Guerre de Sécession

Publié le par ottolilienthal

Des princes français dans les rangs de Lincoln pendant la guerre de Sécession...

Pendant la guerre de Sécession, les héritiers directs du roi Louis-Philippe, en exil, sont engagés dans les rangs de l’armée américaine aux côtés du Nord. Ils s’y distinguent par leur bravoure, sans aller toutefois jusqu’à soutenir l’abolition de l’esclavage...

Ce 12 septembre 1861, le paquebot The Africa entre enfin dans la baie de New York. Partis treize jours plus tôt des quais de Liverpool, en Angleterre, les centaines d’immigrants entassés à bord n’ont qu’une hâte : fouler le sol des États-Unis pour entamer, sans tarder, leur nouvelle vie. Quatre autres passagers ont, eux, confortablement voyagé dans les luxueuses cabines du transatlantique. Ces Français à l’abri du besoin ont une autre idée en tête : s’engager aux côtés des Unionistes dans la guerre civile qui fait rage depuis le printemps. Qui sont ces voyageurs accompagnés de leur suite ? Rien moins que les héritiers directs du roi Louis-Philippe, chassé du trône de France par la révolution de février 1848 et contraint de s’exiler avec sa famille outre-Manche, où il est mort en 1850.

Un observateur civil au cœur du conflit

Sur le paquebot, il y a François d’Orléans, troisième fils du roi. Détenteur du titre de prince de Joinville, il est à 43 ans un représentant de la branche cadette des Bourbons. Avec sa famille, il incarne un courant monarchiste libéral opposé aux légitimistes fidèles à la branche aînée, celle du roi Charles X, au pouvoir en 1824 et détrôné par la révolution de février 1830. Ce voyage en Amérique, Joinville l’a mûri de longue date afin d’accompagner son fils Pierre, âgé de 16 ans, jusqu’aux portes de l’Académie navale d’Annapolis (Maryland). Deux de ses neveux sont également du périple : Philippe d’Orléans, 23 ans, comte de Paris et héritier du trône de France depuis la mort de son père, Ferdinand-Philippe, en 1842, ainsi que son jeune frère Robert d’Orléans, 21 ans, duc de Chartres. Pour ces derniers, cette escapade est l’occasion d’échapper à leur vie oisive. Au moment de suivre leur oncle, ils ne font pas mystère de leurs intentions. "Les deux frères, qui s’ennuient ferme dans leur retraite dorée, ont exprimé le vœu d’aller observer la démocratie américaine dans son heure suprême d’épreuve, avec le secret espoir de s’enrôler dans les troupes de l’Union", explique l’historien Farid Ameur dans Les Français dans la guerre de Sécession (éd. PUR, 2016). En dirigeant habile, le président américain Abraham Lincoln ne reçoit pas le petit groupe. Pas question de froisser Napoléon III, déjà ulcéré par le blocus qui empêche les planteurs du Sud d’approvisionner en coton les manufactures françaises.

"L’Amérique, alliée naturelle"

En revanche, Lincoln accède à leur souhait. Le 25 septembre, le comte de Paris et le duc de Chartres sont promus capitaines et affectés à l’état-major du général George McClellan, commandant en chef de l’armée du Potomac. Joinville est, quant à lui nommé observateur civil auprès de McClellan. Le prince, qui connaît les États-Unis pour s’y être déjà rendu à trois reprises, le martèle : "L’Amérique est une alliée naturelle de la France."

Au cantonnement, ce nouveau venu à la stature imposante ne tarde pas à être repéré et identifié par l’ensemble des troupes. Avec sa barbe impeccablement taillée, le prince, vêtu d’un costume et d’une redingote, incarne la distinction tranquille. Simple et accessible, le prince porte un "képi qu’il troque parfois pour un chapeau à bord large", précise Farid Ameur. Des brancardiers et des infirmiers ont raconté qu’il n’hésitait jamais à descendre de sa monture pour leur prêter main-forte aux abords des hôpitaux de campagne. Mais Joinville est avant tout un conseiller militaire. Celui dont McClellan ne manque jamais de solliciter l’avis. En tant qu’ex-vice-amiral de la flotte, il est auréolé d’une brillante carrière, jalonnée de plusieurs faits d’armes propres à impressionner le général nordiste. Ce dernier, surnommé le Young Napoleon, n’est pas peu fier de sa présence. Elle flatte son ego, mais est aussi un gage de compétence stratégique et tactique. Joinville devient bien plus qu’un expert. Il s’impose très vite comme une éminence grise dont les éclairages sont sollicités jusque par l’entourage de Lincoln.

Autre constat des observateurs : McClellan et le prince s’apprécient au point de devenir inséparables, s’affichant ensemble aux réceptions données par la bonne société. Toutefois, dès qu’il a un moment, Joinville se rend à Newport (ville du Rhode Island où l’Académie navale s’est repliée en raison du conflit) pour voir son fils ou visite des chantiers navals. Mais surtout, il s’adonne à un loisir venu de l’enfance : l’aquarelle. Ce violon d’Ingres, le prince l’exerce partout, sous les yeux des soldats.

Les trois Français ont pris soin d’abandonner leur titre et leur particule

Ses deux neveux, le comte de Paris et le duc de Chartres, sont aussi présents dans les premiers mois de la guerre civile. Soucieux de se fondre au mieux parmi les soldats, ils ont pris soin d’abandonner leur particule et leur titre. Dans leur uniforme bleu, ils sont désormais les capitaines Paris et Chartres. Ils refusent de percevoir la moindre solde, mais leurs fonctions d’aides de camp sont tout sauf factices. "Ils passent la majeure partie de leur temps à écrire des rapports, à étudier des cartes, à transmettre des ordres et à inspecter les lignes", précise Farid Ameur. Cet engagement ne passe pas inaperçu. La presse américaine l’aborde amplement dans ses colonnes, et en Europe, les têtes couronnées s’étranglent en apprenant que le prétendant au trône de France est entré au service d’une armée républicaine ! En France, les soutiens du régime impérial, tout comme les légitimistes qui ont pris parti pour le Sud, tirent à boulets rouges sur les Orléans. Chez les républicains, certains doutent de la sincérité des princes, leur prêtant quelques arrière-pensées. Une certitude : leur passage chez les Yankees ne les transforme pas en abolitionnistes. Le comte de Paris écrira même que l’esclavage (aboli en France en 1848) est "beaucoup moins odieux qu’on ne le croit en Europe"

Les grades, ils s’en moquent, ce qu’ils cherchent, c’est le baptême du feu

Farid Ameur, lui, n’a pas de doute : "La démarche du comte de Paris est essentiellement opportuniste." Dans son ouvrage Voyage en Amérique, un prince français dans la guerre de Sécession (éd. Perrin, 2011), le chercheur insiste : "Plus que jamais, le comte de Paris voit l’occasion unique de servir les intérêts de la cause libérale et des temps modernes incarnés par la république américaine et de défendre en même temps le dernier ouvrage de l’ancienne France." Loin d’être cantonnés à l’état-major, Paris et Chartres officient un temps dans les services secrets dirigés par le célèbre détective privé Allan Pinkerton. Ils sont aussi envoyés sur le front où ils s’illustrent à plusieurs reprises, ce qui balaye la méfiance de certains de leurs compagnons d’armes. Leur faculté d’adaptation comme leur absence d’arrogance en étonnent plus d’un. Convaincu de leur valeur militaire, McClellan songe à offrir à ses deux protégés un grade supérieur. Mais les intéressés refusent tout net. Ce qu’ils veulent, c’est recevoir le baptême du feu ! Le 27 juin 1862, la bataille de Gaines’s Mill comble amplement leurs vœux.

Après ce combat sanglant perdu par les Nordistes, les princes décident de repartir pour l’Europe. Le conflit qu’ils imaginaient court et victorieux est en train de s’enliser. Avant d’embarquer, ils sont enfin reçus, le 9 juillet, par le président Lincoln. Douze jours plus tard, ils arrivent en Angleterre, acclamés par des partisans convaincus que le comte de Paris est le recours que la France attend –il n’en sera rien.

Marqués à jamais par leur engagement américain, les princes maintiennent le lien avec les dirigeants nordistes. Le comte de Paris s’attelle à la rédaction d’une monumentale histoire du conflit. À la fin de sa vie (il meurt dans le Buckinghamshire en 1894), il écrit que la guerre de Sécession a été "le meilleur et le plus intéressant souvenir" de sa jeunesse.

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Fort de sa victoire à Chancellorsville, le général confédéré Robert E. Lee considère qu’il peut, une nouvelle fois, envahir le territoire de l’Union et faire montre de sa supériorité tactique. Il cherche, en particulier, à remporter une grande victoire afin d’obliger Washington à engager des négociations de paix. En effet, sa manœuvre a pour but d’isoler puis de s’emparer de la capitale nordiste en la privant de ses ravitaillements plutôt que d’attaquer de front ses puissantes fortifications. Enfin, en attaquant le Nord, il cherche à palier ses problèmes logistiques en ravitaillant son armée sur le pays tout en desserrant l’étau sur les troupes des états de l’ouest dont la situation se détériore. A la fin de mai 1863, l 'armée sudiste de Virginie du Nord quitte le secteur de Fredericksburg et traverse la vallée de la Shenandoah afin d'entrer en territoire fédéral...

(le lien ci dessous décrit l'affrontement, et tire les enseignements stratégiques de celui ci)

 
Enseignements tactiques opératifs et doctrinaux :
 
-          Le choix de Lincoln de ne pas laisser Meade attaquer le sud en l’absence de Lee pousse les nordistes à une course contre la montre avec Lee mais aussi impose un champ de bataille non souhaité (terrain, renforts différés, logistique,…).
-          Les problèmes logistiques contraignent Lee à attaquer le Nord pour approvisionner ses troupes.
-          Successivement, les deux commandants perdent leur liberté d’action à cause des défaillances de leurs moyens de renseignement. En effet, Meade détecte tardivement le départ de Lee pour le nord et le général confédéré découvre qu’il est talonné qu’aux abords de Gettysburg.
-          Une nouvelle fois, Lee, en refusant le conseil de Longstreet, perdra l’initiative en s’acharnant sur un champ de bataille qu’il n’a pas choisi et qui lui est défavorable.
-          Le refus d’Ewell de s’emparer dès le premier jour de Cemetery Hill ne permet pas à Lee de concentrer ses efforts sur le centre de gravité nordiste et de remporter la victoire.
-          Meade, en choisissant la défensive sur les hauteurs et derrière des obstacles artificiels,  réalise l’économie de ses moyens pour supporter les nombreuses charges sudistes.
-          Le deuxième jour de la bataille, le décalage entre les actions planifiées et les attaques réellement menées (pas de coordination) fragilise la manœuvre de Lee et ses effets sur les nordistes.
-          Lee suit un schéma conventionnel et perd, une nouvelle fois, sa liberté d’action en décidant d’attaquer au centre le troisième jour après l’échec des attaques sur les ailes. Néanmoins, il concentre son artillerie pour concentrer ses feux et percer.
-          Meade utilise la ruse pour surprendre les troupes de Lee et simule la destruction de son artillerie.
-          Lee perd ses meilleures troupes dans un assaut où l’excès de confiance de Pickett (attaque au pas de parade) et son acharnement réduisent les capacités de manœuvre futures de la Confédération.
-          Meade commet une erreur en n’exploitant pas les échecs de Lee et pour profiter de la désorganisation sudiste après le massacre des troupes de Pickett. Il perd l’opportunité de vaincre les forces confédérées de cette zone d’opération. Lee peut alors battre en retraite et préparer une stratégie défensive qui prolongera la guerre.
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