois le PIB annuel de l'ensemble de son économie.

Le dénouement brutal des opérations de « carry trade »

Le Japon est également à l'origine des opérations de « carry trade » : des investisseurs japonais et étrangers ont emprunté des fonds au Japon à des taux d'intérêt très bas et les ont investis ailleurs dans le monde où le rendement du capital était considérablement plus élevé. Aujourd'hui, le marché des obligations d'État japonaises, d'une valeur de 7 000 milliards de dollars, est la principale source de l'exposition colossale aux opérations de « carry trade », susceptible de provoquer des turbulences sans précédent sur les marchés. Les marchés américains pourraient être parmi les plus vulnérables. Selon Bloomberg, l'exposition américaine au carry trade s'élève à quelque 342 billions de yens, ce qui correspond à environ 2,25 billions de dollars américains.

 

Il n'existe aucun moyen d'éviter l'effondrement final.

Tous ces soldes se sont accumulés durant la « belle époque » des taux d'intérêt nuls, lorsque les acteurs du marché se souciaient peu de l'explosion de la dette : c'était de l'argent facile, circulant en quantités quasi illimitées. Mais comme Ludwig von Mises l'a justement souligné,

"Il est impossible d'éviter l'effondrement final d'une période de croissance alimentée par l'expansion du crédit. L'alternative se résume à choisir entre une crise plus rapide, suite à un abandon volontaire de toute nouvelle expansion du crédit, ou plus tardive, comme une catastrophe finale et totale du système monétaire concerné."

Aujourd'hui, le renversement de la politique de taux d'intérêt zéro du Japon et toutes ses conséquences s'accélèrent. Ce mois-ci, le rendement des obligations d'État japonaises à 10 ans a dépassé les 2,3 %, son plus haut niveau depuis 1997. Le service de la dette publique japonaise absorbe désormais environ 25 % du budget de l'État. Au lieu de stimuler l'économie, la Banque du Japon a inversé sa politique d'assouplissement quantitatif et a entrepris de réduire drastiquement son bilan colossal.

L'un des effets indésirables de la politique d'assouplissement quantitatif agressive de la Banque du Japon a été la dépréciation constante du yen, malgré la hausse des taux d'intérêt. Pour défendre le yen et éviter l'effondrement de leurs marchés obligataires, la Banque du Japon (BOJ) et les autres institutions financières japonaises doivent rapatrier en urgence leurs investissements étrangers, notamment les actions, les obligations, les ETF et, à terme, même les bons du Trésor américain, car ils représentent l'actif étranger le plus important et le plus liquide détenu par le Japon. En cas de crise, le Japon sera contraint de liquider ses investissements en bons du Trésor américain.

Les pays occidentaux suivront l'exemple du Japon.

C'est inévitable, comme l'avait prédit Ludwig von Mises. Les conséquences ultimes de cette crise sont difficiles à prévoir, mais compte tenu de l'ampleur des déséquilibres qui affectent actuellement les marchés mondiaux, conséquences de 26 années d'assouplissement quantitatif massif mené par le Japon, la contagion venue du Japon pourrait frapper l'économie mondiale comme un tsunami. En réponse, les gouvernements des autres pays occidentaux pourraient être contraints d'adopter les mêmes politiques que la BOJ.

Lorsque le Japon retire des liquidités de ses marchés, ses banques centrales devront accroître d'autant plus leur production de monnaie. À terme, ce processus conduit à une accélération de l'inflation, voire à une hyperinflation. Et désormais, tous les gouvernements surendettés accueilleront favorablement l'inflation, car elle leur permettra de se débarrasser de leurs dettes grâce à une monnaie sans valeur...

 

Alex Krainer 29 01 26

 28/01/2026 à 14:10
 

 

 

Le yen poursuit sa glissade face au dollar, au point d’inquiéter Tokyo. La Banque du Japon envisage désormais une intervention directe pour enrayer la chute de sa monnaie, une option rare et scrutée par les marchés. Entre changement politique, tensions avec la Réserve fédérale et risques sur les bons du Trésor américain, la faiblesse du yen pourrait-elle déclencher un nouveau séisme monétaire ?

https://www.boursorama.com/videos/actualites/les-investisseurs-japonais-peuvent-ils-provoquer-un-krach-financier-6d9735ab332fe14d35bca5475ee7dac0

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Japon : alerte rouge sur la croissance de l'économie, les dépenses des ménages plongent...

Les dépenses des ménages japonais ont chuté de manière inattendue en octobre, se repliant pour la première fois en six mois, selon des chiffres officiels publiés vendredi 5 décembre, un signal alarmant pour la santé de l'économie nippone à l'heure où la Banque du Japon se prépare à relever ses taux...

n octobre, les dépenses de consommation des ménages japonais ont reculé de 3% par rapport à l'année précédente en termes réels, d'après les chiffres communiqués par le gouvernement. Elles avaient gonflé de 2,3% en août et de 1,8% en septembre. A l'heure où une inflation persistante et l'incertitude économique assombrissent le moral de ménages, il s'agit du premier repli depuis avril, et le recul le plus marqué depuis janvier 2024 au Japon. Cette baisse intervient à rebours des anticipations des analystes sondés par Bloomberg, qui tablaient sur une hausse de 1%.

Dans le même temps, le salaire de base nominal par travailleur à temps plein au Japon en moyenne a augmenté de 3,3% en octobre sur un an. Mais le salaire réel (c'est-à-dire ajusté en fonction de l'inflation) s'affiche en repli de 0,1%. Ces chiffres maussades s'inscrivent dans un contexte de conjoncture économique précaire : le Japon a vu son Produit intérieur brut (PIB) se contracter au troisième trimestre, miné notamment par l'affaiblissement de ses exportations en raison des droits de douane américains.

Un plan de relance colossal a été mis en place

Pour relancer la consommation face à une inflation tenace (qui a encore accéléré à 3% sur un an en octobre), la nouvelle Première ministre japonaise Sanae Takaichi a annoncé fin novembre un plan de relance équivalant à 117 milliards d'euros et prévoyant notamment des chèques aux parents et des subventions énergétiques. L'évolution des salaires et des dépenses des ménages est surveillée par la Banque du Japon (BoJ), qui tente depuis longtemps d'instaurer un cycle économique vertueux dans lequel la hausse des salaires stimulerait la consommation, afin de tourner durablement la page de décennies d'inflation quasi-inexistante. Malgré le recul de la dépense des ménages relevé vendredi, les marchés estiment que la BoJ devrait relever à nouveau ses taux d'intérêts lors de sa prochaine réunion de politique monétaire mi-décembre.

Capital avec AFP

https://www.capital.fr/economie-politique/japon-alerte-rouge-sur-la-croissance-de-l-economie-les-depenses-des-menages-plongent-1521620

commentaire ce jour sur le blog de Quark :

"Je constate que les rendements des obligations du Trésor japonais à 10 ans ont fortement augmenté ces derniers jours et approchent les 2 %. Le franchissement de ce seuil aurait-il des conséquences pour le système financier ? La fin du carry trade ?"

réponse de celui ci :

"Pour moi, le passage du prix de l'argent au-dessus de 50 $ signifie que le système a perdu le contrôle. Mais attention, car perdre le contrôle est une chose, le reconnaître en est une autre. Le système de Bretton Woods s'est effondré en 1968 lorsque le London Gold Pool a complètement perdu le contrôle, mais cela n'a été officiellement reconnu qu'en 1971.

Autrement dit, la hausse du rendement des obligations japonaises est un nouvel exemple de perte de contrôle (d'autres suivront), sans qu'aucun taux précis ne soit reconnu par le gouvernement japonais."

Quark

Le Japon : l’allié sans voix ni choix...

Pris entre l’irrésistible ascension de la Chine et le déclin américain, Tokyo perd son autonomie stratégique...

Une dépendance écrasante

La dynamique régionale est implacable et claire.


En trente ans, la part du Japon dans le produit intérieur brut mondial est passée de 14 % à 4 %.
Durant cette même période, la Chine a progressé de 2 % à 18 % du PIB mondial, devenant aujourd’hui le premier partenaire commercial du Japon, représentant plus de 20 % de ses exportations.

Malgré une hausse spectaculaire de son budget militaire, l’armée japonaise reste conçue non pas pour assurer l’indépendance du pays, mais pour opérer en coordination avec les États-Unis. De fait, la dépendance énergétique du Japon vis-à-vis des États-Unis est vitale : 45 % de son pétrole importé transite par des routes maritimes sécurisées par la marine américaine.
Autrement dit, l’architecture stratégique japonaise demeure celle d’un pays qui n’a jamais retrouvé sa pleine autonomie.

Le choix impossible

Ce pays, et ses dirigeants, ont pris la mesure de l’inéluctable : l’ascension de la Chine est structurelle, tout comme le déclin des États-Unis.


Le dilemme géopolitique japonais est simple à énoncer : le déclin de son protecteur est bien plus risqué que l’ascension de son rival.

Pourtant, le Japon s’accroche à un espoir illusoire : que sa protection sera garantie par Washington tant qu’il lui obéira et qu’il s’opposera fermement à Pékin.


Mais l’abandon américain de l’Afghanistan a confirmé, de manière définitive, que seul le coût conditionne désormais l’engagement américain — toutes administrations confondues. Washington se retire, quel que soit le profil ou la fidélité de ses alliés.

Une voix muselée

Voici le tragique : un pays qui n’a jamais été autorisé à retrouver sa voix après 1945, non pas à cause de la Chine, mais à cause de ce même pays qui le traite aujourd’hui comme une monnaie d’échange.


Pour Washington, le Japon est moins un objectif qu’un instrument stratégique.

Quand les priorités américaines s’appellent Chine, compétitivité technologique et réduction des engagements extérieurs, celles de Tokyo sont stabilité, survie diplomatique et marge d’autonomie.


Voilà pourquoi le Japon en est réduit à se demander s’il peut encore survivre entre ces deux géants — dont son allié, l’Amérique, pour qui il n’est pas une fin, mais un moyen, une carte dans un jeu de négociations.

Le déni fatal

Ce pays vit aujourd’hui dans un déni qui lui permet d’éviter d’affronter son angoisse existentielle : que les États-Unis ne puissent le protéger indéfiniment, que l’ascension chinoise soit irréversible.


Son drame n’est pas tant la puissance chinoise que l’avènement d’un monde où ni les États-Unis ni le Japon ne sont plus le centre de gravité de l’Asie.


Il ne craint pas tant la force chinoise que l’avenir d’une région qui gravitera bientôt autour de Pékin, plus que de Tokyo ou Washington.

Le vide stratégique

Mais que restera-t-il du Japon sans la puissance américaine ?
Un pays sans véritable armée.
Une Constitution rédigée par des vainqueurs étrangers.
Une économie tiraillée entre les plaques tectoniques de Washington et Pékin.
Une diplomatie sans axe indépendant.

Transformé en avant-poste stratégique, le Japon a vu passer plusieurs générations ayant appris à survivre par l’obéissance plutôt que par la souveraineté.

Depuis 1945, il n’a jamais vraiment eu l’occasion de choisir sa propre voie ou de faire entendre sa propre voix.


Pas parce que la Chine l’en aurait empêché, mais parce qu’une superpuissance hésite désormais à le considérer autrement que comme une carte dans ses négociations.

L’alerte pour l’Europe

Francis Fukuyama avait raison : « La souveraineté ne se mesure pas seulement par la capacité militaire, mais par la faculté de définir ses propres choix. »

À cet égard, l’exemple japonais se doit d’interpeller l’Europe.


Non pour acter une quelconque rupture dogmatique avec les États-Unis, mais parce que la loyauté, aujourd’hui, n’est plus un gage mais un coût à arbitrer.

L’Europe doit considérer sa souveraineté comme un levier actif de pouvoir qui ne s’achète ni ne se mendie, mais qui se forge.

Que le cas nippon l’arrache enfin à sa naïveté, ou à sa torpeur.


Qu’elle réécrive enfin son propre récit, à la hauteur des défis du XXIᵉ siècle.

Michel Santi 01 12 25

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La lente désintégration du système financier et fiduciaire japonais....

Le Japon est l'exemple parfait recherché par les défenseurs d'un système monétaire fondé sur une dette toujours croissante, insensible à son potentiel d'expansion.

Chaque fois qu'un pays atteint un seuil critique en matière d'endettement, la réponse est que cela n'a aucune importance, car l'exemple japonais étouffe immédiatement toute critique.

L'ampleur de la dette publique japonaise dépasse tout ce qui a été observé en Occident au XXIe siècle. Qu'elle continue de croître importe peu, car elle a atteint un niveau où sa croissance est devenue insignifiante.

J'ai consacré une attention particulière au Japon, comme en témoignent plusieurs articles.

Puisque je souhaite expliquer la lente désintégration de ce système, il est utile d'observer d'où nous venons, où nous en sommes et où nous allons (ou où ils vont).

Deux indicateurs me servent de référence : le taux de change du yen par rapport au dollar et le rendement de la dette à long terme au Japon.

La Banque du Japon (BJ) ayant acheté de la dette japonaise pendant de nombreuses années, l'injection continue de liquidités a exercé une pression sur le yen tout en maintenant les taux d'intérêt à un niveau très bas. L'apparition de l'inflation a contraint la BJ à prendre une décision, car il était impossible de contrôler simultanément ces deux indicateurs. Si elle continuait d'acheter de la dette alors que l'inflation augmentait, la monnaie serait affectée par la hausse continue de la masse monétaire. Si elle cessait ces achats pour maintenir la parité du yen, le rendement de la dette augmenterait, mettant en péril la stabilité budgétaire, car les coûts financiers associés à cette dette commenceraient à croître. Il était donc essentiel de surveiller ces deux paramètres afin d'en suivre l'évolution.

A) Dans mon premier article d'avril 2022, j'avais mis en garde contre la monnaie japonaise. Le yen pourrait être la première monnaie occidentale à s'effondrer.

Le taux des obligations à dix ans est resté sous contrôle.

Comme le rendement à dix ans était initialement négatif, cette hausse anticipée mettrait du temps à impacter les charges financières. Les autorités pouvaient ainsi jouer sur la devise et la dette, en intervenant alternativement pour éviter toute dérive incontrôlée.

B) Quelques années plus tard, la tendance s'est poursuivie, avec des attaques contre la monnaie. (Mars 2024)

Je me suis souvenu du cas de Soros et de l'attaque contre la livre sterling comme exemple de prédateurs repérant la faiblesse d'une monnaie.

Le yen s'était considérablement dévalué, passant de 128 yens pour un dollar à 151 yens, et ce seuil plancher était déjà visible, menaçant d'une forte hausse s'il dépassait les 160 yens pour un dollar.

Mais en contrepartie, les taux d'intérêt restaient très bas, bien qu'ils aient déjà augmenté.

Le taux de l'obligation à dix ans, par exemple, n'était plus négatif comme quelques années auparavant, mais avait atteint 0,70 %.

Cela permettait encore à la BJ de contrôler la devise, avec des ventes de dollars.

C) Actuellement.

Le processus a suivi son cours et, un an et demi plus tard, le bilan nous laisse face à une situation préoccupante.

Le yen frôle dangereusement les 160 yens pour un dollar, ce qui marque une perte totale de contrôle.

Mais le pire, c'est que le rendement des obligations japonaises à 10 et 30 ans a explosé.

Dans le cas de l'obligation à 10 ans, il est très proche du seuil de contrôle de 2 %, un repère historique dont le franchissement serait dangereux.

Observez l'évolution.

En août 2019, le taux a atteint un niveau très négatif (-0,30 %), et depuis, la tendance s'est inversée.

Dans mon premier article de 2022, il oscillait autour de 0 %, et dans le second, en 2024, il avait déjà commencé à progresser pour atteindre 0,7 %. Un an et demi plus tard, la progression s'est accélérée, atteignant 1,77 %.

La situation est plus préoccupante pour l'obligation à 30 ans.

Contrairement à l'obligation à 10 ans, elle a dépassé les sommets de l'an 2000 (environ 3 %) et a déjà grimpé à 3,34 %, contre 0 % auparavant.

Les conséquences de cette hausse des rendements ne sont pas encore très significatives. Bien que la dette ait atteint 1 324 milliards de yens, le rendement moyen de la dette n'a augmenté que de 0,8 %, pour des charges financières de 10 500 milliards de yens.

Le danger réside bien sûr dans la tendance.

La dette continue de croître, mais le taux d'intérêt moyen devrait poursuivre sa hausse. S'il atteint 3 %, par exemple, et compte tenu d'une dette de 1 500 milliards de yens (une prévision relativement modeste), les dépenses financières passeraient de 10 500 milliards à 45 000 milliards de yens. Un tel montant serait catastrophique pour les budgets et compromettrait totalement la stabilité budgétaire.

Étant donné que l'inflation au Japon se situe autour de 3 % (2,9 %), notre objectif n'est pas irréaliste.

Comme vous pouvez le constater, la « dérive » a commencé avec l'inversion de tendance fin 2019. Au départ, le mouvement était extrêmement lent ; il a fallu des années pour observer la moindre progression. Mais avec l'apparition de l'inflation en 2021-2022, tout s'est accéléré et, en 2025, la situation a finalement explosé.

Combien de temps le Japon peut-il résister à cette situation ?

Analysons les problèmes.

Pour maintenir les rendements obligataires, la Banque du Japon devra procéder à de nouveaux achats massifs de dette, ce qui exercera une pression insoutenable sur la monnaie. Le pays est au bord de la rupture.

S'il n'intervient pas pour protéger sa monnaie, les rendements continueront d'augmenter et les dépenses financières mettront à mal le budget japonais.

Démographie.

Il est important de rappeler que le Japon connaît un vieillissement important de sa population, avec un système de retraite très élevé, tandis que la population active jeune est rare. Les tendances démographiques n'arrangent rien. Un fort déclin démographique est prévu d'ici 2050.

La pyramide des âges est complètement inversée.

Les dépenses publiques consacrées aux retraites représentent plus de 10 % du PIB et sont en augmentation.

Quelle est la situation économique actuelle au Japon ?

Le troisième trimestre a été catastrophique.

« L’économie japonaise s’est contractée à un taux annualisé de 1,8 % au troisième trimestre, de juillet à septembre, selon les données officielles publiées lundi par le gouvernement japonais. Ce recul est principalement dû à la baisse des exportations – pénalisées par la hausse des droits de douane américains sous l’administration Trump – et à l’effondrement des investissements privés dans le logement suite à la mise en œuvre d’une réglementation plus stricte dans le secteur de la construction. Cette baisse, qui représente une réduction de 0,4 % du produit intérieur brut (PIB) en glissement trimestriel, marque la première contraction en six trimestres et est inférieure à la baisse moyenne de 0,6 % prévue par un sondage Reuters. »

Le budget japonais affiche un déficit important pour la période d'avril 2025 à mars 2026.

Les recettes sont estimées à 78 400 milliards de yens, les dépenses à 115 500 milliards de yens, et le déficit à 37 000 milliards de yens.

Les dépenses de retraite atteignent 13 800 milliards de yens, au sein du budget de la sécurité sociale (37 900 milliards de yens).

Comme je l'ai mentionné précédemment, des dépenses de 45 000 milliards de yens (en 2030) pour des recettes de 80 à 85 000 milliards de yens seraient catastrophiques pour le budget japonais.

Par conséquent, la situation se dégrade rapidement et risque de devenir critique dans les années à venir.

Répercussions pour le reste du monde.

Un article intéressant aborde ce point.

« Après l'éclatement de la bulle spéculative en 1991, le Japon s'est enfoncé dans une spirale déflationniste qui allait durer trois décennies. La Banque du Japon a ramené ses taux d'intérêt à zéro en 1999 et les a maintenus à ce niveau, les faisant même passer en territoire négatif en 2016. Le contrôle de la courbe des taux, mis en œuvre la même année, a maintenu le rendement des obligations d'État japonaises à 10 ans proche de zéro pour cent grâce à des achats massifs d'obligations.

Cette situation a créé un problème structurel pour les investisseurs institutionnels japonais. Les compagnies d'assurance gérant des engagements à long terme, les fonds de pension confrontés au déclin démographique et les banques disposant d'abondants dépôts étaient tous confrontés au même dilemme : les actifs nationaux ne généraient aucun rendement, tandis que leurs obligations étaient réelles et croissantes.

La solution fut simple et radicale : les capitaux japonais se sont tournés vers l'étranger. En 2024, le Japon détenait 1 130 milliards de dollars de titres du Trésor américain, devenant, avec la Chine, le premier détenteur étranger de dette publique. » Les obligations américaines et européennes, les titres d'agences, le crédit aux entreprises et la dette des marchés émergents ont absorbé d'importants flux de capitaux japonais.

Il ne s'agissait pas de charité, mais d'une stratégie rationnelle de constitution de portefeuille. Cependant, elle a eu de profondes répercussions systémiques. Les achats japonais ont généré une demande soutenue sur les marchés obligataires mondiaux, ce qui a réduit les primes d'échéance et maintenu artificiellement les coûts d'emprunt à un niveau bas dans l'ensemble du monde développé. La présence de ce capital patient, avide de rendement, a permis aux États-Unis de maintenir des déficits budgétaires persistants, à l'Europe de préserver son union monétaire malgré des déséquilibres structurels et aux marchés émergents d'accéder à des financements en devises fortes à des coûts historiquement bas.

Pendant trois décennies, la déflation japonaise a exporté la désinflation au reste du monde. Incapables de générer des rendements dans leur pays, les épargnants japonais ont de fait subventionné les emprunteurs du monde entier.

Le changement.

À 1,71 %, les mathématiques de l'investissement institutionnel japonais ont radicalement changé. Prenons l'exemple d'une compagnie d'assurance-vie japonaise gérant des engagements libellés en yens. Pour investir dans des obligations du Trésor américain, cette institution doit se couvrir contre le risque de change. Le coût de cette couverture, déterminé par l'écart de taux d'intérêt entre le Japon et les États-Unis, a tellement augmenté que le rendement des obligations du Trésor américain couvertes est souvent négatif.

En clair : détenir de la dette publique américaine couverte coûte désormais cher aux institutions japonaises.

Il ne s'agit pas d'une fluctuation d'arbitrage temporaire. C'est un changement structurel dans le calcul risque-rendement qui a régi l'allocation des capitaux au Japon pendant toute une génération. Chaque point de base supplémentaire de hausse des rendements des obligations d'État japonaises (JGB) rend les obligations étrangères moins attractives et les actifs nationaux plus compétitifs.

La conséquence logique commence déjà à se manifester. Les investisseurs japonais réduisent leurs avoirs en obligations étrangères et rapatrient leurs capitaux. Ce processus ne se fera pas du jour au lendemain – les portefeuilles institutionnels évoluent lentement – ​​mais la tendance est claire et s'accélère.

Oui, cela représente une ponction de liquidités pour le reste du monde.

Si les investisseurs japonais cessent de financer les déficits extérieurs, les rendements de la dette mondiale subiront une pression à la hausse, proportionnelle au rapatriement des capitaux japonais, à un moment où les banques centrales non seulement n'achètent plus de dette, mais où l'assouplissement quantitatif en cours a réduit leur bilan, engendrant un problème de liquidités.

Le reste du monde a déjà ses propres problèmes ; le cas du Japon ne fait qu'aggraver la situation.

Conclusion.

La désintégration du système japonais s'est accélérée, et le plus inquiétant est l'absence de solution miracle.

De plus, la hausse des rendements au Japon nuit aux investissements dans le reste du monde, accentuant la pression sur les rendements et le financement des États occidentaux en particulier.

Le risque d'une explosion de la dette japonaise repose sur deux scénarios :

1) Si la Banque du Japon intervient en rachetant de la dette, le yen pourrait subir une dévaluation dangereuse et très rapide, impactant l'inflation japonaise à moyen terme et exerçant une pression supplémentaire à la hausse sur les taux d'intérêt.

2) Si la Banque du Japon n'intervient pas, la pression à la vente sur les obligations à long terme se poursuivra. Le problème de nombreuses années de taux d'intérêt bas est que les portefeuilles obligataires des différentes entités ayant investi dans la dette japonaise affichent des pertes considérables. Un appel de marge pourrait être déclenché à tout moment, contraignant à une cession précipitée de leur portefeuille de dette et faisant grimper les rendements.

Pour relancer la croissance économique du pays, Sanae Takaichi a proposé un plan qui suscite un vif intérêt de la part des investisseurs.

L'arrivée récente de Sanae Takaichi à la tête du gouvernement japonais a placé au cœur du débat la possibilité de transformer l'économie du pays par des réformes n'impliquant pas de dépenses publiques supplémentaires. Alors qu'un plan de relance pouvant dépasser 10 000 milliards de yens (environ 65 milliards de dollars américains) est à l'étude, l'attention se porte désormais sur des mesures structurelles susceptibles de stimuler la croissance sans recourir à d'importantes dépenses publiques, selon une analyse de Nicholas Benes, fondateur du Board Director Training Institute of Japan, publiée par Nikkei.

Lors de son premier conseil des ministres, la Première ministre Takaichi a demandé à ses ministres d'élaborer un plan de relance prévoyant la suppression de la taxe provisoire sur l'essence, des subventions sur les factures d'électricité et de gaz, ainsi que des allégements fiscaux pour les investissements. Ces initiatives, bien qu'importantes, nécessitent l'approbation d'un budget supplémentaire et représentent un coût budgétaire considérable, probablement étalé sur plusieurs années.

Ce coût budgétaire inquiète les investisseurs et accentue la pression sur les marchés de la dette et des changes. Une fois de plus, « il n'y a pas de miracle, et cela ne fait qu'aggraver les choses ».

Comme vous le voyez, il n'existe aucune solution facile à ce stade. Pendant des années, la situation était gérable car il existait une marge de manœuvre, mais nous avons maintenant atteint (ou sommes sur le point d'atteindre) le point de rupture, où tout s'accélère. Et comme cela ne fait qu'aggraver la situation en raison de l'immense dette du Japon, les problèmes qu'un effondrement systémique engendrerait seraient probablement dramatiques pour le reste du monde.

Quark 19 11 25

https://futurocienciaficcionymatrix.blogspot.com/2025/11/la-lenta-descomposicion-del-sistema.html

 

 

La croissance japonaise surprend positivement… mais la fin d’année et 2016 s’annoncent tout autrement. En cause, les sanctions commerciales décrétées par Donald Trump. Elles frappent fort. Le droit de douane moyen sur les exportations japonaises est passé de 1,5 à 11,5%. L’automobile a échappé au pire : les surtaxes, prévues à 27,5%, ont été ramenées à 15%, un niveau toutefois bien supérieur au taux initial. Or, les États-Unis sont un débouché vital du « made in Japan ». Près de 20% des exportations y sont écoulées et ils sont le premier excédent commercial du pays : 70 milliards de dollars en moyenne par an, depuis 2015 (hors parenthèse de la crise sanitaire). Le choc douanier ne fait que commencer.

Des exportations en recul et une concurrence accrue

Un coup de froid sur l’activité est donc à anticiper, d’autant plus qu’anticipant le brutal relèvement des taxes, les importateurs américains ont surstocké. La tendance est maintenant au recul des exportations à destination des États-Unis. À cela s’ajoutent des effets collatéraux : les partenaires asiatiques du Japon, eux aussi frappés par Washington, se repositionnent sur les mêmes marchés pour écouler leurs marchandises, accentuant la concurrence. Et, c’est dans ce climat déjà tendu, que Sanae Takaichi, une nationaliste radicale, s’apprête à prendre le pouvoir, au risque d’exacerber les tensions commerciales avec Pékin.

Une industrie et une consommation sous pression

Tous ces facteurs pèsent déjà sur les industriels. Sous 50 en septembre, le PMI manufacturier se situe dans la zone de contraction de l’activité. Ce recul s’explique principalement par la faiblesse des nouvelles commandes. Il confirme l’impact négatif des barrières douanières américaines, mais reflète aussi la fragilité du marché domestique. Les ménages, eux, signalent une dégradation de leur situation actuelle par rapport à celle d’il y a un an, et ont mis le pied sur le frein. La prudence prévaut, les dépenses sont ajustées avec à la clé un repli de la consommation en volume. La persistance d’une inflation forte qui pèse sur le pouvoir d’achat n’y est pas étrangère.

Une inflation persistante et un yen affaibli

La hausse des prix à la consommation est au-dessus de sa cible depuis trois ans et demi. Avec, de surcroît, un sujet très sensible : le prix du riz. Il a été multiplié par plus de deux en deux ans, ce qui a contraint les autorités à puiser dans les réserves stratégiques. L’inflation est en partie alimentée par la forte dépréciation du yen, qui renchérit le coût des importations, notamment de l’énergie et de l’alimentaire : le taux de change effectif nominal, qui offre une vision générale de la valeur d’une monnaie face aux autres devises, est à son plus bas niveau depuis 1993. Le yen est particulièrement affaibli face au dollar et à l’euro. La Banque du Japon est donc confrontée à un véritable dilemme : maintenir une politique accommodante pour soutenir l’activité, au risque d’aggraver la chute du yen, ou resserrer sa politique monétaire, au risque de peser sur la reprise domestique.

Une relance incertaine et un déficit aggravé

La future Première ministre va hériter d’une économie en voie de dégradation. Comme souvent au Japon, malgré une dette publique supérieure à 235% du PIB, la prochaine cheffe du gouvernement a annoncé vouloir mettre en place un énième plan de relance, alors même que la pression s’exerce déjà sur les taux longs, ce qui ne manquera pas de dégrader un peu plus encore les comptes publics, pour des résultats très incertains sur l’activité. Le Japon entre dans un nouveau tunnel de croissance molle et de dérive de son déficit.

 
Alexandre Mirlicourtois

Publié le vendredi 10 octobre 2025

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Le-Japon-dans-la-tempete-economique

Charles Sannat 

https://insolentiae.com/japon-les-taux-a-30-ans-au-plus-haut/

Pensant à la fin d'une longue journée dans ses rizières de Yamagata, l'agriculteur Kurosawa ne cache pas son inquiétude pour l'avenir...

« Le gouvernement japonais a déjà débloqué la plupart de ses réserves de riz. Si cet été s'avère aussi chaud que l'année dernière, cela pourrait être désastreux », a-t-il déclaré. « Si nous n'avons plus de réserves et que la qualité du riz s'est détériorée en raison de la chaleur extrême, le Japon pourrait devoir en importer des quantités considérables. Le problème alimentaire ne concerne pas seulement les agriculteurs, mais tous les consommateurs. »

À ce moment-là, l'inflation du prix du riz au Japon – qui est également une composante de l'IPC de base du pays – explosera et provoquera un chaos total à la Banque du Japon, qui s'empressera d'augmenter ses taux simplement parce que les agriculteurs japonais ne parviennent pas à satisfaire l'énorme appétit du pays pour le riz ; ce faisant, elle déclenchera une dépression économique.

Abordant la dimension politique de la crise du riz, Bloomberg intervient et écrit : « Une pénurie de riz au Japon a provoqué une flambée du prix de cet aliment de base, aggravant les problèmes de coût de la vie dans le pays et alimentant le ressentiment de la population.»

Alors que la population est en colère face aux prix records, ce problème risque de nuire à Ishiba et au Parti libéral-démocrate au pouvoir lors des élections de juillet.

Le problème pour le Japon est que l'indignation contre Ishiba survient à un moment crucial pour le pays (de loin le plus endetté au monde) : il est confronté à une crise budgétaire intérieure, conjuguée à une guerre commerciale avec les États-Unis.

Dans une note publiée aujourd'hui par Jin Kanzaki de SocGen (accessible aux abonnés professionnels), le stratège rappelle que les élections à la Chambre haute sont prévues le 20 juillet et écrit qu'à la suite des élections à l'Assemblée métropolitaine de Tokyo, le 22 juin, le PLD n'est plus le parti majoritaire. Cependant, les cotes de popularité du cabinet et du parti au pouvoir (PLD et Komeito) ont augmenté respectivement de 6,0 % et 4,7 % début juin par rapport à mai. Cette hausse serait due à une certaine appréciation des efforts déployés par le ministre de l'Agriculture, des Forêts et de la Pêche, M. Koizumi, pour faire baisser les prix du riz, notamment en vendant à bas prix les stocks de riz d'urgence (ce qui garantit des prix bien plus élevés à long terme). Cependant, un sondage réalisé fin juin a montré que les cotes de popularité du gouvernement et du parti au pouvoir avaient de nouveau chuté de 5,0 et 4,0 % respectivement par rapport à début juin.

compte tenu de la division des partis d'opposition, du fait qu'il n'existe que 32 circonscriptions uninominales et de la nouvelle baisse de la cote de popularité du cabinet et du parti au pouvoir, la SocGen estime à ce stade que le parti au pouvoir n'a qu'une chance sur deux de conserver sa majorité.

En résumé : selon la banque française, il y a 50 % de chances que l'issue des élections japonaises dans deux semaines entraîne une crise gouvernementale, entraînant une flambée des rendements obligataires au Japon. Et comme les taux mondiaux, notamment à long terme, sont étroitement liés en ces temps de déficits budgétaires exorbitants, un krach obligataire au Japon entraînerait immédiatement une crise obligataire mondiale.

Tyler Durden
Tuesday, Jul 08, 2025 (extrait)
https://www.zerohedge.com/markets/will-japans-rice-price-shock-lead-government-collapse-and-spark-global-bond-crisis
 
en annexe du texte ci dessus, un autre extrait sur le risque obligataire :
 
"Sébastien Jean pointe un autre risque, pesant sur le marché obligataire : "La politique incohérente et désordonnée des Etats-Unis a fissuré la confiance des marchés dans la dette américaine, c'est une menace toujours très présente". La dette américaine s'établit désormais à plus 37 000 milliards de dollars, soit 122% du PIB américain (des chiffres qui donnent le vertige et que le site US Debt Clock(Nouvelle fenêtre) suit en temps réel). Une déstabilisation des marchés pourrait faire augmenter sensiblement le taux de remboursement des emprunts américains et mettrait l'administration américaine dans une position difficile."
 
source :
 
https://www.franceinfo.fr/monde/usa/presidentielle/donald-trump/la-politique-incoherente-des-etats-unis-a-fissure-la-confiance-des-marches-pourquoi-donald-trump-repousse-encore-l-echeance-sur-ses-tarifs-douaniers_7362420.html

Nouvelle panique obligataire....

Le Japon traverse actuellement une période critique qui ébranle l’apparente stabilité de son économie. Si l’inflation sous-jacente reste contenue, la flambée du prix du riz – denrée emblématique et centrale dans le panier de consommation des ménages japonais – a bouleversé la perception du coût de la vie. En quelques mois seulement, le prix de gros du riz a presque doublé, dépassant les 27 000 yens pour 60 kg.

Cette hausse soudaine, à la fois perceptible et tangible au quotidien, a rapidement provoqué une onde de choc dans l’arène politique. La première réaction du gouvernement a été d’autoriser le déblocage de 200 000 tonnes de riz issues des réserves stratégiques, avant de suspendre brutalement les ventes face à l’enthousiasme inattendu des distributeurs.

Cette initiative, visant à atténuer les pressions inflationnistes à l’approche des élections de l’été, révèle une tension bien plus profonde : le Japon sacrifie ses réserves de sécurité alimentaire pour tenter de contenir une crise de perception, symptomatique d’un déséquilibre structurel.

Mais la véritable menace se dessine sur un tout autre front : le marché obligataire japonais. Depuis avril, les rendements des titres à très long terme, notamment les obligations d’État japonaises à 40 ans (JGB), ont bondi de près de 100 points de base.

Pire encore, l’inversion de la courbe entre les maturités à 35 ans et à 40 ans, où les premières offrent désormais un rendement supérieur aux secondes, signale un profond dysfonctionnement. Ce type d’anomalie n’apparaît que sur des marchés extrêmement tendus, où la liquidité disparaît et où les indices de référence de valorisation s’effondrent.

Les investisseurs institutionnels japonais enregistrent déjà des pertes latentes substantielles, estimées à plus de 3 600 milliards de yens, selon leurs rapports de mars 2025.

Au premier trimestre 2025, quatre des principales compagnies d’assurance-vie japonaises ont enregistré des pertes latentes colossales, dépassant les 60 milliards de dollars au total. Nippon Life, leader du secteur, a à elle seule enregistré 25 milliards de dollars de pertes latentes, soit une hausse de 260 % sur un an. Ce chiffre reflète l'effondrement de la valorisation des portefeuilles obligataires, conséquence directe de la forte hausse des rendements des obligations d'État japonaises (JGB), notamment sur les maturités longues.

Ces pertes n'ont pas encore été comptabilisées en résultat net, car elles concernent des titres détenus jusqu'à leur échéance ou classés comme placements à long terme.

Cependant, elles fragilisent considérablement la solidité apparente des bilans de ces assureurs, dont la santé financière repose sur la stabilité des taux, aujourd'hui compromise. Si les taux restent durablement élevés, ou si une dégradation du marché contraint ces acteurs à liquider leurs titres, les pertes latentes pourraient se matérialiser, mettant en péril l'équilibre de l'ensemble du secteur de l'assurance japonais.

Ce phénomène soulève une préoccupation plus large : la pérennité du modèle japonais, fondé sur des décennies de taux d'intérêt ultra-bas. Les compagnies d'assurance-vie, comme les fonds de pension, ont investi massivement dans des titres à revenu fixe, notamment dans les JGB à très long terme.

Le ralentissement actuel des marchés remet en question non seulement la valorisation de leurs portefeuilles, mais aussi leur capacité à garantir des rendements stables à leurs assurés, dans un contexte de vieillissement accéléré de la population.

La Banque du Japon, qui détient plus de la moitié du marché obligataire national, ne peut plus cacher la vérité indéfiniment. En réduisant son soutien, elle révèle la réalité nue : les obligations japonaises ne valent plus ce qu’on pensait. Les pertes s’accumulent, la confiance s’érode et le marché perd pied.

Ce choc survient au pire moment. Autrefois perçu comme l’émetteur souverain le plus fiable et le premier créancier net mondial, le Japon vient de perdre ce statut. Il est désormais dépassé par l’Allemagne...

La dépréciation du yen a accéléré ce déclassement, mais c’est surtout le besoin croissant de rapatriement de capitaux – pour gérer la crise intérieure – qui en est la cause principale. Les implications mondiales sont considérables. Les institutions japonaises détiennent plus de 4 000 milliards de dollars d'actifs étrangers, dont une part importante en obligations américaines et européennes.

Si elles sont contraintes de liquider ces positions pour renforcer leurs bilans nationaux, les taux occidentaux augmenteront encore, provoquant une nouvelle onde de choc sur des marchés déjà affaiblis par les déficits américains.

La mauvaise performance de l'adjudication d'obligations américaines à 20 ans cette semaine pourrait bien être le premier signe avant-coureur de la situation

Les mécanismes du carry trade sur le yen, moteur discret mais puissant de la hausse des actifs mondiaux au cours des deux dernières décennies, sont également en train de s'effondrer. Alors que les rendements des JGB deviennent plus attractifs, les investisseurs japonais rapatrient leurs fonds, liquidant des positions qui soutenaient auparavant les actions américaines, les obligations européennes et les marchés émergents.

En début de semaine, le ministère japonais des Finances est intervenu discrètement pour apaiser la panique sur le marché obligataire suite à la flambée des taux à long terme. Il a envoyé un questionnaire aux principaux acteurs du marché sur les volumes d'émission de JGB, évoquant une possible réduction de l'offre afin d'apaiser la volatilité. Cette initiative a immédiatement fait chuter le rendement à 20 ans de plus de 20 points de base, reflétant une tentative de reprise de contrôle du marché par des ajustements techniques, sans annonce officielle de politique monétaire.

Une chute de la paire USD/JPY sous la barre des 140 points indiquerait un retour massif de capitaux vers le Japon, signe potentiel de tensions systémiques. On observe également une activité anormale sur les contrats à terme du S&P 500 pendant les heures de négociation asiatiques, suggérant que les institutions japonaises se couvrent activement ou vendent des actifs internationaux en pleine nuit.

Le monde financier est peut-être à l'aube d'un changement de régime. La répression financière, que l'on croyait reléguée au passé, fait un retour discret par la porte japonaise. Les autorités de Tokyo tentent déjà de manipuler la courbe des taux en ajustant l'offre de dette, espérant endiguer la panique sans provoquer de krach. Mais les marchés évoluent plus vite que les décisions politiques, et les précédents, notamment celui d'août 2024, montrent que lorsque les institutions japonaises commencent à vendre, les répercussions sont immédiates et se propagent à l'échelle mondiale.

Lors des grandes crises obligataires, le mécanisme de rupture est souvent le même : le système se fissure lentement au début, puis soudain, tout s’effondre. Tant que les pertes restent latentes, tant que personne ne vend, tout semble sous contrôle. Mais à un certain moment – ​​lorsque les investisseurs se mettent à vendre pour se protéger, ou lorsque les pertes deviennent trop visibles pour être ignorées – le mouvement devient incontrôlable. Les prix chutent, les taux explosent, les pertes se matérialisent soudainement, et l’instinct de panique prend le dessus sur l’analyse.

C’est le point d’inflexion que redoute désormais Tokyo. Chaque intervention devient une tentative désespérée de repousser l’inévitable. Mais comme dans toute crise de confiance, plus le choc est retardé, plus son impact final est important.

À l’heure où les marchés obligataires perdent leurs repères et où les banques centrales elles-mêmes semblent fragiles, l’or physique redevient un ancrage de stabilité et de vérité comptable. Contrairement aux actifs financiers, qui reposent sur des promesses (de paiement, de remboursement ou de rendement), l’or physique n’est la contrepartie d’aucune dette, d’aucun engagement gouvernemental ni d’aucune politique monétaire. Il n’a besoin d’aucun tiers de confiance pour exister ou conserver sa valeur intrinsèque.

C'est précisément ce qui en fait le seul actif capable de garantir contre un choc obligataire systémique. Car, lors d'une crise obligataire profonde, ce ne sont pas seulement les rendements qui s'ajustent : c'est l'ensemble de la dette publique qui se fissure, avec des conséquences en cascade sur les devises, les réserves bancaires, les fonds de pension et la confiance dans les gouvernements eux-mêmes. Lorsque les détenteurs d'obligations d'État (assureurs, banques centrales, fonds de pension) réalisent que ces actifs ne sont plus sans risque, le réflexe est de rechercher une réserve de valeur universelle, liquide et insaisissable : c'est là que l'or entre en jeu.

Mais seule la possession directe d'or physique – et non papier, non hypothéqué, non stocké auprès d'un intermédiaire risqué – offre cette assurance ultime. L'or papier (ETF, contrats, certificats) peut être suspendu, taxé, voire déconnecté de son sous-jacent réel en période de crise.

L'or physique, en revanche, ne dépend ni des marchés, ni des banques, ni des plateformes de règlement. Tant au niveau individuel qu'institutionnel, c'est le seul actif totalement extérieur au système, lui permettant d'échapper aux politiques de répression financière, de contrôle des capitaux ou de confiscation indirecte par l'inflation.

Dans un monde où les grandes puissances monétaires sont toutes simultanément déséquilibrées – les États-Unis avec leurs déficits et leur dollar affaibli, le Japon avec ses obligations en faillite, l'Europe avec son instabilité politique – la possession d'or physique s'apparente à une police d'assurance contre l'improbable devenu possible : un effondrement de la confiance dans la dette souveraine.

Au-delà de la crise actuelle, c'est un modèle qui vacille. Le Japon ne peut plus jouer son rôle traditionnel de prêteur ultime, de stabilisateur silencieux des marchés mondiaux. Le reflux de l'épargne japonaise oblige le système à se réinventer. Ce qui se passe au Japon n'est donc pas seulement une crise des taux ou des taux de change, c'est un signal : les règles du crédit mondial sont en train d'être réécrites, et ceux qui anticipent auront une longueur d'avance.

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Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent ni un conseil d'investissement ni une recommandation d'achat ou de vente.

https://goldbroker.com/news/japan-new-bond-panic-gold-safe-haven-3549

 

 

 

Un ministre japonais démissionne après avoir déclaré ne jamais acheter de riz, car il en a droit gratuitement..... Les propos de Taku Etō ont suscité la colère, le prix du riz ayant presque doublé en un an, dans un contexte de flambée des prix alimentaires....

Le ministre japonais de l'Agriculture a démissionné après avoir déclaré ne jamais acheter de riz, car il en a droit gratuitement. Cette déclaration a suscité la colère de l'opinion publique dans un pays confronté à une flambée des prix alimentaires.

La démission de Taku Etō a accentué la pression sur le Premier ministre, Shigeru Ishiba, dont l'incapacité à endiguer la flambée des prix du riz et à résoudre une crise plus large du coût de la vie a suscité la colère des électeurs à l'approche des élections à la Chambre haute de juillet.

« Je viens de remettre ma démission au Premier ministre Ishiba », a déclaré Etō aux journalistes présents au cabinet du Premier ministre.

Etō avait essuyé des appels à la démission après avoir affirmé n'avoir jamais eu besoin d'acheter de riz, comptant plutôt sur les dons de ses partisans.

Etō avait initialement compati aux difficultés des consommateurs après que le gouvernement eut débloqué environ 300 000 tonnes de riz provenant des réserves d'urgence plus tôt cette année dans l'espoir de faire baisser les prix. Mais lors d'une collecte de fonds le week-end dernier, Etō a déclaré n'avoir « jamais acheté de riz moi-même, car mes sympathisants me font tellement de dons que je peux pratiquement le vendre ».

Les propos d'Etō ont provoqué la colère des consommateurs, qui doivent payer près du double pour un sac de riz par rapport à l'année dernière, selon des chiffres publiés en avril.

La pénurie de riz au Japon a été imputée à plusieurs facteurs, notamment les mauvaises récoltes dues aux fortes chaleurs de 2023 et les achats frénétiques provoqués par une alerte au « méga-séisme » en 2024. Les grossistes et les distributeurs prévoient également de constituer des stocks de riz en prévision de nouvelles pénuries.

La crise actuelle du riz et la hausse des factures alimentaires et énergétiques des ménages ont entamé la popularité du gouvernement d'Ishiba, quelques semaines avant les élections à la Chambre haute qui pourraient déterminer son avenir comme Premier ministre.

Selon un récent sondage Kyodo, 87 % des personnes interrogées se sont déclarées insatisfaites de la gestion des prix du riz par le gouvernement, tandis que la cote de popularité du cabinet d'Ishiba a atteint son plus bas niveau depuis son entrée en fonction en octobre dernier.

Le prix moyen du riz vendu dans les supermarchés au cours de la semaine précédant le 11 mai a atteint un record de 4 268 yens (29 dollars) pour 5 kg, contre 4 214 yens la semaine précédente et environ le double de l'année précédente.

En avril, le Japon a importé du riz de Corée du Sud pour la première fois depuis un quart de siècle afin de calmer la colère croissante des consommateurs.

Wed 21 May 2025 04.29 CEST

https://www.theguardian.com/world/2025/may/21/japan-farm-minister-resigns-rice-price

LA TEMPÊTE PARFAITE COMMENCE À SOUFFLER SUR LE SYSTÈME FINANCIER JAPONAIS...

Imaginez un système financier entier (banques, assurances et fonds de pension) qui, pendant des décennies, n'a jamais remis en question la solvabilité et la liquidité des obligations d'État de son propre pays parce que, quoi qu'il arrive, sa banque centrale était toujours prête à faire une offre au cas où il n'y aurait pas de preneur sur le marché. Ce que je viens de décrire est le système financier japonais depuis le début des années 1990, lorsque la Banque du Japon s'est lancée dans la politique monétaire peut-être la plus absurde jamais tentée dans l'histoire de la finance moderne : QE infini.

À cause de cela, selon les dernières statistiques, la Banque du Japon possède aujourd'hui plus de 50 % du montant total des obligations d'État japonaises en circulation. Qu'en est-il du reste ? 13,4 % sont détenus par les assureurs-vie, 9,8 % par les banques et 8,9 % par les fonds de pension. Les ménages japonais ne détiennent que 1,4 % des JGB, et il est difficile de les en blâmer étant donné qu'ils n'ont pratiquement pas payé d'intérêts pendant de nombreuses années. Seuls les 16,5 % restants sont entre les mains d'investisseurs étrangers, signe que l'appétit pour les JGB est faible en dehors des frontières du Japon.

En raison des politiques imprudentes et obstinées de la Banque du Japon, celle-ci a non seulement fortement faussé le marché des JGB, mais s'est elle-même retrouvée coincée. Qu'est-ce que cela signifie ? En raison de décennies de blocage de la découverte des prix, le marché des JGB n'a jamais atteint les prix qu'il aurait dû, et ce, conformément au montant impressionnant de la dette accumulée par le gouvernement japonais jusqu'à aujourd'hui – plus de 250 % de dette/PIB, le plus élevé au monde, et même plus élevé que celui de pays considérés comme « en faillite » d'un point de vue monétaire comme le Venezuela.

Je parie que vous vous demandez pourquoi le yen ne s'est pas dévalué davantage jusqu'à présent et ne s'est pas négocié au-delà de 160 $. La réponse est simple : l'intervention monétaire de la Banque du Japon, qui a utilisé ses réserves de change encore importantes, notamment en dollars américains. Permettez-moi de vous rappeler ce qui s'est passé l'année dernière : chaque fois que les traders, notamment les fonds spéculatifs, se sont préparés à forcer une dévaluation du yen, la Banque du Japon est intervenue, vendant des réserves et rachetant des yens sur le marché pour renforcer la monnaie. 

La Banque du Japon a agi avec une telle force qu'elle a fini par comprimer ses positions courtes sur le yen, déclenchant un désendettement forcé des opérations de portage sur le yen, à l'origine du chaos que chacun connaît désormais sur les marchés. Paradoxalement, comme la Banque du Japon détient non seulement la majorité des obligations japonaises, mais aussi la majorité des actions cotées au Japon (via des ETF), lorsque les marchés boursiers ont commencé à s'effondrer, elle a dû recourir à la planche à billets pour sauver cette partie de son portefeuille. Il va sans dire que cette situation est de plus en plus intenable et contraint la Banque du Japon à maintenir le taux de change du yen face au dollar entre 140 et 160.

La pression sur la Banque du Japon s'accentue cependant, car l'inflation au Japon commence à peser lourdement sur l'économie nationale, ce qui entraîne une pression croissante à la hausse des rendements. La Banque du Japon a déjà géré cette situation en mettant en place un contrôle très strict de la courbe des taux, mais sa marge de manœuvre pour appliquer le même contrôle est aujourd'hui quasi nulle. Pourquoi ? Parce que l'inflation érode la valeur principale des obligations japonaises.

Par conséquent, plus les taux réels négatifs sont importants, plus il est préjudiciable pour les détenteurs de JGB de conserver ces actifs dans leurs portefeuilles. Que peut faire la BOJ ? Acheter tout le marché des JGB ? Imaginez : dans ce cas extrême, le yen en tant que monnaie n'aura plus de sens, car tous les investisseurs nationaux détiendront alors des actifs étrangers et commenceront à effectuer des transactions en devises, comme c'est le cas, par exemple, au Venezuela, où la monnaie locale n'est utilisée que pour les dépenses courantes.

À ce stade, la valeur du yen sera fixée sur le marché international simplement comme la valeur des réserves japonaises par rapport au montant total de l'offre en circulation de yen, comme je l'avais mis en garde dans mes articles il y a un an et lorsque j'ai montré comment le yen devrait objectivement s'échanger à 300 ou plus contre le dollar.

Alors que l'efficacité de l'assouplissement quantitatif de la Banque du Japon s'amenuise de jour en jour et que sa tentative de normalisation du système monétaire japonais a échoué avant même d'avoir commencé, la Banque du Japon n'a manifestement plus grand-chose à faire que de repousser l'échéance au maximum, en espérant que le gouvernement intervienne enfin et mette en place les mesures financières draconiennes et douloureuses nécessaires pour remettre l'économie japonaise sur une trajectoire viable.

Je ne m'attends pas à ce que le gouvernement japonais le fasse intentionnellement, à l'instar du gouvernement grec qui n'a agi que lorsque l'Europe et la communauté financière internationale l'y ont contraint il y a plus de dix ans. Les propos tenus la semaine dernière par le Premier ministre japonais, décrivant la situation du Japon comme pire que celle de la Grèce à l'époque, auraient dû déclencher une alarme mondiale massive. 

Mais le Japon est bien plus grand que la Grèce et personne n'est prêt à prendre ce désastre au sérieux pour l'instant. Peut-être le feront-ils lorsque les institutions financières locales commenceront à s'effondrer les unes après les autres et que le Japon se trouvera incapable de les renflouer seul.

La banque Norinchukin est celle qui se trouve dans la situation la plus difficile et est déjà techniquement insolvable si l'évaluation à la valeur de marché de ses actifs est correctement effectuée, comme je l'ai décrit à maintes reprises jusqu'à mon dernier article « L'implosion de la banque Norinchukin commence officiellement ».

Cette banque vient d'annoncer près de 13 milliards de dollars de pertes pour le dernier exercice et, sans l'augmentation de capital finalisée à la toute dernière minute fin mars, elle n'aurait pas été en mesure de maintenir le capital minimum requis pour fonctionner, même compte tenu de la valeur gonflée de ses actifs. Norinchukin n'est pas cotée en bourse, ce qui explique pourquoi elle ne fait pas autant la une des journaux qu'elle le devrait, étant la deuxième banque du pays derrière Japan PostBank (« Yucho »). 

Comment se fait-il que la santé de Norinchukin soit si mauvaise alors que les trois plus grandes banques commerciales cotées du Japon ont enregistré des bénéfices records ? La situation n'est pas très différente de celle de Bank of America, par exemple, qui accumule des pertes de cent milliards de dollars, comme je l'ai décrit dans « "LES RÉSULTATS DE LA Bank of America POUR LE PREMIER TRIMESTRE : ENCORE DE LA POUDRE AUX YEUX POUR CACHER SON INSOLVABILITÉ" ». 

Combien de temps encore les investisseurs continueront-ils à fermer les yeux et à faire comme si tout allait bien ?

Je ne suis pas sûr qu'ils pourront ignorer la crise financière croissante au Japon bien longtemps, et non pas parce que la situation de SoftBank se détériore rapidement comme le montrent ses derniers résultats financiers (« SOFTBANK MISE TOUT SUR L'AI AVEC LE PEU D'ARGENT QU'IL LUI RESTE" »), mais à cause des pertes énormes qui commencent à apparaître de la part de compagnies d'assurance japonaises habituellement discrètes.

La semaine dernière, la première compagnie d'assurance japonaise, Nippon Life, a annoncé que ses pertes non réalisées sur obligations papier ont triplé pour atteindre le montant stupéfiant de 25 milliards de dollars à la fin du mois de mars (Japan's Top Life Insurer Says Unrealized Bond Loses Tripled), hier, Meiji Yasuda Life, une autre grande compagnie d'assurance japonaise, a annoncé que ses pertes non réalisées à la fin du mois de mars avaient été multipliées par huit en un an pour atteindre 9,7 milliards de dollars (les pertes sur obligations papier de Meiji Yasuda ont été multipliées par huit avec la hausse des taux).

Alors que tout le monde regardait avec incrédulité les rendements des obligations japonaises à 30 et 40 ans atteindre des sommets historiques chaque jour, j'étais le seul, à ma connaissance, à avertir que cela était désastreux pour les assurances japonaises, et maintenant tout le monde est tellement surpris de les entendre signaler des trous massifs dans leurs livres.

Il n'existe plus de solution simple pour le Japon, car quoi qu'il arrive, les rendements des JGB continueront de grimper sous l'effet de l'inflation monétaire. Et même si un krach boursier pouvait déclencher une « fuite vers la sécurité » vers les JGB, ce ne serait qu'un soulagement temporaire. En effet, comme je l'ai expliqué plus haut, les taux d'intérêt réels négatifs au Japon sont de plus en plus importants, ce qui rend difficile la détention prolongée de JGB sans impacter significativement son activité. 
 
De toute évidence, la « conservation jusqu'à l'échéance » n'est plus une option pour les banques et les assurances japonaises ; seul un défaut de paiement et une restructuration de la dette publique japonaise « à la grecque » pourraient sauver le pays d'une implosion financière certaine s'il persiste sur cette voie. C'est une option que personne ne sera, je pense, disposé à envisager dans un avenir proche, car elle serait catastrophique pour le système financier mondial, qui a largement bénéficié au fil des ans des liquidités infinies émises par la Banque du Japon et canalisées vers d'autres actifs financiers via le carry trade en JPY.
 
Cependant, il y aura un moment où des choix difficiles seront nécessaires, et même si rien ne peut se produire pendant des décennies, beaucoup de choses peuvent se produire en quelques semaines, d'où ma suggestion de prendre toutes les précautions nécessaires car les choses peuvent mal tourner tout d'un coup, quand personne ne s'y attend.
 
 
 

 

Les obligations japonaises à 30 et 40 ans s'effondrent, les rendements flambent, et un désastre financier majeur se profile à l'horizon.... Le carry trade sur le yen est menacé..

Le QT de la Banque du Japon, une inflation supérieure à celle des États-Unis, un désastre budgétaire atroce, un yen dévalué : tout cela se combine...

Le Japon, dont l'inflation est désormais nettement supérieure à celle des États-Unis (IPC global de 3,6 % et IPC sous-jacent de 3,2 %) observe avec stupéfaction la flambée des rendements de ses obligations à très long terme, tandis que la Banque du Japon a accéléré son QT cette année, initié mi-2024. Le superhéros est le rendement des JGB à 40 ans, qui a encore bondi de 11 points de base, atteignant 3,56 % depuis début avril, soit une hausse de 100 points de base. Une hausse du rendement signifie une baisse du prix.

Malgré cette hausse vertigineuse, le rendement à 40 ans reste légèrement inférieur à l'inflation globale du Japon, et donc légèrement négatif en termes réels. Les nouveaux acheteurs d'obligations continuent de se faire arnaquer en termes de rendement.

Les détenteurs d'obligations qui ont acheté de nouvelles obligations à 40 ans il y a quelques années, lorsque le rendement était inférieur à 1 %, voire à 0,5 %, sont écrasés par le prix, car une telle hausse du rendement sur une obligation à très long terme entraîne l'effondrement du prix de marché de l'obligation. S'ils ne veulent pas subir de perte en la vendant, ils peuvent conserver l'obligation jusqu'à son échéance, encaissant un coupon de 0,5 %, voire plus, par an, pendant des décennies, puis se faire rembourser sa valeur nominale à l'échéance, dont le pouvoir d'achat sera fortement diminué par des décennies d'inflation. Une inflation sans compensation.

La note de crédit du Japon – A1 par Moody’s, A+ par S&P – est trois crans plus basse que la note de crédit américaine, déjà entachée.

Lundi, lors de son intervention au Parlement contre les baisses d’impôts financées par de nouvelles émissions de dette, le Premier ministre Shigeru Ishiba a qualifié la situation financière du Japon d’« extrêmement mauvaise, pire que celle de la Grèce », situation qu’elle connaît depuis de nombreuses années en termes de ratio dette/PIB. 

Mais le Japon n’est pas la Grèce. Il possède sa propre monnaie et dispose de milliers de milliards de dollars de titres libellés en devises étrangères, dont 1 130 milliards de dollars de bons du Trésor américain, qu’il peut vendre pour soutenir le yen, et il est un important exportateur de produits manufacturés de grande valeur. Or, le yen a plongé face au dollar américain et aux autres grandes devises ces dernières années.

Malgré la flambée des rendements, les problèmes budgétaires et l'inflation au Japon, le rendement à 40 ans reste inférieur à celui du Trésor américain à 30 ans, qui a brièvement frôlé les 5 % plus tôt dans la journée.

Ces obligations japonaises à 40 ans restent donc une très mauvaise affaire, ce qui était devenu évident pour les acheteurs potentiels, qui ont perdu tout intérêt. Le rendement augmente donc, cherchant des acheteurs, maintenant que la Banque du Japon a commencé à se défaire de ses propres avoirs.

Mais la Banque du Japon détient toujours 52 % de l'ensemble des obligations japonaises, et les pertes sur titres (ou pertes courantes) importent peu pour une banque centrale. De plus, les entités contrôlées par l'État détiennent une part importante des obligations japonaises. Malgré l'énorme dette du Japon, une part très limitée est détenue par le secteur privé.

Le rendement des obligations d'État japonaises à 30 ans a bondi de 11 points de base à 3,09 %, après une envolée spectaculaire, alors que les acteurs du marché se débattaient avec la perspective d'une inflation persistante, voire plus forte – car une inflation plus forte est un moyen de gérer le désordre budgétaire à ce stade avancé – et avec l'idée effrayante que la Banque du Japon, désormais en proie à l'inflation, ne sera plus l'acteur incessant sur le marché obligataire qui fera remonter les prix et baisser les rendements. C'était peut-être terminé.

Le rendement des obligations japonaises à 10 ans a augmenté de manière beaucoup plus modeste pour atteindre seulement 1,53 % actuellement, soit moins de la moitié du taux d'inflation, ce qui est nettement négatif en termes réels et constitue donc une situation extrêmement défavorable. Mais ce taux est en hausse par rapport aux rendements négatifs qu'il a connus de manière intermittente entre 2016 et 2019.

(extraits)

https://wolfstreet.com/2025/05/20/japans-30-year-and-40-year-bonds-crater-yields-spike-huge-mess-coming-home-to-roost-yen-carry-trade-at-risk/

un commentaire sur le site de Tim Morgan :

"Méditez un instant. Le S&P est plus surévalué que jamais par rapport aux obligations à long terme au cours des 40 dernières années, et il est probablement le plus surévalué de l'histoire.

Et nous sommes aujourd'hui au bord d'une crise obligataire non seulement américaine, mais mondiale, avec le Japon en tête. 

Cela rappelle l'aphorisme d'Hemingway sur la faillite : progressivement puis soudainement.

À l'origine de tout cela se trouvent les mêmes facteurs qui ont provoqué l'effondrement de Wall Street en 1929 : la fin de la bulle du crédit de la fin des années 1920, conjuguée au Smoot Howley Tariff Act de 1930."

 

 

 

 

Japon : attention aux risques de choc, le FMI tire la sonnette d’alarme...

Le Fonds monétaire international (FMI) tire la sonnette d’alarme, ce vendredi 7 février, sur le «risque important» d'un déficit budgétaire aggravé au Japon. L'institution redoute les vastes mesures de relance engagées par Tokyo. ..

Le FMI inquiet pour l'économie nippone. Le Fonds monétaire international s'est alarmé, ce vendredi 7 février, du «risque important» de voir le déficit budgétaire du Japon se creuser davantage avec les vastes mesures de relance engagées par Tokyo, au risque de réduire ses marges d'action. «Il existe un risque important que le déficit se creuse davantage, compte tenu des exigences politiques avec lesquelles doit composer le gouvernement minoritaire» du Premier ministre Shigeru Ishiba, a indiqué l'institution dans son rapport régulier («chapitre IV») sur l'économie nippone.

«Il convient d'éviter cela, car la marge de manœuvre budgétaire reste limitée» pour réagir à d'éventuels chocs économiques, s'inquiète également l'organisation basée à Washington. Après un échec cuisant aux législatives d'octobre, où il a échoué à conserver la majorité absolue au Parlement, M. Ishiba est obligé de composer avec les exigences d'autres formations politiques. Son cabinet a fait adopter mi-décembre un plan de relance colossal équivalant à 136 milliards d'euros pour doper le pouvoir d'achat face à l'inflation, avec enveloppes aux ménages vulnérables, subventions pour le carburant, baisse des revenus imposables…

Des risques persistants pour la croissance japonaise

En conséquence, le FMI table sur un déficit budgétaire de 2,2% du Produit intérieur brut (PIB) en 2025 et en 2026, contre 2,1% en 2024, selon des prévisions dévoilées ce vendredi. L'endettement du pays devrait s'infléchir légèrement cette année, à 232,7% du PIB. Or, «la composition des dépenses publiques devrait être plus propice à la croissance, notamment en éliminant les subventions mal ciblées comme les subventions énergétiques, tout en préservant les investissements publics de qualité», insiste le rapport. Pour ne pas creuser le déficit, «toute mesure expansionniste» visant à stimuler l'économie «doit être compensée par des recettes plus élevées ou par des économies sur d'autres dépenses ailleurs dans le budget» pour conserver des marges de manœuvre financières, recommande le Fonds.

D'autant que le rapport pointe des risques persistants pour la croissance japonaise : «fragmentation géo-économique» croissante et guerres commerciales, volatilité des prix énergétiques et alimentaires, faiblesse de la consommation intérieure… Les ménages nippons ont ainsi réduit leurs dépenses de 1,1% en 2024, découragés par l'inflation, selon des chiffres gouvernementaux publiés vendredi.

Le danger des entreprises «zombies»

Enfin, le FMI pointe le danger d'entreprises «zombies», pas rentables depuis longtemps mais ayant survécu ces dernières années grâce à l'endettement sur fond de taux d'intérêt pratiquement nuls de la Banque du Japon (BoJ). Or, la BoJ a commencé depuis l'an dernier à relever ses taux d'intérêt au risque de mettre en difficultés ce précaire équilibre.

«Les taux d'intérêt extrêmement bas du Japon ont peut-être permis aux entreprises à faible productivité de survivre plus longtemps qu'elles ne l'auraient fait autrement, retardant ainsi la restructuration économique nécessaire», se désole le FMI. «Des réformes visant à améliorer la mobilité de la main-d'œuvre entre entreprises contribueraient à améliorer l'efficacité de l'allocation des ressources et à stimuler la productivité», souligne le rapport.

https://www.capital.fr/economie-politique/japon-attention-aux-risques-de-choc-le-fmi-tire-la-sonnette-dalarme-1508978

Le Japon entre en récession, laissant l’Allemagne devenir la troisième économie mondiale
Le produit intérieur brut (PIB) du Japon a reculé sur la période octobre-décembre de 0,4 % en rythme annualisé, après une contraction de 3,3 % au trimestre précédent
 

Le Japon bat de l’aile. L'économie japonaise est entrée en récession, perdant son titre de troisième économie mondiale au profit de l’Allemagne et soulevant des doutes quant à la date à laquelle la banque centrale commencerait à mettre fin à sa politique monétaire ultra-accommodante. La chute du yen explique notamment le repli japonais.

En 2023, le PIB allemand s’est élevé à 4 500 milliards de dollars, contre 4 200 milliards de dollars pour le Japon, note Le Monde. Toutefois, en données ajustée de l’inflation et des variations saisonnières, l’économie japonaise a augmenté de 1,9 % l’an dernier tandis que l’économie allemande s’est contractée de 0,3 %.

Reprise difficile. Certains analystes avertissent déjà d’un nouveau recul de l'économie japonaise lors du trimestre en cours, alors que la faible demande en Chine, la consommation atone et les arrêts de production dans l’une des unités de Toyota semble indiquer que la reprise de l'économie japonaise sera difficile.

Le produit intérieur brut (PIB) du Japon a reculé sur la période octobre-décembre de 0,4 % en rythme annualisé, après une contraction de 3,3 % au trimestre précédent, montrent les données gouvernementales publiées jeudi. Les analystes interrogés par Reuters anticipaient en moyenne une croissance de 1,4 %. Une récession est définie par deux trimestres consécutifs de baisse du PIB.

De son côté, l’Allemagne pâtit d’une faible demande extérieure qui grève sa puissance exportatrice. Les coûts de l’énergie sont élevés, impacts son secteur manufacturier, et la politique de taux d’intérêt élevés de la Banque centrale européenne dans le but de vaincre l’inflation ont un coût économique.

Manque « d’élan ». Bien que de nombreux analystes s’attendent à ce que la Banque du Japon (BoJ) mette progressivement fin à ses mesures de relance monétaire massives cette année, ces données pourraient remettre en question les prévisions de banque centrale, selon lesquelles la hausse des salaires devrait soutenir la consommation et maintenir durablement l’inflation autour de son objectif de 2 %.

« Deux baisses consécutives du PIB et trois baisses consécutives de la demande intérieure sont de mauvaises nouvelles, même si les données peuvent encore être révisées », a déclaré Stephan Angrick, économiste en chef chez Moody’s Analytics.

Le ministre japonais de l’Economie, Yoshitaka Shindo, a souligné la nécessité de parvenir à une hausse des salaires pour soutenir la consommation, qu’il a décrite comme « manquant d'élan » en raison de la hausse des prix.

D’après les données officielles, la consommation privée – qui représente plus de la moitié du PIB nippon – a reculé de 0,2 % au quatrième trimestre, alors que les analystes attendaient une hausse de 0,1 %. La demande externe a ajouté 0,2 point de pourcentage à la croissance, alors que les analystes s’attendaient à une contribution de 0,3 point.

(Avec Reuters)

https://www.lopinion.fr/economie/le-japon-entre-en-recession-laissant-lallemagne-devenir-la-troisieme-economie-mondiale?utm_campaign=Edition_de_7h30&utm_medium=email&utm_source=newsletter&actId=ebwp0YMB8s3YRjsOmRSMoKFWgZQt9biALyr5FYI13OrzvX4JyQgixkaJzpCEBODB&actCampaignType=CAMPAIGN_MAIL&actSource=508768

    Le Japon prévoit de doubler ses dépenses de défense d’ici 2027, la plus forte augmentation en près de 70 ans.


    Le pays est-asiatique est situé dans un quartier de plus en plus turbulent, y compris les survols de missiles, l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et l’agressivité de la Chine dans la mer de Chine méridionale et contre Taiwan.


Le Japon prévoit une augmentation massive des dépenses de défense, qui doublerait ce qu’il dépense pour la sécurité nationale en seulement cinq ans. La position du pays en Asie de l’Est le place inconfortablement proche de la Chine et de la Russie et de la Corée du Nord. L’augmentation servira à combler un certain nombre de lacunes, y compris les armes offensives du Japon, un nouvel avion de chasse et le stockage de munitions pour les éventualités en temps de guerre.


Selon Nikkei Asia, le Premier ministre japonais Nobuo Kishida a demandé à son cabinet de trouver un moyen d’augmenter le budget de la défense du Japon d’environ un pour cent du PIB à deux pour cent, le doublant effectivement. Le programme quinquennal est censé se dérouler entre 2022 et 2027.

La politique de défense pacifiste du Japon, instituée à la fin de la Seconde Guerre mondiale, appelle le pays à dépenser le minimum nécessaire pour défendre le pays. Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), le Japon d’après-guerre a commencé à dépenser pour la défense en 1952, à 2,07 pour cent du PIB. Ce chiffre a plafonné à un peu moins de 1 % en 1962, et la politique non officielle du pays a été de maintenir les dépenses à moins de 1 %. Le nombre a finalement dépassé le plafond de 1 % en 2020, pour s’établir à 1,03 %.

 

Kyle Mizokami

https://www.popularmechanics.com/military/a42178924/japan-doubles-defense-budget/

 

"Plan 75" : l'élimination programmée des personnes âgées dans un édifiant premier film de la Japonaise Chie Hayakawa

Ce film japonais d'anticipation imagine une société qui décide de se débarrasser légalement, et de manière industrielle, des plus de 75 ans. 

Ce film d'anticipation de la Japonaise Chie Hayakawa interprète radicalement la tradition japonaise "Ubasute", le suicide des personnes âgées se sentant inutiles à la société, déjà abordée en 1983 par Shohei Imamura dans La balade de Narayama. Dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2022 Un certain regard, Plan 75, sort en salles le 7 septembre. 

Le film s’ouvre sur un bain de sang qui rappelle le massacre de Sagamihara : 19 résidents d'un foyer pour handicapés assassinés sauvagement en 2016 par un jeune homme qui voulait débarrasser le Japon de ces personnes "inutiles". La suite du film est beaucoup plus feutrée mais pas moins violente. Dans un futur proche, le gouvernement japonais décide de régler le problème du vieillissement de sa population en votant une loi autorisant l'élimination volontaire des seniors, jugés inutiles et considérés comme une charge pour la société.

Anciens ostracisés

Ce projet baptisé "Plan 75", vendu comme un "droit à l'euthanasie", est basé sur le volontariat. Souvent en difficulté financière, isolés, avec de faibles revenus, les personnes âgées se laissent convaincre par des agents dépêchés aux quatre coins du pays pour recruter les candidats au suicide.

On leur propose de l'argent et un accompagnement logistique et humain pour mettre fin à leurs jours. Une personne les appelle régulièrement pour faire le point, échanger, jusqu'à la date fatidique.

On suit le destin de quatre protagonistes impliqués dans cet effarant plan. Michi travaille encore dans un hôtel malgré son grand âge mais elle finit par être contrainte de prendre sa retraite. Sans revenu, elle signe pour le Plan 75 mais s'attache peu à peu à la jeune femme qu'elle a en ligne régulièrement, et inversement.

Maria, une aide-soignante philippine a besoin d'argent pour faire soigner sa petite fille malade. Elle est embauchée pour travailler dans un de ces lugubres centres où se déroule de manière industrielle la mise en œuvre du plan 75. Iromu, irréprochable et efficace recruteur du Plan 75 est quant à lui confronté à un imprévu inattendu quand il se retrouve nez à nez avec son vieil oncle venu pour souscrire au Plan 75…

"PLAN 75 n'existe pas dans la réalité, mais tout ce qui est décrit dans le film existe"

Chie Hayakawa

réalisatrice de "Plan 75"

Plus que l'euthanasie, c'est la place des personnes âgées dans la société japonaise qui est ici questionnée. Le film se concentre sur des êtres encore en vie, plus que sur la phase finale du plan. Le film montre comment les anciens sont ostracisés, isolés, et souvent plongés dans la misère, faute de pension de retraite, et comment la honte les empêche de réclamer l'aide sociale. Le film souligne la radicale efficacité de la société japonaise, avec des citoyens obéissants qui exécutent sans broncher ce projet morbide, au nom de l'intérêt collectif.    

Éveil des consciences

La réalisatrice filme sans concession mais avec une grande délicatesse cette vieillesse encombrante, les corps fatigués, la tristesse et la lassitude qui mangent les regards, mais aussi la gaieté et la vie qui continue à battre la mesure malgré l'avancée de l'âge, cette vitalité qui rend ce suicide obligé d'autant plus barbare.

C'est dans l'intimité des personnages, dans l'histoire personnelle des protagonistes, que se révèle l'humanité, autant du côté des victimes, que des exécutants du plan. Les consciences s'éveillent dès lors que les individus ne sont plus de simples numéros, mais des êtres singuliers, reconnaissables, car définis par autre chose que leur statut social, ou leur âge.

A travers ce film d'anticipation, c'est bien la dureté de la société japonaise d'aujourd'hui, basée comme dans tous les pays développés sur la rentabilité et le résultat, que dénonce la réalisatrice et la nécessité de conserver les liens, pour préserver l'humanité qui est en nous.

L'actrice Chieko Baisho, entourée par un chœur d'acteurs tous bouleversants, compose à merveille le personnage de Michi, cette vieille dame traversée par des vents contraires. Actrice et chanteuse légendaire, cette comédienne fut la star de la série Tora-San, comémorée pour son cinquantième anniversaire à la Maison de la Culture du Japon à Paris jusqu'en décembre.  

Ce bouleversant premier long-métrage à la réalisation parfaitement maîtrisée a reçu la Mention Spéciale Caméra d’Or au Festival de Cannes 2022.

La fiche

Genre : Science-fiction
Réalisatrice : Chie Hayakawa
Acteurs : Chieko Baisho, Yumi Kawai, Hayato Isomura
Durée : 1h52
Pays : Japon, France
Sortie : 7 septembre 2022
Distributeur : Eurozoom
Synopsis : Au Japon, dans un futur proche, le vieillissement de la population s’accélère. Le gouvernement estime qu'à partir d’un certain âge, les seniors deviennent une charge inutile pour la société et met en place le programme "Plan 75", qui propose un accompagnement logistique et financier pour mettre fin à leurs jours. Une candidate au plan 75, Michi, un recruteur du gouvernement, Hiromu, et une jeune aide-soignante philippine, Maria, se retrouvent confrontés à un pacte mortifère.

France Télévisions Rédaction Culture
 
Publié

 

https://www.francetvinfo.fr/culture/cinema/sorties-de-films/plan-75-l-elimination-programmee-des-personnes-agees-dans-un-edifiant-premier-film-de-la-japonaise-chie-hayakawa_5252128.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20220907-[lespluspartages/titre1]

Enquête sur le phénomène des disparitions volontaires
 

Léna Mauger et Stéphane Remael nous font part de ce phénomène qui est beaucoup plus important que dans le reste du monde (85000 annuels déclarés à la police pour environ 100000 évaporés en plus). Cela s'explique déjà d'une part par la culture nippone où honte et déshonneur sont bien prégnants et d'autre part par la facilité à "s'évaporer" : il n'y a pas au Japon de recoupements d'informations administratives comme en France par exemple. Il est beaucoup plus difficile dès lors que l'on projette de "changer de vie" d'être retrouvé. ... ça génère une manne pour des détectives ... 360 à 430 € par jour soit 10800 à 14400 euros mensuels pour d'improbables retrouvailles. Beaucoup d'enquêtes s'arrêtant en cours faute d'argent suffisant. En parallèle, des associations se créent.


Les personnes rencontrées par ce journaliste et photographe ont des profils très différents. La majorité des cas ont fait suite à la récession Japonaise, au licenciement puis à la honte, d'autres ont été kidnappés par la Corée du Nord, beaucoup ont voulu se soustraire à des créanciers... d'autres à se soustraire à la pression scolaire et à la réussite sans faille des examens ... tous les portraits vous inviteront à découvrir une autre facette qui conduisent des hommes le plus souvent mais aussi des femmes à devenir des clandestins. Des ingénieurs deviennent ainsi des intérimaires précaires, d'autres serviront la cause pour nettoyer les lieux après Fukushima (... peu importe s'ils se prennent des radiations hors normes, ce sont déjà des fantômes, des sans-papiers ...)

"Les évaporés" nous renvoient aux incidences mondiales des spéculations et de ce qu'elles engendrent dans le contexte très particulier de la mentalité nippone qui n'accepte pas l'échec et le déshonneur. Récits graves, tristes, très touchants de leur parcours de vie.

 

15 oct 2016 - ANTUNES Laure
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