Le mythe de la démocratie
Ce charlatanisme sans fin.....
Un groupe de non-conformistes se réunit chez un ami pour boire du vin et tenter de changer le monde. La conversation se prolonge tard dans la nuit, fluide et continue. Ils savent qu'ils sont confrontés à une situation aussi complexe que délicate. À leurs yeux, la politique ressemble de plus en plus à une guerre de factions impitoyable. Dans cette atmosphère de démocratie nerveuse et menacée, même le langage se transforme ; beaucoup méprisent la modération, y voyant un masque pour les lâches, et l'intelligence, une incapacité à agir. Ils considèrent la personne la plus furieuse comme digne de confiance, et toute autre comme suspecte. L'adhésion des fanatiques est applaudie, tandis que la raison calme ne suscite que le ridicule.
Nous sommes au Pirée, il y a environ 2 500 ans. Celui qui lance le débat est un certain Socrate. Il est relaté dans les premières pages de la République de Platon.
L'un des convives pose la question essentielle : qu'est-ce que le juste et qu'est-ce que la justice ? Entourés de vacarme et de fureur, ces personnages atypiques – philosophes de profession – jugent indispensable d'interroger ces concepts dont dépend notre existence, et consacrent leurs efforts à l'étrange entreprise de la conversation, à la recherche du mot juste, de l'idée précise. Au début du débat, ils semblent se rapprocher d'un accord : la justice consisterait à garantir à chacun ce qui lui est dû ou ce qu'il mérite. Jusqu'à ce que le sophiste Thrasymaque perde son sang-froid et s'écrie : « À quoi bon tout ce bavardage interminable, Socrate ? Quel est le sens de toute cette condescendance stupide ? La justice n'est rien d'autre que ce qui profite au plus fort. »
Un silence général s'installe, stupéfait. Le cynisme a toujours fait irruption dans le débat éthique avec une aura d'expérience, de sagacité et de réalisme. Socrate, sans se laisser abattre, le combat avec une ironie flatteuse. À qui Thrasymaque fait-il référence lorsqu'il dit « plus fort » ? Aux champions de lutte ? Devrions-nous avoir des lutteurs olympiques comme dirigeants ? De tout temps, la propagande des dictatures a vanté les physiques herculéens, mais les dictateurs eux-mêmes sont rarement à la hauteur de leur propre idéal physique suprématiste. Nombre de ces dirigeants autoritaires imbus d'eux-mêmes ne survivraient pas dans la jungle, et ne brilleraient pas non plus dans un club de combat. Pour Thrasymaque, être fort ne se résume pas à la musculature, aux combats et à la splendeur de l'haltérophilie, mais à inspirer l'obéissance, la soumission et la peur ; en d'autres termes, à avoir le pouvoir. Un pouvoir qui, comme l'expérience le montre, s'abat sur les capables comme sur les incapables, sur les personnes saines d'esprit comme sur les individus déséquilibrés. Cette force. Et dans le feu de la discussion, une question dérangeante surgit : la justice est-elle une illusion, une invention au service des puissants ?
Dans les démocraties comme dans les tyrannies, explique Thrasymaque, chaque gouvernement établit les lois qui servent ses intérêts et punit ceux qui les transgressent. La justice, conclut-il, est le désir du souverain : le pouvoir définit le bien et le mal. Des millénaires plus tard, cet argument du sophiste inspira Nietzsche, qui dénonça la morale chrétienne comme la glorification des faibles et la mutilation de l’excellence. Après sa mort, sa sœur Élisabeth remania nombre de ces textes et les intégra à l’idéologie nazie. Aujourd’hui encore, au fil des siècles et des méandres de la philosophie, ce dialogue du Pirée influence les théoriciens du Moyen Âge, les nouveaux autoritaires, qui défendent des thèses antidémocratiques et aspirent à gouverner les pays comme de grandes entreprises où l’obéissance au chef suprême est de rigueur.
Le dialogue platonicien aborde de front cette question toujours d’actualité. Socrate affirme que gouverner ne consiste pas à rechercher le profit du dirigeant, mais celui des gouvernés. La politique devrait ressembler à la médecine : les deux professions consistent à prendre soin des autres et à leur être utiles. Tentant de démontrer la naïveté et l’ingéniosité de cette idée, Thrasymaque expose sans ambages sa théorie : la politique n’a pas la moindre aspiration au service public ; elle ne fait que consacrer le prédateur suprême.
À travers les millénaires, une succession interminable de tyrans et de politiciens corrompus semble donner raison au cynisme de Thrasymaque. Le sophiste soutient que l’abus est toujours plus profitable que la justice. Partout, dit-il, ceux qui pillent, ceux qui fraudent le fisc, ceux qui exploitent les ressources publiques, ceux qui favorisent leur famille et leurs amis au détriment du bien commun, triomphent. Il affirme que nous nous plaignons des injustices lorsque nous les subissons, mais que nous trouvons tous parfaitement acceptable de les commettre. Lorsqu’il prononce ces mots, le feu qui brûle dans ses yeux semble annoncer une démocratie en flammes. Ce philosophe, fervent défenseur des puissants, a réellement existé et était une figure marquante ; il n'est pas un personnage de fiction inventé par Platon. Né sur les rives du Bosphore, il fut un professeur de rhétorique itinérant. Le patriarche de ceux qui, fascinés par l'aura du chef autoritaire et dominateur, encensent la politique de la force et non celle du service.
Socrate, d'un ton sardonique, répond par un paradoxe : même les voleurs et les bandits, quel que soit le butin qu'ils commettent ensemble, obtiendront de meilleurs résultats en collaborant. Les attaques et les actes vicieux contre vos alliés engendrent le ressentiment et les conflits. Il en va de même dans une famille comme dans toute société : on n'accomplit rien en semant la discorde et l'inimitié.
Des siècles plus tard, saint Augustin écrira : « Quel voleur peut tolérer un autre voleur ? » Même les injustes exigent justice et loyauté envers eux-mêmes : il n'est pas étonnant qu'ils soient si susceptibles. La glorification du pouvoir comme un appétit insatiable exalte l'égoïsme – le sien – tout en exigeant obéissance, renoncement, voire servilité – des autres. Même la personne la plus impitoyable est d'une telle asymétrie : elle ne montre aucune pitié envers son prochain, mais exige d'être traitée avec respect et délicatesse. C'est ainsi que fonctionne l'étrange équité des apôtres de l'inégalité.
Socrate soutient qu'un État arbitraire finit par s'affaiblir : la force d'une cité ne se mesure pas à ce que quelques-uns peuvent piller, mais à l'unité de tous. La violence n'engendre pas l'harmonie, la corruption nourrit la méfiance mutuelle et les abus ne renforcent pas la communauté. Les économistes modernes ont mis en évidence une corrélation manifeste entre lois justes, confiance et prospérité. Et, contrairement aux vantardises de Thrasymaque, l'histoire prouve que les dirigeants autoritaires ont divisé les cités et conduit à de grandes tragédies collectives.
Le biologiste Edward Wilson, dans son essai *La Conquête sociale de la Terre*, offre la clé de compréhension du paradoxe du succès des égocentriques. « En matière d'évolution sociale génétique, il existe une règle d'airain selon laquelle les individus égoïstes l'emportent sur les individus altruistes, tandis que les groupes altruistes l'emportent sur les groupes d'individus égoïstes. » Le grand avantage de notre espèce réside dans cette capacité exceptionnelle à collaborer et à partager les fruits de la coopération.
La question de Socrate demeure pertinente : à quoi servent ces individus égoïstes, opportunistes et avides qui érigent leur volonté en loi pour le reste d'entre nous ? Leur avidité leur profite, certes, mais pourquoi devrions-nous les applaudir ou voter pour eux alors qu'ils ne nous perçoivent que comme des adversaires ou des instruments à leur service, et qu'ils nous affaiblissent collectivement ? Nous aurons de meilleurs dirigeants si nous cessons d'admirer la violence de leurs succès individuels – presque toujours éphémères – et si nous valorisons leur capacité à bâtir des communautés solides, c'est-à-dire justes. Nos plus grandes réussites n'ont jamais été le fruit de la force brute. Confondre arrogance et pouvoir est la marque distinctive de cette période historique théâtrale que nous traversons.
Dimanche 8 février 2026, Irene Vallejo, El País
Irene Vallejo est philologue et écrivaine, lauréate du Prix national de l'essai 2020 pour *El infinito en un junco* (Siruela).
https://www.almendron.com/tribuna/esta-inacabable-charlataneria/
Un des grands basculements de notre temps : la disparition des corps intermédiaires...
Partis politiques, syndicats, associations, presse — tous les anciens canaux de la médiation démocratique sont enjambés.
La société du direct a pris le pouvoir. Du live et surtout du directement.
Plus personne ne semble avoir besoin d’intermédiaires pour s’exprimer ou exister : un tweet, une story, un live suffisent. Le rapport de représentation s’est effondré au profit d’un rapport de connexion. Les figures de la démocratie représentative – élus, délégués, journalistes, intellectuels – sont supplantées par des influenceurs, des porte-paroles autoproclamés, des leaders de flux.
Ce n’est pas qu’une question technologique, c’est un renversement anthropologique : la médiation, jadis garante de la temporalité et de la réflexion, devient synonyme d’obstacle. L’émotion directe remplace l’argumentation, la visibilité remplace la légitimité, la confiance en soi supplante la confiance dans l’autre.
Les partis ne sont plus des lieux de débat, mais des machines électorales. Les syndicats n’incarnent plus le collectif, mais des causes spécifiques. Et la presse elle-même peine à jouer son rôle de filtre symbolique : elle court après les algorithmes qu’elle devrait combattre.
Résultat : la démocratie représentative est court-circuitée. Ce n’est plus la parole qui construit la légitimité, mais la viralité. On “like”, on “follow”, on “partage” — et cela tient lieu de participation. La représentation se délite au profit de l’immédiateté : le citoyen devient spectateur-acteur d’un théâtre sans scène.
Ce qui se perd dans cette accélération, c’est le temps du commun.
Les corps intermédiaires structuraient la confiance, le compromis, la lenteur du dialogue. Ils permettaient à la société de se parler avant de s’affronter. En disparaissant, ils laissent la place à une démocratie d’impact, où chacun parle depuis soi, sans relais, sans durée.
La démocratie sans médiation est une démocratie sans respiration.
Et c’est peut-être cela, le vrai danger : à force de vouloir aller trop vite, nous avons désappris à nous faire confiance — aux représentants, aux institutions, au collectif.
Car tout cela est aussi un enjeu de confiance.
Virginie Martin
https://www.xerficanal.com/strategie-management/emission/Virginie-Martin-Adieu-les-corps-intermediaires
Publié le mardi 03 février 2026
Pouvoir et impunité....
Ceux qui agissent en toute impunité sont persuadés que leurs pouvoirs sont quasi divins, car c'est ainsi qu'ils apparaissent aux yeux des humains. Mais tout a ses limites...
L'une des premières leçons que nous avons tirées d'Internet est que tout message envoyé par courriel peut facilement devenir public et que tout contenu créé sur un ordinateur peut être volé, piraté et diffusé.
Des événements récents suggèrent que de nombreuses personnalités influentes se souciaient peu de la sécurité de leurs communications privées. Trente ans après l'avènement d'Internet, l'ignorance n'est plus un facteur déterminant, et il ne reste donc que l'impunité : aucune conséquence ne serait à craindre, même si leurs correspondances privées devenaient publiques.
Il y a le pouvoir, et il y a l'impunité. Le pouvoir a des limites ; ceux qui agissent en toute impunité sont convaincus que leur pouvoir les place au-dessus de toute autorité et de toute conséquence négative, et ils sont donc libres d'agir en toute impunité.
Ce qui nous amène au premier principe néo-féodal de Smith : si les citoyens ne peuvent destituer un gouvernement autoritaire et kleptocratique ni limiter le pouvoir de l’aristocratie financière par les urnes, la nation n’est une démocratie que de nom.
Une kleptocratie ne se contente pas de prendre de l’argent ; elle prend tout ce qu’elle désire et, forte de cette impunité, elle sape les fondements mêmes de son pouvoir : la légitimité de l’État et l’illusion même de la justice sont inhérentes à la kleptocratie. La démocratie et la justice étant neutralisées, le vide du statu quo tout entier apparaît au grand jour.
L’impunité de notre époque dépasse celle des monarques absolus qui, malgré leur prétention à un pouvoir sans limites, devaient composer avec les contrepoids d’une noblesse puissante, d’une classe marchande qui payait les impôts, d’un clergé exerçant une influence à la fois spirituelle et matérielle, et du risque de révolte paysanne pouvant dégénérer, avec le soutien des élites, en une véritable guerre civile.
Ceux qui agissent en toute impunité disposent aujourd'hui de bien plus d'outils de contrôle que les monarques absolus d'antan. Ils peuvent masquer leur impunité par des manœuvres juridiques, de fausses accusations de falsification de preuves, une manipulation des faits à leur avantage, et en faisant croire à leurs subordonnés que toute tentative de limiter leur illégalité serait si coûteuse que la complicité dans la destruction de la démocratie et de la justice serait la seule issue.
L'ironie, c'est que leur impunité a elle-même une conséquence : le démantèlement du système qui les protège et les renforce. Un État et un statu quo qui ont dilapidé leur légitimité pour protéger les puissants perdent le Mandat du Ciel : les citoyens, le Ciel et la Terre se retournent contre ce régime corrompu.
Les révélations d'impunité restent sans conséquence car tout ce que souhaite l'élite technocratique, c'est que sa place au casino demeure intacte afin qu'elle puisse continuer à amasser des richesses. Rien d'autre ne compte.
À l'insu des spéculateurs, leur position au sommet de la pyramide du pouvoir et de la richesse est elle aussi menacée, car la destruction de la démocratie et de la justice par la kleptocratie sape également les fondements du casino dont ils dépendent pour accroître leur fortune.
Ceux qui agissent en toute impunité sont persuadés que leurs pouvoirs sont quasi divins, car c'est ainsi qu'ils apparaissent dans le monde des humains. Mais tout a ses limites. Puisque la voie du Tao est celle du renversement, les excès d'impunité – manifestation ultime d'une arrogance défiant le destin – se transformeront en conséquences désastreuses.
La chanson « The Road and the Sky » de Jackson Brown, sortie en 1974, me vient à l'esprit :
Voyez-vous ces nuages noirs s'amonceler à l'horizon ?
Ils vont purifier la planète, comme l'a dit la Bible.
Maintenant, tenez bon, essayez d'être prêts.
Mais tout le monde sera trempé.
Ne croyez pas que cela n'arrivera pas simplement parce que ce n'est pas encore arrivé.
Charles Hugh Smith 02 02 26
https://charleshughsmith.blogspot.com/2026/02/power-and-impunity.html
Sauf sourd, aveugle…
Oui, sauf exception, personne ne peut ignorer qu’il avait, mardi matin, dans son humble bagage, un exemplaire du Comte de Monte-Cristo, de Dumas.
On voit bien l’idée, l’homme injustement condamné bravant le sort et revenant dans la société où il règle ses comptes. Mais de ce côté, Nicolas Sarkozy n’aura pas trop de souci. Les sociétés et groupes avec qui il est en affaires où dont il est même administrateur, comme Lagardère ou Accor, ne lui tiennent pas rigueur de sa condamnation comme de ses différents démêlés judiciaires.
Des amis comme Vincent Bolloré ne sauraient lui faire défaut et le cercle de ses soutiens va bien au-delà des quelques centaines de manifestants du pathétique rassemblement du seizième arrondissement de Paris. Depuis trois semaines, les éditorialistes de droite et d’extrême droite martèlent à quel point sont scandaleux le sort qui lui est réservé par des magistrats politisés, jusqu’à parler de despotisme judiciaire.
Gérald Darmanin, n’a pas hésité à déclarer publiquement qu’il lui rendrait visite en prison, que le président de la République a cru bon de le recevoir avant son incarcération en indiquant qu’il était normal « sur un plan humain » qu’il reçoive un de ses prédécesseurs. Lequel, rappelons-le, et quand bien même, il a fait appel, est condamné à cinq années de prison pour association de malfaiteurs.
Il y a des humains sans doute plus humains que d’autres et celles et ceux qui n’ont pas un mot à dire quand un employé est licencié pour avoir, par exemple, récupéré des marchandises périmées, ont un sens de la justice à géométrie très variable.
Mais en réalité ce qui se passe là est plus profond, touche aux fondements mêmes de la démocratie. C’est en fait l’expression, le reflet d’une sédition des puissants et des ultrariches au regard de la loi commune, couverte par le pouvoir, encouragée, si ce n’est organisée, par les médias des milliardaires. Qu’il s’agisse de l’impôt ou de la même justice pour tous, de pays en pays la même trahison démocratique se répand.
Maurice Ulrich
Le gros problème de la démocratie : les politiciens ne sont pas là pour faire ce qui est le mieux pour l'avenir de leur peuple. Ils sont là pour récolter des voix et gagner des élections. C'est ce qui les nourrit.
Ce qu'ils appellent la « démocratie » ne peut jamais fonctionner. Jamais.
(commentaire sur le blog de Quark, 01 09 25)
Un récent sondage Reuters/Ipsos révèle de profondes inquiétudes parmi les Américains quant à l’état de la démocratie aux États-Unis. Plus de la moitié des personnes interrogées pensent que la démocratie américaine est menacée. Ce sentiment est particulièrement fort chez les démocrates, puisque huit personnes sur dix expriment cette crainte, tandis que quatre républicains sur dix partagent le même point de vue.
Les Américains s’inquiètent du « gerrymandering »
Le sondage a également mis en évidence l’inquiétude généralisée que suscitent les divisions politiques croissantes, tant à Washington qu’au niveau des États. Plus de la moitié des personnes interrogées s’accordent à dire que les plans de redécoupage en cours, conçus pour favoriser un parti plutôt qu’un autre, sont préjudiciables à la démocratie.
Ces préoccupations découlent d’affaires récentes très médiatisées au Texas et en Californie, où les gouverneurs républicains et démocrates, respectivement, tentent de redessiner les limites des circonscriptions du Congrès pour maximiser l’avantage de leur parti. Cette pratique, connue sous le nom de « gerrymandering », a intensifié l’attention du public en raison de son calendrier inhabituel, qui intervient au milieu de la décennie plutôt qu’après un recensement.
Absence de concurrence
Les conséquences d’une telle manipulation sont évidentes dans le manque de compétitivité de la plupart des courses à la Chambre des représentants. Au cours des dernières décennies, une majorité significative de ces compétitions a été décidée par des marges écrasantes;
Cette manœuvre partisane érode encore davantage la confiance dans le processus politique, les démocrates comme les républicains exprimant leur scepticisme à l’égard des personnes qui s’alignent sur le parti adverse. Le sondage a révélé qu’une majorité de démocrates considèrent cela comme de la « tricherie », tandis que les républicains restent divisés sur cette question.
"En France, le pouvoir est extrêmement concentré et la participation citoyenne peu valorisée"...."En France, l'habitude a été prise de passer en force pour prendre un certain nombre de décisions et pour faire passer certaines lois." Ce professeur de science politique craint que l'absence de conséquences de la mobilisation contre ce texte alimente un sentiment grandissant de "déni de démocratie"
Un jour d’avril 2025, Donald Trump a de nouveau frappé du poing sur la table. Il a crié le plus fort. Un cri entendu dans le monde entier. Ce geste, ce moment, en disent long sur l’époque : ce n’est pas celui qui dit vrai qui l’emporte. C’est celui qui parle le plus fort.
C’est exactement ce que montrait The Loudest Voice, mini-série consacrée à Roger Ailes, le fondateur de Fox News. Celui qui, en fabriquant une chaîne fondée sur l’indignation permanente, a ouvert la voie à Donald Trump. Pas par accident. Par stratégie.
Le titre disait tout : la voix la plus forte.
Pas la plus juste.
Pas la plus sage.
Mais la plus bruyante. La plus performative.
Un bruit continu, émotionnel, qui finit par dicter le tempo du pouvoir.
Ce que montrait la série, c’est qu’à partir d’un moment, la politique n’a plus besoin de programme — elle a besoin de saturation.
Fox News n’informe pas, elle occupe.
Chaque fait devient alarme. Chaque débat, une arène. Chaque silence, un vide insupportable.
Dans cette économie de la rage, la parole clive, encercle, engloutit.
Roger Ailes l’a parfaitement compris : ce n’est plus la vérité qui compte, mais la domination de l’espace mental.
Et c’est ainsi que Fox News a créé les conditions de possibilité du trumpisme, en imposant une vision binaire du monde : “eux” contre “nous”, peur contre raison, émotion contre nuance.
Mais le bruit a un prix.
Ailes finira dévoyé, puis exclu, rattrapé par un scandale sexuel emblématique de ce qu’il avait contribué à banaliser : la domination masculine, l’impunité des puissants, le culte du chef.
Et Fox News, après avoir façonné Trump, s’est retrouvée dépassée par lui. Incapable de maîtriser la créature qu’elle avait portée au sommet.
Car Trump, aujourd’hui, n’est plus seulement un produit du système. Il est devenu le système lui-même.
La voix la plus forte n’est plus sur une chaîne de télévision : elle est dans l’espace public mondial.
C’est lui qui hurle. C’est lui qu’on entend. C’est lui qui impose son rythme.
The Loudest Voice n’était qu’un prologue. Le bruit, aujourd’hui, n’est plus une tactique médiatique : c’est un régime politique.
Et la trumpisation se propage. En France aussi, certains politiques parlent plus fort que les autres. Sans filtre, sans nuance. Avec l’outrage comme méthode.
Dans ce vacarme généralisé, la question revient avec acuité : que devient une démocratie où seul le plus bruyant triomphe ?
Dans un monde saturé d’indignation et d’effets de manche, où chacun tente de dominer par le volume, l’espace public prend des allures d’état de nature — où règne une guerre symbolique de tous contre tous.
Et si l’on ne veut pas que le tumulte devienne notre seule boussole, il faudra bien apprendre à réentendre les voix plus lentes, plus nuancées, plus justes.
Publié le lundi 21 juillet 2025
https://www.xerficanal.com/strategie-management/emission/Virginie-Martin-The-Loudest-Voice-le-vacarme-politique-contre-la-verite
Il peine à maîtriser les grands enjeux contemporains. Il légifère lentement, régule tard, sur des espaces qu’il ne contrôle plus. Pendant ce temps, les firmes globales, les plateformes, les flux financiers et les technologies avancent à une vitesse qui lui échappe.
L’État agit dans un monde qu’il ne comprend plus. Il reste attaché à ses frontières, à son tempo, à ses procédures.
Le politique est structurellement en décalage : le temps de l’action publique n’est plus aligné avec celui des mutations économiques, technologiques, sociales, culturelles.
Spatialement, il est borné — là où les acteurs dominants sont transnationaux, mouvants, sans ancrage.
Temporellement, il est lent — là où l’instantané règne, où la vitesse devient un mode de pouvoir.
Alors que faire ?
Faut-il constater que l’État ne pèse plus et apprendre à vivre sans lui ? Ou peut-on encore réaffirmer son rôle, sans pour autant singer les autres ?
Car l’État ne sera jamais une start-up. Il ne sera jamais agile. Et s’il prétend l’être, il se perd. Il perd sa nature. Il perd sa légitimité.
Mais s’il ne se transforme pas, s’il reste ce corps lent, hiérarchisé, face à un monde liquide, fluide, rapide, il se marginalise — politiquement, économiquement, symboliquement.
La question devient donc cruciale : veut-on laisser l’État devenir un acteur périphérique d’un monde dirigé par des logiques marchandes ?
Ou peut-il redevenir ce qu’il était : une force de structuration, de projection, de contre-pouvoir, un acteur du récit collectif ?
Et c’est là que Trump, paradoxalement, met le doigt sur quelque chose. Il cherche à reprendre la main. À imposer un récit. À accélérer l’État, parfois à coups de procédures violentes, brutales, unilatérales. Il veut restaurer le contrôle de l’espace, reprendre la maîtrise du temps. Il en fait une arme.
Mais ce modèle est dangereux. Il instrumentalise l’État comme outil de pouvoir personnel, au détriment des contre-pouvoirs et du droit.
Alors une autre voie doit s’inventer. Entre l’impuissance d’un État relégué et la violence d’un État capté.
Il nous faut un État qui tienne le rythme sans se renier. Qui reprenne l’espace sans écraser. Qui structure sans dominer.
Car dans un monde qui menace de retomber dans la guerre de tous contre tous — économique, technologique, symbolique —, l’État doit redevenir une digue.
Car si l’État tombe, c’est la démocratie qui vacille.
Publié le jeudi 26 juin 2025
https://www.xerficanal.com/strategie-management/emission/Virginie-Martin-L-Etat-au-ralenti-dans-un-monde-accelere
Deux anciens présidents et deux anciens Premiers ministres de la Vᵉ République ont été définitivement condamnés pour des atteintes à la probité, observe “Le Soir” belge...
Être citoyen français, c’est être citoyen d’un pays dont un ancien président a été définitivement condamné pour des atteintes à la probité, Jacques Chirac. Son Premier ministre, Alain Juppé, idem. Autre Premier, François Fillon a été condamné définitivement pour l’emploi fictif de son épouse.
Son président de 2007 à 2012, Nicolas Sarkozy, a été définitivement condamné (dans l’affaire Bismuth pour laquelle il purge une peine de détention sous bracelet électronique) et vient de voir requérir contre lui par le parquet national financier (PNF) une peine de sept ans de prison pour un présumé pacte de corruption avec la dictature libyenne. La gauche n’est pas en reste avec Jérôme Cahuzac, l’ancien ministre du Budget qui fraudait lui-même le fisc.
Cette litanie, entamée devant les sénateurs de la commission d’enquête sur la délinquance financière, le journaliste d’investigation de Mediapart, Fabrice Arfi, l’a ponctuée le mois dernier par cette réflexion :
“Ça veut dire deux chefs de l’État, deux Premiers ministres, qui ont été définitivement condamnés pour atteinte à la probité. Je ne suis pas certain qu’il y ait beaucoup de démocraties libérales comme la nôtre qui aient un tel CV judiciaire.”
https://www.courrierinternational.com/article/apres-le-pen-et-sarkozy-l-effarant-cv-judiciaire-de-la-france_229461
Soutiendra-t-on sérieusement que l'ascension de Donald Trump est le symptôme d'une poussée démocratique ? La chose commencera à paraître moins absurde si l'on veut bien faire preuve d'un peu de mauvais esprit et admettre que nos « démocraties libérales » sont surtout des oligarchies électives fondées sur l'État de droit – pas grand-chose donc qui ressemble aux démocraties directes des Anciens, qui se préoccupaient bien peu de la hiérarchie des normes et des droits individuels (à commencer par ceux des femmes et des esclaves.)
Il se trouverait d'ailleurs peu de gens, aujourd'hui, pour vouloir vivre dans la démocratie athénienne telle qu'elle a réellement existé : un club de misogynes xénophobes et esclavagistes, qui jugeaient les querelles d'héritage en faveur de la partie qui salissait l'autre le plus outrancièrement, qui mettait à mort les généraux qui venaient de sauver la cité parce que leurs détracteurs se présentaient en habits de deuil à l'Assemblée…
La tendance démocratique s'exprime, davantage que par le suffrage universel (une ruse bien sentie pour faire croire au peuple qu'il a ce qu'il veut), par la désinhibition du désir, comme l'écrivait Platon dans La République : chacun croit mériter « la belle vie », être en droit d'obtenir ce qu'il veut et de « réaliser ses rêves » – ce qui est normalement l'apanage de l'oligarchie
(extrait)
https://www.lepoint.fr/debats/trump-le-tyran-que-l-amerique-s-est-choisi-06-03-2025-2584053_2.php
La démocratie est fille de l'abondance...
La pénurie la rend orpheline et elle meurt de faim...
Les régimes autoritaires demandent beaucoup moins d'énergie à entretenir que ceux dont les représentants viennent de loin. L'histoire nous montre de nombreux régimes autoritaires. Je considère qu'une démocratie est une chose qui va de pair avec une grande consommation d'énergies fossiles. Nous ne pouvons pas nous attendre à ce que ce type de gouvernement, qui consomme beaucoup de ressources, perdure.
(Gail Tverberg)
Les élections boudées, les manifestes oubliés, les églises désertées : les démocraties occidentales vacillent, sous le poids de la colère ou de l’indifférence. Ce qui hier cimentait les sociétés, les idéologies politiques, l’idéal démocratique, la foi religieuse, se désagrège. Et dans ce vide laissé par l’effondrement des croyances partagées, un nouvel ordre se dessine : celui des autoritarismes, prêts à combler ce manque de convictions partagées par la force.
La chute des grandes doctrines
Communisme, socialisme, capitalisme, libertarisme : ces grandes doctrines, autrefois piliers des débats politiques en Occident, n’inspirent plus. Dévoyées ou discréditées par l’histoire, elles peinent à fédérer autour de projets collectifs. De même, les églises et les partis politiques, jadis garants de croyances partagées, se vident, victimes d’un scepticisme grandissant envers les dogmes religieux et idéologiques.
Un vide propice au chaos
Privées de ces cadres structurants, les sociétés occidentales s’enlisent dans un relativisme stérile où tout se vaut et se conteste, mais où rien ne fédère. Ce vide idéologique ouvre la voie aux instincts les plus vils et amplifié par les réseaux sociaux alimente le complotisme. C’est le reflet d’un désarroi collectif profond.
Le retour des nouveaux prophètes
Face au vide laissé par l’effondrement des anciennes croyances, de nouveaux leaders surgissent, porteurs de mouvements autoritaires et populistes, parfois teintés de néo-fascisme voire le néo-nazisme allemand désormais soutenu par Elon Musk ! Ces idéologies s’appuient sur des facteurs émotionnels puissants – la peur, la colère, l’incertitude – pour imposer des normes coercitives. Là où les démocraties tentent encore de convaincre par le débat, leurs leaders à peine élus gouvernent vite par la contrainte.
L’autoritarisme comme réponse au chaos
Aujourd’hui, sur les 8 milliards d’êtres humains, seuls un milliard vivent dans des démocraties « à l’occidentale ». La majorité évolue sous des régimes autoritaires, qu’ils soient religieux ou séculiers. Du pseudo-communisme en Chine à l’islamisme dans le monde arabo-musulman, en passant par toutes formes de populismes en Amérique latine, en Inde ou ailleurs, ces systèmes imposent brutalement leur ordre et leurs croyances. Leur conviction, c’est que l’unité par la contrainte prévaut sur la liberté individuelle.
La démocratie, une parenthèse fragile ?
L’idéal démocratique pourrait n’avoir été qu’une brève parenthèse dans l’histoire, alors que le monde semble replonger vers des systèmes où les certitudes sont imposées d’en haut. Alors, sommes-nous encore capables de bâtir des valeurs communes librement partagées, ou allons-nous céder aux autoritarismes ? Sans un socle collectif de valeurs partagées et désir de vivre ensemble, la colère et la haine ne mènent qu’au chaos.
C’est un sujet à méditer en cette année 2025, 80 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui s’achevait sur des ruines et l’horreur.
Laurent Faibis, fondateur de Xerfi
https://www.xerficanal.com/economie/emission/Laurent-Faibis-1945-2025-la-democratie-en-peril-le-crepuscule-des-croyances-partagees_3753570.html?
« Caquistocratie »....
C'est aux premiers Athéniens, il y a 25 siècles, que nous devons le concept de démocratie, un concept qui ne correspondait pas exactement à la réalité, puisque les femmes et les esclaves étaient exclus des délibérations et de toute participation aux assemblées du peuple. Mais les principes ont été posés et sont devenus depuis la référence de ce qui est universellement considéré comme le meilleur système possible. Imparfait, certes, mais la perfection n'est pas de ce monde, et certainement pas du monde politique. Nous devons également aux Grecs anciens une nomenclature éternelle pour tous les régimes possibles. Dans toutes les langues, la démocratie, l'autocratie, la ploutocratie, l'oligarchie et le moins connu de tous ces régimes, la « kachistocratie », ont des racines grecques.
Je suis sûr que ce terme vous est étranger ; il l'était aussi pour moi jusqu'à ce que je le découvre récemment dans une chronique de l'économiste américain Paul Krugman dans le « New York Times ». Krugman prophétisait que nous étions entrés dans une nouvelle ère politique, la « kaquistocratie ». Ce mot, traduit du grec, signifie le pouvoir du pire. Sommes-nous entrés dans une ère où la démocratie déçoit, l'autocratie effraie et la ploutocratie est inacceptable ? Serions-nous devenus le tour des médiocres, surtout dans nos sociétés libérales ? Un diagnostic pessimiste et provocateur, comme l'est son auteur, mais je ne suis pas sûr qu'il ait tort.
Quand on regarde qui gouverne dans les sociétés démocratiques et non démocratiques, on ne peut qu'être horrifié par l'absence d'hommes ou de femmes d'État aux idées claires, à la stratégie simple et, de surcroît, légitimés par le suffrage universel. Il semble y avoir un grand désordre dans la manière dont les dirigeants sont sélectionnés dans les sociétés libérales et non libérales. Et aussi un grand désordre dans les qualités attendues de ces dirigeants. Le mode de sélection repose désormais moins sur des programmes clairs ou des orientations idéologiques compréhensibles que sur les qualités télégéniques des candidats.
Autrefois, dans nos démocraties, on accédait au pouvoir pour deux raisons principales. Soit les événements historiques donnaient une forte légitimité à l'issue d'un conflit social ou international, soit on appartenait à une école de pensée au sein de laquelle on progressait d'échelon en échelon, du local au national.
Dans nos démocraties classiques, il était également courant que les dirigeants politiques sachent faire autre chose que de la politique ; ils avaient un métier, de l'expérience et, à la fin de leur carrière publique, ils pouvaient y revenir. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. La plupart des gouvernants actuels ont embrassé très jeunes cette carrière qui est devenue un métier comme un autre ; ils n'ont souvent aucune connaissance ni expérience de la société réelle. Ils prétendent représenter le peuple, mais ils n'appartiennent pas au peuple. Les partis politiques, qui jouaient un rôle éducatif et idéologique central dans les démocraties libérales, ne sont plus que des écuries qui distribuent des vestes à leurs meilleurs cavaliers. Ces derniers sont sélectionnés moins pour leur expérience que pour leur maîtrise des médias sociaux ou leurs frasques.
Donald Trump est évidemment l'illustration la plus spectaculaire de la kaquistocratie moderne. Il n'est certainement pas le plus médiocre dans l'immobilier ou dans le marketing de sa propre image, mais il est probablement le pire en matière d'ignorance du monde, de l'économie réelle et de la société réelle. Sa trajectoire est tout sauf politique, sauf si l'on considère que la politique aujourd'hui, c'est la maîtrise des médias sociaux, la provocation permanente et l'absence totale de respect pour les adversaires. Un tour d'horizon des démocraties libérales du monde suggère que le trumpisme n'est pas un phénomène isolé. On pense notamment au président argentin, dont les propositions économiques ne sont pas forcément mauvaises, mais dont la manière de les infliger à son peuple oscille entre le délire et la violence.
La violence est l'une des caractéristiques de la « kaquistocratie » que partagent Trump et Javier Milei. Pour l'instant, cette violence reste verbale, mais si toutes les inhibitions sont levées, la violence verbale débouchera rapidement sur une guerre civile, comme cela a failli se produire aux États-Unis il y a quatre ans. Et comme cela pourrait arriver dans l'Argentine de Milei. Une autre caractéristique essentielle de ces deux exemples de « kaquistocratie » est qu'ils ne se comportent pas comme des présidents, mais comme des meneurs de foules.
En principe, une fois élu, un président devient le président de toute la nation et pas seulement le chef de ses factions les plus loyales et les plus agressives. L'idée qu'un président doit présider tout le monde est manifestement étrangère à Trump, à Milei et à ses admirateurs. Si nous adoptons ces critères, nous pourrions classer les régimes du Hongrois Viktor Orbán et de la plupart des politiciens populistes d'Europe de l'Est dans la catégorie des kachistocraties.
Dans les démocraties supposées plus avancées, nous sommes très réticents à classer la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne dans la catégorie des kaquistocraties. Leurs dirigeants ont été élus, ce qui leur confère une légitimité incontestable. Mais chacun d'entre eux – Emmanuel Macron, Keir Stammer, Olaf Scholtz – fait preuve d'une telle médiocrité dans l'exercice de ses fonctions qu'il constitue une véritable innovation politique dans leurs pays respectifs... Le cas de l'Italie est encore ouvert, mais on peut s'attendre à ce que Georgia Meloni rejoigne les rangs de la « kaquistocratie ». Quant à l'Espagne, je laisse les Espagnols juger, mais on ne peut pas dire que l'actuel chef de gouvernement ait été choisi parmi les meilleurs. Je ne dirais pas qu'il est parmi les pires, mais ce n'est pas à moi d'en juger.
Si nous passons de la démocratie libérale aux régimes autocratiques, il est clair que ceux qui sont au pouvoir sont les pires ; plus que mauvais, ils sont destructeurs, comme le démontrent Vladimir Poutine et Xi Jinping. Poutine détruit la Russie, Xi Jinping éloigne la Chine de sa civilisation autrefois pacifiste. Le Premier ministre indien Narendra Modi suit malheureusement la même voie.
Nous arrêterons là ce tour du monde qui n'épuise pas le sujet. Ayant personnellement décidé d'adopter une position optimiste, je ne conclurai pas en disant que la khakistocratie est l'avenir du monde ; elle n'est qu'une photographie de l'état actuel de nos sociétés. Au contraire, je parierais que, face à des risques réels, qu'il s'agisse de la crise économique, de la menace chinoise, de la folie américaine, du terrorisme islamique ou de la folie poutinienne, nos sociétés abandonneront spontanément le plus médiocre pour se tourner, sinon vers le meilleur, du moins vers le moins mauvais.
La démocratie, contrairement à la « kachistocratie », est la souveraineté du moins mauvais.
Par Guy Sorman 24 décembre 2024
Artículo publicado en el diario ABC de España
https://www.elnacional.com/opinion/caquistocracia/
Traduit avec DeepL.com (version gratuite)
la démocratie est maintenue par la prospérité mutuelle
rien d'autre
Si cette prospérité se transforme en une grande disparité, la démocratie s’effondrera.
(et je ne veux pas dire peut-être)
(commentaire sur le blog de Gail Tverberg, 17 12 24)
Traditionnel soutien des démocrates, le journal détenu par Jeff Bezos a perdu 250 000 de ses abonnés en moins d’une semaine en ne prenant pas parti. Comment interpréter cette neutralité et ne pas en déduire de lourdes conséquences pour la presse d’investigation ?...
À une semaine des élections américaines la neutralité coûte cher au Washington Post. Après avoir décidé, vendredi 25 octobre, de ne soutenir aucun candidat, le journal essuierait une perte massive de 250 000 abonnés, d’après des sources confidentielles citées par la radio américaine NPR. Ce chiffre représente 10 % de ses 2,5 millions d’abonnés. Une baisse importante pour un média qui a annoncé en septembre avoir gagné 4 000 abonnés en un an. En trois jours, il en a perdu cinquante fois plus.
La semaine dernière, comme à chaque élection depuis 1976, les journalistes s’apprêtaient à publier un court éditorial en soutien à un candidat. Sans surprise, Kamala Harris était l’heureuse élue. Le quotidien américain avait apporté son soutien aux démocrates en 2008, 2012, 2016 et 2020. Mais selon un article publié dans son propre journal, Jeff Bezos, propriétaire du titre et fondateur du géant Amazon, aurait fait barrage à cette prise de position. Cette année, comme pour celles à venir, le quotidien ne soutiendra personne.
Un silence qui profite à Trump ?
Dans une tribune publiée lundi 28 octobre, Jeff Bezos déclare que la décision a été prise en « interne », sans plus de précisions, et défend l’abstention du journal : « Les soutiens présidentiels [des médias] ne font pas pencher la balance d’une élection, affirme le propriétaire du titre. En réalité, ils créent une perception de partialité. » Il dit regretter cependant le moment de cette décision, à seulement onze jours des élections.
Depuis vendredi, les protestations en interne s’accumulent. D’après CNN, un tiers des membres du comité éditorial ont quitté leur poste dès le lundi 28 octobre. Une de ces journalistes, Molly Roberts, a écrit sur X que « Donald Trump n’est pas encore un dictateur. Mais plus nous sommes silencieux, plus il s’en rapproche ». Une dizaine d’éditorialistes du journal ont également dénoncé cette « terrible erreur » dans une lettre ouverte publiée à vif vendredi 25 octobre. « Un média peut choisir de ne pas soutenir un candidat à l’élection présidentielle, écrivent-ils. Mais là ce n’est pas le bon moment, alors qu’un candidat défend des positions qui menacent directement la liberté de la presse et les valeurs de la Constitution. »
Dans une interview donnée à CNN vendredi soir, Robert Kagan, ancien éditorialiste du Washington Post, se demande si le choix de la neutralité ne serait pas motivé par les intérêts commerciaux du grand patron. Les dirigeants de l’entreprise aérospatiale Blue Origin, détenue par Jeff Bezos, rencontraient Donald Trump à Austin (Texas) seulement quelques heures après la décision du journal. Cette entreprise aérospatiale, qui convoite des marchés publics, a décroché en 2023 un contrat 3,4 milliards de dollars avec la Nasa. Jeff Bezos a fermement nié tout conflit d’intérêts dans sa tribune : « Le fait est que je n’étais pas au courant de cette rencontre. »
En réaction au barrage du milliardaire, un éditorial de The Atlantic appelle à résilier les abonnements à Amazon Prime plutôt qu’à fragiliser le journal. Selon la tribune de la journaliste Ellen Cushing, c’est grâce au soutien financier des abonnés que le Washington Post a pu réaliser des enquêtes historiques comme celle du Watergate, qui a poussé l’ancien président Richard Nixon à démissionner en 1974. « Si ces lecteurs veulent un journal local solide, une institution qui continue de demander des comptes aux puissants, les abonnements au Post ne sont pas le problème. Ils sont la solution. »
Le Washington Post n’est pas le seul à traverser cette crise. Sur la côte ouest du pays, le Los Angeles Times subit également des pertes d’abonnés après avoir été empêché par son propriétaire, Patrick Soon-Shiong, de soutenir la candidate démocrate.
Publié le 29 octobre 2024
https://www.telerama.fr/debats-reportages/presidentielle-americaine-une-abstention-couteuse-pour-le-washington-post-7022800.php?utm_source=pocket-newtab-fr-fr
les dernières digues cèdent...
Lors de sa première candidature à la Présidentielle, en 2016, Trump ne cessait de livrer certains médias importants à la vindicte populaire. Ses cibles privilégiées furent CNN dont il qualifiait les informations de fake news et de garbage (ordures), ainsi que le Washington Post traité de honte du journalisme (“a disgrace to journalism”). Après la victoire de Trump, le Post s’était érigé comme grand gardien de la démocratie. Le quotidien, fondé en 1877, se montrait tout à la fois déterminé et agressif dans la dénonciation des excès trumpistes, s’attirant les foudres du Président en exercice qui menaça à de nombreuses reprises -et en personne- Jeff Bezos, son propriétaire qui était évidemment à la manœuvre.
« Ils auront des problèmes, si je deviens Président », martelait Trump durant cette campagne à l’attention du Post et de CNN, dont les reportages et les éditorialistes lui étaient hostiles. «Ils auront tant de problèmes», poursuivant que – devenu Président – il bloquerait l’imminent projet de fusion entre Time Warner, propriétaire de CNN, avec AT&T. Trump et ses partisans accusaient CNN de conspirer à des suppressions de votes, et d’appartenir à une «structure de pouvoir» qu’il s’efforcerait de démanteler car «mon administration n’autorisera pas cette opération de fusion». De fait, le Département de la Justice américain poursuit en novembre 2017 AT&T–Time Warner et bloque leur fusion. Quelques mois plus tard, par ailleurs, les pressions exercées par Trump sur les services postaux US aboutissent à une augmentation de leurs tarifs appliqués envers Amazon, pendant que le Président en exercice twittait que les frais de livraison de cette société augmenteraient, provoquant une plongée boursière du titre de l’ordre de 60 milliards de $.
Fast forward:
Début 2022, et alors que Trump semble s’installer comme seul candidat valide des Républicains à la Maison Blanche, CNN licencie Jeff Zucker, son rédacteur en chef, et le remplace par Chris Licht, présenté comme «plus neutre» envers le candidat Trump. Le nouvel arrivant fait en effet preuve de tant de mansuétude, et s’attelle à renvoyer plusieurs journalistes critiques de Trump. Tant et si bien qu’il finit par être remercié, suite à une révolte de sa rédaction.
De son côté, Mark Zuckerberg, patron de Meta, pourtant adversaire historique de Donald Trump, ne cache pas (lors d’une interview sur You Tube) son admiration publique pour Trump qui se relève suite à l’attentat raté contre sa personne. «Après avoir été visé au visage poing en l’air face au drapeau américain, sa réaction est un des gestes les plus courageux que j’ai pu voir dans ma vie» (one of the most badass things I’ve ever seen in my life), balbutie Zuckerberg.
Le Washington Post, pour sa part, était sur le point de soutenir publiquement la candidature de Kamala Harris, suite à une discussion entre les rédacteurs qui avaient même préparé le texte. Pourtant, par la voix de son directeur de la rédaction, Will Lewis, le Post vient tout juste de déclarer qu’il ne se prononcera finalement en faveur d’aucun candidat. Décision prise à l’évidence par Jeff Bezos qui cherche à ménager ses intérêts en cas de victoire de Trump, dont il était pourtant farouchement opposé ces dernières années.
Il y a quelques jours encore, Mariel Garza, éditorialiste très connue d’un autre organe de presse, le Los Angeles Times, démissionne de son poste en guise de protestation, car son directeur éditorial bloque le papier où elle s’apprêtait à soutenir Harris.
Après Elon Musk, après Peter Thiel, entrepreneur et investisseur, cofondateur de PayPal et de Palantir, connu pour son influence dans la Silicon Valley, les méga patrons américains tombent comme un jeu de dominos dans l’escarcelle de Trump. Sous nos yeux, les entrepreneurs les plus brillants de leur génération basculent, voire affichent leur soumission, ne laissant quasiment pas d’autre choix aux leaders de l’économie moins puissants et moins médiatiques qu’eux. Quant à ceux qui ne peuvent se résoudre à soutenir publiquement, par dégoût de lui, le candidat Trump, ils s’abstiennent et restent muets par peur de représailles si et quand il sera élu.
L’historien Timothy Snyder, dans son ouvrage On Tyranny, avait théorisé ce phénomène où les citoyens, anticipant et se conformant à un régime sans même y être contraints, facilitent et renforcent son pouvoir. En effet, c’est lorsque des individus ou des groupes adoptent volontairement -et de manière proactive- des comportements conformes aux attentes (ou aux attentes supposées) de ceux qui détiennent le pouvoir, avant même que des ordres ou que des instructions n’aient été donnés, que l’on identifie cette obéissance anticipatrice («anticipatory obedience»).
Il s’agit là d’un acte de soumission volontaire qui renforce les pouvoirs autoritaires, car population exerce sur elle-même un auto contrôle et une auto censure, qui réduit ainsi le besoin de coercition. Affligeant pour cette grande démocratie américaine, et aussi accessoirement pour le Washington Post. C’est ce grand quotidien qui avait dévoilé les scandales du Watergate, des Pentagon papers.
Lui dont le slogan depuis 165 ans est – ou était – «La démocratie meurt dans les ténèbres », “Democracy dies in darkness.”
https://michelsanti.fr/
Ils disent que nous vivons en "démocratie", mais c’est un mensonge. Dans une vraie démocratie, les politiciens ne pourraient rien faire qu’ils n’auraient pas promis. Qu’ils augmentent les impôts ? car une autorité (un juge par exemple) devrait leur dire "M. Le président ne peut pas le faire, il ne l’avait pas dans son programme" "mais il est nécessaire"... "car il convoque des élections, incluez l’élévation dans votre programme et si vous êtes déjà voté vous pouvez... ou cela ou convoquez un référendum expliquant pourquoi il est nécessaire et si les citoyens l’autorisent donc allez-y". Ce serait une vraie démocratie, et non pas maintenant.
Beaucoup de politiciens sont contre la monarchie parce que "personne ne vote pour le roi". La plupart des députés et des sénateurs ont des voix minoritaires et ils sont là, recevant au minimum 4000 € par mois pour ne rien faire d’autre que de dire "oui ou non" comme indiqué par le chef de leur parti. C’est embarrassant. Ils mettent leurs propres salaires, mobiles, ordinateurs, régimes, etc... et tout ce qu’ils font c’est voter ce que leur dit le patron.
Rien d’autre. Ils ne travaillent rien d’autre et n’ont pour la plupart aucune connaissance ou culture. En Espagne, nous avons un système qui permet à tous les partis indépendantistes, haineux de la nation, de diriger la politique. Ils ne se soucient pas du budget ou du bien général de la nation, ils font juste chanter le président en place pour qu’il accède à leurs demandes... et ils appellent ça la démocratie.
Personnellement, je supprimerais toute la classe politique, ni gauche ni droite. Je crois qu’il devrait y avoir un certain nombre de ministères essentiels : alimentation (ou pêche, élevage, agriculture), économie et entreprise, énergie... (et non les conneries d'"égalité" ou "agenda 2030") dirigées par les principaux experts du pays dans chaque matière. Sans idéaux politiques.
Comment ces personnes seraient-elles désignées ? Voilà la question, je ne pense pas qu’elles devraient être votées. Que sait la pêcheuse d’en face (je le dis avec tout mon respect) de l’économie ? Et les handicapés mentaux qui sont maintenant autorisés à voter ? (encore une fois avec tout mon amour et tout mon respect). En fait... quelle connaissance ai-je de choisir qui que ce soit. Non, je pense que le choix de ceux qui dirigent devrait être par d’autres moyens. Je ne sais pas lequel. Et la vérité c’est que je ne crois même pas en la vraie démocratie. Le mieux pour l’avenir du pays est peut-être de prendre des décisions qui ne plaisent pas aux citoyens d’aujourd’hui. Est-ce que quelqu’un voterait pour quelque chose qui lui fait du mal maintenant juste parce que c’est bon pour les gens dans 100 ans. Eh bien, je ne crois pas en la démocratie.
Je pense que les experts devraient prendre des décisions sans tenir compte des goûts des gens et pour les consultations sur un sujet spécifique, par exemple l’économie, un référendum devrait être autorisé aux personnes possédant des qualifications en la matière.
Je crois que la "vraie démocratie" ne devrait exister que pour des questions non économiques, par exemple l’euthanasie, le mariage homo, etc... des choses qui ne sont pas vraiment importantes pour l’avenir du pays économiquement parlant.
Dicapriode18 décembre 2023
Le nœud du problème est qu’en Espagne et en Occident règne une oligocratie, un gouvernement des marchands (financiers) les plus riches qui dirigent la prétendue démocratie, et cette dernière est un simple paripé vide de contenu dépendant de la caste économique extractive. Il consiste en l’atlantisme (hégémonie des États-Unis, individualisme social et libre marché et capitalisme économique); toute la politique et les paradigmes de la société sont dominés par les marchands fortunés et par leur idéologie de classe.
En bref, il n’y a pas de démocratie, et c’est pire que n’importe quel système de gouvernement étranger, car littéralement sans croissance économique et sans hégémonie mondiale, il ne leur reste qu’à créer des camps de concentration là où ils dominent (Agenda 2030, projet pilote du gouvernement Milei en Argentine).
Il est vrai qu’en Espagne, comme dans beaucoup d’autres pays, il n’y a pas de démocratie. Ce que vous dites être "le chef" du parti auquel vous devez des comptes, car lui et non les électeurs vous y a mis, et c’est pourquoi vous devez voter au Congrès des députés ce que celui-ci dicte qu’il n’y a pas de séparation des pouvoirs. Le pouvoir législatif doit servir de contrepoids au pouvoir exécutif (le gouvernement). C’est impossible s’il y a un chef dans un parti et qu’il choisit de son propre chef, selon ses intérêts, les autres représentants du Congrès. Comme je l’ai mentionné plus haut, vous devez rendre hommage à cette personne, étant donné que votre "patron" devrait être vos électeurs et, si le chef de votre parti est d’accord pour promulguer une certaine loi, vous pouvez être en désaccord et voter contre, sans la pathétique "règle" de la discipline du parti.
D’un autre côté, je suis d’accord avec vous sur le fait que tout le monde ne devrait pas voter. Je pense qu’une épistologie serait plus positive. Disons que j’ai été diagnostiqué avec une tumeur cancéreuse et que j’ai besoin d’un traitement. J’aimerais qu’un groupe de médecins évaluent mon cas et arrivent à une conclusion finale en me traitant de la manière qu’ils jugent la plus opportune. Je ne penserais pas à aller consulter toute ma ville. Je veux dire par là, comment quelqu’un qui n’a aucune idée en économie peut-il discerner ce qui est le mieux pour le pays, ou être plus égoïste, lui-même? Ensuite, on devrait discuter de différentes manières de réaliser l’épistologie, par exemple en procédant à des tests de connaissances.
Pour conclure, ce comité d’experts auquel vous faites référence, jabaal, s’appelle technocratie. Le problème est à nouveau le même, la dégradation du système politique. Le pouvoir, détenu par quelques-uns, finira toujours par favoriser des intérêts personnels. Des instruments sont nécessaires pour favoriser le contrôle mutuel entre pouvoirs.
Blackhorn19 décembre 2023, 13:47
La vérité est que l’idée même de la démocratie a été perçue par beaucoup de gens comme quelque chose qui ne fait que susciter la suspicion à son égard, parce qu’en essayant d’être si pure et cristalline, en même temps, elle montre toutes ses imperfections et ses fraudes. Le sujet que vous traitez me rappelle cette citation de W. Churchill (personnage qui m’inspire de l’antipathie) qui disait que "le meilleur argument contre la démocratie est une conversation de cinq minutes avec l’électeur moyen".
Puis il y a aussi ce Benjamin Franklin : "Une démocratie, c’est deux loups et un mouton qui votent ce qu’ils vont manger".
Je suis le premier à reconnaître que nous sommes gouvernés par des ânes et que les cercles du pouvoir sont souvent constitués de réseaux clientélistes où le trafic d’influence et l’instrumentalisation corrompue du complexe institutionnel à tous les niveaux prévalent. Il est vrai que le système souffre d’un énorme déficit de représentativité et de performance, tant sur le plan éthique que fonctionnel, d’accord. Cependant, il faudrait réfléchir très attentivement à la direction que devrait prendre une véritable alternative.
(commentaires sur le site de Quark, espagnol)
Le Point : Vous commencez votre livre par un avertissement : « Tout laisse à penser qu'à un horizon assez court nous sommes exposés au risque d'un retour d'une forme autoritaire, voire dictatoriale, de l'exercice du pouvoir. » Pourquoi ?
Jean Peyrelevade : Malheureusement, quand on regarde l'histoire des réformes en France, on se rend compte que la plupart d'entre elles ont été réalisées en dehors du cadre démocratique. C'est-à-dire sous la Révolution, Napoléon Ier, Napoléon III, ou à la Libération, avec le programme du Conseil national de la résistance. À deux exceptions près : les gouvernements de Léon Blum et de Pierre Mauroy. Ces derniers ont d'ailleurs un point commun : Blum a explicitement renoncé à son idéologie anticapitaliste ; Mauroy était un vrai social-démocrate, même s'il ne l'affichait pas. Certes, à droite, le président Valéry Giscard d'Estaing a essayé de régler un certain nombre de sujets, notamment sociétaux, mais il a fini par se faire trahir par ses alliés. On voit donc que le bilan est mince. Cette impuissance historique de la démocratie française à fabriquer de la réforme m'inquiète. Et elle me conduit à penser que nous sommes à nouveau dans l'une de ces périodes, nombreuses dans notre histoire, qui précèdent l'arrivée au pouvoir d'un personnage providentiel, ce qui est rarement compatible avec le cadre démocratique.
La confiance dans la démocratie est au plus bas, tandis que les autocraties gagnent de plus en plus les cœurs....La façon dont ces gouvernements ont géré la pandémie, entre autres choses, a entamé cette confiance. Entretemps, les habitants des autocraties ont acquis une plus grande confiance dans leurs institutions
Jusqu'à quelle élévation de la température terrestre la démocratie peut-elle résister? Il m'arrive d'imaginer le monde, dans deux cents ans, entièrement livré à quelques dictatures, qu'elles soient militaires, totalitaires ou mafieuses.
Tout régime politique est fragile. C'est vrai des dictatures. Le "Reich de mille ans", qu'Adolf Hitler promettait aux Allemands, n'a duré qu'une douzaine d'années. L'Union des républiques socialistes soviétiques qu'on avait cru indestructible, implosa en moins d'un siècle (1922-1991). Mais les démocraties ne sont pas non plus éternelles.
Parmi celles qui existent encore de nos jours, la plus ancienne, qui est l'américaine, n'a qu'un peu plus de deux siècles (elle fut créée en 1776). Et l'on est bien revenu, aujourd'hui, des niaiseries optimistes de Francis Fukuyama, lequel voyait dans l'effondrement du bloc soviétique la fin de l'histoire qu'annonçait Georg Wilhelm Friedrich Hegel: le règne universel de la raison et de la liberté!
Le fantôme des dictatures
L'histoire récente lui a donné tort. Des régimes autoritaires (la Chine de Xi Jinping), des "démocratures" (la Russie de Vladimir Poutine) ou des démocraties "illibérales" (la Turquie, la Hongrie, la Pologne…) tiennent aujourd'hui la dragée haute aux démocraties libérales, lesquelles sont elles-mêmes fragilisées de l'intérieur par l'exacerbation des tensions (sociales, religieuses, ethniques) et la montée du populisme, qu'il soit de droite (Donald Trump aux Etats-Unis, Boris Johnson au Royaume-Uni, Marine Le Pen et Eric Zemmour chez nous) ou plus rarement de gauche (Beppe Grillo ou Jean-Luc Mélenchon).
Ajoutons à cela des explosions de violence (l'attaque du Capitole, les "gilets jaunes", les violences urbaines), la participation électorale qui décline et le rôle délétère des réseaux sociaux: le tableau est inquiétant! Imaginez que les "gilets jaunes" aient trouvé leur Beppe Grillo, ou qu'un leader charismatique sache fédérer les électorats de Marine Le Pen, Eric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon, ou encore que l'armée, excédée de trop de désordres et d'impuissance, sorte de sa réserve: qui peut jurer que notre démocratie survivrait?
Ce n'est pas demain la veille? Qui le sait? Rien ne garantit que la France, dans vingt ans, sera encore une démocratie. Ni que la planète, à la même époque, ne sera pas dans une situation bien plus contraignante qu'aujourd'hui. Jusqu'à quelle élévation de la température terrestre la démocratie peut-elle résister? Voulez-vous connaître un de mes fantasmes, en forme de cauchemar ou d'anti-utopie? Il m'arrive d'imaginer le monde, dans deux cents ans, entièrement livré à quelques dictatures, qu'elles soient militaires, totalitaires ou mafieuses.
Plus aucune démocratie nulle part, plus d'élections, plus de manifestations, plus de grèves, plus de liberté d'expression: le règne partout de la peur et du bourrage de crâne. Songeons alors aux quelques démocrates qui subsisteraient clandestinement, ici ou là, qui se réuniraient peut-être parfois en secret…
Lorsqu'ils penseraient au début du XXIe siècle, par exemple en France, ils y verraient une époque merveilleuse, où la presse était libre, où les polémiques pullulaient, où l'on pouvait voter contre le pouvoir en place, le renverser tous les cinq ans, manifester, faire grève, se moquer du chef de l'Etat, dénoncer, même, sa prétendue dictature…
Cette époque qui leur paraîtrait rétrospectivement si enviable, l'une des plus libres que l'humanité ait jamais connues, c'est la nôtre. Ne la dédaignons pas! Que notre démocratie soit fort imparfaite, nul ne l'ignore. Mais prenez le temps d'imaginer sa disparition: vous verrez à quel point il est urgent de la défendre !
Hayek avait raison : on trouve les pires au sommet
https://www.contrepoints.org/2020/12/28/260866-hayek-avait-raison-on-trouve-pires-sommet
Hayek avait raison : on trouve les pires au sommet — Pourquoi les personnes les moins compétentes et les plus nocives parviennent au sommet de l’État ? Il se pourrait que la leçon de Hayek sur le sujet soit toujours d’actualité...
Le Brexit aurait pu être un simple divorce entre le Royaume-Uni et l’Europe, mais l’escalade entre le Parlement britannique et l’Union Européenne est en passe de transformer cette séparation en un événement qui aura une portée fondamentale bien plus profonde. Car le Brexit n’aura pas seulement une portée géopolitique majeure dans l’Histoire moderne. En effet, après le «Non» français en 2005 à la Constitution Européenne néanmoins avalisée en douce et quasi subrepticement par Nicolas Sarkozy, après les élections législatives grecques de 2015 ayant reconduit au pouvoir Aléxis Tsípras qui a immédiatement adopté des mesures diamétralement opposées à ses engagements formulés lors de sa campagne électorale, le pourrissement du Brexit (que l’on soit pour ou contre) démontre que notre système démocratique occidental est désormais grippé...
Jean-Claude Kaufmann était invité dans les locaux de 20 Minutes pour débattre avec les journalistes de la rédaction de la "démocratie et de son potentiel déclin dans nos sociétés occidentales"....A cette occasion, le sociologue nous a accordé une interview et a abordé la crise politique et sociale que nous traversons. Jean-Claude Kaufmann met en garde contre les dérives de « l’hyperdémocratie » qui peuvent conduire à l’instauration de « régimes autoritaires »....
Démocraties enlisées - Actualités Asset Management
https://www.agefi.fr/asset-management/actualites/hebdo/20190124/democraties-enlisees-266005
...un risque menace les grandes démocraties du monde : la paralysie de leurs institutions. Les trois « démocraties-mères », celles dont toutes les autres démocraties nées après elles se sont peu ou prou inspirées, connaissent, en même temps, le même phénomène......
Climat 2019. La démocratie à l'épreuve de l'environnement - Stéphane Foucart - 04/01/2019 | Facebook
Pour respecter l’accord de Paris, les gouvernements doivent mettre en place des mesures radicales et impopulaires. Ou accepter de subir les effets du réchauffement climatique qui, par ailleurs, pousse au pouvoir les mouvements politiques les moins démocratiques....
"Comme feu Michel Rocard le rappelait à qui voulait l’entendre, c’est aussi la démocratie qui a amené Hitler et Mussolini au pouvoir… Se rappeler ce fait historique relativise largement la fiabilité et la haute vertu des systèmes de vote populaire. En particulier dans les périodes de contraction économique, ce qui est exactement ce que nous allons à nouveau connaître, cette fois de manière structurelle, à partir de la décennie 2020… "
HollyDays , commentaire sur le blog de Mathieu Auzanneau, lien ci dessous.
/https%3A%2F%2Fphotostock.fr.express.be%2FL2%2F00%2F04%2F56%2F47.png)
Les gens qui nous gouvernent ne comprennent rien à la technologie
https://fr.express.live/2018/12/12/les-gens-qui-nous-gouvernent-ne-comprennent-rien-la-technologie
...72 % des représentants du peuple n'y connaissent rien, 13 % obtiennent le titre d'amateur, 10 % sont des "connaisseurs" et ... 5 % pourraient se qualifier d'"experts" selon l'Institut Montaigne...nous sommes gouvernés par un groupe de personnes qui ne saisissent pas la différence entre un iPhone et un smartphone Android... Une nouvelle preuve que la démocratie représentative telle qu’elle existe aujourd’hui est dépassée...
.."Nous atteignons progressivement la phase ultime de la démocratie : la séparation physique des dieux et des inutiles, telle que décrite par le philosophe israélien Yuval Harari dans son livre Homo Deu..
« Pour convaincre le peuple, c'est facile. Tout ce que vous avez à faire est de dire qu'il est attaqué par l’étranger et de dénoncer les pacifistes, qui avec leur manque de patriotisme, exposent le pays aux dangers externes. Cela fonctionne de la même manière dans n'importe quel pays. » Hermann Göring, comment mobiliser le public pour une guerre.
/https%3A%2F%2Fphotostock.fr.express.be%2FL2%2F00%2F04%2F22%2F07.png)
Beppe Grillo : "La démocratie sera remplacée, elle est dépassée"
"Nous devons réaliser que la démocratie est dépassée. Qu'est ce que la démocratie ? Moins de 50% des personnes se rendent aux urnes. Quand vous avez 30% sur 50%, vous n'avez que 15%. Ce sont d...
https://fr.express.live/2018/07/25/beppe-grillo-la-democratie-sera-remplacee-elle-est-depassee
Corentin de Salle introduit la pensée politique d’Alexis de Tocqueville, cet aristocrate à la fois admiratif et critique de la démocratie. Tocqueville découvre ce régime politique en Amérique et anticipe son avènement en Europe. Si la démocratie présente de nombreux avantages, il ne faut pas être naïf en occultant ses inconvénients...
..C’est une information surréaliste en provenance des Pays-Bas qui nous arrive. Comme vous le savez, le problème en demandant aux peuples leur avis, c’est qu’ils pourraient avoir l’outrecuidance de ne pas être d’accord avec la façon dont certaines élites au pouvoir ont décidé de les ruiner et de les mener vers la misère. Lorsque l’on a demandé aux Français de voter pour ou contre la constitution européenne, ces vilains citoyens ont décidé que finalement, ils préféraient somme toute conserver leur constitution à eux...
/https%3A%2F%2Fwww.contrepoints.org%2Fwp-content%2Fuploads%2F2014%2F11%2Fd%C3%A9mocratie-p%C3%A9ricl%C3%A8s-credits-tim-brauhn-licence-creative-commons.jpg)
Le mythe de la démocratie, de Lucian Boïa
https://www.contrepoints.org/2017/09/26/299552-mythe-de-democratie-de-lucian-boia
La démocratie effective existe-t-elle ? Ne consiste-t-elle pas plutôt en un projet utopique, aux réalités multiformes et incomplètes ? N’a-t-on pas tendance à confondre symboles et réalités ? Petite visite guidée d’un concept aux contours flous...
/https%3A%2F%2Fmedia.businessam.be%2FGettyImages-2229758282-1.jpg)
/https%3A%2F%2Fwww.franceinfo.fr%2Fpictures%2FgpYhhwnG3KPXIkKEIowROWF7Zv4%2F0x256%3A4747x2924%2F1500x843%2F2025%2F07%2F25%2F080-hl-hcampos-2828349-68838935eda2f933597277.jpg)
/https%3A%2F%2Fmedia.businessam.be%2FISOPIX_26448687-007-1642503661.jpg)
/https%3A%2F%2Fimg.20mn.fr%2FA2nGaYpsTZCIq26_BaLvXw%2F648x360_-51x33_jean-claude-kaufmann-locaux-20-minutes.jpg)
/https%3A%2F%2Fwww.contrepoints.org%2Fwp-content%2Fuploads%2F2018%2F07%2FCDS-1.jpg)