agriculture et maraichage..
Si, en matière de production agricole, la France est la première de la classe de l’Union européenne avec 17 %, son modèle économique n’est pas aussi performant que le laisse penser cette bonne note. Car, derrière la modernisation sur tous les fronts, l’agriculture stagne en matière de rentabilité...
Depuis les années 1960, l’agriculture française s’est profondément transformée. Les exploitations se sont agrandies, la mécanisation s’est accélérée, les rendements ont fortement augmenté et la production s’est insérée dans des marchés de plus en plus mondialisés. Peu de secteurs ont connu une mutation aussi rapide.
Cette modernisation a produit des gains de productivité spectaculaires. Entre 1959 et 2025, la productivité agricole a progressé en moyenne de près de 2 % par an.
À ce rythme, l’agriculture française produit aujourd’hui presque quatre fois plus par unité de ressources mobilisées – travail, machines ou équipements, énergie, engrais ou pesticides – qu’à la fin des années 1950.
Mais ces gains de productivité se sont-ils traduits par une amélioration durable de la rentabilité ou de la profitabilité (rapport entre l’ensemble des recettes et l’ensemble des coûts) ?
Pour répondre à cette question, nous avons analysé les comptes nationaux de l’agriculture publiés par l’Insee sur près de sept décennies. Cette approche de long terme permet de dépasser les fluctuations annuelles et de mieux comprendre les mécanismes économiques qui structurent le secteur.
Produire plus ne signifie pas forcément gagner plus
Dans le débat public, la situation économique des agriculteurs est souvent évaluée à partir du revenu annuel. Cet indicateur conjoncturel est utile, mais il ne suffit pas à mesurer la rentabilité structurelle de l’activité. Une exploitation peut dégager un revenu certaines années tout en voyant sa performance économique se fragiliser à long terme.
Pour mesurer cette performance, il faut calculer la profitabilité en comparant les recettes à la totalité des coûts : travail (y compris non salarié), matériel, bâtiments, foncier loué et en propriété, assurances, intérêts d’emprunt ou encore engrais, alimentation animale, énergie, eau, etc.
Autrement dit, la question est simple : 100 euros dépensés pour produire permettent-ils de générer durablement plus de 100 euros de valeur ?
Deux grands mécanismes expliquent l’évolution de cette profitabilité :
-
le premier est la productivité. Lorsqu’un agriculteur produit davantage avec les mêmes ressources, son efficacité technique progresse, ce qui contribue à l’amélioration de la profitabilité ;
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le second est l’évolution des prix. Même avec une bonne productivité, la rentabilité peut se dégrader si les prix de vente augmentent moins vite que ceux des charges.
C’est précisément ce qui s’est produit sur la longue période.
Gains de productivité considérables
Sur près de soixante-dix ans, les performances techniques de l’agriculture française ont été remarquables. Les progrès génétiques, la mécanisation, l’amélioration des intrants, la modernisation des bâtiments ou encore le développement de l’irrigation ont permis de produire beaucoup plus avec moins de travail.
À lire aussi : Productivité agricole : deux siècles de lois qui ont tout changé
Entre 1959 et 2025, la productivité globale des facteurs a ainsi augmenté de 1,98 % par an en moyenne. Avec une telle progression, la situation économique des exploitations françaises aurait dû s’améliorer fortement.
Pourtant, ce n’est pas ce que montrent les données.
Davantage de charges
Notre principal résultat : les gains de productivité ont entièrement été absorbés par une évolution défavorable des termes de l’échange, définis comme le rapport entre les prix de vente et les prix des charges. Cette dégradation relative des prix explique pourquoi les gains de productivité ne se sont pas traduits par une amélioration durable de la rentabilité de l’agriculture française.
Entre 1959 et 2025, la profitabilité moyenne s’établit à 104 %. En moyenne, 100 euros engagés ont généré 104 euros de valeur. Cette moyenne masque une forte amplitude : un pic à 125 % en 1972, un point bas à 92 % en 2009. Surtout, la tendance de long terme est légèrement négative : – 0,22 % par an (Cf. Graphique 1).
Comment expliquer cette érosion de la rentabilité malgré une performance productive remarquable ?
La réponse tient dans la dynamique des prix. Sur la longue période, les termes de l’échange se sont dégradés en moyenne de 2,20 % par an. Les prix de vente ont progressé moins vite que les coûts. Les gains de productivité de 1,98 % par an ont été totalement absorbés par l’évolution défavorable des prix relatifs – ou termes de l’échange (Cf. Graphique 2).
Mondialisation et grande distribution
Cette évolution s’inscrit dans un contexte de mondialisation et d’intensification de la concurrence européenne. Les producteurs ont dû accroître leur productivité pour rester compétitif face à des pays aux coûts de production plus faibles ou soumis à des contraintes sanitaires et environnementales moins strictes.
Dans le même temps, la concentration de la grande distribution et des industries agroalimentaires a renforcé le pouvoir de négociation de l’aval des filières. Ce dernier a accentué la pression sur les prix payés aux producteurs afin de proposer des prix bas aux consommateurs. Ainsi, les gains de productivité de l’agriculture de 1,98 % par an ont été en grande partie, voire totalement, absorbés par la dégradation des prix relatifs ou des termes de l’échange (Cf. Graphique 2).
Les subventions atténuent quelque peu cette érosion. Hors aides, la profitabilité marchande recule de 0,37 % par an. Les soutiens publics contribuent ainsi pour environ + 0,15 point par an à la trajectoire globale.
Trois grandes périodes depuis les années 1960
L’évolution de la rentabilité de l’agriculture française n’a pas été uniforme.
Entre 1959 et le début des années 1970
La modernisation agricole est extrêmement rapide. Les gains de productivité sont très élevés et compensent entièrement la détérioration des prix. La profitabilité se maintient à un niveau relativement favorable.
À partir des années 1970 et jusqu’à la fin des années 2000
Les gains de productivité restent importants, mais ne suffisent plus à compenser la pression sur les prix agricoles. La profitabilité s’érode progressivement dans un contexte de concurrence accrue et de baisse des prix agricoles réels.
Depuis 2009, la situation évolue de nouveau
Les prix agricoles se redressent davantage, mais dans un environnement très volatil. Dans le même temps, les gains de productivité ralentissent fortement. La profitabilité s’améliore légèrement, sans retrouver pour autant une trajectoire durablement favorable.
Les gains de productivité ne garantissent pas la performance économique
L’enseignement principal de ces soixante-sept années de données est clair : l’agriculture française est devenue beaucoup plus productive, mais cet avantage a été largement neutralisé par l’évolution défavorable des prix relatifs. Concrètement, les prix des produits ont évolué moins vite que ceux des charges.
Au-delà des moyennes nationales, les situations sont évidemment hétérogènes. Les grandes cultures, l’élevage laitier, la viticulture ou les productions spécialisées connaissent des trajectoires distinctes. Certaines orientations ont bénéficié d’améliorations ponctuelles de leurs termes de l’échange ; d’autres ont subi des pressions plus marquées.
La tendance d’ensemble reste instructive.
Cette conclusion éclaire différemment les tensions actuelles du monde agricole. Les difficultés rencontrées aujourd’hui ne relèvent pas seulement des crises récentes ou des aléas climatiques. Elles s’inscrivent dans une dynamique économique de long terme.
La question centrale devient la suivante : comment maintenir une agriculture capable de rester durablement profitable dans un contexte de forte concurrence internationale, de transition écologique et de volatilité croissante des marchés ?
La réponse dépendra autant des innovations techniques que des mécanismes de formation des prix, des politiques publiques et du partage de la valeur au sein des filières alimentaires.
https://theconversation.com/plus-productive-mais-pas-plus-rentable-le-paradoxe-de-lagriculture-francaise-depuis-1960-277021?utm_source=firefox-newtab-fr-fr
la majorité des agriculteurs américains déclarent ne pas avoir les moyens d'acheter des engrais...
L'enquête publiée mardi par l'American Farm Bureau Federation (AFBF) révèle que 70 % des personnes interrogées estiment que les engrais sont trop chers et les empêchent d'acheter ceux dont elles ont besoin.
D'après Market Intel, les prix des engrais azotés ont augmenté de plus de 30 % depuis le début du conflit, le 28 février. Le coût combiné des carburants et des engrais a également progressé de 20 à 40 %, le prix de l'urée ayant bondi de 47 % depuis fin février.
https://thehill.com/homenews/5832061-fertilizer-costs-impact-farmworkers/
Voici un lien vers le rapport de l'American Farm Bureau. Il indique que les cultures du Sud sont les plus exposées.
https://www.fb.org/market-intel/farm-bureau-survey-reveals-real-impact-of-fertilizer-availability-and-price
Cultures à haut risque – celles pour lesquelles un pourcentage élevé d’agriculteurs déclarent avoir des difficultés à se procurer suffisamment d’engrais :
Riz 88%
Coton 86%
Arachides 84%
Sorgho 80%
Avoine 73%
Ce sont les petits agriculteurs qui ont été les plus touchés.
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Une convergence toxique des luttes
https://blogs.mediapart.fr/yves-guillerault/blog/140126/une-convergence-toxique-des-luttes
Une convergence toxique des luttes.....: FNSEA, Coordination rurale et Confédération paysanne, même combat ? Au nom d’une convergence des luttes qui ne dit pas son nom, ce sera le triomphe de l’agriculture industrielle et l’avènement d’un nouveau cogestionnaire du monde agricole lorsque le RN arrivera au pouvoir, avec l’appui sans fard d’une Coordination qui fera « la peau », comme promis, aux écologistes et aux paysans de la Conf’.
Le sociologue Jean Viard appelle à une 4ᵉ révolution agricole, après celles de 1789, de la République et De Gaulle. Un des piliers de de ce nouveau pacte : l’élevage herbager, indispensable aux paysages, au climat et à la cohésion des territoires.
Agriculture Circulaire — Vous dites que la France doit engager une « quatrième révolution agricole ». À quoi ressemblerait-elle ?
Jean Viard — Dans l’histoire française, les grandes mutations de l’agriculture ont toujours été des pactes entre la société et le monde paysan : 1789 et la réforme foncière ; la fin du XIXᵉ avec l’exploitation familiale républicaine ; puis les années 1960 avec Pisani et De Gaulle qui ont garanti l’indépendance alimentaire par la mécanisation et la chimie. Aujourd’hui, il faut un pacte d’un autre type : écologique et sociétal. Il doit articuler alimentation de qualité, énergie renouvelable portée par les fermes et santé publique (voisinage, eau, air, pesticides). Et il doit se construire par régions, parce que la Normandie n’est pas la Provence.
AC — Pourquoi cette urgence maintenant ?
J. V. — Parce que le climat est une réalité quotidienne pour les agriculteurs : changement de variétés, gestion de l’eau, d’ombre et de lumière… Ce ne sont pas des slogans. Et parce que notre société se recompose : le périurbain est devenu majoritaire (63 % de Français en maison avec jardin, beaucoup ont un potager, un animal). Ce monde-là est entre ville et campagne, mais on ne le représente pas. Il se sent méprisé par les élites urbaines… et pas reconnu par la paysannerie. Si on ne fabrique pas un récit commun, on nourrit les colères.
Or le récit de la France est intimement lié à celui de la paysannerie, longtemps majoritaire. Ne pas réinventer notre récit national en tenant compte de ces trois réalités a toute les chances de nous monter les uns contre les autres au lieu de tisser des ponts entre ces trois mondes.
AC — On entend souvent : « les Français aiment les agriculteurs mais plus trop l’agriculture ». Vous partagez ce constat ?
J. V. — Oui. Les enfants de paysans, partis étudier, ne veulent souvent pas reprendre : ils ont vu la dureté du métier et l’hostilité du débat public. Notre société « clean » valorise peu les métiers où le corps travaille. D’où une paysannerie qui se sent mise en accusation.
AC — L’élevage est fréquemment montré du doigt. A-t-il encore sa place dans cette quatrième révolution agricole ?
J. V. — Une place centrale si on parle d’élevage herbager. Les éleveurs tiennent la moitié des surfaces agricoles ; cela représente environ un quart du territoire national. Sans pâturage, c’est la broussaille, les incendies, les ruisseaux qui se perdent. La prairie stocke du carbone, régule l’eau, nourrit la biodiversité et entretient des paysages habités. Le problème, c’est que l’honneur du métier reste : « nourrir ». Dire à un éleveur « tu produis aussi du paysage ou de l’énergie » heurte son identité professionnelle — il y a donc un travail profond de sens à mener.
AC —La consommation de viande est questionnée en Francequatrième. N’est-ce pas contradictoire avec un projet pour l’élevage ?
J. V. — La baisse est tendancielle et il faut l’intégrer. Mais justement : ça oblige à distinguer. On ne parle pas de la même chose entre élevage intensif dépendant d’imports et élevage herbager ancré dans les prairies. La demande va vers moins de viande mais mieux : origine, mode d’élevage, prairies permanentes. Il faut accompagner cette montée en qualité, reconnaître les services écosystémiques et rémunérer ce qui n’est pas pris en compte par le prix de la carcasse.
AC — Vous plaidez pour une carte agricole régionalisée. Pourquoi ?
J. V. — Parce que les réalités divergent : en Normandie, la baisse de la production de viande libère de l’espace ; en Provence, où il y a peu d’élevage, l’enjeu c’est l’incendie et la gestion de la forêt. Le Bassin parisien produit des matières premières à grande échelle ; la ceinture des villes peut nourrir en circuits courts. Gouverner ça par une moyenne nationale est absurde. Il faut des pactes régionaux.
AC — Circuits courts : un supplément d’âme ou une vraie solution ?
J. V. — Une vraie solution là où vivent les gens. Les écoles d’agriculture se remplissent de jeunes femmes sans foncier qui peuvent vivre d’un maraîchage à deux hectares près d’une ville. On peut jumeler cantines et fermes, associer restaurants d’entreprise et producteurs locaux, contractualiser sur cinq à dix ans. Les agriculteurs n’aiment pas s’enfermer dans un prix — ils espèrent toujours que l’année suivante sera meilleure — mais ces contrats stabilisent revenus, investissements et transmission.
AC — Vous insistez sur la cohabitation avec les riverains. C’est devenu si structurant ?
J. V. — Oui : les urbains vivent désormais au milieu des terres. Chaque traitement, chaque odeur devient un sujet. Hier, les agriculteurs étaient « entre eux » ; ce n’est plus le cas. La quatrième révolution devra intégrer une médiation locale : horaires, distances de pulvérisation, haies, information en temps réel. C’est de la santé publique… et de la paix sociale.
AC — Beaucoup d’agriculteurs disent : « On veut bien changer si c’est à prix égal ». Comment faire ?
J. V. — Payer ce qui n’est pas payé : la prairie comme service écosystémique, la haie qui filtre l’eau, l’ombre qui protège. Assurances climatiques adaptées, soutien au remplacement et aux astreintes, investissements pour l’énergie (panneaux sur toitures, méthanisation raisonnée). Et surtout, des contrats d’achat pluriannuels avec restauration collective et grandes entreprises. Ce sont des outils simples, lisibles.
AC — Qui doit porter cette révolution : Bruxelles, Paris, ou les régions ?
J. V. — Les trois, mais avec un lead régional. L’Europe fixe le cadre, l’État finance et arbitre, la région organise par bassin de vie. Arrêtons la moyenne nationale qui écrase tout.
AC — Votre message à un(e) jeune qui hésite à reprendre un troupeau herbager ?
J. V. — Trois vérités :
1) Vous serez indispensable à votre territoire
2) La société demande moins mais mieux, et l’herbe répond à ce « mieux »
3) On ne réussit pas seul : cherchez le collectif.
Trois illusions :
1) Refaire la ferme familiale « comme avant »
2) Croire qu’on vous laissera travailler sans voisinage
3) Penser que l’identité du métier n’évoluera pas vers paysan-éleveur-paysagiste-energeticien.
AC — En une phrase, la quatrième révolution agricole ?
J. V. — Un pacte régional entre villes et campagnes qui rémunère la prairie et le travail collectif, pour une agriculture qui nourrit, protège et habite le pays
Propos recueillis par Agriculture Circulaire
Pour la première fois depuis 1978, la France s’apprête à voir sa balance commerciale agricole basculer dans le rouge. Un séisme pour notre commerce extérieur, dont l’agriculture est l’un des derniers bastions.
Alors que les agriculteurs descendent une nouvelle fois dans la rue, ce vendredi 26 septembre, pour dénoncer – pêle-mêle – l'accord du Mercosur et ses « importations aberrantes », des normes excessives et le « violent agribashing » ayant pollué les débats autour de la loi Duplomb, les services statistiques de l'État publient discrètement des chiffres désespérants : la France s'apprête, pour la première fois depuis près de cinquante ans, à voir sa balance commerciale agricole basculer dans le rouge. Une déflagration pour un secteur pilier du commerce extérieur. Selon les données d'Agreste et des douanes, l'excédent cumulé des sept premiers mois de 2025 se limite à 47 millions d'euros, vins et spiritueux compris. Un effondrement sans précédent alors qu'à la même période entre 2022 et 2024 l'excédent atteignait en moyenne 4,6 milliards d'euros.
Depuis 1978, la France s'était pourtant habituée à voir l'agriculture porter son commerce extérieur – au même titre que ses derniers bastions : aéronautique, parfums, pharmacie, les seuls à se maintenir au premier plan sur les marchés mondiaux.
Depuis 2004, la balance commerciale française est structurellement déficitaire, et le gouffre se creuse à mesure que ses fleurons s'effondrent. Le secteur de l'électronique (- 17 milliards en 2024), autrefois porté par des champions comme Thomson ou Alcatel, a basculé le premier. Le textile a suivi, puis l'automobile (- 19,5 milliards en 2024), la sidérurgie… La balance commerciale agricole, elle, est restée largement excédentaire entre 2000 et 2010, oscillant entre 6 et 10 milliards d'euros par an, et culminant en 2011 à 11,9 milliards d'euros. Mais, depuis une dizaine d'années, la machine s'essouffle : perte de marchés à l'international, concurrence exacerbée, erreurs diplomatiques, réformes européennes, alourdissement des normes… La dégradation, brutale, alimente l'angoisse des agriculteurs, qui redoutent qu'elle devienne irréversible.
Thierry Pouch, chef économiste de Chambres d'agriculture, s'alarme d'un basculement potentiellement durable – et historique.
Le Point : Pour la première fois depuis près d'un demi-siècle, la France risque de voir sa balance commerciale agricole basculer dans le rouge. À quel point la situation est-elle grave ?
Thierry Pouch : Nous observons une dégradation depuis plusieurs années, mais elle s'accélère. Entre juillet 2024 et juillet 2025, en année glissante, notre excédent commercial agricole n'atteint plus que 1,2 milliard d'euros, en chute de 82 % sur un an ! Sur les sept premiers mois de 2025, nous sommes à peine bénéficiaires. Si aucun redressement n'intervient d'ici à la fin de l'année, nous vivrons en effet un moment inédit : depuis 1978, la France n'a jamais connu de déficit agricole.
Pourquoi un tel basculement est-il historique ?
En 1976, la grande sécheresse avait fragilisé nos exportations, mais, dès 1977, le commerce extérieur agricole s'était redressé. Depuis, la France s'était installée durablement dans l'excédent. Jamais on n'avait vu un solde tomber aussi bas : l'an dernier déjà, avec 4,9 milliards d'euros, nous étions à un niveau historiquement faible.
Ce déclin est perceptible depuis une dizaine d'années : la France est passée du 2ᵉ au 5ᵉ rang mondial des exportateurs agricoles, et même au 6e rang en 2023. Nous perdons des parts de marché. Le déficit se creuse avec l'Union européenne, mais aussi avec des pays tiers qui constituaient jusqu'ici notre planche de salut (l'Asie, l'Afrique du Nord). Or ces débouchés commencent à se fragiliser : la croissance mondiale ralentit, la Chine elle-même réduit ses achats.
À cela s'ajoutent plusieurs chocs : la croissance mondiale patine, les droits de douane américains sur les spiritueux commencent à faire sentir leurs effets. La hausse de 15 % de l'euro face au dollar depuis janvier a aussi un impact très lourd, de même que les tensions diplomatiques. L'Algérie, par exemple, n'achète quasiment plus une tonne de blé français. Elle se fournit maintenant en Russie, qui a joué de nos tensions diplomatiques et a ciblé le marché algérien.
Nous nous sommes fait éjecter de ce marché, de la même façon que les Russes avaient remplacé les Américains en Égypte il y a quelques années. Nous vivons une grande crise agricole dont les causes se cumulent : réforme de la PAC, Pacte vert, réglementations excessives, contexte mondial, erreurs diplomatiques commises (notamment avec l'Algérie)… Quelque chose est en train de se fissurer. Les accords de libre-échange, comme le Mercosur, vont accentuer cette dynamique de vulnérabilité.Quelles filières souffrent le plus ?
Les céréales en premier lieu. Après une année faste en 2022-2023, la chute de la production et la fermeture de marchés entiers ont effacé les excédents. La hausse du prix des engrais, due aux taxes européennes sur les importations russes, a encore alourdi les charges.
Les produits laitiers tiennent, mais l'excédent recule par rapport à l'an dernier. Les fruits et légumes affichaient un déficit de 4 milliards d'euros en 2024, qui devrait approcher 5,5 milliards cette année. Le déficit en oléagineux s'aggrave également.
Heureusement, le vin résiste : le solde excédentaire reste supérieur à 11 milliards d'euros sur les douze derniers mois. Probablement parce que les importateurs américains ont anticipé la hausse des droits de douane et acheté davantage. Mais rien ne dit que cette dynamique durera : si les vins et spiritueux basculent, il ne restera plus en France que quelques secteurs excédentaires dans notre balance commerciale. L'aéronautique, un peu de chimie et de pharmacie, et le luxe.
Dans la rue, les agriculteurs expriment leur colère. Pour certains, ce sont les normes ; pour d'autres, les accords commerciaux. Qu'est-ce que cela dit de notre agriculture ?
Cela dit d'abord une inquiétude profonde. Depuis 2010, nous assistons à une érosion de notre compétitivité. Depuis 2020, le contexte international a radicalement changé et la dégradation s'accélère. Les agriculteurs sont préoccupés à juste titre. Le solde positif vient surtout des industries agroalimentaires, mais pour combien de temps encore ? L'agriculture est divisée sur les causes, mais tout le monde se rejoint sur les constats : l'accumulation de mauvaises nouvelles accélère une fragilisation structurelle.
L'Europe accentue-t-elle cette vulnérabilité ?
Oui, car nous subissons une intensification de la concurrence au sein même de l'UE. La France perd du terrain face à la Pologne et à l'Espagne, qui progressent rapidement. La Pologne est devenue le premier fournisseur de poulets en France. L'Ukraine représente aussi une menace. L'UE envisage déjà d'augmenter ses contingents en sucre, volailles, maïs, tournesols…
Cela explique le vocabulaire employé par les agriculteurs, qui parlent de « trahison ». Ils se rappellent que le président avait promis de ne pas signer certains accords en l'état, notamment celui du Mercosur. Pourtant, la Commission européenne l'a validé, et il sera bel et bien signé « en l'état ». Les contingents accordés sont quand même volumineux (en viande bovine, en sucre, en volailles et même en miel…), alors que les contreparties que nous avons obtenues sont faibles.
Et la Commission européenne, effrayée par la politique américaine, multiplie les accords. Nous avons signé avec l'Indonésie, les négociations s'intensifient avec l'Inde, la Thaïlande, la Malaisie… Pour les filières volailles et sucre, c'est une nouvelle fragilisation. Aujourd'hui, nous facilitons l'accès de nos concurrents au marché européen tout en affaiblissant notre propre agriculture.
Le changement climatique et l'accès à l'eau risquent-ils d'aggraver la crise ?
Évidemment. Si l'on ajoute les contraintes sur l'accès à l'eau, l'absence de consensus sur la gestion des ressources hydriques, la réduction imposée des intrants, alors la balance penche encore plus du mauvais côté.
Si nous ne donnons pas aux agriculteurs les moyens de produire, la situation risque d'être très difficile d'ici quelques années. Nous sommes à la veille d'une crise historique, qui touche au cœur même de notre souveraineté.
Info John Deere : par le passé, l'entreprise ajustait souvent les calendriers de production de ses usines pour tenir compte des besoins agricoles saisonniers, a déclaré un porte-parole, mais la demande et les volumes de commandes ont chuté au point que des licenciements ont dû être effectués.
La société avait précédemment déclaré que les coûts des droits de douane augmenteraient encore et mettraient à rude épreuve les conditions commerciales après la mise en œuvre par le président Donald Trump de droits de douane de 50 % sur l'acier importé.
L'entreprise a déclaré que les droits de douane ont contribué à la baisse de la demande de tracteurs et autres équipements agricoles fabriqués par Deere.
Deere prévoyait une baisse de 30 % des ventes de gros équipements agricoles à l'échelle du secteur aux États-Unis et au Canada d'ici 2025. Elle a également revu à la hausse ses prévisions de coûts liés aux droits de douane à 600 millions de dollars à la mi-août, contre 500 millions de dollars estimés au trimestre précédent.
Note de Gail Tverberg : "cela semble inquiétant. Acheter et exploiter de grosses machines agricoles n'est plus rentable. Le prix des céréales n'augmente pas suffisamment pour couvrir tous ces coûts. Comment pouvons-nous maintenir l'agriculture telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui, si notre capacité à acheter des tracteurs disparaît ? Il faut que le système change." 21 09 25
C'est peut-être une petite révolution à venir dans le monde du machinisme agricole, et surtout un pas de plus vers la décarbonation de l'agriculture : la station expérimentale de Kerguéhennec dans le Morbihan a présenté un prototype de tracteur 100% électrique. Cette innovation est portée par une start-up bretonne. Il faut maintenant convaincre les agriculteurs.
Les agriculteurs européens se préparent à la pire sécheresse depuis un siècle...après le zoom sur Finlande/Ecosse (ci dessous), le point sur la Belgique..
Du jamais-vu depuis un siècle. La sécheresse qui frappe actuellement le nord-ouest de l’Europe inquiète profondément les agriculteurs. En Finlande comme en Écosse, les sols craquelés et les cultures assoiffées dressent un sombre tableau de l’état de l’agriculture au printemps 2025.
En Finlande, la terre ne répond plus
Dans les campagnes finlandaises, l’inquiétude monte. Après un hiver relativement humide, les agriculteurs espéraient un printemps plus clément. Il n’en est rien. Selon les autorités agricoles, les précipitations sont bien en dessous de la normale, ce qui empêche les jeunes pousses de se développer. Résultat : les rendements chutent. Les pommes de terre affichent une baisse de production de 16 pour cent, l’orge recule de 33 pour cent et le blé est en déclin de 10 pour cent. Beaucoup redoutent un remake de la sécheresse de 2018, qui avait ruiné des centaines d’exploitations. « On regarde chaque nuage avec espoir », confie un agriculteur du sud du pays. « Mais le ciel reste désespérément bleu. »
En Écosse, les rivières baissent, les risques montent
Plus à l’ouest, l’Écosse enregistre elle aussi son printemps le plus sec depuis 1964. De janvier à avril, le pays n’a reçu que 59 pour cent de ses précipitations habituelles. Une situation critique qui affecte aussi bien les cultures que les rivières — essentielles à la filière du whisky. La Spey, l’un des fleuves emblématiques du pays, atteint des niveaux historiquement bas. Les agriculteurs écossais alertent : sans pluie rapide, les conséquences seront lourdes. Les céréales ne parviennent pas à percer les sols durcis. Les pâturages ne suffisent plus à nourrir le bétail. Et certains évoquent déjà la nécessité de vendre des animaux ou d’acheter du fourrage à prix d’or. « Planter dans cette terre, c’est comme creuser du béton », déplore un producteur de pommes de terre du nord-est du pays.
Une urgence climatique de plus en plus fréquente
Les scientifiques préviennent : ce genre d’événements extrêmes va devenir plus fréquent. Selon les projections, les printemps secs pourraient être deux fois plus nombreux d’ici 2049. Face à ce défi, les appels à l’action se multiplient. Les syndicats agricoles réclament des investissements urgents dans le stockage de l’eau, l’irrigation intelligente et l’aide à l’adaptation. Mais pour cette année, tout repose sur un facteur : la pluie. Si elle tarde encore, c’est toute la chaîne alimentaire de l’Europe du Nord-Ouest qui risque de vaciller.
La FNSEA dépassée par son extrême droite
https://blogs.mediapart.fr/yves-guillerault/blog/140225/la-fnsea-depassee-par-son-extreme-droite
La FNSEA dépassée par son extrême droite..... Le syndicat patronal de l’agriculture vient d’être débordé en klaxonnant par la Coordination rurale dont on connaît les amitiés politiques. En cogérant l’agriculture avec le pouvoir en place, comme dans toute politique libérale, il a créé inégalités, pauvreté et colère dans une agriculture à deux vitesses. Et comme dans le reste du pays, cette colère a été siphonnée par l’extrême droite populiste.
"On va les couper pour les jeter par terre" : le gel détruit une partie de la récole d'artichauts, les producteurs redoutent le pire...Alors que la récolte devait bientôt commencer, le gel s'est abattu sur les plantations d'artichauts. D'importantes pertes sont attendues dans les Pyrénées-Orientales.
Le Mercosur, bouc émissaire d'une agriculture à la dérive
https://www.lopinion.fr/politique/le-mercosur-bouc-emissaire-dune-agriculture-a-la-derive
Le Mercosur, bouc émissaire d’une agriculture à la dérive...tous satisfaits d’avoir trouvé un bouc émissaire pour mieux dissimuler leur propre responsabilité dans la faillite de la Ferme France...citons une dépendance alimentaire exponentielle, puisque le pays importe désormais 20 % de sa consommation, et même 70 % de ses fruits – du jamais vu !...
La coopérative d'autoconstruction "Atelier paysan" est passée cette semaine par le Jura pour aider des paysans et des maraîchers à réparer et à fabriquer des outils dont ils ont besoin pour travailler leurs champs. Une manière de les rendre plus autonomes, eux qui travaillent souvent seuls, et d'adapter l'outil à la grandeur de leurs exploitations.
Avec ses serres connectées vendues dans toute l'Europe, cette jeune entreprise entend démocratiser l'agriculture urbaine...Basé à Molsheim, myfood conçoit depuis près de 10 ans des serres connectées. Ces installations particulièrement innovantes permettent à une famille de profiter de fruits et légumes frais tout au long de l’année, de façon autonome..
Dominique Chargé, le président de la Coopération agricole (2100 coopératives, 300 000 agriculteurs et 200 000 salariés), a tenu ce mercredi 4 septembre la conférence de rentrée de l’organisation. A l’intention du prochain gouvernement, il insiste sur l’urgence de mettre en place des mesures d’amélioration de la compétitivité pour le secteur agricole et l’industrie agroalimentaire, submergées par les productions européennes mieux-disantes en termes de prix si ce n’est en qualité. Avec des finances asséchées, les filières françaises n’ont plus le moyen de faire face aux multiples crises et instabilités qui se succèdent.
« J’alerte sur le décrochage de notre agriculture et de notre agroalimentaire. Ces deux secteurs, forces historiques de la France, subissent le défaut de compétitivité qui a, par le passé, mis des pans entiers de notre économie à genoux. L’agriculture ne doit pas être le prochain textile, la prochaine sidérurgie française.»
Emmanuelle Ducros 04 09 24
https://www.lopinion.fr/economie/les-nuages-noirs-samoncellent-sur-la-rentree-des-cooperatives-agricoles?
les producteurs français récoltent 30 % de céréales en moins par rapport à 2023.... Des moissons catastrophiques qui pourraient pénaliser également les éleveurs...."Ce n'est pas une mauvaise année, c'est une très, très, très mauvaise année, je n'ai jamais vu ça depuis 20 ans que je suis installé".... Pas sûr que les agriculteurs attendent la rentrée dans la région pour manifester à nouveau leur colère.
Plus de tomates produites en été dans le Sud de la France dès 2050, l'étude inquiétante qui prédit les conséquences du réchauffement sur l'agriculture...L'agroclimatologue Serge Zaka a cartographié la saisonnalité et la répartition géographique de la production de tomates jusqu'à la fin du siècle.
(commentaires internet)
Spécialiste en agriculture urbaine, un pro de l'adaptabilité
https://www.20minutes.fr/emploi/4088730-20240502-specialiste-agriculture-urbaine-pro-adaptabilite
Spécialiste en agriculture urbaine, un pro de l’adaptabilité....Face à la raréfaction des terres agricoles, voici un métier porteur qui contribue à rendre les villes plus résilientes en produisant une alimentation saine de proximité
Ruée vers les terres agricoles....
Quand j’étais adolescente, dans les années 1990, qui étaient une période assez difficile ici, mon père disait : «Restez près de la terre. Si vous avez de la terre, vous n’aurez jamais faim. » Alors qu’il était universitaire de carrière, papa est né et a grandi dans le pays, il savait donc de quoi il parlait (et il cultivait les meilleures tomates de tous les temps). Moi, pas tellement. Je veux dire, la vie urbaine c'est ce que la plupart des adolescents veulent, non?
Je ne savais pas, ni moi ni personne d’autre à l’époque, qu’on en arriverait peut-être à cela — cultiver sa propre nourriture parce qu’il n’y a personne d’autre pour la cultiver. Cette perspective n’est pas aussi lointaine et fantastique qu’elle aurait pu paraître dans les années 90. Maintenant, les gens qui ont l’argent achètent des terres agricoles comme s’il n’y avait pas de lendemain, parce qu’il pourrait ne pas y en avoir.
Selon Reuters, en novembre dernier, « les fonds d’investissement sont devenus des acheteurs voraces de terres agricoles américaines, amassant plus d’un million d’acres alors qu’ils cherchent à se protéger contre l’inflation et à tirer parti de la demande mondiale croissante de nourriture. »
« Les investisseurs investissent des sommes record dans les terres agricoles des États-Unis alors qu’ils s’emparent d’un actif qui devrait surperformer à mesure que la population mondiale croît fortement et que les ressources naturelles se raréfient. »
Il semble que la demande de terres agricoles n’augmente pas seulement aux États-Unis. Dans l’Union européenne, le prix à l’hectare était en moyenne supérieur à 10 500 euros en 2022. D’autre part, le prix de location d’un hectare de terrain était en moyenne de 233 euros. En Bulgarie, le prix des terres arables a bondi l’an dernier d’environ 10 % par rapport à l’année précédente.
Les militants pour le climat insistent sur le fait que le changement climatique ruine la planète, notamment en réduisant la disponibilité des terres arables. Et la population mondiale augmente.
C’est la raison invoquée dans un certain nombre d’analyses récentes sur l’empressement des sociétés d’investissement à acheter le plus de terres agricoles possible. La terre, selon le raisonnement, est l’investissement le plus sûr. Quoi qu’il arrive d’autre, les gens doivent manger et la nourriture vient de la terre — et nous aurons besoin de beaucoup plus de nourriture à l’avenir. La meilleure couverture contre l’inflation, mieux que l’or pour certains.
Je crois que l’investissement dans les terres agricoles deviendra probablement à un moment donné littéralement vital — en raison de ces politiques qui risquent de nuire beaucoup plus à la disponibilité des terres agricoles que les conditions météorologiques défavorables réelles et hypothétiques résultant des changements climatiques.
La terre peut en effet devenir le nouvel or..
Irina Slav
https://irinaslav.substack.com/p/farmland-rush?utm_campaign=email-half-post&r=216vfx&utm_source=substack&utm_medium=email
L’agriculture prisonnière de la malédiction du pétrole...A travers le monde, des Etats-Unis à l’Amérique latine, l’Asie et l’Europe, l’agriculture est en ébullition. Le secteur s’échauffe aussi rapidement que le climat. Les fondations de son architecture actuelle reposent sur les hydrocarbures et la finance internationale. Tout semble indiquer que ce design est en train de toucher à ses limites dans une mondialisation qui essouffle le modèle
Suicides, importations, fermetures d'exploitations… On a vérifié sept affirmations entendues pendant la mobilisation des agriculteurs...Un quart des agriculteurs vivent sous le seuil de pauvreté : vrai..26% des agriculteurs vivaient en 2019 sous le seuil de pauvreté, alors établi à 1 102 euros pour une personne seule. Toujours selon l'Insee, 38% des agriculteurs gagnaient "très peu d'argent"
Ils pleurent leur fierté vendue au capitalisme mondial Le paysan fut un symbole d’indépendance dans l’exercice de sa profession mais aussi un exemple de solidarité dans les moments cruciaux de la vie agricole. L’exploitant agricole a jeté ces idéaux aux orties et a donné les clés du tracteur à la FNSEA et à son monde d’exploiteurs, devenant l’exécutant des basses œuvres de l’agro-industrie. Le paysan et la société y ont beaucoup perdu.
"Je ne me verse plus de salaire, avec la précarité du statut agricole, je n'y arrive plus.", une maraîchère abandonne..."On parle beaucoup de produire mieux et plus sainement, mais clairement le système agricole n'est pas adapté, il n'a pas été modifié et revu pour que des micro-exploitations soient viables."
Les températures caniculaires dans le sud du Vieux Continent font craindre des pertes de rendements agricoles. Au-delà de 43°C, les cultures méditerranéennes subissent un stress thermique et peuvent perdre leurs fleurs, feuilles et fruits, prévient l’agroclimatologue Serge Zaka.
La fournaise a planté ses griffes dans le sud de l’Europe. Depuis début juillet, les records de températures tombent les uns après les autres : 46°C en Sardaigne, 45,3°C en Catalogne, 40°C en Corse… De quoi craindre des pertes de rendements agricoles en cascade. Les plantes méditerranéennes, plutôt résistantes, ont tout de même des limites physiologiques au-delà desquelles elles subissent un stress thermique. Résultat, la floraison des cultures maraîchères et les vignes risquent d’être fortement perturbées, avec des fleurs et des feuilles brûlées et des fruits desséchés. Pour l’agroclimatologue Serge Zaka, il est urgent de revoir la répartition des cultures en Europe, pour minimiser les chutes de rendements inexorables au réchauffement climatique.
Quels sont les impacts de l’augmentation des températures sur les cultures ?
D’abord, l’augmentation générale des températures tout au long de l’année, liée au réchauffement climatique, bouleverse les stades de développement des végétaux. Par exemple, la floraison des arbres fruitiers a deux semaines d’avance par rapport à ce que l’on observait il y a 50 ans. Les moments de sensibilité de la plante se superposent à des périodes à risques climatiques. Le gel en avril, alors que certaines plantes sont en fleurs, en est un parfait exemple.
Ensuite, il y a un effet ponctuel violent lors d’événements records de températures, comme ce que traverse le sud de l’Europe cette semaine. Ces événements extrêmes provoquent des dégâts sur les végétaux et induisent des pertes de rendements. Là, l’impact dépend du stade du végétal. Par exemple en Andalousie, les oliviers ont subi des températures autour de 38°C pendant leur floraison. Or, c’est un moment où l’arbre est plus sensible..
Comment se matérialisent les dégâts ?
Les dégâts peuvent être de différents types, comme la perte de fleurs ou de feuilles, qui peuvent brûler. Les fleurs de tomate et de courgette, par exemple, sont vulnérables à partir de 35°C. Or en Italie et en Espagne, on est largement au-dessus, puisqu’on y mesure des 45-46°C. Les dégâts sur les fleurs sont irréversibles, elles ne repoussent pas avant l’année suivante. Et à chaque fleur perdue, on perd un fruit ou un légume. De même, à ces températures, les olives se dessèchent et tombent de l’arbre. Les pertes dépendront de la durée et de l’intensité de la canicule.
Concernant la vigne, c’est surtout le goût des grains de raisins qui est altéré par ces températures. La moindre disponibilité en eau permet au sucre de se concentrer dans les grappes et d’augmenter le taux d’alcool. En quarante ans, on a gagné 2 degrés d’alcool dans toutes les régions de France.
Vous expliquez que les limites physiologiques des espèces ont été atteintes. C’est-à-dire ?
Prenons l’exemple du maïs. Plus il fait chaud, plus il pousse vite – jusqu’à une certaine limite. Sa température optimale est à 30°C. Entre 30 et 40°C, les processus biologiques sont dégradés à l’intérieur des feuilles et la croissance ralentit. Au-dessus de 40°C, la température maximale de croissance du maïs, les plants ne poussent plus. Cette limite-là dépend de chaque espèce. Pour la betterave, dans le nord de la France, c’est plutôt 35°C. Une fois la température maximale dépassée, les plantes ont encore quelques degrés de tolérance. Mais à plus de 43°C en Méditerranée, les plantes subissent inévitablement un stress thermique. Les cellules meurent, les feuilles et les fruits brûlent et on observe des pertes de rendements.
Existe-t-il des solutions ?
Malheureusement, il y a très peu de solutions face à un stress thermique. Contrairement à un stress hydrique où l’on peut compenser le manque d’eau en arrosant – s’il n’y a pas d’arrêté sécheresse. A 46°C, comme en Sardaigne cet été, on ne peut rien faire pour les feuilles, les fleurs et les fruits car il est techniquement compliqué de couvrir les cultures.
Pour définir un stress thermique, on mesure l’intensité, la durée, et le couplage avec d’autres stress comme la sécheresse et le vent. Dans l’Hérault en juin 2019, des pans entiers de vigne ont brûlé en quelques heures, à cause des 46°C et des 40 km/h de vent enregistrés.
L’Espagne représente 50% de la production mondiale d’olive, mais le pays est en proie à des chaleurs accablantes. Va-t-on vers une pénurie d’huile d’olive ?
En effet, à cause des chaleurs du mois d’avril et de la sécheresse, il y a des pertes qui atteignent 80 % sur certaines oliveraies d’Andalousie. Mais d’autres régions espagnoles ont pu pallier les manques et nous n’avons pas encore de visibilité sur une éventuelle pénurie. Par contre, nous ne sommes pas sur une année de production optimale, et cela va se ressentir sur les prix.
Le problème, c’est que l’on a spécialisé chaque partie du monde dans une production, et c’est cela qui augmente les risques de pénuries en cas d’aléas climatiques. C’est ce qu’il s’est passé en 2021 avec la moutarde, produite en majorité au Canada. Cette année-là, il a fait 49°C et les cultures ont été ravagées. Résultat, il y a eu une pénurie mondiale. Ne vaudrait-il pas mieux produire un peu de tout, partout ?
D’autant plus que l’aire de répartition des espèces change avec le réchauffement climatique…
Tout à fait. C’est ce qu’on appelle l’évolution des biogéographies, qui sont essentiellement déterminées par les températures, et dans une moindre mesure par les précipitations. Aucun végétal ne pousse au hasard, ils ont tous des zones thermiques optimales.
Avec le changement climatique, les aires de répartition remontent vers le nord. Ainsi, les régions du monde les plus septentrionales vont découvrir de nouvelles cultures, voire des hausses de rendements. A l’inverse, au sud, certaines cultures vont perdre en potentiel, comme le maïs ou l’oignon. Il faut se poser la question : qui va prendre la relève ? L’Espagne ne pourra plus être le verger de l’Europe, tel qu’il est actuellement. Il faut redispatcher ses productions maraîchères plus au nord.
Les rendements de blé, au contraire, sont en hausse de 5% en France par rapport à la moyenne des dix dernières années. Comment l’expliquer ?
Le changement climatique, ce n’est pas seulement des pertes de rendements. En Europe, le blé d’hiver est planté en automne. Cela veut dire qu’à l’arrivée des sécheresses au printemps, les racines du blé sont profondes et peuvent aller chercher de l’eau plus loin dans le sol. De plus, on récolte le blé autour du mois de juillet, donc il échappe aux canicules estivales. Aussi, le CO2 [en augmentation dans l’atmosphère à cause des activités humaines, ndlr] favorise la photosynthèse et la croissance des plantes – tant qu’il y a de l’eau. C’est pour ça que les travaux du Giec concluent à une hausse des rendements de blé dans le nord de l’Europe et à une diminution dans le sud, à cause des sécheresses. Finalement, les rendements de blé se stabilisent depuis les années 2000 alors qu’ils étaient en hausse depuis les années 1945.
A l’inverse, on plante le maïs au printemps et lorsque les sécheresses arrivent, les racines sont encore peu profondes. Les rendements sont en drastique baisse car la plante ne répond pas aux concentrations de CO2 et avec les arrêtés sécheresse, on ne peut plus irriguer les cultures. En 2022, on a eu la plus mauvaise récolte de maïs depuis 1990, avec une perte de 54% de la production dans le sud-ouest de la France.
Les prix des fruits et légumes sont donc voués à augmenter ?
Tout dépend de l’anticipation. Aujourd’hui, on anticipe mal les effets du changement climatique. A chaque phénomène climatique extrême, les rendements baissent et les prix augmentent. On pourrait amortir les variations de prix en créant de nouvelles filières. Pour l’olive par exemple, il faut permettre aux producteurs de s’installer plus au nord, dans la haute vallée du Rhône et vers Toulouse par exemple.
Est-ce à l’Etat d’anticiper ces changements ?
Absolument. Aujourd’hui, le gouvernement est sur une stratégie du pansement. On cultive les mêmes choses aux mêmes endroits, alors que les espèces sortent progressivement de leurs zones de prédilection. Les agriculteurs tentent de s’adapter en changeant de variété, en modifiant le cycle cultural ou la date des semis. Mais ces stratégies ne suffisent pas, il faut changer de culture et créer des filières. Car si on veut faire de l’olive ou de la pistache dans le sud de la France, on a besoin de gens pour récolter, transporter, transformer et acheter. Il faut créer un tissu économique local, national voire international, et tout ça prend du temps, entre quinze et trente ans. On est déjà très en retard. Il est urgent d’investir massivement vers des cultures résistantes au climat de 2040-2050.
À l’heure où le ministère de l’Agriculture met en avant la nécessité d’augmenter notre souveraineté alimentaire en fruits et légumes, le recensement décennal de l’agriculture de 2020 montrait un résultat encourageant pour l’Île-de-France.
Le nombre d’exploitations maraîchères a ainsi doublé depuis 2010, passant de 74 à 139, tout comme les surfaces en maraîchage diversifié (au moins 30 espèces différentes sur une même exploitation), qui sont passées de 1140 à 2040 ha.
Cela ne représente toutefois que 3 % des exploitations et moins de 0,4 % des surfaces. Et on reste encore très loin de satisfaire les besoins en légumes (et encore plus en fruits !) de la région parisienne, qui dépassent les 800 000 tonnes annuelles.
Cependant, ce frémissement maraîcher est prometteur et se poursuit, souvent appuyé par des collectivités soucieuses de satisfaire une aspiration de consommation locale de leurs habitants. De même, se développent depuis une quinzaine d’années des formes de maraîchages intra-urbains (y compris des jardins collectifs) qui témoignent aussi de cet intérêt renouvelé pour le maraîchage de proximité.
La petite couronne, historiquement maraîchère
Renouvelé, car la déconnexion entre les citadins et le maraîchage en Île-de-France est finalement très récente. Les mouvements actuels retissent les liens d’une histoire multiséculaire, lorsque les jardins maraîchers étaient situés dans les interstices d’un tissu urbain en voie de densification.
L’urbanisation de la capitale s’est en effet faite dans de nombreux quartiers par une phase de transition entre le rural et l’urbain, la période maraîchère, où des champs ou des prés accueillent des activités maraîchères, avant d’être urbanisés.
Ainsi, 800 maraîchers œuvraient quotidiennement au XVIIIe siècle, 1 800 en 1860, 2 500 en 1912 !
Plus de cinquante communes de l’actuel grand Paris ont été marquées par l’empreinte des maraîchers, avec une occupation géographique hétérogène. Si l’expression de « ceinture maraîchère » est communément admise, l’emprise maraîchère touchait essentiellement le nord, le sud et l’est de la capitale et très peu l’ouest.
Pour s’installer, un maraîcher a besoin d’un terrain relativement plat, très drainant, proche d’un axe de circulation et peu cher à l’achat. Il aime également se trouver à proximité de collègues, voire aménager un lotissement maraîcher. Ces conditions étaient réunies dans les banlieues nord et sud, mais pas à l’ouest (aux terrains très convoités par l’industrie et les rentiers et aux prix dissuasifs) ou à l’est (où les coteaux de Belleville, Bagnolet et Montreuil, ainsi que la taille très réduite des parcelles, empêchaient les installations).

En quittant les XIIe et XVe arrondissements de Paris dans la seconde moitié du XIXe siècle (chassés par l’urbanisation), les maraîchers se sont donc installés au nord à Asnières, Clichy, Aubervilliers et Bobigny, et au sud entre Issy-les-Moulineaux et Créteil. Parmi l’ensemble de ces villes, Bobigny et Créteil ont été marquées durablement par des implantations maraîchères de centaines d’exploitations.
Les maraîchers, rouage de l’économie circulaire périurbaine
Gens de la ville et du périurbain depuis le Moyen Âge, les maraîchers s’intégraient parfaitement dans une économie circulaire, utilisant les ressources de la ville, cherchant sans cesse à produire mieux et plus et à moindre coût.
Ils pouvaient ainsi s’adapter aux changements de consommations, à l’évolution des goûts et de la demande… mais aussi à l’expansion des villes, notamment en se déplaçant. Contrairement aux cultivateurs de légumes ou arboriculteurs installés et liés à leurs terroirs, les maraîchers peuvent en effet changer d’emplacement au gré des opportunités en emportant leur terreau pour recommencer sur des terrains vierges.
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Les maraîchers parisiens avaient ainsi élevé la culture des légumes au rang d’un art, d’une esthétique relationnelle entre le cultivateur, la terre, la nature et les innombrables légumes cultivés tout au long de l’année. Ils ont décuplé le produit du sol, cultivé de façon quasi permanente au prix d’un investissement considérable en matériel, de quantités phénoménales de fumier et d’eau, et d’un savoir-faire unique (cloches à salades ou melons, couches chaudes, etc.).
À la fin du XIXe siècle, sur des surfaces de souvent moins d’un hectare, les maraîchers arrivaient ainsi à produire l’équivalent de 250 tonnes par hectare. À titre d’exemple, 100 millions de salades sortaient annuellement des exploitations avant la Première Guerre mondiale. Leur production était destinée aux marchés et bonnes tables de la capitale ou des capitales européennes, et parfois considérée comme un produit de luxe (carottes ou navets, primeurs, salades en plein hiver…).
Ainsi, la croissance de la population aux XVIIIe et XIXe siècles s’est accompagnée de l’augmentation de l’effectif des chevaux (on comptera jusqu’à 100 000 chevaux dans Paris à la fin du XIXe). Pour les maraîchers, cela se traduit par plus de fumier pour faire des couches chaudes, et produire des primeurs l’hiver. Et quand les effectifs de chevaux viennent à chuter au XXe siècle, ils cherchent d’autres matières premières, des meules de champignons, par exemple.
Leur itinérance, leur ingéniosité, leurs connaissances techniques et leur infatigable labeur leur ont permis de s’adapter durant des siècles aux mutations de la ville et aux transformations des consommations.
Pour un retour vers une petite couronne maraîchère ?
Porteuse de nombreuses innovations techniques en son temps, d’économie circulaire, contributrice majeure à l’alimentation de Paris, la ceinture maraîchère de Paris pourrait aujourd’hui être réactivée pour des raisons de sécurisation alimentaire et environnementale.
Certes pas aux mêmes endroits, souvent urbanisés de nos jours, mais selon une logique voisine de production maraîchère de qualité en proximité, orientée vers les besoins et les marchés de la ville : c’est donc surtout vers du périurbain qu’il faut s’orienter.
Il faut ainsi poursuivre l’installation de maraîchers sur les fonciers détenus par la puissance publique, sur des friches agricoles (plus de 4200 ha en Île-de-France), mais aussi inciter les exploitations de grande culture à se diversifier en maraîchage ou en légumes de plein champ.
Parallèlement, et avec une visée plus éducative que strictement productive, il faut poursuivre la multiplication des formes de jardinage potager, individuel et collectif, ou l’installation de microfermes maraîchères participatives, de préférence en milieu urbain dense où elles sont très demandées.
Il est probable que si reconquête maraîchère il y a en Île-de-France, elle prendra divers visages, des petites fermes maraîchères diversifiées en circuits courts à des exploitations de plus grande taille, individuelles et collectives, orientées notamment vers la satisfaction des besoins de la restauration collective.
C’est par une connaissance fine des leçons de l’histoire, en adaptant les techniques d’alors à nos possibilités, contraintes et objectifs d’aujourd’hui, bref en apprenant du passé avec les yeux du présent, que l’on pourra réaliser cette reconstruction. Cela porte un nom aujourd’hui, la « French method » en matière de cultures urbaines, selon le terme accolé outre-Atlantique à ce maraîchage parisien du passé.
Localiser ces zones de production au cœur des métropoles pourrait permettre de contribuer à réduire les îlots de chaleur, de retraiter les déchets urbains, de séquestrer du carbone, de réduire les émissions de CO2 dues au transport alimentaire. Et de retrouver la joie ancienne de pouvoir déguster des produits ultra frais, sans intermédiaires, et locaux.
Jean-Michel Roy, historien et anthropologue, spécialiste de l’agriculture urbaine, est co-auteur de cet article.
Dérogation sur les néonicotinoïdes : "On a tout ce qu'il faut pour faire différemment", assure Jean-Marc Bonmatin, chercheur au CNRS Un projet de décret a été soumis mardi à consultation par le ministère de l'Agriculture pour autoriser l’usage de néonicotinoïdes pour les cultures de betteraves sucrières et ce pour la troisième année consécutive. Ces insecticides sont jugés responsables de la mort des abeilles.
Agriculture : « Il faut abandonner le labour »
Commentaire de Jean-Marc Jancovici sur Linkedin :
"Dans un entretien au Télégramme (qui à une époque fut "de Brest"), Lionel Alletto évoque les modifications des pratiques agricoles qu'il serait pertinent de mettre en oeuvre pour gagner en résilience et diminuer la pression sur l'environnement (NB : je soupçonne la transcription de l'interview de comporter quelques erreurs ici ou là, qui conduisent certaines phrases à être étranges ou en décalage).
Quelques éléments intéressants de cette interview :
- les techniques sans labour semblent améliorer la résistance à la sécheresse (un avantage qui pourrait ne pas être mince avec ce qui nous attend)
- la diversification des cultures - dont la polyculture élevage - permet de diminuer l'usage des phytosanitaires
- le seul phytosanitaire vraiment utile en agriculture de conservation c'est... le glyphosate (tous les échos que j'ai eus laissent penser que ce n'est pas celui dont l'interdiction est la plus prioritaire...)
- en "période de temps calme" sur le prix de l'énergie, l'agriculture de conservation ne change pas la donne sur le plan économique (donc elle ne rapporte rien de plus... mais ne coute pas plus non plus), mais quand les prix des hydrocarbures grimpent au plafond elle donne un avantage
J'avais retenu par ailleurs que d'avoir un couvert végétal sur l'ensemble de l'année favorise la séquestration de carbone dans le sol.
"sur le papier", dixit l'urbain que je suis qui ne tient pas souvent une fourche ou une bêche
, cette technique semble donc à généraliser. Que manque-t-il pour que cela soit le cas ? La liste des "conditions du succès" n'est pas très différente ici de ce qu'elle est pour tout passage à l'échelle d'une manière de faire pour laquelle des pionniers montrent que globalement ca fonctionne :
- une valorisation "culturelle" d'un changement de pratique dans un monde où c'est plutôt l'inverse qui est la règle. Les terroirs, AOC, etc, valorisent le fait de "faire toujours pareil", et là il s'agit de valoriser l'inverse !
- du coup il faut un accompagnement et de la formation, à la fois par la recherche (c'est donc une très bonne chose que l'INRAE s'en mêle) et par les entités dévolues à cet effet (chambres d'agriculture et conseil interne des coopératives notamment)
- il faut aussi que les règles économiques ne dissuadent pas explicitement les modifications de pratiques, voire les encouragent (il n'y a pas que les prix de vente pour cela : l'Etat, comme il l'a fait pour le covid, pourrait reprendre de la dette d'agriculteurs qui accepteraient de changer de pratiques, par exemple). Or le premier souci des règles économiques aujourd'hui n'est pas d'assurer la "durabilité physique" !
Tout est résumé dans cette phrase de l'interview : "Les systèmes [agricoles] doivent (...) gagner en résilience et (...) être moins dépendants des ressources externes, être plus diversifiés pour faire face aux aléas, maximiser les services écosystémiques". Il n'y a plus qu'à
"
https://www.letelegramme.fr/…/agriculture-il-faut-abandonne…
(posté par Joëlle Leconte)
Coût de l'énergie : la production agricole drômoise menacée d'effondrement...Le Syndicat d'irrigation drômois et la Chambre d'agriculture alertent l'Etat : faire fonctionner les installations de pompages pour irriguer les cultures coûtera 30 millions d'euros l'année prochaine. La facture est multipliée par 10. Les agriculteurs ne pourront pas payer.
Les semences paysannes, présentées comme plus résilientes face à la sécheresse, sont-elles vraiment interdites par la loi ? ..Ces semences peuvent être cultivées mais pas vendues dans un circuit professionnel, car la plupart ne répondent pas aux critères pour figurer au catalogue officiel des espèces et variétés végétales.
Il faut changer radicalement de modèle agricole et « reprendre la terre aux machines », plaide Nicolas Mirouze, ancien élève d’AgroParisTech devenu viticulteur, et qui a « bifurqué » vers l’agroécologie, dans une tribune au « Monde ».
Je m’appelle Nicolas Mirouze, je suis vigneron dans les Corbières (Occitanie), mais aussi ancien élève d’AgroParisTech et sociétaire de la coopérative d’intérêt collectif L’Atelier paysan, qui agit pour un changement de modèle agricole et alimentaire. Je me suis établi en 1999 sur un domaine viticole en agriculture conventionnelle et j’ai décidé, dès la deuxième année, de changer de mode de culture, en délaissant les engrais chimiques et en limitant l’emploi de pesticides. Il m’a fallu vingt longues et difficiles années pour m’extraire complètement du modèle de l’agriculture industrielle intensive tout en rendant ma ferme pérenne. J’ai aujourd’hui 50 ans, j’en avais 27 le jour ou j’ai décidé de « bifurquer ».
En France, une partie non négligeable de la population n’a pas les moyens de l’alimentation qu’elle voudrait choisir. Parfois, elle ne peut même pas acheter l’alimentation la moins chère disponible en grande surface : c’est ainsi que, selon l’inspection générale des affaires sociales, 5,5 millions de personnes en grande précarité alimentaire dans la France de 2018, antérieure à la crise due au Covid-19, se procuraient leurs repas quotidiens grâce à l’aide alimentaire.
Cette aide, devenue systémique en France, est distribuée par plus de 200 000 bénévoles, qui subissent quotidiennement toute la violence de cette pauvreté. Elle est abondamment pourvue par les surplus inconsidérés de l’agriculture industrielle intensive (car il faut toujours produire plus) et participe directement à la compression des coûts des produits agricoles et donc à la diminution du revenu des agriculteurs. Elle est également abondamment pourvue par les invendus de la grande distribution, qui se voit ainsi dotée d’une efficiente filière de recyclage. Comble du cynisme : cette nourriture « recyclée » est une source de défiscalisation pour des entreprises dont la contribution est assimilée à un don. Peut-on continuer à traiter d’une façon aussi indigente les plus pauvres d’entre nous, les bénévoles qui les soutiennent, les paysans qui voudraient les nourrir ?
L’autre face de cette triste réalité est que, sur la période 2010-2019, 77 % des revenus des agriculteurs proviennent des aides nationales et européennes. Sur la même période, 25 % des agriculteurs ont un revenu annuel moyen inférieur à 8 400 euros. Sur l’année 2018, 14 % des exploitations françaises ont un résultat courant négatif, selon les chiffres publiés en 2020 par le ministère de l’agriculture. Ce tableau stupéfiant est celui d’un système qui ne fonctionne pas du tout, qui – sans même parler de dégâts écologiques, de rendements énergétiques négatifs ou de perte de qualité nutritive – ne remplit aucun de ses objectifs initiaux : rémunérer les agriculteurs pour qu’ils fournissent une alimentation suffisante, satisfaisante et à la portée de tous.
Parmi toutes les technologies paysannes que nous défendons à L’Atelier paysan, la machine tient une position singulière. Nous accompagnons des agriculteurs à concevoir des outils qui sont assemblés lors de formations. Les participants se réapproprient un savoir-faire qui a, bien souvent, disparu de nos campagnes : celui du travail du métal. Ces formations sont une première étape vers une autonomie technique paysanne. La mécanisation industrielle telle qu’elle s’est déployée en France, soutenue par des politiques publiques depuis soixante-dix ans, a créé de terribles dépendances techniques et financières, qui expliquent la prolétarisation avancée d’une grande partie des agriculteurs de notre pays. Elle a aussi contribué à la destruction des communautés paysannes en engageant les agriculteurs dans une course à la terre : il faut « bouffer l’autre avant d’être bouffé ».
Ce sont bien des choix politiques qui ont condamné les agriculteurs vers une fuite en avant insensée. Mais comment s’extraire aujourd’hui de ce modèle ? Avec, selon l’Insee, 400 000 exploitants et 650 000 travailleurs et travailleuses de la terre au total, en 2019, l’usage massif de pesticides est absolument inévitable : il n’y a plus suffisamment de ressources dans nos campagnes pour réaliser le travail que suppose une agriculture sans recours à une chimisation massive.
L’avenir est déjà là, avec l’agriculture « 4.0 », qui représente la « nouvelle frontière » du lobby agro-industriel : les drones, les robots et le numérique. L’histoire se répète : cette mise en application du progrès ne servira que des intérêts sans rapports directs avec celui de l’alimentation de la population. Elle se fera au détriment des agriculteurs, dont les dépendances aux équipementiers et aux banques vont s’aggraver. Ce qui nous est promis, c’est une agriculture pratiquée dans une campagne complètement déshumanisée, définitivement vidée de ses paysans.
Depuis plus de dix ans, nous accueillons, dans nos maisons de L’Atelier paysan, les « bifurqueurs » de tous horizons, le mouvement est donc durablement installé. Nous avons encore beaucoup de travail pour faire en sorte que les colères et les larmes deviennent une puissance de transformation sociale plutôt qu’une fuite. Notre projet politique est consigné dans un manifeste : Reprendre la terre aux machines (Seuil, 2021). Ce projet refuse de dissocier la question de l’autonomie paysanne et celle de l’autonomie alimentaire. Nous avons pour objectif d’installer dans les campagnes françaises un million de paysans et ce sera la seule façon de limiter significativement le recours aux pesticides. L’agroécologie paysanne ne sera alors plus pratiquée par quelques marginaux cantonnés dans des sortes de « réserves », mais deviendra le modèle agricole dominant à l’échelle d’une nation comme la nôtre. Un bouleversement aussi important ne sera pas concédé par les élites politiques et économiques sans le surgissement d’un mouvement social. Il n’aura jamais lieu sans un rapport de force assumé, il sera conquis par la lutte ou il n’adviendra pas.
Nicolas Mirouze
Vigneron, sociétaire de la coopérative L’Atelier paysan
https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/06/01/nous-avons-pour-objectif-d-installer-dans-les-campagnes-francaises-un-million-de-paysans_6128443_3232.html
Depuis le début de la guerre en Ukraine, la chasse à l’azote, à la potasse et au phosphore tourne au casse-tête. Dur, dur de faire sans eux. Reportage.
Le trésor est rouge. Le trésor est blanc. Le trésor est ocre. Le trésor est rare. Le trésor n'a pas de prix. Il est sous clé, derrière de lourdes portes, dans un hangar de 4,5 m de hauteur. Philippe Forgeret, sous-directeur de la coopérative agricole Agropithiviers, nous invite à glisser une tête « case n° 7 ». Voici de l'ammonitrate, de petits granulés beige-blanc.
On arrive en fin de saison. Dans un coin, il n'en reste qu'une cinquantaine de tonnes. Nous poursuivons case n° 6 : les réserves d'un « engrais binaire 0/10/30 » sont tout aussi faibles. Idem case n° 5, qui abrite un reste rouge de chlorure de potassium. Sur ce site situé en périphérie de la sous-préfecture du Loiret, il est possible de stocker jusqu'à 4 000 tonnes d'engrais, de différentes natures. On est loin du compte.
Philippe Forgeret a pour mission de remplir toutes ces cases et, plus largement, d'acheter le nécessaire pour les 400 agriculteurs de sa « coop », installés dans un rayon de 20 kilomètres autour de la sous-préfecture du Loiret, tous au service de leurs champs de blé, de colza, d'orge… L'acheteur d'Agropithiviers a beau sourire, il est face à un sacré casse-tête, une situation inédite en trente-cinq ans de carrière. Un gros nuage plane sur les prochaines récoltes… Il est de plus en plus difficile de se procurer les engrais sur le marché international – la production française ne couvrant pas les besoins de tous nos agriculteurs, il faut chasser à l'étranger. « L'année dernière, la situation était déjà tendue du fait des difficultés logistiques sur le plan mondial avec le Covid et de la forte reprise économique. Puis il y a eu le 24 février… » Ce jour-là, faut-il le rappeler, la Russie, puissance agricole, attaquait une autre puissance agricole, l'Ukraine, et bousculait ainsi les flux commerciaux de matières premières. « Je n'ai plus de repères », reconnaît Philippe Forgeret.
D'habitude, à cette période-là de l'année, il multiplie les bonnes affaires. Car nous sommes à la « morte-saison », ni l'hémisphère Sud ni l'hémisphère Nord n'ont besoin d'engrais. À lui, normalement, potasse, azote et phosphore à prix cassés. Sauf qu'il y a panique dans nos campagnes ! Toute la planète céréalière est sur un volcan, à la recherche désespérée de ces trois éléments indispensables aux cultures.
Avec l'azote, la partie est des plus compliquées. Sa fabrication nécessite du gaz, et l'on connaît désormais la place clé de la Russie sur ce segment et la dépendance de notre continent à ce pays. Conséquence : les prix de l'azote et des dérivés explosent puisqu'ils suivent ceux du gaz. Ajoutez à cela la crainte que Vladimir Poutine ne ferme les robinets… Sans oublier, en conformité avec les sanctions françaises contre Moscou, l'impossibilité de se fournir auprès d'usines installées parfois même sur le Vieux Continent mais détenues par des Russes ou leurs proches, comme le gigantesque établissement d'Eurochem à Anvers, en Belgique. « Les Allemands peuvent encore mener des transactions financières avec cette usine puisque le siège est en Suisse. Le propriétaire russe a transféré ses actions à son épouse croate. Mais nous, Français, à la demande du Trésor, ne pouvons plus rien faire avec cette société. »
Que d'obstacles à franchir, oui, pour nourrir nos sols ! « Il y a peu, j'ai voulu acheter 1 200 tonnes d'engrais. Je n'ai trouvé aucun vendeur en mesure de me fournir la totalité. J'ai dû passer par plusieurs entreprises, qui m'en ont lâché 200 chacune, à des prix différents. » L'acheteur d'Agropithiviers accepte d'y mettre le prix. « Si je n'en achète pas maintenant, le risque est que je n'en trouve plus dans les prochains mois et, par conséquent, que mes agriculteurs n'en aient pas à disposition. » C'est à la sortie de l'hiver, du mois de février au mois d'avril, qu'ils s'en servent essentiellement pour leurs épandages.
Mais il n'y a pas que l'azote qui tourmente Forgeret, la potasse le chiffonne aussi. Cet élément se trouve en abondance du côté de la Biélorussie, alliée de la Russie, et sous sanctions européennes depuis quelques semaines. L'alternative serait de se fournir, par voie maritime, auprès du lointain Canada, qui a déjà son carnet de commandes bien plein avec ses ogres de voisins américains et brésiliens…
« La semaine prochaine, j'envoie mes bons de commande aux agriculteurs », ne désespère pas Philippe Forgeret. Les 400 exploitants d'Agropithiviers auront le choix : ou le suivre, demander un tonnage d'engrais et n'en connaître le prix qu'à l'issue des courses – ce sera une moyenne annualisée – ou ne pas en être et acheter au coup par coup, en comptant sur le facteur chance.
Fils et petit-fils d'agriculteur installé à Gueudreville Jouy, Cédric Benoist a opté pour la deuxième solution. Sans attendre, cet adhérent d'Agropithiviers a commandé la semaine dernière un camion d'engrais pour nourrir ses betteraves sucrières, son blé dur, ses blés améliorants (utilisés pour des mélanges de farine), son orge de printemps. Le voici plongé dans son ordinateur, examinant une feuille de calcul Excel, un nouvel outil fourni par sa coopérative afin de piloter ses coûts d'exploitation. « Les engrais pèsent lourd dans mes charges : leur prix est passé de 23 euros par tonne d'orge en 2021 à 60 euros aujourd'hui. »
Lui a besoin, en tout, de 50 tonnes pour ses 160 hectares de terre. Avec un prix à la tonne 600 euros plus cher que la normale, « ça représente un billet supplémentaire de 30 000 euros », calcule-t-il. Dans les prochaines semaines, il devrait recevoir son « camion » d'ammonitrate, un dérivé de l'azote redoutablement efficace pour la culture du blé : Sans lui, « la productivité baisserait de 50 à 60 % » ; avec lui, le blé prend rapidement de la hauteur, de la masse.
Très peu d'alternatives efficientes et bon marché à l'indispensable triptyque azote-potasse-phosphore s'offrent aux céréaliers. Il y a le compost. Cédric Benoist se fournit auprès d'un éleveur des Côtes-d'Armor. Il s'en sert avant de mettre en culture ses betteraves, son colza et ses tournesols. Puis, grâce à une analyse satellitaire de ses sols, il complète, parcelle après parcelle, avec « du chimique » . Au kilogramme près. Car le compost est peu pratique à étaler ; de toute façon, il n'y en aurait pas suffisamment pour tous.
« On ne peut pas se passer des engrais. Il faudrait changer tout le système de culture, il faudrait réintroduire de l'élevage, ce serait une évolution structurelle », explique Jean-François Bléchet, vice-président de la chambre d'agriculture du Loiret. L'exploitant nous reçoit en bordure d'un de ses terrains, situé à Jouy-en-Pithiverais. Au loin, on aperçoit du colza, des éoliennes et des vignes expérimentales. Des insectes tournicotent. « L'augmentation de nos coûts est vertigineuse. » Adhérent lui aussi d'Agropithiviers, il sort de la poche de sa chemise une petite feuille où il a griffonné quelques chiffres chocs à notre attention. En 2021, il achetait de la solution azotée, un engrais liquide, au prix de 240 euros le litre, contre 400 actuellement ; quant à l'ammonitrate, il s'échangeait à 270 euros la tonne l'année dernière et s'affiche aujourd'hui à 790. « Cela remet en cause le cadencement de notre exploitation », insiste Jean-François Bléchet.
Avec son frère Éric, il cultive 340 hectares et élabore l'assolement. D'une année à l'autre, pour des raisons agronomiques, ou économiques, les cultures diffèrent, ou ne se voient pas accorder la surface. C'est ainsi qu'en 2021, en voyant les prix des engrais déjà monter, le duo de frangins a décidé de faire « plus d'orge que de blé, car il demande moins d'engrais azoté. Pour l'année prochaine, le tournesol pourrait être une alternative intéressante, car il demande moins d'engrais que les betteraves, ou de l'orge ».
Pour baisser leur consommation d'engrais chimiques, les Bléchet passent aussi par le méthaniseur de leur coopérative, qui produit du digestat – un résidu de matières naturelles – à épandre sur leurs parcelles. Mais, là aussi, l'offre est limitée. Qui sait s'ils se laisseront tenter par des cendres de coques de tournesol, chargées en potasse, achetées récemment et pour la première fois par Agropithiviers ? Le gisement français ne couvrira jamais l'ensemble des besoins… Une solution après l'autre.
Dans certains cas, les céréaliers ont la possibilité de semer entre deux cultures des plantes-usines à azote. Il y a aussi cette innovation : des bactéries capables d'attraper de l'azote dans l'air afin de faciliter son absorption par le blé. De quoi permettre de capter 20 à 30 unités d'azote par hectare. Mais il en faut en tout de 150 à 200 unités… « Je compte sur la recherche pour limiter nos intrants », dit Jean-François Bléchet. Elle a permis de diviser par trois la quantité d'engrais nécessaire pour produire une tonne de sucre grâce à de nouvelles variétés de betteraves. Il a fallu vingt ans.
Disette d'engrais : les agriculteurs sur un volcan
Newsletter économie Chaque jeudi, recevez le meilleur de l'actualité économique, et recevez en avant-première les exclusivités du Point. La rédaction vous conseille Beatrice Parrino Le tréso...
Les engrais russes, une dépendance qui coûte cher...Le premier choc a été celui de la flambée des grains et huiles, le second est celui des engrais : la guerre en Ukraine a mis en lumière la dépendance de l’agriculture européenne au gaz russe pour la fabrication des fertilisants de synthèse.
Le changement climatique va bouleverser l'agriculture mondiale ! De nouvelles simulations informatiques prédisent de profonds changements dans les conditions de croissance qui affecteront la productivité des cultures clés au cours des 10 prochaines années si les tendances actuelles du réchauffement climatique se poursuivent.
des fruits disparus il y a 2000 ans ont été ressuscités...Le palmier dattier de Judée mentionné dans la Bible et le Coran a complètement disparu du monde il y a des milliers d'années, mais certaines graines récupérées par les archéologues ont finalement été ramenées à la vie.
Les agriculteurs souffrent aussi de la hausse des matières premières, comme beaucoup de professions. Que ce soit les engrais, les plastiques, mais aussi l'énergie pour ceux qui chauffent leur serre, la facture a été multipliée par trois en quelques mois, comme dans la région de Nantes, en Loire-Atlantique.
Près de 11 hectares de tomates viennent tout juste d'être plantés sous un immense abri de verre. Mais Antoine Cheminant, maraîcher à Carquefou (Loire-Atlantique) ne sait pas s'il pourra en tirer un bénéfice cette année. Ses coûts de production ont explosé : +15 % sur les plants, +25 % sur la laine de roche dans laquelle ils poussent, idem sur l'engrais. Le prix du gaz dont il dépend pour maintenir ses serres à 17 degrés a été multiplié par trois. "Je ne sais pas si ma culture sera rentable en 2022", s'inquiète Antoine Cheminant. Son père le confirme, il n'a jamais vu une telle hausse de toutes les matières premières.
Des maraîchers déboussolés
Selon lui, pour que l'entreprise familiale continue de faire vivre 85 salariés, il faudra que la grande distribution rogne ses marges. Autour de Nantes (Loire-Atlantique), il y a 4 000 hectares de légumes, et 200 maraîchers déboussolés. La profession prévient : certaines entreprises pourraient ne pas se relever.
https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/agriculture/agriculture-le-quotidien-de-plus-en-plus-couteux-des-maraichers_4881001.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20211215-[lesimages/image3]
L’Europe voulait encourager le retour à la rotation des cultures, mais France et Belgique ont freiné des quatre fers...C’est parfois dans les vieux grimoires qu’on retrouve les solutions à des problèmes modernes. Ou plutôt qu’on apprend à faire machine arrière. Les législateurs européens ont voté ce mardi sur la méga politique agricole commune (PAC)
La flambée des prix des engrais inquiète les agriculteurs français....Les prix des engrais azotés flambent depuis plusieurs semaines. Or, ils assurent les rendements des cultures, et il n'existe pas vraiment d'alternatives....La facture est salée pour les agriculteurs français: les prix des engrais azotés atteignent des sommets
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Une agriculture biologique pour nourrir l'Europe en 2050
https://www.cnrs.fr/fr/une-agriculture-biologique-pour-nourrir-leurope-en-2050
Une agriculture biologique pour nourrir l’Europe en 2050....Selon une étude menée par des scientifiques du CNRS1, un système agro-alimentaire biologique et durable, respectueux de la biodiversité, pourrait être mis en place en Europe...
Jean-Paul Pelras, ancien maraîcher, exhorte les médias à vérifier les informations qu’ils publient sur les sujets agricoles...Ces attaques réitérées par des gens qui ne connaissent ni la pratique ni l'outil à l'égard de ceux qui consacrent, depuis des générations, leur existence au maintien de l'agriculture et à l'équilibre des territoires ne doivent plus bénéficier du prisme de l'information...
la France se remet massivement à la culture du chanvre.. Souvent confondu avec le cannabis, le chanvre est prisé dans la papeterie, l’alimentation ou la construction. Et l’on redécouvre ses avantages environnementaux.
Ce qui nous nourrit principalement : l’autonomie alimentaire et les limites du maraîchage..l y a généralement une incompréhension : non, le maraichage ne nous « nourrit » pas et il n’apporte qu’une « sécurité alimentaire » très marginale...Surtout, le maraichage ne produit finalement que peu de calories, difficiles à conserver de manière prolongée.
Les agriculteurs ont besoin d'être soutenus financièrement pour favoriser le développement de l'agroforesterie
Commentaire de Jean-Marc Jancovici : «L'agroforesterie devient un élément bien identifié de la politique agricole commune pour "aller vers la neutralité carbone". Il faut dire que cette pratique apporte de nombreux bénéfices : elle remet du carbone dans le sol (via les racines des arbres), retient ce dernier (ce qui limite l'érosion), ombrage les cultures ou les animaux en pâture qui supportent mal la sécheresse en période de coup de chaud, amende le sol (via les chutes de feuilles), abrite des oiseaux ou prédateurs qui se nourrissent de ravageurs, limite la diffusion des maladies, bref ce n'est que du bonheur ou presque... à ceci près que cela peut gêner le passage des engins agricoles et donc diminuer à court terme la productivité, raison, pour laquelle on a fait "sauter les haies" un peu partout dans les paysages de plaine.
Il est important d'inverser cette tendance et de revenir à "plus d'arbres dans les champs" (et des arbres et des culture qui seront adaptés au climat de 2100, ce qui est une difficulté supplémentaire).
Mais pour cela les agriculteurs ont parfois besoin d'une aide financière. Là comme ailleurs, la méthode employée et le schéma retenu seront cruciaux pour que les pratiques encouragées ne comportent pas d'effet pervers.»
(publié par J-Pierre Dieterlen)
https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/10159700797027281
Les ventes de parts sociales, de biens en usufruit ou en nue-propriété, masquent des transactions foncières et financières qui échappent au fonctionnement des marchés des terres et des prairies libres. Des centaines de milliers d’hectares sont ainsi échangés.
Le marché foncier préfigure l’évolution de la propriété foncière dans les années à venir. L’an passé, 424 000 hectares de terre et de prés ont changé de propriétaire. Mais parallèlement à ces marchés de 5,3 milliards d’euros, 616 000 hectares appartenant à 5 560 sociétés sont en partie détenus par de nouveaux actionnaires. 1,1 milliard d’euros de parts sociales a été vendu et acheté en 2019, soit 17,6 % de la valeur des ventes sur le marché foncier agricole.
Cette surface de 616 000 hectares est mentionnée par la fédération nationale des Safer (FN Safer) dans son dernier rapport rendu public fin mai. Même s’il s’agit d’une estimation, ce chiffre montre que le marché des parts sociétaires représentait 1,4 fois la surface des ventes réalisées sur le marché de terres libres et louées.
Mais on ne sait pas quel a été le montant moyen de chaque hectare de terre et de prairie ainsi échangé, puisque les acquisitions ont porté sur des parts sociales.
Toutefois, « une seconde estimation, basée sur le pourcentage moyen de parts cédées, donne l’équivalent des surfaces transférées en 2019 via les cessions de part : 9 780 hectares pour les sociétés de portage, 177 200 hectares pour les sociétés d’exploitation », analyse la FN Safer.
Le travail à façon, un accès au foncier "déguisé"
« Du point de vue de l’entreprise de travaux agricoles (ETA), la sollicitation par une exploitation peut être assimilée à un mode d’accès au foncier », défend aussi la FN Safer. Si certains contrats prévoient uniquement l’exploitation des terres, d’autres ETA proposent un spectre plus large de services, comprenant l’exploitation, mais aussi les décisions et la gestion. » Certaines ETA exploiteraient plusieurs milliers d’hectares "en toute impunité" (du point de vue des Safer) puisqu’il n’existe aucune structure pour limiter la superficie cultivée.
Autre marché foncier qui échappe aux contrôles des Safer, les ventes de propriétés rurales en démembrement. La surface croît régulièrement et le nombre de transactions a battu un record l’an passé.
Les ventes en démembrement portaient entre autres sur 1,54 % de la surface du marché foncier rural : 1,24 % pour la nue-propriété et 0,3 % pour l’usufruit.
« 350 ventes d’usufruit ont été notifiées aux Safer pour 2 100 hectares et 20,4 millions d’euros. Les cessions de nue-propriété notifiées sont au nombre de 950 pour 8 580 hectares et 115,8 millions d’euros. »
Enfin, le marché des terres et des près loués porte chaque année sur une surface de plus en plus importante. En 2019, 174 900 hectares ont été vendus, soit 5,3 % de plus que l’an passé auxquels s’ajoutent 43 600 hectares de bâtiments loués.
Ces dernières années, environ 150 000 hectares en fermage ont changé de propriétaire, si on exclut les années 2009 et 2010, alors que le marché des surfaces des terres libres oscillait entre 150 000 et 250 000 hectares.
Le profil des vendeurs et des acquéreurs de terres change. Parmi les terres louées, « la vague des départs à la retraite peut expliquer la hausse des ventes de bien bâtis, autrement dit des exploitations », analyse la FN Safer. Des fermiers en place peuvent aussi être tentés d’acheter les terres qu’ils cultivent pour sécuriser leur exploitation avant de la transmettre.
La crise de l’élevage peut aussi expliquer cette hausse : des terres sont cédées pour recapitaliser les exploitations.
Enfin, la détention de terres est un bon placement financier. Selon la FN Safer, le taux de rendement brut d’une terre louée est de 2,70 % (montant du fermage divisé par le prix de l’hectare) alors que celui d’un produit d’assurance vie n’excède pas 1,4 %.
Toutefois, ce taux de rendement varie d’un département à l’autre selon le prix de l’hectare de terre et le montant du fermage. Il était supérieur à 3,7 % dans les Pays de la Loire et il est plus faible dans le Grand bassin parisien.
Dans ces conditions, la hausse continue du prix moyen de l’hectare loué n’est pas une surprise.
Ainsi, le prix de l’hectare de terre louée était de 4 760 € l’an passé. Il a donc progressé de 0,6 % alors que le prix de l’hectare libre a stagné (6 000 € ; 7 290 € en grandes cultures, 4 670 € en zones d’élevage).
Dans le Bassin parisien, un hectare loué était vendu 6 000 € en moyenne et même 10 000 € dans la Marne. Mais dans les départements d’élevage (Bourgogne, Pays de la Loire, Franche-Comté par exemple), la FN Safer souligne que l’hectare de terre n’excédait pas 3 000 €.
Outre les prix, les écarts de prix
En 2019, un hectare de terre louée équivaut à 79 % du prix d’un hectare de terre libre.
Cet écart de prix « oscille de 66,6% dans les Hauts-de-France à 97,3 % en région Grand Est, où les terres louées sont quasiment négociées au prix des terres libres », souligne la FN Safer.
Ces écarts de prix évoluent d’année en année. Ils renseignent sur le dynamisme du marché foncier des terres louées.
Dans chaque département, il est animé par des bailleurs qui cherchent à vendre leurs terres et par des fermiers en place qui ont un droit de préemption sur les terres mises en ventes qu’ils cultivent. Aussi, ces agriculteurs font pression pour acheter des terres moins chères.
En fait, le prix de vente des terres prend en partie en compte les loyers versés durant la durée du bail. Il a même souvent été négocié au moment de la signature du contrat de location, toujours selon la FN Safer.
Par ailleurs, des parcelles louées de petite dimension et isolées intéressent peu d’acquéreurs, hormis les exploitants en place qui voient, dans l’acquisition de ces terres, la sécurisation du foncier de leur exploitation.
Au final, cette conjoncture de facteurs contribue à faire baisser le prix de l’hectare de terre occupée et à creuser l’écart avec les prix de vente de terres louées.
Mais dans certaines régions, l’expansion urbaine et l’expulsion d’agriculteurs de leurs terres tendent à accroître l’écart de prix entre terres libres et louées car les agriculteurs expulsés cherchent à acquérir de nouvelles terres. Par ailleurs des terres libres proches d’une ville sont susceptibles de devenir constructibles ce qui les renchérit!
Mais si dans certains départements, peu de terres libres sont en en vente, le marché des terres louées se confondra alors avec celui des terres libres. Les écarts de prix seront alors faibles puisque les deux marchés s’aligneront !
Var : Un producteur se lance dans la production de bananes en métropole, et ça marche...il entend se concentrer sur trois variétés de bananes....L’une, du Brésil, étonne avec son intérieur orangé et son goût inédit. Les deux autres, du Honduras et d’Australie, se rapprochent plus de celles que l’on connaît, en plus petites....
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Pourquoi les paysans vont sauver le monde
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..Dans son dernier ouvrage, "Pourquoi les paysans vont sauver le monde", la géographe Sylvie Brunel lance un appel vibrant, et très documenté, aux consommateurs et décideurs français à « retrouver la raison », en rappelant quelques fondamentaux constamment occultés dans le débat public..
Argenteuil - Gennevilliers : ces terrains en friches vont devenir des terres maraîchères L’intercommunalité va racheter 40 hectares de terrains pour y installer des agriculteurs. Une transformation qui s’accompagne d’un vaste projet...
Non, vous ne pourrez plus acheter de tomates bio cultivées en France cet hiver.
Conformément à la décision du Comité national de l'agriculture biologique (Cnab) de juillet dernier, depuis le 21 décembre, il est interdit de vendre en France des fruits et légumes d'été bio cultivés dans l'Hexagone cet hiver, rapporte LCI.
Jusqu'au 30 avril, il ne sera donc plus possible de trouver sur les étais des tomates, concombres, poivrons ou aubergines issus de l'agriculture biologique française.
En effet, cultiver ces fruits et légumes en plein hiver suppose en général de le faire sous des serres chauffées, ce qui implique des émissions de gaz à effet de serre plus importantes qu'en saison.
Pour autant, les agriculteurs français n'ont pas l'interdiction de cultiver des fruits et légumes d'été bio en serres chauffées pendant l'hiver : ils peuvent le faire, mais ne pourront pas commercialiser leur production avant le 1er mai prochain.
L'objectif reste cependant de basculer vers un mode de production meilleur pour l'environnement. Les serres construites à partir du 1er janvier 2020 auront ainsi l'obligation de fonctionner avec des énergies renouvelables. Celles déjà en place ont jusqu'en 2025 pour faire la transition.
Reste un paradoxe, que souligne Le Figaro : l'interdiction "n'affecte pas les fruits et légumes produits à l'étranger comme en Espagne, aux Pays-Bas ou en Italie. Des produits qui peuvent donc être cultivés sous serre dans leur pays d'origine puis être importés".
Juillet 2018 : UF002 De Schilde, l’une des plus grandes serres en toiture d’Europe, située à La Haye (Hollande), déclare faillite. Initié en 2016, ce projet était porté par Urban Farmers, une entreprise suisse pionnière dans le domaine de l’agriculture urbaine...
Pendant des milliers d’années, les communautés paysannes du monde entier se sont nourries en travaillant avec les cycles naturels des substances nutritives. Grâce à des tâtonnements et à des observations minutieuses, ils ont appris à maintenir la fertilité des sols....
Au mois de juin, de forts épisodes de grêle se sont abattus sur la région Auvergne-Rhône-Alpes. S’ils sont restés très localisés, les dégâts ont néanmoins été considérables, avec des grêlons de la taille d’une balle de tennis. Face à la multitude de témoignages et de vidéos, notamment à Romans-sur-Isère dans la Drôme, l’actualité politique et médiatique s’est emparée des enjeux d’indemnisation et d’assurance, pour les agriculteurs notamment....
Machines, engrais, semences... L’intensification agricole s’est accompagnée d’un endettement et d’une dépendance croissants du monde paysan. Pour les membres de l’Atelier Paysan, cette spirale n’est pas une fatalité : la coopérative, qui compte aujourd’hui 14 salariés, organise des dizaines de formations à l’auto-construction, à l’amélioration d’outils ou de machines, et à la réparation d’équipements. De quoi réduire les emprunts auprès des banques, concevoir des outils économes et adaptés et, in fine, remettre un peu d’autonomie au cœur des pratiques agricoles. Reportage..
« L’agriculture est une invention humaine assez récente, et à bien des égards, ce fut l’une des idées les plus stupides de tous les temps. Les chasseurs-cueilleurs pouvaient subsister grâce à des milliers d’aliments sauvages. L’agriculture a changé tout cela, créant une dépendance accablante à quelques dizaines d’aliments domestiqués, nous rendant vulnérable aux famines, aux invasions de sauterelles et aux épidémies de mildiou. L’agriculture a permis l’accumulation de ressources produites en surabondance et, inévitablement, à l’accumulation inéquitable ; ainsi la société fut stratifiée et divisée en classes, et la pauvreté finalement inventée. »..
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Cela représente une énorme réduction de revenus. Si les agriculteurs ne gagnent pas suffisamment d’argent, ils démissionneront.
Les agriculteurs du Midwest américain sont confrontés à un problème de pluie trop abondante. Ils peuvent également avoir des problèmes de faible rendement.
Et John Deere n'est pas le seul. Tous les grands constructeurs de matériel agricole sont en difficulté...Le groupe AGCO a également annoncé des licenciements. Parmi les marques du groupe, on retrouve des tracteurs comme Massey Ferguson, Fendt, Challenger et le fabricant de moissonneuses-batteuses Laverda.
https://www.manufacturingdive.com/news/agco-reveals-layoffs-citing-weakening-demand/720198/
Le groupe CNH (avec Case IH, New Holland, Steyr…) rejoint également les entreprises qui se plaignent d'une baisse de la demande.
https://www.agriculturedive.com/news/cnh-industrial-begins-job-cuts-as-weak-market-factors-loom-Q3/700179/