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Publié le par ottolilienthal

Le Printemps des Dictateurs.....

Analyser le présent est un exercice difficile auquel les chroniqueurs et les journalistes devraient se limiter. S'aventurer dans la prophétie est tentant, mais bien trop dangereux. Le sort de la démocratie libérale en est la preuve. En 1990, après l'effondrement du monde soviétique, tous ceux qui avaient accès aux médias annonçaient le triomphe inévitable de l'économie de marché et de la liberté politique : la fin de l'histoire, disaient-ils alors. Il est vrai que certains pays qui dépendaient auparavant de Moscou ont choisi la voie de la démocratie et du capitalisme, croyant que leur libération signifiait l'entrée dans une nouvelle ère de liberté.

Cependant, les espoirs et les promesses que ces changements permettraient de surmonter les problèmes historiques ont été déçus, à commencer par la Russie elle-même. Entre 1990 et 1998, sous le gouvernement de Boris Eltsine, il semblait possible que la Russie s'oriente vers la liberté d'expression, des médias indépendants et la reconnaissance de l'entreprise privée. À cette époque, on se souvenait que de nombreux dissidents soviétiques avaient toujours soutenu que la civilisation russe pouvait être compatible avec la démocratie. Mais tout a basculé lorsque Boris Eltsine a pris la décision – considérée par beaucoup comme une erreur historique – de choisir Vladimir Poutine comme successeur. Dès lors, le projet démocratique s'est effondré et la Russie a renoué avec une autre de ses traditions : la tyrannie.

Il convient également de rappeler que, dans les années 1990, quelques lueurs de liberté ont illuminé la Chine communiste. Mais cette lueur vacillante s'est éteinte avec l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping. Non seulement le monde communiste n'a pas su embrasser la démocratie, mais d'anciennes démocraties s'en éloignent, comme le démontre l'évolution de l'Inde, censée être la plus grande démocratie du monde. Depuis que Narendra Modi est à la tête du pays, il s'emploie à museler l'indépendance du pouvoir judiciaire et des médias afin d'imposer une idéologie uniforme, nationaliste et hindoue à un peuple d'une infinie diversité.

Et qu'en est-il de l'Amérique latine ? Elle oscille entre deux traditions : la démocratie libérale, très vivante au XIXe siècle, et le caudillisme, plus caractéristique du XXe siècle. En ce sens, l'évolution de l'Amérique centrale n'est guère prometteuse, et celle du Brésil et de l'Argentine demeure incertaine. Dans le monde arabe, le printemps 2011, qui fut une vaste et populaire aspiration à la liberté, n'a duré que deux ou trois ans avant que des dictateurs d'origine militaire ou soutenus par l'armée n'étouffent tout espoir. Notre Europe résiste difficilement à la tentation totalitaire, bien que quelques vestiges du fascisme persistent à ses frontières orientales et en Allemagne.

L'évolution la plus inattendue est celle des États-Unis, où le président Donald Trump acquiert progressivement des pouvoirs quasi dictatoriaux et des milices, sans qu'il soit possible de prévoir les conséquences de ses ambitions démesurées, exercées au détriment de tous ses opposants.

Si l'on devait jeter un coup d'œil au monde actuel, on constaterait que les dictateurs gagnent du terrain tandis que la démocratie stagne. Peut-on établir un parallèle entre tous ces tyrans, traditionnels et nouveaux ? Je le crois. De même que les démocraties partagent des valeurs universelles telles que la liberté d'expression, la liberté de la presse, des élections libres, l'indépendance de la justice et l'alternance au pouvoir, tous les dictateurs partagent des traits communs. J'en soulignerai cinq qui, à mon avis, se retrouvent en Chine, en Russie et en Égypte, ainsi que dans le trumpisme, et même en Iran et en Corée du Nord.

Le premier fondement de la dictature en tant que régime politique consiste à s'emparer du pouvoir en faisant des promesses irréalisables, telles que la justice sociale pour tous et le triomphe de l'identité nationale, afin moins de gagner l'opinion publique que de l'anesthésier. Les États-Unis, comme l'Inde et la Chine, se trouvent aujourd'hui dans cet état de stupeur, de quasi-perte de conscience collective. Les réseaux sociaux, contrôlés par les dictateurs, loin de libérer les esprits, contribuent à leur abrutissement.

La seconde caractéristique commune est la réduction de toute politique à la désignation d'un ennemi. Cet ennemi peut être intérieur – un ennemi de classe, ou appartenant à une minorité religieuse ou ethnique – ou extérieur et imaginaire, comme l'Europe présentée comme une menace pour la Russie, ou les Juifs accusés de vouloir conquérir le monde. Cette désignation de l'ennemi permet de réprimer toute opposition, systématiquement dénoncée comme agent étranger ou traître intérieur.

Un troisième élément commun à toutes les dictatures est la peur. Vues de l'extérieur, elles semblent refléter l'opinion publique ; pourtant, de l'intérieur, il est clair qu'elles sont imposées et perpétuées avant tout par la peur. Cela est devenu flagrant après la chute de l'Union soviétique, lorsque les citoyens russes ont soudainement élevé la voix pour exprimer ce qu'ils avaient gardé secret pendant trois générations. Les partis communistes gouvernaient par la peur ; Poutine contrôle la Russie par la peur, Xi Jinping fait de même en Chine et le maréchal Al-Sissi en Égypte.

Le quatrième pilier de toute dictature est la mobilisation pour la guerre. Puisque, en général, les dictatures n'apportent aucun avantage réel à leur peuple, la mobilisation militaire et la désignation d'un adversaire aux frontières deviennent le destin inéluctable de toute tyrannie. L'Union soviétique a envahi la plupart de ses voisins ; la Chine menace Taïwan, dont la conquête serait, en réalité, totalement inutile pour elle ; l'Algérie s'arme contre le Maroc, tandis que les États-Unis menacent le Canada, le Groenland et même le Mexique, au nom d'un intérêt national dont la nature est difficile à définir.

En fin de compte, cette logique sert à justifier toute contestation interne. Enfin, une caractéristique commune à toutes les dictatures est l'absence de limite de temps et de désignation de successeurs. La grande vertu de la démocratie, au contraire, est d'organiser la transition du pouvoir sans recourir aux révolutions ni à la violence. Dans notre pays, il n'est pas nécessaire d'assassiner le dirigeant ni d'attendre sa mort naturelle pour planifier sa succession : l'échéance est fixée à l'avance. Il est également ironique que, lors de la rencontre entre Poutine et Xi Jinping, leur conversation privée, captée par un micro indiscret, ait révélé que leur principale préoccupation était de prolonger leur vie grâce à la médecine moderne… et de se maintenir au pouvoir jusqu'à leur dernier souffle.

Pendant longtemps, les démocraties se sont définies par leur lutte contre le communisme. Aujourd'hui, le principal affrontement est contre l'autocratie. C'est la raison fondamentale pour laquelle le sort de l'Ukraine nous importe tant : il s'agit d'un affrontement entre la liberté et sa répression. Selon que l'on soutienne l'Ukraine ou ses adversaires, l'histoire jugera chaque pays comme un défenseur de la démocratie ou un complice de l'autocratie. Il n'y a pas de juste milieu.

Lundi 16 février 2026, Guy Sorman, ABC

https://www.almendron.com/tribuna/la-primavera-de-los-dictadores/

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Iran, ces mafieux qui ont défiguré la révolution...

« Le Guide suprême n’a qu’un seul souci : les profits annuels. Le reste, il s’en moque. »...

 

Créé par un bref édit de Khomeiny en 1989, deux mois avant sa mort, pour gérer les biens « sans propriétaire » et les reverser aux pauvres, Setad — « le Quartier général d’exécution de l’ordre de l’Imam » — est devenu sous Ali Khamenei un empire à 95 milliards de dollars.

Après six mois d’enquête, Reuters a reconstitué la mécanique implacable de cette nébuleuse dont l’inventaire donne le vertige : un portefeuille immobilier estimé à 52 milliards de dollars dès 2008 ; des participations dans les plus grandes banques iraniennes ; 38 % du consortium contrôlant Telecommunication Co of Iran (le plus grand opérateur du pays, acquis en 2009 pour 7,8 milliards de dollars aux côtés des Gardiens de la révolution) ; le conglomérat Rey Investment évalué à 40 milliards par le Trésor américain ; des cimenteries ; des raffineries ; des centrales électriques ; des compagnies d’assurance ; un élevage d’autruches ; et même des usines de contraceptifs oraux. Un comble pour un régime dont le Guide suprême déclarait en 2012 : « Les familles et les jeunes doivent augmenter le taux de natalité. »

Alors que le rial se liquéfie, que l’inflation s’approche des 100 %, le Setad engrange des centaines de millions de dollars de revenus par an. C’est le Guide qui nomme les administrateurs, qui délègue la gestion et exige une rentabilité optimale. « All he cares about is the number » (tout ce qui l’intéresse, c’est les chiffres – l’argent), confie à Reuters un ancien cadre.

J’ai connu l’autre visage de cette Révolution. En 1978, adolescent, j’ai passé une après-midi en compagnie de Ruhollah Khomeiny à Neauphle-le-Château. Puis une nuit à ses côtés dans l’avion d’Air France qui le ramenait triomphalement vers Téhéran le 1er février 1979. Dans son modeste pavillon des Yvelines, nous avions partagé à la main un repas, assis à même le sol sur des montagnes de tapis dans son petit salon aux papier peint défraîchi. Khomeiny parlait un arabe littéraire parfait, me touchait le coude pour appuyer ses propos, me regardait droit de ses yeux étincelants. « Tu me rappelles étrangement mon fils Mostafa, décédé il y a quelques mois. » À l’atterrissage à Mehrabad, attendu par des millions de personnes, il me prend la main, m’embrasse sur le front et me glisse une enveloppe : « Ouvre-la seulement quand tu auras quitté l’espace aérien iranien. »

Comment en est-on arrivé là ?

Comment ce Ejraiye Farmane Hazrate Emam, censé à l’origine redistribuer ses revenus aux veuves de guerre et aux déshérités, s’est-il métamorphosé en un conglomérat économique, État dans l’État conférant immunité et pouvoir absolus à Khamenei, qui dispose ainsi d’une caisse noire colossale, indépendante du budget national et des luttes de factions ? Considéré désormais comme un tyran, le Setad est « sa police d’assurance lui permettant d’acheter des loyautés, de financer la répression et de préparer son exil si nécessaire », selon des sources anonymes citées par Reuters. Au fil des décennies, la théocratie iranienne a engendré une oligarchie opaque au service d’un seul homme entouré d’une petite clique, qualifiée par le Trésor américain de « réseau massif de sociétés-écrans dissimulant des actifs au profit des dirigeants iraniens ».

Je mesure l’abîme entre mon Khomeiny visionnaire côtoyé et la machine à broyer qu’est devenu son héritage. L’homme que j’ai connu récitait le Coran par cœur depuis l’âge de 16 ans, passait des heures à s’extasier avec le poète Nader Naderpour. Il ne considérait ni la musique, ni les échecs, ni le port de la cravate comme blasphématoires – à rebours de la quasi-totalité du clergé chiite. Il s’extasiait devant Oum Koulsoum et enviait mes liens familiaux avec elle : « Ses hymnes me font frissonner, un peu comme les chants religieux musulmans », me confiait-il. En 1989, quelques mois avant sa mort, il écrivit à Gorbatchev pour l’exhorter à lire – non pas le Coran – mais les mystiques soufis Ibn al-Arabi et les philosophes Avicenne et Farabi – au grand dam de ses subalternes, les mollahs. En 1979, Khomeiny m’assurait que son destin était de réhabiliter l’honneur perdu des chiites. Il s’enflammait à la perspective de « renverser tyrans et voleurs », considérait que l’Iran n’était que la première étape de sa « Révolution mondiale pour les opprimés ».

Ironie de l’histoire, le Setad de Khamenei reproduit aujourd’hui les méthodes du Shah, mais à plus grande échelle et avec une efficacité bureaucratique glaçante. C’est cette dualité fondatrice et destructrice qui fait aujourd’hui se convulser l’Iran : d’un côté, le mysticisme, la poésie, l’aspiration à la justice qui avaient nourri la ferveur révolutionnaire de 1979 ; de l’autre, la confiscation méthodique du pouvoir, la prédation économique, la répression sanglante. À cet égard, le Setad incarne cette trahison : organisme créé au nom des pauvres devenu instrument d’enrichissement d’une autocratie. Familles dépossédées de leurs biens sur base de fausses déclarations d’abandon. Propriétaires contraints de racheter leurs propres maisons. Une vieille femme soulevée sur son tapis, jetée hors de chez elle, toujours selon l’enquête fouillée menée par Reuters.

Les gouvernements sous la tutelle de Khamenei auront édifié un arsenal juridique redoutable. L’article 45 de la Constitution permettait déjà à l’État de disposer des terres « abandonnées ». L’article 49, encore plus dévastateur, autorise la confiscation des « richesses illicites » – si largement rédigé que, selon l’historien Shaul Bakhash de la George Mason University, « il permet l’expropriation sur les prétextes les plus minces ». En 1984, le parlement crée des tribunaux spéciaux de confiscation rattachés aux tribunaux révolutionnaires. Loin de mettre de l’ordre, ces « tribunaux de l’article 49 » systématisent les saisies.

En 1997, une commission juridique gouvernementale déclare que l’Inspection générale – organe anticorruption iranien – n’a pas le droit de contrôler le Setad sans l’autorisation du Guide. En 2000, le pouvoir judiciaire accorde au Setad le monopole exclusif des saisies au nom du Guide. En 2008, le parlement vote enfin sa propre interdiction de contrôler les organisations sous tutelle du Guide suprême. « Personne ne sait ce qui se passe à l’intérieur de ces organisations. Un détail trahit l’ampleur de l’empire : le siège du Setad est un grand bâtiment gris en béton, aux petites fenêtres, au cœur du quartier commercial de Téhéran. Vous ne le remarquerez même pas en passant devant », confie un ancien employé.

L’invisibilité comme doctrine, conférant à Khamenei un pouvoir que Khomeiny n’a jamais eu – et qu’il n’a jamais voulu. Considéré comme insuffisamment qualifié par les grands Ayatollahs, n’ayant pas le rang clérical requis par la Constitution, Khamenei fut choisi in extremis par l’Assemblée des experts à la mort de Khomeiny, grâce à un amendement constitutionnel voté dans l’urgence. Il opère à présent depuis un vaste complexe où travaillent environ 500 personnes recrutées parmi les Gardiens et les services de sécurité, financées par le Setad. Celui-ci est sa caisse noire colossale, indépendante du budget national et des luttes de factions, devenu un gigantesque levier d’enrichissement d’une autocratie.

Je mesure l’abîme entre le mystique que j’ai côtoyé et la mécanique institutionnelle qu’est devenu son héritage. Une nation de factieux qui, de l’aveu du président Pezeshkian devant le parlement, n’hésiteront pas à s’affronter entre eux dès la disparition de celui qui tient les cordons de la bourse.

Ayant ouvert l’enveloppe remise par Khomeiny lors de mon vol de retour vers Paris, celle-ci contient une image et une ligne en arabe : « L’Histoire commence maintenant. »

Elle a bien commencé en cette aube du 1er février 79. Elle ne s’est toutefois pas écrite comme il l’avait rêvé. Le régime qu’il a fondé implose sous le poids de ses propres contradictions. Celles-là mêmes qui avaient été perçues par l’adolescent qu’avait ébloui ce vieil homme au charisme insoutenable.

février 15, 2026 0 Par Michel Santi

 
L’empire financier secret de Mojtaba Khamenei, le fils du guide suprême iranien...

À travers des sociétés écrans et des acquisitions immobilières au nom de parties tierces à Londres, Francfort ou Dubaï, le fils de l’ayatollah Ali Khamenei, soumis à des sanctions américaines depuis 2019, a réussi à tisser au fil des ans un vaste réseau d’investissements occultes et lucratifs, révèle “Bloomberg”.

“Derrière les façades luxueuses des maisons de Bishops Avenue [un quartier huppé de Londres] se cache un réseau [financier et immobilier] s’étendant de Téhéran à Dubaï et Francfort. La propriété ultime remonte, à travers une multitude de sociétés écrans, à l’un des hommes les plus puissants du Moyen-Orient : Mojtaba Khamenei, le deuxième fils du guide suprême iranien”, révèle le média américain Bloomberg dans une enquête sur la fortune du potentiel successeur au numéro un en Iran.

Ce religieux de 56 ans supervise, en effet, un vaste empire financier, “s’étendant du transport maritime dans le golfe Persique aux comptes bancaires suisses, en passant par l’immobilier de luxe britannique”, selon des sources proches du dossier et un “important service de renseignement occidental” ayant révélé des informations au média.

“Un des plus grands conglomérats du Moyen-Orient”

Le patrimoine en question inclut des biens immobiliers dans plusieurs quartiers luxueux de Londres, une villa dans un secteur surnommé le “Beverly Hills de Dubaï” et des hôtels haut de gamme en Europe, de Francfort à Majorque, précisent les sources citées.

“Ce réseau de sociétés a permis d’acheminer des fonds – estimés à plusieurs milliards de dollars – vers les marchés occidentaux, malgré les sanctions américaines qui lui ont été imposées en 2019”.

Les acquisitions, dont les premières remontent à 2011, n’ont toutefois jamais été enregistrées au nom de Mojtaba Khamenei – même avant qu’il ne soit soumis à des sanctions, précise Bloomberg. En effet, la majeure partie des investissements apparaissent au nom d’un homme d’affaires iranien, Ali Ansari, un proche des Khamenei – sanctionné par le Royaume-Uni depuis octobre 2025 –, selon des documents que le média dit avoir consultés.

Quant aux fonds ayant servi à ces transactions, ils “proviennent principalement des ventes de pétrole iranien [soumis aussi à des sanctions]” et ont transité, toujours selon les mêmes sources, “par des comptes bancaires au Royaume-Uni, en Suisse, au Liechtenstein et aux Émirats arabes unis”.

L’article, qui détaille certaines de ces opérations occultes, jette, en parallèle, une lumière crue sur l’empire financier piloté par la structure dirigeante en Iran, y compris par le guide suprême lui-même qui chapeaute l’une des organisations les plus riches du pays, baptisée “Exécution des ordres de l’imam Khomeini”. Bâtie en grande partie sur la confiscation de milliers de biens après la révolution islamique en 1979, celle-ci gère des actifs de plusieurs milliards de dollars dans l’ensemble du pays, selon Bloomberg, et constitue aujourd’hui “l’un des plus grands conglomérats publics du Moyen-Orient”.

Des réalités financières qui, au-delà de leur caractère illicite, contrastent pour le moins avec l’image “de piété et d’austérité promue par les médias d’État et le pouvoir” de l’ayatollah et de sa famille, conclut le média américain.

https://www.courrierinternational.com/article/enquete-l-empire-financier-secret-de-mojtaba-khamenei-le-fils-du-guide-supreme-iranien_240164

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Iran : Comme Bachar al-Assad, l’ayatollah Khamenei aurait un plan pour fuir à Moscou...

Si la répression des actuelles manifestations en Iran qui a fait déjà au moins douze morts ne suffit pas et en cas de perte de contrôle du pays, l’ayatollah Khamenei aurait déjà prévu sa fuite vers Moscou

Si gouverner est prévoir, l’ayatollah Khamenei semble avoir assuré ses arrières, en prévoyant une fuite possible d’ Iran vers Moscou en cas de perte contrôle du pays, selon le journal britannique The Times.

Une information qui tombe à propos, alors que le pouvoir du chef religieux iranien semble peiner à réprimer d’importantes manifestations malgré au moins douze morts parmi les contestataires.

Son fils et héritier désigné embarqué avec lui

Aussi, son plan de fuite détaillé au Times par une source du renseignement prévoirait le départ en avion vers Moscou de l’ayatollah Khamenei, 86 ans, et de son cercle proche d’une vingtaine de personnes, incluant évidemment son fils et héritier désigné, Mojtaba, 56 ans.

Avec a priori de quoi largement subvenir à ses besoins : Khamenei – dont les avoirs ont été évalués par Reuters à 95 milliards de dollars – et son entourage s’étant assurés de « la collecte d’actifs, de propriétés à l’étranger et d’argent liquide », a déclaré cette même source.

En atterrissant en Russie, il rejoindrait alors Bachar al-Assad, réfugié de Syrie qu’il avait gouverné avec une main de fer et dans le sang pendant près de vingt-cinq ans, ce qui reste moins que la durée du règne de Khamenei.

 

 

« Le Pen et Mélenchon, laquais de Poutine (et de Trump) »...

 Que cachent les courbettes du RN Jean-Philippe Tanguy ou du leader de LFI devant Vladimir Poutine, au moment où le Kremlin déclare la stratégie de la Maison-Blanche alignée sur la sienne ?

Il faut toujours écouter les dictateurs (ou leurs serviteurs), ils ont tendance à dire ce qu'ils pensent. Nous pouvons donc prendre au mot les déclarations du porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, lorsqu'il affirme que la nouvelle stratégie de sécurité américaine, publiée il y a quelques jours, est « globalement conforme » à la vision du Kremlin. Voilà qui est clair.

La lecture de ce document très officiel devrait inciter à réfléchir : on y lit notamment la théorisation de l'abandon de l'Ukraine et une virulente charge à l'égard de l'Union européenne, avec une préférence pour sa fragmentation, ainsi qu'un encouragement aux partis populistes, appelés « patriotes ». « Désormais, le risque pour nous, Européens, n'est plus le désengagement : c'est l'affrontement », résume le politologue Bruno Tertrais. Ce n'est qu'une confirmation, mais cela a au moins le mérite de ne plus permettre le déni. D'autant que se trouvent chez nous des alliés objectifs de cet axe trumpo-poutinien, et qu'ils sont particulièrement désinhibés ces temps-ci.

Jean-Philippe Tanguy, bras droit de Marine Le Pen, a ainsi qualifié Emmanuel Macron de « fauteur de guerre » (sur RTL, le 7 décembre). Le discours du président de la République ne serait, selon lui, que « dans l'offensive et la continuité de la guerre »… Évidemment ! Chacun sait que c'est l'Ukraine qui a envahi la Russie, et qui plus est avec des chars français… Jean-Philippe Tanguy n'est pas dépourvu de culot, mais, après tout, tout cela est cohérent. Le RN avait beaucoup adouci son discours sur l'Ukraine depuis l'invasion de 2022, mais chassez le naturel…

Le patriotisme est chez lui une notion assez malléable. Un exemple ? Le maître du Kremlin a déclaré la semaine dernière n'avoir « pas l'intention de faire la guerre à l'Europe », tout en précisant que « si l'Europe le souhaite et commence, nous sommes prêts dès maintenant ». Un discours incroyablement belliqueux, et qui nous vise expressément, mais, au RN, on ne s'en offusque pas.

Les belles solutions de Mélenchon

Côté LFI, la posture agenouillée devant le despote du Kremlin est aussi la règle. Comme le RN, le parti de Jean-Luc Mélenchon ne vote pas les résolutions de soutien à l'Ukraine (il a même voté contre la dernière, le 12 mars 2025). En 2022, quelques jours avant l'invasion, Jean-Luc Mélenchon avait affirmé que « l'agresseur, c'est l'Otan », et il n'a manifestement pas changé d'avis.

Le 4 décembre, en meeting à Charleville-Mézières, le chef incontesté (mais non élu !) de LFI a donné sa solution : « C'est le peuple qui décide, les Ukrainiens du Donbass, ceux de la Crimée », ajoutant que « c'est moins difficile d'organiser une élection qu'une guerre ».

Il fallait y penser ! Un référendum dans une zone occupée par l'armée russe ne peut que se passer pour le meilleur. Et puis tout va bien, les réfugiés ont tort d'être absents… M. Mélenchon oublie toutefois qu'un tel référendum a déjà eu lieu en Crimée pour justifier son annexion par la Russie en 2014 : 96,77 % de « oui ». Il faut dire qu'il était bien organisé…

M. Mélenchon omet aussi de préciser que cette question, pour toute l'Ukraine, a déjà été tranchée par les urnes en… 1991. L'Ukraine avait voté très largement en faveur de son indépendance, y compris, notons-le, dans le Donbass, et même en Crimée… Le discours du chef de LFI ressemble, au fond, à un copier-coller de celui du Kremlin.

Qu'espèrent tirer les hérauts du lepéno-mélenchonisme de ces courbettes ? S'agit-il de purs travers idéologiques ou y a-t-il aussi un calcul ? « L'ambitieux se rêve au faîte du pouvoir, tout en s'aplatissant dans la boue du servilisme », écrivait Balzac. Dans les deux cas, que ce spectacle est laid… 

 
 

Nous sommes tous Christophe Gleizes ! La confirmation en appel de la condamnation du journaliste de Society et So Foot à sept ans de prison en Algérie pour « apologie du terrorisme » est une honte absolue. Grotesque sur le fond, cette décision est aussi une attaque frontale contre la liberté de la presse, contre la liberté tout court. Le Point lui apporte évidemment son plein soutien.

Etienne Gernelle

https://www.lepoint.fr/editos-du-point/etienne-gernelle-le-pen-et-melenchon-laquais-de-poutine-et-de-trump

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La nuit où Bachar El-Assad et les caciques de son régime ont fui la Syrie...

Face à l’avancée fulgurante des rebelles, le dictateur syrien s’envole avec sa famille pour Moscou dans la nuit du 7 au 8 décembre 2024, laissant derrière lui les principales figures du régime livrées à elles-mêmes pour organiser leur fuite. “The New York Times” reconstitue le récit de cet exode précipité, parfois rocambolesque, de ce tout petit monde qui a réussi à trouver refuge en Russie ou ailleurs à l’étranger.

Peu après minuit, le 8 décembre 2024, des dizaines de personnes se rassemblèrent dans l'obscurité devant la zone militaire de l'aéroport international de Damas. Emportant le strict nécessaire, elles s'entassèrent à bord d'un petit avion de Syrian Air.

Une heure auparavant, elles appartenaient à une élite qui constituait l'épine dorsale de l'un des régimes les plus brutaux au monde. Désormais, suite à la chute soudaine du président Bachar el-Assad et à sa fuite du pays, elles étaient des fugitifs, tentant de fuir avec leurs familles.

Parmi les passagers se trouvait Qahtan Khalil, directeur du renseignement de l'armée de l'air syrienne, accusé d'être directement responsable de l'un des massacres les plus sanglants des treize années de guerre civile.

Il était accompagné d'Ali Abbas et d'Ali Ayyoub, deux anciens ministres de la Défense sanctionnés pour violations des droits de l'homme et atrocités commises durant le conflit.

Le chef d'état-major des armées, Abdul Karim Ibrahim, était également présent, accusé d'avoir facilité des actes de torture et des violences sexuelles contre des civils.

La présence de ces personnalités, ainsi que d'autres figures du régime, a été confirmée au New York Times par un passager et deux anciens responsables ayant connaissance du vol.

Alors qu'une offensive rebelle fulgurante s'abattait sur la capitale syrienne, la fuite furtive de M. al-Assad hors de Damas, plus tôt dans la soirée, prit par surprise son entourage le plus proche et devint le symbole de la chute spectaculaire de son régime.

Ses hommes de main l'imitèrent rapidement. En quelques heures, les piliers de tout un système de répression ne s'étaient pas seulement effondrés ; ils avaient disparu.

Certains prirent l'avion. D'autres se précipitèrent vers leurs villas côtières et s'enfuirent à bord de luxueux hors-bord.

Certains s'enfuirent en convois de voitures de luxe, tandis que les rebelles, postés à des points de contrôle récemment installés, les laissaient passer sans le savoir. Quelques-uns se réfugièrent à l'ambassade de Russie, qui facilita leur fuite vers Moscou, le plus important allié de M. al-Assad.

Pour les milliers de Syriens qui ont perdu des êtres chers, ou qui ont été torturés, emprisonnés ou déplacés par le régime d'Assad, leur patrie était devenue une scène de crime d'où les principaux suspects avaient disparu en masse.

Dix mois après la chute du régime, une nation ravagée par la guerre doit non seulement relever l'immense défi de la reconstruction, mais aussi la tâche colossale de parcourir le monde pour retrouver et traduire en justice les responsables de certains des pires crimes d'État de ce siècle.

D'anciens combattants rebelles et le jeune gouvernement syrien tentent de les localiser grâce à des informateurs, au piratage informatique et téléphonique, ou encore à des indices recueillis dans les anciens quartiers généraux du régime. En Europe et aux États-Unis, les procureurs constituent ou rouvrent des dossiers. Parallèlement, des organisations de la société civile syrienne et des enquêteurs des Nations Unies recueillent des preuves et des témoignages, dans l'espoir que justice soit rendue.

Leurs cibles comptent parmi les individus les plus insaisissables au monde. Nombre d'entre eux ont exercé un pouvoir immense pendant des décennies, tout en demeurant des énigmes : leurs véritables noms, âges et, dans certains cas, même leur apparence, restaient inconnus.

Le manque d'informations a engendré à maintes reprises des inexactitudes dans les reportages, ainsi que sur les listes de sanctions et les rapports des forces de l'ordre. Il a probablement permis à certains des éléments les plus notoires du régime d'échapper aux autorités syriennes et européennes depuis la chute de M. al-Assad.

Les moyens de disparaître

Ces derniers mois, une équipe de journalistes du Times s'est efforcée de clarifier le rôle et la véritable identité de 55 de ces responsables du régime, tous d'anciens hauts gradés du gouvernement et de l'armée, figurant sur les listes de sanctions internationales et liés aux épisodes les plus meurtriers de l'histoire récente de la Syrie.

L'enquête a nécessité diverses investigations, allant du traçage des traces numériques et des comptes de réseaux sociaux familiaux à la fouille de propriétés abandonnées à la recherche d'anciennes factures de téléphone et d'informations de cartes de crédit.

Des journalistes ont interrogé des dizaines d'anciens responsables du régime, dont beaucoup ont témoigné sous couvert d'anonymat pour des raisons de sécurité, ainsi que des avocats syriens spécialisés dans les droits de l'homme, des représentants des forces de l'ordre européennes, des organisations de la société civile et des membres du nouveau gouvernement syrien. Ils ont visité des dizaines de villas et d'entreprises abandonnées liées à des figures emblématiques du régime et ont reconstitué certains de leurs itinéraires de fuite.

On ignore où se trouvent actuellement nombre de ces 55 anciens hauts responsables qui ont permis l'instauration de la dictature de M. al-Assad, mais parmi la douzaine de personnes recensées par le Times, leur sort est très variable.

M. al-Assad lui-même se trouve en Russie et semble avoir rompu tout contact avec la plupart de ses proches, selon d'anciens responsables syriens, des membres de sa famille et des associés.

Maher al-Assad, qui était le second personnage le plus puissant de la Syrie sous le régime, après son frère Bachar, mène une vie de luxe en exil à Moscou, en compagnie de certains de ses anciens commandants, comme Jamal Younes, d'après les témoignages de responsables de l'époque et d'associés qui les côtoient, ainsi que des preuves vidéo authentifiées par le Times.

D'autres, comme le général de brigade Ghiath Dalla, dont les forces ont participé à la répression violente des manifestations, figurent parmi les anciens officiers qui complotent des actes de sabotage depuis le Liban, selon d'anciens commandants militaires qui ont également transmis des échanges de SMS au Times. M. Dalla coordonne ses actions avec d'anciens dirigeants du régime, tels que Suhail al-Hassan et Kamal al-Hassan, depuis Moscou, ont indiqué ces mêmes commandants.

D'après un ancien commandant militaire et des collaborateurs du nouveau gouvernement, certains responsables ont conclu des accords opaques pour rester en Syrie. Amr al-Armanazi, qui supervisait le programme d'armes chimiques de M. al-Assad, vivait toujours à son domicile à Damas, selon des journalistes du Times.

Suivre la trace d'un si grand nombre de personnes représente un défi de taille pour ceux qui cherchent à obtenir justice. Il faut constituer des dossiers criminels et trouver les moyens de les poursuivre.

Mais au cœur de ce défi se trouve la question de la meilleure façon de coordonner les efforts de recherche internationaux pour retrouver des personnes qui veulent rester introuvables.

D'après d'anciens employés et des membres du régime, nombre d'entre eux avaient facilement accès à des services gouvernementaux qui leur permettaient d'obtenir de véritables passeports syriens sous de fausses identités. Cela leur permettait ensuite d'obtenir des passeports pour des pays des Caraïbes.

« Certains de ces individus se sont forgé une nouvelle identité en acquérant la citoyenneté grâce à des investissements immobiliers ou des versements financiers. Ils utilisent ces nouveaux noms et nationalités pour se dissimuler », explique Mazen Darwish, directeur du Centre syrien pour les médias et la liberté d'expression, une organisation basée à Paris et fer de lance de la lutte pour la justice en Syrie.

« Ces personnes ont les moyens financiers de circuler librement, d'acheter de nouveaux passeports et de disparaître. »

« Il est parti. »

L’exode massif a commencé tard dans la nuit du 7 décembre 2024, après une prise de conscience brutale.

Pendant des heures, plusieurs des principaux conseillers de M. al-Assad, attendant près de son bureau au palais présidentiel, ont répondu avec assurance aux appels de leurs collègues et de leurs proches, ont déclaré plusieurs responsables de l’ancien régime qui étaient en contact avec eux cette nuit-là. Les responsables du palais leur ont assuré que le président était là, en train de peaufiner un plan avec ses conseillers militaires, russes et iraniens pour contrer l’avancée des forces rebelles.

Mais ce plan n’a jamais vu le jour. Et M. al-Assad non plus.

Comprenant son absence, ses principaux conseillers l'ont rapidement retrouvé à son domicile, selon trois anciens responsables du palais. Peu après, des gardes postés devant la résidence présidentielle les ont informés que des responsables russes avaient exfiltré M. al-Assad dans un convoi de trois 4x4, accompagné de son fils et de son assistant personnel. D'après ces anciens conseillers, les seuls responsables que le président a convoqués pour fuir avec lui étaient deux conseillers financiers. M. al-Assad aurait besoin de leur aide, ont expliqué plus tard deux sources proches du régime, pour accéder à ses avoirs en Russie.

L'ancien président et son entourage ont embarqué à bord d'un jet privé à destination de Hmeimim, une base aérienne côtière contrôlée par la Russie, qui avait été son principal soutien pendant la guerre.

Apprenant le départ de ce jet, les conseillers abandonnés ont commencé à appeler frénétiquement les responsables de la sécurité et leurs proches. Les rebelles avaient atteint la banlieue de Damas, et il n'y avait pas une seconde à perdre.

« Il est parti », furent les seuls mots prononcés par un conseiller de haut rang lorsqu'il appela un proche, racontant cette soirée au Times. Le conseiller ordonna à sa famille de faire leurs valises et de se rendre au ministère de la Défense, place des Omeyyades, au cœur de la capitale.

Là, le conseiller principal et sa famille ont rejoint plusieurs autres officiers de sécurité, eux aussi réunis avec leurs familles, et ont pris contact avec M. Khalil, directeur du renseignement de l'armée de l'air. Ce dernier avait organisé un vol d'exfiltration, transportant de nombreux hauts responsables, à destination de Hmeimim. L'avion, un jet privé Yak-40, a décollé de l'aéroport de Damas vers 1 h 30 du matin le 8 décembre, selon un passager, ancien membre du personnel du palais.

L'analyse d'images satellites confirme ces faits : un Yak-40 était présent sur le tarmac de Damas les jours précédents, a disparu la nuit en question et semble être réapparu à Hmeimim peu après.

Les passagers entassés dans l'avion « paniquaient », se souvient l'ancien responsable du palais. Le vol ne dure que 30 minutes, dit-il, « mais cette nuit-là, le voyage nous a paru interminable ».

Dans un autre quartier de la ville, Maher al-Assad, frère de Bachar al-Assad et chef de la redoutable 4e division syrienne, s'efforçait d'organiser sa fuite. Il a appelé un ami de la famille et un de ses associés, selon deux proches. Maher al-Assad a exhorté ces hommes à quitter leurs maisons au plus vite et à attendre dehors. Peu après, il a dévalé la rue en voiture et est parti avec eux pour prendre son propre avion.

L'aéroport de Hmeimim, sous contrôle syrien, où ont atterri au moins cinq des responsables syriens visés par l'enquête du New York Times, est relié à une base militaire russe.

Pendant des années, les forces militaires russes ont joué un rôle crucial dans la capacité de Bachar al-Assad à réprimer la rébellion armée contre son régime. En contrepartie, Moscou contrôlait des ports et des bases stratégiques en Méditerranée et obtenait un accès à des accords lucratifs d'exploitation du phosphate et des combustibles fossiles.

Les Russes ont joué un rôle tout aussi crucial dans la fuite de M. al-Assad et de plusieurs de ses principaux collaborateurs. Des témoins présents à Hmeimim, tôt le matin, ont décrit une nuit de chaos lors de la fuite des responsables déchus.

Selon deux témoins, des personnes se sont dirigées vers la base russe avec des sacs remplis d'argent liquide et d'or. Des uniformes militaires syriens, arrachés à leurs propriétaires, jonchaient le sol, ont-ils ajouté.

D'après trois anciens responsables, certains d'entre eux se sont précipités pour se regrouper et ont parlé à des officiers russes qui devaient les transporter par avion à Moscou dans les heures et les jours suivants.

De nombreux membres des familles des personnalités du régime ont quant à eux choisi de rejoindre leurs résidences côtières, près de la base.  
 
 
 

Deux exemples particulièrement alarmants sont ceux du Vietnam, où, sans identité numérique sur son téléphone, il est impossible de trouver un emploi ou d'utiliser son compte bancaire. Et c'est la loi au Vietnam. Le danger ultime, prévient Kientz, réside dans le contrôle total. Lier les données biométriques via les identités numériques à un système de monnaie numérique de banque centrale (MNBC), à une société sans espèces et à la tokenisation des actifs donnerait aux gouvernements le pouvoir de contrôler les dépenses des citoyens et même de confisquer leurs biens. Il a résumé la situation en ces termes : « Nous avons désormais un système qui relie vos données biométriques à tout ce que vous utilisez. »

(commentaire sur le site de Quark)

 

« De toutes les tyrannies, celle qui est sincèrement exercée pour le bien de ses victimes peut être la plus oppressive. Il vaudrait mieux vivre sous des barons voleurs que sous des corps moraux omnipotents. La cruauté du baron voleur peut parfois s'endormir, sa cupidité peut à un moment donné être rassasiée ; mais ceux qui nous tourmentent pour notre bien nous tourmenteront sans fin, car ils le font avec l'approbation de leur propre conscience.

Ils sont peut-être plus susceptibles d'aller au paradis, mais en même temps plus susceptibles de faire de la terre un enfer ».

(C.S. Lewis)

Il n'est peut-être pas étonnant que tant de gens (comme cela s'est produit dans des circonstances similaires dans les années 1930) choisissent les barons voleurs (fascistes) de préférence aux bienfaiteurs puritains dont la mission semble être de rendre la vie misérable à tous les autres.

Tim Watkins 22 10 24

Traduit avec DeepL.com (version gratuite)

Le gendarme américain s’éclipse, les despotes dansent

L’affaiblissement de la dissuasion américaine et des garanties de sécurité jusqu’alors assurées par Washington rend les rapports géopolitiques plus confus et le monde plus dangereux.

Après la fin de la guerre froide et surtout depuis l’ère Trump, les Etats-Unis en ont fini de faire la police partout sur la planète. Résultat, des puissances moyennes se sont engouffrées dans la brèche. La Turquie a occupé une partie de la Syrie, dépêché des troupes en Libye, aidé l’Azerbaïdjan à vaincre l’Arménie et revendiqué des droits contestables en Méditerranée orientale. L’Iran appuie des milices qui renforcent le dictateur syrien Bachar al-Assad et étranglent le Liban. Le Pakistan a aidé des djihadistes à prendre le pouvoir à Kaboul. L’Arabie saoudite bombarde le Yémen. Quant à la Biélorussie, après avoir détourné un avion pour s’emparer d’un opposant, elle a entassé des migrants à la frontière polonaise et leur a fourni des pinces coupantes, les poussant à cisailler les barbelés qui les séparent de l’Union européenne.

Très chers coûts de l'aventurisme

Les puissances moyennes prennent leurs aises sur la scène internationale, rendant les rapports géopolitiques plus confus et le monde, plus dangereux. Leurs dirigeants sont moins qu’avant téléguidés par les grandes puissances, ils privilégient leurs intérêts nationaux ou, le plus souvent, personnels. Certains, comme Recep Tayyip Erdogan, entendent renforcer la sécurité de leur territoire. D’autres lancent des opérations extérieures pour détourner l’attention de leur bilan intérieur désastreux. C’est le cas du président turc, mais aussi des gouvernants d’Arabie saoudite, d’Iran, d’Egypte et du Pakistan. Il y a aussi des enjeux économiques. Quel­ques-uns offrent des armes et des prêts à des pays en guerre civile, espérant que leurs entreprises rafleront les contrats de reconstruction une fois la paix rétablie. Et les autocrates s’engagent à l’étranger aussi parce qu’ils aiment venir au secours d’autres despotes, du Venezuela à l’Ethiopie. L’affaiblissement de la dissuasion américaine et des garanties de sécurité jusqu’ici assurées par Washington a eu des conséquences catastrophiques. Partout, cela conduit les puissances moyennes à se réarmer, ce qui fait peser une menace sur la sécurité mondiale.

Cependant, nombre de ces dirigeants vont s’apercevoir que les coûts de l’aventurisme excèdent de loin ses avantages. Assumer un rôle de puissance est onéreux et compliqué, parfois contre-productif. La Turquie a gagné en stature et en territoire, mais s’est aliénée pratiquement tous ses alliés. L’Arabie saoudite est embourbée au Yémen. Les talibans sont amis du Pakistan et ennemis de l’Inde. Mais l’Afghanistan, en effondrement économique et dirigé par des leaders brutaux qui n’ont aucune idée de comment gouverner, fait plutôt courir le risque au Pakistan de voir une nouvelle guerre se déclencher à sa porte. Les dirigeants de ces pays ne voient sans doute pas ça comme ça: les autocrates adorent se créer des ennemis extérieurs et en viennent parfois à croire en leur propre propagande. Aussi vont-ils poursuivre leurs interventions militaires. Mais ils multiplieront inévitablement les fautes. Comme le font même les grandes puissances. Ce qui, au final, pourrait entraîner leur chute.•

en France comme au Maroc, des journalistes ciblés par Rabat

Le logiciel espion Pegasus a été utilisé par le Maroc pour surveiller des journalistes et des patrons de presse au Maroc mais aussi en France, selon l'enquête menée par le Forbidden Stories et ses partenaires, dont Radio France.

Quel est le point commun entre Edwy Plenel, fondateur du site d’investigation Mediapart, et Eric Zemmour, le polémiste de CNews et du Figaro ? Rien, à première vue. Sauf que tous les deux ont été à la même période sélectionnés comme cibles par les services de renseignement marocains, en vue d’une possible infection de leur téléphone par le puissant logiciel espion Pegasus.

En fait, les numéros de très nombreux journalistes français, du Monde, de France Télévisions, de France 24, etc, sont apparus sur une liste de cibles potentielles, alors même que certains de nos confrères n’avaient jamais traités de sujets liés au Maroc. Dans une apparente frénésie, les autorités marocaines ont même sélectionné des numéros de téléphone fixe de journalistes de Radio France, alors que la technologie Pegasus ne fonctionne que sur les smartphones.

Des infections confirmées par Amnesty International

Le Security Lab d’Amnesty International, partenaire technique du consortium formé par Forbidden Stories, permet de confirmer de manière incontestable qu’après leur sélection, des téléphones ont été infectés et des Français espionnés.

Les analyses des Iphones des cinq journalistes ou patrons de médias français qui ont accepté un examen par Amnesty ont été concluantes. L’ancienne chroniqueuse judiciaire du Canard enchaîné Dominique Simonnot, devenue depuis contrôleuse générale des lieux de privation de libertés ; le directeur de la radio TSF Jazz, Bruno Delport, qui mène depuis trois ans des actions humanitaires au Maroc en faveur notamment des prostituées ; la journaliste de Mediapart Lenaïg Bredoux, en pointe sur les questions de violences sexuelles et qui a aussi, il y a quelques années, enquêté sur le patron des services secrets de Rabat ; une journaliste du Monde qui ne souhaite pas être citée ; et le fondateur du journal Mediapart : tous ont été mis sous surveillance.

Derrière Edwy Plenel, l’indépendance du journalisme au Maroc

L’analyse minutieuse du téléphone d'Edwy Plenel démontre qu’il a été infecté par le logiciel Pegasus pendant au moins trois mois, à partir de juillet 2019. Il vient alors de rentrer du Maroc où il a participé à un festival culturel à Essaouira et où il a exprimé publiquement son soutien au Hirak marocain et aux prisonniers du Rif. Edwy Plenel a aussi évoqué, lors de ce rendez-vous, l’épineuse question de la liberté de la presse dans le pays. Le journaliste français avait été invité à ce festival par le journal indépendant Le Desk dont Mediapart était partenaire. C’est au Desk que travaillait le journaliste Omar Radi, aujourd’hui en détention provisoire pour une affaire de violence sexuelles que beaucoup d’observateurs estiment montée de toutes pièces. Le Security Lab d’Amnesty avait déjà démontré qu’Omar Radi était espionné par Rabat, grâce au logiciel Pegasus.

Pour Edwy Plenel, Rabat a certainement cherché à travers lui à toucher l’un des derniers lieux du journalisme indépendant du royaume. "On ne peut pas accepter qu'un pays considéré comme ami espionne des journalistes, des directeurs de journaux, et utilise cet espionnage pour réprimer ses propres journalistes et dans des conditions effroyables", juge le directeur de Mediapart, qui entend donner des suites judiciaires à cette affaire.

Le numéro de Rosa Moussaoui, grand reporter à L’Humanité, qui a enquêté sur le cas d’Omar Radi, a lui aussi été sélectionné pour une éventuelle infection par Pegasus. La journaliste est sous le choc.

"C'est une forme d’intrusion dans le travail d’un journaliste d’une violence inouïe. C’est comme si j’avais été cambriolée, c’est une violation de l’intime."

Rosa Moussaoui

à franceinfo

À chacun de mes reportages au Maroc, poursuit-elle, je subis une surveillance étroite, physique, visible mais ce n’est pas la même chose quand on les voit. Là, cette invisibilité m’effraie." 

Les affaires de mœurs, nouvelle arme de Rabat contre les journalistes

Depuis une dizaine d’années, Rabat semble vouloir museler la presse, en multipliant les procès et les amendes, ce qui a souvent eu pour conséquence d’assécher financièrement des médias déjà très fragiles. Des dizaines de journalistes ont été arrêtés, mais pas tous pour des faits liés à leur travail.  "Depuis quelques années, avec les réseaux sociaux notamment, le régime s’est aperçu qu’il ne pouvait plus 'tenir' les journalistes de la même manière en mettant des amendes ou en attaquant en diffamation, explique Omar Brouksy, journaliste marocain, ancien correspondant de l’Agence France Presse à Rabat. Alors il y a eu des affaires liées à la vie privée. Plusieurs journalistes ont été arrêtés sur cette base. Et la monarchie a profité de l’absence d’indépendance de la justice pour leur 'coller' des procès."

Outre le cas d’Omar Radi, il y a celui de Soulaimane Raissouni, journaliste marocain de 49 ans considéré comme l’une des plumes du pays. Malgré l’absence de preuves, il a été condamné le 10 juillet 2021 à cinq ans de prison pour agression sexuelle. Des faits qu’il a toujours contestés. Il n’est pas certain que Raissouni, en grève de la faim depuis plusieurs mois, survive dans les geôles marocaines. 

"L’indépendance se paye au prix fort"

Selon nos informations, les numéros de dizaines de journalistes et de militants des droits de l’Homme marocains ont été sélectionnés pour un éventuel ciblage par le logiciel Pegasus. Nous apprenons à Omar Brouksy, l’ancien correspondant de l’AFP, que le sien figure dans la liste. Il n’est pas surpris. "Je ne dirais même pas que je suis choqué, car dans un régime autoritaire, de telles pratiques ne sont pas étonnantes, réagit celui qui a écrit plusieurs livres sur la monarchie qui ont été interdits au Maroc. En revanche, ça m’attriste pour le journalisme. Dans un pays comme le Maroc, la liberté, l’indépendance se payent au prix fort. Quand on veut bien faire ce métier, on est conscient qu’on doit payer ce prix de manière quasi quotidienne." 

L’enquête de Forbidden Stories et de ses partenaires montre qu'un peu partout dans le monde, des technologies de pointe comme Pegasus, censées servir à lutter contre le crime et le terrorisme, sont en fait utilisées contre ceux qui défendent la liberté d’expression. "Nous sommes au coeur d'une question centrale qui est l'irresponsabilité des Etats par rapport à la diffusion de ces technologies d'espionnage permises par la révolution numérique, estime Edwy Plenel. Nous, ici (en France, NDLR), nous sommes vivants et encore dans une société ouverte. Mais dans d'autres pays, nous le savons grâce aux révélations de votre consortium Forbidden Stories, des journalistes ont été assassinés après cet espionnage, des activistes ont été persécutés. Il y a là quelque chose qui devrait appeler un sursaut à l'échelle mondiale pour dire stop !"  conclut le fondateur de Mediapart.

Via son ambassade à Paris, les autorités marocaines ont rappelé le 17 juillet 2021 à Forbidden Stories et à ses partenaires qu’elles avaient déjà démenti il y a un an les accusations d’espionnage du journaliste Omar Radi. Selon elles, Amnesty International "a été incapable de prouver un quelconque relation entre le Maroc et la compagnie israélienne" NSO, qui commercialise Pegasus. Le Maroc devra certainement s’expliquer plus clairement sur une sélection de numéros qui ne concerne pas qu’un journaliste, mais bien 10 000 numéros, essentiellement marocains, algériens et français.    

 

 

https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/maroc/enquete-projet-pegasus-en-france-comme-au-maroc-des-journalistes-cibles-par-rabat_4707333.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20210719-[lestitres-colgauche/titre1]

Haïti : « Le président de facto est victime d’un climat qu’il a lui-même instauré »

L’écrivain Lyonel Trouillot nous écrit de Port-au-Prince, sans concession, lui qui avait dès 2019 cosigné un appel à la démission de Jovenel Moïse.

Le président Jovenel Moïse a été assassiné. Nuance, le président de facto Jovenel Moïse a été assassiné. La nuance est importante. Jovenel Moïse n’avait aucune légitimité depuis le 7 février 2021. « Après Dieu, c’est moi… Je suis une arête dans votre gorge. » Ainsi parlait-il au peuple qui réclamait sa démission et l’appelait par moquerie « Après Dieu ».

Son décès provoque de l’inquiétude, certes, mais sur le plan émotionnel, rien de mieux que l’indifférence.

C’est un coup contre la démocratie. Non, plusieurs coups ont été portés contre la démocratie depuis l’arrivée au pouvoir du PHTK avec Michel Martelly, et la dérive autoritaire s’est confirmée sous les ordres de Jovenel Moïse : violations des droits humains, élimination du Parlement, inféodation du pouvoir judiciaire, assassinats politiques, existence de prisonniers politiques, élimination du pouvoir des organismes de contrôle…

C’est quand même un coup porté contre la démocratie. Seulement dans la mesure où ce crime odieux vient interrompre le processus qui aurait abouti au triomphe de la démocratie véritable : l’union nationale autour d’un processus électoral crédible et la mise en place d’un gouvernement de transition tenant compte des revendications de la majorité des citoyens. Jovenel Moïse ne pouvait pas gagner. Il s’enfonçait dans un jusqu’au-boutisme qui ne pouvait conduire qu’à sa perte. Il faut chercher les auteurs et les causes de son assassinat dans le réseau d’alliances mafieuses, dans des conflits privés, ou dans la crainte chez certains de ses alliés de tout perdre avec lui. Les moyens de lutte choisis par le peuple et l’opposition sont connus : grèves, manifestations, sit-in, pétitions…

Perpétuité ou perpétuation de la violence et du chaos. Non. L’opposition organisée, les organismes et organisations de la société civile et la population dans sa majorité réclament la mise en place d’un gouvernement de transition capable d’organiser dans un délai raisonnable des élections crédibles et de sanctionner les auteurs des crimes de sang et des crimes financiers. Certaines ambassades et institutions internationales ont apporté leur soutien à la dérive dictatoriale. Le pouvoir de facto a profité de cet appui pour utiliser le banditisme comme arme politique, affirmant avoir fédéré les gangs qui sévissent dans les quartiers populaires. De nombreux massacres ont été perpétrés, leurs auteurs n’ont jamais été inquiétés. C’est justement la fin de ce cycle de violence que la population réclame.

Comment en est-on arrivé là ? Les appels des intellectuels, écrivains, chercheurs ont été nombreux, demandant à la communauté internationale de ne pas encourager la dérive autoritaire de Jovenel Moïse. Ces appels ont été ignorés. Depuis au moins deux ans, c’est au quotidien que l’on tue impunément : il y a quelques jours, deux jeunes, dont Marie-Antoinette Duclaire, une militante politique et journaliste d’une énergie et d’un courage exemplaires. La mise à mort de toute vie institutionnelle, le recours au banditisme par le pouvoir ont conduit à cette situation de terreur. Le président de facto est une victime d’un climat qu’il a lui-même instauré.

Avenir, perspectives ? Écouter les Haïtiens, comme le réclament les nombreux appels lancés par des intellectuels et des écrivains. La sortie de ce cycle infernal passe par la mise en place d’un gouvernement de transition travaillant au remembrement des institutions et pouvant créer le climat nécessaire à la tenue de véritables élections. La tenue d’élections bidons sans participation effective et non reconnues par l’ensemble des Haïtiens ne fera qu’enfoncer encore plus le pays dans la violence et la crise institutionnelle.

Jovenel Moïse ? Il m’est interdit d’applaudir à la mort d’un homme. On l’avait placé au pouvoir comme fantoche et il s’est pris pour un marionnettiste. Il faut chercher ses meurtriers dans ce « on ». Je souhaite qu’ils soient retrouvés et condamnés. Comme doivent être condamnés les auteurs des massacres et des assassinats politiques exécutés sous sa présidence.

Lyonel Trouillot

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