les aventures de la dette publique

Publié le par ottolilienthal

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Vous êtes inquiet pour la dette française ? Alors vous devriez militer pour la décarbonation !...
Cela n'est pas une variante moderne d'une blague absurde, mais ce qui ressort d'une analyse tout juste publiée sur le blog de la Banque Centrale Européenne (lien en commentaire) et relayée par Les Echos (lien en commentaire itou)...
 
Cinq économistes de banques centrales (Eurozone, Grèce, Suède, République Tchèque, Chili) ont regardé, pour plus de 50 pays, s'il y avait une corrélation entre des paramètres liés au changement climatique et les taux auxquels les pays empruntent.
 
Une des conclusions est que le taux d'emprunt a tendance a augmenter si l'économie du pays est fortement carbonée, ce qui est considéré comme un marqueur d'un risque de transition élevé.
 
De fait, une économie qui est fortement dépendante des énergies fossiles finira par faire face à une contrainte : soit cette dernière sera réglementaire, pour des raisons de climat, soit elle sera d'approvisionnement, parce que les gisements de combustibles fossiles sont par nature épuisables (et cela a commencé à produire des effets en Europe).
Voilà qui devrait faire réfléchir les partisans de rabiotages budgétaires sur les dépenses favorables à la transition (Ma Prime Rénov, le leasing social, le bonus pour les petites voitures électriques, etc).
 
Si ces économies en apparence reviennent pas la fenêtre sur le cout de la dette, comme ce dernier est devenu le premier poste de dépense de l'Etat, c'est peut-être à reconsidérer ?
 
De leur côté, les risques physiques renchérissant le cout de la dette de façon différenciée. Le risque chronique, "mesuré" par l'élévation de la température moyenne, n'a pour le moment pas d'incidence sur les taux.
 
Par contre, les risques aigus peuvent en avoir quelques années après leur survenance, en particulier les tempêtes, les sécheresses et les inondations. Evidemment, "on" pourra faire remarquer que, avec le changement climatique, il n'y a pas la possibilité d'avoir juste la température qui monte et pas d'événements extrêmes plus intenses, puisque les deux vont ensemble !
 
Dans les démocraties occidentales, l'économie est souvent mise en avant comme la raison de ne pas agir pour nous éloigner des limites planétaires. Au Diable l'environnement, si prendre en compte ce dernier nous fait gagner moins d'argent !
 
Mais on peut très bien s'appauvrir en gagnant plus : il suffit que dans le même temps nos dépenses augmentent encore plus vite. Et, comme la dette est désormais omniprésente, si porter atteinte à l'environnement doit faire augmenter les taux, il n'est pas sur que ce soit au final une si bonne affaire.
 
(par adrien Couzinier)
 
https://www.facebook.com/jeanmarc.jancovici/posts/pfbid02jm1owcFJFmzWps5uwuNwKW9uHzEiRrAQ6GRy7TFuhJnPFzTvRik2zLa2k5ShqW4Hl?ref=embed_page

Pourquoi est-il si difficile de réduire les dépenses publiques en France ? Parce qu’une majorité de Français n’y a aucun intérêt. Sans même compter les retraités, dont la revalorisation des pensions dépend d’une décision gouvernementale, ni les chômeurs, dont les allocations reposent sur des règles fixées par l’État, une part considérable des actifs voit ses revenus liés à des financements publics.

Cinq blocs se superposent. D’abord le noyau dur : les agents publics. Ils sont un peu plus de 6 millions de fonctionnaires, contractuels, militaires et autres employés par la fonction publique (État, collectivités locales, hôpitaux). Leurs rémunérations et conditions de travail dépendent directement des budgets publics, ce qui rend toute coupe budgétaire politiquement explosive. Ils représentent près d’un emploi sur cinq parmi les 30,5 millions d’actifs occupés.

Des entreprises et des secteurs sous perfusion publique

À ce socle s’ajoutent les salariés des entreprises dont l’État est actionnaire de référence : 86 entités relèvent du périmètre de l’Agence des participations de l’État. Les 18 principales emploient plus de 1,6 million de personnes, notamment à la SNCF (cofinancée en partie par les collectivités territoriales), La Poste (1 milliard d’euros versé par l’État à son budget pour ses missions de service public) ou à EDF. Le périmètre s’élargit ; le total dépasse 7,6 millions d’emplois, soit près d’un quart des actifs.

La commande publique comme moteur de l’emploi privé

Vient ensuite un troisième bloc plus diffus : les salariés d’entreprises privées dépendant des marchés publics. L’enjeu : environ 250 milliards d’euros, soit 8,5 points de PIB. Le BTP en est l’exemple le plus emblématique.

Les deux tiers de l’activité des travaux publics proviennent de la commande publique, mettant en jeu près de 220 000 emplois sur 300 000. Le bâtiment (1,7 million d’actifs) dépend à 16% des maîtres d’ouvrage publics. Près de 500 000 emplois dans la construction sont directement liés aux commandes publiques, sans même intégrer la part soutenue par les dispositifs fiscaux d’investissement locatif et de rénovation. Les fabricants de matériels de transport, d’équipements hospitaliers, ainsi que les acteurs de l’eau et des déchets dépendent directement — parfois totalement — de la commande publique et n’ont aucun intérêt à en voir le volume diminuer.

Subventions et régulations, derniers remparts à la baisse

Autre bloc : les secteurs qui ne se maintiendraient pas à leur niveau actuel sans les subventions publiques, et ils sont nombreux. Il y a tout le monde associatif, qui emploie 1,9 million de salariés et tire 49% de ses ressources de subventions. Cette dépendance concerne aussi, en partie, l’agriculture, la culture et la presse, dont plus de 20% du chiffre d’affaires provient d’aides publiques.

Reste un dernier morceau : les professions libérales dont l’État encadre directement les revenus et les conditions d’exercice — tarifs, remboursements, numerus clausus, autorisations d’installation. Les professionnels de santé en sont l’illustration la plus nette, jusqu’aux taxis. L’hyper-sensibilité aux décisions prises par l’État en est la preuve : mobilisation des chauffeurs de taxi en mai 2025, contre une convention établie par l’Assurance-maladie modifiant leur rémunération pour le transport sanitaire ; grève massive des pharmaciens en novembre de la même année contre la décision du gouvernement de baisser le plafond des remises accordées par les laboratoires aux pharmacies ; grève des médecins libéraux, conséquence des mesures de la loi de financement de la Sécurité sociale. Mais il faudrait aussi ajouter à cet ensemble une partie des acteurs de la justice (notaires, huissiers, greffiers…).

Lorsque des millions d’emplois dépendent du financement public, toute tentative de maîtrise de la dépense se heurte à des intérêts puissants et légitimes. C’est ainsi que la dépense publique progresse, les déficits persistent et l’endettement s’alourdit.

 
Alexadrance Mirlicourtois
https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Depense-publique-pourquoi-personne-n-a-interet-a-la-reduire

Publié le jeudi 29 janvier 2026

Macron et la dette publique : 1 200 milliards d’euros de plus depuis 2017...

Alerte rouge ! La dette accumulée depuis le début de l’ère Macron atteint plus de 1 2OO milliards d’euros. La dette publique s’élevait au total à 117,4 % du PIB à la fin de l’été selon l’Insee, soit 3 482,2 milliards d’euros

Piqûre de rappel pour nos parlementaires qui sont toujours en train de s’écharper sur le projet de loi de finances pour 2026 : la dette publique a atteint au troisième trimestre 2025 le seuil de 3 482,2 milliards d’euros. Soit 117,4 % du produit intérieur brut, contre 115,7 % du PIB au deuxième trimestre… C’est un nouveau record, hors période de pandémie ou de guerre. Cela représente 52 407 euros de dette par habitant ! Au total, la dette a augmenté de 65,9 milliards d’euros pendant l’été.

Les 1 000 milliards de dette cumulée

Cumul de la dette d'Emmanuel Macron depuis le 2e trimestre 2017, en milliards d'euros

L’institut économique Molinari a estimé pour « Le Point » la période à laquelle Emmanuel Macron a atteint les 1 000 milliards de dette cumulée depuis son entrée à l’Élysée : la date tombe autourdu 4 septembre 2024. Aujourd’hui, nous sommes à 1 200,9 milliards.

D’après les calculs de l’Institut économique Molinari (IEM), un think tank libéral, pour Le Point, cela porte le total de dette accumulée depuis le début de l’ère Macron à plus de 1 2OO milliards d’euros (+ 16 % depuis le début de son premier quinquennat). Soit 8 389 euros par habitant !

La facture est salée ! Et elle devrait continuer de grimper. L’an prochain, elle devrait atteindre les 118 % du PIB selon les prévisions du gouvernement. Sans remise en ordre de nos dépenses publiques, elle devrait allègrement dépasser les 130 % du PIB d’ici la fin de la décennie.

« Si nous avions un bon narratif, si nous empruntions pour faire des investissements d’avenir, en faisant des réformes structurelles améliorant notre capacité à rembourser, les marchés seraient plus conciliants, mais ce n’est pas le cas : les taux d’intérêt augmentent et nous étranglent petit à petit », prévient Nicolas Marques, directeur général de l’IEM. La charge de la dette devrait atteindre 65 milliards d’euros cette année et 74 milliards l’an prochain.

« Il faudrait généraliser la retraite par capitalisation »

Pour le moment, les parlementaires ont voté un budget pour la Sécurité sociale, mais pas celui de l’État, la commission mixte paritaire n’ayant pas réussi à trouver un compromis. Dans le pire des cas, une loi spéciale peut être adoptée en attendant de trouver un accord sur le budget l’an prochain, ce qui permettra à l’État de continuer à fonctionner. Mais ne réglera pas notre problème de finances publiques…

« Il faudrait généraliser la retraite par capitalisation et provisionner les retraites des fonctionnaires, déréglementer pour renforcer la croissance et limiter de façon stricte les embauches dans la fonction publique pour contenir les coûts », propose Nicolas Marques.

De nombreux autres rapports se sont accumulés depuis vingt ans pour proposer des pistes de réforme. Sans succès… La situation s’est même dégradée depuis la pandémie de Covid : la France est le seul pays de la zone euro qui n’a pas réussi à redresser ses finances publiques après l’épisode du « quoi qu’il en coûte ».

Une faillite collective.

Publié le 19/12/2025
https://www.lepoint.fr/economie/macron-et-la-dette-publique-1-200-milliards-deuros-de-plus-depuis-2017-S2I4L5VBQJHSFKEGJYCERF4OBA/
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La crise du Covid et la guerre en Ukraine : voilà les deux coupables tout désignés pour expliquer le dérapage des finances publiques françaises. L’argument semble imparable. Oui, le déficit s’est d’abord creusé de façon spectaculaire lorsque, au plus fort de la pandémie, l’économie a été mise sous cloche : chute brutale du PIB d’un côté et envolée des dépenses de l’autre, avec la mise en place du « quoi qu’il en coûte », le chômage partiel massif et les prêts garantis par l’État…

Puis est venu le second choc : moins brutal, mais suffisant pour stopper net le début de redressement budgétaire, notamment avec la mise en place du bouclier tarifaire destiné à contenir les conséquences de la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine.

La dette publique a, elle aussi, changé de dimension : elle s’est propulsée sur une nouvelle orbite, désormais solidement installée au-dessus de 110% du PIB. Entre la fin de 2019 et le deuxième trimestre 2025, elle s’est alourdie de plus de 1 000 milliards d’euros. À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles… et dégradation tout aussi exceptionnelle des finances publiques.

Une divergence inquiétante avec nos partenaires

Et, oui, une nouvelle fois, tous les pays européens ont vu leur déficit s’envoler pendant la pandémie, puis face au choc énergétique provoqué par la Russie en 2022.

Là où le bât blesse, c’est qu’après la trajectoire du déficit public diverge nettement entre la France et le reste de la zone euro. Les chocs ont été d’une intensité similaire en Europe, mais tandis que les finances de nos partenaires se redressent après les crises sanitaire et énergétique, rien de comparable ne se produit chez nous.

La comparaison est encore plus douloureuse en matière d’endettement. En entrée de crises, l’écart entre la France et la zone euro dépassait à peine 18 points ; il culmine désormais à 34, un record. Un dernier chiffre est éloquent : la France, à elle seule, représente 30% de la hausse de la dette de la zone euro sur la période.

Une dépense publique durablement hors normes

La vraie cause : le dérapage de nos dépenses publiques est une maladie chronique. Mi-2025, le poids des dépenses publiques était supérieur de 10 points en France à celui de la zone euro. C’est une tendance lourde : la dépense publique en France est structurellement hors normes.

Elle se caractérise par un niveau élevé et par une grande difficulté à être réduite en période de croissance. Tous les pays ont accru leurs dépenses en temps de crise, mais, contrairement à la France, la plupart ont su profiter de la reprise pour faire reculer ce ratio.

Résultat : de 5e en 1995, la France grimpe aujourd’hui à la 2e place, juste derrière la Finlande.

Une efficacité économique qui ne suit pas

Pour quelle efficacité ? Une croissance inférieure à celle de la zone euro si l’on prend comme point de départ le dernier trimestre avant la crise Covid. Parmi les sept principales économies européennes, seules l’Autriche et l’Allemagne affichent des performances moindres. La dette française n’a pas explosé à cause du Covid ou de la guerre en Ukraine. Elle a explosé avec le Covid et la guerre, mais pour des raisons bien plus anciennes et bien plus françaises : niveau de dépenses, gouvernance budgétaire et incapacité à se discipliner là où nos voisins, eux, ont commencé à corriger la trajectoire.

À partir de là, continuer à invoquer la Covid et la guerre en Ukraine n’est pas un diagnostic : c’est une excuse.

 
Alexandre Mirlicourtois

Publié le mardi 25 novembre 2025

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Dette-francaise-les-fausses-excuses-de-la-Covid-et-de-la-guerre-en-Ukraine

La France n’est pas seule. Jamais la planète n’aura porté un tel fardeau financier. Après l’emballement post-Covid, alimenté par les politiques monétaires ultra-accommodantes, la dette publique mondiale aura franchi cette année 100 000 milliards de dollars, soit environ 95% du PIB mondial. L’argent gratuit a peut-être disparu, mais la dette, elle, est bien restée. Avec près de 40 000 milliards de dollars — soit environ 125% de son PIB — les États-Unis écrasent tous les autres pays par la taille de leur endettement. Ce montant représente à lui seul plus d’un tiers de la dette mondiale. Chaque mois, Washington émet des centaines de milliards pour financer son déficit budgétaire et refinancer sa dette existante. Le « Trésor américain » est devenu l’actif le plus liquide du monde, mais aussi le plus dépendant du système financier mondial.

La Chine et le Japon face à leurs paradoxes

La Chine suit à distance, mais son endettement total (public et local) dépasse quand même 15 000 milliards de dollars, selon les estimations du World Population Review. Une partie de cette dette est masquée dans les comptes des provinces et des véhicules publics locaux. Le ralentissement de la croissance et la crise immobilière ont accru la dépendance à la dépense publique pour soutenir l’activité. Pékin devient ainsi, paradoxalement, un pays à la fois créancier du monde et massivement endetté à l’intérieur de ses frontières.

Le Japon reste le symbole du surendettement durable : un peu moins de 10 000 milliards de dollars de dette publique, soit près de 235% du PIB. Cela fait trente ans que Tokyo vit avec une dette qui aurait ruiné n’importe quel autre pays. Mais la combinaison d’une forte épargne domestique et d’une banque centrale ultra-interventionniste a permis de retarder le choc. Ce modèle, longtemps admiré, atteint néanmoins ses limites.

L’Europe fragilisée par l’endettement de deux poids lourds

Sur le Vieux Continent, deux pays concentrent les inquiétudes : tout d’abord la France. Avec une dette publique de 3 416 milliards d’euros (soit 115,6% du PIB), à la mi-2025, elle figure parmi les plus gros emprunteurs de la planète. Son besoin estimé à 370 milliards va faire de la France, une fois de plus, l’État européen qui va lever le plus de dette en 2026.
Autre point de crispation, l’Italie a définitivement franchi le cap symbolique des 3 000 milliards d’euros de dette en janvier 2025. À elles deux, la France et l’Italie représentent près de la moitié de la dette publique totale de la zone euro. Leur poids rend toute politique monétaire de la BCE étroitement dépendante de leur trajectoire budgétaire.

Une planète prise dans son propre piège financier

Ces cinq pays — États-Unis, Chine, Japon, France et Italie — concentrent près de 70% de la dette publique mondiale. Leur endettement colossal influence les marchés mondiaux, fixe les taux d’intérêt et oriente les flux de capitaux. Autrement dit : quelques nations seulement tiennent entre leurs mains la stabilité financière planétaire. Une secousse dans l’un de ces piliers — un défaut, une crise politique ou une perte de confiance des investisseurs — aurait des répercussions instantanées sur l’ensemble du système mondial.

Le monde vit désormais sous perfusion d’endettement. Les géants économiques se financent pour survivre, non pour investir. L’endettement n’est plus une variable d’ajustement conjoncturelle : il est devenu la condition même de la stabilité. Mais derrière la façade de normalité financière, c’est un colosse aux pieds d’argile : une planète qui, pour fonctionner, doit sans cesse s’endetter davantage.

 
Alexandre Mirlicourtois

Publié le lundi 17 novembre 2025

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Les-cinq-geants-du-surendettement

Dette française : le patron de Bpifrance alerte sur une «chevauchée fantastique»...

Le directeur général de BpiFrance, Nicolas Dufourcq, a tenu à alerter sur l’état des finances publiques françaises. Le directeur général de Bpifrance dénonce un modèle social «financé par la dette» et appelle à un report de l’âge de départ à la retraite pour éviter un effondrement du système...

Encore une fois, le directeur de Bpifrance n’a pas mâché ses mots. Invité sur TF1 vendredi 7 novembre, Nicolas Dufourcq a alerté sur «la chevauchée fantastique» de la dette publique française. Pour lui, le problème n’est pas tant le montant de la dette, mais plutôt «l’accélération de son augmentation, parlant même d’une dette qui «galope».

Il a notamment critiqué le modèle social actuel, «financé par la dette», qui n’est donc pas un modèle viable. Il compare notamment la situation actuelle à celle d’il y a une trentaine d’années, pour mettre en évidence l'évolution de la part de la dette dans les prestations sociales. Selon lui, dans les années 1990, la dette représentait environ 1 % de ces dépenses publiques, et cette part s’élèverait désormais à 10 %. Concrètement, selon le directeur de la banque d’investissement, les «trois derniers jours de la retraite chaque mois, ou des prestations d’assurance maladie, c’est la dette».

Un modèle social sous tension

Le directeur de Bpifrance est donc également revenu sur un autre débat qui fait rage : l’âge de la retraite. Et pour lui, la question ne se pose pas. Si les Français refusent de travailler plus longtemps, ils devront accepter des retraites beaucoup plus faibles, en martelant également qu’on «ne peut pas financer la retraite par la dette». Nicolas Dufourcq est même allé jusqu’à déclarer que le système actuel est «immoral» car selon lui, «les trois derniers jours de chaque mois des (...) retraites reçus par les Français sont financés par nos petits-enfants».

Pour lui, le report de l’âge de la retraite est donc inévitable, et la suspension de la réforme des retraites, une très mauvaise idée.

Publié le
https://www.capital.fr/economie-politique/dette-francaise-le-patron-de-bpifrance-alerte-sur-une-chevauchee-fantastique-1520583

 

En finance, un mot revient souvent : le « spread ». Derrière ce terme technique se cache une idée simple : l’écart entre le taux d’intérêt qu’un État doit payer pour emprunter et celui du pays jugé le plus sûr. Un indicateur qui dit tout de la confiance — ou de la méfiance — des marchés envers un pays. En Europe, la référence c’est l’Allemagne, avec son obligation d’État à dix ans, le Bund. Pourquoi elle ? Parce qu’elle cumule trois atouts : une économie solide, une dette maîtrisée et une rigueur budgétaire reconnue. Résultat : ses taux sont les plus bas du continent, et tous les autres pays sont comparés à elle. Le spread se mesure en points de base (100 points équivalent à 1%) et exprime la prime de risque exigée par les investisseurs. Plus le spread s’élève, plus la confiance se fragilise ; plus il se resserre, plus elle se renforce.

Le Royaume-Uni, symbole d’un risque perçu

Le premier exemple concret vient de l’autre côté de la Manche. Parmi les grandes économies européennes, c’est avec le Royaume-Uni que l’écart de taux avec l’Allemagne est aujourd’hui le plus marqué — et il continue de s’élargir. Il tutoie même le record observé après la présentation du mini-budget de Liz Truss, Première ministre éphémère, dont le financement flou avait affolé les marchés. Le spread entre les Gilts (les obligations d’État britanniques) et le Bund avait alors bondi à près de 250 points de base. Aujourd’hui encore, l’inflation persistante, plus forte qu’en zone euro, les incertitudes budgétaires et politiques, ainsi que la crainte d’un recours accru à l’endettement pour financer les dépenses publiques, pèsent sur la confiance des investisseurs. Surtout, les Gilts supportent une prime de risque plus élevée, faute de bénéficier du bouclier de l’euro, qui protège les pays membres d’une envolée excessive de leurs taux.

L’Europe du Sud, d’élève fragile à exemple de rigueur

Cette situation fait écho aux années noires de la zone euro peu après la grande récession de 2008-2009. Les doutes sur la survie de l’union monétaire avaient fait flamber les taux dans les pays du Sud : jusqu’à près de 40% en Grèce et plus de 16% au Portugal. Un épisode qui a conduit à la mise en place de mécanismes de protection qui, aujourd’hui, assurent une plus grande stabilité financière de la région. Les pays du Sud donnent aujourd’hui une autre leçon. Madrid emprunte à 3,15%, Lisbonne à 3%, avec des primes de risque réduites à 54 et 39 points de base. Des écarts dérisoires comparés aux sommets atteints au plus fort de la crise de la dette. Des finances assainies, une croissance revenue et une crédibilité restaurée ont ramené les spreads nettement sous leur moyenne des vingt dernières années.

Paris et Rome, destins croisés face au risque politique

Le destin croisé de la France et de l’Italie illustre une Europe où le risque perçu dépend autant de la discipline budgétaire que de la stabilité politique. Paris et Rome paient aujourd’hui presque le même prix pour se financer à dix ans ; leurs écarts avec l’Allemagne sont comparables, mais leurs trajectoires divergent. L’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni avait d’abord suscité beaucoup de craintes, et le spread s’était brutalement creusé avant de rapidement se resserrer. Stabilité politique retrouvée, déficit public sous contrôle ont relâché la pression.

La France, à front renversé, voit son instabilité politique s’enkyster, tandis que les finances publiques dérivent. Une nouvelle hiérarchie des risques se dessine. Ce ne sont plus Athènes ou Lisbonne que les marchés redoutent, mais désormais Londres et Paris.

 
Alexandre Mirlicourtois

Publié le mercredi 22 octobre 2025

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Spread-Londres-pire-que-Paris-dans-le-rouge

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Avant sa chute, François Bayrou n’a pas hésité à dramatiser l’enjeu de la dette publique, évoquant la Grèce, la mise sous tutelle du pays par le FMI… Une telle présentation est non seulement erronée, mais aussi dangereuse : à force de brandir le spectre de la faillite, on finit par provoquer la crise qu’on prétend éviter.

Une situation dégradée, c’est vrai

Oui, la situation des finances publiques s’est fortement dégradée ces dernières années. Avec 3 300 milliards d’euros de dette – soit 1 000 milliards de plus depuis le début du mandat d’Emmanuel Macron – la France figure désormais parmi les plus mauvais élèves de la zone euro, aux côtés de la Grèce et de l’Italie. Et avec un déficit de 5,8 % du PIB l’an dernier et 5,6 % cette année, elle détient le record du déficit public dans la zone euro.

Des taux d’intérêt qui inquiètent

Oui, les taux d’intérêt sur la dette française augmentent. Ils dépassent désormais ceux de la Grèce et s’approchent de ceux de l’Italie, le pays le plus exposé de la zone.

Ce ne sont pas les dépenses qui dérapent, mais les recettes qui plongent

Cette dégradation ne vient pas cependant d’une explosion des dépenses : entre 2017 et 2024, leur part dans le PIB a même baissé de 0,6 point. Le problème vient d’un effondrement des recettes, qui ont reculé de 3 points de PIB. En cause : les baisses d’impôts et de cotisations sociales, qui coûtent 90 milliards d’euros par an au budget de l’État.

C’est toujours la droite sui creuse les déficits

Contrairement à une idée reçue, ce sont toujours en effet les gouvernements de droite qui creusent les déficits. Parce qu’ils préfèrent emprunter aux riches plutôt que leur faire payer des impôts.

La France n’est pas (encore) au bord du gouffre

La situation est grave, mais pas aussi désespérée que ne le disait François Bayrou.

L’État français a une dette élevée mais il dispose aussi d’un patrimoine public conséquent, supérieur à celui de la plupart de ses voisins. La valeur de ses actifs reste, à ce stade, plus élevée que celle de sa dette. Et si les intérêts versés augmentent, ils restent, rapportés au PIB, inférieurs à ceux des années 1990.

La dette extérieure reste contenue

Autre différence majeure avec la Grèce ou les pays soumis au FMI : les comptes extérieurs français sont proches de l’équilibre et la dette extérieure reste limitée.

L’épargne des Français est abondante

Nous ne sommes pas en faillite parce que l’épargne privée française demeure très élevée. Et en cas de tension sur les marchés, l’État pourrait puiser dedans. Les investisseurs le savent.

Mais le rééquilibrage est indispensable

Mais les marges de manœuvre se réduisent. Un rééquilibrage est indispensable. Cela implique en particulier une hausse des impôts pour les plus aisés ce que François Bayrou avait omis de prévoir.

 
Guillaume Duval

Publié le lundi 22 septembre 2025

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Guillaume-Duval-Pourquoi-la-France-n-est-pas-encore-en-faillite

Si l’on met de côté l’épisode exceptionnel de la crise sanitaire, il ne s’agit plus de se demander si le déficit commercial de la France battra un record en 2025 : cela est acquis, même en dépit du reflux du prix du brut qui allège la facture pétrolière. La vraie question est plutôt de savoir quelle sera l’ampleur de ce nouveau record d’ici la fin de l’année. En fait, jamais le commerce extérieur français n’a connu une telle Bérézina, ni lors du premier et du deuxième choc pétrolier, ni lors de la grande récession de 2008-2009 et des crises à répétition qui ont suivi. Même rapporté au PIB, pour tenir compte de l’évolution de la taille de l’économie dans le temps, l’histoire reste la même, preuve s’il en est de l’ampleur du décrochage.

Les bastions industriels tombent les uns après les autres

C’est tout un symbole, mais, pour la première fois de son histoire, le pays est devenu déficitaire sur les médicaments. Un bastion de plus qui tombe. Signe de notre perte de souveraineté dans ce secteur, les importations de produits pharmaceutiques ont atteint un record historique, essentiellement en provenance de Chine. Les importations de produits pharmaceutiques en provenance de Chine ont plus que doublé en valeur, à 1,3 milliard d’euros entre janvier et juillet de cette année, contre moins de 600 millions sur les sept premiers mois de 2024.

Autre forteresse prise d’assaut : le « pétrole vert » de la France, l’agroalimentaire. Hors boissons et tabac, le déficit se creuse et dépasse désormais la barre symbolique de 10 milliards d’euros. Il est toujours possible de se rassurer : grâce à la puissance de son secteur vinicole, la France parvient encore à afficher de larges excédents dans les boissons, qui comblent le déficit des autres filières ; mais, même dans ce domaine, elle cède du terrain.

Il est possible, ad nauseam, de multiplier les exemples de décrochages qui se traduisent finalement par une perte de parts de marché à l’international, le poids du « made in France » dans les exportations mondiales pesant de moins en moins. Les causes sont multifactorielles : désindustrialisation, atrophie de l’appareil exportateur, positionnement géographique défavorable, rapport qualité-prix médiocre. Sur ce dernier point, une étude menée conjointement par Rexecode et Skema Business School auprès de 480 importateurs de biens intermédiaires et d’équipement met en évidence un déficit de compétitivité-prix des produits français, alors même que la compétitivité « hors prix » (qualité perçue, design, services associés, notoriété) est jugée solide.

La balance courante révèle une dépendance inquiétante

Le commerce extérieur est alarmant, mais ce n’est pas tout : la balance courante l’est aussi. Cet indicateur plus large, qui intègre, outre les échanges de biens, ceux des services (comme le tourisme) et les transferts de revenus avec le reste du monde, est en chute libre sur les sept premiers mois de l’année. L’amélioration observée en 2024 n’a été qu’un feu de paille : la France est, de façon quasi systématique, déficitaire depuis plus de vingt ans. C’est bien là le plus alarmant pour l’économie française.

La France vit au-dessus de ses moyens

L’accumulation des déficits courants a entraîné une détérioration de la position extérieure nette du pays, qui mesure la différence entre ses avoirs et ses engagements, tous secteurs confondus, vis-à-vis du reste du monde. Encore positive au début des années 2000, elle est désormais négative et le redressement de 2024 fera long feu. La position extérieure nette mesure finalement notre dépendance financière globale, bien plus importante que la seule dépendance des administrations publiques vis-à-vis des non-résidents. Cela signifie que la France vit au-dessus de ses moyens. Cela signifie qu’elle est débitrice nette vis-à-vis du reste du monde.

À force de se focaliser sur le déficit public, on fait l’impasse sur l’essentiel : notre déficit commercial, puis, par enchaînement, celui des transactions courantes. Or, sans leur redressement, nul espoir de restaurer un jour les comptes publics.

 
Alexandre Mirlicourtois

Publié le lundi 15 septembre 2025

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-La-degradation-infernale-du-commerce-exterieur-francais_

Au-delà du psychodrame politique, dont le scénario semble écrit d’avance, la pire menace c’est l’attentisme généralisé qu’installe pour les entreprises. Faute d’un cap clair, elles vont comme l’an passé, suspendre leurs décisions, geler leurs investissements, différer leurs recrutements. Elles ne misent plus sur l’avenir, elles se mettent en veille. Et c’est peut-être là, dans cette mise en sommeil silencieuse de la machine productive, que se niche le plus grand risque pour le pays.

Les finances publiques, priorité incontournable

Une réalité s’impose sans appel. Postures, promesses ou alliances de circonstance n’y changeront rien : le problème des comptes publics est une priorité absolue. Non par orthodoxie ou dogmatisme budgétaire, mais parce qu’il conditionne tous les autres. Cinq dossiers urgents mêlant économie, finances et cohésion sociale attendent le prochain exécutif. Aucun artifice politique ne changera le fond : le redressement urgent des finances publiques est surdéterminant. Sans lui, les autres débats resteront suspendus dans le vide, rattrapés tôt ou tard par la mécanique froide des déficits, des taux d’intérêt et de la dette.

En haut de la pile, donc, le redressement des finances publiques. Pas de choix, il faut mettre un terme à la dérive de 2024, qui a aggravé et prolongé celle de 2023. Principal facteur du dérapage : l’embardée incontrôlée des dépenses dans un contexte de recettes atones. L’objectif est de ramener le déficit à 5,4% du PIB cette année et à 4,6% en 2026. « Atteignable, mais exigeant », selon les propos de la ministre des Comptes publics. Une ambition somme toute relative, car à ce niveau, le déficit français restera le plus élevé de la zone euro. Et, à ce niveau de déficit, la dette n’est pas stabilisée. Si la cible des 3% affichée pour 2029 est maintenue, elle exigera davantage d’efforts que ceux actuellement demandés.

La sécurité sociale, un gouffre préoccupant

Un peu comme les poupées russes, les autres dossiers s’emboîtent dans ce premier. Inutile de passer ici en revue tous les postes de dépenses ministérielles, sources potentielles d’économies. Le sujet le plus sensible est celui du « trou de la Sécurité sociale ». Il y a urgence. Le déficit attendu pour 2025 sera proche de 22 milliards d’euros, selon le rapport de la Commission des comptes de la Sécurité sociale. C’est inédit hors période de crise, signe d’une trajectoire actuellement hors de contrôle.

Il y a un peu moins d’un an, à l’automne 2024, le projet de loi déposé par le gouvernement Barnier envisageait un déficit de 16 milliards… « seulement ». Et la Cour des comptes de rappeler que la prévision actuelle du déficit pour 2027 est supérieure d’un tiers à ce qu’elle était en 2024, et les sages d’estimer qu’à cet horizon une crise de liquidité pourrait se matérialiser. Comprendre : un défaut de paiement !

L’épreuve des marchés et la confiance à restaurer

Le troisième dossier n’est que la conséquence des deux premiers : c’est l’heure des choix. 44 milliards d’euros sont à trouver pour 2026. Le partage tel qu’il est actuellement défini est de 14 milliards de recettes supplémentaires pour 30 milliards d’euros d’économies. Là où le sujet devient abrasif, c’est que quelles que soient les mesures prises elles devront remplir une double condition. D’abord, être acceptées par la population. À la vue des réactions des principaux groupes parlementaires, on peut aisément identifier un large front du refus. Mais elles doivent aussi être crédibles aux yeux des investisseurs.

Or la France est sur haute surveillance des marchés financiers. L’annonce du vote de confiance a tôt fait de mettre la pression sur la bourse et plus encore sur le marché obligataire. Fin août, la France empruntait à 10 ans à des taux plus élevés que la quasi-totalité des pays de la zone euro. Seule l’Italie paie encore un peu plus cher. Surtout, l’écart avec l’Allemagne s’accroît à nouveau. La défiance quant à la capacité de la France à se réformer s’installe. Il faudra donc restaurer la confiance. Le coût de la dette pourrait très vite devenir explosif et, si rien n’est fait, un gendarme extérieur — FMI, Troïka — pourrait bien imposer le chemin d’une austérité brutale et douloureuse.

Enfin, il est urgent d’offrir aux entreprises un socle fiscal et social stable. Mais comment s’adapter sans connaître son environnement réglementaire ? Tout le monde le sait : pour un chef d’entreprise, rien de pire que l’incertitude.

 
Alexandre Mirlicourtois

Publié le lundi 01 septembre 2025

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-France-les-5-dossier-brulants-de-la-rentree

La France risque la «mise sous tutelle» à cause de son surendettement....

Un temps, le couple franco-allemand était le pilier de l'UE. Cette période est-elle révolue avec la fragilité des finances publiques hexagonales, qui inquiète les investisseurs sur le long terme?

Analyse des risques que court la France.
 

Pour la première fois, la France est comparée à la Grèce en raison de son endettement excessif. En 2010, le monde était sous le choc de voir cette petite économie du sud de l’Europe tomber sous contrôle de la «troïka» – l’Union européenne (UE), le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE) –, à la suite de son surendettement.

On soulignait alors l’écart qui existait entre le cœur de l’UE, composé du solide moteur franco-allemand, et les pays de la périphérie, moins performants et volontiers surnommés garlic Europe («l’Europe de l’ail») par les médias anglo-saxons.

Mais cet été, le même scénario «à la grecque» est évoqué, sauf qu’il s’agit cette fois de la France, 2e économie de l’UE, et 7e économie mondiale. Et on doit la comparaison avec la Grèce au Premier ministre François Bayrou lui-même.

Comment en est-on arrivés là?

La dette nationale de la France n’a cessé de se détériorer au fil des ans, pour culminer à 3400 milliards d’euros ce 1er trimestre, ce qui génère une charge de 59 milliards d’intérêts. En 2024, la progression des dépenses publiques aurait excédé celle de l’activité économique, d'après le rapport de la Cour des comptes. De sorte que, pour la première fois depuis 2020, le ratio de dépenses publiques rapporté au PIB aurait augmenté, passant de 56,4 à 56,7 points:

Ratio de dépenses publiques par rapport au PIB


Photo: Rapport de la Cour des comptes sur les finances publiques françaises, février 2025

Sous Emmanuel Macron, la situation s’est dégradée : entre 2017 et 2024, le déficit budgétaire de la France, soit la différence entre les dépenses et les recettes publiques, est passé de 3,5% à plus 6% du PIB, soit largement en-dessus du seuil des 3% exigé par Bruxelles. Quant au ratio entre dette et PIB, utilisé pour évaluer la solvabilité d’un pays, il est passé de 98% à 114%, et dépassera 115,5% en fin d’année, selon l’Insee.

Qu'est-ce qui pourrait enclencher une crise?

Si les chiffres ne s’améliorent pas, le risque est celui d’une perte de confiance à la grecque: la dette de la France étant cotée sur les marchés, les investisseurs pourraient s’inquiéter, et la vendre en masse, voire parier agressivement sur sa baisse, pour les plus spéculateurs.

Un pilier de l'UE en difficultés

La France risque la «mise sous tutelle» à cause de son surendettement

Un temps, le couple franco-allemand était le pilier de l'UE. Cette période est-elle révolue avec la fragilité des finances publiques hexagonales, qui inquiète les investisseurs sur le long terme? Analyse des risques que court la France.

Pour la première fois, la France est comparée à la Grèce en raison de son endettement excessif. En 2010, le monde était sous le choc de voir cette petite économie du sud de l’Europe tomber sous contrôle de la «troïka» – l’Union européenne (UE), le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE) –, à la suite de son surendettement.

On soulignait alors l’écart qui existait entre le cœur de l’UE, composé du solide moteur franco-allemand, et les pays de la périphérie, moins performants et volontiers surnommés garlic Europe («l’Europe de l’ail») par les médias anglo-saxons. Mais cet été, le même scénario «à la grecque» est évoqué, sauf qu’il s’agit cette fois de la France, 2e économie de l’UE, et 7e économie mondiale. Et on doit la comparaison avec la Grèce au Premier ministre François Bayrou lui-même.

La dette nationale de la France n’a cessé de se détériorer au fil des ans, pour culminer à 3400 milliards d’euros ce 1er trimestre, ce qui génère une charge de 59 milliards d’intérêts. En 2024, la progression des dépenses publiques aurait excédé celle de l’activité économique, d'après le rapport de la Cour des comptes. De sorte que, pour la première fois depuis 2020, le ratio de dépenses publiques rapporté au PIB aurait augmenté, passant de 56,4 à 56,7 points:

Ratio de dépenses publiques par rapport au PIB


Photo: Rapport de la Cour des comptes sur les finances publiques françaises, février 2025

Sous Emmanuel Macron, la situation s’est dégradée: entre 2017 et 2024, le déficit budgétaire de la France, soit la différence entre les dépenses et les recettes publiques, est passé de 3,5% à plus 6% du PIB, soit largement en-dessus du seuil des 3% exigé par Bruxelles. Quant au ratio entre dette et PIB, utilisé pour évaluer la solvabilité d’un pays, il est passé de 98% à 114%, et dépassera 115,5% en fin d’année, selon l’Insee.

Qu'est-ce qui pourrait enclencher une crise?

Si les chiffres ne s’améliorent pas, le risque est celui d’une perte de confiance à la grecque: la dette de la France étant cotée sur les marchés, les investisseurs pourraient s’inquiéter, et la vendre en masse, voire parier agressivement sur sa baisse, pour les plus spéculateurs.

Dans un tel cas, les taux d’intérêt que le marché est prêt à payer sur la dette française grimperaient en flèche, ce qui enclencherait la spirale de l’insolvabilité. Pour l’heure, toutefois, les marchés sont relativement calmes. Mais dès à présent, la France doit entreprendre des réformes drastiques. Le Premier ministre François Bayrou a proposé le 15 juillet un paquet de mesures destinées à économiser 49 milliards d'euros. Il comprend le gel des dépenses publiques en 2026 (hors Défense et charge de la dette), la lutte renforcée contre la fraude et les niches fiscales, une contribution des plus hauts revenus, et la suppression de 2 jours fériés (Pâques, 8 mai).

Le plan d'économies de Bayrou suffira-t-il?

Le plan du Premier ministre se refuse à taxer davantage les plus hauts revenus. Une situation qu’ avait déjà dénoncée la gauche en avril dernier. «Il faut taxer les riches: les 0,001% les plus riches paient 2% d’impôt, pendant que les classes moyennes triment», avait déclaré le député Aurélien Le Coq (LFI) à l’Assemblée nationale. Sa collègue Aurélie Trouvé (LFI) avait dénoncé les «60 milliards d'euros de cadeaux fiscaux en huit ans» offerts par Emmanuel Macron.

En 2018, Emmanuel Macron a supprimé l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) pour le remplacer par un impôt centré uniquement sur le patrimoine immobilier (IFI). Cette réforme a réduit la base fiscale des plus riches, privant l’Etat de 4,5 milliards de recettes annuelles. Des données de France Stratégie et de l’Insee montrent une réduction marquée de la progressivité fiscale, avec un effet particulièrement avantageux sur les ultra-riches (dividendes, épargne).

Un problème de recettes encore plus que de dépenses

En 2018, le président a en outre mis en place une flat tax à 30%, qui a bénéficié principalement aux contribuables les plus aisés. Résultat: ils ont vu leurs impôts sur dividendes et plus-values fondre, tandis que les dividendes distribués ont explosé entre 2017 et 2018, concentrés parmi les 0,1% des foyers les plus riches.

A quoi se sont ajoutées la réduction de l’impôt sur les sociétés (de 33,3 % à 25%) et la suppression progressive de la taxe d’habitation. Au total, ces mesures ont coûté plusieurs dizaines de milliards par an, avec un avantage net pour les foyers aisés et les entreprises.

Pour la droite, cependant, ce serait plutôt à l'augmentation de 1,7 million d'agents de l'Etat depuis 1980 qu'il faudrait s'attaquer en priorité pour trouver des économies. La directrice de l'iFrap, think tank ultra-libéral, publie régulièrement des études qui démontrent les dépenses excessives de l'Etat français sur les aides sociales. Et en effet, la France affiche le ratio de dépenses publiques le plus élevé par rapport aux principaux pays de la zone euro.

Que signifie une «mise sous tutelle»?

En novembre prochain, Bruxelles rendra son verdict au sujet du plan proposé par la France. S’il est jugé insuffisant, des mesures plus strictes s’imposeront dès juin 2026. Et la perspective d’une «mise sous tutelle» se rapprochera. Cela signifie une prise en mains par des institutions supranationales comme le FMI, la BCE et la Commission européenne. La France passerait d’une souveraineté budgétaire à une cogestion sous contrainte.

Un contrôle plus strict est déjà en place. Depuis un an, la France est placée en «procédure pour déficit excessif» par la Commission européenne, avec sept autres pays, dont l’Italie, la Belgique et la Pologne. Cela signifie que Bruxelles a resserré sa surveillance et exerce un droit de regard sur le budget français, qui doit justifier chaque dépense.

Quelles seraient les étapes de la tutelle?


Si la France ne parvient pas à rassurer les marchés, la BCE pourrait intervenir. Elle procéderait à des rachats massifs d’obligations d’Etat françaises, pour soutenir le prix de ces emprunts, et garder les taux d’intérêt du marché à des niveaux raisonnables. En échange, la BCE exigerait de Matignon un programme d’austérité des plus stricts.

Le niveau suivant prendrait la forme d’une tutelle européenne formelle, avec un plan d’ajustement structurel décidé à Bruxelles. Les commissaires auraient le pouvoir de refuser ou de modifier le budget français, comme ce fut le cas pour la Grèce.

Enfin, le dernier niveau serait une intervention du FMI. Si la BCE échoue à calmer les marchés, le Fonds Monétaire International pourrait prêter quelques milliards à la France, en échange de réformes structurelles drastiques, qui pourraient passer par des hausses massives d’impôts, des coupes dans les retraites et dans l’aide sociale, et des privatisations forcées. Historiquement, le FMI a prêté de l’argent non pas à des pays riches, mais à des pays en développement, comme l’Argentine, le Mexique, l’Ouganda ou la Tanzanie, qui ont déjà subi les cures d’austérité drastiques du FMI.

Qu’en disent les experts économiques?

«Une situation de tutelle serait un camouflet majeur et un choc pour la France», estime John Plassard, associé chez Cité Gestion à Genève et responsable de la stratégie d’investissement. «Nous n’en sommes pas encore là», rassure-t-il. Toutefois, il estime que François Bayrou n’est pas allé assez loin dans ses propositions. «Il ne s’attaque toujours pas à la taxation des très hauts revenus. Ce sont donc des demi-mesures qui ne suffiront pas.» Selon l’analyste genevois, le but aurait dû être de corriger les excès d’Emmanuel Macron en demandant plus de contribution des hauts revenus. «Afin que ces impôts soient votés à l’Assemblée nationale, il devra faire moult concessions à la droite comme à la gauche.»

En attendant, le FMI surveille la situation, mais «les prochaines révisions de la note de la dette française par les agences de notation pourraient avoir des effets un peu plus importants si la note de la France passait en dessous de AA». La France a perdu son triple A (notation maximale de qualité de crédit) depuis 2012.

«Nous ne sommes pas dans une situation à la grecque, puisque la troïka n’est pas encore à Paris», répond Hervé Prettre, responsable de la recherche en investissement à la banque Edmond de Rothschild. Imaginer une intervention de la BCE et FMI est un «scénario catastrophe, auquel nous ne croyons pas».

Le chef analyste explique que, contrairement à la Grèce, qui avait très peu d’actifs, la France dispose d'un secteur de la défense fort, qui peut collaborer avec la défense européenne, et d'au moins 400 milliards d’actifs dans des sociétés qu’elle pourrait vendre, dans le cadre de privatisations.

Les marchés n'y croient pas à long terme

Du côté des investisseurs, «on observe une certaine défiance, note Hervé Prettre, non pas sur le court terme, mais très nettement sur le long terme». L'écart de crédit entre les obligations françaises et allemandes présente habituellement 46 points de base (pb) de prime sur le 10 ans français par rapport au Bund. A l'heure actuelle, l'écart oscille entre 70 et 80 pb, témoin d'une «situation de crainte». Celle-ci devient plus prononcée à un horizon de 30 ans. «Le taux de l'obligation souveraine à 30 ans se situe à 4,22%, qui est un plus haut depuis 2012, souligne Hervé Prettre. Cela contraste avec la confiance témoignée par le marché à court terme: sur le taux à 2 ans, on est à 210 pb plus bas par rapport au 30 ans.»

En d'autres termes, les investisseurs anticipent que le gouvernement pourrait réussir à faire passer son budget à coups de rabot, estime l'expert du Groupe Edmond de Rothschild, et réaliser des économies à la marge. «Trouver 40 milliards, le consensus estime que le gouvernement va y arriver. En revanche, trouver 100 milliards d’ici à 2029, cela est bien plus difficile car cela implique de remettre en cause l’organisation de l’Etat français.»

Myret Zaki 18 07 25

La bombe budgétaire française est un signal d'alarme pour l'Europe qui s'oriente vers la faillite...

Alors que les défis s'accentuent et que la main-d'œuvre diminue, une grande partie de l'Europe risque de faire faillite, mais pas aussi vite que la France.

La bombe budgétaire annoncée mardi par le Premier ministre français François Bayrou n'a pas seulement été un signal d'alarme pour la France.

Il s'agit plutôt de la preuve la plus claire et la plus pressante à ce jour qu'une Europe vieillissante et de plus en plus impuissante court à la faillite si elle n'adopte pas des changements majeurs : la numérisation, la décarbonation et la défense doivent toutes être financées, dans un contexte de déclin démographique. Mais elle dispose de peu, voire d'aucune marge de manœuvre, en raison de deux « D » supplémentaires : la dette et les déficits.

Et si la présentation de Bayrou, avec ses coupes budgétaires, ses hausses d'impôts et même la suppression de deux jours fériés, a mis en évidence l'impossibilité de poursuivre le statu quo, les réactions qui lui ont été adressées n'ont fait que démontrer la difficulté de changer de cap.

« Ce gouvernement préfère s'en prendre aux Français, aux travailleurs et aux retraités, plutôt que de s'attaquer au gaspillage », a déclaré Marine Le Pen, cheffe de file de l'extrême droite, sur les réseaux sociaux, promettant de renverser le gouvernement minoritaire de Bayrou s'il s'en tenait à ses plans.

La France n'est pas la seule dans cette situation difficile. Bayrou est l'un des rares Premiers ministres instinctivement centristes de la région à se retrouver coincé entre les extrêmes gauche et droite : la semaine dernière encore, outre-Manche, le Premier ministre britannique Keir Starmer a été contraint, par une révolte de ses propres députés, d'abandonner les coupes budgétaires qu'il jugeait nécessaires.

Et si de nombreux pays de la zone euro ont progressé dans la réduction de leurs déficits budgétaires depuis la fin de la pandémie, le Fonds monétaire international prévoit que le déficit budgétaire global de l'Union se creusera à 3,3 % du produit intérieur brut d'ici la fin de la décennie, portant la dette publique brute à 93 % du PIB.

Ayant échappé à la discipline de sauvetage imposée par la crise de la dette souveraine de la zone euro il y a dix ans, les finances de la France sont dans un état pire que celui de toute autre grande économie de la région. Les agences de notation soulignent régulièrement la dégradation de sa trajectoire d'endettement. Le déficit a atteint près de 9 % du PIB en 2020 et n'est pas resté en dessous de l'objectif de 3 % de l'UE depuis 2019. Même selon les projections de Bayrou, il ne le retrouvera pas avant 2029.

Et le coût du service de cette dette ne peut qu'augmenter au cours des deux prochaines années, car les gouvernements européens refinancent à des taux d'intérêt bien plus élevés l'argent qu'ils ont emprunté pour une bouchée de pain entre 2014 et 2022.

Mais d'autres capitales sont confrontées à bon nombre des mêmes pressions qui inquiètent Paris, notamment en ce qui concerne la démographie et la baisse fatale du ratio travailleurs/retraités : la banque centrale allemande estime que la population active commencera à diminuer en termes absolus, au moment même où les vastes plans de dépenses financés par la dette du chancelier Friedrich Merz entreront en vigueur.

Un rapport de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publié plus tôt ce mois-ci a révélé que les dépenses sociales globales liées à la démographie augmenteraient les dépenses publiques d'environ 3 points de pourcentage du PIB d'ici 25 ans.

« Cela laissera de plus en plus de marge de manœuvre budgétaire pour les prestations visant à atténuer la pauvreté, à se prémunir contre les chocs de revenus et à soutenir la réaffectation du marché du travail », a averti l’OCDE.

Dans de nombreux cas, le problème le plus urgent est le coût du système de retraite public : l’Office for Budget Responsibility du Royaume-Uni a déclaré ce mois-ci que d’ici le début des années 2070, celui-ci absorbera 7,7 % du PIB, contre 5 % aujourd’hui (et seulement 2 % en 1950). Plus généralement, la dernière tentative de la Commission européenne pour quantifier le problème, en 2021, indiquait que le coût global du vieillissement – incluant les coûts des retraites, de la santé et des soins – passerait de 24 % du PIB en 2019 à 25,9 % d'ici 2070.

Rêveurs d'armée contre justiciers obligataires

Et parallèlement à la résolution de ce problème, les gouvernements doivent également financer une modernisation massive des forces armées européennes, déjà vétustes, afin de faire face à la menace renouvelée venue de l'Est. Jusqu'à présent, l'Allemagne, le Royaume-Uni et la France ont tous reconnu qu'ils devront débourser une somme conséquente pour cela, mais le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a refusé de relever le défi.

L'agence de notation KBRA estime que le nouvel engagement des États membres de l'OTAN d'augmenter leurs dépenses de défense creusera les déficits publics de l'UE de 1,3 à 2,8 % du PIB, selon la rapidité et la nature des dépenses. La semaine dernière, outre-Manche, le Premier ministre britannique Keir Starmer a été contraint, par une révolte de ses propres députés, d'abandonner les coupes sociales qu'il jugeait nécessaires.

« Je pense que le marché est désormais beaucoup plus sensible à la politique budgétaire et à la trajectoire budgétaire de la dette souveraine et des déficits », a déclaré Ken Egan, directeur principal de la dette souveraine à l'agence de notation.

Cela est particulièrement vrai pour le Royaume-Uni, où la combinaison d'une inflation élevée et d'une concentration de la dette entre les mains d'investisseurs financiers volatils, comme les fonds spéculatifs, a rendu le pays plus exposé aux hausses des coûts d'emprunt. Le rendement de la dette britannique à 30 ans a largement dépassé le niveau observé en 2022, lorsque le « mini-budget » désastreux de la Première ministre de l'époque, Liz Truss, avait secoué les marchés. Cela « suggère que les investisseurs restent préoccupés par l'incapacité à réduire les déficits et la dette », a déclaré Guillermo Felices, stratégiste en investissement mondial chez PGIM Fixed Income, société de gestion d'actifs.

Au rythme d'une musique mondiale

Mais les investisseurs en obligations britanniques et françaises ont été sensibilisés à ces enjeux par d'autres facteurs externes, sur lesquels ils n'ont aucun contrôle. Aux États-Unis, le « Big Beautiful Bill » du président Donald Trump, qui, selon le Comité pour un budget fédéral responsable, devrait alourdir la dette publique de plus de 4 000 milliards de dollars au cours des dix prochaines années, suscite des inquiétudes croissantes concernant le Japon, où la hausse de l'inflation a contraint la banque centrale à réduire sa production monétaire pour acheter un flux incessant d'obligations d'État.

Les États-Unis accusent toujours un déficit de plus de 6 % du PIB cette année, malgré un plein emploi de fait. Ils dépensent plus de 1 000 milliards de dollars par an en frais d'intérêts, soit plus que pour la défense. Alors que Trump a semé l'incertitude sur les marchés mondiaux, les investisseurs ont exigé une prime toujours plus élevée pour détenir une dette à long terme offrant uniquement un rendement fixe. Ainsi, malgré une légère baisse de l'inflation et une baisse des taux d'intérêt par la Réserve fédérale, le rendement des obligations à 10 ans a continué de grimper. Larry Fink, directeur général de Blackrock, et Jamie Dimon, son homologue de JPMorgan, ont tous deux récemment averti que la situation était sur le point de devenir incontrôlable.

Le marché des obligations d'État américaines, ou bons du Trésor, est le plus important et le plus liquide au monde. Elles constituent une référence mondiale pour la dette souveraine en général, et lorsque les rendements américains augmentent, ils ont tendance à faire grimper les coûts d'emprunt dans le monde entier.

« Il est certain que lorsque les bons du Trésor éternuent, l'Europe continue de se servir des mouchoirs », a déclaré M. Egan de KBRA.

La question est : s'agit-il d'un simple rhume ou d'un problème bien plus grave cette fois-ci ?

 

La dette française d’emballe à 3 346 milliards, en hausse de 40.5 milliards sur 3 mois !...

Le dernier communiqué de l’INSEE (source ici) est très clair. La dette de la France est hors de contrôle.

L’Insee ne le dit pas comme cela, car l’Insee donne des chiffres sans les interpréter !

À la fin du premier trimestre 2025, la dette publique s’établit à 3 345,8 Md€

« À la fin du premier trimestre 2025, la dette publique au sens de Maastricht s’établit à 3 345,8 Md€, soit une augmentation de 40,5 Md€, après +3,8 Md€ au trimestre précédent. Exprimée en pourcentage du produit intérieur brut (PIB), elle s’établit à 114,0 %, après 113,2 % au quatrième trimestre 2024. Comme au trimestre précédent, l’augmentation de la dette publique s’accompagne d’une baisse de la trésorerie des administrations publiques (-11,4 Md€) et, dans une moindre mesure, des autres actifs, si bien que la dette nette augmente un peu plus que la dette brute (+52,6 Md€) et s’établit à 106,1 % du PIB ».

Les chiffres sont donc très mauvais.

Au seul 1er trimestre la dette vient d’augmenter de 40.5 milliards d’euros (soit 450 millions d'euros par jour) ce qui est considérable surtout quand il y a 4 trimestres dans une année !

Les discussions sur le budget 2026 risquent d’être particulièrement âpres et le gouvernement Bayrou devrait tomber ce qui pourrait provoquer une nouvelle dissolution de l’Assemblée et un retour aux urnes ou une tentative de diriger par décrets de la part du président Macron pour tenter de faire passer par la force des mesures impopulaires.

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Insolentiae.com est le site sur lequel Charles Sannat s’exprime quotidiennement et livre un décryptage impertinent et sans concession de l’actualité économique. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.insolentiae.com. »

Au pain sec et à l’eau ?...

Le Premier ministre, François Bayrou, nous a promis la « vérité » : les finances vont mal, très mal. Et si l’on ne parvient pas à trouver 40 milliards d’économies l’an prochain, la France finira comme la Grèce. Mais si le problème venait de l’État lui-même, et de ses dépenses de fonctionnement ?

Réponses de François Ecalle, économiste, ancien haut fonctionnaire de Bercy et spécialiste des finances publiques


CHARLIE HEBDO : Selon l’Insee, les frais de fonctionnement de la puissance publique ont connu la plus forte hausse, + 22% depuis 2021. L’État vit-il au-dessus de ses moyens ?

François Ecalle : Quand les gens entendent parler des « frais de fonctionnement », ils imaginent qu’on parle des tapis de l’Élysée. Mais l’État central n’est qu’une partie négligeable des 1 700 milliards de dépenses publiques. Si je prends le fonctionnement de l’Élysée et des deux Assemblées, ça nous coûte 1 milliard.

Symboliquement, c’est important, mais fiscalement, ce n’est pas grand-chose. Ce qu’on appelle les « dépenses de fonctionnement », ce sont les dépenses que l’État engage sur les personnels et les achats de biens et services courants — en y ajoutant les agences payées par l’État, cela représente à peu près 200 milliards sur les 1 700.

  • Quand on voit cette somme folle de 1700 milliards d’euros de dépenses, beaucoup disent que l’État est obèse. C’est vrai ?

Globalement, on peut le dire, oui. En prenant l’État, les col­lectivités locales et la Sécurité sociale, et rapporté au PIB, on a le deuxième niveau de dépenses publiques le plus élevé de l’Union européenne en 2024. Si ces dépenses étaient de bonne qualité et toutes très utiles, à la limite, ça irait, mais il y a du gras, c’est un fait.

Ce qu’il faut avoir en tête, c’est que les dépenses de l’État, ce sont des euros qui vont dans la poche des Français. Si on réduit les dépenses de fonctionnement, certains Français devront se serrer la ceinture : c’est moins d’entreprises à qui on paiera des services, moins de fonctionnaires rémunérés, parce que c’est de l’emploi public, comme dans le personnel hospitalier et les collectivités territoriales… On ne peut pas opposer l’État et les Français.

  • Quand un ménage a des problèmes d’argent, ou quand une entreprise a des dettes, on cherche d’abord à rogner sur tes dépenses inutiles, à se priver un peu. Le même raisonnement n’est pas valable avec les finances publiques ?

C’est un peu différent pour les finances publiques : le quart des dépenses publiques est généré par les retraites… Difficile d’appliquer ce type de raisonnement avec les pensions des gens. Autre exemple : les remboursements de l’assurance-maladie, c’est 20 % de ces dépenses.

Alors oui, certaines prises en charge ne servent peut-être pas à grand-chose — à quoi bon rembourser les cures thermales ? — , mais pour atteindre le niveau qu’on vise, il faut faire des économies colossales.

Car ce ne sont pas seulement 40 milliards que nous recherchons, ce sont 40 milliards pour l’an prochain, à projeter sur les années suivantes, c’est donc plutôt de l’ordre de 100, 150 milliards…

On aura du mal à trouver cet argent uniquement en faisant des économies, il va falloir augmenter certains impôts. C’est d’ailleurs ce que le gouvernement a commencé à faire cette année en haussant l’impôt sur les sociétés.


Propos recueillis par Jean-Loup Adénor. Charlie Hebdo. 30/04/2025

Dette publique mondiale, toujours plus !...

La dette publique des pays les plus développés devrait atteindre cette année 59 000 milliards de dollars, soit 85 % de leur PIB...

« L'économie mondiale tout entière repose aujourd'hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile »,s'inquiétait déjà en octobre 1998, dans une tribune choc du Figaro, le Prix Nobel d'économie Maurice Allais. « Jamais sans doute une telle instabilité potentielle n'était apparue avec une telle menace d'un effondrement général », ajoutait-il.

Depuis ce lancement d'alerte, les pyramides de dettes accumulées par les États et les entreprises ont pourtant continué de s'élever à un rythme vertigineux jusqu'à dépasser aujourd'hui, selon l'OCDE, 100 000 milliards de dollars.

À elle seule, la dette publique des pays économiquement les plus développés de la planète devrait grimper cette année à 59 000 milliards de dollars, soit 85 % de leur PIB, 10 points de plus qu'en 2019 et près de deux fois le niveau observé avant la crise des subprimes. Les pays émergents ne sont pas en reste, leur dette publique a triplé depuis 2007, passant de 4 000 à 12 000 milliards de dollars.

L'Amérique fait dans la démesure

Conséquence à la fois de cette frénésie emprunteuse et de la hausse des taux à long terme (4 % en 2024, contre moins de 1 % en 2020), la charge de la dette publique, c'est-à-dire les montants consacrés au paiement des intérêts, augmente à toute allure.

Elle a atteint l'année dernière, dans les pays de l'OCDE, 3,3 % du PIB, son plus haut niveau depuis vingt ans, soit aussi nettement plus que leur part de budget consacré à la défense. La situation est d'autant plus préoccupante que 42 % du stock mondial d'obligations d'État arrive à échéance d'ici à 2027 et va devoir être refinancé à des taux plus élevés. L'addition s'annonce salée.

Au total, les émissions d'obligations « souveraines » atteindront, cette année, un niveau record de 17 000 milliards de dollars. Dans ce domaine aussi, l'Amérique fait dans la démesure, avec environ 5 000 milliards de dollars à emprunter, dont 3 000 milliards pour rembourser ses dettes passées et 2 000 milliards pour financer son déficit budgétaire.

Mais l'Europe ne se montre guère plus raisonnable. Le Royaume-Uni va émettre pour 299 milliards de livres (360 milliards d'euros) de « gilts », l'Italie a prévu d'emprunter à moyen et long terme entre 330 et 350 milliards d'euros et la France au minimum 300 milliards.

Enfin, après avoir levé son frein à l'endettement et annoncé des plans d'investissement de 1 500 milliards d'euros sur dix ans, l'Allemagne va considérablement augmenter ses émissions de « Bunds », initialement prévues à 110 milliards d'euros.

La France, plus vulnérable

Ce sont des tombereaux de nouveaux emprunts d'État qui vont se déverser dans les prochains mois sur les marchés financiers alors même que les banques centrales se débarrassent de leurs stocks accumulés pendant la crise du Covid. Elles ne détenaient plus en 2024 que 19 % de l'encours total des dettes publiques, contre 29 % en 2021 quand, dans le même temps, la part des investisseurs étrangers est passée de 29 % à 34 % (52 % en France).

Autant dire que les États vont devoir jouer des coudes pour s'attirer les faveurs des grands gérants de l'épargne mondiale (fonds de pension, banques, assureurs…), qui se retrouvent plus que jamais en position de force et d'arbitre. Et qui, devant une offre aussi abondante et un tel embarras du choix, vont se montrer plus regardants sur la vulnérabilité financière et le sérieux budgétaire des pays dont ils achètent les emprunts.

La France, avec son déficit le plus élevé de la zone euro, ses gouvernements pleutres et éphémères et sa population qui refuse de travailler davantage, n'est à l'évidence pas la plus attractive. Sur le marché mondial et géant des dettes publiques, nos obligations assimilables du Trésor (OAT) risquent de souffrir durement de la concurrence. Et de trouver bien plus difficilement que dans le passé des acquéreurs étrangers, des créanciers bienveillants qui permettaient à notre pays de vivre très largement au-dessus de ses moyens.

 
 
 

A priori, mettre en relation l’endettement public français, qui atteint des sommets, et le creusement sans fin de notre déficit commercial vis-à-vis de l’Empire du Milieu, au plus grand bénéfice des entreprises chinoises, est une idée saugrenue. Et pourtant, la filiation est directe. À l’origine de ce lien, une tradition : acheter à crédit la paix sociale en sollicitant les finances publiques.

Des dépenses publiques pour calmer la contestation

Deux exemples tirés de l’histoire récente. L’épisode des « gilets jaunes » : gel puis suppression de la taxe carbone, 100 euros par mois en plus dès janvier 2019 pour les travailleurs au SMIC financés par l’État, suppression de la hausse de la CSG subie en 2018 pour les retraites de moins de 2 000 euros, prime exceptionnelle défiscalisée, « dite prime Macron », exonération des heures supplémentaires. Plus récemment, avec la crise Covid, c’est la mise en place du « quoi qu’il en coûte » et son maintien bien au-delà de la fin de la pandémie jusqu’aux mesures prises après le déclenchement de la guerre en Ukraine. À chaque fois, l’État met la main au portefeuille et cela se paie cash par une dégradation des finances publiques.

Un pays de consommateurs

À trop flatter les consommateurs-électeurs, la France a oublié un détail : il faut aussi produire. Mais produire en France, c’est compliqué, alors on a préféré délocaliser. Résultat : un divorce consommé entre production et consommation. Nos usines ferment, et pour combler le vide, on importe toujours plus. Autre moyen de le dire, le « made in France » cède du terrain : la consommation en produits manufacturés inclut très directement 77% d’importations, mais 83% pour le meuble. Le compteur dépasse 90% pour l’habillement-chaussures et même 92% pour les appareils ménagers.

La Chine, grande gagnante du commerce français

Longtemps substituée par du « made in Europe », la production française l’est de plus en plus par la Chine. L’accélération est frappante depuis les années 2000. Avant son entrée dans l’OMC, la Chine était un acteur mineur des importations françaises. Aujourd’hui, elle rafle la mise. Dans l’électronique et l’électroménager : smartphones, téléviseurs, ordinateurs… une large majorité provient de Chine. Dans le textile-habillement : plus de 60% des vêtements vendus en France sont importés d’Asie. Les jouets et articles de sport sont un marché quasi totalement dominé par la production chinoise, jusqu’à l’automobile, nouveau front ouvert.

Un cercle vicieux qui affaiblit la croissance

La France n’importe pas seulement plus, elle change de dépendance, troquant l’Europe pour Pékin. Même quand la France tente de relocaliser certaines industries, la dépendance reste importante. Produire en France ne signifie pas fabriquer français : batteries, semi-conducteurs, panneaux solaires… les matières premières et composants clés restent aussi largement importés… de Chine.

Le schéma de cette mécanique infernale se dessine : le soutien du pouvoir d’achat creuse, d’un côté, les déficits publics et gonfle l’endettement. De l’autre, il booste la consommation, donc les importations, dont l’origine est de plus en plus chinoise. La conclusion s’impose : chaque euro déboursé par un consommateur français, financé par le déficit public, nourrit en réalité les usines chinoises et non le tissu industriel national. C’est aussi pourquoi, malgré les milliards déversés, notre croissance est aussi faible. L’argent pour soutenir le pouvoir d’achat part à l’étranger, il ne circule pas dans l’économie nationale. Les usines ferment, les emplois disparaissent, tandis que la Chine engrange les bénéfices.

 
Alexandre Mirlicourtois
 
https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Quand-la-France-s-endette-la-Chine-encaisse-explication

Publié le vendredi 07 mars 2025

Depuis 1974, la France n’a jamais réussi à présenter un seul budget en excédent. Un demi-siècle de fuite en avant, où chaque crise a servi de prétexte pour creuser un peu plus le déficit, ou l'assainissement des finances publiques a été systématiquement reporté.

La rigueur abandonnée après Maastricht

Pourtant, au milieu des années 1990, la France avait un objectif clair : répondre aux critères de Maastricht pour intégrer la zone euro. Ces règles imposaient des finances publiques sous contrôle : déficit limité à 3% du PIB, dette en dessous de 60%. La France joue le jeu et la politique économique se résume en un tour de vis général. Le déficit est ramené dans les clous maastrichtiens. Oui, la France a joué le jeu… temporairement. À peine l’annonce faite de sa sélection pour participer à la monnaie unique le 3 mai 1998 que la rigueur a été abandonnée. Va suivre une longue histoire de renoncements qui va s’effectuer autour de quatre dates charnières.

La grande récession, un tournant raté

En 2000, la bulle internet éclate, la France s’enlise. La parenthèse sera vite refermée dans la plupart des économies eurolandaises qui profitent ensuite de l’amélioration de la conjoncture pour assainir leurs comptes : Allemagne, Espagne, Belgique, Irlande sont alors excédentaires. La France fait un autre choix, celui d’une baisse ciblée de la fiscalité, non financée par une réduction des dépenses : la fameuse loi TEPA. Résultat, elle aborde le cataclysme de 2008-2009 avec un déficit qui flirte avec 3%, alors même que l’économie est en haut de cycle. Avec la grande récession, l’État ouvre en grand les vannes budgétaires. En France comme ailleurs, le déficit explose et culmine à plus de 7% durant deux exercices. Le hic, c’est qu’une fois de plus, à la différence de nos voisins, une fois le choc passé, l’amélioration tarde et reste très poussive, car les mauvaises habitudes sont prises.

Les choix politiques face aux crises sociales

Autre tradition française : acheter la paix sociale en sollicitant les finances publiques. L’épisode des « gilets jaunes » en a donné une nouvelle illustration : 100 euros par mois en plus dès janvier 2019 pour les travailleurs au SMIC financés par l’État ; suppression de la hausse de la CSG subie en 2018 pour les retraites de moins de 2 000 euros ; prime exceptionnelle défiscalisée, « dite prime Macron », qui sera renouvelée avec des ajustements ; exonération des heures supplémentaires. En queue de peloton, la France a dégringolé à la 19? place en termes de déficit public sur les 20 pays composant la zone euro, quand survient la crise de la Covid et la mise en place du « quoi qu’il en coûte ». La pandémie impose des mesures d’urgence. Le déficit public échappe à tout contrôle.

La crise de 2024, un électrochoc budgétaire

La France n’est pas un cas unique : l’Europe entière est prise dans ce même mouvement, et tous les pays appliquent peu ou prou les mêmes remèdes. Mais ce qui aurait dû être une réponse temporaire à une crise exceptionnelle joue les prolongations, et l’amélioration des comptes publics est laborieuse. D’autant qu’avec la guerre en Ukraine et ses conséquences sur les prix de l’énergie, le gouvernement remet la main au portefeuille, ici plus qu’ailleurs. Le déficit dérape à nouveau en 2023. Puis arrive 2024. Un véritable électrochoc : la révélation de finances publiques en situation critique, avec des recettes fiscales en forte décélération et des dépenses en forte progression. Le déficit atteint 175 milliards d’euros, l’équivalent de 6% du PIB. Inconcevable hors période de guerre ou de crise majeure. Et il faut stopper net tous les discours l’expliquant par les circonstances.

Voici un graphique, celui de l’écart de notre déficit public par rapport aux autres membres de la zone euro, qui sont soumis aux mêmes contraintes que les nôtres. La conclusion s’impose : notre déficit est un choix politique. Les conséquences sont désastreuses : le bonnet d’âne nous place 20? sur 20. Pour demain, une crise de financement, peut-être ? Une mise sous tutelle par le FMI, pourquoi pas ? Plus personne ne peut l’exclure.

Alexandre Mirlicourtois

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-Le-derapage-de-nos-depenses-publiques-est-une-maladie-chronique

 

Publié le mardi 25 février 2025

Les comptes publics français sont dans une situation critique. D’après le dernier rapport de la Cour des comptes, le déficit public a atteint 175 milliards d’euros en 2024, soit 6% du PIB. Cette dégradation marque une prolongation inquiétante de la tendance amorcée en 2023, où le déficit s’élevait déjà à 5,5%. Mais pire encore, alors que la plupart des pays européens réduisent leurs déficits, la France est la seule à continuer de creuser le sien. La dette publique approche désormais 112% du PIB et pourrait atteindre 125% en 2029 si aucune correction majeure n’est engagée. C’est intenable.


Une explosion du coût de la dette


La situation devient d’autant plus périlleuse que le coût de la dette explose sous l’effet de la remontée des taux d’intérêt. La charge de la dette pourrait bientôt dépasser le budget de l’Éducation nationale ! Mais le pire reste à venir : les agences de notation pourraient annoncer en 2025 une nouvelle dégradation de la note de la France, augmentant encore plus le coût des emprunts. Comme l’explique la Cour des comptes, la perte de crédibilité budgétaire de la France inquiète désormais les investisseurs, faisant planer le spectre d’une crise de financement.


Des mesures insuffisantes face à l’ampleur du problème


Depuis des années, l’État privilégie des mesures cosmétiques : des hausses d’impôts limitées et des gels de crédits ponctuels. Mais ces ajustements à la marge ne suffisent plus. La France est entrée dans une phase où seule une véritable cure de rigueur peut empêcher une crise budgétaire majeure. La situation est simple : soit le gouvernement prend l’initiative d’un redressement ordonné, soit les marchés risquent d’imposer une austérité brutale.


Trois axes d’économies incontournables


Face à l’ampleur du dérapage, trois axes d’économies semblent incontournables :


1. Maîtriser la dépense sociale, qui représente plus de 56% du budget de l’État. Une réforme structurelle des retraites et des aides sociales est inévitable.
2. Réguler les finances des collectivités locales, dont les dépenses de fonctionnement explosent. L’État devra instaurer des règles plus strictes et un contrôle renforcé.
3. Rationaliser le fonctionnement de l’administration, en simplifiant les structures et en limitant les doublons.


Un enjeu de souveraineté économique


L’objectif affiché par le gouvernement est de ramener le déficit à 5,4% du PIB en 2025. Mais sans mesures fortes, cet objectif est inatteignable. L’heure n’est plus aux tergiversations. Si la France ne reprend pas le contrôle de ses finances publiques, elle sera contrainte de subir une purge budgétaire imposée par les marchés. 2025 n’est pas une simple échéance budgétaire. C’est une question de souveraineté économique.

Alexandre Mirlicourtois

https://www.xerficanal.com/economie/emission/Alexandre-Mirlicourtois-La-France-peut-elle-encore-echapper-a-une-purge-budgetaire

 

Publié le mardi 18 février 2025

Un ancien économiste en chef du FMI met en garde contre une crise financière potentielle en France...

Olivier Blanchard, ancien économiste en chef du FMI et professeur au MIT, a exprimé ses préoccupations concernant la situation budgétaire de la France lors d’une interview sur BFM Business. Il a averti que des efforts insuffisants pour contrôler les dépenses publiques pourraient conduire à une crise financière et même nécessiter l’intervention du FMI.

Blanchard reconnaît que les marchés ont, pour l’instant, accepté le budget de la France qui, sans être idéal, représente un certain progrès. Cependant, il souligne que si des efforts minimes similaires sont faits l’année prochaine, les investisseurs pourraient commencer à remettre en question la capacité de la France à gérer efficacement ses finances. Cela pourrait déclencher une dangereuse « spirale de la mort » dans laquelle la perte de confiance des investisseurs entraînerait une hausse des taux d’intérêt et accentuerait la pression sur l’économie française.

Situation similaire dans les pays en développement

Même une augmentation modeste des taux d’intérêt par rapport à l’Allemagne pourrait avoir des répercussions importantes, nécessitant soit des recettes supplémentaires, soit des réductions substantielles des dépenses. Blanchard cite en exemple des situations similaires dans les pays en développement et en Grèce. Tout en reconnaissant que la situation de la Grèce était plus extrême en raison de son déficit massif, il met en garde contre les conséquences potentielles pour la France si cette tendance se poursuit.

Blanchard n’exclut pas une intervention du FMI

Compte tenu de ces préoccupations, Blanchard n’exclut pas la possibilité d’une intervention du FMI. Il explique que le rôle du FMI serait de mettre en œuvre les mesures que les responsables politiques nationaux ne peuvent ou ne veulent pas prendre, dans le but ultime de rétablir la confiance des investisseurs et de faciliter l’octroi de prêts. S’il espère que cette intervention sera évitée, il reconnaît que le risque reste réel.

https://fr.businessam.be/blanchard-met-en-garde-contre-une-crise-financiere-potentielle-en-france/

La préférence française pour la banqueroute...

L’accablante réalité, c’est qu’aucune force politique n’a l’intention de porter un message raisonnable pour redresser nos finances publiques...

Fascinant gouffre que celui des finances publiques : il a le pouvoir d'engloutir non seulement des milliards mais aussi les volontés, et même les discernements. Pourquoi des années d'alerte sur la dette ont-elles eu si peu d'effets ?...

Michel Barnier est arrivé à Matignon en avertissant solennellement sur la gravité de la situation, et, fait exceptionnel, tout le monde ou presque était d'accord avec lui sur ce point. Y compris sur les bancs de LFI et du RN, dont les programmes témoignent pourtant d'un mépris intersidéral pour l'équilibre des comptes.

Sauf que, deux mois après, les mêmes sables mouvants ont étouffé ce bel élan. Le débat à l'Assemblée nationale, ces derniers temps, s'est réduit à un affrontement entre tenants du matraquage fiscal et apôtres du super-matraquage fiscal. En revanche, les réformes de structure, les vraies baisses de dépenses, sont, elles, portées disparues. Il s'agit pour l'essentiel d'incantations, de blancs à remplir. Michel Barnier n'est pas dépourvu de mérite : il fait ce qu'il peut, face à une représentation nationale élue dans un contexte de surenchère démagogique inédite.

Ce n'est plus de l'insouciance, mais un choix

L'accablante réalité est qu'il ne s'y trouve aucune force politique pour porter ne serait-ce qu'un message raisonnable. La perspective de l'accident financier, pour la quasi-intégralité de la classe politique française, demeure préférable aux conséquences politiques des actions nécessaires pour l'éviter. L'inaction, à ce stade, ne relève plus de l'insouciance mais bien d'un choix.

Le phénomène n'est pas totalement nouveau. Dans une note pour la Fondation Saint-Simon publiée en 1994 par la revue Le Débat, Denis Olivennes détaillait ce qu'il appelait la « préférence française pour le chômage ». Sa thèse, qui fit alors scandale, était que le chômage, plus élevé en France que chez ses voisins, ne résultait pas de la fatalité mais d'un choix. En clair, la protection farouche de ceux qui sont bien en place dans le travail – les insiders – et de leur rémunération maintenait hors de l'emploi les outsiders, notamment les moins qualifiés, le tout étant amorti par un niveau de protection sociale très élevé. Ce « contrat social » fondé sur « le partage des revenus à travers les transferts sociaux plutôt qu'à travers le travail » faisait l'objet « d'une préférence collective, d'un consensus inavoué » entre patronat, syndicats et État.

Le même mécanisme est manifestement à l'œuvre à propos des finances publiques. Aucune force politique française ne plaide réellement pour des réformes telles que les ont menées Gerhard Schröder (social-démocrate) en Allemagne, Mario Monti (centriste) en Italie, Mariano Rajoy (de droite) en Espagne, José Socrates (socialiste) au Portugal ou Alexis Tsipras (gauche radicale) en Grèce. Aucun parti français n'a, par exemple, la sagesse budgétaire des socialistes espagnols, qui n'ont pas touché à la retraite à 67 ans en arrivant au pouvoir.

La peur de l'impopularité

Rien que le fait d'évoquer les mesures prises par ces dirigeants européens de tous bords provoque inévitablement chez nos politiques nationaux un mouvement de recul, comme si l'on avait invoqué Satan en personne. Tous ou presque choisissent, en somme, de risquer la catastrophe financière plutôt que d'affronter la réprobation, les manifestations ou simplement l'impopularité.

Le cardinal de Retz, dans ses Mémoires, décrit bien ce processus : « Le dernier point de l'illusion, en matière d'État, est une espèce de léthargie, qui n'arrive jamais qu'après de grands symptômes. […] Le mal […] n'est jamais à son période [point culminant] que quand ceux qui commandent ont perdu la honte, parce que c'est justement le moment dans lequel ceux qui obéissent perdent le respect ; et c'est dans ce même moment où l'on revient de la léthargie, mais par des convulsions. »

L'horizon des « convulsions » se rapproche : la dégradation de l'économie française ne va pas aider à sortir de la spirale des déficits. Et tout pourrait s'accélérer si d'aventure le gouvernement Barnier était censuré juste avant Noël, précisément sur le budget. Si cela se produit – et c'est encore évitable ! –, ceux qui « ont perdu la honte », selon la formule du cardinal de Retz, connaîtront la véritable impopularité.

Etienne Gernelle

https://www.lepoint.fr/editos-du-point/la-preference-francaise-pour-la-banqueroute-

 

 

Budget : l’entourloupe et les solutions délirantes...

Alors que le gouvernement propose seulement 30 % de coupes budgétaires, les partis d’opposition se retrouvent en pleine crise de démence fiscale...

Vendredi 21 octobre 2011. Accompagné d'une vingtaine de militants du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon se rend dans les locaux parisiens de l'agence Moody's qui, quatre jours plus tôt, a osé placer sous surveillance la note (AAA) de la France. « Ah ! Ah ! Ah ! Nous ne sommes pas des andouillettes », scandent les manifestants, qui brandissent des pancartes : « Noter tue », « Moody's, agence de récession ».

Avant de quitter les lieux, le candidat à l'élection présidentielle prend un micro et lance sous les applaudissements : « L'agence Moody's prétend qu'elle va surveiller le peuple français ; le peuple français l'informe qu'il surveille Moody's. Peuple français, il ne faut pas avoir peur d'eux. Dès le mois de mai prochain, c'est Moody's qui s'en ira et non pas les Français. »

Treize ans plus tard, Moody's est toujours là et vient d'abaisser de « stable » à « négative » sa perspective sur la note de la France, qu'elle a dégradée à deux reprises entre-temps. Pas d'opération « andouillettes » toutefois pour LFI, ravie au contraire de voir l'agence sanctionner le bilan financier d'Emmanuel Macron. Difficile aussi pour les amis de Jean-Luc Mélenchon de se poser aujourd'hui en parangons de vertu budgétaire après avoir longtemps répété que la dette n'avait pas à être remboursée et ne constituait donc pas un problème.

Fourberie budgétaire des gouvernants français

« La situation politique de la France est sans précédent, et cela laisse planer une menace sur la capacité des institutions à atteindre une réduction du déficit », a souligné dans son communiqué Moody's, qui, comme le monde entier, assiste au spectacle affligeant de l'incroyable chienlit des débats à l'Assemblée nationale sur la loi de finances. Lesquels avaient, il est vrai, bien mal commencé avec l'entourloupe initiale du gouvernement, prétendant que la réduction des dépenses représenterait les deux tiers des 60 milliards d'euros d'économies quand le Haut Conseil des finances publiques a évalué cette part à seulement 30 %.

De quoi renforcer à l'étranger la réputation de fourberie budgétaire des gouvernants français. Elle n'est pas usurpée quand on voit aujourd'hui le camp macroniste attribuer le dérapage des comptes au dysfonctionnement supposé des modèles de prévision de recettes fiscales depuis la crise du Covid. Argument irrecevable, aucun de nos voisins européens n'ayant connu un tel bug et enregistré un écart aussi important entre le déficit anticipé (4,4 %) et le déficit constaté (6,1 %).

Au manque de crédibilité de l'ajustement budgétaire proposé par le gouvernement de Michel Barnier s'ajoutent les solutions alternatives délirantes avancées par les partis d'opposition pour réduire les déficits. Faire la chasse aux immigrés, aux fausses cartes Vitale et aux éoliennes est l'essentiel de ce qu'il faut retenir du contre-budget présenté par le RN, à l'évidence toujours aussi fâché avec les chiffres et l'économie. Et, alors même que Moody's a averti qu'un « retour en arrière sur la réforme des retraites » motiverait une dégradation de la note, le RN continue de façon fort peu patriotique à vouloir l'abroger.

Le pire est plus que jamais à craindre

C'est aussi la volonté du Nouveau Front populaire, qui, en pleine crise de démence fiscale, préconise par ailleurs d'augmenter de 50 milliards d'euros les impôts tandis que Fabien Roussel, secrétaire général du Parti communiste français, souhaite carrément embaucher 500 000 fonctionnaires d'ici à 2030. En comparaison, le programme commun de la gauche de 1981 apparaîtrait presque raisonnable.

Le plus grave et le plus décourageant est toutefois que les Français, qui estiment à 82 % « urgent de réduire la dette », s'opposent dans des proportions encore plus élevées à toute mesure d'économie dès lors qu'elle les touche personnellement. Au fond, persuadés qu'il suffirait que l'Élysée réduise son budget petits fours et champagne, que les yachts et les jets des milliardaires soient saisis et que les sénateurs soient moins grassement payés pour que le problème des finances publiques soit entièrement résolu.

Avec un gouvernement aussi précaire, une opposition parlementaire aussi irresponsable et des citoyens aussi inconséquents, le pire est plus que jamais à craindre pour nos finances publiques, le niveau de nos taux d'intérêt et la charge de notre dette. Nous l'aurons bien mérité...

https://www.lepoint.fr/economie/stop-a-la-chienlit-budgetaire

 
Retraites des fonctionnaires financées par la dette : le Sénat brise le tabou...

Un tiers du déficit, et la moitié de la dette : c’est ce que représente le déficit chronique des retraites des fonctionnaires, calcule le Sénat, qui va bientôt entamer l’examen du Projet de loi de financement de la sécurité sociale. Explosif...

C'est une bombe à retardement que seulement une poignée d'initiés connaissent, et qu'ils ont tenue soigneusement enterrée pendant des années. Alors que le déficit devrait dépasser cette année 166 milliards d'euros, plombant davantage encore une dette pharaonique de 3 300 milliards d'euros, le gouvernement cherche désespérément des sources d'économies… Quand la plus évidente s'étale sous ses yeux, sans que personne n'en parle. « C'est incompréhensible, scandaleux », fulmine le sénateur (UDI) Vincent Delahaye, déterminé, cette fois, à mettre les pieds dans le plat.

« Il faut dire la vérité aux Français »

Rapporteur pour avis du budget de la sécurité sociale au Sénat, il a voulu comprendre pourquoi le déficit s'est inexorablement creusé ces vingt dernières années, en dépit de tous les efforts, et alors que le système de retraite a longtemps été présenté au public comme « globalement équilibré ». En réalité, c'est un gouffre qui engloutit chaque année plus de 50 milliards d'euros de déficit ! « Si l'État cotisait comme tout employeur au taux maximum de 28 %, il ne pourrait pas payer les retraites de ses fonctionnaires », explique le sénateur. « Pour le faire, il surcotise à 98 %, en dissimulant la dépense dans sa masse salariale ! » Pour la première fois, le Sénat a donc entrepris de calculer ce que coûte réellement à l'État, et donc à la collectivité, les « surcotisations » versées par l'État employeur, pudiquement appelées « contributions d'équilibre », pour compenser le déséquilibre chronique entre actifs et retraités dans la fonction publique.

Les chiffres, une fois retraités, donnent le vertige. Depuis 2002, des centaines de milliards d'euros de déficits ont été masquées. Pour la seule année 2023, alors que le Conseil d'orientation des retraites (COR), instance paritaire censée « éclairer » le débat public, affichait fièrement un excédent de 3,8 milliards d'euros, le déficit réel des retraites du secteur public atteignait 56,5 milliards. Un gouffre qui représente un tiers du déficit public total.

Dissimulation

Comment un tel dérapage a-t-il pu rester masqué durant si longtemps ? Créé en 2000, le Conseil d'orientation des retraites, institution « d'expertise et de concertation » composée de 42 membres (dont de nombreux syndicalistes), s'est attaché à obscurcir le débat, se noyant dans des hypothèses complexes de productivité ou de taux de chômage, et dans des « conventions comptables » contestables, consistant à considérer toutes les sommes versées par l'État pour équilibrer le régime de retraite des fonctionnaires, des régimes spéciaux, des collectivités locales, etc., comme si elles étaient des cotisations ou des impôts affectés. En clair : le fait incontestable que les retraites des fonctionnaires sont financées par la dette a été masqué.

Une opacité aux conséquences politiques majeures : les Français n'ont pas compris, en 2023, l'urgence d'une réforme adoptée dans la douleur, et qui n'a en réalité « réglé que 10 % du problème », selon Vincent Delahaye.

Dans le détail, documente le Sénat, cette surcotisation, ajoutée à diverses subventions que verse l'État (bonifications pour enfants, pensions de réversion…), entraîne un coût total de 72,5 milliards par an, dont 56,5 milliards pour les retraites publiques (4 millions de pensionnés) et 16 milliards pour les retraites privées (13 millions de pensionnés). « En 2023, un retraité du secteur public aura donc coûté en moyenne 14 125 euros aux finances publiques, contre 1 230 euros pour un retraité du privé. Un rapport de 1 à 12 ! C'est profondément injuste, car nous payons tous les mêmes impôts ! » s'indigne Vincent Delahaye.

Son rapport pour avis sera la première confirmation officielle validant les alertes lancées depuis des mois par une poignée d'acteurs, comme l'Institut Molinari (un think tank libéral), l'ancien directeur des impôts Jean-Pascal Beaufret, ou François Bayrou. Au sein même du COR, les syndicats résistent farouchement contre toute remise en cause de leur méthodologie. « Sans modifier la loi, il serait possible d'assurer au moins la transparence sur le coût des régimes de retraite », estime le sénateur. « Il suffirait de scinder la contribution d'équilibre de l'État entre cotisations au taux légal [28 %] et surcotisations [écart entre 28 % et 98 %, taux réel supporté par l'État]. »

Car cette dissimulation compromet aujourd'hui tout redressement sérieux des finances publiques, gronde le sénateur. Présentée comme l'ultime réforme, la suppression de cinq régimes spéciaux seulement (RATP, Banque de France, Industries électriques et gazières… mais il en reste 16, auxquels personne n'a touché) n'a en rien résolu le problème.

« La France peut-elle continuer à avoir le système de retraites le plus généreux du monde – départ le plus précoce, minimum vieillesse le plus élevé, niveau de vie des retraités supérieur aux actifs – en étant seulement le 25e pays mondial pour la richesse par habitant ? Nous y sommes parvenus jusqu'à présent au prix d'un endettement colossal… Veut-on, et peut-on continuer comme cela ? » Le débat, à tout le moins, mérite d'être posé...

https://www.lepoint.fr/politique/retraites-des-fonctionnaires-financees-par-la-dette-le-senat-brise-le-tabou-07-11-2024-2574647_20.php

04 09 24

« Depuis quarante ans, notre but minable a été de réduire le déficit », a osé déclarer Ruffin. Au fou ou au fumiste ! Ne sait-il pas qu'en quarante ans la dette de notre pays est passée de 205 milliards en 1984 à quelque 3 200 milliards en 2024 ? Que la charge des intérêts de cette dette s'élève désormais à 50 milliards, pas loin du premier budget de l'État, l'Éducation nationale (63,6 milliards) ? Voilà l'héritage que nous allons laisser à notre descendance.

L'absence de toute culture économique aveugle les « élites » françaises, abreuvées aux faux prophètes à la Piketty.

(extrait)

https://www.lepoint.fr/editos-du-point/en-finir-avec-la-politique-de-la-vache-qui-regarde-passer-les-trains-04-09-2024-2569365_32.php?

La cour des comptes tire la sonnette d'alarme sur la dette du pays (€ 3'160 milliards) et un déficit de 5,1% du PIB. Bruno Lemaire prévoyait de descendre à 3% d'ici à 2027 mais avec des objectifs de croissance trop élevés. Pour augmenter la croissance, il est nécessaire d'augmenter la consommation de pétrole, de gaz et d'énergie.

Je dis ça, je ne dis rien. La commission Européenne tire également la sonnette d’alarme.

Macron va surement gérer cela comme un chef.

Sur un an, l'inflation est descendue à 1,9% en août notamment suite à la baisse des prix du pétrole. La croissance est à 0,2%.

Avec la désolation politique et sociale dans le pays, mieux vaut économiser. Les mois à venir ont le potentiel de devenir compliqué.

https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1385-energies-economie-petrole-peak-oil-la-revue-mondiale-juillet-aout-2024.html

Pourquoi les Français risquent de payer leur inculture économique...

Déficits, croissance atone, productivité en baisse… Pour éviter le crash, le futur Premier ministre devra redresser de toute urgence les finances du pays...

En cette fin août, le soleil brille sur l'hippodrome de Paris-Longchamp, et les organisateurs de la Rencontre des entrepreneurs de France, grand-messe à laquelle le Medef convie, à chaque rentrée, patrons, élus et conférenciers à débattre autour des principaux thèmes du moment, en ont tiré parti.

Sur l'immense gazon, ils ont posé des tables en bois et planté des parasols. Certes, il n'y a ni yourte ni toilettes sèches à l'horizon, et un système de connexion wi-fi a bien été installé, mais, pour un peu, on se croirait à l'université d'été des écologistes.

On montre les photos des vacances en famille autour d'un pad thaï au poulet. On commente l'indéniable succès des JO. Robes légères pour les femmes, costumes en lin pour les hommes, chapeaux pour tous… Il règne comme une ambiance d'été indien.

« Une profonde immaturité »

Méfions-nous cependant des apparences. Car derrière les sourires de façade se cache une sérieuse inquiétude. « Il n'a fallu que quelques jours pour qu'on retombe dans la mouise », lance, amer, l'ex-directeur général d'un fleuron du CAC 40. Le matin même, Patrick Martin, le président du Medef, a donné le ton dans un entretien au Figaro.

« La France a battu, en juillet, le record historique de faillites, avec 5 800 cessations de paiements, a-t-il rappelé. Cela n'était jamais arrivé dans l'histoire. Dans certains secteurs, comme le bâtiment, c'est un massacre ! Autre signe préoccupant : l'intérim, qui est un indicateur avancé, vient d'enchaîner son sixième trimestre de baisse d'activité. Nos décideurs politiques ne peuvent pas faire abstraction de cette réalité. »

Les patrons, petits et grands, ne sont pas rassurés. « L'instabilité politique et l'incertitude ne sont jamais bonnes pour le business, analyse l'ex-président du cabinet de conseil EY à Paris Jean-Pierre Letartre. Quand on voit revenir les débats préhistoriques sur l'ISF et la remise en cause de la politique de l'offre, il y a de quoi s'inquiéter. C'est le signe d'une profonde immaturité. »

La cigale Emmanuel Macron

Depuis la dissolution, 60 % des entreprises de taille intermédiaire (les fameuses ETI, qui emploient entre 250 et 5 000 salariés et dégagent un chiffre d'affaires n'excédant pas 1,5 milliard d'euros) ont choisi de suspendre tout ou partie de leurs investissements en attendant d'y voir plus clair, selon une récente étude du Meti. Compte tenu du poids considérable de l'État dans la vie des affaires hexagonales, on les comprend.

Après avoir chanté tout l'été devant les exploits de Léon Marchand, Teddy Riner, Cassandre Beaugrand et des autres médaillés tricolores, la cigale Emmanuel Macron doit bien se rendre à l'évidence. La bise est là. Croissance atone (0,7 % attendu par le FMI, contre 2,7 % aux États-Unis), productivité en baisse, réindustrialisation introuvable, déficit de la balance commerciale abyssal (– 99,6 milliards d'euros l'an dernier)…

 

 

 

Les tracas d'hier ne se sont pas effacés d'un coup de baguette magique. Au contraire, ils se sont, pour nombre d'entre eux, aggravés ! « Il n'est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout », philosophait l'ancien ministre radical-socialiste Henri Queuille (1884-1970).

En matière de finances publiques, hélas, rien n'est plus faux. La dette de la France, détenue à 54 % par des investisseurs étrangers, augmente en moyenne de 650 millions d'euros par jour. Elle ne sert pas à financer la croissance, comme la précédente majorité nous l'a régulièrement rabâché, mais à éponger un train de vie devenu hors de contrôle.

Trouver 20 milliards par an sur 7 ans

Quels que soient le nom et le parti du prochain locataire de Matignon, celui-ci trouvera, au sommet de la pile des dossiers urgents, le rétablissement des comptes de la nation. Bon courage à lui ! Le président lui laisse une sacrée ardoise : 1 000 milliards de dette supplémentaire depuis son arrivée à l'Élysée et zéro piste sérieuse de réduction des dépenses publiques.

Déjà placé en procédure de déficit excessif par Bruxelles, l'Hexagone doit présenter, le 20 septembre, le programme de désendettement qui lui permettra de revenir promptement sous les 3 % de déficit (contre 5,5 % en 2023). Les gentils camarades de la zone euro nous ont dans le collimateur. Au lendemain des législatives, le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, a mis en garde contre une « tragédie » sur le plan budgétaire si d'aventure le futur Premier ministre français entendait mener une politique trop laxiste.

Ensuite, le premier mardi d'octobre, le gouvernement devra déposer le projet de loi de finances pour l'année à venir sur le bureau de l'Assemblée nationale. C'est la loi. Admettons que la nouvelle équipe, aidée par les hauts fonctionnaires de Bercy, réussisse ce sprint, encore faudra-t-il que son plan passe la barre. Or c'est loin d'être gagné tant la situation budgétaire s'est très fortement envenimée depuis la fin de la pandémie.

« Les pays européens qui sont allés moins loin que nous dans le “quoi qu'il en coûte”, qui était pourtant censé sauver l'économie, s'en sortent aujourd'hui nettement mieux, observe Christopher Dembik, économiste et conseiller en investissement chez Pictet AM. Le prochain gouvernement va devoir remettre les finances publiques sur une trajectoire de déficit soutenable. Dans un monde idéal, il faudrait trouver 20 milliards par an sur sept ans. Sinon, l'ajustement sera plus brutal. »

Fâchés avec l'arithmétique

L'ex-économiste en chef du FMI Olivier Blanchard, classé à gauche, ne dit pas autre chose. Selon lui, notre pays ne peut pas procrastiner davantage. Comme l'ont fait dernièrement le Portugal, la Pologne ou l'Italie, il doit se mettre au régime minceur, c'est-à-dire, dégager entre 10 et 20 milliards d'euros par an. « Les nouvelles règles budgétaires européennes permettent en principe un ajustement sur sept ans s'il est accompagné de réformes importantes », précise-t-il.

Pourquoi un tel effort est-il nécessaire ? Parce que, sans cela, l'État n'aura plus beaucoup de marge de manœuvre. La charge des intérêts de la dette, attendue à 46,3 milliards d'euros cette année, devrait s'élever à 72,3 milliards en 2027, soit 9 milliards de plus que le budget de l'Éducation.

 

 

 

La dette, c'est un peu comme les termites. À court terme, elle est presque invisible. Mais, à long terme, elle ronge une partie de l'économie d'un pays et de sa puissance publique. Nos élus ont-ils pris conscience du problème ? Tout porte à croire que non. La plupart d'entre eux sont même sérieusement fâchés avec l'arithmétique, comme le prouve le débat sur les retraites.

Orage sur les marchés financiers

Alors qu'en 1970 on comptait quatre cotisants pour un retraité et que l'âge de départ minimal était fixé à 65 ans, le rapport est désormais de 1,5 actif pour un retraité avec un âge de départ minimal à… 64 ans. Intenable. Or les deux tiers des députés, ceux du Nouveau Front populaire et ceux du Rassemblement national, militent pour un guillotinage express de la réforme Borne, qui, pourtant, était loin d'équilibrer le régime.

Marine Le Pen a d'ailleurs annoncé la couleur. Elle prévoit d'utiliser sa « niche parlementaire » du 31 octobre pour obtenir sa suppression. « On verra alors qui est du côté de la justice sociale… ou pas ! » s'est-elle enflammée sur le réseau social X. Pour l'heure, nul ne sait si le NFP acceptera de voter la proposition du RN.

Mais une chose est sûre : si elle venait à être adoptée, ce serait l’orage sur les marchés financiers. « Octobre, ce sera pile le moment où l’agence de notation Standards & Poors, qui a déjà dégradé la France d'un cran cette année, examinera notre économie pour rendre une note en novembre. Or ses analystes sont très réceptifs au sujet des retraites, alerte Christopher Dembik. En cas d'abrogation, le risque d'une nouvelle dégradation est réel. »

Un « moment Liz Truss »

En outre, les agences sont très attentives au contexte social. « Or, si on a un gouvernement dirigé par une personnalité issue de la droite, la CGT a promis de tout bloquer », s'inquiète Marc Touati, économiste et président du cabinet Acdefi.

À l'entendre, un gadin supplémentaire serait une catastrophe : « L'écart des taux entre la France et l'Allemagne est actuellement de 70 points de base. Ce n'est pas alarmant, mais c'est au plus haut depuis 2012. Si les agences nous dégradent à nouveau, tout pourrait dégringoler très vite. Or, une fois qu'on a touché le fond de la piscine, il est très dur de remonter. Pour rappel, le PIB de la Grèce est aujourd'hui de 20 % inférieur à son niveau de 2008. Les Français risquent de payer au prix fort leur inculture économique. »

 

 

 

En se refusant à nommer un Premier ministre NFP, Emmanuel Macron a écarté un danger majeur. « En cas de désignation de Lucie Castets, il aurait pu y avoir un “moment Liz Truss”, tant son programme repose sur l'argent magique », estime Christopher Dembik. Pour avoir proposé des mesures non financées, l'ex-Première ministre britannique avait été obligée de rendre son tablier au bout de quelques jours, après avoir provoqué un séisme sur les marchés, à l'automne 2022.

 

« Le souci, c'est que la plupart des élus ont un niveau d'expertise économique extrêmement bas, y compris au sein de la commission des Finances de l'Assemblée nationale. » Nos députés savent-ils, par exemple, que la France, cet « enfer néolibéral », est la contrée dans laquelle la pression fiscale, à 46,2 % du PIB selon Eurostat, est la plus élevée d'Europe ? Ou que, faute d'être assez compétitif, notre Hexagone a chuté, en seulement dix ans, de la 5e à la 7eplace au palmarès des économies mondiales ? Puisque la rentrée est décalée, on pourrait leur prévoir quelques cours de rattrapage.

 

Par (avec Olivier Ubertalli)

https://www.lepoint.fr/economie/la-france-face-au-mur-de-la-dette-urgence-absolue-30-08-2024-2568938_28.php

L’insoutenable légèreté française...

Les consultations mises en scène par Emmanuel Macron à l’Élysée en vue de nommer un Premier ministre ne doivent pas nous faire oublier la situation financière alarmante de notre pays...

S'il faut reconnaître un talent à Emmanuel Macron, c'est bien celui de la mise en scène. L'arrivée des chefs de parti politique par le jardin de l'Élysée pour son opération de « décantation » a donné aux photos un air de garden-party. Tout cela serait délicieux si la situation du pays n'était pas si alarmante.

Bien évidemment, tout gouvernement est, par nature, provisoire. Sauf que le prochain le sera un peu plus que les autres, devant franchir sans élan un mur budgétaire plutôt raide. Mais cette réalité ne semble pas affecter outre mesure le débat français, où l'on paraît penser que la fin de toute chose est d'avoir enfin une liste de ministres.

Tout se passe donc comme si la France ne devait pas présenter le 20 septembre à Bruxelles un plan pour redresser la barre de ses finances publiques, comme si nous n'étions pas parmi les cancres de la zone euro sur ce critère, et comme si nous n'étions pas sous surveillance renforcée des agences de notation et des marchés. Quant au trouble des entreprises, qui, pour beaucoup, ont suspendu leurs investissements depuis la dissolution, il n'empêche visiblement pas tout le monde de dormir.

Oscar Wilde

L'insouciance en la matière ne date certes pas d'hier en France, où l'on a depuis longtemps adopté la position d'Oscar Wilde : « Je vis tellement au-dessus de mes moyens que nous menons, eux et moi, une existence complètement séparée. » On peut néanmoins toujours faire pire, la preuve : déjà, la trajectoire prédissolution nous menait dans le mur de manière assez certaine ; le programme défendu par Gabriel Attal pour les législatives aggravait un peu la perspective ; quant aux délires du RN et plus encore du NFP, là, c'est la banqueroute en chantant.

La controverse se situe donc, pour l'essentiel, entre le très mauvais et le franchement catastrophique. Misère du débat public français, médias compris évidemment… Nous sommes le seul pays d'Europe à vivre aussi loin des réalités. Pourquoi ?

En apesanteur

Nos divagations ne portent d'ailleurs pas que sur l'économie. Les questions aussi simples que l'arithmétique parlementaire donnent lieu à des théories pas beaucoup moins farfelues que celles des apôtres de la terre plate. Il est fascinant d'observer le délire mythomane d'une bonne partie du NFP, qui affirme disposer d'une « majorité » et revendique le pouvoir pour lui, et sa candidate. Ce serait, à les entendre, scandaleux que la prééminence de leurs 193 députés ne soit pas spontanément reconnue par les 384 autres…

(extrait)

https://www.lepoint.fr/editos-du-point/l-insoutenable-legerete-francaise-29-08-2024-2568864_32.php?

“Maintenant que les Jeux olympiques sont terminés, la France va devoir commencer à payer ses factures. Sa dette publique a augmenté de 650 millions d’euros par jour depuis le début de l’année, auxquels se sont ajoutés plus de 10 milliards durant ces quinze jours de fête mondiale du sport”, prévient le journal madrilène ABC.

https://www.courrierinternational.com/article/vu-de-l-etranger-les-jo-termines-le-retour-a-la-realite-pourrait-etre-brutal-en-france_221127

Attention, un déficit peut en cacher un autre...

 Seul pays européen à enregistrer un déficit de sa balance courante, la France affiche aussi une position extérieure de plus en plus négative...

« La France est une cigale, nous achetons plus que nous ne produisons, et cela pèse sur notre croissance comme sur notre position extérieure nette. » C'est avec La Fontaine que le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau a choisi de résumer le rapport annuel sur la balance des paiements. De lecture indigeste mais édifiante, celui-ci illustre, à grand renfort de statistiques et de tableaux, les profonds déséquilibres économiques du pays, son manque de compétitivité, la dérive de ses comptes publics et son extrême vulnérabilité financière.

Après 31,1 milliards d'euros en 2022, la France a enregistré l'année dernière un déficit de 28,1 milliards d'euros de ses transactions courantes, lesquelles regroupent les échanges de biens, de services et les transferts de revenus de notre pays avec le reste du monde. La France est le seul grand pays de la zone euro à présenter un déficit de sa balance courante, le gouverneur parlant pudiquement d'« une faiblesse singulière ». L'Allemagne a, il est vrai, dégagé l'année dernière un excédent courant de 243 milliards d'euros, les Pays-Bas de 103 milliards, l'Espagne de 37 milliards et l'Italie, avec laquelle la France aime pourtant généralement bien se comparer pour se consoler, de 11 milliards.

Folies dépensières

Dans le détail, il y a eu du mieux ou plutôt du moins mauvais du côté des échanges de biens, avec un déficit ramené l'année dernière à 76,1 milliards d'euros après 132,8 milliards en 2022 grâce à la baisse des prix de l'énergie. L'excédent des échanges de services, un point fort traditionnel de l'économie française, a en revanche fortement diminué (35,5 milliards après 65 milliards), ayant été affecté notamment par le poste transports et la normalisation des tarifs du fret maritime. Enfin, pénalisé par la hausse des taux d'intérêt, l'excédent des revenus d'investissement a quant à lui fondu de près de moitié, passant de 56,2 milliards en 2022 à 31 milliards.

Les capitaux « immigrés » ont heureusement permis de financer le déficit courant avec des entrées nettes de 35,7 milliards d'euros, comprenant des achats de 133 milliards d'euros d'obligations assimilables du Trésor par les investisseurs étrangers, nos sauveurs anonymes. Ils en détenaient fin 2023 un stock total de 1112,7 milliards d'euros, disposant ainsi d'une arme de destruction massive qu'ils risquent d'utiliser dès la rentrée si le budget manque de sérieux et de rigueur. À en juger par les folies dépensières qu'ils continuent de proposer, nos élus n'ont dans leur immense majorité toujours pas pris conscience de cette menace existentielle.

La tour Eiffel aux enchères…

L'enseignement le plus inquiétant du rapport annuel sur la balance des paiements reste toutefois que « la position extérieure nette de la France » à l'égard du reste du monde, c'est-à-dire la différence entre la valeur de ce que nous détenons à l'étranger et celle de ce que les étrangers détiennent chez nous, devient de plus en plus négative. La dette publique nourrissant la dette extérieure, cette position, reflet de la richesse réelle d'un pays, s'est dégradée de 133,5 milliards d'euros en 2023 pour s'établir à – 792,9 milliards, soit 28,1 % du PIB. Il n'y a même pas dix ans, fin 2005, elle était de seulement -35 milliards, soit moins de 2 % du PIB.

À titre de comparaison, le Japon affichait en 2023, selon le FMI, une position extérieure positive de 3 321 milliards de dollars, l'Allemagne de 3 205 milliards, la Norvège de 1 503 milliards et la Suisse de 896 milliards. Non seulement la France ne fait pas partie de ces bienheureuses nations créancières, mais elle figure désormais parmi les plus débitrices au monde avec les États-Unis (-19 770 milliards de dollars), le Royaume-Uni (-1 050 milliards) ou encore le Brésil (-975 milliards). Face au risque croissant de crise de balance des paiements, le futur gouvernement va devoir sérieusement envisager, le cœur lourd, de vendre aux enchères la tour Eiffel, la Joconde et le château de Versailles.

https://www.lepoint.fr/economie/attention-un-deficit-peut-en-cacher-un-autre-25-07-2024-2566404_28.php

La France, future Argentine de l’Europe ?...

Le prochain gouvernement devra impérativement redresser les comptes publics s’il ne veut pas plonger le pays dans la paupérisation....

La dissolution débouche sur le risque de paralysie des institutions en raison d'une Assemblée ingouvernable, déstabilisant la VRépublique, que l'on pensait d'une solidité et d'une plasticité à toute épreuve. Mais la crise politique, par l'instabilité et les incertitudes qu'elle engendre, donne aussi le coup de grâce à une économie exsangue.

Avant la dissolution, l'économie française était malade, cumulant une croissance atone de 0,7 %, la chute de la productivité, la remontée du chômage, un déficit commercial de 100 milliards d'euros témoignant d'une compétitivité profondément dégradée, une perte de contrôle des finances publiques avec un dérapage des dépenses de 6 milliards d'euros et une insuffisance des recettes de 1,4 milliard pour les cinq premiers mois de 2024. Elle est désormais moribonde.

Déversement des aides publiques

L'activité est en panne, du fait de la suspension de toute décision dans l'État depuis mai et de l'arrêt des projets d'investissement et d'embauche des entreprises. L'immobilier, l'agriculture, le secteur financier, directement impacté par la hausse des taux et la déstabilisation de la dette publique, sont sinistrés.

Les faillites affichent une hausse de 20 %. La remontée du chômage vers 8 % de la population active accélère. L'exil des capitaux, des entrepreneurs et des talents a repris. En bref, l'économie française se dirige droit vers la récession. Et les résultats précaires obtenus en termes d'arrêt de la désindustrialisation ou d'attractivité sont annihilés.

Le chaos politique constitue aussi un accélérateur de la crise sociale par les frustrations et le ressentiment qu'il exacerbe. Le blocage de la croissance ne peut que renforcer la paupérisation de la population comme la désertification d'une importante partie du territoire, et ce d'autant que la mise sous surveillance de la dette souveraine interdit la poursuite du déversement des aides publiques. Alors que la France compétitive est encalminée, la France protégée ou exclue attend la réalisation des promesses qui lui ont été faites et que les comptes publics rendent irréalisables.

Rupture majeure

Le changement le plus spectaculaire concerne les finances publiques. La France, alors qu'elle a aligné cinquante années de déficits et vu sa dette s'envoler de 20 à 110 % du PIB depuis 1980, a bénéficié d'une longue impunité de la part des marchés et de ses partenaires européens. Et ce pour trois raisons : sa stabilité politique ; sa dimension systémique pour la zone euro ; la capacité de l'État à prélever plus de 52 % du PIB chaque année.

L'année 2024 marque une rupture majeure. Les élections législatives laissent le pays ingouvernable. La dette est devenue insoutenable dès lors que la croissance nominale est inférieure aux taux d'intérêt. Les recettes ne rentrent plus alors que les dépenses explosent. Les taux de la dette française se tendent, et l'écart se creuse entre l'OAT et le Bund allemand. Or une hausse d'un point des taux sur la dette française coûte 2,5 milliards sur l'année en cours, mais 15 milliards à cinq ans et 30 milliards à dix ans.

Le regard porté sur la France par le monde extérieur s'est ainsi radicalement transformé avec la dissolution. L'impunité a fait place au soupçon. Notre pays est perçu comme un risque pour lui-même comme pour la zone euro. La dette française, à l'instar de celle du Royaume-Uni depuis la tourmente déclenchée par Liz Truss en 2022, est placée sous surveillance.

Les marchés finissent toujours par l'emporter

Les agences de notation ont indiqué qu'elles dégraderaient la signature française, ce qui implique une hausse des taux, si le redressement des comptes n'est pas engagé dès cette année. Les marchés appliquent une prime de risque avec l'Allemagne inédite depuis le début des années 2010.

La Commission européenne a notifié le 8 juillet l'engagement d'une procédure pour déficit excessif et mis en demeure notre pays de présenter pour le 20 septembre un plan crédible pour ramener le déficit à 3 % du PIB. Enfin, l'Allemagne, par la voix de son ministre des Finances, a indiqué qu'elle s'opposerait à ce que la France puisse bénéficier du mécanisme de stabilité de la BCE en cas de choc financier. La France se voit ainsi rattrapée par l'implosion de son modèle de décroissance à crédit. Elle court droit à une tourmente financière majeure. Sa dette souveraine est en effet d'autant plus vulnérable qu'elle est détenue à 55 % par des investisseurs étrangers. Par ailleurs, les entreprises sont également surendettées à hauteur de 155 % du PIB.

Et le CAC 40 dépend de l'étranger à hauteur de 40 % de sa capitalisation. Or la Grèce d'Alexis Tsipras, l'Italie de Silvio Berlusconi puis le Portugal d'Antonio Costa ont montré à la fois que l'euro n'était pas une protection absolue et qu'à la fin les marchés l'emportaient toujours. La France se trouve donc à un moment critique de son histoire. En cherchant à maintenir son modèle d'économie administrée et en faisant le choix de la dette contre la production, elle a décroché en s'excluant du cycle de la mondialisation. Elle s'est mise dans l'incapacité de répondre aux défis du XXIsiècle, qu'il s'agisse du vieillissement, de la révolution de l'intelligence artificielle, de la transition climatique ou du réarmement.

Explosion du chômage et de la pauvreté

Si elle devait refuser de s'adapter à la nouvelle ère inaugurée par l'invasion de l'Ukraine et placée sous le signe du retour en force de la souveraineté, elle ne s'exposerait pas seulement à une violente crise financière, mais prendrait le risque de sortir rapidement des dix premières puissances économiques du monde. Elle deviendrait l'Argentine de l'Europe ; l'Argentine qui a payé au prix fort son basculement dans le populisme en se voyant ravalée depuis 1950 de la 9e à la 26place des économies mondiales tandis que la richesse par habitant chutait du 12e au 70e rang.

Voilà pourquoi il nous faut saisir la chance paradoxale du retour d'une forte contrainte extérieure pour réformer enfin notre pays. Le principe de réalité ne s'incarne plus comme en 1983 par une crise des changes, mais par une brutale hausse des taux d'intérêt qui dévasterait les comptes de l'État comme ceux des entreprises.

Cette nécessité s'imposera au gouvernement quel qu'il soit. Il devra planifier la disparition du déficit primaire, qui atteint 3,5 % du PIB, ou bien subir la sanction des marchés et de nos partenaires européens, avec à la clé, comme en Grèce, une forte amputation du PIB ainsi qu'une explosion du chômage et de la pauvreté.

 

La France n'a pas seulement besoin d'un gouvernement pour conjurer la menace du chaos. Il lui faut un gouvernement suffisamment légitime et compétent pour reprendre le contrôle des comptes publics et éviter la crise financière qui vient, mais surtout pour faire enfin le choix de la modernisation contre celui du déclin.

Nicolas Baverez

https://www.lepoint.fr/editos-du-point/la-france-future-argentine-de-l-europe-22-07-2024-2566135_32.php

Jean Peyrelevade : « Les fictions de Bruno Le Maire sur les finances publiques ne nous tireront pas d’affaire »
Une crise des finances publiques en France paraît inéluctable, estime Jean Peyrelevade, qui déplore le déni général dans ce domaine 
 
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Les faits - 

Conseil d’entreprises et investisseur, Jean Peyrelevade a été directeur adjoint du cabinet du Premier Ministre Pierre Mauroy entre 1981 et 1983. Il a ensuite présidé de grandes institutions financières (Suez, l’UAP, le Crédit Lyonnais). Il commente les 10 milliards d’euros de mesures d'économies budgétaires détaillées par Bercy en début de semaine.

 
Que pensez-vous des annonces récentes de Bruno Le Maire sur les économies à faire ?

Les dirigeants politiques, tous confondus, sont dans un déni complet des réalités sur le sujet des finances publiques. C’est particulièrement grave pour Bruno Le Maire, car il est en responsabilité. Ces dernières mesures sont, de mon point de vue, monstrueusement irresponsables. Il faut prendre la peine de décomposer les dépenses publiques, ce que personne ne fait à part quelques rares économistes. Elles représentent 58 % du PIB, dont 32 % en dépenses sociales. Par définition, celles-ci devraient être à tout moment équilibrées, puisque c’est du transfert, vous prenez aux uns pour donner aux autres. Dans les 5 % de déficit budgétaire, ces dépenses sociales représentent 3,5 %, elles sont donc le cœur du sujet.

 

Hors ces transferts, il reste 25 % pour l’Etat et les collectivités locales, dont 15 % pour les seules fonctions régaliennes de l’Etat, soit 400 milliards d’euros par an. Or, le ministre de l’Economie ne touche pas à la Sécurité sociale, il annonce vouloir réduire les dépenses de l’Etat. Il avait déjà prévu 12 milliards d’euros, cela fait donc 22 milliards avec les dernières annonces. C’est-à-dire 5 % de baisse en deux ans, alors qu’il faut augmenter les professeurs, les infirmières, les policiers… Cela n’a pas une once de crédibilité.

 
Ces mesures peuvent-elles être qualifiées de « tournant de la rigueur » ?

La bataille qu’on a dû mener en 1983 contre François Mitterrand, avec Pierre Mauroy et Jacques Delors, les critiques de ceux qui nous accusaient de trahir les idéaux de la gauche, tout cela, c’était une plaisanterie par rapport à la situation d’aujourd’hui. La seule vraie question à laquelle on a eu à répondre à l’époque, c’était de casser un taux d’inflation à 14 %. Nous avions des déséquilibres économiques puisqu’en six mois, le plan de François Mitterrand avait fabriqué une relance de l’ordre de 1 à 1,5 point du PIB. Le tournant de la rigueur consistait à récupérer un peu ce surplus de croissance. En 1984, tous les équilibres avaient été rétablis. Les enjeux étaient minuscules par rapport à aujourd’hui.

 
Que faut-il faire sans risquer de provoquer de vastes mouvements sociaux ?

Comment voulez-vous que les gens comprennent quelque chose qu’on leur cache ? Prenez la réforme des retraites. Elle s’est appuyée sur un rapport du COR (Conseil d’Orientation des Retraites) qui racontait n’importe quoi, notamment que dans le futur, le poids des retraites allait baisser. C’est faux. Le problème des retraites, c’est la fonction publique. L’essentiel du déficit public venant des dépenses sociales, il faut explorer ça de près. Il manque 60 à 70 milliards d’euros pour équilibrer le système des retraites, cela correspond grosso modo au coût du régime de la fonction publique, pris en charge par le budget de l’Etat. Il faut tenir un discours de vérité aux Français. Tant que le problème n’est pas mis sur la table, nous allons vers une dégradation de la note, et une hausse des taux d’intérêt, la méfiance des prêteurs, et une réaction de Bruxelles. D’ici à 2027, le coût de la dette va augmenter de 50 milliards euros, soit deux fois les économies prônées par Bruno Le Maire. C’est insupportable.

Emmanuel Macron est-il en train de faire deux quinquennats pour rien ?

Pour rien, non mais pas loin. A l’époque des discussions entre Pierre Mauroy et Jacques Delors, il était toujours question d’une vision globale sur l’économie française. Avec une seule faute que j’assume, l’abaissement de l’âge de la retraite. Emmanuel Macron n’a pas de vision globale du pays et surtout de son économie. Il n’a que des visions partielles. Il a compris qu’il fallait essayer d’augmenter le taux d’emploi, il fait des choses utiles, l’apprentissage ça fonctionne bien. Mais il ne s’est rien passé depuis sept ans sur l’emploi des seniors, on commence juste à en discuter. La réforme de l’assurance-chômage est une bonne chose, mais c’est un tout petit sujet face à l’ampleur de la détérioration des finances publiques. En matière de fiscalité sur l’appareil productif, il y a eu des améliorations, mais nettement moins que sous le quinquennat de François Hollande. Et il en a fait autant pour les ménages, ce qui est une bêtise puisqu’on le retrouve dans le déficit. Alors que Bruno Le Maire court derrière 25 milliards de baisse des dépenses de l’Etat, la suppression de la taxe d’habitation – que personne ne demandait – plus les Gilets jaunes, ça a coûté 45 milliards. A part ça, la réindustrialisation reste du verbe pour l’instant. Pour être plus efficace, il aurait fallu concentrer les efforts fiscaux sur l’appareil productif.

Que suggérez-vous ?

L’une des réformes fondamentales que je préconise, c’est d’enlever le financement social de l’appareil productif et de le compenser par une augmentation de la CSG. Dans le projet de « desmicardisation » de la France, on se rend compte à quel point les prélèvements sont élevés dès qu’on franchit le seuil d’exonération. Je ne vois pas un seul dirigeant politique conscient du problème. Le rapport Pébereau a tiré l’alarme en 2005, mais à l’époque, on regardait le déséquilibre global des finances publiques, pas sa décomposition.

Vous êtes particulièrement inquiet sur l’état des finances publiques...

Je pense en effet que tout ceci va se terminer par une crise des finances publiques. Tous les autres problèmes sont de long terme. La réindustrialisation ? Si on ne fait pas assez, le déclin peut continuer pendant des décennies. Améliorer l’éducation ? Nous chuterons un peu plus bas dans les classements Pisa si nous continuons à ne pas prendre les bonnes mesures. Le pays peut rester en déclin long sur à peu près tous les sujets, sauf les finances publiques. Le jour où ça craque, ça craque...

La France n’est-elle pas « too big to fail » ?

Dans le passé, la Grande-Bretagne a vu arriver le FMI à son secours. Si vous êtes « too big to fail », vous avez des appuis, mais ils ne sont jamais gratuits. Il faudra obéir à ce que nous demandera l’Europe. Ce ne sont pas les fictions de Bruno Le Maire qui nous tireront d’affaire. Un ministre des Finances qui raconte des histoires, c’est la pire des choses. Il crée des illusions alors que son sort est de se faire taper dessus, en disant des choses désagréables à entendre.

Irene Inchauspé

Muriel Motte

21/02/2024

 

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